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Full text of "Oeuvres diverses"

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BIBLIOTHÈQUE 


ÉGYPÏOLOGIQUE 

CONTENANT    LES 

(EllVUlvS  \m  ÉGYPTOLOGUKS  FRANÇAIS 

dispersées  ihms  divers  Kecweils 
et  qui  n'ciu  pas  encore  élé  réunies  jusqu'à  ce  jour 


FUnLIKK    sous    LA    DIKKCTION    1>K 

G.    MASPERO 

Uembre  de  l'Inslilnt 

hlrrclfar  d'étuiies  à  l'École  pratique  des  Haul«s-Ètail«9 

Profetteur  au  Collège  de  France 


TOME   DIXIÈME 

F.  chAbas 

ŒUVRES  DlVERSEwS 

TOME  DEUXIÈME 


>9m^*9—mm 


PA  KIS 

ERNEST    LEROUX,    ÉDITEUR 

â8,  RUE  DONAPARTK,  28 

t 

1902 


BIBLIOTHÈQUE 


ÉGYPTOLOGIQUE 


CONTENANT    LES 


(ECVRLS  DtS  ÉGYPTOLOGUKS  FRANÇAIS 

dis{)erftécs  ilaiis  divers  Itecueils 
et  qui  n'ont  pas  encore  été  réunien  jusqu'à  ce  jour 


PUnLIKK    sous    LA    UIKKCTION    l*K 


G.    MASFERO 

Uembre  de  l'Instilut 

IHffctcur  (IVtDiles  à  l'Écote  pratique  «les  Haiitf»-Éludc* 

Professeur  au  Collège  île  France 


» 


TOME   DIXIÈME 

F.   CHABAS 

ŒUVRES  DIVERSES 

TOME  DEUXIÈME 


'm^mm^mummm 


P  A  lU  S 

ERNEST    LEROUX,    ÉDITEUR 

28,  RUE  BONAPAniK,  S8 

1902 


I       t 

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V4. 


BIBLIOTHÈQUE 


ÉGYPTOLOGIÛUE 


TOME  DIXIÈME 


:EiV,  E.  BRHTRitNI 


BIBLIOTHÈQUE 

ÉGYPTOLOGIQUE 

CONTENANT  LES 

ŒUVRES  DES  ÉGYPTOLOGUES  FRANÇAIS 

dispersées  dans  divers  Recueils 
et  qui  n'ont  pas  encore  été  réunies  jusqu'à  ce  jour 


PUBLIKB    sous    LA    DIIIKCTI-ON    DK 


G.    MASPERO 

UtmBn  àt  riDsUlot 

Directev  «l'élndef  à  l'École  pratltine  des  Haotes-éloilet 

Profetsear  aa  Collège  de  Fraire 


TOME   DIXIÈME 

O 

F.  CHABAS 


ŒUVRES  DIVERSES 


TOME  DEUXIEME 


9 


PARIS 


ERNEST   LEROUX,    ÉDITEUR 
S8,  RUB  bomapartk,  28 

1902 


l'JN„i  1307 


\ 


F.  CHABAS 


ŒUVRES  DIVERSES 


TOME  DEUXIÈME 


SHALON-SUB-SAONE 
:  fhancaisb.  BT  orientale  db  l.  harceau,  B.  BERTRAND,  avco'. 


F.  CHABAS 


ŒUVRES  DIVERSES 


PUBUÉBS  PAR 

G.    MASPERO 

■oitfc  it  riMUIal 

DineUu  d'étodct  k  rÉnIe  inU^M  det  Haitct-ilata 

tnitmtu  am  CoIHfe  te  Pnace 


TOME  DEUXIÈME 


PARIS 

ERNEST  LEROUX,  ÉDITEUR 

2d,   ROB  BONAPARTE,  28 
1902 


TRADUCTION  ET  ANALYSE 

DE 

L'INSCRIPTION  HIÉROGLYPfflQUE  D'IBSAMBOCL 

CONTENANT    LE    RÉCIT    d'un    ÉPISODE  DE    LA  GUERRE    DE   RAMSÈS  H 

CONTRE  LA   CONFÉDÉRATION  DES   h'iTAS^ 


.       I 

Peu  de  contrées  ont  captivé  l'attention  des  savants  et  des 
voyageurs  au  même  degré  que  TÉgypte  :  la  lointaine  anti- 
quité de  ses  traditions  défigurées  dans  les  auteurs  clas- 
siques, les  monuments  imposants  dont  les  ruines  témoignent 
encore  de  sa  puissance  et  de  sa  civilisation,  les  scènes  gran- 
dioses qui  y  sont  retracées,  les  légendes  si  longtemps  mys- 
térieuses qui  les  recouvrent  de  toutes  parts,  qui  rampent 
sous  le  sol  dans  les  hypogées^  s'étendent  sur  les  murs  des 
palais  et  des  temples  et  s'élancent  jusqu^aux  sommets  des 
obélisques,  tout  contribue  à  donner  à  la  vallée  du  Nil  un 
cachet   particulier ,  un  charme  irrésistible .    Aussi ,    sans 

1.  PnbUé  dans  la  Reçue  archéologique,  1'*  série,  1859,  t.  XV, 
p.  573-588,  701-736.  Il  n'est  pas  inutile  de  rappeler  que  la  Tivacité  du 
ton  de  cet  article  détermina  la  retraite  d'une  partie  des  savants  qui 
avaient  collaboré  jusqu'alors  à  la  Revue  archéologique;  le  comité  de 
rédaction  se  réorganisa,  et  décida  de  commencer  une  seconde  série  du 
journal.  —  G.  M. 

BiBL.  ÉoypT.,  T.  X.  1 


2  l'inscription  hiéroglyphique  d'ibsambodl 

remonter  bien  haut,  combien  d'écrivains  ont  pris  l'Egypte 
pour  texte'  1 

Mais  dans  le  déluge  d'ouvrages  que  nous  a  valu  cet  entraî- 
nement, il  en  est  bien  peu  pour  lesquels  on  ait  mis  &  profit 
la  science  du  déchiffrement  des  hiéroglyphes.  On  a  pu  clas- 
ser heureusement  une  partie  des  listes  dynastiques  à  l'aide 
de  la  lecture  des  cartouches  royaux  que  leur  encadrement 
isole  dans  les  inscriptions  et  dans  les  manuscrits,  mais  les 
événements  des  règnes  n'ont  pas  encore  été  déchiffrés  dans 
les  testes,  si  nombreux  cependant,  que  les  recherches  mo- 
dernes ont  mis  à  notre  disposition.  On  a  établi  le  cadre, 
mais  le  tableau  est  à  peine  ébauché.  Il  en  est  de  même  dans 
le  domaine  de  la  mythologie  et  des  institutions.  On  connaît 
des  listes  de  dieux,  mais  on  n'a  pas  encore  publié  la  tra- 
duction correcte  d'un  seul  chapitre  du  livre  funéraire. 

Toutefois,  il  ne  faut  pas  se  plaindre  de  cette  stérilité 
apparente  ;  rappelons-nous,  en  effet,  que  nous  ne  sommes 
qu'à  trente-cinq  ans  du  prenvier  essai  sérieux,  et  que  Cham- 
pollion  n'a  laissé  aucun  disciple  capable  de  continuer  immé- 
diatement son  œuvre  interrompue  par  la  mort.  La  renais- 
sance du  goût  pour  les  hiéroglyphes  ne  date  guère  que  de 
dix  anSj  et  il  serait  souverainement  injuste  de  dénigrer  les 
beaux  succès  obtenus  dans  cette  courte  période  ;  reconnais- 
sons au  contraire  que  l'examen  des  textes  a  été  fait  avec  une 
louable  activité,  et  que  la  méthode  de  déchiffrement  est 
devenue  beaucoup  plus  sévère  dans  ses  procédés  et  beau- 
coup plus  sûre  dans  ses  résultats. 

C'est  surtout  dans  ce  perfectionnement  de  la  méthode  que  " 
consiste  le  progrès,  quoique  le  nombre  des  traductions  bien 
faites  soit  encore  fort  petit.  Ces  traductions  portent  déjà 
sur  des  sujets  variés  ;  elles  servent  à  constater,  à  élucider 
divers  faits  de  l'histoire,  de  la  géographie,  des  mœurs  et  des 
croyances,  mais  elles  ne  forment,  quant  à  présent,  aucun 

1.  Voyez  Bibliotheca  yEgypUaca,  D'  H.  Jolowioi,  Leipzig,  1858. 


l'inscription  hiéroglyphique  d'ibsamboul  3 

ensemble  de  quelque  importance.  Ces  utiles  travaux  se  mul- 
tiplient, du  reste»  rapidement  à  mesure  qu'on  avance  dans 
rintelligence.  des  textes  ;  ils  méritent  d'être  encouragés,  car 
ils  formeront  bientôt  le  fonds  commun  de  notions  arrachées 
aux  sources  originales^  dans  lequel  il  faudra  puiser  exclusi- 
vement pour  l'œuvre  de  la  reconstitution  de  la  langue  et  de 
l'histoire  de  l'Egypte. 

En  vue  d'une  œuvre  aussi  importante,  il  serait  téméraire 
d'agir  avec  précipitation.  Il  faut  savoir  se  réserver,  il  faut 
perfectionner  l'instrument  d'analyse  au  lieu  de  l'employer 
aveuglément  au  risque  de  le  forcer.  Malheureusement  l'at- 
trait des  solutions  prématurées  est  trop  souvent  venu  contre- 
balancer les  prescriptions  de  la  saine  prudence.  Dominé  par 
l'esprit  de  système  ou  par  un  enthousiasme  immodéré,  plus 
d'un  investigateur  est  parvenu  à  lire  dans  les  hiéroglyphes, 
non  ce  qui  s'y  trouve  réellement,  mais  ce  qu'il  y  cherche,  et 
une  fois  lancé  sur  le  chemin  glissant  de  l'arbitraire,  il  est 
rapidement  descendu  jusqu'à  l'absurde. 

D'aussi  regrettables  écarts  ont  eu  pour  conséquence  d'éloi- 
gner de  l'étude  des  hiéroglyphes  bon  nombre  d'esprits 
sérieux,  rendus  incrédules  par  le  défaut  de  critique  qui  carac- 
térise les  productions  auxquelles  je  fais  ici  allusion  ;  la  pha- 
lange des  égyptologues  se  recrute  avec  lenteur;  à  peine 
quelques  travailleurs  zélés  continuent  la  tâche  de  Champol- 
lion  et  exploitent  intelligemment  la  mine  si  riche  et  si  vaste 
qui  réclame  des  légions  d'ouvriers. 

Il  est  vrai  que  l'accès  de  la  science  hiéroglyphique  est 
difficile  :  quand  il  a  parcouru  la  grammaire  de  Champollion 
et  gravé  dans  sa  mémoire  les  mots  du  dictionnaire,  l'étu- 
diant est  encore  fort  loin  du  point  qu'ont  atteint  les  progrès 
récents.  Il  peut,  à  la  vérité,  rechercher  les  traces  de  ces  pro- 
grès dans  les  ouvrages  des  égyptologues  modernes,  et  pour 
y  parvenir,  il  faut  fouiller  les  revues  savantes  de  la  France^ 
de  l'Angleterre  et  de  l'Allemagne  ;  mais  une  étude  superfi- 
cielle de  ces  travaux  n'aboutirait  à  rien  ;  l'investigateur  doit 


4  l'inscription  hiéroglyphique  d'ibsamboul 

chercher,  par  la  collation  attentive  des  textes,  à  se  rendre 
compte  de  la  justification  des  traductions,  et  il  ne  peut  y 
réussir  qu'en  faisant,  pour  son  propre  compte,  Tobservation 
analytique  de  tous  les  textes  qu'il  pourra  se  procurer,  de 
manière  à  classer  méthodiquement  les  mots  et  les  formes  de 
la  langue.  Ce  travail  est  lent  et  pénible,  beaucoup  plus  qu'il 
n'est  diflRcile  ;  c'est,  toutefois,  le  seul  moyen  de  remplacer, 
pour  l'étude  d'une  langue  oubliée  par  les  hommes,  les  voca- 
bulaires et  les  grammaires  que  nous  ne  possédons  plus.  On 
ne  doit- pas  s'imaginer,  en  effet,  que  les  hiéroglyphes  se  tra- 
duisent d'inspiration  ou  par  une  méthode  arbitraire.  Dans 
la  réalité,  ceux  qui  les  comprennent  véritablement  les  inter- 
rogent, comme  s'il  s'agissait  du  grec  ou  du  latin,  à  l'aide 
d'un  vocabulaire,  c'est-à-dire  d'un  tableau  raisonné  donnant 
les  différents  emplois  des  mots,  et  d'une  grammaire,  c'est- 
à-dire  de  l'observation  des  règles  et  des  formes  du  langage. 
Cette  grammaire,  ce  vocabulaire,  sont  le  fruit  de  la  dissec- 
tion des  textes  hiéroglyphiques  et  de  la  comparaison  des 
passages  dans  lesquels  se  rencontrent  un  même  mot,  une 
même  forme.  On  procède  ainsi  laborieusement  du  connu  à 
l'inconnu,  et  lorsqu'un  pareil  système  affirme  ses  résultats, 
il  est  en  mesure  de  les  démontrer  et  de  défier  la  critique  la 
plus  méticuleuse. 

Les  égyptologues,  et  je  n'accorde  ce  nom  qu'aux  adeptes 
de  la  méthode  dont  je  viens  de  donner  une  idée,  possèdent 
tous  des  notes  manuscrites  considérables  dont  la  réunion,  si 
elle  était  possible,  présenterait  le  tableau  complet  de  la 
science  à  son  degré  actuel  d'avancement.  Mais  ces  notes 
sont  loin  d'être  suffisantes  ;  chaque  heure  d'étude  fait  naître 
des  observations  nouvelles,  qui  confirment,  complètent  ou 
rectifient  les  notions  précédemment  acquises.  Toujours  de 
nouvelles  pages  s'ajoutent  aux  pages  écrites,  et  l'on  ne  peut 
encore  prévoir  l'époque  à  laquelle  le  livre  sera  terminé.  Aussi 
la  publication  ne  peut-elle  en  être  entreprise  que  par  frag- 
ments détachés.  Il  suit  de  là  que  le  débutant  est  astreint  à 


l'inscription  hiéroglyphique  d'ibsamboul  5 

recommencer  les  recherches  déjà  faites  bien  des  fois  et  à 
redécouvrir  des  faits  déjà  constatés  par  d'autres.  C'est  là,  on 
le  conçoit  aisément,  l'un  des  plus  grands  écueils  de  cette 
étude,  quand  on  veut  s'y  appliquer  sérieusement,  quand  on 
veut  suivre  l'exemple  qu'ont  donné  M.  S.  Birch,  en  Angle- 
terre, et  M.  de  Rougé,  en  France.  Mais  à  côté  de  cette  mé- 
thode lente  et  pénible,  il  existe  un  système  commode  d'inter- 
prétation des  hiéroglyphes  ;  celui-ci  se  contente  de  la  lecture 
d'un  petit  nombre  de  mots  déjà  expliqués  plus  ou  moins  cor- 
rectement par  ChampoUion,  et  de  quelques  groupes  nou- 
veaux comparés  à  des  homonymes  plus  ou  moins  rapprochés 
dans  le  copte,  ou  dans  les  langues  sémitiques.  Avec  un  peu 
d'imagination,  la  phrase  se  complète  suivant  le  bon  plaisir 
du  prétendu  traducteur.  II  est  à  peine  nécessaire  de  faire 
observer  qu'un  semblable  système  est  aussi  loin  de  la  mé- 
thode analytique,  que  les  vues  de  MM.  Spohn  et  Seyffardt 
sont  loin  de  celles  de  ChampoUion. 

Il  importe  néanmoins  que  cette  distinction  soit  hautement 
proclamée,  car  il  ne  faut  pas  que  Tinanité  des  résultats  obte- 
nus par  de  vains  systèmes  soit  plus  longtemps  une  pierre 
d'achoppement  pour  le  développement  d'une  science  dont  la 
découverte  est  une  des  plus  grandes  gloires  de  notre  pays. 

J'écris  ceci  sous  l'impression  que  m'a  laissée  la  lecture 
d'un  article  publié  récemment  par  M.  François  Lenormant, 
dans  le  Correspondant  (t.  VIII,  2®  livraison,  février  1858), 
sous  le  titre  de  :  Les  Livres  chez  les  Égyptiens  (2"  article). 
L^auteur  y  a  réuni  d'excellentes  citations  empruntées  lit- 
téralement à  M-  S.  Birch  et  à  M.  de  Rougé,  mais  en  y 
mêlant  des  traductions  d'une  autre  origine  qui  semblent  se 
présenter  au  lecteur  avec  le  même  degré  d'autorité,  bien 
qu'elles  n'aient  absolument  rien  de  commun  sous  le  rapport 
de  la  méthode  qui  les  a  produites. 

L'une  de  ces  bonnes  citations  est  le  poème  de  Penta-Our, 
traduit  par  M.  de  Rougé  sur  le  texte  original  conservé  au 
Musée  britannique  (Papyrus  Sallier  n"*  3).  La  traduction 


6  l'inscription  hiéroglyphique  d'ibsamboul 

de  M.  de  Rougé,  que  j'ai  suivie  groupe  par  groupe,  est  un 
admirable  spécimen  de  la  méthode  analytique,  mise  en 
œuvre  par  un  esprit  pénétrant  et  expérimenté.  Voici  le  sujet 
du  poème  : 

Dans  sa  seconde  expédition  contre  les  H'itas,  le  roi 
Ramsès  II,  trompé  par  ses  émissaires,  s'est  imprudemment 
séparé  du  gros  de  son  armée;  surpris  par  l'ennemi,  il  voit  sa 
faible  escorte  mise  en  déroute  et  ne  doit  son  salut  qu'à  un 
prodige  de  bravoure.  Sorti  vainqueur  du  combat,  Ramsès 
rend  gloire  à  Ammon  dont  le  bras  l'a  sauvé  ;  puis  il  rallie 
son  armée,  la  ramène  au  combat  et  force  les  H'itas  à  im- 
plorer une  trêve. 

Le  papyrus  qui  contient  cette  remarquable  composition 
n'est  malheureusement  pas  entier  ;  nous  n'en  possédons  plus 
que  les  deux  derniers  tiers  ;  la  partie  perdue  exposait  les 
événements  jusqu'au  moment  où  l'armée  des  confédérés  se 
précipite  sur  l'escorte  du  pharaon  ;  mais,  ainsi  que  le  fait 
remarquer  M.  de  Rougé,  «  Thistorien  pourra  combler  en 
))  partie  cette  lacune  à  l'aide  des  bulletins  officiels  de  la 
»  campagne  que  les  tableaux  d'Ibsamboul  et  du  Ramesséum 
»  nous  ont  conservés  presque  intacts,  »  et  en  effet,  cet 
excellent  égyptologue  fait  précéder  sa  traduction  d'une 
analyse  très  exacte  de  l'inscription  d'Ibsamboul,  dans  laquelle 
les  faits  sont  racontés  avec  beaucoup  de  clarté  et  d'enchaî- 
nement logique. 

M.  F.  Lenormant  semble  n'avoir  pas  aperçu  cette  analyse, 
lorsqu'il  s'exprime  en  ces  termes  : 

((  Je  ne  sache  personne  qui  se  soit  occupé  spécialement  de 
))  l'inscription  qui  accompagne  les  tableaux  du  Ramesséum 
»  de  Karnak^  mais  celle  du  Spéos  d'Ibsamboul,  presque 
»  identiquement  semblable,  a  servi  de  texte  à  mon  père  dans 
»  son  cours  de  Tannée  1855  ;  il  en  a  donné  alors  une  traduc- 
»  tionet  un  long  commentaire.  L'inscription  d'Ibsamboul  est 
»  loin  d'être  complète,  les  trente  et  une  premières  colonnes 
»  d'hiéroglyphes  sont  seules  parvenues  intactes  jusqu'à  nous, 


l'inscription  hiéroglyphique  d'ibsamboul  7 

»  et  toute  la  fin  est  entièrement  perdue.  Par  un  heureux 
»  hasard,  cette  inscription  comprend  le  récit  des  faits  qui 
»  manquent  dans  le  Papyrus  Sallier,  et  la  partie  intacte 
»  s'arrête  au  point  où  commence  ce  que  le  poème  nous  a 
»  conservé.  Elle  nous  servira  donc  à  compléter  Tenchaî- 
»  nement  de  la  guerre,  et  nous  commencerons  par  rapporter 
»  les  points  principaux  de  l'inscription  comme  introduction, 
»  avant  d'aborder  l'analyse  du  manuscrit.  » 

Et  ici  M.  Lenormant»  procédant  tantôt  par  analyse  com- 
mentée, tantôtpar  traduction^  donnede  l'inscription  d'Ibsam- 
boul  une  interprétation  qui  nous  explique  parfaitement 
pourquoi  il  n'a  pas  reconnu  l'analyse  de  M.  de  Rougé  ;  puis 
il  rattache  sans  transition  ce  chef-d'œuvre  d'imagination  au 
poème  de  Penta-Our  qui  se  trouve  ainsi  complété  d'une 
manière  fort  inattendue. 

J'ai  voulu,  à  mon  tour,  étudier  le  texte  d'Ibsamboul,  et  je 
présente  aujourd'hui  aux  lecteurs  de  la  Revue^  le  résultat 
de  cette  étude. 

L'inscription  dont  il  est  question  a  été  copiée  d'abord  par 
Champollion  ;  elle  occupe  les  planches  XXVII,  XXVIII  et 
XXIX  de  son  grand  ouvrage  ;  une  seconde  copie  est  due  à 
l'Expédition  scientifique  prussienne,  sous  la  direction  de 
M.  hepsins  {Denkmâler,  III,  187).  La  copie  de  Champollion, 
indépendamment  d'un  grand  nombre  de  signes  erronés, 
présente  des  lacunes  considérables  :  la  sixième  et  la  trente- 
troisième  lignes  ont  été  omises  en  entier  par  le  copiste,  de 
même  que  la  moitié  inférieure  de  la  trente-sixième  et  de  la 
trente-septième.  Aussi,  aux  endroits  correspondants,  le  texte 
est-il  absolument  inintelligible,  ainsi  qu'on  se  l'imagine 
aisément.  Cependant,  toute  fautive  qu'elle  est,  la  copie  de 
Champollion  sert  à  justifier  la  correction  de  quelques  erreurs 
dans  celle  de  M.  Lepsius.  Toutes  les  deux  sont  assez  heureu- 


1.  La   Reçue  archéologique  dans   laquelle  cet  article  fut  publié 
en  1859.  —  G.  M. 


8  l'inscription  hiéroglyphique  d'ibsamboul 

sèment  complétées  par  le  texte  relevé  par  J.  Bonomi  à  Thèbes 
et  publié  dans  le  recueil  de  Sharpe  {Egyptian  Inscriptions, 
2»**  Ser.,  pi.  LU).  Bien  que  peu  de  lignes,  dans  ce  texte, 
soient  intactes,  il  est  néanmoins  d'un  très  grand  secours 
parce  que  les  parties  conservées  ont  été  généralement  copiées 
correctement.  Aussi  l'examen  comparatif  de  ces  trois  textes 
m'a-t-il  permis  d'arriver  à  une  traduction  littérale  rigoureuse 
de  la  presque  totalité  de  l'inscription  ;  j'aurai  du  reste  le 
soin  de  faire  ressortir  les  passages  douteux,  lorsque  j'abor- 
derai le  travail  analytique. 

Je  me  propose  d'opposer  mes  résultats  à  ceux  de  M.  Lenor- 
mant,  en  renvoyant  à  la  fin  de  l'article  la  traduction  inter- 
linéaire et  la  discussion  analytique  des  groupes  principaux 
qui  ne  s'adressent  qu'à  un  nombre  fort  limité  de  lecteurs.  Je 
me  bornerai,  quant  à  présent,  à  quelques  observations  préli- 
minaires. 

D'abord,  en  ce  qui  concerne  la  transcription  des  mots 
égyptiens,  je  conserverai  celle  que  j'ai  adoptée  dans  mon 
mémoire  sur  le  Papyrus  Prisse  ;  elle  présente  l'avantage  de 
n'employer  que  les  lettres  de  l'alphabet  français  et  de 
rendre  un  signe  unique  par  une  lettre  unique,  lorsqu'il 
n'est  pas  syllabique.  Je  rappelle  que  //'  est  l'aspiration 
forte  i6,  s',  shj  og,  et  t\  tj  ou  t3,  rx. 

Dans  les  textes,  la  personne  des  rois  est  désignée  par  des 
formules  variées  dont  la  traduction  littérale  encombre  le  récit 
de  répétitions  fatiguantes  et  bizarres  ;  l'une  des  plus  ordi- 
naires est  ,  AA-PER-Ti,  la  double  grande  demeure;  à  cette 
dénomination  est  souvent  attaché,  de  même  qu'aux  cartouches 
royaux,  le  qualificatif  y  |  h  abréviation  de  -r-  il  r  J  ^ 
onh'  out'a  senv,  la  vie  saine  et  forte.  Je  noterai  encore  le 
groupe  y  'ïï   que  M.  Birch  lit  h'er-ew,  et  dont  l'identité 

de  fonctions  avec  notre  expression  Sa  Majesté,  a  été  constatée 
par  ChampolUon  et  bien  vérifiée  par  ses  disciples.  Les  rois 

l'emploient  également  à  la  première  personne  '•  y  V^,  h'er-a. 


l'inscription  hiéroglyphique  d'ibsamboul  9 

comme  s'ils  disaient  Ma  Majesté.,,  Je  traduirai  ces  dif- 
férents groupes  par  le  roi  ou  par  Sa  Majesté,  selon  que  le 
contexte  l'exigera. 

Le  nom  des  peuples  ennemis  de  l'Egypte  est  fort  souvent 
accompagné  d'épithètes  méprisantes.  C'est  ainsi  que  celui 
du  peuple  H'ita  est  presque  toujours  qualifié  par  Texpression 

5=^,  h'er,  qui  signifie  tombé ^  renversé,  terrassé,  ainsi 

que  le  démontrerait  suffisamment  l'homme  étendu  sur  le  sol 
qui  sert  de  déterminatif  au  groupe.  Des  centaines  d'exemples 
concluants  peuvent  être  cités  à  l'appui  de  ce  sens.  Je  mention- 
nerai seulement  l'expression         ^^^i^l,  h'er  hi  ho, 

tomber  sur  la/ace,  comme  au  Todtenbuch,  chap.  cxxxiv, 
ligne  7.  La  formule  h'er  en-h'ita  signifie  à  la  lettre  :  Le 
terrassé  de  H'ita.  L'ennemi  de  l'Egypte  était  ainsi  carac- 
térisé comme  écrasé,  vaincu,  à  la  merci  du  vainqueur. 
Mais  pour  éviter  la  monotone  répétition  de  cette  formule, 
je  traduirai  simplement  l'abject  H'ita,  ChampoUion,  séduit 
par  le  rapprochement  du  copte  ig^^pi,  plaie,  traduisait  :  la 
plaie  du  Scheto^ ;  M.  Lenormant  l'imite^  en  aggravant 
l'erreur  par  une  assimilation  de  cette  expression  à  celle  de 
Fléau  de  Dieu,  qu'Attila  avait  méritée.  Celle-ci  rappelle,  en 
effet,  la  terreur  qu'inspirait  le  Hun  impitoyable,  tandis  que 
Texpression  égyptienne,  qui  s'applique  indistinctement  à 
toutes  sortes  de  peuples  ennemis,  ne  comporte  qu'une  idée 
de  défaite,  d'abaissement,  d'abjection.  H'er  n'est  pas  plus 
og«kpi,  plaga,  que  ^^p,  corium,  pellis. 

Une  autre  qualification  de  la  môme  espèce  est         '^^ , 

II 

h'es,  quelquefois  h'esi,  vil,  humilié.  Employé  comme 
verbe,  h'es  se  trouve  dans  les  textes  avec  le  sens  avilir, 
humilier,  comme  par  exemple  dans  ce  passage  du  Papyrus 
Sallier  III,  2/5  :  Amen  er  h'esi  h'imou  neter,  Ammon 
humiliera  ceux  qui  ne  connaissent  pas  Dieu,  et  dans  [le 

1.  Lettres  écrites  d'Egypte^  p.  120. 


l'inscription  hiéroglyphique  d'ibsamboul 

yrus  Prisse,  VII,  7  :  ar  h'esbk  s'es  sa  aker  :  s'il 
milie  de  seroir  un  homme  sage. 

hampollion  avait  mécoonu  la  valeur  phonétique  du  signe 
'  qu'il  lisait  tantôt  ouo,  tantôt  rot'  et  dont  la  véritable 
Lire  est  H'.  Il  ignorait  également  la  signification  du 
ipe  ,  h'a-t,  qui  veut  dire  le  ventre  et  que,  par  euphé- 
me,  on  traduit  par  sein,  entrailles,  Jlancs.  Ce  mot 
plique  du  reste  à  tout  l'intérieur  du  corps  humain  : 
t  la  cavité  qui  renferme  le  cœur',  celle  dans  laquelle 
complit  la  respiration'  ;  ce  sont  les  viscères  de  la  diges- 
*,  c'est  l'intérieur  de  l'œuf,  le  corps,  ou  comme  nous 
ns,  le  cœur  de  l'arbre',  c'est  le  sein  maternel', 
e  nom  d'un  serpent  mythologique  est  :  s'am  hi  h'a-t-ew, 
/  qui  marche  sur  son  ventre'.  Il  n'est,  en  définitive, 
m  mot  dans  aucune  langue  dont  le  sens  soit  mieux 
ftaté.  Dans  le  groupe  <=>  S),  h'rot,  copte  «pori,  proies, 
mpollion  considérait  le  signe  initial  comme  exprimant 
on  ROT,  dont  les  deux  derniers  signes  n'eussent  été  que 
léonasme  phonétique  à  peu  près  comme  cela  se  passe 
3  le  mot  •¥■  ,  onh',  la  de.  Cette  erreur  lui  avait  fait 
iidérer  l'adjectif  "^s.  comme  une  expression  com- 

te :  ROT-ES-HOU,  sa  race  est  mauvaise',  dont  la  race 
naucaise.  Aujourd'hui,  la  lecture  h'es  et  la  signification 
tilié,  bas,  cil,  sont  hors  de  toute  discussion.  Toutefois, 


Dictionnaire  égyptien,  p.  103. 

Sharpe,  Egypliaa  Inscriptions,  1"  Ser.,   45-11  ;   Papyrus  Sal- 

■II,  3 '9. 

Todlcnbuck,  78-21. 

Todtenbuch,  82-2. 

GieeDC,  Fouilles  à  Thébes,  I,  1. 

Todtenbuch,  155-2. 

Denkmàler,  III,  29. 

Todlenbuch.  149-16. 

Lettres  écrites  d'Egypte,  p.  120. 


[ 


l'inscription  hiéroglyphique  d'ibsamboul 


11 


M.  Lenormant,  dans  une  de  ses  notes,  persiste  à  voir  dans 
,  race,  au  lieu  dejtancs  (ventre),  de  même  qu'il  persiste 

à  lire ///aie  dans  h'br. 

Ce  sont  là,  du  reste,  les  deux  seules  modifications  qu'il 
juge  à  propos  d'introduire  dans  la  traduction  de  M.  de 
Rougé,  contre  laquelle  il  exprime  cependant  des  réserves 
bien  faites  pour  surprendre  Thonorable  académicien. 

Je  place  maintenant  en  face  l'une  de  l'autre  ma  traduction 
et  l'œuvre  de  M.  Lenormant  : 


M.  Chabas 

L'an  V,  au  troisième  mois  de 
Tété,  le  neavième  jour,  sous  le 
règne  du  roi  de  la  Haute  et  de  la 
Basse- Egypte,  Ramsès  II,  aimé 
d'Ammon,  vivant  à  toujours.  Sa 
Majesté  était  alors  au  pays  de 
T'ahi,  dans  sa  deuxième  expé- 
dition de  conquête.  Bonne  garde 
était  faite  sur  la  personne  du  roi 
dans  la  tente  de  Sa  Majesté,  au 
fossé  méridional  de  Kates'. 

Le  roi  se  leva  semblable  à  la 
lumière  du  soleil;  il  prit  la  pa- 
rure de  son  père,  le  dieu  Mont 
{F armure  des  combats),  et  con- 
tinua sa  marche.  Sa  Majesté 
s'avança  jusqu'au  midi  de  la 
forteresse  de  S*abton. 

Deux  S'asou  vinrent  dire  au 
roi  :  «  Parmi  nos  frères  que  le 
H'ita  a  placés  dans  les  grands 


M.  Lenormant 

Le  récit  commence  au  début 
de  la  campagne.  Le  roi  d*Égypte, 
à  la  nouvelle  de  Tinvasion  des 
Schétos,  s  est  mis  en  marche  à  la 
tête  de  son  armée  ;  il  est  parti  de 
la  ville  de  Schebtoun  au  Sud. 
Trompé  par  de  faux  avis,  il  est 
venu  établir  son  camp  à  Paa- 
mauro,  un  peu  à  l'ouest  d'Ëtescb, 
tout  près  de  la  grande  armée  des 
Schétos,  qu'il  croit  encore  éloi- 
gnée et  qui  est  établie  à  peu  de 
distance  de  là,  au  sud  de  la  ville, 
à  deux  journées  de  Libou\  au 
sud  de  Tounar.  Deux  espions  de 
l'ennemi  ont  été  arrêtés  dans  le 
camp  égyptien,  et  on  les  amène 
devant  le  roi  pour  être  interrogés. 


1.  C'est  du  groupe         ,       Il  ^  JL  (qui  se  montre  avec  la  variante 
0<^^  n>9      n  ^     W     I     J  -Zr  ' — ' 

U  <^S^(|  qX)  H'irabou,  U'iraba)  que  M.  Lenormant  fait  à  deux 

journées  de  Lihou, 


12         l'inscription  hiéroglyphique  d'ibsamboul 

officiers,  on  nous  a  envoyés  pour 
parler  à  Sa  Majesté.  Nous  agi- 
ronsen  serviteu^du  roi.  Lorsque 
le  H*ita  nous  retenait  dans  son 
voisinage,  l'abject  Hlta  était 
établi  à  H'iraba,  au  nord  de 
Tunep.  Il  redoute  Sa  Majesté  au 
point  de  battre  en  retraite. 

Nous  avons^  dans  ce  premier  paragraphe,  le  discours  des 
deux  espions  de  Tennemi  ;  ils  appartiennent  à  la  nation  des 
S'asou,  qu'on  voit  apparaître  plusieurs  fois  dans  les  textes 
militaires  ;  comme  ils  ne  sont  pas  nommés  parmi  les  peuples 
alliés  des  H'itas,  on  est  autorisé  à  les  considérer  comme 
une  tribu  nomade  qui  vendait  ses  services  à  Tune  ou  à 
Tautre  des  parties  belligérantes.  Le  discours  de  ces  espions 
à  Ramsès  est  fort  intelligible  :  c'est  parmi  des  personnages 
de  leur  espèce  que  le  H'ita  a  choisi  des  Mahotous,  officiers 
dont  les  fonctions  ne  nous  sont  pas  connues.  On  les  a 
envoyés  faire  au  roi  quelques  communications,  mais  ils  pro- 
testent de  leur  dévouement  à  son  service,  et  pour  preuve 
lui  révèlent  la  position  qu'occupent  les  ennemis. 

La  suite  montrera  que  ces  paroles  n'étaient  qu'une  feinte 
pour  tromper  le  roi  d'Egypte. 

Je  ne  me  charge  pas  de  rapprocher  des  hiéroglyphes  la 
glose  de  M.  Lenormant;  mais  je  vois  qu'il  méconnaît  com- 
plètement le  discours  des  deux  espions,  et  je  serais  vérita- 
blement curieux  de  savoir  dans  quel  endroil  du  texte  il  a 
découvert  que  Ramsès  avait  été  trompé  par  de  faux  aois^ 
puisqu'il  a  lu  tout  autre  chose  dans  le  seul  passage  qui  ait 
trait  à  ces  faux  avis. 

En  revanche,  M.  Lenormant  rencontre  le  discours  des 
S'asou  précisément  au  moment  où  ces  derniers  ont  disparu 
de  la  scène,  et  dans  un  passage  qui  ne  contient  pas  de  dis- 
cours ;  puis,  dans  ce  discours  qui  n'existe  pas,  il  découvre 
de  bien  magnifiques  choses  : 


l'inscription  hiéroglyphique  d'ibsamboul 


13 


«  Ici,  dit  M.  Lenormant  nous  traduisons  l'inscription 
0  dans  laquelle  toute  cette  scène  est  racontée  de  la  manière  la 
»  plus  remarquable.  A  la  grandeur  et  à  la  sauvage  fierté  des 
»  réponses  que  les  captifs  scy thés  adressent  au  pharaon,  on 
»  croirait  entendre  des  prisonniers  germains  dans  un  récit 
»  de  Tacite.  Ces  réponses  présentent  un  grand  intérêt  par 
»  la  manière  dont  elles  distinguent  entre  les  dispositions 
»  guerrières  des  envahisseurs  scythiques,  prêts  à  engager  la 
»  lutte  avec  les  forces  égyptiennes,  et  les  inclinations  paci- 
1)  fîques  de  la  population  des  villes,  probablement  d'origine 
)i  sémitique,  tremblant  devant  la  puissance  des  fils  de 
»  Mitsraim  et  prête  à  se  soumettre,  mais  opprimée  par  les 
»  redoutables  étrangers  qui  occupent  son  territoire.  »  C'est 
merveilleux,  sans  doute,  mais  lisons  le  texte  : 


M.  Chabas 

Voilà  ce  qu'avaient  dit  les 
deux  S*asou»  les  paroles  par  eux 
dites  au  roi  étaient  une  rase  :  le 
H'ita  les  avait  envoyés  pour  dé- 
couvrir ce  que  faisait  le  roi,  afin 
d'éviter  que  l'armée  de  Sa  Ma- 
jesté s'embusquât  pour  attaquer 
le  H'ita.  Mais  déjà  l'abject  H'ita 
était  venu  avec  les  généraux  de 
toutes  les  nations,  fantassins  et 
cavaliers,  qu'il  amenait  pour  les 
faire  participer  à  ses  victoires, 
et  il  se  tenait  embusqué  derrière 
Kates',  la  ville  coupable.  Le  roi 
l'ignorait;  il  continua  sa  marche 
et  ti^aoança  ju$qu!au  nord-ouest 
deKaiei\ 


M.  Lenormant 

Voici  la  parole  des  deux  pas* 
teurs,  la  parole  qu'ils  disent  à  Sa 
Majesté  :  «  En  multitude  est  le 
Schéto,  il  se  bâte  pour  s'opposer 
au  commandement  de  Sa  Ma- 
jesté, car  il  n'a  pas  peur  de  ses 
soldats.  Voici  que  la  plaie  de 
Schéto  vient  avec  tous  les  chefs 
de  tous  pays,  les  fantassins,  les 
cavaliers  qu'ils  ont  amenés  pour 
livrer  la  bataille.  Cependant 
l'immobilité  suffocante  de  la 
crainte  est  dans  l'intérieur  d'E- 
tesch,  cette  misérable  ville.  Ils 
invoquent  Sa  Majesté,  dont  ils 
connaissent  la  sévérité,  afin  de 
pouvoir  lui   dérober  leurs  tré- 


1 .  Les  mots  soulignés  ne  se  trouvent  pas  à  Ibsamboal .  Je  les  ai  tra- 
duits dans  les  textes  de  Bonomi. 


14 


l'inscription  hiéroglyphique  d'ibsamboul 


Le  roi  étant  installé  sur  son 
trône  d*or,  vinrent  les  espions 
qui  étaient  à  son  service;  ils 
amenaient  deux  espions  de  lab- 
ject  H'ita.  On  les  présenta  au 
roi .  Sa  Majesté  leur  dit  :  a  Qui 
êtes- vous?»  Ils  lui  dirent:  ((Nous 
sommes  à  l'abject  H'ita;  c'est  lui 
qui  nous  a  envoyés  pour  décou- 
vrir le  lieu  où  se  trouve  Sa  Ma- 
jesté. » 

Sa  Majesté  leur  dit  :  ((  Il  a 
déserté  Tabject  H'ita,  car  j'ai  en- 
tendu dire  qu'il  est  dans  le  pays 
de  H'iraba.  » 

Ils  expliquèrent  que  l'abject 
H'ita  s'était  levé  avec  les  nations 
nombreuses  qu  il  avait  amenées 
avec  lui  pour  les  faire  participer 
à  ses  victoires,  de  tous  les  peuples 
qui  sont  dans  l'étendue  des  pays 
de  H'ita,  du  pays  de  Naharaïn 
et  de  Kati  tout  eniier,  toutes  (ces 
nations)  pourvues  d'archers  et 
de  cavaliers,  avec  des  munitions 
considérables  et  des  approvision- 
nements de  bouche,  ei  il  fut 
révélé  qu'ils  se  tenaient  prêts  à 
attaquer,  derrière  Kates',  la  ville 
coupable. 

Alors  le  roi  fit  appeler  les 
généraux  en  sa  présence  pour 
qu'ils  entendissent  tout  ce  qu'a- 
vaient dit  les  deux  espions  de 
H'ita  qui  étaient  devant  lui. 


sors.  »  Un  des  deux  serviteurs  de 
Sa  Majesté,  qui  avait  amené  1^ 
espions  de  la  plaie  de  Schéto, 
tremblant  en  sa  présence,  leur 
dit  de  la  part  de  Sa  Majesté  : 
((  O  vous,  répondez.  Que  disent 
les  rebelles  de  la  plaie  de  Schéto? 
Dites-nous-le  vite,  par  Tordre  de 
Sa  Majesté  I  »  Et  ils  répondirent 
au  roi  :  «  Elle  s'est  levée  la  plaie 
de  Schéto,  ô  roi  modérateur  de 
l'Egypte,  pour  une  parole  or- 
gueilleuse prononcée  par  vous 
aux  Babaî\  Elle  vient,  la  plaie 
de  Schéto,  persistant  avec  les 
nations  nombreuses  qu'elle  a 
amenées  pour  en  venir  aux 
mains,  de  toutes  les  contrées  qui 
sont  du  côté  de  la  terre  de  Schéto, 
du  pays  de  Naharaïn  et  de  celui 
de  Ta- ta,  puissante  par  l'étendue 
de  ses  fantassins  et  de  sa  cava- 
lerie, à  cause  de  leur  impétuosité 
exaltée  par  (les  multitudes)  nom- 
breuses qui  s'étendent  comme  le 
sable,  qui  se  répandent  avec  la 
rapidité  de  la  flèche.  Cependant 
l'immobilité  de  la  crainte  du 
combat  est  sur  Etesch,  la  ville 
mauvaise  ;  les  habitants  attendent 
le  bon  plaisir  de  Sa  Majesté, 
interpellant  en  face  les  chefs  pour 
qu'ils  fassent  leur  paix.  )) 


1.  Ici  les  H'iraba  deviennent  les  Babaï,  <(  les  Abii,  les  plus  justes  des 
hommes  »,  dit  Homère  (voir  p.  9,  note  1)* 


l'inscription  hiéroglyphique  d'ibsamboul 


15 


Ma  traduction  suit  une  marche  simple  et  régulière  qui 
serait  presque  une  justification  suffisante.  Après  le  faux 
rapport  des  deux  S'asou,  Ramsès  s'est  imprudemment  rap- 
proché de  Kates'  et  de  l'armée  ennemie,  embusquée  derrière 
cette  ville;  deux  nouveaux  espions  sont  arrêtés  de  vive 
force  et  amenés  devant  le  roi;  dans  Tune  des  peintures 
accessoires  de  la  scène,  on  voit  ces  deux  espions  soumis  à 
la  bastonnade  et  demandant  grâce  ;  la  légende  de  ce  petit 
tableau  sert  de  commentaire,  pour  cet  épisode,  à  la  grande 
inscription;  elle  se  lit  avec  toute  certitude  : 

a  Arrivée  de  l'espion  du  roi,  amenant  deux  espions  de 
»  l'abject  H'ita  devant  Sa  Majesté.  On  les  bat  devant  le  roi 
»  pour  leur  faire  dire  où  est  l'abject  H'ita.  » 

Les  deux  H'itas  révèlent  alors  la  véritable  situation  de 
l'armée  ennemie,  et  le  roi  fait  appeler  ses  généraux  pour  les 
gourmander  sur  leur  défaut  de  vigilance. 

M.  Lenormant  disloque  et  transforme  ce  texte  simple  et 
facile;  il  en  fait  la  harangue  inintelligible  qu'on  vient  de  lire 
et  pour  laquelle  il  n'a  pas  encore  épuisé  les  témoignages  de 
son  admiration,  ainsi  qu'on  va  le  voir  dans  la  glose  sui- 
vante : 


M.  Chabas 

Le  roi  leur  dit  (à  ses  géné- 
raux): ((  Découvrez  le  fait  des 
préposés  aux  provinœs  étran- 
gères et  des  généraux  qui  sont 
au  pays  où  est  le  roi.  Ils  ont  fait 
dire  au  roi  dans  rexercice  de  leur 
charge  :  «  Le  H*ita  est  au  pays 
de  H'iraba  ;  il  se  retire  devant  Sa 
Majesté  depuis  qu'il  en  a  entendu 
parler»,  et  cependant  il  leur  ap- 
partenait de  me  faire  savoir  dans 


M.  Lenormant 

La  hardiesse  d'un  pareil  lan- 
gage surprend  et  indigne  les 
Egyptiens  ;  la  parole  qui  nous 
était  adressée,  le  déB  des  mau- 
dits, des  vaincus  aux  chefs  qui 
étaient  autour  du  roi  les  fit 
s'écrier  :  «  Périsse  le  pays  de 
Schétol  Et  pour  le  défi  des 
Babaï  ^ ,  que  leur  terre  disparaisse 
de  devant  Sa  Majesté,  forte  par 
son  activité,  à  cause  de  la  plainte 


1.  Encore  les  Bahaï!  Infortunés  HlrabasI 


16 


l'inscription  hiéroglyphique  d'ibsamboul 


Texercice  de  lear  charge  ce  que 
je  viens  d'apprendre  à  cette 
heure  en  faisant  parler  les  deux 
espions  de  l'abject  H'ita;  leH'ita 
et  les  nations  nombreuses  qui 
raccompagnent  avec  hommes  et 
chevaux,  comme  un  sable  nom- 
breux, se  tiennent  prêts  à  atta- 
quer, derrière  Kates',  la  cou- 
pable, et  cependant  les  préposés 
aux  provinces  étrangères,  ni  les 
généraux  qui  commandent  les 
terres  du  roi,  ne  l'ont  pas  su .  » 

Ces  choses  dites,  les  généraux 
qui  étaient  devant  le  roi  dirent 
que  les  préposés  aux  provinces 
et  les  généraux  du  roi  avaient 
commis  un  acte  odieux  en  ce 
qu'ils  ne  s'étaient  pas  fait  ren- 
seigner d'avance  sur  tout  ce  que 
faisait  l'abject  H'ita. 

Tandis  qu'ils  parlaient.  Sa 
Majesté  ordonna  d  office  ce  qu'il 
y  avait  à  faire,  et  cet  officier  fut 
chargé  de  courir  à  la  recherche  ' 
de  l'armée  du  roi  qui  marchait 
au  sud  de  S'abton,  afin  de  le 
ramener  au  lieu  où  se  trouvait 
Sa  Majesté. 

Sa  Majesté  était  encore  assise  à 
parler  avec  les  généraux,  lorsque 
l'abject  H'ita  vint  avec  ses  ar- 
chers et  ses  cavaliers  et  avec  les 
nations  nombreuses  qui  l'accom- 
pagnaient. Ils  passèrent  le  fossé 
qui  est  au  midi  de  Kates'  et  se 
précipitèrent  sur  l'armée  du  roi 


qu'ils  ont  osé   faire  devant  le 


roi.  » 


Ramsès  lui-même,  du  haut  de 
son  trône,  joint  sa  voix  au  con- 
cert des  imprécations  de  ses  offi- 
ciers; il  ordonne  de  mettre  à 
mort  les  deux  espions,  et  dans 
l'exaltation  de  son  orgueil  blessé, 
il  appelle,  comme  Rodrigue,  ses 
ennemis  au  combat  :  «  Parle 


1.  Les  mots  en  italique  correspondent  à  une  laoune  dans  le  texte. 


l'inscription  hiéroglyphique  d'ibsamboul 


17 


r 


qui  continuait  sa  marche  et  qui 
ne  savait  rien. 

Alors  devant  eux  faiblirent  les 
archers  et  les  cavaliers  du  roi  qui 
se  rendirent  au  lieu  où  se  trou- 
vait Sa  Majesté,  et  déjà  la 
troupe  de  Tabject  H'ita  avait  en- 
entouré  les  serviteurs  du  roi  qui 
étaient  auprès  de  Sa  Majesté. 
Alors  le  roi  vit  cela,  il  fut  contre 
eux  comme  une  panthère,  sem- 
blable à  son  père  le  dieu  Mont, 
seigneur  de  la  Thébaïde.  Il  se 
revêtit  de  ses  parures  de  combat 
et  saisit  sa  lance  ;  il  était  pareil 
au  dieu  Baar^  à  son  heure  ter- 
rible. Voilà  qu'il  monta  à  cheval 
et  prit  son  élan.  Il  était  seul  de 
sa  personne,  il  pénétra  dans  la 
troupe  de  l'abject  HMta  et  des 
nations  nombreuses  qui  raccom- 
pagnaient. Sa  Majesté,  semblable 
au  dieu  Souteh',  le  très  vaillant, 
sabrait  et  massacrait  au  milieu 
d'eux,  et  les  forçait  à  se  jeter 
renversés  l'un  sur  l'autre  dans  les 
eaux  de  l'Arànta. 

«  Toutes  les  nations  me  res- 
pectent! (dit  le  roi),  car  j'étais 
seul  ;  mes  archers  et  mes  cava- 
liers m'avaientabandonné;pas  un 
d'eux  n'a  tenu  ferme  pour  reve- 
nir au  secours  de  ma  vie!  Mon 
amour,  c'est  Phra  ;  ma  louange, 
c*est  mon  père  Toum  I  Tout  ce 
que  j'ai  dit,  je  lai  fait  véritable- 
ment devant  mes  archers  et  mes 
cavaliers.  » 

BiBL.  ÉGYPT.,  T.  X. 


maintenant,  terre  de  Schéto, 
viens  avec  toutes  les  contrées  qui 
te  sont  soumises,  tes  multitudes 
d'hommes  et  de  femmes,  tes 
chevaux  nombreux  comme  les 
grains  de  sable.  La  crainte  qui 
presse  Etesh,  cette  cité  maudite, 
terrassera  aussi  les  princes  des 
nations  et  tous  les  chefs  qui 
s'agitent  dans  le  camp  pour  nous 
combattre.  )) 

L'armée  se  met  en  marche 
pour  atteindre  les  Schétos  et  châ- 
tier leur  insolence;  elle  rencontre, 
embusquées  à  quelque  distance 
de  son  campement,  les  forces 
ennemies,  et  la  lutte  s  engage 
avec  violence. 


f  * 


18         l'inscription  hiéroglyphique  d'ibsamboul 

Dans  la  traduction  qui  précède,  j'ai  la  conviction  d'avoir 
resserré  l'erreur  possible  dans  des  limites  très  étroites^  et 
j'affirme  résolument  que  pas  un  passage  essentiel  n'est 
susceptible  d'une  correction  de  nature  à  modifier  les  sens  que 
j'ai  donnés  ;  quatre  ou  cinq  expressions  seulement  laissent 
prise  au  doute.  Je  les  discuterai  dans  la  seconde  partie  de 
ce  mémoire;  les  égyptologues  qui  compareront  ma  version 
avec  le  texte  voudront  bien  réserver  leur  jugement  jusqu'à 
l'apparition  du  prochain  cahier  de  la  Revue. 

Quant  à  l'œuvre  de  M.  Lenormant,  je  n'ai  pas  le  courage 
d*en  faire  ressortir  les  incohérences.  En  la  lisant,  j'ai  hésité 
à  croire  qu'elle  fût  applicable  à  l'inscription  d'Ibsamboul,  et 
mon  hésitation  n'a  cessé  qu'à  l'inspection  de  quelques  lam- 
beaux de  traduction  de  différents  textes,  dans  lesquels 
M.  Lenormant  me  parait  avoir  suivi  une  marche  tout  aussi 
peu  critique.  Ce  sont  bien  là  les  fruits  de  la  méthode  que 
j'appellerai  imaginaire,  faute  d'une  expression  qui  rende 
mieux  ma  pensée . 

S'il  était  vrai  que  les  deux  traductions  que  je  viens  d'op- 
poser l'une  à  l'autre  fussent  également  possibles  à  des  dis- 
ciples de  ChampoUion,  si  l'erreur  pouvait  prendre  des 
proportions  pareilles,  oh  !  alors,  disons  adieu  aux  espérances 
qui  ont  salué  la  découverte  de  cet  homme  de  génie;  n'espé- 
rons pas  être  jamais  en  mesure  de  proposer  à  la  saine  critique 
des  résultats  dignes  d'attirer  son  attention  ;  n'affirmons  rien  : 
rien  de  la  langue^  rien  de  l'histoire,  rien  de  la  mythologie, 
rien  de  la  géographie .  Que  les  hiéroglyphes  retombent  dans 
leur  oubli  séculaire  et  que  le  nom  de  ChampoUion  s'efface 
de  la  mémoire  des  hommes  I  Comment  !  ce  que  l'un  de  ces 
prétendus  interprètes  rend  par  s'asseoir  sur  un  trône  d'or, 
un  autre  l'explique  par  dérober  des  trésors,  et  c'est  là 
peut-être  une  des  moindres  différences  de  deux  versions 
d'un  môme  texte.  De  part  et  d'autre,  nulle  apparence  de 
tâtonnement;  tous  lôs  deux  affirment  leur  œuvre  et  la 
commentent;  ils  semblent  également   sûrs  d'eux-mêmes. 


l'inscription  hiéroglyphique  d'ibsamboul         19 

Émules  de  Klaproth  et  de  GoulianoflE,  recommencez  vos 
attaques!  jamais  vous  n'eûtes  aussi  beau  jeu. 

Comme  on  le  voit,  je  n'hésite  pas  à  poser  carrément  la 
question.  Travailleur  indépendant,  je  n'ai  rien  à  demander  à 
Tégyptologie  au  delà  de  la  satisfaction  d'une  passion  pro- 
fonde pour  cette  étude  si  attrayante.  Depuis  six  années,  j'y 
consacre  les  instants  trop  courts  que  me  laissent  les  travaux 
de  ma  profession  et  je  suis  arivé  seul,  sans  système  préconçu, 
sans  parti  pris^  libre  de  toute  influence,  à  reconnaître  la 
certitude  rigoureuse  du  système  de  ChampoUion  et  les 
moyens  de  l'appliquer  avec  fruit.  Je  me  sens  en  mesure  de 
faire  passer  ma  conviction  dans  l'esprit  de  tout  homme  intel- 
ligent et  sans  préjugés,  et  j'affirme  qu'une  traduction  comme 
celle  de  M.  Lenormant  est  absolument  impossible,  que 
jamais,  par  aucune  considération  dérivée  des  principes  de 
Champollion^  le  traducteur  ne  pourra  justifier  les  sens  qu'il  a 
adoptés,  ni  môme  expliquer  ou  atténuer  ses  erreurs.  Un 
débutant  dans  Tôtude  avouera,  s'il  est  de  bonne  foi,  son 
impuissance  à  traduire,  mais  ce  n'est  qu'en  abdiquant  son 
titre  de  disciple  de  ChampoUion  qu'il  pourrait  se  permettre 
de  défigurer  un  texte  en  y  substituant  les  rêveries  de  son 
imagination. 

Que  des  mots  soient  inexactement  traduits,  que  des  phrases 
entières  soient  mal  comprises,  c'est  ce  qui  doit  arriver  presque 
inévitablement,  dans  Tétat  encore  bien  incomplet  du  voca- 
bulaire et  de  la  grammaire.  On  ne  peut  même  concevoir 
qu'il  en  soit  autrement,  excepté  dans  des  textes  bien  simples 
et  d'un  enchaînement  rigoureux.  Aussi^  faut-il  toujours 
placer  en  première  ligne  les  progrès  de  la  connaissance  de  la 
langue;  c'est  l'unique  moyen  de  conjurer  les  erreurs  graves. 
Gardons-nous  de  céder  aux  entraînements  de  l'imagination 
et  même  des  vraisemblances,  sans  être  bien  assurés  que 
nous  ne  prenons  point  notre  point  de  départ  dans  d'énormes 
contresens.  C'est  une  précaution  que  ne  connaîtra  jamais 
la  méthode  imaginaire;  semblable  à  je  ne  sais  plus  quelle 


20         l'inscription  hiéroglyphique  d'ibsamboul 

science  dont  on  dit  qu'elle  est  si  facile  que  tout  le  monde  la 
connaît,  même  ceux  qui  croient  Tignorer,  cette  méthode 
peut  tout  traduire,  même  ce  que  ses  adeptes  regardent 
comme  inintelligible.  Ainsi,  tandis  que  M.  Lenormant  n'est 
nullement  arrêté  ni  embarrassé  par  les  lignes  omises  dans  la 
copie  de  l'inscription  dlbsamboul,  il  prétend  ne  rien  com- 
prendre dans  le  Papyrus  Prisse  :  «  On  n'est  pas  même  assuré, 
»  dit-il,  qu'à  part  la  conclusion  des  dernières  pages,  ce 
»  texte  doive  être  classé  parmi  ceux  qui  se  rapportent  à 
»  rhistoire.  » 

Dans  un  récent  mémoire  sur  ce  papyrus,  j'affirmai,  au 
contraire,  que  «  ceux  qui  lisent  couramment  les  récits  de 
»  TExode  dans  les  papyrus  du  British  Muséum  n'éprouve- 
»  raient  aucune  difficulté  pour  la  traduction  entière  de  ce 
»  vieux  manuscrit  ».  Chacun  sait  que  ces  papyrus  de  l'Exode 
sont  dus  à  la  plume  de  M.  le  docteur  Heath.  Les  égypto- 
logues  ne  s'étaient,  jusqu'à  présent,  guère  occupés  de  cette 
opinion  singulière,  mais  M.  Lenormant  vient  de  la  reprendre 
pour  son  propre  compte,  considérablement  corrigée  et  aug- 
mentée. 

Or,  tandis  que  M.  Lenormant  affirme  son  ignorance  absolue 
à  propos  du  Papyrus  Prisse,  le  révérend  docteur  en  publie  à 
Londres  une  traduction  complète,  sans  la  moindre  lacime, 
sans  marque  d'hésitation  sur  une  seule  expression  I  Je  revien- 
drai sur  cette  publication  dans  un  prochain  article.  Je  me 
bornerai,  pour  le  moment,  à  dire  qu'elle  n'ajoute  rien  pour 
moi  aux  minces  résultats  que  j'ai  communiqués  aux  lecteurs 
de  la  Revue,  dans  le  premier  cahier  de  cette  année. 

J'ai  mentionné  les*  papyrus  de  l'Exode,  expliqués  par  M.  le 
docteur  Heath.  Les  passages  traduits  par  l'honorable  savant 
anglais  forment  la  partie  la  plus  considérable  du  mémoire 
de  M.  Lenormant,  duquel  je  m'occupe  ici.  M.  Lenormant 
nous  explique  «  qu'il  a  soumis  ces  contradictions  à  une  cri- 
»  tique  sévère  et  qu'il  les  a  corrigées  sur  beaucoup  de  points 


l'inscription  hiéroglyphique  d'ibsamboul         21 

»  pour  arriver  à  un  résultat  qui  pût  défier  les  attaques  des 
»  adversaires  les  plus  décidés  ». 

M.  Lenormant,  qui  avoue  ne  pas  savoir  lire  un  mot  dans 
les  dix-neuf  pages  d'hiéroglyphes  si  aisément  lues  par 
M.  Heath,  se  croit  cependant  assez  fort  pour  beaucoup 
reprendre  et  beaucoup  corriger  dans  les  traductions  de  ce 
dernier.  Ces  messieurs  s'expliqueront  entre  eux .  Quant  à 
nous,  nous  connaissons  actuellement  la  sévérité  de  la  critique 
et  la  certitude  des  résultats  de  M.  Lenormant;  il  prend  la 
peine  de  nous  apprendre  que  la  traduction  de  l'inscription 
d'ibsamboul  a  fait  l'objet  de  son  cours  public  au  Collège  de 
France  pendant  l'année  1855.  Il  ne  s'agit  donc  pas  d'une  étude 
faite  à  la  légère,  c^est  le  texte  qui  a  retenti  dans  la  chaire 
de  Champollion,  ce  sont  les  leçons  qui  devaient  recruter  de 
nouveaux  disciples  à  l'illustre  maître  I  Ab  uno  disce  omnes. 

Les  papyrus  du  British  Muséum  auront  leur  tour  d'études 
analytiques  ;  ils  offrent  assez  de  difficultés  pour  commander 
la  réserve  et  la  circonspection  ;  lorsqu'ils  auront  réellement 
livré  leurs  secrets,  les  rapprochements  bibliques  iront 
rejoindre  dans  le  néant  «  les  prisonniers  germains  dans  un 
récit  de  Tacite,  le  défi  des  Babaî,  le  concert  des  imprécations 
et  l'appel  de  Rodrigue  »,  commentaires  fantastiques  de 
traductions  imaginaires. 

II 

Telle  qu'elle  est  reproduite  dans  le  grand  ouvrage  de  la 
Commission  prussienne,  l'inscription  d'ibsamboul  comprend 
quarante-cinq  colonnes;  indépendamment  des  colonnes 
incomplètement  copiées,  le  texte  donné  par  Champollion 
omet  entièrement  deux  lignes  essentielles;  il  se  compose 
seulement  de  quarante-trois  lignes.  Quant  à  l'inscription 
du  Ramesséum,  dont  les  colonnes  sont  plus  longues,  elle  n'a 
que  vingt-cinq  lignes,  contenant  le  même  texte  que  celui 
d'ibsamboul^  plus  deux  phrases  additionnelles. 


22         l'inscription  hiéroglyphique  d'ibsamboul 

Pour  les  références,  je  me  servirai  de  la  copie  de  la 
Commission  prussienne,  dont  les  lignes  sont  numérotées  de 
1  à  45.  Dans  l'espace  qui  sépare  la  vingt-huitième  de  la 
vingt-neuvième  ligne,  le  roi  Ramsès,  assis  sur  son  trône, 
interpelle  ses  généraux,  humblement  tournés  vers  lui;  mais 
cette  scène,  qui  sert  d'illustration  au  texte,  n'interrompt  pas 
le  récit,  et  le  commencement  de  la  ligne  29  fait  suite  immé- 
diate à  la  fin  de  la  ligne  28. 

L'inscription  gravée  sur  la  planche  XXXII  du  grand 
ouvrage  de  ChampoUion  est,  au  contraire,  indépendante  de 
l'inscription  principale,  le  tableau  d'assemblage  (pi.  XVII 
bis)  l'indique  suffisamment;  elle  se  réfère  à  l'arrivée  d'un 
corps  de  troupes  égyptien,  composé  d'infanterie  et  de  chars, 
auquel  les  hiéroglyphes  donnent  le  nom  de  Narouna  du  roi. 
ChampoUion  a  été  aussi  malheureux  dans  la  copie  de  ce  petit 
texte  que  dans  celle  de  la  grande  inscription,  car  tandis 
qu'on  lit  distinctement  dans  la  copie  de  la  Commission  prus- 
sienne : 

Pe  ai  iri  en  pe  Narouna  en  aa  per  ti  onh*  out'a  senb 
La  venue    des    Narouna  du  roi  ^ 

em  pe    to     Amaour 
dans  le  pays  d' Amaour 

la  copie  de  ChampoUion  omet  cinq  groupes  et  donne  seule- 
ment :  PE  Ai  EN  NAROUNA  EM  PE  AA  AMAOUR,  co  qui  ne  forme 
aucun  sens.  C'est  dans  les  derniers  groupes  de  ce  texte  défi- 
guré que  M.  Lenormant  trouve  le  nom  de  Paamauro,  qu'il 
assimile  à  Bemmari,  localité  citée  dans  l'Itinéraire  d'An- 
tonin*.  Mais  ni  le  pays  d' Amaour,  ni  celui  de  Bemmari, 
qu'on  ne  s'attendait  pas  à  rencontrer  ici,  ne  sont  mentionnés 
dans  le  texte  çui  fait  l'objet  de  cette  étude. 

1.  Je  rappelle  ici  robservation  que  j'ai  déjà  faite  relativement  à  la 
traduction  abrégée  des  formules  qui  servent  à  désigner  la  personne  du 
roi.  [Cf.  plus  haut,  p.  8  du  présent  volume]. 

2.  Les  Livres  chcs  les  Égyptiens,  p.  274. 


l'inscription  hiéroglyphique  d'ibsamboul         23 

Pour  ne  pas  multiplier  outre  mesure  les  groupes  hiérogly- 
phiques dans  le  texte,  je  me  contenterai  de  transcrire  les 
mots  égyptiens,  d'après  la  méthode  de  lecture  que  j'ai  exposée 
dans  la  première  partie  de  mon  mémoire  \  Je  ne  ferai  usage 
du  caractère  spécial  que  lorsque  la  discussion  analytique 
Texigera.  Sous  la  transcription,  je  placerai  la  traduction  mot 
à  mot  de  l'égyptien,  et,  pour  la  facilité  des  explications,  je 
couperai  l'inscription  en  paragraphes  dont  je  discuterai  les 
mots  douteux. 

La  première  ligne  est  presque  entièrement  occupée  par  le 
protocole  habituel  des  inscriptions  officielles  ;  elle  contient 
la  date,  les  noms  et  les  titres  du  roi.  Il  n'y  a  rien  à  analyser 
dans  ce  préambule  commun  à  tant  de  documents.  J'aborde 
donc  immédiatement  le  récit  : 

Ligne  1.      Aa-t  h'er-ew  hi 

VoUà  que  Sa  Majesté  (était)  >  à 

Lignes.  Tahl   em  uti-ew    ,     //  en    neh't 

T'ahi  dans  son  expédition  2*  de  victoire 

La  particule  as-t,  par  laquelle  commence  l'inscription, 
annonce  la  situation  des  choses,  le  fait  accompli  au  moment 
où  l'on  parle;  on  connaît  les  variantes  as,  as-tou  et  as-ek; 
le  copte  possède  encore  une  particule  dans  ic  et  ic^e;  les 

événements  consécutifs  sont  amenés  par  la  particule  f        , 

H  AN,  copte  ^Hiuie,  voici  que. 

Des  textes  nombreux  et  notamment  les  inscriptions  )du 
grand  temple  d'Ammon-Ra  à  Thèbes,  que  M.  Birch  a  nom- 
mées avec  raison  les  Annales  de  Thothmès  III^  montrei^t  que 
les  campagnes  des  Pharaons  à  l'étranger  étaient  désignées 
sous  le  nom  d'uxi  en  neh't,  expédition  de  conquête  ou  de 
victoire.  Dans  le  style  officiel,  chacune  de  ces  campagnes 

1.  [Cf.  plus  haut,  p.  8  du  présent  volamej. 

2.  L'auxiliaire  d'état  est  souvent  sous-entendu  en  égyptien  comme  en 
bébroa.  ' 


24         l'inscription  hiéroglyphique  d'ibsamboul 

recevait  un  numéro  d'ordre;  nous  sommes  ici  à  la  seconde 
campagne  de  Ramsès  II;  les  Annales  de  Thothmès  III  men- 
tionnent jusqu'à  la  treizième  campagne  de  ce  prédécesseur 
de  Ramsès^  à  la  trente-neuvième  année  de  son  règne  \ 

Ligae  2.      Res     ne/er    em    onh'    ouf  a     senb     em      am     en 
Veille  bonne  pour   vie     saine  et  forte  dans  la  tente  de 

H'er-evo      hi    t'es-i         res        ent  Kates* 
Sa  Majesté  au    fossé   méridional  de  Kates' 

«  On  faisait  bonne  garde  sur  la  personne  du  roi  dans  la 
tente  royale,  au  fossé  méridional  de  Kates'.  » 

Le  verbe         "l  ^^^ ,  res,  a  eu  les  mêmes  acceptions  que 

ses  dérivés  coptes  pnc,  pœic,  vigilare^  expergisci,  custodire^ 
vigilta.  Indépendamment  des  deux  déterminatifs  qui  accom- 
pagnent ici  ce  groupe,  on  le  rencontre  souvent  augmenté  de 
la  face  humaine,  qui  semble  n'y  jouer  qu'un  rôle  explétif; 
l'expression  si  fréquente  souten  res,  veut  dire  roi  vigilant, 
attentif,  comme,  par  exemple,  dans  les  inscriptions  de  l'obé- 
lisque de  Paris  : 

Hik  ken  res        hi        hah  h'oa 

Souverain  victorieux,  vigilant  pour  chercher  les  glorifications 

en      mes  sou* 

de  celui  qui  l'a  engendré 

Au  proscynèmede  Ramsès-ashou-heb,  à  Ibsamboul,  le  roi 
est  dit  : 

Res        hi       hah  sep       neb    monh"     em   iri-t      h*ou 

Vigilant  pour  chercher  occasion  toute  possible  pour  faire  honneurs 

en    ateu>      Hor* 
à  son  père  Horus 

1.  Lepsius,  Auswahl,  XII^  44;  Denkm'âler,  lll,  31,  a,  10. 

2.  Sharpe,  Egyptian  Inscriptions,  1"  Ser.,  42,  face  2. 

3.  Chanapollion,  Monuments  de  l'Egypte,  I,  9,  2, 10. 


l'inscription  hiéroglyphique  d'ibsamboul         25 

La  même  expression  est  appliquée  à  un  architecte  de 
répoque  d' Amenemha  I V  \ 

Dans  la  phrase  étudiée,  la  bonne  veille  doit  s'entendre  de 
la  garde  attentive  qui  se  faisait  à  l'entrée  de  la  tente  du 
monarque.  On  trouve  une  formule  analogue  dans  les  Annales 
de  Thothmës  III  : 

Men-ket    mcn^het  res  res  rea  em   onh' 

Courage I  Courage I  Vigilance!  Vigilance;  qu*on  veille  sur  la  vie 

em      am      en  onh'  out'asenb* 
dans  la  tente  du  roi 

Du  sens  veiller,  s'éveiller  est  dérivé  de  celui  de  se  lever j 
se  relever.  On  lit  au  Rituel  : 

Res-ek  ape-ek  As^Ra*. 

Lève  ta  tète,  Osiris. 

C'est  le  sens  qu'a  adopté  avec  raison  M.  de  Rougé  dans 
ce  passage  du  discours  de  Ramsès  : 

Pe     houi       neb     em  sen     men     reè-evo    sou^ 
Le  tombant  tout  d'entre  eux  non   il  relève  lui. 

«  Quiconque  d'entre  eux  tombera  ne  se  relèvera  plus.  » 

M.  Birch  a  le  premier  signalé  le  sens  du  groupe  A  ^v^n, 

AM,  tente,  pavillon  de  guerre;  cette  valeur  est  certaine. 
Pendant  leurs  campagnes,  les  rois  amenaient  avec  eux  leur 
tente  et  l'installaient  dans  leur  camp  ;  lorsqull  est  parlé  de 
l'érection  de  la  tente  royale,  ou  de  la  garde  dont  elle  était 
l'objet  dans  un  lieu  quelconque,  c'est  comme  s'il  était  dit 
que  le  roi  y  avait  établi  son  camp.  C'est  ce  que  démontrent 

1.  Sharpe,  Egyptian  Inscriptions,  1'*  Ser.,  82,  3. 

2.  Denkmàler,  III,  Bl.  32, 13. 

3.  Todtenbuch,  151  b. 

4.  Papyrus  Sallier  III,  4/3. 


26         l'inscription  hiéroglyphique  d'ibsamboul 

diverses  mentions  des  Annales  de  Thothmès  IH\  où  Ton 
voit  en  outre  que  le  mot  am  ne  désigne  pas  exclusivement 
la  tente  royale,  puisqu'un  de  ces  objets  figure  au  nombre  des 
prises  faites  sur  l'ennemi*. 

Une  cause  d'embarras  est  l'explication  du  mot        ,  t'bs, 

qui  se  réfère  à  quelque  accident  de  terrain  au  midi  de 
la  ville  de  Kates'.  Dans  les  tableaux  d'ibsamboul  et  du 
Ramesséum,  on  voit  que  cette  ville  est  située  sur  l'Aranta 
qui  l'entoure  de  ses  eaux,  en  un  point  où  le  fleuve  s'élargit 
considérablement.  On  distingue  môme  un  fossé  intérieur 
rempli  d'eau,  formant  une  seconde  enceinte  en  avant  des 
murs  crénelés.  Peut-être  le  t'es  est-il  le  fossé  extérieur  dans 
lequel  on  a  détourné  le  cours  de  l'Aranta.  Le  groupe  t'es 
correspond  à  une  lacune  du  texte  du  Ramesséum,  mais  on 
y  lit,  à  la  ligne  2£^ue  pour  surprendre  Ramsès,  l'armée  des 

H'itas  passa  le  c^=^  ,  s'bt,  qui  est  au  midi  de  Kates'.  Le 

Al 

copte  |90Te,  fovea,  fossa^  fournirait  une  explication  satis- 
faisante de  ce  mot,  et  l'on  pourrait  admettre  que  le  s'et  du 
Ramesséum  et  le  t'es  d'ibsamboul  sont  la  môme  chose. 
Tous  les  deux  sont  d'ailleurs  une  circonstance  topographique 
observée  au  midi  de  la  ville  de  Kates'.  Le  ^efa^  fosse,  fossé, 
est  du  reste  admissible  pour  le  mot  t'es  dans  tous  les  pas- 
sages où  je  l'ai  trouvé  employé,  soit  qu'il  représente  la  fosse 
où  se  retire  le  serpent  Apap^  soit  qu'il  s'applique  à  celle  où 
sont  précipités  les  ennemis  d'Osiris  après  leur  immolation*. 
S'il  reste  quelque  doute  sur  le  véritable  sens  de  ces  mots, 
nous  savons  tout  au  moins  d'une  manière  bien  certaine  que 
le  roi  d'Egypte  avait  établi  son  camp  en  un  lieu  situé  au 
midi  de  la  ville  de  Kates'. 

1.  Lepsias,  Denkmdler,  III,  31,  57. 

2.  Ibid.,  32,  17. 

3.  Todtenbuch,  ch.  vii,  titre;  ch.  xcix,  2. 

4.  Todtenbuch,  oh.  cxlvi,  16,  17. 


l'inscription  hiéroglyphique  d'ibsamboul         27 

Lig.  3.       s'a         ITer-ew        h'a  oubn-ra  s'open-ew 

Se  leva  Sa  Majesté  comme  la  lumière  da  Soleil      il  prit 

h'akerou  tew  Mont, 

les  parures       de  son  père       Mont. 

On  trouve  daas  un  grand  nombre  de  textes'  l'orthographe 
pleine  du  groupe  '^^^^ôûâ,  h'akerou;  ce  mot  signifie  pa- 
rures^ ornements,  ajustements.  Employés  comme  verbes, 
h'akbr  et  seh'aker  équivalent  à  orner,  parer,  embellir. 

Ex.  :  IrUen-eu}       sib  aa    en  num  seh'aker  em    aa     neb      aa*. 

U  a  fait  une  porte  grande    d'or,       ornée    de  pierre  toute  précieuse. 

La  parure  du  dieu  Mont,  le  Mars  égyptien,  n'est  autre 
chose  que  l'armure  des  combats. 

II  est  à  peine  utile  de  rappeler  ici  que ,  par  euphonie,  les 
Egyptiens  supprimaient  souvent  le  pronom  possessif  de  la 
troisième  personne  du  singulier  masculin  ew,  après  le  mot 
ATBw,  TEW,  père. 

Lig.  3.   Oui  neb        em  Lig.  4,         h*et  aper  H'er-ew     cr 

Partit  le  seigneur  en  s'éloignant;  s'approcha  Sa  Majesté  au 

res  teh*a  en  S'abtoun. 

midi  de  la  forteresse  de  S*abtoun. 

«  Le  roi  continua  sa  marche  et  s'avança  jusqu'au  midi  de 
la  forteresse  de  S'abtoun.  » 

11  y  a  à  faire  à  propos  de  cette  phrase  si  simple  une 
observation  importante  dontla  priorité  appartient  à  M.  Birch. 

Dans  les  textes,  l'expression         ^^,  h'et,  est  cons- 

tamment  opposée  à  fM\'='  \\,  wenti.  La  première  signifie 


1.  Todtenbuchy  92-4,  comparez  le  passage  correspondant  da  Papyrus 
Cadet,  Todtenbuch,  142,  22;  Greene,  Fouilles  à  Thèbes,  l,  8;  Sharpe, 
Egyptian  InscriptionSj  2^  Séries,  3,  9. 

2.  Denkmàler,  lll,  167. 


28         l'inscription  hiéroglyphique  d'ibsamboul 

partir,  s'éloigner,  se  mettre  en  voyage;  Tautre,  rentrer, 
revenir;  c'est  ainsi,  par  exemple,  que  l'élu  du  ciel  égyptien, 
investi  de  la  faculté  de  prendre  éternellement  toutes  les 
formes  à  son  gré  va  (h'et)  aux  champs  Aalu  (l'Elysée)  et  en 
revient  (wenti)  '  ;  que  dans  l'hymne  de  H'emmès,  ceux  qui 
montent  (h'et)  et  qui  redescendent  (wenti)  la  durée  de  la 
vie  adressent  des  acclamations  à  Osiris*.  Âpres  sa  victoire 
signalée  sur  les  H'itas,  Ramsès  II  revint  (wenti)  vers  le 
Midi*.  On  trouve  aussi  Texpression  h'et  en  opposition  avec 
un  mot  assez  rarement  employé  comme  verbe  de  mouvement 

®^I2L(j(j^^,  h'esefi;  c'est  dans  une  de  ces  formules  des 

stèles  funéraires  qui  invitent  les  passants  à  prononcer  la 
prière  pour  les  défunts. 

A    retou     neb-t     sou-t-sen         hi      em     ha-ten     em     h'et      em 
O  hommes    tous    qui  passent  en  face  de  cette  stèle  en    allant  et  en 

h'esefi     em      mera-ten  *. 
revenant  dans  vos  cultures. 

Du  mot  WENTI  je  signalerai  la  variante  ^^^^^  ââ^  *,  dont 

^  \\ 

le  premier  signe  est  l'hiéroglyphe  du  nez,  phonétique  fenti, 

WENTI. 

Il  est  bon  de  remarquer  que  ni  l'une  ni  l'autre  de  ces 
expressions  ne  s'applique  exclusivement  à  la  navigation. 

Lig.  4.Ai-ten  s'asou  II    er  fot.    Lig.  5.    en  ITer-eio. 
vinrent  S'asou  II  pour  dire  &  Sa  Majesté. 

«  Deux  S'asou  vinrent  dire  au  roi.  » 

Il  n'y  a  rien  à  discuter  dans  cette  phrase  dont  le  sens  est 

1.  Todtenbucht  chap.  lxxii,  2. 

2.  Sharpe,  Egyptian  Inscriptions,  1"  Ser.,  97,  13  ;  ibid.,  1,  5. 

3.  Papyrus  Sallier  III,  10,  3. 

4.  Sharpe,  Egyptian  Inscriptions,  1"  Ser.,  82,  8. 

5.  Sharpe,  Egyptian  Inscriptions,  1"  Ser.,  44,  10.  Conf.   Todten- 
buch,  72,  8. 


l'inscription  hiéroglyphique  d'ibsamboul         29 

évident.  L'identification  des  S'asou  avec  Fun  des  peuples  de 
la  géographie  ancienne  est  aussi  incertaine  que  celle  de 
toutes  les  autres  nations  dont  nous  allons  rencontrer  les 
noms,  à  l'exception  de  Naharaîn,  la  Mésopotamie,  le  pays 
des  deux  fleuves,  dont  les  hiéroglyphes  reproduisent  exacte- 
ment le  nom  biblique.  Le  pays  des  S'asou  est  plusieurs  fois 
cité  dans  les  textes  militaires.  Sous  le  règne  de  Thothmèslll, 
le  capitaine  Ahmès  Pennob  y  fit  de  nombreux  prisonniers  \ 
Dans  un  texte  curieux,  mais  malheureusement  mutilé  des 
inscriptions  d'ibsamboul,  Ramsès  II  est  dépeint  comme 
ayant  entraîné  la  Nigritie  dans  les  pays  septentrionaux, 
les  Aamous  (races  jaunes  de  TAsie  centrale)  dans  la  Nubie j 

et  le  pays  des  S'asou  dans  celui  de \  Le  dernier  mot 

est  détruit,  et  cette  lacune  nous  prive  d'une  opposition  qui 
aurait  pu  être  utilisée  pour  les  recherches  géographiques. 

Les  S'asou  ne  figurent  pas  dans  l'énumération  des  peuples 
alliés  des  H'itas,  mais  le  texte  nous  les  montre  offrant  leurs 
services  aux  parties  belligérantes.  On  peut  supposer ,  comme 
Ta  fait  M.  de  Rougé,  qu'ils  appartenaient  aux  tribus  nomades 
des  déserts  de  Syrie. 

Lig.  5.    Em    nenou  sennou       enti         em        aaou        en  mahotou  em 
Parmi    nos      frères    qai  (sont)  dans  les  grands  des  Mahotou  par 

tape    Lig.  6.  ITita    taaou         nou  en      H'er-etc      er 

le  fait  do  H'ita,  on  nous  a  fait  venir  vers  Sa  Majesté  pour 

rot, 
parler. 

«  Parmi  nos  frères  que  le  H'ita  a  placés  parmi  les  plus 
grands  des  Mahotou,  on  nous  a  envoyés  pour  parler  au  roi.  » 

Le  discours  des  S'asou  est  digne  d'attention,  car  c'est  le 
point  capital  de  l'inscription.  Ils  parlent,  comme  on  devait 
s'y  attendre,  à  la  première  personne  du  pluriel  ^^,  nou, 

1.  Lepsias,  Austcahl,  Zwei  Steine,  etc.,  ligne  10. 

2.  Champollion,  Monuments  de  V Egypte,  I,  17/2. 


30         l'inscription  hiéroglyphique  d'ibsamboul 

BNNOU,  copte  «Jion  et  dans  les  composés  n,  en,  nous.  Us  se 
recommandent  d'abord  de  leur  propre  importance  :  leurs 
frères,  c'est-à-dire  leurs  compatriotes,  leurs  pareils,  ont  été 
placés  par  les  H'itas  parmi  les  plus  considérables  de  certains 
officiers  que  le  texte  nomme  Mahotou,  et  dont  il  serait  dif- 
ficile  de  préciser  les  fonctions.  Dans  les  textes  publiés  par 
M.  Greene,  les  Mahotou  sont  nommés  à  la  suite  de  l'Oer*, 
c'est-à-dire  du  chef  militaire,  du  général.  A  Sakkara,  un 
Égyptien  se  vante  d'avoir  été  véritablement  l'afiectionné 
des  Mahotou'.  Je  les  considère  comme  des  conducteurs  ou 
chefs  de  tribus,  des  espèces  de  scheiks.  Les  deux  S'asou 
expliquent  ensuite  qu'on  les  a  envoyés  pour  faire  une  com- 
munication au  roi;  le  texte  est  assez  clair  pour  se  passer 
d'analyse.  Je  crois  cependant  devoir  m'arréter  un  instant 
sur  l'auxiliaire  ta,  faire,  donner,  causer.  Ce  mot  remplit 
un  rôle  très  important  dans  la  langue  hiéroglyphique. 

On  a  récemment  contesté  la  prononciation  ti  donnée  par 
Champollion,  qui  avait  assimilé  le  groupe  f^  n  et  ses  va- 
riantes au  copte  i",  et  Ton  a  voulu  le  lire  ma.  Les  recherches 
auxquelles  je  me  suis  livré  m'ont  démontré  que  les  vues  de 
Champollion  étaient  justes.  11  existe  effectivement  un  verbe 
:,  MA,  donner,  qui  s'écrit  souvent  à  l'aide  d'un  signe  idéo- 


graphique :  la  main  présentant  un  vase  a o  ;  ce  même  signe 

sert  à  écrire  la  syllabe  ma  ou  mo  dans  certains  mots  tels  que 
MAU,  la  mère,  mofek,  cuivre,  etc.  Il  n'est  pas  impossible  que 

les  deux  signes  lui  et  a d,  si  voisins  de  forme  et  de  sens, 

aient  été  confondus  dans  les  textes,  mais  il  est  incontestable 
que  la  langue  antique  a  possédé  simultanément  les  formes 

TA  ou  TI  et  MA.  Les  diverses  expressions  a    n^  A , 

et  $=3  se  prononcent  réellement  ta  et  sont  des  variantes  qui 
s'échangent  continuellement.  Les  deux  dernières  ne  sont 
autre  chose  que  la  lettre  t  elle-même  ;       "  est  une  variante 

1.  Greene,  Fouilles  à  Thèbes,  I,  26. 

2.  Lepsias,  Denkm'àler,  III,  Bl. 


l'inscription  hiéroglyphique  d'ibsamboul         31 

de  A  n  '  ;  la  forme  hiératique  des  deux  signes  est  ordinai- 
rement identique.  Quant  à  a  n  et  à  A ,  leur  valeur  phoné- 
tique TA,  Ti,  est  exprimée  par  toute  une  série  de  noms  dont 
ils  forment  la  seconde  syllabe,  comme  par  exemple  ceux  de 
Petammon,  Petubastes,  Petosiris,  etc.  En  rassemblant  les 

variantes  du  groupe  ^  ,  reta  ou  erta,  autre  forme  bien 
connue  de  Tauxiliaireyatre,  donner,  etc.,  on  obtient  l'équi- 
valence suivante  :    c^    = o  =  =         =  <=>  A  = 

o .  Si  l'on  supprime  le  signe  commim,  il  reste  : 

Je  citerai  aussi  les  formes  et  ,  analogues  ^  h^> 
dans  lesquelles  le  segment  a,  t,  remplit  le  rôle  de  com- 
plément phonétique. 

Voici  une  phrase  dans  laquelle  le  scribe  a  cherché  à  faire 
parade  de  sa  connaissance  des  variantes  ;  sur  un  cercueil 
conservé  au  Musée  britannique,  Osiris  dit  : 


Alî7¥«-m^km 


AAVWW 


Zl-A 


Ta  a      onh'  en  As-ra,,.   ia-en-a  sou    em      neterou 
Je  donne  la  vie  au  détunt.  Je  donne  lui  parmi  les  dieux. 

ta-eri'a       ak  ew  Per-ew 

Je  donne  qu'il  entre  et  qu'il  sorte, 

OU  en  termes  corrects  :  «  Je  donne  la  vie  au  défunt,   je 

1  •  Cette  observation  ne  s'applique  &  .— .^  que  lorsque  ce  signe  signifie 
donner^  faire^  etc.  Dans  le  corps  des  mots,  c'est  simplement  une 
voyelle  ;  figniativement  ce  signe  signifie  le  bras. 

2.  Sharpe,  Egyptian  InscHptiona,  !•»  Ser.,  pi.  LXXV,  lig.  10. 


32         l'inscription  hiéroglyphique  d'ibsamboul 

le  place  parmi  les  dieux,  j'accorde  qu'il  entre  et  qu'il 
sorte.  » 

Je  renverrai   également   l'étudiant  aux  variantes  c^^, 
Sharpe,  Egyptian  Inscriptions,  1»*  Ser.,  pi.  LXXIX,  lig.  14; 

ibid.,  LXXXVI,  9;  ^^,  c=3^,  Denkmâler,  II,  102. 

Les  verbes  ta  et  brta  ont  pour  signification  radicale 
donner.  Le  thème  ta  ou  da  est  commun  à  un  grand  nombre 
de  langues,  notamment  au  grec  et  à  l'hébreu.  Comme 
auxiliaires,  ces  mots  remplissent  des  fonctions  variées  qui 
dérivent  toutes  de  leur  valeur  radicale.  Ils  représentent  le 
verbe  impulsif,  causatif,  faire,  comme  dans  nos  formules 
faire  faire,  faire  tirer,  etc.  L'inscription  de  Rosette  en 
offre  quelques  exemples,  notamment  à  la  ligne  13  :  a  Qu'il 
soit  accordé  aux  habitants  de  l'Egypte  qui  le  désireront, 
d'élever  de  même  cette  chapelle  du  dieu  Épiphane.  » 

Er    tria     oun     es     em    per     sen 
pour  faire  qu'eUe  soit  dans  leur  maison 

Ce  qui  correspond  au  grec  :  xal  Ij^stv  wap*  a&roiç. 
A  la  ligne  14,  se  trouve  Tordre  de  faire  élever  la  stèle  tri- 
lingue dans  les  temples  : 

Erta      ha       eœ 
faire    élever    lui 

Dans  la  petite  inscription  qui  sert  de  légende  à  la  baston- 
nade infligée  aux  deux  espions,  il  est  dit  qu'on  les  frappe 
devant  le  roi. 

cr      ta    sen  t*ot  pe  enti  pe    to   enlVUaam^ 
pour  faire  eux  dire  le   où   le  pays  de  H'ita  là 

((  Pour  leur  faire  dire  le  lieu  où  se  trouvait  le  peuple 
H'ita.  » 

1.  ChampoUion,  Monuments  de  l* Egypte,  I,  XXIX,  aa  bas. 


l'inscription  hiéroglyphique  d'ibsamboul         33 

Ta  et  BRTA  servent  aussi  à  indiquer  la  nomination,  la 
promotion  à  un  office.  Mont-si,  personnage  qui  vécut  sous 
les  trois  premiers  Pharaons  de  la  XII*  dynastie,  énumère 
les  cinq  emplois  qui  lui  furent  successivement  conférés  et 

se  sert  alternativement  du  mot  A ,  ta,  et  de  <=>  A ,  erta. 

Ta-a        H*er-ew        em        an^ 
fit  moi   Sa  Majesté       en       scribe 

et  Erta-a      H'er  ew        er         an. 
fit  moi    Sa  Majesté    pour     scribe 

Dans  un  autre  monument  de  la  môme  époque,  la  forme 
est         ,  ERTA*.  Il  en  est  de  môme  au  Papyrus  Prisse, 

planche  II,  avant-dernière  ligne. 

Ainsi  TA  et  erta  expriment  Timpulsion,  l'incitation,  la 
cause.  Après  le  carnage  que  Ramsès  fit  des  H'itas,  on  ne 
trouvait  pas  un  endroit  où  Ton  pût  mettre  le  pied  à  cause 
de  la  multitude  des  cadavres . 

Littéralement  : 

em     ta  aa'ou         sen* 

par  le  fait        de  lear    multitude. 

1.  Sharpe,  Egyptian  Inscriptions,  1'^  Ser.,  83.  Le  phonétique  an  pour 
le  signe  Ijâ  a  été  indiqué  par  M.  Birch,  Mémoire  sur  une  patère  égyp' 

iienne,  etc.,  p.  53. 

2.  Sharpe,  Egyptian  Inscriptions,  1**  Ser.,  LXXXV,  5. 

3.  Papyrus  Sallier  III,  7/9,  M.  de  Rongé  a  paraphrasé  :  tant  les  morts 

étaient  nombreux.  Le  phonétique  de  <§=K^  est  ,  as\  pluriel  as'ou, 

ainsi  que  le  démontrent  les  variantes  du  nom  d'un  serpent  mythologique 
r^  ^=  ,  as'  hoou^  à  plusieurs  têtes,  Sharpe,  Egyptian  Ins- 

#.in.     C3niii  ^  nn— ^^^ 

cnptions,  V  Ser.,  32;  2^^  Ser.,  5-9;  Texpression  y  (1 '^'^'^^  qui  suit 

rénumération  des  diverses  denrées  (Inscription  de  Rosette,  lig.  4)  est 
Téquivalent  de  U  (I  ^^  x^  ,  Sharpe,  Egyptian  Inscriptions,  1"  Ser., 
93,3. 

BiBI*.  ÉOYPT.,  T.  X.  3 


34         l'inscription  hiéroglyphique  d'ibsamboul 

C'est  dans  ce  sens  qu'on  doit  traduire  les  formules  dans 
lesquelles  il  est  dit  que  le  défunt  prend  toutes  les  formes  : 

er  tata  het-eto  ^ 

à       rimpulsion    de  son  oœur. 

et  non  pas  «  pour  placer  son  cœur  ». 

Ces  observations  pourraient  être  poussées  beaucoup  plus 
loin,  mais  nous  rencontrerons  dans  la  suite  du  texte  des 
exemples  remarquables  que  j'aurai  le  soin  de  faire  ressortir. 
Ce  que  j'ai  dit  justifie  surabondamment  ma  version  de  la 
phrase  étudiée.  J'ajouterai  seulement  que  la  dernière  partie 
de  cette  phrase  est  au  passif  : 

Ta  aou-nou  er  foi. 

Nous  avons    été  fait  venir       poar  dire 

Lig.  6.     Aou-nou        er  irv-t      bekou  L\g,7,  en  cui-per-ti  onh*  outa' senb 
Nous  somnoles  pour  faire  des  serviteurs  du  roi. 

«  Nous  ferons  des  serviteurs  du  roi .  » 

Le  sens  de  ce  passage  est  manifeste,  car  le  groupe  bbk, 
copte  AioR,  servus,  n'a  pas  besoin  d'être  discuté.  Les  deux 
émissaires  protestent  de  leur  dévouement,  afin  de  préparer 
le  succès  de  leur  fourberie . 

Lig.  7.  em    tou-nou    raou-nou  em     ta      pe     h'er     en  ITita  h*er  pe 
En  étant  nous  avoisinant  par  le  fait  du  terrassé  de  H'ita,  alors  le 

h'er     en  H'ita     hemse      em  FTiraba  hi  meht      Tonap 
terrassé  de  H*ita  était  établi   à    Hlraba  au  nord  de  Tonap. 

«  Lorsque  le  H'ita  nous  retenait  dans  son  voisinage, 
alors  le  H'ita  était  établi  au  pays  de  H'iraba  au  nord  de 
Tonap.  » 

^  (1 7^ ,  RAOUA,  est  le  copte  {m^th,  vicinta^  vicinus; 

1 .  Todtenbuch,  chap.  i,  22. 


l'inscription  hiéroglyphique  d'ibsamboul         35 

il  signifie  aooisiner,  toucher,  joindre,  comme  le  démontre 
cet  exemple  tiré  du  rituel  : 

Raoua-ek       er    eu>    ape    em    ape\ 
tu  approches    vers  lui    tète    à     tête. 

L'action  qu'indique  ce  verbe  était  faite  à  cause  ou  par 
l'impulsion  du  H'ita,  ainsi  que  le  montre  l'emploi  de  l'auxi- 
liaire TA  que  je  viens  d'étudier;  la  préposition  H'er  annonce 
la  connexité  de  temps  :  alors,  en  même  temps,  le  H'ita  était 
assis,  installé  à  H'iraba.  M.  Lenormant,  qui  bouleverse 
tout  ce  texte,  semble  mettre  le  discours  des  S'asou  dans  la 
bouche  de  Ramsès,  qui  croit,  dit-il,  V armée  des  Schétos 
encore  éloignée,  tandis  qu'elle  est  établie  à  peu  de  distance 
de  là,  au  sud  de  la  ville,  à  deux  journées  de  Libou,  au  sud 
de  Tounar  '. 

II  n'y  a  dans  les  hiéroglyphes  ni  journées,  ni  Libou,  ni 
sud,  ni  Tounar .  Le  nom  de  cette  dernière  localité  est  cor- 
rectement donné  dans  l'inscription  du  Ramesséum,  sous  la 
forme  de  Tonap  qu'on  retrouve  dans  d'autres  monuments. 

Lig.  S.  Snatou-ew   en     aa-per-ti  onh*  out'a  senb     er-ai     em  iventa 
U  a  peur     du  roi  en  allant  au  retour. 

Le  mot  SNATOU  est  le  thème  antique  du  copte  cn*.T,  rêve- 
ren\  timere.  Je  crois  superflu  de  le  discuter  ici.  Je  ferai 
seulement  remarquer  que  ce  mot  exprime  également  la  peur 
qu'on  inspire  et  la  peur  qu'on  éprouve.  Il  est  dit,  par 
exemple,  d'un  conquérant  : 

Rer      snat-eto       em       h'aou        sen^ 
Circule    sa  peur     dans       leurs     ventres. 

1.  Todtenhuch,  chap.  lviii,  2. 

2.  DenkmàleTj  II.  La  copie  de  Champollîon,  fautive  sur  tant  de  points, 
donne  Tonar,  mais  celle  de  la  Commission  prussienne  montre  que  le 
dernier  signe  n'est  plus  visible  sur  le  monument. 

3.  Denkmdler,  III,  Bl.  195. 


36         l'inscription  hiéroglyphique  d'ibsamboul 

«  La  peur  qu'il  leur  inspire  circule  dans  leurs  entrailles  ;  » 
et  dans  celle  des  inscriptions  de  la  Statuette  naophore  '  qui 
se  réfère  aux  désastres  éprouvés  par  l'Egypte  pendant  les 
fureurs  de  Cambyse  :  «  Immense  calamité  qui  eut  lieu  dans 
le  pays  tout  entier  et  dont  il  n'y  eut  jamais  la  pareille,  grande 
affliction  de  la  part  de  Dieu,  »  Out'a  Hor-Soun  déclare  qu'il 
fut  délivré  de  sa  peur  quand  il  plut  au  dieu  : 

Nohem       en       anaUa        sep       etc. 
Sauvé       de       ma  peur        à    son  gré. 

Pour  expliquer  Téloignement  de  l'ennemi,  les  S'asou 
allèguent  qu'ils  craignent  le  retour  de  l'armée  égyptienne- 

C'est  dans  ce  faux  avis  que  consiste  la  ruse  des  deux 
émissaires,  car  la  suite  de  l'inscription  va  nous  apprendre 
que,  loin  d'être  campée  en  arrière  des  Égyptiens,  l'armée 
des  confédérés  a  pris  les  devants  et  se  trouve  rassemblée 
derrière  la  ville  de  Kates',  près  de  laquelle  le  roi  s'est  im- 
prudemment avancé. 

Lig.  9.  A8't  Vot  ne       II  S'asou    ne    fotou     foi    en    sen    en 

Voilà  ce  qu'avaient  dit  les  2  S'asou  ;  les   paroles  dites  par  eux     à 

fTer-ew  em  aV   Lig.  10.  aou  pe  H'ita       ta       aou-sen 

8a  Majesté  (étaient)  en  ruse  et   le  H'ita  avait  fait  aller  eux 

er       patar     pe  enti    Her-evo  am-en-ho  em    tem    ta 

pour  découvrir  ce  que  Sa  Majesté  (était)  à  faire,  pour  non  faire 

Lig.  U.         her-sou       pe-kerou  en     H'er-eio       er        ker         hna    pe 
que  s'embusque  l'armée  de  Sa  Majesté  pour  combattre  avec    le 

h'er    en    H'ita 
terrassé  de    H'ita 

«  Voilà  ce  qu'avaient  dit  les  deux  S'asou  ;  les  paroles  qu'ils 
avaient  dites  au  roi  étaient  une  ruse  ;  le  H'ita  les  avait  en- 
voyés pour  découvrir  les  projets  du  roi,  afin  d'éviter  que 

1.  Statuette  naophore,  fianc  droit  da  naos. 


l'inscription  hiéroglyphique  d'ibsamboul         37 

l'armée  égyptienne  s'embusquât  pour  attaquer  le  H'ita.  » 
Ici,  comme  au  commencement  de  l'inscription,  la  particule 

As-T  annonce  le  fait  accompli.  Si  le  scribe  eût  voulu  exprimer 

que  les  S'asou  allaient  parler  de  nouveau,  il  eût  écrit  han 

t'ot  . . .   Voici  qu'ils  parlèrent . 

Les  paroles  des  S'asou  sont  caractérisées  par  le  mot  ..^^n 

\^^  ,  AT',  déterminé  par  l'oiseau  du  mal.  Ce  mot  désigne 

forcément  une  action  mauvaise,  c'est  le  copte  cwu,  dolosus. 
Dans  les  textes  funéraires,  il  est  question  du  châtiment  du 
fourbe  (at')  ^ .  Entew  se  vante  d'épouvanter  le  trompeur  sur 
sa  tromperie  : 

Hot    afou    hi    afou-^ic^. 

Nous  retrouvons  ici  d'excellents  exemples  de  l'emploi  des 
auxiliaires  ;  le  H'ita  avait  envoyé  (ta  aou,  /aire  aller)  les 
S'asou  pour  faire  une  chose  que  représente  le  mot  égyptien 

-j  -^^ ,  PATAR  ;  ce  mot  a  pour  déterminatif  la  pousse 

du  palmier  qui  n'est  qu'un  complément  phonétique  de  la 
syllabe  ter,  tar,  et  l'œil  complet  ouvert  qui  caractérise  les 
actes  de  vision,  d'attention.  Il  signifie  comme  l'hébreu  "tm, 
pator,  découvrir j  apercevoir,  inspecter,  examiner,  révéler, 
rendre  patent^  expliquer,  manifester.  Nous  rencontrerons 
dans  la  suite  du  texte  d'autres  exemples  de  l'emploi  de  ce 
mot  d'occurrence  très  fréquente  dans  les  hiéroglyphes. 

Ce  que  les  deux  émissaires  devaient  épier  est  exprimé 
par  une  phrase  elliptique  dans  laquelle  la  préposition  est 
renvoyée  à  la  fin.  Ces  tournures  sont  extrêmement  fré- 
quentes dans  la  langue  égyptienne.  Par  exemple,  la  prière 
pour  les  morts  demande  toutes  les  choses  bonnes  et  pures, 

Onh'    neter    am     sert 
Vil     Diea    par    elles, 

1.  Sharpe,  Egyptian  Inscriptions,  1"  Ser.,  pi.  LVII,  33. 

2.  Stèle  d'Entew^  au  Louere,  ligne  17. 


k 


38         l'inscription  hiéroglyphique  d'ibsamboul 

<(  par   lesquelles  vit  Dieu  »;  ce  qui  est  le  plua  souvent 
abrégé  en 

Onh'    neter    am 
Vit     Dieu    par. 

L'anglais  traduirait  presque  littéralement:  Allthe  good 
and  pure  things  God  lices  toit  h. 
Dans  la  phrase  étudiée,  la  préposition  finale  est  complexe 
^  ,  AM-KN-HO.  Sa  forme  la  plus  habituelle  est  am-ho. 
Rien  de  plus  commun  dans  les  hiéroglyphes  que  les  par- 
ticules complexes.  Celle  qui  m'occupe  exprime  la  mission, 
la  charge  prise  ou  donnée,  ainsi  qu'on  le  voit  dans  les  ins- 
criptions de  Radesieh  et  dans  un  grand  nombre  d'autres 
textes.  Ainsi  l'on  trouve  les  formes  ta  em  ho  en  souten  an  \ 
charger  le  scribe  royal  de ...  ;  erta  em  ho  en  h'orp,  charger 
le  commandant;  dans  les  annales  de  Thothmès  III,  il  est 
question  en  ces  termes  d'un  mouvement  prescrit  à  l'armée 
entière  : 

Erta  entou  em  ho   en  Kerou  er  t'er-eto* 
Fut  donné  mission   à  Tarmôe     entière. 

La  suite  explique  l'ordre  donné  :  «  Prenez  vos  armes, 
munissez-vous  de  vos  casques^  car  on  va  se  mettre  en  marche 
pour  attaquer  l'ennemi.  » 

ERTA  ou  TA  EM  HO  Signifie  mot  à  mot  mettre  à  la  face 
o(e,maisla  traduction  littéraledes  idiotismes  est  sans  intérêt; 
il  suffit  d'en  bien  saisir  le  sens.  Je  crois  qu'il  ne  saurait 
subsister  le  moindre  doute  sur  celui  que  j'attribue  à  am  ho 
ou  à  sa  forme  complexe  am-en-ho.  Les  deux  S'asou  avaient 
été  envoyés  pour  observer  ce  que  Ramsès  se  proposait  de 

1.  Champollion,  Notices  manuscrites,  t.  I,  p.  574. 

2.  Denknidler,  III,  Bl.  140,  10;  voyez  aussi  Sharpe,  Egyptian  Ins- 
criptions, 20^  Ser.,  24,  1  ;  24,  4. 


l'inscription  hiéroglyphique  d'ibsamboul         39 

&ire;  l'anglais:  what  the  ktng  was  about  (to  do),  rendrait 
l'égyptien  d'une  manière  régulière. 

Le  reste  de  la  phrase  exprime  le  genre  d'intérêt  qu'avait 
le  H'it^  à  faire  observer  les  mouvements  de  l'armée  égyp- 
tienne; c'était,  dit  le  texte,  pour  ne  pas  faire  que  V armée 

égyptienne  Jît  une  action  indiquée  par  le  verbe    ^ 

HiR,  pour  attaquer  le  HHta  ^ . 

HiR  est  fort  connu  dans  les  hiéroglyphes  comme  thème 
antique  du  copte  z^^^'  £«^>  terreur^  crainte.  Des  milliers 
de  passages  dont  le  sens  est  manifeste,  démontrent  ce  sens 
avec  une  rigueur  absolue.  Mais  il  est  évident  que  cette 
valeur  ne  convient  pas  ici,  car  le  H'ita  n'a  aucun  intérêt  à 
éviter  que  l'armée  égyptienne  redoute  une  rencontre  ;  ce 
qu'il  doit  chercher  à  prévenir  c'est  une  surprise,  une  attaque 
inopinée  de  la  part  de  cette  armée.  Or,  dans  l'une  de  ses 
acceptions,  le  mot  exprime  l'attitude  de  l'animal  qui  s'apprête 
à  se  jeter  sur  sa  proie.  Je  citerai,  à  l'appui  de  ce  sens,  la 
belle  légende  d'un  tableau  militaire  de  Médinet-Habou, 
représentant  le  roi  Ramsès  III  partant  avec  son  armée  pour 
une  campagne  en  Asie  * . 

^ffer-evo        er   Tahi         h*a  ka  en  mont    er 

Va  Sa  Majesté   à   Tahi    semblable  à  la  personne  de  Mont,  pour 

poipot  ...*neb  teh       tes'aourew^     kerou-ew^  h!  ai 

fouler  aux  pieds  nation  tonte  violant  ses  frontières;  ses  soldats  (sont)  comme 


1.  DenkmJaler,  III,  Bl.  32,  lig.  12. 

2.  Champoilion,  Monuments  de  V Egypte,  pi.  219. 

3.  Le  verbe  de  mouvement  a  disparu,  mais  le  sens  est  certain . 

4.  Le  groupe  représenté  par  des  points  est  ,  terre,  nation.  La 

▼aleur  phonétique  est  encore  incertaine.  Dans  la  suite  de  mes  trans- 
criptions, je  le  remplacerai  toujours  par  des  points. 

5.  L'hiéroglyphe  du  guerrier  correspond  à  des  valeurs  phonétiques 
variées.  Ma  transcription  kerou  est  celle  du  groupe  qui  signifie  corn- 
buttants. 


40         l'inscription  hiéroglyphique  d'ibsamboul 

kaou  hir       hi         baou  sesemou      h'a         bekoa      en 

des  taureaux  guettant  sur  des  chèvres,  les  cavales  comme  l'épervier  au 

h^ennou  roou 
milieu  des  oies 

Cette  légende  ne  se  réfère  pas  à  une  attaque  actuelle,  mais 
seulement  à  la  disposition  prise  pour  une  attaque  ultérieure  ; 
les  soldats  égyptiens  s'apprêtent  à  se  jeter  sur  Tennemi, 
comme  des  taureaux  sur  des  animaux  faibles  et  timides. 
C'est  cette  préparation  à  l'attaque  qu'exprime  le  verbe  hir. 
Ce  même  mot  sert  plus  loin  à  caractériser  la  situation  des 
H'itas  rassemblés  derrière  la  ville  de  Kates'  et  prêts  à  fondre 
sur  les  Égyptiens. 

Le  poème  de  Penta-Our  contient  des  exemples  remar- 
quables de  l'emploi  de  hir  dans  l'acception  que  je  viens  de 
justifier  et  que  M.  de  Rougé  a  parfaitement  reconnue.  S'il 
arrivait  que  la  langue  française  disparût  un  jour  de  la 
mémoire  des  hommes  et  qu'on  fût  obligé  de  la  reconstituer 
analy tiquement  comme  l'égyptien,  on  constaterait  aisément 
la  valeur  du  verbe  redouter,  mais  le  mot  redoute^  terme  de 
fortification,  offrirait  à  l'investigateur  une  difficulté  analogue 
à  celle  que  nous  venons  de  rencontrer  dans  le  verbe  hir. 

Lig.  11.     As-t       pe       h*er  en  H*ita  Lig.  11.        aou       hna   oer 
Voilà  que  le  terrassé  de  H*ita  était  venu  avec  chef 

neb  en,,,  neb     kerou       entheiorou-ou       en        eneto     em 

tout  de  nation  toute  fantassins  et  cavaliers  d'eux  amenés  par  lui  pour 

ta-ew      em  neh'tou     haou  kerou,         Lig.  13.        hir 

mettre  lui  en  victoires  ;  ils  se  tenaient  prenant  embuscade 

en  ha       en  Kateà*    ta  asi  men    reh'      M'er^ew 
par  derrière  Kates'  la  coupable.  Non  savait  Sa  Majesté. 

«  Déjà  l'abject  H'ita  était  venu  avec  tous  les  chefs  de 
toutes  les  nations,  leurs  fantassins  et  leurs  cavaliers^  qu'il 
avait  amenés  pour  les  faire  participer  à  ses  victoires.  Ils  se 


l'inscription  hiéroglyphique  d'ibsamboul         41 

tenaient  embusqués  derrière  Kates\  la  coupable.  Le  roi 
rigDorait.  » 

Ce  paragraphe  nous  décrit  la  véritable  situation  de  l'ar- 
mée des  confédérés,  sur  laquelle  Ramsès  vient  d'être  trompé 
par  les  deux  S'asou.  La  particule  as-t  nous  fait  voir  qu'il 
s'agit  d'une  situation  déjà  occupée  et  non  d'un  mouvement 
vers  une  situation  nouvelle;  tous  les  mots  de  ce  paragraphe 
sont  connus,  car  il  n'y  avait  d'embarrassant  que  l'expression 

HiR  dont  nous  venons  de  constater  le  sens,   càp  ^  est  une 

forme  abrégée  de  ^i^»  ker^  prendre,  tenir,  avoir'. 

J'ai  consacré  à  la  particule  ^    ,  ha,  un  travail  spécial*, 

qui  a  été  autographié  et  dans  lequel  je  démontre  que  cette 
particule  signifie  derrière  et  non  devant,  comme  l'avait 
pensé  Champollion.  C'est  un  fait  hors  de  toute  contestation. 
M.  de  Rougé  avait  du  reste  publié  ce  sens  avant  moi  dans 
un  ouvrage  qui  ne  m'est  pas  connu. 

Je  ne  puis  garantir  le  sens  précis  de  la  particule  injurieuse 
ASi,  donnée  à  la  ville  de  Kates'.  Je  n'en  connais  qu'un 
second  exemple  dans  un  passage  peu  intelligible  des  textes 
publiés  par  M.  Greene*.  Ma  traduction  coupable  est  pure- 
ment conjecturale  ;  c'est  peut-être  oile,  méprisable. 

Quoi  qu'il  en  soit,  il  est  bien  définitivement  acquis  par  la 
dissection  du  texte  que,  loin  d'être  à  H'iraba^  comme  l'avaient 
afl5rmé  les  S'asou,  l'armée  des  confédérés  se  tenait  prête  à 
l'attaque  derrière  la  ville  de  Kates'  et  que  Ramsès  Tignorait. 
Ici  le  texte  du  Ramesséum  donne  un  renseignement  impor- 
tant qui  manque  à  Ibsamboul  : 

Aou  ouf  Her-ew  em  h'et        aper  er  meht  entent    Kates** 

Sa    Majesté  repartit  et  s'approcha  aa    nord-ouest  de  Kates'. 

1.  Voyez  Cbabas,  Une  Inscription  historique,  notes  57,  74,  85. 

2.  Nouvelle  Explication  d^une  particule  de  la  langue  hiéroglyphique  y 
CbaloD,  1858. 

3.  Greene,  Fouilles  à  Thébes,  I,  6. 

4.  Sharpe,  Egyptian  Inscriptions,  2^^  Ser.,  52,  7. 


42        l'inscription  hiéroglyphique  d'ibsamboul 

La  phrase  est  interrompue  par  la  disparition  de  la  partie 
supérieure  de  la  ligne^  puis  il  est  parlé  de  l'armée  du  roi  ; 
si  le  texte  était  complet,  nous  y  lirions  probablement  que  le 
roi  n'emmena  pas  son  armée;  car  la  suite  nous  apprendra 
que  cette  armée  continuait  sa  marche  au  midi  de  S'abtoim, 
lorsque  Ramsès  fut  attaqué.  Ainsi  la  ruse  des  S'asou  eut  le 
succès  qu'ils  en  attendaient;  le  roi,  persuadé  que  l'ennemi 
était  loin,  se  sépara  du  gros  de  son  armée  et  poussa  une 
reconnaissance  au  nord-ouest  de  la  ville  de  Kates'  derrière 
laquelle  les  H'itas  l'attendaient. 

Lig.  13.     SneVem    FTer-ew       hi  lig.  14.    aseb     ente-noum       airt 
S'installa  Sa  Majesté    sur  le  trône        d*or  Tinrent 

hapou     enti  em        a'esou  ITer-w  en  sert 

les  espions  qui  (sont)  parmi  les  serviteurs  de  Sa  Majesté  ;  ils  amenaient 

hapou  II  en  pe   k*er  en       lig.  15.  ifita 
espions  2    du    terrassé  de  H'ita. 

Rien  n'est  plus  intelligible  que  ce  passage.  Le  mot 
snet'em»  exprimé,  soit  phonétiquement^  comme  au  Rames- 
séum,  soit  idéographiquement,  comme  à  Ibsamboul,  est  une 
forme  noble  et  poétique  de  l'expression  s'asseoir.  On  doit  le 
rendre  par  trôner,  siéger.  Il  s'applique  parfaitement  à  l'atti- 
tude imposante  que  le  tableau  d'ibsamboul  prête  à  Ramsès 
dans  cette  scène,  où  l'on  voit  le  monarque  assis  sur  son 
trône  d'or,  haranguant  ses  officiers.  Le  mot  snet'em  exprime 
aussi  la  posture  des  pharaons  portés  dans  leur  riche  palan- 
quin lors  des  pompes  royales  ^ . 

Le  mot  ASEB  veut  dire  trône,  siège,  ainsi  que  le  prouve 
le  déterminatif,  portrait  exact  de  Tobjet  lui-même,  tel  qu'on 
le  voit  dans  la  peinture.  M.  de  Rougé  l'avait  déjà  expliqué*. 

Les  souverains  de  l'Egypte  tenaient  conseil  dans  toutes 

1 .  Greene,  Fouilles  à  Thèbes^  I,  17. 

2.  Textes  publiés  par  M,  Greene,  À  propos  de  la  pi.  XXXII. 


l'inscription  hiéroglyphique  d'ibsamboul         43 

les  circonstances  importantes;  les  textes  historiques,  l'ins- 
cription de  Eouban  entre  autres,  rendent  compte  de  ces 
audiences  et  du  cérémonial  qui  y  était  observé,  et  qui 
consiste  notamment  en  ce  que  le  roi  est  assis  sur  son  trône 
et  coiffé  de  l'une  de  ses  couronnes.  Dans  le  passage  qui 
nous  occupe,  Ramsès  s'apprête  à  tenir  conseil  sur  les  cir- 
constances de  son  exploration,  lorsque  ses  éclaireurs  lui 
amènent  deux  espions  du  H'ita  dont  ils  se  sont  emparés. 
Tout  le  monde  est  d'accord  sur  la  signification  du  mot 
HAPOU,  espion,  dont  le  radical  hap,  copte  ^hh,  signifie 
cacher,  se  cacher. 

Lig.  15.  Staou  em       ha-n^ 

amenés  en  la  présence  (dn  roi) 

L'introduction  des  fonctionnaires  ou  des  ambassadeurs  est 
toujours  exprimée  par  le  groupe  Of-j"^  *  sat,  sta,  qui 
signifie  passer,  faire  passer,  présenter.  Lorsque  l'envoyé 
du  chef  de  Bah'ten  vint  réclamer  le  secours  du  roi  d'Egypte 
en  faveur  de  la  fille  cadette  de  ce  chef  atteinte  d'un  mal 
inconnu  : 

Han    em      sat-ew  em  ha-n    H'er-eœ* 
Voici  qu'on  présenta  lai  devant  Sa  Majesté 

Le  roi  demande  à  cette  occasion  qu'on  lui  amène  certains 
personnages  : 

Sat-en-ew         hi^kahou^ 
présentés  à  lui  sur-le-champ. 


1 .  La  prononciation  de  la  préposition  ^^^==0) ,  qui  veut  dire  devant,  en 

présence,  est  encore  incertaine.  Prenant  la  valeur  phonétique  han  du 
phallus,  je  décompose  cette  proposition  en  em  Ha-n,  en  présence  de. 
Mais  cette  lecture  est  conjecturale.  Heureusement  le  sens  ne  l'est  pas. 

2.  Prisse,  Monuments  de  l'Egypte,  pi.  XXIV,  lig.  7,  8. 

3.  Prisse,  Monuments  de  l'Egypte,  pi.  IX,  10. 


44         l'inscription  hiéroglyphique  d'ibsamboul 

Dans  rinscription  de  Kouban,  le  roi  désire  connaître  Topi- 
nioQ  de  ses  hauts  fonctionnaires  sur  la  possibilité  de  creuser 
une  citerne  sur  le  chemin  des  mines  d'or  du  désert. 

staou-eniou         hi  kakou     em-ha-n  neter  nofer^ 
ils  forent  présentés  sur-le-champ  devant    le  dieu  bon  (le  roi). 

La  môme  formule  se  rencontre  pour  la  présentation  des 
intendants  des  travaux  du  temple  d'Âmmon*  et  pour  celle 
des  Oérou  de  la  région  méridionale,  dans  une  stèle  de  la 
XII*  dynastie.  Dans  ce  dernier  exemple,  l'humble  attitude 
des  officiers  présentés  est  indiquée  : 

Sat  oerou  to  res        erta        em  ha-n         hi 

Présentation  des  Oérou   de  la  terre  du  Midi,  placés  en  la  présence   sur 

h'etou        sen* 
leurs     ventres. 

Ajoutons  enfin  que  l'expression  étudiée  était  usitée  pour 
la  présentation  d'objets  divers.  Dans  Tune  des  peintures  du 
temple  de  Phra,  à  Amada,  on  voit  en  effet  Aménophis  II 
présentant  au  dieu  du  temple  quatre  coffrets  sacrés  nommés 
MÉROUS.  La  légende  est  : 

Sat  mérous  * 

présentation    des  Mérous. 

La  tournure  de  la  phrase  analysée  est  elliptique  :  le  nom 
du  roi,  qui  devait  être  exprimé  à  la  fin,  est  sous-entendu;  le 
môme  fait  se  présente  dans  le  texte  que  je  viens  de  citer, 
d'après  une  stèle  de  la  XII®  dynastie,  et  j'en  pourrais  invo- 
quer bien  d'autres  exemples.  Rien  de  plus  fréquent  que 

1.  Prisse^  Monuments  de  l'Egypte,  pi.  XXI,  lig.  12. 

2.  Denkm'dler,  III,  11,  39. 

3.  Sharpe,  Egyptian  Inscriptions,  1"  Ser.,  80,  3. 

4.  ChampoUion,  Monuments  de  VÊgypte,  I,  47,  1. 


l'inscription  hiéroglyphique  d'ibsamboul         45 

cette  élision  dans  les  prières  funéraires,  par  lesquelles  on 
demande  pour  les  morts  les  aliments  qui  paraissent  devant 
les  dieux,  ce  qui  est  fréquemment  exprimé  sans  le  complé- 
ment de  la  préposition  devant  ^ . 

Lig.  15.  Toi  en  sen  en  ITer-eio  entoien  ah*     t'ot  sen      tour-nou  er 
dit    à  eax  Sa  Majesté    tous    qui?  Ils  dirent  nous  sommes 

Lig.  16.  pe  Ker     en  H*Ua  entew    ta      aou-nou 
aa  terrassé  de  H'ita  ;    il     a  fait  aller  nous 

er      patar     pe  enti     fTer-eio    am 
poar  découvrir  le    où  Sa  Majesté  là 

a  Le  roi  leur  dit  :  «  Qui  ètes-vous  ?  »  Ds  répondirent  : 
«  Nous  appartenons  au  H'ita;  c'est  lui  qui  nous  a  envoyés 
pour  découvrir  le  lieu  où  est  Sa  Majesté.  » 

Tous  les  termes  de  ce  passage  nous  sont  à  présent  bien 
connus  ;  il  serait  superflu  de  nous  y  arrêter. 

lig.  15.  Vot  en  sen  en  IJg.  17.      Ifer-ew     soutennou  en  etc 
Dit   à    eux  par  Sa  Majesté;       il  a        déserté 

pe    h'er     en  ITUa  mak   sotem-a  er   foi  sou  em  Lig.  18.  iTiraba, 
le  terrassé  de  Hlta,  car    j'ai  entendu  dire  lui  dans  H'iraba. 

«  Le  roi  leur  dit  :  «  Il  a  donc  déserté  l'abject  H'ita,  puisque 
j'ai  entendu  dire  qu'il  était  au  pays  de  H'iraba?  »  Pour  se 
rendre  bien  compte  de  la  syntaxe  égyptienne  des  pronoms, 
Tétudiant  fera  bien  d'examiner  avec  attention  les  formes 
employées  dans  la  conversation  du  Soleil  avec  les  dieux  de 
son  cortège,  dans  les  légendes  du  sarcophage  de  Séti  P' 
(Sharpe,  Egypiian  Inscriptions,  1»'  Ser.,  pi.  LXI  à  LXVII). 
Il  y  trouvera  notamment  les  constructions  suivantes  :  ensen 
EN  RA,  ils  disent  au  soleil;  ensen  ra,  à  eux  le  soleil  dit;  en 
ENSEN  RA,  le  soleil  leur  dit;  sen  en  ra,  ils  disent  au  soleil; 

1.  Comparez  notamment  les  deux  passages,  Sharpe,  Egyptian  Ins- 
criptions, l*"  Ser.,  78,  23,  et  93,  3. 


46         l'inscription  hiéroglyphique  d'ibsamboul 

EN  NEN  NE  NETEROu,  au  même  disent  les  dieux.  Dans  ces 
exemples,  le  verbe  tôt,  dire,  parler ^  est  sous-entendu,  et 
c'est  là  une  circonstance  d'occurrence  fréquente  que  j'ai  eu 
Toccasion  de  signaler;  ils  démontrent  la  fonction  servile  et 

arbitraire  de  ^vvww  ou  fl  ^^^  préfixe,  et  font  voir  que  les  pro- 
noms sujets,  régimes  directs  et  indirects,  ne  se  suivent  pas 
dans  un  ordre  fixe,  mais  bien  dans  un  ordre  variable,  selon 
le  caprice  du  scribe.  L'ancien  égyptien  admettait  les  inver- 
sions ;  on  en  trouve  même  d'assez  compliquées,  mais  je  ne 
puis  entamer  ici  ce  sujet,  qui  exigera  un  travail  d'une  cer- 
taine étendue. 

Dans  la  copie  de  la  Commission  prussienne  et  dans  celle 
de  Champollion,  la  phrase  étudiée  commence  par  t'ot  sen 
EN  h'er-ew,  dit  à  eux  par  Sa  Majesté,  ce  qui  peut  être 
correct  à  la  rigueur  par  comparaison  avec  les  formules  que 
je  viens  de  signaler  ;  mais  toute  incertitude  est  levée  par  le 
texte  du  Ramesséum  qui  donne  avant  le  premier  sen^  eux^ 
la  particule  du  datif  en,  à. 

Le  verbe  soutennou  m'embarrasse.  Je  l'ai  rencontré  dans 
les  textes,  mais  seulement  avec  le  déterminatif  de  mouve- 
ment et  correspondant  au  copte  cwoin-eit,  tendre^  étendre. 
Ce  sens  ne  convient  pas  au  passage  étudié,  à  moins  qu'on 
n'admette  une  valeur  dérivée,  comme  se  disperser,  se  dé- 
bander. Ramsès  interroge  les  deux  espions  sous  la  préoc- 
cupation de  l'éloignement  de  l'ennemi  que  lui  ont  affirmé  les 
S'asou;  il  s'étonne  de  la  réponse  dans  laquelle  ces  espions 
confessent  leur  identité,  et  la  pensée  du  monarque  a  pu 
être  celle-ci  :  il  s'étend  donc  bien  loin  le  H'ita,  puisque  ses 
espions  sont  près  de  moi  et  que  son  armée,  à  ce  qui  m'a  été 
dit,  est  au  pays  de  H'iraba.  Peut-être  aussi  se  demande-t-il 
si  le  H'ita  déserte  le  combat,  puisqu'il  se  retire  si  loin. 
Dans  ce  dernier  sens,  le  copte  co-btcok,  transfugere,  fourni- 
rait une  explication  admissible  du  groupe  soutennou.  Mais 
les  rapprochements  coptes  n'ont  qu'une  valeur  relative  sur 


l'inscription  hiéroglyphique  d'ibsamboul         47 

laquelle  je  n'aime  pas  à  m'appuyer.  J'ai  exposé  la  diflSculté  ; 
on  reconnaîtra  dans  tous  les  cas  qu'elle  n'est  pas  de  nature 
à  nuire  à  Tintelligence  de  notre  texte. 

Mak  est  une  particule  conjonctive  que  j'ai  déjà  rendue  par 
car  dans  mon  mémoire  sur  le  Papyrus  Prisse  : 

Mak       si       nefer     em     tata     neter^ 
Nam    fllius    bonns     ex      dono       Dei    (est) 

Ug.  18.    foi     entosen      patar        pe    h'er      en  fPita     haou     hna 
Dirent     enx     l'explication:  le  terrassô  de  H'ita  s'est  levé  arec 

(xs'ou       hna-ew  en-ew 

uatioDS  nombreuses  avec  lui»  amenées  par  lui 


OOtt 


Ug.  19.   em       ia-ew    em  neh'tou  em..,      neb-t       enti      em 

poar  mettre  lui  en  7ictoires  de  nation  toute  qui  (est)  dans  l*étendue 

en  pe  io    en  tfita  pe    to    en  Naharaîn 
de  le  pays  de  H'ita,  le  pays  de  Naharaîn 

Lig.  20.  pe  Kati  er  fer-etc  aetoa  aperou    em  kerou        enthetorou     ker 
le  Kati  tout  entier;    eux  pourvus  d'inlanterie  et  de  cavalerie  avec 


naûen     «'a     en^, 
leurs    annes  de.. 


Ug.  21*      cu'ott        eetou  em       e'aou      en    outeb      petar  aet 

nombreuses;  eux  avec  provisions  de  vivres.  Manifeste  (est)  cela  : 

haou      hir  er        ker  ha  Kates*      ta 

ils  se  tiennent  guettant  pour  combattre  deniôre  Kates'       la 

coupable 

Grâce  aux  imalyses  précédentes,  nous  n'avons  plus  rien 
de  douteux  dans  ce  passage,  si  ce  n'est  peut-être  le  groupe 

1.  Papyrus  Prisse^  pi.  IX,  5.  Cf.  Le  plus  ancien  livre  du  monde, 
dans  la  Reçue  archéologique,  1858. 

2.  Groupe  oblitéré.  Je  crois  qu'il  faut  y  voir  les  s'aou  en'  ari  kbr^  des 
Annales  de  Thothmès  III,  Voy.  E.  de  Rougé,  Sur  les  testes  publiés  par 
M.  Greene,  p.  30. 


48         l'inscription  hiéroglyphique  d'ibsamboul 

X  ^^    ,  oou,  ou,  qui  signifie  étendue^  territoire.  Je  citerai 

quelques  exemples  à  l'appui  de  ce  sens. 

Dans  Tune  de  ses  campagnes  en  Asie,  Thothmès  III  sac- 
cage la  forteresse  d'Aranta  et  celle  de  Kana,  hna  ou-ew, 
aoec  son  territoire^'  il  est  ailleurs  question  des  forts  qui  se 
rendirent  em  pe  ou  en  anaukasa  ,  dans  l'étendue  du  pays 
d'Anaukasa* . 

La  stèle  d'Amada  raconte  que  les  habitants  du  territoire 
de  Tah'si  (ou  en  tah'si)  tombaient  renversés  devant  le 
navire  du  conquérant*.  Le  défunt  justifié,  assimilé  aux 
dieux,  circulait  dans  V étendue  (ou)  de  TÊlysée  égyptien*. 

Aucun  autre  sens  que  celui  d'étendue^  territoire,  ne  me 
parait  pouvoir  convenir  à  cette  expression. 

Le  passage  qui  nous  occupe  constate  que  les  peuples 
confédérés  contre  l'Egypte  appartenaient  à  trois  groupes 
principaux  :  les  H'itas,  Naharaîn  et  Kati;  le  territoire  de 
ces  groupes  était  subdivisé  en  provinces  secondaires,  parmi 
lesquelles  le  poème  de  Penta-Our  énumère  les  suivantes  qui 
avaient  pris  une  part  active  à  la  guerre  contre  l'Egypte  : 
Aratou,  Maasou,  Patasa,  Kas'kas'^  Aroun  ou  Aloun,  Kat'- 
ouatan,  H'iraba,  Aktara,  Kates',  Raka,  Tenteni  et  Kair- 
kamash. 

L'étude  de  cette  géographie  contemporaine  de  Moïse  est 
tout  entière  à  faire;  il  n'y  a  rien  de  sérieux  dans  les  rappro- 
chements qu'on  a  tentés  jusqu'à  présent  ;  Tonap  n'est  pas 
plus  Thanara,  qu'Amaouro  n'est  Bemmari^  que  H'iraba  n'est 
Liba,  ni  les  Abii  les  plus  justes  des  hommes^.  Si  TAranta  est 
l'Oronte^  comme  c'est  très  vraisemblable,  Kates'  ne  peut 
être  Édesse,  lors  même  que  la  lecture  Atesh,  proposée  par 

1.  Denkm'dler,  III,  Bl.  30,  a.  10. 

2.  Lepsius,  Auswahl,  Xll,  30. 

3.  ChampoIIion,  Notices  manuscrites,  t.  I,  p.  106,  iig.  17  de  l'ins- 
cription. 

4.  Todtenbuch,  oh.  lxii,  3. 

5.  Fr.  Lenormant,  Les  Livres  chez  les  Égyptiens^  p.  275. 


l'inscription  hiéroglyphique  d'ibsamboul         49 

M.  de  Rougé,  serait  exacte.  Je  l'avais  d'abord  admise  moi- 
même,  mais  les  motifs  qui  ont  décidé  MM.  Bircb,  Lepsius 
et  Brugsch,  en  faveur  de  la  valeur  KAT,  KOT,  doivent  l'em- 
porter. Une  preuve  convaincante  de  la  lecture  KOT  dérive 
de  la  comparaison  des  variantes  du  nom  de  la  bourgade 
égyptienne  qui  devint  la  ville  d'Alexandre.  On  trouve  ce 
nom  dans  la  stèle  du  prêtre  Pi-shere-en-Ptah,  sous  la  forme 

X  Q  û  '^  qui  correspond  au  copte  p«jio^,  Rakoti.  Dans 

certaines  variantes,  le  T  n'est  pas  exprimé.  Il  est  donc  bien 

certain  que  le  signe  m  équivaut  à  la  syllabe  KOT  et  non  à 

AT  ni  à  SAT.  Édesse  n'a  donc  rien  à  faire  ici,  non  plus  que 
Cadès  de  l'Exode;  mais  on  pourra  chercher  les  ruines  de 
Kates'  sur  les  bords  du  fleuve  qui  l'entourait  de  ses  eaux  et 
dont  le  lit  faisait,  au  voisinage  de  cette  ville,  un  coude  très 
prononcé.  Lorsqu'il  possédera  à  fond  l'intelligence  des  textes 
égyptiens,  l'investigateur  sérieux  y  trouvera  les  seules  indi- 
cations certaines  sur  lesquelles  il  soit  possible  de  compter 
aujourd'hui.  En  attendant^  il  faut  se  garder  des  faciles  illu- 
sions d'une  érudition  à  coup  de  vocabulaire. 

Lig.  tt.  Han     erta       ITer-eio  os*tou  oerou       em     ka-n 

Voici  que  fit  Sa  Majesté  être  appelés  les  généraux  en  présence 

er     ta  sotem-sem 

pour  faire  qu'ils  entendissent 

Lig.  23.  Totou-neb't    tôt    en  pe  hapou  II  en  ITita  enté  em 

paroles  toutes  dites  par  les  espions  2  du  H'ita  qui  (étaient)  en 

ha-n 
présence. 

«  Alors  le  roi  fît  appeler  devant  lui  les  généraux,  afin 
qu'ils  entendissent  tout  ce  qu'avaient  dit' les  deux  espions 
du  H'ita  qui  étaient  en  sa  présence.  » 

Cette  phrase  est  d'une  construction  élémentaire  ;  elle  ne 
demande  aucune  justification. 

BlBL.  iCYPT.,  T.  X.  4 


50         L'iNSGRiprroN  hiéroglyphique  d'ibsamboul 

Lig.  23.  Tôt  en  ffer-  etc  en-sen      patar4en  pe  ah'er  en  ne  mourou 
Dit  Sa  Majesté  à  eux  :  «  Découvrez    le  cas     des  préposés 

a'aou        en  ne  oerou  en  ne  toou  en   aa-per-ti  onh"  oiUa*  senb 
aux  nations  des  généraux  des  terres  du  roi, 

em  ew 
en  ceci.  » 

Dans  ma  traduction  des  inscriptions  du  temple  de  Rade- 
sieh,  j'ai  discuté  le  groupe  H  <g>  sh'er,  l'un  des  plus  im- 
portants de  la  langue  égyptienne  à  cause  de  la  multiplicité 
de  ses  fonctions.  Il  signifie  le  plus  ordinairement  plan,  des- 
seirij  projet,  conseil;  accessoirement,  c'est  le  sujet  d'un 
tableau,  la  condition  d'un  marché,  d'une  convention  ;  c'est 
aussi  le  fait,  la  situation,  le  cas,  la  condition,  la  circons-- 
tance  d'une  chose  ou  d'un  individu.  Dans  notre  phrase,  le 
roi  appelle  l'attention  de  ses  généraux  sur  le  cas  dans  lequel 
se  trouvent  placés,  par  leur  négligence,  les  fonctionnaires 
chargés  de  l'instruire.  Voyez  le  cas,  le  fait  des  préposés,  etc.  ; 
ils  m'ont  fait  dire  :  «  le  H'ita  est  à  H'iraba,  »  tandis  qu^U 
est  ici  près  de  nous. 

Dans  la  harangue  qui  termine  l'inscription,  Ramsès  pro- 
clame que  tous  les  faits  (sh'br)  qu'il  a  rapportés,  il  les  a 
accomplis  à  la  vue  de  son  armée. 

Le  groupe  ^|       /»  w^  i ,  mourou  s'aaou,  est  remplacé  à 

la  ligne  30  par  ^^  ,  mourou  ...  ;  cette  variante  semble  nous 

donner  la  valeur  phonétique  de         ,  mais  il  faudrait  en 

trouver  d'autres  exemples.  J'hésite  d'ailleurs  sur  la  lecture 
de  l'hiéroglyphe  qui  représente  un  animal  couché,  et  ne  puis 
garantir  le  son  s'aaou  que  j'admets  provisoirement  pour  me 
conformer  à  Topinion  la  plus  généralement  adoptée. 
Deux  ordres  de  fonctionnaires  sont  inculpés  par  Ramsès  ; 

1.  Une  Inscription  historique,  p.  21,  note  92. 


l'inscription  hiéroglyphique  d'ibsamboul         51 

les  premiers  sont  les  préposés  aux  nations,  sans  doute  les 
oflSciers  chargés  de  l'administration  des  pays  tributaires  ;  les 
autres  sont  les  généraux  des  terres  du  roi,  c'est-à-dire  des 
provinces  de  l'Egypte.  Ces  désignations  font  ressortir  l'oppo- 

fVA/l 

sition  que  j'ai  déjà  signalée  dans  l'emploi  des  groupes 
et 


Lig.  24.  îri     sen       ha      hi    Vot  en  aa-ptr-ti  onh'  outà*  aenb  em  monh* 
Ils  se  sont  levés  pour  dire  aa        roi  en  office  : 

Ug.  25.  pe  ITita  em  pe    U>     en  H*iraba  sou    ouar     er-ha-t 

le  H'ita  (est)  dans  le  pays  de  H'iraba  ;    il  se  retire  devant 

H'er-ete       fer  eotem-eto      er  Vot 

Sa  Majesté  depuis  qu'il  a  entendu  parler 

Deux  expressions  nous  arrêteront  un  instant  :  la  première 
est  EM  monh'  in  opère,  in  qfficio.  Nous  la  retrouverons  plus 
loin,  dans  deux  autres  passages  où,  comme  ici,  elle  pourrait 
être  supprimée  sans  nuire  à  la  clarté  de  la  phrase.  Ainsi  le 
roi,  continuant  son  discours,  reproche  à  ses  officiers  de 
n'avoir  pas  su  lui  dire  em  monh',  ce  qu'il  vient  d'apprendre 
des  espions;  puis,  prenant  des  mesures  contre  le  péril,  il 
ordonne  em  monh',  ce  qu'il  y  avait  à  faire. 

Il  me  semble  que  cette  espèce  d'adverbe  caractérise  l'exer- 
cice officiel  d'un  devoir  ou  d'un  pouvoir  quelconque.  C'est 
dans  ce  sens  que  j'ai  traduit.  On  sait  d'ailleurs  que  le  mot 
MONH*  signi&e  fabriquer  y  former,  exécuter. 

La  seconde  expression  à  examiner  est — ^j^>  ouar; 
ce  mot  veut  dire  passer  d'un  lieu  dans  un  autre,  voyager. 
C'est  le  terme  employé  au  traité  des  H'itas,  dans  les  clauses 
des  gens  qui  passaient  d'Egypte  au  pays  de  H'ita  et  récipro- 
quement du  pays  de  H'ita  en  Egypte  V 


1.  Une  Inscription  historique,  p.  13. 

2.  Derûcm'dler,  III,  BI.  146,  Ug.  32,  33,  34. 


52         l'inscription  hiéroglyphique  d'ibsamboul 

Lig.  25.   Maktoui    aou'-t  Ker  sen  hi    toi   en      H'er-eœ    em  monh* 
Cependant  il  allait    à    eaz  de  parler  à  Sa  Majesté  en    office 

Lig.  26.     h'er  patar  iri-^      sotem    em  tai  ounnou  em 

d'après  la  révèlatioa  (que)  i*ai  tait  entendre  en  cette  heure    en 

ta       pe  hapou  II  en   pe  h'er  en  H'Ua    er  Voi  pe     h*er      en 
faisant  les  espions  2  du  terrassô  de  H'ita    parler.  Le  terrassé  de 

H*ita     aou       hna as* ou         hna-eœ  em    retou 

H'ita  est  venu  avec  nations  nombreuses  avec  lui  en  hommes 

hetorou 
et  chevaux 

Lig.  27.     A'a         as'ùu         B*a     setou       haou  ha        Kates'  ta 

comme  nombreux  sables;    ils    se  tiennent  derrière  Kates'   la 

asi 
coupable 

La  particule  conjonctive  maktout  commence  la  phrase  ; 
c'est  une  forme  compliquée  de  mak,  mot  étudié  plus  haut  ; 

nous  trouverons  plus  loin  h'ertou  qui  dérive  de         ,  h'er. 

Dans  le  texte  hiéroglyphique  de  Rosette,  les  alinéas  sont 
amenés  par  une  expression  analogue  em-outout,  qui  corres- 
pond au  grec  xai  ou  Se.  On  trouve  le  môme  terme  dans  le 
décret  de  Philœ  et  dans  le  traité  des  H'itas. 

La  phrase  aou-t  h'er  sen,  il  allait  à  eux,  il  leur  revenait, 
il  leur  appartenait^  a  ses  analogies  dans  différents  textes  ; 
par  exemple  aou  er  het-a,  il  va  à  mon  cœur,  il  me  convient^  ; 
AK  ES  em  het  en  ouabou,  H  est  entré  au  cœur  des  prêtres^ 
il  a  convenu  aux  prêtres,  "ESofev  toT<;  upeûaiV 

L'expression  ta  er  t'ot,  faire  parler,  est  construite 
comme  sotem  er  t'ot,  entendre  parler;  devant  l'infinitif, 
la  particule  er  correspond  à  l'allemand  zu  et  à  l'anglais  to. 

1.  Denkniàler,  III,  Bl.  140,  8. 

2.  Inscription  de  Rosette^  texte  hiéroglyphique,  lig.  5;  texte  grec^ 
lig.  36. 


l'inscription  hiéroglyphique  d'ibsamboul         53 

La  particule  hébraïque  h  remplit  fréquemment  des  fonctions 
analogues. 

Ug.  27.  H*er  iou  aou   ho  rébU  ne  mouron hna  ne     oerou 

Mais     n'ont  pas  sn,  les  préposés  aux  nations  avec  les  généraux 

enti  ne  ioou  en  aa-per-ti  onh'  outa*  senb  er  h'et    sen 
que  les  terres  du         roi  à   leur  suite. 

«  Mais  ils  n'ont  rien  su,  les  préposés  aux  provinces  étran- 
gères, ni  les  généraux  qui  commandent  aux  terres  du  roi.  » 

II  n'y  a  d'embarrassant  dans  ce  passage  que  les  trois  der- 
niers mots  <z>         ''^'^^ ,  ER  h'et  sen  ;  veut  dire  bois 

et  sert  quelquefois  à  nommer  le  bâton  sur  lequel  s'appuient 
les  défunts  dans  leurs  courses  d'outre-tombe.  Le  signe  du 
commandement  des  hauts  fonctionnaires  égyptiens,  notam- 
ment des  OEROU  est  un  bâton  du  même  genre  ;  mais  est 
aussi  une  abréviation  de  la  préposition  _     7^ ,  après,  auprès, 

à  la  suite,  vers,  envers.  Je  ne  vois  pas  bien  clairement  Tac- 
ception  préférable  dans  la  phrase  étudiée,  mais  il  s'agit  cer- 
tainement d'une  expression  qui  désigne  l'autorité  des  Oerou 
sur  les  nomes  de  l'Egypte. 

Lig.  29.     Aou       Vot     ne     oerou    enti  em  ha-n      tTer-eto 

Vinrent  dirent  les  généraux     qui    (étaient)  devant  Sa  Majesté 

er  enti  botu 
qu'abominable 

Lig.  90.       aa  pe  irou  en  ne  mourou hna  ne 

beaucoup  (était)  Tacte     des    préposés  aux  nations  avec  les 

oerou     en  aa-per-ti  pe  iem       ta  ha-t        eotem-tou 

généraux  du       roi  ;       le  non  avoir  fait  d'avance  être  entendu 

Lîg.  31.  en  sen  er  pe      h*er      en  H'ita  en  pe 
d'eux  pour  le  terrassé  de  H'ita  en  ce 

Lig.  32.  enti  neb  sou  am 
que  tout  lui    à 


54         l'inscription  hiéroglyphique  d'ibsamboul 

A  Les  généraux  qui  étaient  devant  le  roi  vinrent  dire  que 
c'était  un  acte  très  abominable  qu'avaient  commis  les  pré- 
posés aux  provinces  étrangères  et  les  généraux  du  roi,  en 
ne  se  faisant  pas  renseigner  par  avance  sur  tout  ce  que  faisait 
le  H'ita.  » 

Je  ne  reviendrai  pas  sur  l'explication  des  tournures  ellip- 
tiques dont  nous  retrouvons  ici  un  échantillon;  elles  ne 
peuvent  embarrasser  personne.  Le  phallus  isolé  signifie 
d'avance,  par  avance,  de  même  qu'il  signifie  devant  lorsqu'il 
est  précédé  de  la  particule  km  et  auparavant  avec  la  prépo- 
sition t'er. 

Lig.  3^.  em-tou  aen  hi    Vot^       sh'a     en  fTer-tc  en  monh'  han    an-aen 
Étant  eux  à  parler,  ordonna  Sa  Majesté  en  office;  voici  qui  étaient 

Lig.  33.  em /lo     en      t'et      er    ous..,        kerou       en    fTer-eto 
mission  à  un  officier  de  courir. . .  les  soldats  de  Sa  Majesté 

an  sen    hi    maa'a 
qui  étaient  à    marcher 

Lig.  34.     hi  res     a'abtoun     er     enou-t'OU    er  pe  enti     ffer-ew    am 
au  midi  de  S'abtoun  pour  ramener  eux  à  le  où    Sa  Majesté  là 

Je  fais  remarquer  encore  une  fois  le  rôle  spécial  de  la  pré- 
position HANj  voici  que;  elle  annonce  un  événement  qui 
est  la  suite,  la  conséquence  de  ce  qui  précède,  tandis  que 
AS  se  rapporte  à  un  fait  préexistant.  On  notera  aussi  dans  ce 
passage  l'excellent  exemple  de  l'emploi  de  la  particule  am-ho 
que  j'ai  déjà  discutée. 

Le  ^^    ,  t'et,  est  probablement  un  officier  secondaire 

de  l'armée  ;  on  trouve  ce  titre  dans  plusieurs  textes  dont 
aucun  ne  me  fournit  de  renseignements  sur  la  nature  des 
fonctions  qui  lui  étaient  attachées. 

^K^  1 A ,  Qs,  veut  dire  se  hâter,  courir  vite;  c'est  le  copte 

icoc,  festinare . 


l'inscription  hiéroglyphique  d'ibsamboul         55 

Bz.  :        ar  ah-ek         sh'er  em      korh       oeit       aou-w  h'eper  ous*     ar 
si  tu  désires  projeter  dans  la  nuit  la  clarté,    elle  se  fera    vite  :  si  tu 

i'ot-ek  en  moou       mai    hi     toou       per         noun         ous* 
dis      à   l'eau  :  «  Viens  du  rocher,  »  il  sort  un  abîme  d*eau  vite. 

Après  le  mot  ous  est  une  courte  lacune  due  à  la  dégra- 
dation de  la  muraille  d'ibsamboul  ;  par  un  hasard  fâcheux, 
la  même  lacune  existe  dans  le  texte  du  Ramesséum,  mais  il 
est  évident  qu'il  s'agit  de  courir  après  l'armée  égyptienne, 
d'aller  à  sa  recherche  pour  la  ramener  au  secours  du  roi. 

Lig.  34.      As       oun  H'er-eio 

Voilà  qu'étant  Sa  Majesté 

Lig.  35.  senefem  hi  fodou    hna    ne     oerou     aou  pe     h'er     en  H*ita 
assis      à   parler    avec  les  généraux,  et    le  terrassé  de  H'ita 

aou  hna      kerou 
vint  avec  soldats  et 

Lig.  36.  entketorou-ew      em  h'a-t as'ou       enti 

cavaliers  de  lui,  pareillement  nations  nombreuses  qui  (étaient) 

hna-eœ         t*ai  sen         ma  8*et  enti  hir  res        Kates* 

avec  lui;  ils  traversèrent  du  fossé  qui  (est)  au  midi  de  Kates'; 

9eiou     aoa        em     pe    kerou   en    FTer-ew     aou-ou  hi 

ils     vinrent  contre  les  soldats  de  Sa  Majesté    qui     étaient   à 

mas'a  aou  men  reh*     sen 
marcher  et    non  ils    savaient 

a  Tandis  que  le  roi  assis  sur  son  trône  parlait  encore  à  ses 
généraux,  le  H'ita  vint  avec  ses  fantassins  et  ses  cavaliers 
ainsi  que  les  nations  nombreuses  qui  étaient  avec  lui  ;  ils  tra- 
versèrent le  fossé  qui  était  au  midi  de  Kates'  et  se  jetèrent  sur 
l'armée  du  roi,  qui  continuait  sa  marche  et  ne  savait  rien.  » 

Je  me  suis  déjà  expliqué  sur  les  difficultés  que  présente  le 

1.  Inscription  de  Kouhan,  dans  Prisse,  Monuments,  pi.  XXI,  13. 

2.  Id.,  tfrid.,  pi.  XXI,  17. 


56         l'inscription  hiéroglyphique  d'ibsamboul 

mot  s'et,  le  seul  qui  jette  quelque  incertitude  dans  la  tra- 
duction de  la  phrase.  Le  texte  d'Ibsamboul  s'arrête  aux 
groupes  Hi  RES  kates',  au  midi  de  Kates';  la  mention  de 
l'attaque  contre  l'armée  égyptienne  provient  du  Ramesséum; 
mais  le  passage  suivant,  qui  est  commun  aux  deux  textes, 
montre  que,  dans  le  mouvement  offensif,  les  confédérés 
culbutèrent  d'abord  un  des  corps  de  Tannée  qui  se  portait 
au  secours  du  roi. 

Ljg.  36.  Han         batcu^  kerou 

Voioi  que  faiblirent  les  soldats  et 

Lig.  37.  entketorou  en    H*er-ew      er  ha-t-sen    em  h* et  er  penti 
les  cavaliers  de  Sa  Majesté  devaut  eax,    en  allant  à     où 

Ifer-ew     am 
Sa  Majesté     là 

«  Alors  devant  eux  faiblirent  les  soldats  et  les  cavaliers 
du  roi  qui  se  rendaient  auprès  de  Sa  Majesté.  » 

Le  seul  terme  nouveau  dans  ce  passage  est  j__-,^> 
BATAs',  qui  signifie  faiblir,  affaiblir,  engourdir.  Ce  mot, 
dont  M.  de  Rougé  a  donné  le  sens  dans  sa  traduction  du 
poème  de  Penta-Our,  se  rencontre  au  Rituel  dans  un  passage 
où  il  exprime  l'engourdissement,  la  perte  de  forces  qui  est 
la  conséquence  de  la  morsure  d'un  reptile  \ 

Lig.  37.  AS'tou  anhou  pe     fou  en  pe    h'er      en  H*ita  nen 

VoiU    qu'avait  entoure  la  troupe  du    terrassé  de  H'ita  les 

Lig.  38.     8*esou     en     tTer-w    enti  er  ma-ew     han     nemh 

serviteurs  de  Sa  Majesté  qui  (étaient)  auprès  eUe  ;  voici  qu'aperçut 

set      Wer-ew 
cela  Sa  Majesté 

Le  verbe  anhou,  entourer,  envelopper,  me  semble  trop 
connu  pour  mériter  une  discussion  spéciale;  il  en  est  de 

1.  Todtenbuch,  cxlix,  27. 


l'inscription  hiéroglyphique  d'ibsamboul         57 

même  du  groupe  '^|^8-^^,  nemh,  observer,  apercevoir, 

surveiller,  dont  le  sens  est  établi  par  un  grand  nombre  de 
passages  sans  ambiguïté.  On  n'est  pas  d'accord  sur  la  valeur 
phonétique  du  premier  signe,  l'oiseau  becquetant  à  terre. 
Je  le  lis  NEM  à  cause  des  variantes  : 

^^1^^^-^  TodtenbucK  146,  8. 
ll^i"!^^^         /6trf.,146,15«ari. 

T         •  ^  @v    P  tk  -p^  Greene,    Fouilles     à 

Je  crois  que  /  ^  J  ^  ^  y,^^^^^^  XI-1,  ult. 

est  encore  une  autre  forme  du  même  mot.  Ces  variantes 
donnent  l'équivalence  : 

^'^\r    k  ^  ^^'  ^^^' 

Dans  le  groupe  ^""^l  ^^^»  kenemou,  que  m'a  signalé 
M.  Bircb,  la  patte  de  l'animal  est  bien  évidemment  une 
redondance  de   |v   »  nm,  nem. 

Je  citerai  encore  le  mot  fl  ^;^  ^'^ ,  snem,  dans  lequel 

l'oiseau  becquetant  remplit  le  rôle  du  déterminatif  du  son 

NE^f. 

Quand  au  signe  1,  je  ne  lui  reconnais  le  son  nem  que 

dans  certains  cas,  car  il  est  bien  certain  qu'il  n'a  pas  tou- 
jours cette  valeur.  Par  exemple,  dans  le  nom  des  Nahsi,  les 
Nègres,  il  exprime  fréquemment  la  syllabe  nah;  il  figure 
aussi  la  syllabe  aa  dans  le  nom  des  Aamous,  les  Asiatiques. 
Ce  signe  représente  alors  le  poteau  auquel  sont  attachés  les 
prisonniers  de  guerre  et  qui  sert  ordinairement  de  détermi- 
natif aux  groupes  qui  désignent  les  nations  étrangères.  C'est 


I 

L 


58         l'inscription  hiéroglyphique  d'ibsamboul 

un  stigmate  de  barbarie  auquel  les  scribes  se  contentaient 
d'ajouter  la  dernière  syllabe  des  noms  méprisés  que  les 
Égyptiens  reconnaissaient  aisément  sous  cet  artifice  d'écri- 
ture. Le  signe  1  est  quelquefois  aussi  une  abréviation  des 
groupes  1^  et  "jj ,  dont  le  premier  correspond  aux  phoné- 
tiques TENNOU  et  KïM,  et  le  second  à  res.  On  trouve  par 
exemple  ^     pour  Ij^,  tennou,  et  ^  pour  ^ 

KiM,  ce  qui  s'explique  par  un  artifice  graphique  analogue  à 
celui  que  je  viens  de  signaler.  Il  n'en  résulte  pas  que  |  soit 

constamment  tennou  ou  kim  plutôt  que  aa,  nah  ou  nbm  ; 
mais  l'on  doit  conclure  que  cet  hiéroglyphe  admettait  diverses 
valeurs  et  probablement  un  plus  grand  nombre  encore^  selon 
le  sens  des  groupes  dans  lesquels  on  le  trouve  employé .  Je 
ne  suis  pas  en  mesure  de  donner  de  valeur  phonétique  de 

Ces  signes  symbolico-phonétiques,  qui  laissent  une  si 
grande  marge  à  la  fantaisie  des  hiérogrammates,  ne  soat 
heureusement  pas  nombreux  dans  les  hiéroglyphes . 

Lig.  38    Han-eto  e^ara  er      aen       h'a         teto       Mont 

Voioi  qu'il  fut  une  panthère  contre  eux,  comme  son  père  Mont, 

neb  ouabou        8'op  enrcvo    Kakerou        kerou 

seigneur  de  la  Thèbùde;  il      prit    les  parures  du  combat; 

Lig.  39.  Vaî'^io  paî-eœ  t'irina    sou  Ka  Baar  em 

il  saisit     sa       lance;     il    (était)  semblable  à  Baar,    à 

ounnou-ew     han-etv       tes     er  pew    hior      au-eto  hi 
son  heure;    voilà  qu'il  monta  sur  son  cheval;  il  fut   à 

Lig.  40.  h*orp  ous  aou-evo  oua  hi  ape-eto  aou-ew  ak  em  pe    Vou 

a'èlancer;    il  était  un  de  sa  tète  (seul),  il  entra    dans  la  troupe 

ne     Ker     en  fTita     hna ae'ou       enti 

du  terrassé  de  H'ita  avec  les  nations  nombreuses  qui  (étaient) 

hna^ew    <iou      ffer-ew        h'a     Souteh*       aa-pehpeh      hi 
avec  lui;  était  Sa  Majesté  comme  Souteh,  le  très  vaiUant,  à 


l'inscription  hiéroglyphique  d'ibsamboul         59 

(waoua   hi      sam  em  sem         aou     ITer-ew       hi  ta 

immoler,  à    massacrer  au  milieu  d*euz;  lut    Sa  Majesté  à  faire 

hou     sert  en  kebkebou  am  oua  hi  oua  er  pe  moou  en  Arania 
tomber  eux  en  cadavres  en  un  sur  un  dans    Teau  de  l'Oronte. 

J'ai  suivi  le  texte  de  Ramesséum,  qui  est  beaucoup  mieux 
conservé  sur  la  fin  de  Tinscription.  Le  passage  dont  je  viens 
de  donner  le  mot  à  mot  ne  présente  pas  de  difficultés^  et  je 
me  contenterai  d'un  petit  nombre  de  remarques. 

Le  mot  s'ara  est  déterminé  par  le  portrait  d'un  animal 
de  l'espèce  féline,  sans  doute  un  léopard  ou  une  panthère. 
Dans  l'inscription  d'Amada,  le  même  mot  se  rapporte  à  la 
cruauté  ou  à  l'impétuosité  d'un  animal  de  la  même  famille \ 

Les  tableaux  militaires  représentent  Ramsès  armé  de 
l'arc  ;  mais  ce  n'est  pas  cette  arme  que  désigne  l'expression 
t'irina.  Aux  chars  de  guerre  étaient  fixés,  en  avant,  le  car- 
quois rempli  de  flèches,  et,  en  arrière,  une  espèce  de  gaine 
dans  laquelle  étaient  placés  deux  lances  ou  deux  longs  jave- 
lots. Cest  vraisemblablement  ce  que  le  texte  nomme  t'irina. 

J'ai  étudié  plus  haut  le  mot  ous,  qui  désigne  les  actions 
rapides .  H'orp  signifie  commander,  diriger,  et  présenter, 
offrir.  H'orp  ous  ne  peut  être  qu'une  sorte  d'idiotisme 
exprimant  l'idée  se  mettre  à  courir,  s'élancer. 

Le  récit  se  termine  avec  ce  paragraphe;  le  reste  de  Tins- 
cription  est  un  discours  de  Ramsès  : 

Lig.  42.        Hat-xi nelh-t  aou-a  ouakeoua  aou         Kaou-a 

Me  craignent  nations  toutes,  j'étais     seul        et  avaient  abandonné 

p€Û      kerou     iaî  enihetorou   bo      ha     oua     em  sen       er 
moi,  mes  soldats  et  mes  cavaliers;  non  a  tenu  un  d'entre  eux  pour 

annou  en  onh'a       meriou-a        Phra  hasiou-a         atevo 

revenir  à  ma  vie.  Mon  amour,  c'est  Phra;  ma  louange,  c'est  mon 

1.  ChampoUioD,  Notices  manuscrites,  t.  I,  p.  105,  lig.  3  de  Tins- 
criptioD. 


60         l'inscription  hiéroglyphique  d'ibsamboul 

Tum*  as  sh'er  neb   foi  en       ffer-a        aria  setou  em    ma, 
Toam.  Est  fait  tout   dit  par  ma  Majesté,  j'ai  fait  eux*  en  vérité 

em  ha-n     kerou-a         enthetorou-a 
devant    mes  soldats  et  mes  cavaliers. 

Je  considère  ce  dernier  paragraphe  comme  suffisamment 
justifié  par  la  traduction  interlinëaire,  et  me  dispenserai 
conséquemment  d'ajouter  à  mon  travail  de  nouveaux  détails 
analytiques.  Il  m'eût  été  facile  d'entrer,  à  propos  de  la 
plupart  des  mots  discutés,  dans  des  développements  plus 
considérables  et  plus  concluants  encore,  mais  c'eût  été  faire 
un  gros  livre.  Écrivant  pour  les  personnes  qui  ont  du  moins 
quelques  notions  du  système  de  Champollion,  j'ai  dû 
compter  un-  peu  sur  l'expérience  de  mes  lecteurs  et  me 
borner  à  justifier  les  mots  et  les  formes  les  moins  usités. 
Au  surplus,  l'inscription  d'ibsamboul  peut  être  considérée 
comme  un  texte  facile,  et  le  mot  à  mot  que  j'en  ai  donné  est 
de  nature  à  satisfaire  aux  exigences  d'une  critique  de  bonne 
foi.  J'ai  du  reste  fait  la  part  des  points  douteux  et,  sous  cette 
réserve,  je  me  crois  en  mesure  d'affirmer  que  ma  version 
est  aussi  certaine  que  peut  l'être  une  traduction  d'un  texte 
grec  ou  latin.  C'est  en  effet  vers  une  certitude  rigoureuse 
que  marche  à  pas  lents,  mais  sûrs,  le  perfectionnement  de 
la  méthode  de  Champollion,  qu'il  ne  faut  pas  confondre 
avec  celle  de  quelques-uns  de  ses  disciples  prétendus.  Mon 
travail  a  eu  pour  but  de  faire  ressortir  cette  importante 
distinction;  parmi  les  erreurs  que  j'ai  relevées,  ou  que  le 
lecteur  pourra  relever  lui-même  en  comparant  ma  version  à 
celle  de  M.  Lenormant;  il  en  est  d'assez  saisissantes,  d'assez 
matérielles  pour  frapper  les  yeux,  non  seulement  des  débu- 
tants dans  l'étude  des  hiéroglyphes,  mais  encore  tout  philo- 

1.  Ceci  rappelle  le  cantique  de  Moïse  après  le  passage  de  la  mer 
Rouge,  n^  nnan  np,  «  Ma  force  et  ma  louange,  c'est  Jéhovah  !  »  (Exode, 
XV,  2). 

2.  Pluriel  se  rapportant  à  un  collectif. 


l'inscription  hiéroglyphique  d'ibsamboul         61 

logue  étranger  à  cette  étude.  On  m'accordera,  jeTespère,  que 
des  résultats  aussi  disparates  ne  proviennent  pas  de  la  même 
méthode  d'investigation.  Celle  que  j'ai  adoptée  et  que  je 
considère  comme  le  développement  naturel  des  principes  et 
des  recherches  de  ChampoUion,  a  été  exposé  par  M.  de 
Rougé  dans  son  Mémoire  sur  l'inscription  d'Ahmès,  ouvrage 
qui  a  réuni  les  suffrages  de  tous  les  savants.  Mais  il  ne  suffit 
pas  de  louer,  il  faut  comprendre  et  surtout  insister,  et  pour 
y  parvenir,  un  travail  persévérant  est  indispensable.  D'ac- 
cord avec  moi  sur  le  mérite  de  l'ouvrage  de  M.  de  Rougé, 
M.  Lenormant  n'a  cependant  pas  voulu  s'astreindre  à  la 
méthode  sévère  du  savant  académicien  ;  il  en  suit  une  autre, 
qui  est  favorable  à  la  fantaisie  et  à  Tapplication  des  idées 
préconçues.  Mais  la  fantaisie  n'a  pas  de  lois;  travaillant  sépa- 
rément sur  des  textes  non  encore  expliqués,  deux  adeptes 
de  cette  méthode,  que  j'ai  appelée  imaginaire,  arriveront 
inévitablement  à  des  résultats  très  différents.  Mise  au  con- 
traire au  service  d'une  idée  préconçue,  cette  méthode  ne 
connaît  pas  d'obstacles;  pour  elle,  les  hiéroglyphes  n'ont 
plus  de  mystères,  le  vocabulaire  égyptien  plus  de  lacunes. 

Mais,  disons-le  bien  haut,  il  n'y  a  rien  de  commun  entre 
ce  vague  système  d'investigation  et  la  méthode  de  Cham- 
poUion, qu'il  serait  injuste  de  rendre  solidaire  de  semblables 
écarts .  Il  est  du  reste  une  considération  rassurante,  c'est  que 
les  systèmes  qui  s'adressent  à  l'imagination,  et  non  à  l'intel- 
ligence, sont  nécessairement  stériles.  Ils  ne  peuvent  faire  de 
prosélytes;  ils  meurent  avec  leurs  inventeurs,  tandis  que  la 
science  d'observation  poursuit  sans  interruption  sa  marche 
dans  la  voie  du  progrès  * . 

1.  Depuis  qaece  travail  est  à  Timpression,  j'ai  reçu  plusieurs  ouvrages 
d'égyptologie  auxquels  j'aurais  pu  faire  d'utiles  emprunts;  je  citerai  en 
première  ligue  le  beau  mémoire  de  M.  de  Rougé  sur  l'inscription  de  la 
princesse  de  Bachten,  la  seconde  partie  de  la  Géographie  antique  de 
M.  Brugsch  et  le  Konigsbuch  de  M.  Lepsius. 


SUR 


LES  PAPYRUS  HIÉRATIQUES* 


AVANT-PROPOS 

A  son  passage  à  Aix  en  Provence,  ChampoUion  fut  admis  à 
étudier  les  Papyrus  hiératiques  appartenant  à  M.  Saliier.  Avec  sa 
pénétration  habituelle,  l'illustre  maître  parvint  à  distinguer  le 
sujet  de  Tun  d'eux  et  reconnut  d'ailleurs  que  cette  collection  de 
manuscrits  datait  du  temps  de  Moïse.  Acquis  plus  tard  par  le 
Musée  britannique,  ils  furent  publiés  en  1843,  avec  ceux  de  la 
collection  Anastasi,  sous  le  titre  de  Select  Papyri  in  the  Hieraiic 
Character, 

Ces  textes  précieux  restèrent  longtemps  négligés  par  les  égypto- 
logaes;  Tattention  des  savants  ne  fut  réveillée  qu'en  1852  par  la 
publication  de  la  notice  de  M.  de  Rougé  sur  le  Papyrus  de 
Mm«  d'Orbiney,  aujourd'hui  connu  sous  le  nom  de  Roman  des 
Deux  Frères.  L*éminent  traducteur  établissait  d*une  manière 
péremptoire  que  ce  manuscrit,  qui  avait  appartenu  à  Séti  II,  fils 
de  Mérienptah,  successeur  de  Ramsès  II,  provenait  de  la  même 
école  de  scribes  que  ceux  du  Musée  britannique.  On  acquit  ainsi 
la  certitude  qu'il  existait  à  la  disposition  des  savants  un  recueil 
d'ouvrages  littéraires  dont  la  confection  matérielle  remontait  au 
voisinage  des  événements  racontés  par  T  Exode. 

Ainsi  caractérisés,  ces  manuscrits  offraient  un  appât  puissant  à 
la  curiosité  de  tous,  mais  surtout  au  point  de  vue  des  annales 
hébraïques.  Il  n'était  pas  déraisonnable  en  effet  de  supposer  qu'on 

1.  Extrait  de  la  lictue  archéologique,  2*  série,  1860,  t.  II,  p.  223-241. 


64  SUR   LES   PAPYRUS   HIÉRATIQUES 

y  pourrait  trouver  quelques  mentions  relatives  aux  désastres  dont 
l'Egypte  fut  frappée  à  Toccasion  de  la  sortie  des  Juifs. 

Sous  cette  préoccupation,  le  révérend  D.  S.  Heath  se  livra,  sur 
les  Papyrus  hiératiques,  à  une  étude  dont,  en  1855,  il  publia  les 
résultats  dans  un  ouvrage  intitulé  :  The  Exodus  Papyri  (/es 
Papyrus  de  t Exode).  Il  y  donnait  la  traduction  de  cinq  de  ces 
documents. 

Ainsi  qu'on  devait  s  y  attendre  d'après  le  titre  du  livre,  ces 
traductions  se  prêtaient  assez  facilement  aux  rapprochements 
bibliques;  du  sens  littéral  à  formes  un  peu  indécises  qu'il  avait 
trouvé,  l'auteur,  à  Taide  d'un  commentaire  ingénieux,  faisait 
ressortir  ces  rapprochements;  il  réussit  ainsi  à  découvrir  dans  les 
hiéroglyphes  les  noms  de  quelques  personnages  importants  de 
l'Exode  et  des  allusions  à  plusieurs  des  événements  racontés  par 
la  Bible. 

Mais  M.  Heath,  selon  sa  pittoresque  expression,  avait  empor/^ 
d* assaut  la  langue  égyptienne  ^  Dans  cette  brusque  et  vaillante 
attaque,  il  s'était  rendu  maître  d'un  immense  butin;  malheureu- 
sement il  en  fut  ébloui  lui-même;  entraîné  par  un  décevant 
mirage,  il  ne  prit  ni  le  temps  ni  le  soin  d'organiser  sa  conquête 
et  se  hâta  un  peu  trop  d'annoncer  au  monde  sa  grande  découverte 
des  papyrus  de  l'Exode.  Dans  la  réalité,  les  traductions  du  savant 
anglais  étaient  erronées  et  les  rapprochements  bibliques  reposaient 
sur  des  contresens. 

Malgré  ses  erreurs  fondamentales,  l'ouvrage  de  M.  Heath  té- 
moignait d'un  travail  ardu  et  révélait  en  son  auteur  des  qualités 
rares  même  parmi  les  interprètes  des  hiéroglyphes;  néanmoins 
les  égyptologues  accueillirent  avec  assez  d'indifférence  ce  livre 
curieux  à  plusieurs  titres.  Je  fus  le  premier  à  en  condamner  ouver- 
tement les  déductions,  en  les  plaçant  sur  le  même  rang  que  les 
chimères  enfantées  par  les  plus  vagues  systèmes  d'interprétation  *. 

Mais  après  une  nouvelle  période  de  silence  et  d'oubli,  les 
Papyrus  de  l'Exode  furent  bruyamment  remis  en  scène  dans  un 
article  publié  par  le  journal  littéraire  le  Correspondant*.  Ici, 

1.  The  Exodus  Papyri,  p.  59  :  The  egyptian  language  will  be 
stornied. 

2.  Le  plus  ancien  Liore  du  monde;  Revue  archéologique,  1857,  p.  25. 

3.  Numéro  de  février  1858. 


SUR  LES  PAPYRUS  HIÉRATIQUES  65 

pins  de  textes  indécis;  sous  la  plume  da  nouveau  traducteur 
apparaissent  aux  yeux  les  moins  clairvoyants  les  fléaux  de 
VÉgypiCy  les  bijoux  enlevés  aux  Égyptiens,  Moïse  saucé  des 
etuiXf  la  destruction  des  Égyptiens  dans  la  mer  Rouge,  la  puri- 
fication avec  rhysopCy  la  corruption  des  Israélites  par  les  filles 
de  Moab  et  de  Madian,  etc.  Il  n'est  plus  besoin  de  longs  com- 
mentaires. 

Présentées  comme  le  résultat  des  leçons  de  M.  Ch.  Lenormant 
au  Collège  de  France,  pendant  Tannée  1857,  ces  traductions,  dont 
on  annonçait  la  justification  prochaine,  étaient  accompagnées  de 
défis  portés  à  la  critique  et  s'imposaient  ainsi  à  la  confiance  du 
public.  Néanmoins,  malgré  l'importance  des  faits  annoncés, 
malgré  Tassurance  de  leur  divulgateur,  la  plupart  des  égypto- 
logues  ne  renoncèrent  pas  à  leur  système  d'indifférence,  et  je  fus 
seul  à  penser  que  le  silence  était  un  acquiescement  et  non  une 
réfutation.  Il  me  sembla  dangereux  de  laisser  s'accréditer  d'aussi 
énormes  erreurs,  dont  le  moindre  inconvénient  était  de  discréditer 
la  science  du  déchiffrement  des  hiéroglyphes  et  de  compromettre 
les  intérêts  religieux  qu'on  croyait  servir.  L'article  du  Corres- 
pondant eut  en  effet  quelque  retentissement  dans  certains  organes 
de  publicité;  il  fut  notamment  reproduit  et  commenté  dans  la 
Revue  catholique  de  Louvain,  sur  la  fin  de  1858,  et  dans  le 
journal  italien  la  Scienza  e  la  Fede,  au  commencement  de  1859  \ 

L'impression  de  mon  mémoire  sur  l'inscription  d'Ibsamboul 
dans  la  Revue  archéologique  avait  été  retardée  par  des  difficultés 
matérielles.  Dans  cet  article,  que  les  lecteurs  de  la  Revue  n'ont 
peut-être  pas  oublié*,  je  m'étais  attaché  à  mettre  en  relief  la  com- 
plète inanité  du  système  d'interprétation  auquel  était  due  la  décou- 
verte retentissante  de  faits  bibliques  dans  les  textes  égyptiens; 
mais  comme  la  démonstration  s'appliquait  à  un  texte  différent, 
je  me  proposai  de  faire  plus  tard  un  travail  identique  sur  les 
Papyras  hiératiques. 

Mes  énergiques  protestations  ne  devaient  en  effet  pas  suffire; 
ceux  que  leur  indication  particulière  portait  à  vouloir  invoquer 
l'autorité  des  papyrus  en  faveur  de  la  Bible,  qui  se  passera  fort 

1.  Janvier  et  mars  1859. 

2.  [C'est  l'article  reprodoit  en  tète  du  présent  volume.] 

BiBL.  âGYPT.,  T.  X.  5 


66  SUR  LES   PAPYRUS   HIÉRATIQUES 

bien  de  cet  inutile  appui,  n'en  tinrent  aucun  compte.  Dans  un 
récent  mémoire  sur  la  XIV'  dynastie  de  Manéihon,  M.  Robiou, 
docteur  es  lettres  et  professeur  d'histoire^  reprend  le  thème  de 
M.  Lenormant.  a  Je  ne  veux  pas  nier,  dit  cet  écrivain,  que  les 
papyrus  égyptiens  analysés  ou  traduits  dans  cet  article  (rarticle 
du  Correspondant)  parlent  de  Moïse.  Ceci  est  au  contraire  pleine- 
ment démontré. . .  M) 

Et  M.  Robiou  cite  à  plaisir  ces  prétendues  traductions  dans 
lesquelles  il  relève  les  circonstances  même  très  secondaires  du 
récit  biblique. 

Assurément,  si  M.  Robiou  eût  pu  supposer  qu'il  n*y  avait  pas 
un  mot  d*exact  dans  la  version  sur  laquelle  il  s'appuie,  il  se  fût 
bien  gardé  de  la  prendre  pour  base  de  ses  dissertations  historiques. 
On  ne  peut  guère  au  surplus  lui  en  faire  un  reproche;  car  dans 
rétat  de  morcellement  des  notions  arrachées  à  Tinterprétation 
saine  des  textes  et  des  monuments  égyptiens,  il  est  très  difficile 
aux  savants  étrangers  à  la  méthode  de  faire  un  choix  éclairé.  Les 
véritables  égyptologues  n'avancent  qu'avec  une  réserve  extrême; 
car  s'il  leur  est  aisé  de  reconnaître  la  fausseté  des  traductions 
imaginaires,  il  ne  leur  est  pas  toujours  possible  d'arriver  sans 
de  grands  efforts  à  reconnaître  le  véritable  sens  des  textes;  leurs 
allures  se  ressentent  un  peu  des  difficultés  de  la  matière  et  de  la 
marge  d'erreurs  possibles  :  aussi  ne  doit-on  pas  s'étonner  de  voir 
M.  Robiou  traiter  de  simple  hypothèse  l'opinion  de  M.  de  Rougé 
sur  l'identification  du  pharaon  de  l'Exode,  tandis  qu'il  accepte  très 
volontiers,  de  la  part  de  M.  Lenormant,  Vlannès  gui  résista  à 
Moïse. 

Or,  il  n'y  a  dans  les  papyrus  pas  plus  àHannès  que  de  Moïse, 
pas  plus  de  Juifs  que  de  peuple  de  Sem,  pas  plus  de  circoncision 

1.  Annales  de  philosophie  chrétienne,  septembre  1859,  p.  177.  On 
sait  que  le  pharaon  qui  opprima  les  Hébreux  les  avait  occupés  à  la 
construction  de  diverses  forteresses  dont  Tune  porte  le  nom  de  Ramsès 
(Exode,  I,  11).  C'est  un  trait  exact  des  usages  égyptiens;  les  textes  ori- 
ginaux mentionnent  des  citernes,  des  temples,  des  forts,  des  tours,  etc., 
désignés  par  le  nom  des  rois  qui  les  firent  établir.  Cependant  le  thème 
de  M.  Robiou  consiste  à  démontrer  que  les  Hébreux  sont  sortis  d^Égypte 
sous  le  règne  d'Horus,  c'est-A-Kllre  avant  qu*aacun  des  Ramsès  eût 
régné  sur  l'Egypte. 


SUR  LES   PAPYRUS  HIÉRATIQUES  67 

qae  à*hysope^  pas  plus  de  magicien  que  d'assoupissement  dans 
les  eaux;  il  ne  s'y  trouve  même  rien  d'approchaut  et  c'est  ici  le  cas 
de  répéter,  pour  l'honneur  de  la  méthode,  ces  mots  que  j'ai  déjà 
écrits  dans  mon  mémoire  sur  l'inscription  d'ibsamboul  :  «  Des 
traductions  aussi  erronées  sont  absolument  impossibles.  » 

Détourné  de  Tétude  des  papyrus  du  Musée  Britannique  par  un 
travail  considérable  qui  va  bientôt  paraître,  j'ai  accepté  avec  joie 
la  proposition  que  m'a  faite  mon  honorable  ami,  M.  Ch.  Wycliffe 
Goodwin,  de  traduire  pour  la  Reçue  ses  recherches  sur  les  mêmes 
monuments.  M.  Goodwin  en  a  déjà  fait  Tobjet  d'une  dissertation 
spéciale  dont  les  principaux  résultats  ont  été  consignés  dans  les 
Essais  de  Cambridge  \  Personne  mieux  que  lui  n'est  à  même  de 
donner  à  Texplication  de  ces  documents  une  forme  analytique» 
satisfaisante  pour  la  critique,  qui  a  le  droit  de  se  montrer  exi- 
geante. De  l'étude  qui  va  suivre  découleront  un  grand  nombre 
de  faits  curieux  pour  les  mœurs  et  les  usages  des  temps  pharao- 
niques. Elle  mettra  d'ailleurs  un  terme  à  une  lourde  erreur  qui 
a  déjà  trop  duré,  et  les  Papyrus  de  V Exode  cesseront  d'en  imposer 

à  la  crédulité  publique. 

F.  Chabas. 


I 

En  1858,  j'insérai  dans  les  Essais  de  Cambridge  un 
article  traitant  des  Papyrus  hiératiques*.  Mon  but  était 
alors  de  résumer  pour  le  public  en  général  les  résultats 
des  recherches  les  plus  récentes  dans  cette  branche  de  la 
philologie.  J'y  rendais  compte  du  Roman  des  Deux  Frères 
et  du  poème  de  Pen-ta-our  * ,  d'après  les  traductions  de 
M.  de  Rougé,  ainsi  que  des  Maximes  de  Ptah-hotep,  ex- 
pliquées par  M.  Chabas\  et  j'y  avais  joint,  comme  résultat 

1.  Vol.  de  1858,  p.  226. 

2.  Hieratic  Papyri;  Cambridge  Essays,  1858,  p.  226  sqq. 

3.  Le  Poèm£  de  Pen-ta-our^  Paris,  in-8*. 

4.  Le  plus  ancien  liere  du  monde;  Reçue  archéologique,  t.  XV,  p.  1. 


68  SUR  LES    PAPYRUS   HIÉRATIQUES 

de  mes  propres  travaux,  la  traduction  de  divers  passages 
des  Papyrus  Sallier  et  Anastasi  ainsi  que  mes  vues  sur  les 
parties  de  ces  documents  que  je  ne  pouvais  traduire  avec 
certitude. 

Écrit  pour  le  public  en  général,  cet  article  ne  contenait 
aucune  analyse  littérale  des  textes  interprétés.  Il  eût  été 
du  reste  difficile  d'aborder  ce  genre  de  justifications  sans 
l'assistance  d'un  type  hiéroglyphique  tel  que  celui  qui  existe 
en  France.  L'Angleterre  ne  possède  encore  rien  de  sem- 
blable. Cependant,  en  matière  d'égyptologie,  on  ne  peut 
être  admis  à  imposer  à  la  confiance  des  savants  des  traduc- 
tions que  bien  peu  de  personnes  sont  à  même  de  vérifier, 
si  l'on  ne  peut  en  même  temps  faire  connaître  le  procédé 
au  moyen  duquel  on  s'est  rendu  compte  des  sens  qu'on  a 
adoptés. 

Aussi  ai-je  saisi  avec  empressement  l'occasion  de  m'ac- 
quitter  de  cette  obligation,  en  acceptant  l'offre  obligeante 
de  mon  ami,  M.  F.  Chabas,  qui  veut  bien  traduire  et  insérer 
dans  la  Revue  archéologique  les  explications  analytiques 
que  je  suis  en  mesure  de  donner. 

Ces  justifications  sont  d'autant  plus  nécessaires  que  mes 
vues,  en  ce  qui  touche  le  contenu  des  Papyrus  épistolaires, 
diffèrent  complètement  de  celles  d'un  de  mes  compatriotes 
qui  m'a  précédé  sur  ce  champ  de  recherches.  Je  veux  parler 
du  Révérend  D.  S.  Heath.  Dans  un  ouvrage  intitulé  :  Les 
Papyrus  de  l'Exode  (Londres,  1855)  \M.  Heath  s'est  efforcé 
de  démontrer  que  ces  papyrus  sont  en  rapport  avec  quelques- 
uns  des  faits  relatés  dans  V Exode.  Quant  à  moi,  je  n'y  vois 
absolument  rien  de  pareil,  mais  seulement  des  lettres  fami- 
lières sur  différents  sujets  sociaux  et  moraux  et  sur  les  attri- 
butions ordinaires  des  scribes  pharaoniques. 

N'ayant  en  vue  aucun  système  spécial  d'histoire  ou  de 
chronologie,  j'ai  limité  ma  tâche  à  l'élucidation  de  la  teneur 

1.  The  Exodus  Papyri,  London,  1855. 


SUR  LES  PAPYRUS  HIÉRATIQUES  69 

véritable  de  ces  documents,  d'après  les  principes  de  la  saine 
philologie,  avec  Tespoir  d'étendre  nos  connaissances  sur 
l'antique  langue  des  Égyptiens,  et  sans  prétendre  au  but 
plus  ambitieux  d'en  déduire  des  conclusions  historiques. 

Les  Papyrus  hiératiques,  ceux  du  moins  qui  ont  un  carac- 
tère littéraire,  offrent  à  l'investigateur  consciencieux  de 
riches  matériaux  pour  la  reconstruction  de  la  langue  des 
Pharaons.  Sous  le  rapport  de  la  valeur  philologique,  ni  le 
rituel,  ni  les  autres  textes  funéraires,  ni  les  inscriptions 
historiques  officielles  elles-mêmes,  ne  peuvent  être  comparés 
avec  les  monuments  de  la  littérature  hiératique.  Ils  ont 
servi,  il  faut  le  reconnaître  cependant,  à  jeter  les  fondements 
de  la  science;  mais  il  sera  bientôt  temps  de  faire  luire  sur 
ces  textes  mystiques,  ou  de  formes  traditionnelles,  la  vive 
lumière  qu'ils  nous  ont  aidé  à  faire  jaillir  des  écrits  hiéra- 
tiques. Grâce  à  ce  secours  inespéré,  nous  réussirons  enfin  à 
comprendre  les  passages  les  plus  obscurs  du  Rituel,  et  nous 
obtiendrons  des  monuments  historiques  de  plus  solides  inter- 
prétations. 

Dans  mon  présent  mémoire,  je  me  propose  de  donner  la 
traduction  des  Papyrus  Sallier  et  Anastasi,  au  moins  dans 
les  passages  que  je  regarde  comme  les  plus  intelligibles  et 
les  plus  instructifs  au  point  de  vue  de  l'étude  de  la  langue. 
Je  justifierai  chacune  de  mes  traductions  et  ferai  ressortir 
avec  soin  tous  les  points  restés  incertains  dans  mon  esprit. 
Mais  avant  d'aborder  ce  travail  analytique,  je  crois  devoir 
jeter  un  coup  d'œil  général  sur  l'ensemble  des  matériaux 
que  comprend  cette  étude  et  sur  l'état  actuel  de  la  science 
à  leur  égard. 

La  preïnière  mention  revient  de  droit  au  Papyrus  Prisse. 
Un  fac-similé  de  ce  vénérable  document  a  été  publié  par 
M.  Prisse  d'Avenue  \  Malheureusement  l'édition  en  est  au- 

1.  Fac-similé  d'un  Papyrus  Égyptien  troutiè  à  Thèhes,  donné  à  la 
Bibllothèqae  impériale  et  pablié  par  E.  Prisse  d'Avenne. 


70  SUR  LES  PAPYRUS  HIÉRATIQUES 

jourd'hui  épuisée.  M.  Chabas  a  montré  la  nature  de  ce 
papyrus  et  en  a  convenablement  traduit  quelques  passages, 
mais  la  majeure  partie  attend  encore  un  traducteur.  Il  se 
compose  de  dix-huit  pages  dont  les  seize  dernières  con- 
tiennent les  sages  maximes  de  Ptah-hotep,  fonctionnaire 
du  temps  du  roi  Assa,  de  la  Vil*  dynastie.  C'est  donc  avec 
raison  qu'on  a  appelé  ce  beau  manuscrit  le  plus  ancien  liore 
du  monde.  L'écriture  en  est  remarquablement  hardie  et 
nette;  elle  se  distingue  notablement  de  celle  de  Tépoque  des 
Ramessides,  et  la  même  distinction  peut  être  faite  à  propos 
de  la  langue  et  du  style.  Les  deux  premières  pages  se  rap- 
portent à  la  fin  d'un  ouvrage  de  sujet  analogue,  mais  peut- 
être  d'un  auteur  différent.  Il  existe  quelques  motifs  de 
croire  que  ce  papyrus  a  été  trouvé  dans  la  tombe  d'un  roi 
de  la  XI*  dynastie.  L'exécution  matérielle  du  manuscrit 
pourrait  être  de  cette  époque,  quoique  la  composition  des 
ouvrages  qu'il  renferme  remonte  à  une  époque  encore  plus 
reculée. 

Le  Papyrus  d'Orbiney  contient  l'histoire  de  deux  frères. 
M.  de  Rougé  en  a  publié  la  traduction  dans  la  Revue  archéo- 
logique, en  1852.  Acquis  par  le  Musée  Britannique,roriginal 
est  sur  le  point  d'être  publié. 

Œuvre  d'un  scribe  de  la  XIX®  dynastie,  nommé  Anna  ou 
Enna,  le  conte  écrit  sur  ce  papyrus  parait  avoir  été  composé 
pour  le  roi  Séti  II,  alors  enfant.  Il  est  probable  que  le  ma- 
nuscrit même  a  appartenu  à  ce  pharaon  avant  son  accession 
au  trône.  On  voit,  écrits  au  revers  du  rouleau,  le  nom  et  les 
titres  de  ce  prince.  Le  texte  est  de  beaucoup  le  plus  aisé  qui 
soit  parvenu  jusqu'à  nous;  récriture  en  est  magnifique  et 
la  conservation  presque  parfaite.  Ce  sera  désormais  le  texte 
par  excellence  pour  l'étude  de  l'hiératique.  On  comprend 
sans  effort  le  récit,  qui  est  conçu  dans  un  style  simple  et 
clair,  et  il  est  peu  de  passages  prêtant  au  doute.  Du  reste 
la  traduction  de  M.  de  Rougé,  complète  et  satisfaisante  dans 
tous  les  points  essentiels,  laisse  peu  de  chose  à  modifier 


SUR   LES   PAPYRUS   HIÉRATIQUES  71 

dans  les  détails.  L'étudiant  la  suivra  sans  la  moindre  dif- 
ficulté dès  que  le  texte  aura  paru. 

Dans  les  premières  pages  de  ce  papyrus,  une  main  igno- 
rante a  essayé  de  dissimuler  quelques  lacunes  en  y  inscrivant 
des  signes  de  sa  façon.  Les  interpolations  qui  pourraient 
échapper  à  l'œil  d'un  observateur  ordinaire  seront  aisément 
reconnues  par  les  personnes  familiarisées  avec  l'hiératique. 

Avec  le  Papyrus  d'Orbiney  sera  publié  le  Papyrus  Abbott, 
autre  excellente  acquisition  du  Musée  Britannique.  Ce  ma- 
nuscrit contient  le  rapport  de  certains  fonctionnaires  sur 
l'état  des  tombes  royales  dans  la  nécropole  de  Thébes.  Même 
à  ces  temps  reculés  l'œuvre  de  spoliation  des  sépultures  était 
commencée,  car  les  tombes  offraient  un  riche  butin  à  l'avi- 
dité des  voleurs  qui  infestaient  la  capitale  des  Pharaons. 
De  là  vint  la  nécessité  d'inspections  périodiques.  Celle  que 
relate  le  Papyrus  Abbott  date,  je  crois,  de  la  XX'  dynastie. 
C'est  M.  Birch  qui  a  fait  connaître  le  contenu  de  cet  inté- 
ressant document  * . 

Treize  papyrus  publiés  par  le  Musée  Britannique  en  1844, 
sous  le  titre  de  Select  Papyri  in  the  Hieratic  Character, 
proviennent  des  collections  Sallier  et  Anastasi.  Les  Papyrus 
Sallier  sont  numérotés  I  à  IV,  et  les  Papyrus  Anastasi  I  à  IX. 
Voici  quelques  notions  sur  le  contenu  de  ces  documents  : 

Le  Papyrus  Sallier  I  commence  par  un  fragment  histo- 
rique se  rapportant  à  l'époque  qui  précéda  l'expulsion  des 
Hyksos.  Malheureusement,,  ce  fragment,  très  usé  par  le 
temps,  a  été  interrompu  par  le  scribe  lui-môme,  qui  y  a 
substitué  sans  transition  une  composition  d'une  nature  tout 
à  fait  différente.  Sans  ces  regrettables  mutilations,  ce  docu- 
ment aurait  une  grande  valeur,  soit  à  cause  de  son  sujet, 
soit  à  cause  de  la  forme  simple  et  claire  du  style,  qui  est 
des  plus  intelligibles. 

Le  reste  du  papyrus  est  rempli  par  une  collection  de  lettres 

1.  Le  Papyrus  Abbott,  Revue  archéologique  y  XVP  année,  p.  257. 


72  SUR  LES  PAPYRUS  HIÉRATIQUES 

faite  par  le  scribe  Pentaour.  Elles  sont  au  nombre  de  dix; 
il  y  a  en  outre  quelques  lignes  appartenant  au  commence- 
ment de  la  onzième.  A  l'exception  d'une  seule  qui  est  écrite 
par  le  scribe  Pentaour  lui-même,  ces  lettres  sont  attribuées 
&  un  autre  scribe  de  rang  élevé,  nommé  Amen-em-an.  Cette 
compilation  parait  avoir  été  arrangée  sous  le  règne  de 
Ménepbtah  Ba-en-Ra,  successeur  de  Ramsès  II. 

Le  Papyrus  Sallier  II  contient  trois  pièces  différentes.  La 
première  a  pour  sujet  une  collection  d'avis  ou  de  prescrip- 
tions que  le  roi  Amen-em-ha  I  adresse  à  son  fils  Osortasen  I. 

Dans  la  pièce  suivante  se  trouvent  les  instructions  d'un 
scribe  nommé  Sbauf-sa-kharta  à  son  fils  Pépi.  Le  style  en 
est  poétique;  l'auteur  y  compare  les  occupations  ordinaires 
des  hommes  de  divers  états  avec  celles  du  scribe,  et  montre 
la  supériorité  qui  appartient  à  ces  dernières. 

La  troisième  composition  est  une  hymne  de  louanges 
adressée  au  Nil. 

Ces  trois  ouvrages  paraissent  avoir  été  composés  par  le 
scribe  Enna,  l'auteur  du  Roman  des  Deux  Frères. 

Le  Papyrus  Sallier  III  contient  le  récit  semi-poétique  d'un 
exploit  de  Ramsès  II  dans  l'une  de  ses  expéditions  contre 
les  Khitas  ou  Hittites.  Cette  composition  est  due  à  la  plume 
du  scribe  Pentaour.  On  connaît  l'excellente  traduction  qu'en 
a  publiée  M.  de  Rougé  en  1856.  Un  abrégé  du  même  texte 
est  inscrit  en  hiéroglyphes  sur  les  murs  du  temple  d'Abou- 
Simbel  et  sur  ceux  du  Ramesséum  de  Thèbes.  On  a  pu,  par 
ce  moyen,  suppléer  aux  lacunes  du  papyrus,  dont  les  pre- 
mières pages  ont  disparu.  M.  Chabas  a  publié  dans  la  Revue 
archéologique,  1857,  une  traduction  analytique  du  texte 
d'Abou-Simber. 

Le  Papyrus  Sallier  IV  est  un  almanach  des  jours  fastes  et 
néfastes  de  l'année.  Il  n'est  malheureusement  pas  complet. 
On  y  trouve  un  grand  nombre  de  curieuses  mentions  rela- 

1.  [C'est  le  mémoire  reproduit  en  tdte  da  présent  volume.] 


SUR  LES   PAPYRUS  HIÉRATIQUES  73 

tives  à  la  mythologie  égyptienne.  M.  de  Rougé  en  a  traduit 
quelques  passages  dans  la  Revue  archéologique,  1854. 

Le  Papyrus  Anastasi  I  est  une  espèce  de  notice  biogra- 
phique contenant  les  actes  et  les  dires  d'un  haut  fonction- 
naire de  la  XIX^'  dynastie.  Entre  autres  sujets,  il  contient 
le  récit  d'un  voyage  en  Palestine.  Cette  pièce  est  d'une 
forme  singulière,  en  ce  qu'elle  est  adressée  à  la  personne 
môme  qui  en  est  le  héros.  Ses  propres  aventures  lui  sont 
rappelées  par  l'auteur,  qui  y  entremôle  à  profusion  les 
louanges  et  les  formules  d'adulation.  Il  est  à  regretter  que 
ce  manuscrit  soit  mutilé  en  beaucoup  d'endroits. 

Dans  le  Papyrus  Anastasi  II,  sorte  de  miscellanée,  on 
trouve  d'abord  un  court  exorde  d'histoire,  puis  des  lettres 
et  des  communications  de  politesse.  Quelques-unes  de  ces 
pièces  sont  des  duplicata  de  compositions  existant  dans 
d'autres  papyrus.  Je  considère  cette  collection  de  documents 
de  diverse  nature  comme  un  recueil  de  modèles  à  l'usage 
des  jeunes  littérateurs.  Le  papyrus  parait  avoir  été  écrit 
sous  le  règne  de  Ménephtah  Ba-en-Ra. 

Le  Papyrus  Anastasi  III  est  une  collection  du  môme  genre 
et  de  la  même  époque,  dont  la  rédaction  semble  être  l'œuvre 
du  scribe  Pen-bésa.  Ce  scribe  l'avait  dédiée  à  un  scribe  de 
rang  supérieur  nommé  Amen-em-ap,  dont  plusieurs  lettres 
sont  comprises  au  papyrus.  Amen-em-ap  était  mort  lors  de 
cette  dédicace,  et  le  papyrus  contient  une  oraison  funèbre 
en  son  honneur. 

Une  troisième  compilation  littéraire  de  ce  genre  remplit 
le  Papyrus  Anastasi  IV;  elle  date  du  règne  de  Séti  II  et 
parait  avoir  été  recueillie  par  le  scribe  Enna.  On  y  trouve 
des  lettres  d'Enna  lui-môme;  d'autres,  à  lui  adressées,  et 
des  duplicata  de  quelques-unes  de  celles  d'Amen-em-an  et 
d' Amen-em-ap.  Ce  papyrus  est  d'une  écriture  magnifique, 
ce  qui,  malheureusement,  n'est  pas  le  cas  de  la  plupart  des 
autres. 

Dans  le  Papyrus  Anastasi  V  on  rencontre  encore  un  grand 


74  SUR   LES   PAPYRUS   HIÉRATIQUES 

nombre  de  communications  épistolaires  sur  des  sujets  variés, 
mais  principalement  sur  les  règles  de  conduite  et  sur  les 
devoirs  des  scribes. 

Le  Papyrus  Anastasi  VI  contient  quatre  lettres  écrites  par 
le  scribe  Enna  à  son  supérieur  le  scribe  Kakebou.  La  pre- 
mière, qui  est  la  plus  longue  et  aussi  la  mieux  conservée,  a 
pour  objet  un  rapport  fait  par  Enna,  à  propos  d'un  acte  pré- 
judiciable commis  par  un  autre  scribe  qui  élevait  des  pré- 
tentions sur  quatre  esclaves,  dont  deux  hommes  et  deux 
femmes,  attachés  au  domaine  de  Kakebou,  et  réclamait  le 
produit  de  leur  travail.  Enna  expose  toute  l'affaire  à  son 
supérieur  et  demande  justice  contre  le  délinquant. 

Le  Papyrus  Anastasi  VII  n'a  qu'un  petit  nombre  de  pièces. 
On  y  trouve  un  fragment  de  la  première  composition  du 
Papyrus  Sallier  II  et  la  totalité  de  la  troisième.  Malgré  ses 
mutilations  nombreuses,  ce  texte  offre  à  l'étude  beaucoup 
de  variantes  utiles. 

Une  lettre  unique  fait  l'objet  du  Papyrus  Anastasi  VIII  ; 
elle  est  adressée  par  un  scribe  du  nom  de  Ramessou  à  Tun 
de  ses  subordonnés  Téti-em-heb.  Ce  dernier  est  invité  à 
s'expliquer  sur  la  négligence  qu'il  a  apportée  dans  lexécu- 
tion  de  certaines  missions.  Ce  papyrus  est  très  usé,  mais 
il  est  possible  de  restituer  le  texte  de  quelques-unes  de  ses 
lacunes. 

Dans  le  Papyrus  Anastasi  IX,  le  scribe  Houra  écrit  à  son 
supérieur,  le  scribe  Ramessou,  pour  se  disculper  d'une  incul- 
pation de  négligence  dans  l'exécution  de  certains  travaux 
d'agriculture.  Une  portion  notable  du  texte  est  illisible; 
mais  ce  qu'il  en  reste  fournit  des  observations  intéressantes 
pour  l'étude  de  la  langue  égyptienne. 

La  collection  des  papyrus  du  Musée  Britannique,  connue 
sous  le  nom  de  Select  Papy  ri,  se  compose  de  168  planches, 
sans  y  comprendre  les  textes  écrits  au  dos  des  pages.  Ceux-ci 
sont  fort  nombreux,  et,  bien  qu'il  s'agisse  uniquement  de 
notes  hâtives  jetées  par  les  scribes  sur  le  revers  de  leurs 


SUR   LES   PAPYRUS   HIÉRATIQUES  75 

papyrus,  on  y  trouve  des  renseignements  extrêmement 
intéressants  et  instructifs. 

Dans  la  seconde  série  de  ses  inscriptions  égyptiennes*, 
M.  Sharpe  a  inséré  le  fac-similé  d'un  papyrus  que  je  nom- 
merai le  Papyrus  Lee,  d'après  son  possesseur,  M.  le  docteur 
Lee  d'Hartwell  Hall.  Ce  manuscrit  n'est  pas  entier;  mais 
d'après  ce  qu'il  en  reste,  il  parait  contenir  un  rapport  ou 
une  accusation  criminelle  à  propos  des  méfaits  d'un  certain 
propriétaire  de  bestiaux,  nommé  Hal,  qui  s'était  appliqué 
aux  pratiques  magiques  pour  commettre  des  crimes. 

Le  Papyrus  RoUin  C  1888,  conservé  à  la  Bibliothèque 
Impériale  %  contient  une  continuation  du  texte  du  Papyrus 
Lee. 

Tout  récemment,  les  richesses  de  la  littérature  hiératique 
se  sont  considérablement  accrues  par  la  publication  des 
Papyrus  de  Berlin,  dans  la  sixième  et  dernière  division 
du  splendide  ouvrage  des  Denkmâler  ^gyptens.  Les 
n*«  I,  II,  in  et  IV  sont  du  plus  haut  intérêt.  Ils  appar- 
tiennent très  probablement  à  la  XII®  dynastie;  l'écriture  en 
est  bien  plus  rapprochée  de  celle  du  vieux  Papyrus  Prisse 
que  de  celle  des  papyrus  de  la  XIX®  dynastie.  Quoi  qu'il 
en  soit,  le  contenu  de  ces  documents  se  rapporte  aux  faits 
et  gestes  des  rois  Amen-em-ha  P'  et  Osortasen  P'  et  de 
leurs  contemporains.  Ils  sont  évidemment  de  nature  his- 
torique ou  anecdotique. 

A  une  date  beaucoup  plus  récente  appartiennent  les 
papyrus  n~  V,  VI  et  VII,  dans  l'un  desquels  se  lit  le  nom 
du  pharaon  Ramsès  IX,  de  la  XX*  dynastie.  On  les  croirait 
tous  de  la  même  main,  et  il  est  présumable  qu'ils  ont 
formé  un  seul  rouleau.  Leur  type  d'écriture  est  le  plus 
beau  de  tous  ceux  qu'on  ait  publiés  jusqu'à  présent.  Le  n°  V 
contient  un  hymne  à  Ammon-Ra,  et  les  n°*  VI  et  VII  des 


1.  PL  LXXXVII  et  LXXXVIII. 

2.  Encore  inédit. 


76  SUR   LES  PAPYRUS  HIÉRATIQUES 

hymnes  à  Horus,  ou  peut-être  à  d'autres  dieux  qui  pouvaient 
être  invoqués  sous  ce  nom,  par  exemple  au  Soleil  ou  à  Ptah, 
lorsque  le  prêtre  offrait  de  l'encens  à  ces  dieux.  Au  dos  du 
n*  VI  se  lisent  quelques  lignes  d'une  écriture  embrouillée, 
relatives  aux  temps  de  Thothmès  III  (XVIII*^  dynastie).  On 
y  distingue  que  le  roi  adressa  à  ses  nobles  et  à  ses  fonction- 
naires un  édit  tendant  à  faire  appel  à  la  protection  des  dieux 
pour  la  répression  de  certains  désordres,  ou  pour  quelque 
autre  objet  que  l'état  de  mutilation  du  texte  ne  permettra 
peut-être  jamais  de  reconnaître  distinctement. 

Le  texte  écrit  au  revers  du  n®  VII  se  réfère  aux  invocations 
ou  aux  offrandes?  à  faire  devant  les  statues  d'Ammon  et  de 
Thoth,  qui  sont  dans  l'édifice  d'Osortasen  I«',  à  Thèbes. 

Publiés  par  M.  le  docteur  Leemans  dans  les  Monuments 
égyptiens  du  Musée  d'antiquités  des  Pays-Bas,  les  Papyrus 
de  Leyde  sont  aussi  d'un  grand  intérêt.  Peu  de  chose  cepen- 
dant pourra  être  déchiffré  dans  les  n^  I  343  et  1 345,  dont 
il  ne  reste  que  des  fragments  mutilés,  et  qui  paraissent 
traiter  de  la  magie  ou  des  sciences  naturelles;  mais  le 
n®  I  344,  qui  est  fort  long,  présente  un  texte  intéressant  à 
étudier;  il  semble  contenir  une  série  de  préceptes  ou  de 
maximes  touchant  une  infinité  d'objets.  L'écriture  a  quelque 
analogie  avec  celle  du  Papyrus  Sallier  IV  ;  malheureusement 
l'état  mutilé  du  texte,  dont  il  reste  à  peine  une  phrase  sans 
lacunes,  ajoute  considérablement  à  la  difficulté  de  la  tra- 
duction. 

Le  n^  I  346  nous  donne  le  calendrier  des  épagoménes  ou 
jours  complémentaires  de  l'année'. 

Le  n^  I  347  contient  des  matières  religieuses  et  notam- 
ment des  hymnes  à  Horus,  à  Set  et  à  d'autres  dieux. 

Dans  le  n^  I  348  se  lisent  quelques  lettres  du  même 
genre  que  celles  des  Papyrus  Sallier  et  Anastasi.  Elles  sont 
adressées  par  le  scribe  Kawi-sera  à  son  supérieur  le  scribe 

1.  Voyez  Brugsoh,  Zeitschrift  der  Deut.  Morg.  Gesellsch.,  1852. 


SUR  LES   PAPYRUS  HIÉRATIQUES  77 

Bek-en-Ptah  et  traitent  principalement  de  sujets  agricoles. 
De  même  que  celles  des  papyrus  du  Musée  britannique,  ces 
lettres  ressemblent  plutôt  à  des  modèles  épistolaires  qu'à 
de  Téritables  missives  réellement  écrites  pour  l'objet  dont 
elles  traitent.  Le  même  papyrus  contient  en  outre  un  recueil 
de  formules  magiques. 

Enfin  le  n®  I  349  nous  offre  encore  une  lettre  d'un  scribe 
à  son  supérieur  et  dix  pages  de  formules  magiques. 

Tous  les  Papyrus  de  Leyde  paraissent  dater  de  l'époque 
de  la  XIX^  dynastie. 

Tels  sont  les  Papyrus  hiératiques  publiés  jusqu'à  ce  jour, 
sans  parler  de  ceux  de  l'espèce  funéraire.  Le  lecteur  peut 
juger  qu'ils  présentent  déjà  un  ensemble  assez  considérable. 
Mais  il  en  existe  encore  de  très  précieux  dans  les  collections 
privées.  Un  de  ces  documents  est  en  ce  moment  publié  par 
M.  Chabas,  avec  un  commentaire  étendu  et  des  discussions 
analytiques,  sous  le  titre  de  :  Le  Papyrus  magique  Harris. 
Cet  ouvrage,  que  je  ne  connais  pas  encore,  est  la  seule  publi- 
cation de  ce  genre  dans  laquelle  le  fac-similé  du  texte  soit 
accompagné  d'une  traduction  raisonnée.  A  ce  titre,  il  sera 
fort  utile  pour  l'étude  de  l'hiératique. 

Mes  traductions  des  lettres  écrites  par  les  scribes  de  Tàge 
pharaonique  seront,  au  moins  pour  les  points  essentiels,  les 
mêmes  que  celles  de  mon  Essai  de  1858.  Mais  si  mes  der- 
nières études  n'ont  pas  changé  mes  vues  sur  l'intention 
générale  de  ces  compositions,  elles  m'ont  porté  à  modifier 
un  assez  grand  nombre  de  détails  philologiques.  En  cher- 
chant aujourd'hui  à  justifier  mes  traductions  phrase  à  phrase, 
je  laisserai  de  côté,  pour  plus  de  brièveté,  les  points  déjà 
admis  par  les  égyptologues  en  général,  et  à  ce  propos, 
j'éprouve  le  besoin  de  déclarer  que,  si  je  ne  cite  pas  toujours 
les  premiers  divulgateurs  des  sens  par  moi  adoptés,  ce  n'est 
pas  que  je  ne  reconnaisse  pleinement  les  droits  et  le  mérite 
des  éminents  devanciers  qui  ont  frayé  et  élargi  le  chemin  de 
la  langue  égyptienne;  mais  il  n'est  pas  toujours  facile  de 


78  SUR  LES  PAPYRUS   HIÉRATIQUES 

se  rappeler  toutes  les  dissertations  éparses  dans  un  grand 
nombre  de  mémoires,  de  revues,  etc.,  publiés  dans  divers 
pays  et  en  diverses  langues.  Je  confesse  mon  ignorance  à 
propos  de  Torigine  première  de  bien  des  conclusions  aux- 
quelles je  suis  arrivé  moi-même,  sans  savoir  si  d'autres 
avant  moi  y  étaient  parvenus.  L'excellence  du  système  de 
ChampoUion  se  démontre  par  ce  fait  décisif,  que  ce  système, 
bien  employé,  conduit  tous  les  investigateurs  sur  la  même 
voie  et  au  même  résultat  final.  Toutefois,  il  me  semblerait 
très  nécessaire  de  dresser  dès  à  présent  un  compendium  des 
résultats  acquis.  Gr&ce  à  la  riche  récolte  que  la  littérature 
hiératique  nous  a  permis  de  faire,  nous  pourrions  aujour- 
d'hui composer  une  grammaire  et  un  vocabulaire  qui  pré- 
senteraient de  notables  additions  aux  ouvrages  de  Cham- 
poUion. 

Une  différence  sensible  se  remarque  entre  le  style  de  ces 
papyrus  et  celui  des  inscriptions  monumentales,  surtout  à 
propos  des  déterminatifs,  que  l'hiératique  admet  avec  pro- 
fusion et  même  avec  abus.  Ces  sortes  de  signes^  lorsqu'ils 
sont  employés  judicieusement,  viennent  puissamment  en 
aide  à  l'investigateur  qui  cherche  son  chemin  au  milieu 
d'expressions  nouvelles  et  de  tournures  inconnues.  Mais 
dans  les  papyrus  hiératiques,  au  moins  à  l'égard  de  ceux 
de  la  XIX*  dynastie,  ils  surabondent  et  n'ont  très  fréquem- 
ment aucun  rapport  figuratif  ou  môme  symbolique  avec  les 
mots  qu'ils  déterminent.  Cet  emploi  s'explique  cependant 
par  certain  mécanisme  phonétique,  c'est-à-dire  que  ces 
déterminatifs,  de  sens  complètement  étranger  au  mot  auquel 
ils  se  trouvent  joints,  rappellent  le  son  d'un  autre  mot  de 
même  forme,  mais  de  signification  différente,  auquel  ils  sont 
plus  habituellement  associés.  Un  exemple  fera  mieux  com- 
prendre cet  emploi  abusif,  auquel  les  inscriptions  monu- 
mentales ne  sont  pas  complètement  étrangères. 

Le  mot  ^.  ,  qui  se  prononce  maut  ou  mu-t,  signifie  mère 


SUR  LES   PAPYRUS  HIÉRATIQUES  79 

et  mourir  \  et  correspond  au  copte  jul«.t,  la  mère,  et  aiot, 
mourir.  Les  déterminatifs  ordinaires  sont  pour  le  premier 

sens  la  femme  assise  J|  et  pour  le  second  le  signe  du  suicide 

^,  que  l'hiératique  remplace  par  le  signe  de  la  corne  de 

l'animal  typhonien.  Mais  il  arrive  qu'on  trouve  quelquefois 
le  signe  de  la  femme  assise  employé  comme  déterminatif 
du  groupe,  quoique  avec  le  sens  de  mourir^. 

De  même,  le  mot  hannu,  dont  le  dérivé  existe  en  copte, 
signifie  vcLse  et  a  pour  déterminatif  régulier  la  figure  d'un 
vase  O;  cette  expression  signifie  également  ordonner,  in- 
terpeller, et  dans  ce  cas  elle  admet  les  deux  déterminatifs 
de  la  parole  :  l'homme  appelant  et  l'homme  portant  la  main 

à  sa  bouche.  Mais  dans  la  phrase         ^^  ^v  Y  "^  i  ra'^Ks. 

n   o    n5û'       "^^^^  \      '^''  ^^^^  HANNU  H  EN  HAK-T,  ODUler 

deux  vases  de  {la  boisson  nommée)  hak,  on  voit  que  le 
scribe  capricieux  a  remplacé  le  déterminatif  de  l'idée  vase 
par  ceux  de  l'idée  ordonner.  Pour  le  mot  samu,  le  premier 
déterminatif  est  la  tête  de  bœuf  accrochée  sur  un  support, 
symbole  habituel  des  expressions  en  rapport  avec  la  man- 
ducation  et  la  nourriture  ;  le  second  est  un  rameau  de  végétal 
qui  détermine  ordinairement  les  noms  des  végétaux  et  des 
fleurs.  Il  rappelle  ici  le  mot  sam,  qui  signifie  herbe,  foin. 

On  voit  d'après  ces  exemples  combien  il  est  facile  d'être 
conduit  à  l'erreur  par  de  semblables  solécismes,  dont  il  me 
serait  facile  de  multiplier  ici  les  citations.  Il  est  donc  indis- 
pensable de  bien  se  rappeler  qu'un  assez  grand  nombre  de 
déterminatifs  sont  d'un  usage  fréquent  pour  des  mots  avec 
lesquels  ils  n'ont  aucun  rapport  de  sens,  et  que  cette  obser- 
vation s'applique  aussi  aux  cas  dans  lesquels  ces  mots  sont 
simplement  employés  comme  syllabes  d'un  autre  mot,  ainsi 

que  cela  arrive  fréquemment  pour  l'oiseau  ^^  et  4^  qui 

1.  Il  existe  aussi  pour  le  sens  mourir  une  forme  écrite  mer. 

2.  Voyez  notamment  Select  Papyri,  CXLVII,  1.  6;  CXLIX,  1.  9. 


80  SUR  LES  PAPYRUS  HIÉRATIQUES 

remplace  le  mot  tennu,  ou  les  syllabes  tennu  dans  la  com- 
position des  mots.  M.  Birch  a  donné  à  ces  sortes  de  déter- 
minatifs  le  nom  de  dêterminatifs  de  son. 

Il  était  nécessaire  d'exposer  nos  vues  sur  l'usage  abusif 
des  dêterminatifs,  afin  d'aller  au-devant  des  reproches  qu'on 
pourrait  être  tenté  de  faire  à  cet  égard  à  quelques-unes  de 
nos  analyses.  Par  leur  méthode  capricieuse,  les  scribes  égyp- 
tiens ont  jeté  sur  notre  voie  cette  difficulté  singulière  dont 
nous  viendrons  à  bout,  au  moyen  d'une  comparaison  atten- 
tive des  textes. 

Nous  avons  fait  connaître  la  nature  des  documents  ras- 
semblés dans  les  Papyrus  Sallier  I  et  Anastasi  II,  III,  IV  et  V, 
et  nous  espérons  justifier  nos  vues  dans  les  analyses  qui  vont 
suivre. 

Nous  allons  trouver  du  reste  une  indication  précise  dans 
le  titre  général  heureusement  conservé  au  Papyrus  Sallier  I, 
et  dont  voici  la  teneur  : 

Ha  em        sbai       en  sha-tui    ar     en     ekhai    Pen-ta-ur 

Commenoement  des  instractions  de  lettres  faites  par  le  scribe  Pen-ta-oar 

en    tar  X   aboi  IV  eha  ra  I  au-tu    em  pa 

en  Tan  X   mois  IV  de  Tautomne  (Choîak)  jour  1  étant  dans  la  demeure 

Ramessa  Meriamen  ankh    uta       sneberpeka-u      aa     en  pa     Ra 
de  Ramsès  Meriamen  vivant  sain  et  fort  la  majesté  grande     du     Soleil 

Hor  akhU'pati 

Horus  des  deux  habitations  solaires. 

Le  mot  jl  J  ^^^(  (  _  ,  SBAI,  correspond  au  copte  cAo, 
doctrina;  on  le  retrouve  dans  le  titre  du  Papyrus  Sallier  II, 
qui  se  lit  :  Commencement  des  instructions  faites  par  la 
majesté  du  roi  Amenemha  /«,  et  en  effet  le  texte  qui  suit 
contient  les  admonitions  et  les  conseils  de  ce  roi  à  son  fils 
Osortasen.  Il  sert  aussi  de  titre  à  l'œuvre  de  Ptah-hotep 
dans  le  Papyrus  Prisse  (pi.  IV,  1),  qui  est  une  collection 
de  préceptes. 


SUR  LES  PAPYRUS  HIÉRATIQUES  81 

La  variante  M  j^^^^^Jl»  sba,  signifie  aussi  instruire, 

enseigner,  et  admet  parfois  le  sens  corriger,  châtier.  C'est 

ainsi  que  dans  les  papyrus^  nous  rencontrons         ['  J  ^ 

LJlcnn,  A-T  SERA,  une  maison  d'instruction,  une  écô 
(Select  Papyn,Xin,l). 

L'étoile  ^  avait,  ainsi  que  l'ont  déjà  reconnu  d'autres 
égyptologues,  les  valeurs  seb  ou  su  et  tu.  Dans  les  groupes 

*^  ^  '  'fl  ^  ^*  'fl  ^^  '  ^^  ^^^*  reconnaître  trois 
variantes  du  même  mot  tuau,  tua,  qui  signifie  invoquer, 
adorer,  et  dans  lequel  la  valeur  tu  de  l'étoile  est  mani- 
festement indiquée.  Dans  ^^g^  >  nous  aurons  tootc,  le 
matin,  et  chot,  cot,  temps,  Jour. 

Avec  Tacception  enseigner,  les  éléments  phonétiques  fl  J 
SB,  sont  généralement  écrits  ;  cependant,  au  Papyrus  Prisse, 
nous  trouvons  les  formes  ^^^U-fl    et  ^'^^ÛO    _     •  Bien 

qu'on  rencontre  [' J^  ife^, ,*  sba,  porte,  sous  la  forme 

)*c^^cziD  ,  je  n'ai  noté  aucun  exemple  de  ^^fc.   3}  rem- 

^^  ,  SHA,  signifie  à  la  fois  un  livre  ou  une  lettre. 

Sous  ce  dernier  sens,  il  est  d'occurrence  fréquente  dans  les 
papyrus.  On  trouve  notamment  la  phrase  :  Kheft  sper 
taia  SHA  er-ra-ten,  lorsquc  ma  lettre  vous  arrivera'^ ;  et 

^^  ,  AR-SHA,  faire  une  lettre,  écrire  une  lettre  ', 

1.  Select  Papyri,  XX,  6;  XXIII,  1;  XXX,  10. 

2.  Lepsios,  Auswahl,  VIII. 

3.  Burton,  Excerpta  Hieroglyphica,  III,  col.  9. 

4.  Papyrus  Prisse,  pi.  V,  4. 

5.  Papyrus  Prisse,  IV,  1. 

6.  Todienbuch,  ch.  lxiv,  1.  18;  ob.  cxzv,  54,  et  clxu,  10.  Une  obser- 
Tation  utile  à  noter,  c^est  que  le  mot  seba,  porte,  est  du  masculin  en 
égjptien,  tandis  que  tuau,  le  ciel  inférieur,  est  du  féminin. 

7.  Select  Papyri,  CXII,  10. 

8.  Select  Papyri,  XLII,  5. 

BiBL.  ÉGTFT.»  T.  X.  6 


82  SUR  LES  PAPYRUS   HIÉRATIQUES 


Au  passage  étudié,  ,    ,  sha-ui  ou  sha-tui,  si  Ton 

prononce  le  signe  féminin  ^,  t,  est  probablement  au  pluriel. 
Sbaï  en  sha-tui  peut  signifier  instructions  en  lettres, 
c'est-à-dire  adressées  sous  forme  de  lettres,  ou  instructions 
sur  les  lettres,  sur  l'art  épistolaire.  J'incline  pour  le  dernier 
sens  d'après  le  contenu  de  ces  lettres,  dont  le  plus  grand 
nombre  ne  renferme  rien  de  semblable  à  des  conseils  ou  à 
des  instructions  sur  un  sujet  quelconque,  comme  c'est  le  cas 
notamment  pour  celle  dans  laquelle  Pentaour  lui-même 
rend  compte  à  son  maître  de  Tétat  de  sa  ferme. 

On  a  généralement  attribué  au  signe  nU  la  valeur  phoné- 
tique nTÛÛ,  SKHAl,  fournie  par  la  pierre  de  Rosette,  au 

moins  lorsque  ce  signe  signifie  écrire.  Le  copte  possède  en 
effet  cj6«a,  écrire,  et  c*.^,  scribe.  Mais  d'autres  éléments 
phonétiques  ont  été  trouvés  en  connexion  avec  le  même 

hiéroglyphe,  notamment  Nà.  an,  dans  une  stèle  de  la 
XIP  dynastie  * .  Nos  papyrus  nous  fournissent  encore  jj i , 
NA,  scribe*,  et  jà        ,  na-u,  livres,  écritures,  comptes, 

états*.  Dans  les  Annales  de  Thothmès  III,  nous  avons  — o 
vi^'jii,  NA-u,  dans  une  liste  de  choses  précieuses.  Ce  sont 
peut-être  des  tableaux. 

Le  nom  du  scribe  ^^v  ^^  ^'  pen-ta-ur,  signifie 
littéralement  :  Celui  qui  appartient  à  la  grande  déesse. 
Peut-être  le  moderne  n«.T*.oTXi*  dérive-t-il  de  ce  nom. 

Celui  de  ^K  ^^  ^^^^  J  ^^  é  ^ .  pen-besa,  est  d'une 

forme  analogue  combinée  avec  le  ûieu  Bésa.  Il  a  été  grécisé, 
dans  les  textes  coptes,  sous  la  forme  £LHc«^pion\ 


1.  S.  Bipch,  Mémoire  sur  une  patère  égyptienne,  p.  53. 

2.  Select  Papyri,  CIV,  5. 

3.  Lepsius,  Àuswahl,  XII,  56. 

4.  Zoôga,  Cat,,  p.  76. 

5.  Zoêga,  Cat.,  p.  116. 


SUR   LES   PAPYRUS  HIÉRATIQUES  83 

II  est  probable  que  le  monarque  dont  la  dixième  année 
de  règne  est  mentionnée  dans  notre  titre  est  Ménephtah 
Ba-en-ra,  le  successeur  de  Ramsès  II.  Le  nom  de  ce  pharaon 
est  cité  à  la  pi.  VIII,  1.  8.  Une  date  de  l'an  V'  de  Séti  II, 
successeur  de  Ménephtah,  écrite  au  revers  du  papyrus  en 
caractères  splendides,  indiquerait  alors  l'époque  à  laquelle 
fut  confectionnée  la  copie  de  l'œuvre  de  Pentaour  que  le 
papyrus  nous  a  conservée. 

Comme  Pentaour  composa  le  poème  du  Papyrus  Sallier  III 
dans  la  neuvième  année  de  Ramsès  II,  dont  le  règne  fut 
très  long,  il  devait  être  très  avancé  en  âge,  lorsqu'il  entre- 
prit la  compilation  des  lettres  que  nous  étudions. 

Les  mots  û^^^*  au  tu,  étant,  correspondant  au  copte 

«.-re,  sont  suivis  du  signe  hiératique  qui  représente  le  déter- 

minatif  dieu  ^.  Ce  déterminatif,  qui  désigne  les  choses 

divines  ou  royales,  semble  employé  ici  pour  indiquer  qu'il 
s'agit  du  roi  lui-même  et  non  du  scribe.  C'est  une  manière 
d'exprimer  certain  rapport  du  verbe  à  son  sujet.  Par  la 

même  raison,  la  marque  du  pluriel  i  est  fréquemment  ajoutée 

au  verbe^  lorsque  le  sujet  pluriel  vient  après.  Ici,  il  y  a  lieu 

de  remarquer  que  le  sujet  ^^^     j) '>  pe  ka-u,  est  précédé 

de  la  particule  de  connexion  <z>,  er,  employée  de  la  même 
manière  que  le  copte  n-xc  pour  marquer  le  cas  nominatif. 
J'en  puis  citer  d'autres  exemples,  notamment  :  ukanu  er 
PA  HANUTi,  néglige-it-it]  le  laboureur. . .? 

Le  passage  analysé  signifie  donc  non  pas  que  Pentaour 
était  dans  la  demeure  de  Ramsès,  mais  que  le  roi  lui-même 
se  trouvait  dans  cette  demeure.  En  le  comparant  avec  la 
formule  initiale  du  Papyrus  Anastasi  VL  où  se  trouve  la 
même  phrase  sans  nom  de  scribe  et  au  milieu  d'une  liste  de 
titres  royaux,  on  sera  conduit  à  reconnaître  la  justesse  de 
cette  déduction.  Ajoutons  enfin  que  l'idée  exprimée  est  celle 
que  le  roi  était  établi  sur  le  trône  de  la  capitale  de  son  père, 


84  SUR  LES  PAPYRUS  HIÉRATIQUES 

mais  non  qu'il  était  momentanément  installé  dans  certaine 
demeure  royale. 

Le  groupe'-',  déjà  bien  étudié  par  mes  devanciers,  pos- 
sède un  grand  nombre  de  sens;  l'idée  originale  parait  être 
essentia,  personalitas,  être,  chose.  Ici,  il  est  suivi  du  déter- 

minatif  de  la  divinité  ou  de  la  royauté  ^  et  de  la  marque 

du  pluriel  i,  bien  qu'il  soit  précédé  de  Tarlicle  singulier  1^* 

PE.  Cet  emploi  du  pluriel  égyptien,  pour  exprimer  non  la 
pluralité  numérique^  mais  Textension,  la  généralité,  le  grou- 
pement, la  dignité,  est  extrêmement  fréquent  dans  la  langue 
égyptienne.  De  même  que  pour  le  pluralis  excellentiœ  en 

hébreu,  les  accords  suivent  le  sens  et  non  la  forme,      r^'. 

se  rapportant  à  un  roi  et  qualifié  de  Tépithète  aa,  grand, 
peut  se  traduire  Majesté.  A  propos  de  personnes  d'un  rang 
moins  élevé,  on  traduirait  Son  Honneur,  Sa  Seigneurie,  etc. 
Le  signe  du  pluriel  n'est  d'ailleurs  pas  essentiel  au  sens,  car 
il  n'existe  pas  dans  le  passage  correspondant  du  Papyrus 
Anastasi  VI. 

L'usage  de  désigner  indistinctement  une  personne  ou  une 
chose  au  moyen  de  quelque  attribut  ou  de  quelque  partie 
est  très  fréquent  en  égyptien.  C'est  ainsi  que  des  mots  signi- 
fiant des  qualités  spéciales,  telles  que  la  bonté,  la  sainteté, 
ou  nommant  les  divers  membres  du  corps,  et  aussi  les  ex- 
pressions s'appliquant  à  la  personnalité,  à  l'existence  en 
général,  servent  de  supports  aux  pronoms  personnels  pour 
désigner  les  personnes  ou  les  choses.  En  copte,  on  trouve, 
avec  cet  emploi  :  po,  la  bouche,  p«.T,  le  pied,  tôt,  la  main,  etc., 
ce  qui  nous  permet  d'apprécier  sûrement  le  mécanisme  de 
la  langue  antique.  Nous  ne  nous  étendrons  pas  davantage 
sur  ce  sujet  important,  qui  demanderait  de  longs  dévelop- 
pements. Nous  aurons  du  reste  l'occasion  d'y  revenir  dans 
le  cours  de  nos  analyses. 

Le  soleil  Horus  des  deux  demeures  solaires  est  tout 
simplement  l'équivalent  du  roi,  du  pharaon.  Les  titres  de 


SUR  LES  PAPYRUS  HIÉRATIQUES  85 

longue  haleine  que  les  Égyptiens  donnaient  à  leurs  sou- 
verains ont  été  déjà  suffisamment  élucidés.  Aussi,  dans  nos 
traductions,  chercherons-nous  à  les  abréger  autant  que  pos- 
sible et  à  y  substituer  des  expressions  plus  simples. 

En  résumant  nos  observations,  nous  paraphraserons  ainsi 
le  titre  de  Técrit  de  Pentaour  : 

c  Commencement  des  instructions  sur  l'art  épistolaire 
»  composées  par  le  scribe  Pentaour,  la  dixième  année,  le 
•  premier  jour  de  Choîak  du  règne  de  Sa  Majesté,  notre 
»  roi  actuel  dans  la  demeure  de  Ramsès  II.  » 

Dans  Torigine,  j'avais  accepté  Topinion  de  M.  Heath,  qui 
considère  la  demeure  de  Ramsès  II  comme  un  palais  que  ce 
monarque  aurait  bâti  dans  la  Basse-Egypte.  Au  Papyrus 
Anastasi  III,  Penbésa  décrit  un  édifice  de  ce  nom,  et  dit 
qu'il  surpassait  en  splendeur  tous  les  autres  édifices  de  Djom 
(Tbèbes).  Mais  il  me  semble  aujourd'hui  plus  probable  qu'il 
s'agit  du  grand  Ramesséum  de  Thèbes,  qui  venait  alors 
d'être  achevé,  et  que  Penbésa  voyait  probablement  pour  la 
première  fois  dans  son  ensemble,  en  rentrant  à  Thèbes.  Il 
est  en  effet  plus  difficile  d'admettre  qu'il  ait  été  bâti  dans  la 
Basse-Egypte  un  édifice  surpassant  tous  ceux  de  la  capitale. 

Dans  un  second  article,  je  communiquerai  l'analyse  de  la 
collection  épistolaire. 


ir 


La  lettre  dont  M.  Goodwin  communique  aujourd'hui  aux  lecteurs 
de  la  Revue  Tanalyse  raisonnée  est  intéressante  à  plusieurs  titres. 
De  l'ancienne  Egypte,  les  monuments  nous  rappellent  surtout  les 
splendeurs  des  rois,  les  succès  de  leurs  armes  et  les  pompes  sacer- 
dotales. Ici,  le  tableau  des  misères  du  travailleur  nous  montre  que 
le  moderne  fellah  n'a  pas  trop  à  regretter  le  régime  des  temps  pha- 

1.  Publié  dans  la  Retue  archéologique,  2*  série,  1861,  t.  IV,  p.  119- 
137. 


86  SUR   LES   PAPYRUS  HIÉRATIQUES 

raoniques.  En  lisant  ce  tableau,  on  comprend  qu'une  investigation 
superficielle  ait  pu  induire  en  erreur  les  partisans  des  rapproche- 
ments  bibliques.  Ils  ont  cru  y  découvrir  un  souvenir  presque  con- 
temporain des  plaies  dont  l'Egypte  fut  frappée  lors  de  l'Exode 
des  Juifs.  Cette  illusion  a  été  de  courte  durée,  mais  elle  a  eu  du 
retentissement  et  nous  a  donné  la  mesure  du  danger  des  solutions 
prématurées;  la  méthode  sévère  de  M.  Goodwin  indique  la  voie 
qu'il  faut  suivre  pour  arriver  à  des  résultats  vraiment  sérieux. 

F.  Chabas. 

Cbalon-sar-Saôoe,  25  février  1861. 


La  première  lettre  dont  je  me  propose  d'essayer  l'analyse 
est  la  cinquième  dans  la  collection  du  scribe  Pentaour;  elle 
débute  à  la  ligne  11  de  la  cinquième  page  du  Papyrus  Sallierl. 
Comparativement,  elle  n'offre  pas  de  grandes  diflBcultés  au 
traducteur,  et  nous  avons  d'ailleurs  l'avantage  d'en  trouver, 
au  Papyrus  Anastasi  V,  p.  15,  un  duplicata  bien  plus  nette- 
ment écrit,  offrant  environ  une  cinquantaine  de  variantes 
orthographiques  plus  ou  moins  importantes. 

Nous  y  lisons  d'abord  la  mention  des  noms  des  scribes 
entre  lesquels  s'échange  la  correspondance  : 

PI.  V,  lig.  11.      Har  aau-skhai^  Ameneman,   en  haUpati 

Le  chef  des  gardiens  des  écritures  Ameneman,   da     trésor 

en  aa'pati-^nkh-ufa'Sneb,  t^t  en  akhai  Pentaur, 
du  Roi»,  dit   au  scribe  Pentaour. 

1.  M.  Goodwin  transcrit  par  kh  raspiration  forte  que  les  égyptologues 
français  représentent  par  h'  ou  ch.  {Note  du  traducteur.) 

2.  Le  roi  est  ici  indiqué  par  le  long  titre  :  la  double  grande  maison^ 
la  rie  saine  et  forte.  M.  Goodwin  supprime  cette  bizarre  phraséologie, 
comme  je  Tai  fait  dans  mon  Mémoire  sur  l'inscription  d'Ihsamhoul^ 
Reçue  archéologique,  1859,  p.  578  (Note  du  traducteur). 


SUR  LES   PAPYRUS   HIÉRATIQUES  87 

Je  laisserai  de  côté  tout  ce  qui  peut  être  considéré  comme 
évident  ou  suffisamment  connu  des  égyptologues,  et  limiterai 
mes  commentaires  aux  seuls  points  de  difficulté.  Dans  la 
phrase  qui  précède,  un  seul  mot  semble  exiger  quelques  expli- 
cations; c'est  le  composé  sau-skhai,  en  hiéroglyphes  51^  1^ 
L__nPy  y  *  ^  signe  initial  marqué  C.  14  au  catalogue 
des  types  de  Tlmprimerie  impériale  a  pour  variante  sur  les 
monuments  la  figure  &^  [B.  81].  Il  faut  se  garder  de  con- 
fondre ces  deux  signes  avec  %fj  [C.  15]  et  *^  [B.  82].  Ces 
derniers  ont  en  effet  un  son  et  un  emploi  différents. 

Pour  1^  et  jLW ,  j'adopte  le  son  s  ou  sa,  d'après  le  groupe 
i^  4W  '  où  se  rencontre  cet  élément  phonétique.  Cette  va- 
riante, d'après  les  observations  de  M.  Edwin  Smith,  est 
fréquente  dans  les  Rituels.  Dans  une  variante  des  basses 
époques,  l's  initial  du  nom  de  la  ville  de  Sni  (Esnë)  est  ex- 
primé par  le  même  hiéroglyphe*. 

"uj  est  presque  toujours  précédé  des  lettres  n        ,  ari, 

qui  en  représentent  sans  doute  la  valeur  phonétique.  Il  y  a 
lieu  de  remarquer  toutefois  que  dans  l'hiératique  ces  diffé- 
rents signes  sont  absolument  de  la  même  forme  et  ne  peuvent 
être  distingués  que  par  leurs  compléments  phonétiques. 

Confondu  avec  ari,  le  mot  sau  a  été  traduit  garder,  con- 
server^ et  rapproché  du  copte  «.pc^,  custos.  Ce  sens  convient 
réellement  dans  certaines  phrases,  et  en  particulier  dans 
celle  qui  m'occupe;  mais  il  est  inapplicable  dans  beaucoup 
d'autres.  Ainsi,  par  exemple,  dans  le  portrait  du  militaire 
courbé  sous  sa  charge  :  ne  tesu  en  ati-f  sau,  les  jointures 
de  son  échine  sont  sau",  le  sens  probable  est  brisé,  rompu, 

1.  Sharpe,  Egyptian  Inscriptions^  Séries  I,  pi.  79,  8,  et  pi.  80,  6. 

2.  LepaioB,  Konigsbuch^  Taf.  IV,  26. 

3.  Pap.  AnasiasilV,  pi.  IX,  1.  10. —  Le  duplicata  qui  se  trouve  dans 
le  Papyrus  Anasiasi  III^  pi.  V,  1.  11,  substitue  au  mot  sau  le  groupe 

T  ^!^^    y  ^  ç^       ,  KHABU,  qui  signifie  courber. 


88  SUR  LES  l>APYRUS  HIÉRATIQUES 

et  ce  même  sens  convient  encore  bien  à  la  phrase  :  sau-k 
ATI  PEN  KHETA^  tu  romps  le  dos  de  ce  Kheta.  Au  Rituel 
revient  &  plusieurs  reprises  l'expression  :  sau  sbau*,  que  je 
traduirais  briser,  écraser  les  rebelles. 

L'acception  éoiter  ou  défendre  semble  admissible  dans  des 
phrases  telles  que  celles-ci  :  sau-tu  er  par  en  banra  bm 
KARH  BM  HRU  PEN,  {/  cst  défendu  (ou  il  faut  éoiter)  de  sortir 
la  nuit,  ce  jour-là*,  et  sau-tu  ur-ur,  cela  doit  être  évité 
rigoureusement,  ou  bien  cela  est  très  défendue 

L'un  des  meilleurs  exemples  de  l'acception  garder,  ob- 
server, se  trouve  dans  le  traité  de  Ramsès  II  avec  les  Khétas, 
où  on  lit  la  disposition  suivante  :  «  Ce  sont  les  paroles  de  la 
tablette  d'or  du  pays  de  Khéta  et  de  l'Egypte;  celui  qui  ne 
les  observera  pas ...  et  celui  qui  les  observera . . .  •  »  C'est  le 
mot  SAU  qui  exprime  ici  l'idée  observer.  On  rencontre  dans 
un  autre  texte  la  mention  d'une  jolie  jeune  fille  gardant 
[sau]  les  vignes*. 

D'autres  textes  semblent  faire  penser  que  le  mot  étudié 
possède  encore  des  significations  différentes^;  mais  dans 
celui  qui  nous  occupe  nous  devons  nous  en  tenir  au  sens 

1.  Papyrus  Sallier  III,  pi.  VIII,  4,  et  pi.  IX,  9. 

2.  Todtenhuch^  oh.  xvii,  45;  ch.  xviii,  8,  etc. 

3.  Papyrus  Saliver  IV,  pi.  XI,  6. 

4.  Todtenbuch,  oh.  cxuv,  32. 

5.  Denkmdler,  III,  146,  30. 

6.  Papyrus  Anasta^i  /,  pi.  XXV,  4. 

7.  Cette  maltiplicité  d'acceptions  pour  un  môme  mot  n*e8t  nullement 
particulière  à  la  langue  égyptienne;  il  en  est  de  même  pour  beaucoup  de 
mots  dans  toutes  les  langues  anciennes  et  modernes.  Le  mot  sau,  discuté 
par  M.  Groodwin,  se  rencontre  sous  un  assez  grand  nombre  de  formes 
orthographiques  et  avec  différents  déterminatifs,  notamment  le  signe 
du  pasteur  ou  berger  (qui  lui  sert  souvent  d'initiale),  le  papyrus  roulé, 
le  bras  armé,  le  couteau,  Thomme  invoquant.  Le  caprice  des  scribes  a 
confondu  ces  formes  diverses,  qui  correspondaient  dans  Torigine  Â  des 
acceptions  spéciales.  Il  faut  remarquer  toutefois  que  le  sens  éoiter,  se 
garder  de,  défendre,  empêcher,  est  connexe  de  Tidée  garder,  conseroer, 
réserver  {Note  du  traducteur). 


SUR  LES  PAPYRUS  HIÉRATIQUES  89 

gardien.  Ameneman  était  probablement  le  conservateur  des 
écritures  relatives  aux  richesses  introduites  dans  le  trésor 
royal,  le  custos  rotulorum,  comme  nous  disons  aujour- 
d'hui. Je  passe  à  la  phrase  suivante  : 

PI. VI,  lig.  1.  Ar-enti  ar  entu  nek  akhaui  pen      en  fat,  Hna  pxt. 

Il  est  apporté  à  toi    cette  lettre  de  discours.  Ck)mmanication. 

Tel  est  le  préambule  de  toutes  les  lettres  d'Âmeneman 
dans  la  collection  de  Pentaour  ;  il  en  est  de  même  pour  celles 
d'Âmenemap  dans  le  recueil  de  Panbesa.  Le  dernier  mot 
HNA-TAT,  composé  de  hna,  cum,  et  do  tat,  loqui,  litt.  col- 
loquiurrij  n'est  pas  lié  à  ce  qui  précède,  puisque  dans  plu- 
sieurs cas  on  trouve  cette  expression  hna  tût  employée  seule 
au  commencement  des  lettres.  Je  citerai  notamment  pour 
exemple  le  duplicata  de  la  lettre  même  que  j'analyse. 

A  l'exemple  de  mes  devanciers,  j'avais  d'abord  pensé  que 
AR  ENTi  était  une  formule  d'entrée  en  matière  comme  vu  que^ 
considérant  que,  mais  la  comparaison  d'un  grand  nombre  de 
textes  m'a  fait  reconnaître  que  presque  partout  ces  deux 
mots  sont  pris  en  sens  affirmatif  et  signifient  littéralement 
est  quod.  Dans  notre  Papyrus,  l'expression  entière  est  ar 
ENTI  AR  ENTU,  cst  quod  cst  allatum;  mais,  au  Papyrus 
Anastasi  III,  le  second  ar  est  constamment  omis  :  ar  enti 
ENTU,  est  quod  allatum. 

La  substance  de  la  missive  ne  commence  qu'après  le  mot 
communication.  Tout  ce  qui  précède  constitue  le  préambule 
commun  à  toutes  les  lettres  du  même  genre. 

PI.  VI,  lig.  1.    Ar    enti    fat-tu      na        en         khaa-k  skhaui 

n      est       dit      â  moi    que  tu  abandonnes  les  lettres, 

shamortU'k    em  abu  ta-k  har-k  baku 

tu  t'éloignes   de    Tôloquence,    ta  donnes   la  face   (aux)  travaux 

«m.         San  khaa-k  ha-k  neter  fat. 

de  la  campagne^  tu  laisses  derrière  toi  les  divines  paroles. 


90  SUR  LES   PAPYRUS   HIÉRATIQUES 

La  signification  de  T^K^        ,  khaa,  abandonner,  est  bien 

établie;  il  me  semble  toutefois  que  le  sens  radical  de  ce  mot 
est  quelque  chose  de  plus  général  et  de  plus  vague,  comme 
par  exemple  mouvoir  ou  détourner  :  de  là,  se  détourner 
d'une  chose,  Cabandonner. 

Au  Papyrus  d'Orbiney,  l'acception  jeter  semble  résulter 
de  phrases  telles  que  jeter  aux  chiens,  jeter  à  la  rivière, 
jeter  sur  le  sol,  et  enfin  dans  le  plan  des  mines  d'or  nous 
trouvons  la  phrase  :  «  Chemin  qui  mène  (khaa)  »  ou  «  tourne 
vers  la  mer*  ».  Au  surplus,  le  copte  x.*^  ou  x***»  ponere, 
mittere,  relinquere,  parait  être  le  dérivé  de  khaa,  et  peut 
rendre  compte  de  la  plupart  des  acceptions  du  mot  antique\ 

A  la  phrase  suivante,  le  mot  khaa  revient  avec  le  com- 
plément "^^fe.  , ''^^^^'  HA-K,  ton  occiput,  et  l'on  pourrait 
lire  :  tu  tournes  ton  occiput  (tu  tournes  le  dos)  aux  divines 
paroles. 

Le  mot  îtTiî  ^^  -^s^  Qa  ,  shama,  se  rencontre  seulement 

dans  des  formules  semblables  à  celle  du  Papyrus  Sallier  P. 
Je  l'ai  comparé  au  copte  ^gcjuuuLo,  aUenus,  faute  d'autre 
moyen  d'investigation;  ce  mot  a  pour  complément  indirect 

^J  V^^'  ABU,  groupe  déterminé  par  l'hiéroglyphe  de 
l'homme  s'étirant  les  membres  *  et  par  celui  de  la  parole.  Il 
s'agit  évidemment  de  quelque  acte  habituel  des  scribes; 
d'après  l'énergie  des  déterminatifs,  je  suis  tenté  d'y  voir  la 
prédication,  la  récitation,  la  pratique  de  l'éloquence.  Dans 
notre  passage,  le  scribe  est  accusé  d'en  détacher  son  esprit; 

1.  Lepsius,  Auswahl,  Taf.  XXII. 

2.  11  n*y  a  qae  des  nuances  entre  les  diverses  acceptions  du  mot  khaa, 
dont  le  véritable  sens  fondamental  est  laisser,  abandonner,  rejeter;  on 
dit  très  bien  :  laisser  aux  chiens,  abandonner  à  l'eau,  laisser  par  terre, 
et  d'un  chemin  qu'il  quitte,  qu'il  cesse  au  point  où  il  mène  (Note  du, 
traducteur), 

3.  Anasta^i  F,  pi.  VI,  1,  XV,  6;  Anasta^i  /V,  pi.  XI,  8. 

4.  A  sprawling  human  figure. 


SUR   LES   PAPYRUS  HIÉRATIQUES  91 

ailleurs  un  autre  scribe  est  engagé  à  y  donner  son  attention  \ 
Le  copte  nous  fournit  «^otù>,  narraiio,  et  avec  le  t  causatif 
T-«k.oTu>,  recitare^. 

Pour  la  valeur  phonétique  de  []J[)J]   qui  représente  une 

prairie  ou  im  jardin,  les  égyptologues  ne  sont  pas  d'accord. 
Je  l'ai  rencontré  comme  variante  de  "i^^y  sen,  dans  un  titre 
du  dieu  Num,  seigneur  de  Seni'.  La  syllabe  san  ou  sen  est 
probablement  le  son  de  cet  hiéroglyphe. 

11  90*'  NETER-TAT,  daus  l'inscription  de  Rosette, 
désigne  l'écriture  hiéroglyphique;  le  groupe  signifie  à  la 
lettre  paroles  divines,  et  l'on  peut  le  comparer  à  notre 
expression  saintes  Écritures  et  môme  au  terme  général 
théologie;  1  étude  de  la  science  sacrée  constituait  en  effet 
l'attribution  la  plus  élevée  du  scribe. 

Dans  un  autre  Papyrus*,  les  phrases  que  nous  venons  de 
traduire  forment  aussi  le  commencement  d'une  lettre  dont 
la  fin  est  détruite.  Il  en  reste  assez  toutefois  pour  montrer 
qu'il  s'agissait  d'une  autre  exhortation  sur  le  môme  texte. 

PI.  VI,  lig.  2.    Ast      bu    skha         nek       pa     kanau  hanuti 

Vois!    n'as-tu  pas  coDsidéré  la  condition   du  cultivateur  : 

kheji       s-meru  shemu        au  titi  ta  hef-ou    ma    en  na  uti 

avant  de  ramasser  la  moisson,  emporte     le  ver    partie  du       bl6, 

au  amu  pa    iebu  na  ketkhu. 
mangent  les  bétes    le  reste. 


1.  Litt.  :  son  cœur;  Anastasi  F,  pi.  VI,  2. 

2.  Dans  son  premier  travail,  M.  Goodwin  avait  renda  ce  passage  :  tu 
f  adonnes  aux  plaisirs.  Ce  sens  pourrait  convenir  au  groupe  abu,  dont 
les  déterminatifs  sont  celai  de  la  danse  on  des  exercices  du  corps  et  celui 


des  passions  et  de  la  parole.  tK  1 


,  AB,  vouloir,  désirer,  aimer,  est, 

du  reste,  très  connu.  Shama  e8t1k)at  à  fait  incertain  (Noie  du  traduc- 
teur). 

3.  Lepsius,  Kônigsbuch,  IV,  26. 

4-  Anastasi  V,  pi.  VI,  1. 


92  SUR  LES  PAPYRUS  HIÉRATIQUES 

jlT'fes.  fflj,  SKHA,  peindre,  dessiner,  décrire,  figurer.  La 

phrase  est  interrogative  :  N" as-tu  pas  dépeint  à  toi-même  f 
ne  fes'tu  pas  figuré? 

De  (j  ^  j^  .  KENAU,  je  ne  connais  aucun  autre 
exemple,  mais  le  duplicata  du  Papyrus  Anastasi  V  nous 
offre  ici  le  groupe  très  connu  /^^Js.  û  \ ,  kaa,  qui  signifie 
portrait,  image,  ressemblance. 

Pour  '^^.v  A^^— fl  ^  1  HANUTi,  le  sens  culture,  culti- 
vateur, résulte  évidemment  du  contexte,  et  la  branche  de 
fleurs  employée  comme  signe  initial  avec  la  valeur  han^  est 
peut-être  une  allusion  aux  produits  de  la  culture.  On  trouve 

T^    ,  HAN,  avec  la  valeur  champ  ou  domaine*.  L'oiseau  noir 

à  crête  dressée  n'est  pas  phonétique  ;  il  entre  dans  la  com- 
position d'un  grand  nombre  de  groupes  et  notamment  dans 
plusieurs  termes  d'agriculture,  mais  il  est  impossible  d'en 
déterminer  le  rôle. 

Kheft,  avant,  devant,  est  suivi  de  deux  déterminatifs  : 
la  corne  d'oryx  et  la  face  humaine,  le  premier  abusivement 
employé  à  cause  du  rapprochement  phonétique  du  mot 
KHEFT,  ennemi;  le  second  est  le  déterminatif  de  l'idée  en 
face,  devant,  avant.  Dans  le  texte  Anastasi,  les  deux  déter- 
minatifs sont  supprimés. 

Je  regarde  comme  douteuse  la  lecture  smeru  pour  le  groupe 

1  j^  ;  cependant  j'incline  à  penser  que  la  corde  en- 
roulée ^=)  est  m  et  que  nous  avons  ici  la  racine  juip,  lier, 
précédée  de  s  causatif,  et  le  sens  littéral ya^re  lier  {les  gerbes), 
c'est-à-dire yaere  la  moisson*. 

1.  Bansen's  Egyptian  Phonetics,  H,  12. 

2.  Anastasi  VI,  pi.  Xll,  4. 

3.  Des  variantes  nombreuseg  montrent  qne  renronlement  a  la  valeur 
syllabique  rbr,  dans  le  mot  ..j^--^  A, ,  entourer,  circuler;  mais  le  signe 
hiératique  que  M.  Goodwin  transcrit  sons  cette  forme  peat  correspondre 
À  un  autre  signe  hiéroglyphique,  par  exemple,  A  ^=>)  qui  a  souvent  n 
pour  complément  (Noie  du  traducteur). 


SUR  LES  PAPYRUS  HIÉRATIQUES  93 

SiLa^^^^Bi».,  HF-ou,  correspond  à  ^oq.  ^oA,  serpent, 

et  à  £«k.q,  *.q,  mouche;  ^«JkoTi,  vipère,  et  g^*.AoTei,  frelon, 
dérivent  aussi  du  même  radical  et  ressemblent  à  des  formes 
plurielles*.  Il  s'agit,  dans  le  passage  étudié,  de  quelque 
espèce  de  ver  ou  d'insecte  nuisible  à  l'agriculture. 

é —  I .  MA,  a  toujours  été  traduit  par  côté,  à  côté  y  et  ce  sens 
est  rendu  évident  par  des  formules  telles  que  au  côté  droit, 
au  côté  gauche^.  Les  exigences  du  contexte  m'ont  porté  à 
y  reconnaître  la  valeur  part,  portion  que  cependant  je  n'ai 
pas  encore  constatée  dans  d'autres  passages'. 

Le  copte  TcAnH  parait  nous  avoir  conservé  l'égyptien 

c=>J^    ,  TEBU,  bétail.  On  trouve  cependant  ce  groupe 

avec  le  déterminatif  de  Thippopotame,  et  il  est  possible  que 
cet  animal  fût  ainsi  nommé  par  éminence,  comme  en  hébreu 
BEHEMOTH,  l'hippopotamc,  de  behemah,  pecus. 

Il  n'est  pas  impossible  toutefois  qu'il  ne  s'agisse  ici  de 
l'hippopotame  lui-même.  On  sait  que  cet  amphibie  causait 
de  grands  ravages  dans  les  cultures  sur  les  bords  du  Nil. 
Bien  qu  on  n'en  rencontre  plus  que  bien  dans  le  Sud,  il  est 
certain  qu'on  en  a  vu  pénétrer  jusqu'à  la  Basse-Egypte*. 

Dans         mci±=i,  ketkhu,  la  première  syllabe  est  le  copte 

Rc,  alius,  et  le  mot  correspond  à  rcx^o'v^i^i»  ^^^^*  Le  sens 
autres,  le  reste,  est  certain.  Au  Papyrus  Lee*,  ce  mot  est 

antithétique  à  ta  ua,   l'un,  et  à  ^  ^^i,   nehau, 

ro  .cDc^  ■  *^  ■  I 
quelques^  un  peu.  Dans  le  Conte  des  Deux  Frères,  il  est 


1.  Zo^ga,  Catalogue^  note  52. 

2.  Todtenbuch,  cxlv,  3;  CLin,  9. 

3.  L'idée  part  est  à  la  fois  connexe  aux  idées  partie  et  côté.  Cette 
naanoe  devait  exister  également  en  égyptien.  Ma  sert  aussi  de  particule 
aéparative,  de,  ex,  from,  et  I*on  pourrait  dire  :  le  ver  prend  sur  le  blé 
(Note  du  traducteur). 

4.  Abdallatif,  Histoire  d' Egypte f  chap.  n. 

5.  Sbarpe,  Egyptian  Inscriptions,  2i^  Séries,  pi.  87,  5. 


94  SUR   LES   PAPYRUS  HIÉRATIQUES 

dit  que  l'épouse  coupable  a  raconté  à  son  mari  les  faits  em 
KETKHU.  autrement,  d'une  manière  différente. 

PI.  VI,  lig.  3.    Au   na  pennu     ashu        em    ta    san    au  pa    Bonhemu 

Les  rats        nombreux  dans  le  champ,    la       santereue 

hai      au  na         aaui  amu      na       tutu       afai, 

descend,    les    bêtes  à  cornes  mangent,  les  moineaux  volent. 

Le  mot  VT^  Vi'  ^^^"^^"'  sauterelles,  n'avait 
pas  encore  été  s^nalé.  On  le  trouve  dans  le  grand  ouvrage 
de  Champollion,  avec  le  déterminatif  de  l'insecte^lui-même  ; 
littéralement,  ce  nom  signifie  lejils  du  pillage*.  On  le  re- 
trouve un  peu  mutilé  en  copte.  Dans  l'un  des  sennons  de 
Shenoute,  l'écrivain  parle  d'un  petit  animal  nommé  c*jutc^ 
qu'il  décrit  comme  une  chose  ailée  gui  saute,  et  Zoega  nous 
apprend  que  le  scribe  a  dessiné  en  marge  quelque  chose  de 
semblable  à  une  sauterelle.  C'est  évidemment  l'égyptien 
SANEHAM,  privé  de  son  m  final.  Il  est  singulier  que  les  lexi- 
cographes aient  omis  d'en  donner  la  signification*. 

Au  Rituel  et  dans  le  livre  nommé  shaî  en  sin-sin,  est 
mentionnée  la  ville  de  Sanhemu,  dont  le  nom  est  dans  cer- 
taines variantes  déterminé  par  trois  sauterelles*.  Peut-être 
l'hébreu  wbù,  sâlham,  qui  nomme  une  espèce  de  sauterelle, 
a-t-il  été  emprunté  à  l'égyptien;  h  et  a  s'échangent  quelque- 
fois*. 

f\  ^  J  ^,  AAUI,  bêtes  à  cornes,  gros  bétail.  Il  en  est  ques- 
tion dans  Tune  des  lettres  de  notre  Papyrus  :  «  Les  bêtes  à 
cornes  (aaui)  de  mon  seigneur  qui  sont  aux  champs  sont 

1.  ChampoUion,  Monuments  de  VÉgypte,  pi.  XIII. 

2.  Bunsen  ne  donne  que  la  dernière  syllabe  hm,  Ideogr.,  n*  355. 

3.  Peyron,  qui  se  réfère  au  passage  cité  par  Zoega,  donne  olearius 
comme  valeur  de  c«^iine^. 

4.  Ce  renseignement  est  dû  à  M.  Edwin  Smith,  qui  a  recueilli  an 
grand  nombre  de  variantes  du  Rituel. 

5.  Gesenius,  Lex.,  à  h. 


SUR  LES  PAPYRUS   HIÉRATIQUES  95 

en  bon  état,  ses  taureaux  qui  sont  aux  étables  sont  en  bon 
étai\  »  Ici,  AAUi  forme  parallélisme  avec  ka,  taureau.  Le 
sens  bétail  est  également  démontré  par  le  Papyrus  d'Orbiney . 

^^  '  '  TUTU,  est  le  copte  «*.«,  passer.  Le  texte 
Anastasi  a  la  forme  V^i^"  ^^^'  ^^^*°^  Q^  fournit 

une  nouvelle  preuve  de  la  valeur  t  pour  le  petit  oiseau 
voletant. 

PI.  VI,  lig.  4.  Ukanu  er  pa  hanuti  ta  sepi  enti  pa  nekht-ta    tan 

Néglige  le  cultivateur  le  reste  qui  (est  dans)  le  champ,  foulent 

8U  na    aiaui     pa  aakasu  en  men  aku    pa   hetar     mer  ha  ha 
lai  les  Toleurs;  la  pioche  de  fer  s'use,  le  cheval  meurt  à  tirer 

skau. 
la  charrue. 

Aux  différents  passages*  où  je  rencontre  le  mot  ^S^. 

,^^ ,  ukanu^  le  sens  paresse,  négligence,  paraît  convenir. 

Les  scribes  sont  invités  à  s'en  abstenir;  ce  serait  la  racine  du 
copte  (<eiuie,  piger,  remissus.  Ce  sens,  dans  tous  les  cas, 
convient  parfaitement  à  notre  texte. 

ijv  ,  NAKHT-TA,  a  pour  Variante         7w\     •  D'a- 

prte  Tanalyse  des  passages  où  il  se  trouve',  et  qu'il  serait 
trop  long  de  discuter  ici,  je  conclus  que  ce  mot  désigne  une 
terre  sur  laquelle  le  blé  a  été  moissonné.  Comparez  cger, 
secarCj  et  ogm-c,  ager. 
Vient  ensuite  '  '  '  qu'on  trouve  sous  la  forme  pleine 

^y>  ûû  ^— /)  ^  *.  La  lecture  tan  est  tout  à  fait  hypothé- 
tique^ le  signe  i— hh  étant  de  rare  occurrence*.  Si  cette  lec- 

1.  Sallier  I,  pi.  IV,  7. 

2.  Sallier  /,  pi.  V,  6;  Anastasi  V,  pi.  XXIII,  5. 

3.  Sallier  I,  pi.  IV,  12;  ibid.,  pi.  XVII  et  XIX,  revers. 

4.  Scbllier  II,  pi.  VII,  2;  ibid.,  pi.  V,  1;  Anastasi  VI,  pi.  II,  11.  Ces 
différents  passages  jettent  peu  de  jour  sur  le  sens  du  mot. 

5.  Bansen,  Ideogr.,  n*614,  donne  la  valear  tata-nn. 


/T^AAAft 


96  SUR  LES  PAPYRUS  HIÉRATIQUES 

ture  était  bonne,  le  copte  tciiho,  conterere,  fournirait  un  sens 
satisfaisant  pour  notre  phrase.  Je  l'adopterai  provisoirement. 

®  wkr  y  ^'  AAKAsu,  qui  est  ici  déterminé  par  le 
signe  de9  animaux  ou  des  substances  animales,  se  rencontre 
ailleurs^  avec  le  paquet  noué,  déterminatif  des  noms  d'étoSes. 
Cependant  la  suite  du  texte  indique  que  cet  objet  est  d'une 
espèce  de  métal,  le  bronze  ou  le  fer.  Le  texte  Anastasi  y 
substitue  le  mot  pa  akau,  déterminé  par  l'hiéroglyphe  de  ce 
même  métal,  une  lame  dressée.  Le  copte  «.rcc,  ascia,  cuspis 
Jerrea,  signifiant  aussi  cinctura,  femincdia,  nous  offre  une 
excellente  explication  du  mot  égyptien  qui  possédait  sans 
doute  les  mêmes  emplois.  C'est  du  moins  ce  qui  semble  ré- 
sulter de  l'usage  des  divers  déterminatifs  que  nous  venons 
de  citer  et  que  les  scribes  de  nos  Papyrus  ont  confondus. 
Laissant  de  côté  l'acception  qui  fait  de  ce  mot  une  annexe  de 
l'habillement,  nous  ne  pouvons  nous  empêcher  de  recon- 
naître, dans  I'akasu  de  métal,  cet  instrument  utile  qui  porte 
le  même  nom  dans  presque  toutes  les  langues  :  gr.  à^ivi], 
lat.  ascia,  allem.  axt,  fr.  hache,  angl.  axe. 

Quant  au  nom  du  métal  lui-même,  je  l'ai  trouvé  en  rem- 
placement du  mot  MBN  ou  MBNKH*.  Il  so  prouonçait  proba- 
blement ainsi,  et  nous  en  retrouvons  peut-être  la  trace  dans 
le  copte  Àen-ine,  ferrum. 

iS^^^^*^^»  AKU,  se  rencontre  assez  souvent  dans  les 
textes  avec  la  valeur  s'user,  s'affaiblir,  péricliter,  périr; 
il  est  conservé  dans  le  copte  t-«^ro,  corrumpere,  interficere, 
perire.  Dans  notre  phrase,  le  sens  s'user,  se  détruire,  con- 
vient bien. 

x^^^  ^1  Hu,  possède  des  acceptions  variées.  Radica- 
lement, il  exprime  une  action  d^impulsion  comme  les  mots 
coptes  ^i,  ^lOT  et  £ioTi,  dans  lesquels  on  trouve  les  sens 


1.  Sallier  II,  pi.  VI,  2;  pi.  V,  8. 

2.  Sallier  I,  pL  IV,  6. 


SUR  LES   PAPYRUS   HIÉRATIQUES  97 

jacere,  imponere,  strepere,  percuterCj  expandere,  cœdere, 
acuereet  beaucoup  d'autres.  Dans  Tégyptien  hu,  je  découvre, 
entre  autres  valeurs,  celles  de  conduire  le  bétail,  moissonner, 
baUre  le  blé,  croître  (comme  le  Nil),  etc.  Ici,  ce  mot  précède 
le  groupe  bien  connu  qui  désigne  la  charrue,  et  il  est  presque 
impossible  de  le  rendre  autrement  que  par  tirer,  traîner. 

?\,\l^h%.b,  Pa  skhai  menau     (ha)  meri         au-/ smeru      shemu 

Le  scribe  du  port  (est)  au  débarcardère,   il   recueille  le  tribut; 

au  na  ari-sba         ker  shabut     na  nahai  ker 

les     officiers  (sont)  avec  des  bâtons,  les  nègres  avec  des  branches 

bani  au-sen      amma-iu        uti        men  oun      hu-aen 

de  palmier,  ils  (crient)  soit  donné  du  grain,  non  est  repousser  eux 

em  purshu. 
an  dehors. 

^fL5  wfl.  MENAU,  est  le  copte  AjioitH,  portas.  Les 

déterminatifs  conviennent  bien  au  sens  de  naore  pour  rece- 
voir des  vaisseaux  ;  du  reste,  ce  mot  n'est  pas  rare  dans  les 
textes. 


,  MERI,  désigne  aussi  un  endroit  rapproché  de 

l'eau.  Dans  le  Conte  des  Deux  Frères,  il  est  dit  que  le  chef 
des  laveurs  va  au  meri  et  que  c'est  là  qu'il  trouve  la  boucle 
parfumée  apportée  par  les  eaux  du  fleuve.  Je  rapproche  ce 
mot  du  copte  Aipu>,  navale,  portus.  La  préposition  ha,  qui 
manque  avant  meri,  est  exprimée  dans  le  texte  Anastasi. 

(Testa  M.  Brugsch  qu'est  due  l'identification  de  %(^  avec 
g<iMut\  Ce  mot  signifie  à  la  fois  moisson  et  tribut.  Je  n'hésite 
pas  à  traduire  ici  smeru  shmu,  recueillir  le  tribut,  bien  que 
dans  les  phrases  précédentes  j'aie  rendu  la  môme  expression 
par  :  recueillir  la  moisson.  On  sait  qu'un  impôt  en  nature 
était  établi  sur  l'agriculture;  la  fonction  du  scribe  du  port 

1.  Brogsch,  Nouoelles  Recherches,  etc.,  Berlin,  1856. 

BlBL.  ÂGYPT.,   T.  X.  7 


^T^mil 


98  SUR   LES   PAPYRUS  HIÉRATIQUES 

consistait  sans  doute  à  percevoir  cet  impôt,  au  temps  de  la 
moisson,  sur  les  cultivateurs  riverains  du  Nil.  A  la  rigueur» 
pour  satisfaire  aux  objections  des  philologues  difficiles\  on 
pourrait  lire  sans  forcer  le  sens  de  l'égyptien  :  Le  scribe  du 
port  est  au  lieu  de  débarquement^  et  lui  {le  fermier)  il  est  à 
recueillir  la  moisson.  L'intention  serait  la  même;  il  s'agirait 
toujours  de  rappeler  le  lourd  impôt  qui  va  être  exigé  du 
malheureux  cultivateur. 

Armés  de  shabut,  copte  v^kim^JustiSj  bâton,  les  (]        ^ 

nnr  kq.  I   W    1—1 

,.     .  ^  ,  ARi-SBA,  sont  sans  doute  des  agents  chargés  d  as- 

L— /Il   II  o  o 

sister  le  collecteur  des  impôts  dans  son  office  et  d'administrer 
la  bastonnade  aux  récalcitrants.  Je  ne  veux  pas  discuter  à 
fond  le  groupe  ari,  dont  la  signification  radicale  est  voisin, 
compagnon,  copte  «^pnoT,  vicinus,  epKv,  socius  (dans  ncn- 
epHT).  Dans  certains  cas,  c'est  une  simple  préposition  avec, 
sur,  gr.  âic(,  itp<5ç. 

Ari-sba  est  composé  d'ARi  et  du  signe  inamr  qui  représente 
une  porte  et  se  lit  probablement  sbaV  Nous  pourrions  tra- 
duire portier,  gardien  de  porte,  mais  le  passage  qui  nous 
occupe  montre  que  la  fonction  de  I'ari-sba  ne  consistait  pas 
uniquement  à  veiller  à  la  porte  de  quelque  édifice. 

Que  peuvent  être  les  nègres  portant  des  branches  de  pal- 
mier ou  des  dattes?  (Copte  A*j,  rami  palmarum,  Àeiute^ 
dactylus).  Probablement,  des  nègres  errants  cherchant  du 
travail  au  temps  de  la  moisson  et  commettant  sur  leur  passage 
des  déprédations  au  préjudice  des  cultivateurs.  Les  Papyrus 

1.  Sur  une  scène  de  moisson  dans  laquelle  deux  sortes  d'ouvriers  tra- 
vaillent séparément,  on  lit  la  double  légende  :  Moisson  par  les  ouvriers 
du  domaine,  moisson  par  les  esclaves  royaux.  Le  pharaon  faisait  ainsi 
percevoir  Tirnpôt  en  nature  au  moment  de  la  coupe  du  blé.  Couper  le  blè, 
selon  l'expression  du  texte  que  je  cite  {Denkm'àler^  II,  107),  ou  recueillir 
la  moisson,  selon  celle  du  Papyrus,  c'était  pour  le  Use  percevoir  Vimpôt, 
La  traduction  de  M.  Goodwin  est  excellente.  (Note  du  traducteur.) 

2.  Papr/rus  hiùrattgue  Let/de  I,  348,  revers,  pi.  II,  dernière  ligne,  on 
trouve  la  forme  -nnnup  j^^T^ ,  qui  montre  que  la  lettre  initiale  est  5. 


SUR  LES  PAPYRUS  HIÉRATIQUES  99 

mentionnent  le  travail  du  nègre;  il  n'est  pas  douteux  que  des 
tribus  nègres  descendissent  la  vallée  du  Nil  pour  y  gagner 
quelques  salaires. 

Le  dernier  membre  de  phrase  est  obscur.  Rien  n'est  plus 
fréquent  que  l'expression  amma,  amma-tu,  dans  le  sens  im- 
pératif :  donnes,  faites  que^  utinam,  mais  dans  notre  texte 
la  tournure  impérative  ne  serait  possible  que  si  l'on  admettait 
l'oubli  du  verbe  tat,  dire;  dans  cette  hypothèse,  le  sens 
serait  manifeste  :  ils  disent  :  donnez  du  blé.  Il  y  a  lieu  de 
remarquer  toutefois  que  le  duplicata  Anastasi  n'exprime  pas 
non  plus  le  verbe  tat  ^ . 

De  ^v  ■  rD  ?  fl'  ^^  PURSHU,  je  ne  connais  que  cet 
exemple.  En  copte,  ncopog  signifie  extendere,  expandere.  On 
peut,  dès  lors,  comparer  em  purshu  à  jul-AoA,  extra,  foras, 
littéralement  :  in  solvendo.  L'ancien  égyptien  est  bien  plus 
riche  que  le  copte  en  formes  adverbiales  de  ce  genre. 

PI.VI,  lig.  6.  A tt-/ «a nAtt  khaa    er  ta  ahat     hu-sen  em  fabukatakai 

Il  est  lié,    eavoyé  au  canal,  ils  poussent  (lui)  avec  violence, 

au  tai-fhem-t  sanhu-iu  em-ta-qf  nai-f  khartu    makhau. 
sa  femme      est  liée  devant  lui,   ses    enfants  dépouillés. 

5  ^  ^      ,  SANHu,  est  le  copte  cwii^,  ligare,  coercere. 

Cette  identification  n'a  pas  besoin  de  nouvelles  preuves. 
Je  conjecture  que  le  cultivateur  est  forcé  de  travailler  à  la 

réparation  d'un  canal  ou  d'un  puits  *^^  ^ÏÏÏÏÏJ  nu ,  shet 


A^^/VVA 


1.  Il  me  parait  certain  que  la  phrase  est  elliptique;  la  suppression  du 
verbe  tat,  dire,  est  d'occurrence  assez  tvéqxx&ïï^A  {Inscription  d'Ibsamhotdy 
Reçue  arch,,  1859,  p.  722,  p.  45-46  de  notre  tome  I").  L'exemple  le  plus 
caractéristique  se  trouve  dans  V Inscription  de  Kouban  (Prisse,  Mon,, 
pi.  XXI,  lig.  3  et  4),  où  cette  suppression  est  réitérée  trois  fois  :  a  Les 
dieux  sont  à  {dire),  notre  germe  est  en  lui  ;  les  déesses  à  {dire)  :  il  est 
sorti  de  nous  pour  exercer  la  royauté  du  soleil;  Ammon  à  {dire)  :  moi, 
je  l'ai  fait  pour  installer  la  justice  à  sa  place.  »  {Note  du  traducteur,) 


100  SUR  LES   PAPYRUS   HIÉRATIQUES 

(copt.  m«^Tc,  canalis,  cgcore,  puteus).  Dans  un  autre  Papyrus, 

on  menace  le  scribe  de  l'envoyer  au  travail  du       ^  9  ^^^^  j=l  , 

sheth\  Il  s'agit  probablement,  dans  Tun  et  Tautre  cas,  d'un 
travail  de  corvée.  Toutefois  je  dois  avouer  que  le  sens  n'est 
pas  certain  et  que,  d'après  mes  premières  explications  du 
mot  KHAA,  on  pourrait  à  la  rigueur  lire  que  le  cultivateur  est 
jeté  au  SHET.  c'est-à-dire  au  canal.  La  variante  du  Papyrus 

Anastasi  :  ^^^l  y '^'''^rii  >  tahu-tu-f,  semble  in- 
diquer qu'il  est  immergé^  plongéRans  Veau. 

L'un  et  l'autre  texte  ajoutent  que  cette  action  est  faite  em 
tabukatakai,  mot  auquel  le  Papyrus  Anastasi  donne  pour 
déterminatifs  l'homme  renversé  la  tète  en  bas,  les  trois  lignes 
de  Teau  et  le  bras  armé;  il  s'agit  certainement  d'une  action 
violente.  Le  copte  nous  fournit  nnaiaK€,Justigatio,  et  onoROLeR, 
rixa. 

L'épouse  est  liée,  senhu-tu,  et  les  enfants  -^^I^.  ô» 
MAKHAU  ;  ce  groupe  est  encore  un  mot  nouveau  ;  le  détermi- 
natif  des  étoffes  ou  des  vêtements  nous  laisse  le  choix  entre 
l'idée  LIER  et  l'idée  dépouiller,  qui  conviendraient  Tune  et 
l'autre  à  notre  contexte. 

On  voit  que  les  violences  auxquelles  le  cultivateur  est 
exposé  soit  à  raison  de  son  impuissance  à  acquitter  l'impôt, 
soit  à  la  suite  des  incursions  des  nègres,  s'étendent  à  sa 
femme  et  à  ses  enfants;  l'expression  exacte  de  ces  violences 
nous  échappe  peut-être,  mais  l'incertitude  cessera  dès  qu'on 
aura  rencontré  des  exemples  suffisamment  nombreux  des 
mots  que  nous  lisons  ici  pour  la  première  fois. 

PI.  VI|  lig.  8.  Naî'/aahu-ta     khaa-sen  uar         nennui    naUten  uii. 

Ses    voisins  sont  partis  au  loin  s'occupant  de  leur  blé. 


Dans  1 1  igi  <^  5  ^  HH5        '  sahu-ta,  je  trouve  cctj^. 


1.  Anastdsi  V,  pL  XXII,  1.  5. 


SUR   LES   PAPYRUS   HIÉRATIQUES  101 

conjungere,  et  to,  terra;  de  là,  conterranei^  contermini.  Il 
est  dit  du  teinturier  ou  du  blanchisseur  qu'il  est  voisin 
(sahu-ta)  du  crocodile  \ 

Le  sens  est  que  les  voisins  du  cultivateur  sont  occupés  au 
dehors  à  leur  propre  moisson  et  ne  peuvent  lui  venir  en  aide. 

Pl.Vl,lig.8.      Apu       em  skhaï  mente/ kherpu       baku      en     ba  neb 

Le  travail  du  scribe      il      excelle  les  travaux  de  toute  espèce, 

\meh\  hesbu-ne/  beku    em  skhaiu  men  un-ta-f  ehai  akh  rekh-k  su. 
U  n'estime  pas  travail  les  lettres,  non  est  à  lui  taxe.     Sache    cela. 

^*£    Sh  I  APU,  est  un  mot  important  et  d'emploi  très  f ré- 

quent.  Au  Papyrus  d'Orbiney,  il  correspond  exactement  au 
copte  2.^11,  ati-^A.n,  in  judicio  contendere.  On  le  trouve  au 
Papyrus  Abbott  avec  la  valeur  excepté,  dont  l'orthographe 

ordinaire  est  plutôt  V^.  ^    ^  *^  b^*T^'-  Avec  le  dé- 

SX     H  X  ^^>       H   X      I 

terminatif  de  la  marche,  il  signifie  messager,  envoyé,  am- 
bassadeur,  copte  peut-it-^co&,  nuncius.  Enfin,  dans  la  phrase 
qui  nous  occupe,  on  peut  l'assimiler  au  copte  ^coâ,  res,  nego- 
tium,  ou  cien,  ie&,  eione,  ars,  opus,  expressions  qui  sont 
radicalement  identiques.  Ce  sens  travail,  occupation,  con- 
vient du  reste  à  une  multitude  de  passages  des  Papyrus 
Sallier  et  Anastasi.  Par  exemple  :  J'ai  exécuté  tous  les  tra- 
vaux (apu)  qui  m'avaient  été  imposés^;  j'ai  accompli  mon 
travail  (taia  em  apu)';  taia  apu  hu  ma  hapi,  mon  travail 
s'accroît  comme  le  Nil*.  D'après  ces  deux  derniers  passages, 
on  voit  que  apu,  sous  cette  acception,  est  du  genre  féminin  ^ 

1.  SalUer  II,  pUYlll,  1.3. 

2.  Lepsios,  Ausicahl,  IX,  stèle,  1.  13. 

3.  Tbid,,  XVI,  1.  8. 

4.  Anastasi  VI ^  pi.  I,  1.  8. 

5.  Anastasi  IV,  pi.  IV,  1.  8. 

6.  Anastasi  IV,  pi.  IV,  1. 10. 

7.  V.  E.  de  Rougé,  Étude  sur  une  Stèle  égyptienne  de  la  Bibliothèque 
Impériale,  p.  47.  L'éminent  égyptologue  a  laissé  la  question  indécise. 


102  SUR  LES  PAPYRUS  HIÉRATIQUES 

I^H  ^  Ji ,  KHERPU,  s'est  conservé  dans  le  copte  gopn, 

primus,  prœvenire.  Ce  sens  convient  bien  au  passage  analysé 
et  s'applique  aussi  très  naturellement  à  une  phrase  de  la  stèle 
de  la  princesse  de  Bakhten  :  Les  chefs  apportèrent  toutes 

sortes  de  bois  de  la  terre  divine  sur  leur  dos.  — o    <==> 

UA-NEB  HER  KHERP. . .  EW,  chocun  primant,  surpassant 
Vautre\  Une  expression  analogue  est  encore  en  usage  au- 
jourd'hui. 

Au  lieu  du  mot  hesbu,  le  Papyrus  Anastasi  a  men  hetera. 
M.  Chabas,  qui  m'a  suggéré  plusieurs  observations  utiles  à 
propos  de  ce  passage,  pense  que  les  deux  mots  hesbu  et 
hetera  sont  fondamentalement  identiques.  Suivant  lui,  la 
négation  men  a  été  omise  par  le  scribe  du  texte  Sallier,  à 
moins  que  la  phrase  ne  soit  interrogative.  M.  Chabas  tra- 
duirait en  conséquence  :  //  n'y  a  pas  de  taxe  sur  le  traoail 

des  lettres,  8  II  jc=±i=i  i ,  hesbu,  admet  en  efiEet  le  sens  compte, 

rôle  de  taxes,  et  ?         \\\         ,  heterau,  celui  de  tribut, 

prélèvement,  impôt.  Toutefois  j'ai  remarqué  que  le  travail 
du  scribe  est  distingué  soigneusement  des  travaux  manuels, 
et  il  m'a  semblé  que  la  phrase  analysée  fait  allusion  à  cette 
distinction  dont  les  scribes  devaient  se  montrer  jaloux.  En 
définitive,  je  demeure  un  peu  incertain  du  véritable  sens  du 
passage. 

SHAiu,  est  un  mot  rare.  Je  le  rencontre 


m  M 


I  I  I 


seulement  dans  un  passage  où  il  est  question  de  recevoir 

1.  L'emploi  de  la  préposition  m  au  génitif,  quoiqae  ordinaire  en  copte, 
se  voit  assez  rarement  dans  l'ancien  égyptien.  ^\  signifie  presque  con- 
stamment en,  dans,  à,  vers,  et  de,  ex,  front,  La  phrase  est  embarras- 
sante. Au  Papyrus  Sallicr  II,  pi.  IX,  1,  on  lit  très  clairement  :  //  n*y 
a  pas  de  professions  qui  ne  soient  primées ^  ap  sh'au,  excepté  le  scribe, 
car  lui  il  prime.  Après  le  tableau  des  misères  du  laboureur,  l'expression 
AP  sh'au,  etc.,  signifierait  selon  moi  :  Autre  chose  est  le  scribe,  car, 
lui,  il  prime  toute  autre  profession.  (Note  du  traducteur.) 


SUR   LES   PAPYRUS  HIÉRATIQUES  103 

cinquante  ou  cent  mesures  de  métal  er  sh aï  en  smat  ^ .  Sup- 
posant un  parallélisme  dans  les  deux  dernières  phrase^  de 
notre  Papyrus,  M.  Chabas  admet  le  sens  redevance^  impôt. 
Cette  acception  nous  fournit  une  répétition  de  l'idée  déjà  ex- 
primée :  Il  n'y  a  pas  à  lui  imposer  de  redevances  {au  travail 
du  scribe) y  et,  dans  la  phrase  relative  à  la  livraison  du  métal, 
elle  permettrait  de  traduire  :  pour  la  redevance  des  smatj 
c'est-à-dire  des  serfs  attachés  aux  travaux  du  temple. 

\\    _   ,  AKH,  copte  «.g,  og,  multuSj  quantus.  Lorsque  ce 

mot  commence  la  phrase  et  qu'il  est  suivi  d'un  verbe,  la 
phrase  a  souvent  un  sens  impératif.  Seul,  il  est  interrogatif , 
qui?  quoi?  Des  passages  très  clairs  du  Papyrus  d'Orbiney  le 

démontrent  suffisamment,  fl    _  H  f    *'  ^^"  tera,  si- 

gnifie quid  nuncf  <r> (]  ^  ,  er  akh,  quantus!  adquan- 
<am;(j(|^^|l^^^_^',  ia  akh,  soit  on  pourquoi. 

Rassemblant  les  fragments  que  je  viens  de  discuter  et 
modifiant  légèrement  les  tournures  égyptiennes  pour  les  ap- 
proprier aux  exigences  du  goût  moderne,  je  reproduis  main- 
tenant la  lettre  d'Âmeneman  en  son  entier  : 

«  Le  chef  gardien  des  archives  Ameneman,  du  trésor  du 
»  roi,  dit  au  scribe  Pentaour  :  On  t'apporte  cette  lettre  de 
»  discours  (pour  te  faire)  une  communication. 

»  On  m'a  dit  que  tu  as  abandonné  les  lettres,  que  tu  es 
»  devenu  étranger  à  la  pratique  de  l'élocution,  que  lu  donnes 
»  ton  attention  aux  travaux  des  champs,  que  tu  tournes  le 
»  dos  aux  divines  écritures.  Considère  !  ne  t'es-tu  pas  repré- 
n  sente  la  condition  du  cultivateur.  Avant  qu'il  ne  moissonne, 
»  les  insectes  emportent  une  portion  du  blé,  les  animaux 
»  mangent  ce  qui  reste;  des  multitudes  de  rats  sont  dans  les 
»  champs,  les  sauterelles  tombent,  les  bestiaux  consomment, 

1.  Anastasi  III,  pi,  VI,  dernière  ligne. 

2.  SaUier  III,  pi.  II,  1.  5. 

3.  Anastasi  IV,  pi.  IX,  1.  4;  Salller  I,  pi.  IV,  1.  1. 


104  SUR   LES    PAPYRUS   HIÉRATIQUES 

»  les  moineaux  volent.  Si  le  cultivateur  néglige  ce  qui  reste 
»  dans  les  champs,  les  voleurs  le  ravagent;  son  outil  qui  est 
))  de  fer  s'use  ;  son  cheval  meurt  en  tirant  la  charrue.  Le 
))  scribe  du  port  arrive  à  la  station,  il  perçoit  l'impôt;  il  y 
»  a  des  agents  ayant  des  b&tons,  des  nègres  portant  des 
»  branches  de  palmier;  ils  disent  :  a  Donne-nous  du  blé!  d 
»  et  Ton  ne  peut  les  repousser.  Il  est  lié  et  envoyé  au  canal; 
)>  ils  le  poussent  avec  violence;  sa  femme  est  liée  en  sa  pré- 
»  sence,  ses  enfants  sont  dépouillés.  Quant  à  ses  voisins,  ils 
»  sont  loin  et  s'occupent  de  leur  propre  moisson.  L'occupa- 
»  tion  du  scribe  prime  toute  autre  espèce  de  travail  ;  il  ne 
))  regarde  pas  les  lettres  comme  un  travail  ;  il  n'y  a  pas  de 
»  taxe  sur  lui.  Sache  cela!  » 

Cette  lettre  nous  apprend  qu'au  temps  de  la  XIX*  dy- 
nastie, les  scribes  ne  formaient  pas  une  classe  distincte  dont 
les  offices  se  transmissent  de  père  en  fils.  Des  individus  ap- 
partenant aux  classes  inférieures  avaient  la  faculté  de  choisir 
la  carrière  des  lettres,  et  alors,  comme  aujourd'hui,  une 
instruction  étendue  servait  d'acheminement  aux  emplois  de 
confiance  et  môme  aux  dignités  de  l'État.  Le  titre  de  skhai, 
scribe,  correspond  exactement  à  l'anglais  clerk  et  au  français 
commis.  Il  suppose  la  connaissance  indispensable  de  l'écri- 
ture, mais  il  pouvait  arriver  que  la  fonction  spéciale  de 
certains  scribes  n'exigeât  pas  un  travail  d'écriture.  Les 
scribes  égyptiens  étaient  en  effet  attachés  à  des  offices  très 
variés,  et,  bien  que  l'étude  de  la  langue  sacrée  soit  constam- 
ment mentionnée  comme  l'une  de  leurs  attributions,  nous 
les  voyons  employés  dans  des  postes  civils  et  militaires  qui 
n'ont  rien  de  commun  avec  la  science  théologique.  Le  copte 
a  conservé  le  nom  du  c^^  n  nceà,  scribe  maritime,  probable- 
ment un  pilote  ou  un  capitaine  de  vaisseau. 

Je  considère  comme  une  circonstance  digne  de  remarque 
la  mention  de  l'emploi  du  cheval  aux  travaux  de  l'agricul- 
ture \  Aucune  autre  nation  de  l'antiquité  n'a,  je  crois,  utilisé 

1.  Le  Papyrus  d'Orbiaey  parle  aussi  du  cheval  employé  à  la  charrue. 


SUR  LES  PAPYRUS  HIÉRATIQUES  105 

cet  animal  à  la  charrue.  En  Egypte,  les  chevaux  étaient,  à 
cette  époque,  très  abondants,  et  c'est  de  ce  pays  que  Salomon 
les  importait  en  Judée.  La  Genèse  mentionne  les  chevaux  au 
nombre  des  animaux  que  les  Égyptiens  amenèrent  à  Joseph 
pour  les  échanger  contre  du  grain  * . 

Un  grand  nombre  d'ouvriers  étrangers  venaient  se  mettre 
au  service  des  Égyptiens,  notamment  des  Nahsi  ou  nègres. 
Peut-être  trouvons-nous  un  indice  de  leur  emploi  au  service 
domestique  dans  le  copte  ncg^c-n-m  de  la  version  sahidique 
{Genèse,  ch.  xiv,  v.  14),  correspondant  au  grec  olxoYsveTç, 
littéralement  :  les  nègres  de  la  maison*. 

1.  Genèse,  ch.  xLvn,  v.  17. 

2.  Il  est  permis  de  doater  de  Tauthenticité  de  ce  mot  (voir  Tattam, 
Lex.,  s.  V.  1.).  La  veraion  memphitiqae  a  JULec-i6en-fu,  né  dans  la 
maison. 


NOTE 

SUR 


UN     POIDS    ÉGYPTIEN 

DE   LA  COLLECTION  DE  M.   HARRIS,   d'aLEXANDRIE* 


Les  Égyptiens  de  l'âge  pharaonique  ont  fait  usage  de 
plusieurs  espèces  de  poids  dont  les  monuments  nous  ont 
conservé  Tindication.  Parmi  les  plus  fréquemment  employés 

sont  le et  le  fl 

'  '    '  1  oniD 

Il  n'est  malheureusement  pas  facile  de  déterminer  avec 
certitude  la  prononciation  de  ces  deux  noms.  A  l'égard  du 
premier,  le  signe  initial  se  rapproche  du  syllabique  r==?, 

équivalent  de  y^        ,  utn,  copte  oiporit,  libation,  offrande* ^ 

et  de  ^=,  déterminatif  accidentel  du  mot  Aj,  keb%  copte 

R(i>&,  multiplier,  redoubler;  mais  il  est  probable  que  ni  Tune 
ni  l'autre  de  ces  valeurs  ne  conviennent  pour  le  nom  de 
notre  poids.  Il  n'y  a  de  certain  que  la  finale  f^^^^^y  n,  qui  nous 
oblige  à  préférer  le  son  utn.  En  l'absence  d'équivalents 
phonétiques  bien  constatés,  j'adopterai  provisoirement  cette 
valeur.  On  a  proposé  de  lire  men  ou  mna;  mais  je  repousse 
cette  lecture,  qui  ferait  supposer  une  identification  ou  une 
relation  quelconque  entre  le  poids  égyptien  et  la  mine  hé- 

1.  Extrait  de  la  Retue  archéologique,  2**  série,  1861,  t.  I,  p.  12-17. 

2.  Champollion,  Notices  manuscrites,  [t.  I,]  p.  373. 

3.  Denkmaler,  III,  140,  d,  2. 


108  NOTR  SUR  UN  POIDS  ÉGYPTIEN 

bralque.  Or,  il  résultera  de  Tobjet  de  la  présente  note 
qu'aucun  rapprochement  de  cette  nature  ne  doit  être  tenté. 
Je  rappelle  d'ailleurs  qu'une  mesure  égyptienne  de  capacité 
porte  le  nom  de  men  et  que  le  nom  en  est  écrit  avec  les  signes 


phonétiques  bien  connus  : ,  men,  à  la  place  desquels  on 

n'a  jamais  rencontré 


X    0  I 

Le  nom  du  second  poides  est  représenté  par  le  signe  u . 

suivi  du  ^,  T,  complémentaire.  Ce  signe  se  lit  généralement 
KAT.  Il  est  à  remarquer  cependant  qu'on  peut  faire  à  propos 
de  cette  lecture  les  réserves  qui  résultent  des  innovations 
orthographiques  spéciales  aux  basses  époques;  car  la  seule 
preuve  directe  qu'on  ait  de  la  valeur  kat  se  déduit  du  groupe 

ffH  ^  ,  RAKATi,  p«.Roi-,  RAKOTis,  nom  dc  la  bourgade  égyp- 
tienne au  voisinage  de  laquelle  Alexandre  fonda  la  nouvelle 
capitale  de  l'Egypte.  Toutefois,  si  la  valeur  kat  n'est  pas 
absolument  certaine,  elle  est  du  moins  extrêmement  vrai- 
semblable. 

Ces  points  de  difficulté  étant  exposés,  nous  nommerons 
outen  le  premier  poids  et  kat  le  second. 

Les  grandes  inscriptions  de  Karnak,  sur  lesquelles  M.  de 
Rougé  vient  de  publier  dans  la  Revue  archéologique^  un 
si  remarquable  travail ,  rendent  compte  des  tribus  imposés 
par  Thothmès  III  aux  nations  asservies  par  les  armes  vie- 
torieuses  de  TEgypte.  Dans  l'énumération  des  objets  divers 
qui  composaient  ces  tribus,  les  deux  poids  desquels  nous 
nous  occupons  reviennent  très  fréquemment,  et  nous  les 
voyons  notamment  employés  pour  le  pesage  de  l'or,  de 
l'argent,  du  lapis,  du  plomb,  de  plusieurs  gemmes  et  subs- 
tances minérales,  ainsi  que  d'objets  de  métal  ouvré. 

A  la  simple  inspection  de  ces  mentions,  on  reconnaît 
aisément  : 

Premièrement,  que  le  kat  était  une  subdivision  de  Vouten, 

1.  Naméro  de  novembre  1860. 


NOTE  SUR  UN  POIDS  ÉGYPTIEN  109 

et  en  second  lieu,  qu'il  fallait  plus  de  neuf  kat  pour  faire 
un  outen\ 

De  plus,  en  observant  que  des  poids  supérieurs  à 
3,000  outen  se  trouvent  rapportés,  on  est  fondé  à  penser 
qu'il  n'existait  aucune  unité  supérieure  de  poids,  et  le 
manque  absolu  de  toute  indication  d'une  mesure  inférieure 
au  kat  démontrait  que  ce  poids  était  l'unité  inférieure  de 
la  série. 

Mais  rien  ne  permettait  d'évaluer  la  valeur  de  ces  poids, 
ni  leur  rapport  entre  eux.  Dans  son  savant  mémoire  sur  les 
Annales  de  Thotbmès  III,  M.  S.  Birch  comparait  le  kat  à 
la  drachme  Rire,  et  Vouten,  qu'il  lisait  mna,  à  la  mine  \  Au 
surplus,  cet  éminent  égyptologue  ne  paraît  pas  avoir  attaché 
une  grande  importance  à  ces  rapprochements,  puisque,  dans 
ses  traductions,  il  se  sert  des  mots  égyptiens  eux-mêmes^ 
sans  y  substituer  les  valeurs  qu'il  a  suggérées. 

M.  de  Rougé  a  rendu  outen  par  livrej  et  kat  par  once, 
mais  en  expliquant  qu'il  n'entend  en  aucune  manière  rien 
préjuger  à  l'égard  de  la  valeur  réelle  de  ces  mesures. 

Je  dois  à  l'obligeance  de  M.  Harris,  d'Alexandrie,  une 
communication  qui  nous  permettra  d'élucider  ce  point  im- 
portant de  la  métrologie  pharaonique. 

Ce  savant  antiquaire  a  acheté  à  Thèbes  le  poids  figuré 
dans  la  vignette  ci-contre  [de  la  pagellOJ,  que  les  Arabes 
venaient  de  déterrer  dans  les  ruines  où  ils  recueillaient  le 
salpêtre  pour  l'amendement  des  terres. 

C'est  un  cône  tronqué,  posé  sur  sa  base  la  plus  étroite  et 
couronné  d'une  calotte  sphérique;  la  substance  est  une 


1.  Denkmaler,  III,  lig.  32,  on  trouve  l'addition  saivante  : 

1  grosse  pierre  de  lapis  pesant 20  outen  9  kat. 

2  pierres  de  lapis  vrai,  ensemble  trois  pierres 

pesant 30  outen      » 


Total 50  outen  9  kat. 

2.  The  Annals  of  Thothmes  III,  p.  13,  note  1. 


110  NOTE  SUR  UN  POIDS  ÉGYPTIEN 

pierre  d'un  gris  noirâtre  que  M.  Harris  nomme  serpentine 
du  désert.  Voici  les  dimensions  du  poids  : 
Diamètre  à  la  base  de  la  calotte,  centimètres  3,39; 
Diamètre  à  la  base  inférieure  du  poids,  centimètres,  2,413  ; 
Hauteur  verticale  jusqu'à  la  base  de  la  calotte,  centi- 
mètres, 1,706; 
Épaisseur  centrale  de  la  calotte,  centimètres,  0,953. 
Malgré  le  long  séjour  que  cet  intéressant  objet  d'antiquité 
a  fait  dans  le  sein  de  la  terre,  il  a  conservé  son  poli  ;  à  peine 
tes  rebords  en  sont-ils  légèrement 
usés,  et  M.  Harris  n'estime  pas  la 
perte  de  poids  due  à  cette  circon- 
stance à  plus  de  trois  ou  quatre 
grains  Troy. 

Sur  la  calotte  est  gravée  une 
légende  dont  le  dessin,  que  j'ai 
sous  les  yeux,  ne  permet  pas  le 
déchiffrement;  il  s'agit  du  reste 
tout  simplement  d'un  nom  propre, 
soit  celui  d'une  divinité,  soit  celui  d'un  fonctionnaire,  et 
dans  l'un  ou  l'autre  cas,  ce  nom  n'a  qu'un  intérêt  fort  secon- 
daire. Heureusement  il  ne  peut  exister  le  moindre  doute  sur 
le  sens  de  l'inscription  gravée  sur  la  partie  conique.  On  y  lit 
en  effet  : 

immiiH    1         m® 

Kat     V      du     tritor    tfOn 

Nous  apprenons  ainsi  que  nous  avons  affaire  A  un  poids 
de  cinq  kat,  provenant  des  magasins  royaux  de  la  ville  d'On, 
et  peut-être  même  à  un  étalon  déposé  dans  ces  magasins  où 
les  pharaons  entassaient  leurs  richesses  '.  Il  ne  s'agit  pas  ici 

1.  Le  PA-HAT,  litt.  :  la  demeure  blanche,  était  le  trésor,  le  lien  où  les 
Egyptiens  renfermaient  leura  richessea  de  toate  nature,  ainsi  qae  le 
démoDtreot  des  textes  très  précis.  Voyez  notamment  :  ChampolUon, 


NOTE  SUR  UN  POIDS  ÉGYPTIEN  111 

d'un  monument  fabriqué  pour  un  usage  commémoratif  ou 
funéraire,  comme  la  plupart  des  coudées  qu'on  a  retrouvées, 
mais  d'un  poids  exact  ayant  réellement  servi  à  un  pesage 
officiel  d'objets  précieux.  Cette  circonstance  augmente  nota- 
blement l'intérêt  qui  s'attache  à  cette  mesure  antique.  Il  est 
à  peine  utile  de  faire  observer  que  nous  ne  devons  pas  être 
surpris  de  voir  employer  à  Thèbes  une  mesure  fabriquée 
à  On  ou  conforme  à  l'étalon  d'On,  et  ce  n'est  point  ici  le 
lieu  de  rechercher  si  ce  nom  de  ville  s'applique  à  Hermon- 
this  ou  à  Héliopolis. 

Reconnu  avec  soin  par  M.  Harris,  le  poids  de  la  pierre 
s'est  trouvé  égal  à  698  grains  Troy  ;  admettons  le  chijffre  de 
700  pour  tenir  compte  de  l'usure  des  bords,  et  réduisons  en 
grammes  au  taux  de  0^064798,  nous  aurons  pour  la  valeur 
des  cinq  kat  :  grammes,  45,3586^  et  pour  celle  du  kat  : 
grammes,  9,0717.  Ce  point  essentiel  acquis,  M.  Harris  nous 
fournit  un  moyen  de  constater  non  moins  sûrement  la  valeur 
de  Vouten. 

Nous  avons  vu  que  ce  dernier  poids  est  nécessairement 
supérieur  à  9  kat.  Or,  cette  déduction  est  justifiée  et  com- 
plétée par  un  passage  très  clair  du  grand  papyrus  que  possède 
M.  Harris  et  qui  contient  les  Annales  de  Ramsès  IIL  II  s'agit 
d'un  compte  d'or  que  je  reproduis  ici  d'après  un  calque 
relevé  sur  le  manuscrit  originel  {voir  au  verso). 

De  même  que  M.  Harris,  je  traduis  sans  la  moindre  hési- 
tation : 

Or  bon,  outen  217  kat  5 

Or  de  terre,  du  pays  de  Keb-ti,    outen    61  kat  3 
Or  de  Cusch,  outen  290  kat  8  j 

Total  :  or  bon  et  or  de  terre  ^      outen  569  kat  6  j 

Notices  manuscrites,  [t.  I,]  p.  531;  Sbarpe,  Egyptian  Inscriptions, 
pi.  CXI,  2;  ihid,,  2"*  Ser.,  pi.  LUI,  4;  Denkmàler,  III,  30,  lig.  27. 

1.  Il  serait  intéressant  de  rechercher  ce  que  les  Égyptiens  entendaient 
par  or  bon  et  par  or  de  terre;  mais  une  recherche  de  cette  natare  ne 


112 


NOTE  SUR  UN  POIDS  ÉGYPTIEN 


peat  trouver  sa  place  ici.  Les  Égyptiens  tiraient  beaucoup  d*or  d'Étbîopie 
(Cusch).  Celui  du  pays  de  Kebu,  c'est-à-dire  de  Coptos,  est  sans  doute 
Tor  recueilli  dans  le  désert  arabique,  ainsi  que  nous  rapprennent  les 
inscriptions  de  Radesieb  et  de  Kouban.  Voyez  mon  mémoire,  Sur  les 
Inscriptions  de  Radesieh  [au  t.  1*',  p.  21-68,  de  ces  Œuvres]^  et  celui 
de  M.  S.  Bircb  sur  la  stèle  de  Kouban. 


I 


NOTE  SUR   UN   POIDS   ÉGYPTIEN  113 

On  voit  aisément  que,  du  total  de  16  kat  1/2,  il  a  été  pré- 
levé 10  kat  qui  ont  ajouté  une  unité  au  total  de  568  outen. 
Ainsi  donc  Vouten  vaut  10  kaV  ou  grammes  90,717,  et  notre 
poids  de  5  kat  est  la  moitié  d'un  outen. 

Nous  apprenons  en  outre  que  les  subdivisions  du  kat  sont 
de  simples  fractions  de  cette  mesure,  et  non  des  unités  d'une 
mesure  plus  petite. 

Jusqu'à  présent,  on  s'est  borné  à  tenter  entre  les  mesures 
égyptiennes,  hébraïques  et  grecques  des  rapprochements  au 
moyen  desquels  on  a  déterminé  les  valeurs  théoriques  de 
ces  mesures;  mais  ces  inductions  spéculatives,  fondées  sur 
de  simples  assonances  ou  sur  des  opinions  aussi  hasardeuses 
que  celles  qui  admettent  la  mesure  exacte  de  la  circon- 
férence du  globe  terrestre  par  les  anciens,  le  pèsement  de 
mesures  cubes  d'eau  de  pluie  ou  le  mesurage  de  certaines 
graines,  n'ont  selon  moi  conduit  qu'à  Terreur.  Il  est  évident 
tout  au  moins  que  ni  le  sicle  hébreu  de  6  grammes',  ni 
la  mine  asiatique'  de  362,  non  plus  que  la  drachme  de 
grammes  3,24,  ni  la  mine  grecque  de  324  grammes*,  ne 
peuvent  être  assimilés  aux  deux  poids  égyptiens  dont  nous 
venons  de  reconnaître  la  valeur. 

Dans  la  question  des  poids  et  mesures,  comme  dans  toutes 
celles  qui  se  rattachent  à  l'histoire  et  à  la  chronologie,  il 
faudra  se  résoudre  à  laisser  parler  les  hiéroglyphes  eux- 
mêmes  :  c'est  le  seul  terrain  parfaitement  sûr.  On  ne  saurait 
trop  répéter  que  ni  les  Grecs,  ni  les  Romains  n'ont  connu 
la  langue  égyptienne,  et  que  cette  ignorance  atténue  sin- 
gulièrement la  valeur  des  renseignements  qu'ils  nous  ont 
transmis,  au  moins  en  ce  qui  concerne  l'Egypte  des  temps 
pharaoniques;  car  il  ne  peut  être  question  ici  des  mesures 

1.  M.  Th.  Devéria  a  trouvé  dans  le  Papyrus  Vassalli  des  comptes  qui 
proaven t,  comme  le  Papyrus  Harris,  que  Vouten  vaut  10  kat. 

2.  Saigey,  Métrologie,  25. 

3.  Saigey,  Métrologie,  46. 

4.  Saigey,  Métrologie,  35.  « 

BiBL.   ÉGYPT.,  T.  X.  8 


114  NOTE  SUR  UN    POIDS  ÉGYPTIEN 

philétériennes  ou  ptolémaîques  introduites  eu  Egypte  sous 
les  Lagides,  postérieurement  au  III*  siècle  avant  notre  ère. 
Notons  en  terminant  que  Tusage  des  poids  de  pierre  était 
commun  à  plusieurs  nations  de  l'antiquité,  et  notamment 
au£  Hébreux  \  Les  Romains  en  ont  aussi  fabriqué  en  une 
espèce  de  pierre  noire,  le  Lydius  lapis^  d'après  Fabretti. 

Chalon-sar-Saône,  14  novembre  1860. 
1.  Proverbes,  xvi,  ii;  Micheas,  vi,  ii. 


DE  LA 


CIRCONCISION  CHEZ  LES  ÉGYPTIENS' 


Les  fouilles  pratiquées  à  Karnak  dans  le  petit  temple  de 
Khons,  dépendant  du  temple  de  Maut,  ont  mis  à  découvert 
un  bas-relief  qui  représente  une  scène  de  circoncision*.  Je 


ne  crois  pas  qu'on  connaisse  aucun  autre  monument  du 
même  sujet;  aussi^  quoiqu'il  ne  s'agisse  pas  d'établir  un  fait 
nouveau,  ni  de  mettre  fin  à  une  controverse,  il  m'a  semblé 
utile  de  publier,  en  l'accompagnant  de  quelques  brèves 
remarques^  ce  petit  tableau  instructif. 

1.  Extrait  de  la  Reçue  archéologique,  2*  série,  1861,  t.  1",  p.  298-300. 

2.  Ce  dessin  a  été  relevé  par  M.  Prisse  d'ÂvenDe  sur  un  estampage 
qa'il  a  pris  sur  le  monument  lui- môme.  Il  fait  partie  d'un  riche  porte- 
feuille dont  la  publication  doit  être  vivement  désirée  par  tous  les  amis 
des  arts  et  par  les  égyptologues  en  particulier. 


116  DE   LA   CIRCONCISION   CHEZ   LES   ÉGYPTIENS 

Bien  que,  par  suite  de  la  dégradation  de  la  muraille,  la 
partie  supérieure  du  buste  de  quatre  des  personnages  ait 
disparu,  il  ne  nous  manque  cependant  aucun  détail  essentiel. 

L'opérateur,  à  genoux,  excise,  au  moyen  d'un  instrument 
pointu  placé  dans  sa  main  gauche,  le  prépuce  d'un  enfant 
qui  se  tient  debout  devant  lui;  la  main  droite  soutient  Tor- 
gane.  Placée  en  arrière,  une  matrone  saisit  fortement  les 
poignets  de  l'opéré,  sans  doute  pour  le  maintenir  à  sa  place; 
un  autre  enfant,  debout  devant  la  matrone,  attend  son  tour. 
Enfin,  en  arrière  de  tous  ces  personnages,  une  seconde 
matrone,  les  bras  étendus^  se  tient  prête  à  porter  assistance. 

Que  la  circoncision  ait  été  de  toute  antiquité  pratiquée 
chez  les  Egyptiens,  c'est  un  fait  dont  les  monuments  ne  nous 
permettent  pas  de  douter.  Dans  les  peintures  décoratives 
des  hypogées,  on  rencontre  fréquemment  des  personnages 
chez  lesquels  la  dénudation  du  prépuce  est  manifeste,  et, 
parmi  ces  peintures,  il  en  est  d'antérieures  à  notre  bas-relief, 
qui  nous  représente  très  vraisemblablement  la  circoncision 
de  deux  des  fils  de  Ramsès  II,  fondateur  du  temple  de 
Khons. 

Hérodote  nous  rapporte  que,  de  son  temps,  les  Colchi- 
diens,  les  Égyptiens  et  les  Éthiopiens  passaient  pour  les 
seuls  peuples  qui,  de  toute  antiquité,  eussent  pratiqué  la 
circoncision,  et  il  ajoute  que  les  Phéniciens  et  les  Syriens 
de  la  Palestine  convenaient  avoir  pris  cet  usage  des  Égyp- 
tiens '.  Sans  doute  le  père  de  l'histoire  comprenait  au  nombre 
desquels  Syriens  de  la  Palestine  les  Juifs,  qui  regardaient  la 
circoncision  comme  d'institution  divine  et  chez  lesquels  elle 
avait  été  établie  par  Abraham. 

Chez  les  Juifs,  la  circoncision  devait  être  opérée  huit  jours 
après  la  naissance  de  l'enfant',  et,  suivant  un  passage  d'Héro- 
dote, les  Égyptiens  y  soumettaient  de  môme  leurs  nouveau- 

1.  Hérodote,  II,  104;  ihid.,  36. 

2.  Genèse,  ch.  xvii,  v.  12. 


DE  LA  CIRCONCISION   CHEZ  LES   ÉGYPTIENS  117 

•  nés*;  maïs  notre  bas-relief  contredit  cette  allégation.  A  en 
juger  par  l'attitude  et  les  proportions  des  personnages,  on 
ne  peut  guère  estimer  au-dessous  de  huit  à  dix  ans  Tâge  des 
enfants  opérés.  Du  reste,  les  règles  à  cet  égard  paraissent 
avoir  été  variables  chez  les  peuples  qui  ont  observé  cet  usage^ 
et,  même  aux  temps  modernes,  il  n'a  pas  été  partout  cons- 
tamment pratiqué  sur  de  très  jeunes  enfants'.  Quoiqu'elle 
soit  moins  grave  dans  l'enfance,  la  circoncision  ne  laisse  pas 
d'entraîner  quelquefois  des  suites  fâcheuses;  mais  elle  affecte 
bien  plus  sérieusement  les  adultes,  ainsi  que  les  malheureux 
Khiviens  de  Sichem  en  firent  la  cruelle  expérience  *. 

Selon  la  tradition,  l'instrument  de  la  circoncision  était  un 
couteau  ou  un  rasoir,  ordinairement  de  pierre  dure.  Ce  fut 
avec  un  instrument  de  cette  matière  que  Josué,  par  l'ordre 
exprés  de  Dieu,  circoncit  les  Israélites  nés  au  désert  du  Sinaî 
après  la  sortie  d'Egypte*,  et  que  Sephora  fit  la  même  opéra- 
tion au  fils  de  Moïse'.  Il  semble  que  le  métal  fût  exclu  à 
dessein*.  Notre  bas-relief  ne  peut  évidemment  rien  nous 
apprendre  sur  ce  détail  en  ce  qui  concerne  les  Égyptiens, 
mais  il  est  permis  de  supposer  qu'ils  partageaient  la  môme 
préférence  pour  les  instruments  de  pierre;  c'est  du  moins 
au  moyen  d'une  pierre  tranchante  que  les  momificateurs 
ouvraient  le  flanc  des  morts  pour  en  retirer  les  entrailles  \ 
Les  hiéroglyphes  ne  nous  ont  encore  fourni  aucun  texte 
relatif  à  la  pratique  de  la  circoncision.  Le  seul  que  je  sois 

1.  Hérodote,  loc,  cit.,  104,  in  fine, 

2.  Chardin  (Voyage  en  Perse,  etc.)  rapporte  que,  dans  certaines  loca- 
lités de  l'Arabie  et  de  la  Perse,  on  peut  circoncire  les  garçons  à  cinq, 
six,  neuf  et  treize  ans. 

3.  Genèse,  xxxiv,  y.  24,  25. 

4.  Josuè,  V,  V.  2,  5,  6. 

5.  Exode,  IV,  v.  24,  25. 

6.  Pline  dit  que  les  Galles,  prêtres  de  Cybèle.  se  mutilaient  au  moyen 
d'instruments  de  terre  cuite  (Histoire  naturelle,  1.  35,  ch.  xii).  Voyez 
aussi  la  mutilation  volontaire  d'Attis,  Ovide,  Fastes,  IV. 

7.  Hérodote,  II,  86. 


118  DE   LA  CIRCONCISION   CHEZ  LES  ÉGYPTIENS 

tenté  d'y  rapporter  est  le  passage  du  Rituel  dans  lequel  il 
est  parlé  «  du  sang  qui  tomba  du  phallus  du  dieu  Soleil, 
lorsqu'il  eut  achevé  de  se  couper  lui-même^  ».  Si  cette 
conjecture,  dont  la  première  idée  appartient  à  M.  de  Rougé  % 
se  justifie  par  quelques  nouvelles  constatations,  il  en  résul- 
terait que,  chez  les  Égyptiens,  aussi  bien  que  chez  les  Juifs, 
la  circoncision  était  étroitement  liée  aux  institutions  reli- 
gieuses . 

Chalon-sur-Saône,  4  mars  lS6t. 

1.  Todienbuch,  oh.  xvii,  1.23. 

2.  Études  sur  le  Rituel;  Reçue  archéologique,  1860,  p.  244. 


LE  CÈDRE  DANS  LES  HIÉROGLYPHES' 


Parmi  les  manuscrits  égyptiens  découverts  jusqu'à  ce  jour, 
on  ne  connaît  encore  aucun  ouvrage  scientifique^  à  moins 
qu'on  n'accorde  ce  nom  aux  papyrus  de  Berlin  et  de  Leyde, 
qui  traitent  de  matières  médicales.  Il  est  certain  toutefois 
que  les  anciens  Égyptiens  avaient  fait  de  notables  progrès 
dans  les  sciences  d'observation.  Dans  le  domaine  de  Thistoire 
naturelle  notamment,  nous  apprenons  par  les  documents 
originaux  qu'ils  avaient  déterminé  et  nommé  un  grand 
nombre  d'espèces  végétales  et  minérales.  Ils  savaient 
extraire  des  plantes  des  sucs  médicamenteux,  des  parfums, 
des  liqueurs  et  des  extraits  comestibles.  Dans  la  riche  orne- 
mentation de  leurs  jardins,  ainsi  que  pour  leurs  édifices  et 
leurs  meubles  de  luxe,  ils  ne  se  contentaient  pas  des  espèces 
propres  à  l'Egypte,  mais  se  procuraient,  par  le  moyen  du 
commerce  ou  des  tributs  imposés  aux  vaincus,  les  plantes  et 
les  bois  précieux  des  pays  étrangers. 

Les  groupes  désignant  des  espèces  végétales  sont  aisément 
reconnaissables  à  leurs  déterminatifs  génériques  :  la  triple 
fleur,  le  signe  de  l'arbre,  celui  du  bois,  qui  s'applique  surtout 
à  la  matière  ligneuse  et  aux  objets  qui  en  sont  fabriqués, 
enfin  quelques  signes  spéciaux  à  certaines  plantes. 

Mais,  malgré  le  secours  de  ces  déterminatifs,  il  nous  est 
le  plus  souvent  impossible  d'identifier  ces  espèces  végétales, 
dont  la  nomenclature  reste  pour  nous  une  liste  de  mots  dé- 

1.  Extrait  de  la  Reçue  archéologique^  2*  série,  1861,  t.  II,  p.  47-51. 


120  LE  CÈDRE  DANS   LES   HIÉROGLYPHES 

pourvus  de  sens;  le  copte  n'offre  pas  assez  de  secours,  et 
rarement  les  détails  donnés  par  les  textes  offrent  une  prise 
suffisante  pour  la  détermination  des  espèces. 

Je  me  propose  d'étudier  l'un  des  groupes  de  cet  ordre 
qui  revient  le  plus  souvent  dans  les  textes  et  qu'on  a  cru 
désigner  l'acanthe  ou  l'acacia.  Je  veux  parler  de  Vaschj  pour 
lequel,  dans  son  travail  sur  les  papyrus,  mon  savant  ami 
M.  Goodvs^in  a  suggéré  la  valeur  cèdre\  tout  en  conservant 
le  sens  acacia  dans  ses  traductions. 

L'orthographe  ordinaire  de  ce  mot  est  Ç^A,  as'  (pro- 
noncez asch),  mais  on  le  trouve  aussi  accompagné  d'autres 
déterminatifs  tels  que  la  pointe  de  flèche',  une  espèce  de 
gousse  et  le  signe  du  bois  *. 

La  mention  de  Vasch  revient  fréquemment  dans  le  beau 
papyrus  de  M"®  d'Orbiney,  dont  l'administration  du  Musée 
Britannique  vient  de  livrer  à  l'étude  un  fac-similé  très  soigné*. 
Les  lecteurs  de  la  Revue  n'ont  pas  oublié  sans  doute  l'inté- 
ressante traduction  que  M.  de  Rougé  a  publiée  de  ce  curieux 
manuscrit,  dès  l'année  1852  *. 

Dans  ce  papyrus,  la  montagne  *  où  se  retire  Baîta,  le  jeune 
frère,  est  nommée  ta  an  pa  as',  la  montagne  de  lAsch. 
Quoiqu'il  ne  faille  pas  chercher  la  précision  dans  un  conte 
où  le  merveilleux  domine,  je  fais  remarquer  qu'il  n*est  pas 
nécessaire  de  placer  cette  montagne  au  voisinage  d'un  fleuve 

1.  Cambridge  Essai/s,  1858,  p.  257,  note  1. 

2.  Dcnkni'nler,  III,  132,  en  e, 

3.  Todtenbuch,  cxxxiv,  9;  cxlv,  4. 

4.  Select  Papt/ri  in  the  Hieratic  Ckaracter,  II  Part,  London,  1860. 

5.  Reçue  archéologique,  IX*  année,  p.  386. 

,  AN,  selon  la  remarque  de  M.  Brugsch,  désigne  une 

AAVNAA  mno 

montagne,  et  particulièrement  celle  d*où  Ton  extrayait  la  pierre  de  taille. 
—  Au  Papyrus  d'Orbiney,  ce  mot  est  déterminé  par  la  pierre,  comme 
le  groupe  bien  connu  td,  montagne.  Ailleurs,  il  a  le  déterminatif  ordi- 
naire des  noms  de  pays,  et  parait  s'appliquer  à  toute  région  montagneuse 
coupée  de  vallées. 


«.o 


LE  CÈDRE  DANS   LES  HIÉROGLYPHES  121 

dont  les  eaux  descendent  vers  l'Egypte,  car  le  groupe  ûl)  ^ 
5^  ywvwv,  luMA^  désigne  la  mer,  comme  le  copte  iojul  et 


jO  aa/wv\ 


l'hébreu  ù\  et  rien  n'autorise  à  y  reconnaître  une  dénomi- 
nation du  Nil.  La  montagne  de  VAsch  doit  avoir  été  placée 
par  l'auteur  du  conte  près  des  côtes  de  la  Phénicie  ou  de  la 
Palestine.  On  sait  qu'à  l'époque  contemporaine,  les  Égyptiens 
y  possédaient  des  établissements  fixes.  C'est  la  mer  qui  dut 
porter  la  boucle  parfumée  vers  Tune  des  bouches  du  Nil, 
près  d'un  atelier  de  blanchissage  des  hardes  royales. 

Par  d'autres  passages  du  même  papyrus,  nous  apprenons 

que  Vasch  produisait  des  fleurs  :    _   ..&&  jBa  T^ ,  hull  ou 


HURR,  copte  jAhAi  ou  ^pnpi,  Jlos,  et  des  fruits  :  u  ^ 

AARi,  copte  cpi,  Jructus.  Ces  deux  expressions  n'ont  rien  de 
spécial  et  s'appliquent  à  toute  espèce  de  fleurs  et  de  fruits. 

Une  circonstance  plus  caractéristique  est  citée  dans  le 
voyage  en  Palestine  que  relate  le  Papyrus  Anastasi  I".  Cet 
iniportant  document,  sur  lequel  je  me  propose  de  revenir 
prochainement,  parle  d'une  route  plantée  d'arbres  aounnu, 
anulanu  et  d'aschs  atteignant  le  ciel*,  et  infestée  d'animaux 
féroces.  Cette  description,  qui  s'applique  certainement  à 
quelque  localité  située  dans  l'un  des  rameaux  du  Liban, 
constate  que  Xojsch  atteignait  une  grande  hauteur  dans  ces 
parages. 

D'autres  documents  originaux  établissent  que  les  Égyptiens 
tiraient  d'une  contrée  de  l'Asie-Mineure,  nommée  Khentshe', 
du  bois  ^Qjsch  pour  la  construction  des  temples.  La  mention 
spéciale  dont  est  l'objet  \ajsch  de  Khentshe  démontre  qu'il 
était  considéré  comme  une  qualité  exceptionnelle  de  cette 
essence. 

Ces  seules  données  nous  conduisent  à  rapprocher  Vasch 

1.  Papyrus  d'Orbiney,  pi.  X,  lig.  5  et  suiv. 

2.  Anastasi  I,  pi.  XIX,  lig.  3. 

3.  Brngscb,  Géographie,  3*  partie. 


1 


122  LE  CÈDRE  DANS   LES  HIÉROGLYPHES 

du  cèdre  qui^  dans  le  Liban  et  le  Taurus,  croissait  jadis  en 
si  grande  abondance  ;  mais  cette  assimilation  devient  presque 
une  identité  si  Ton  considère  que  les  hiéroglyphes  mention- 
nent, à  propos  de  Vasch,  la  plupart  des  propriétés  que  les 
anciens  ont  à  tort  ou  à  raison  attribuées  au  cèdre. 

Le  cèdre,  qui  fournit  aux  prophètes  tant  d'images  bril- 
lantes, est  regardé  dans  l'Écriture  comme  le  plus  majestueux 
des  végétaux.  Salomon,  dit  le  texte  sacré,  traita  de  toutes 
les  plantes,  depuis  le  cèdre  qui  est  dans  le  Liban  jusqu'à 
l'humble  hysope\  On  sait  qu'Hiram,  roi  de  Tyr,  fournit  à 
ce  fastueux  monarque  une  quantité  considérable  de  bois  de 
cèdre  qui  fut  employé  à  la  construction  du  temple*.  Le 
palais  des  rois  persans  à  Persépolis,  qu'Alexandre  fit  brûler 
après  une  débauche,  avait  également  ses  boiseries  en  cèdre, 
et  il  semble  qu'indépendamment  de  l'incorruptibilité  qui 
recommandait  ce  bois  pour  les  constructions  de  longue 
durée,  il  lui  ait  été  attribué  une  valeur  mystique  dont  on 
retrouve  la  trace  dans  les  cérémonies  pour  la  purification  de 
la  lèpre',  dans  celle  de  la  vache  rousse \  et  dans  l'emploi  du 
cèdre  pour  la  confection  des  simulacres  divins'. 

Or  Vasch,  surtout  celui  qu'ils  importaient  d'Asie-Mineure, 
était  employé  par  les  Égyptiens  dans  les  boiseries  et  surtout 
pour  les  portes  des  temples  •  et  des  palais  ;  les  portes  de  bois 
d'asch  étaient  souvent  garnies  de  métaux  importés  de  la 
même  contrée'.  On  en  fabriquait  aussi  certains  meubles 
(ouh'tu)  •,  regardés  comme  assez  précieux  pour  mériter  une 
mention   spéciale   dans   l'énumération   des    richesses   des 

1.  Rois  III,  ch.  IV,  V.  33. 

2.  Rois  III,  oh.  V,  v.  6. 

3.  Lèciiique,  ch.  xiv. 

4.  Nombres,  oh.  xix,  v.  6. 

5.  Pline,  Histoire  naturelle,  liv.  XIII,  ch.  v. 

6.  Denkm'àler,  III,  132  en  e;  ibid,,  152. 

7.  Brugsch,  Géographie,  3*  partie. 

8.  Mention  du  grand  papyrus  appartenant  à  M.  Harris. 


LE  CÈDRE  DANS  LES  HIÉROGLYPHES  123 

temples.  Enfin,  l'emploi  du  bois  à'asch  pour  les  usages 
mystiques  est  constaté  au  Rituel,  qui  prescrit  la  confection 
d'une  statuette  de  ce  bois,  sur  laquelle  devaient  être  pro- 
noncées des  formules  de  consécration. 

Pline  parle  de  Tusage  du  cèdre  dans  la  construction  des 
vaisseaux  en  Egypte',  et  nous  trouvons  encore  ici  une 
occasion  de  rapprochement  avec  Yasch  :  les  hiéroglyphes 
mentionnent  en  effet  des  barques  de  bois  d'ascA  ',  et  l'un  des 
documents  rassemblés  dans  le  Papyrus  Anastasi  IV  est  un 

ordre  donné  pour  l'emploi  de  diverses  pièces  [(  '^^    v^rr*-, 

ASAU-T,  COI,  trabs]  de  bois  d'ascA  à  la  réparation  d'un 
navire.  A  ce  propos,  le  texte  explique  qu'il  devra  être  fait 
choix  de  quatre  pièces  très  longues,  très  bonnes  et  très 
épaisses,  pour  être  placées,  deux  au  côté  droit,  et  deux  au 
côté  gauche  du  navire*. 

Nous  trouvons  enfin,  dans  les  textes  égyptiens,  la  mention 
d'une  huile  d'asch  au  moyen  de  laquelle  on  opérait  la  pre- 
mière des  dix  onctions  décrites  au  chap.  cxlv  du  Rituel*, 
et  celle  d'un  mestem  ou  collyre  extrait  de  ce  même  végétal*. 
De  même,  au  dire  de  Théophraste,  de  Pline  et  de  Galien, 
le  cèdre  fournissait  des  huiles  et  des  résines  auxquelles 
on  attribuait  des  propriétés  médicamenteuses.  Les  anciens 
paraissent  avoir  utilisé  dans  ce  but,  non  seulement  la  résine 
qui  découle  naturellement  des  conifères,  mais  encore  les 
bourgeons  et  même  la  sciure  du  cèdre  \ 

Ainsi  donc  les  caractères  du  bois  d'asch,  et  ceux  du  cèdre 
concordent  d'une  manière  complète  :  l'un  et  l'autre  sont 
des  arbres  de  haute   taille,  abondants  en  Asie-Mineure, 

1.  Todtenbuch,  ch.  cxxxiv,  9. 

2.  Pline,  Histoire  naturelle,  liv.  XVI,  ch.  xl. 

3.  Anastasi  IV,  pi.  III,  lig.  6. 

4.  Anastasi  IV,  pL  VII,  lig.  7  et  suiv. 

5.  Todtenbuch,  ch.  cxlv,  4. 

6.  Lepsiaa,  Auswahl,  XII,  42.  Ce  passage  est  malheureusement  mutilé. 

7.  Pline,  Histoire  naturelle,  liv.  XXIV,  ch.  v. 


184  LE  CÈDRE  DANS  LES  HIÉROGLYPHES 

fournissant  un  bois  recherché  pour  la  marine  et  pour  les 
monuments  les  plus  importants,  ainsi  que  des  substances 
résineuses  employées  à  des  usages  variés.  Soit  en  raison  de 
leur  élévation  dominante  dans  les  forêts,  soit  par  rapport 
aux  propriétés  de  leurs  bois  et  de  leurs  extraits,  ils  ont 
mérité  l'un  et  l'autre  d'être  employés  dans  les  cérémonies 
du  culte.  En  un  mot,  on  peut  dire  que  l'identification  est 
complète. 

Si  mes  vues  sont  partagées  par  mes  confrères  d'égypto- 
logie,  le  mot  asch  sera  désormais  regardé  comme  le  nom 
hiéroglyphique  du  cèdre*. 

L'acacia  est  un  arbre  d'une  taille  moins  élevée  et  d'un 
tronc  moins  droit;  il  est,  par  conséquent,  moins  propre  à  la 
confection  de  boiseries  de  grandes  dimensions.  Pline  dit  que 
l'acacia  croissait  en  abondance  aux  environs  de  Thèbes',  et 
de  nos  jours  le  robinier,  faux  acacia,  abonde  encore  en 
Egypte.  L'acacia  serait  donc  un  arbre  égyptien  et  n'aurait 
pas  mérité  les  mentions  qui  nous  signalent  Vasch  comme  un 
bois  rare  et  précieux,  dont  au  moins  les  plus  belles  variétés 
venaient  d'Asie-Mineure.  Aussi,  bien  que  la  variété  noire 
de  l'acacia  de  Pline  fût  employée  pour  le  corps  des  navires, 
bien  que  cet  arbre  produisît,  comme  le  cèdre,  des  sucs 
médicamenteux*^  je  ne  pense  pas  qu'il  ait  rien  de  commun 
avec  Vasch  des  anciens  Égyptiens. 

Chalon-sar-Saône,  15  mai  1861. 

1.  Le  copte  a  peut-être  conservé,  sous  la  forme  altérée  cei,  cedrus. 
Tas*  des  hiéroglyphes.  Le  nom  hébreu  est  HM,  comme  en  chaldéea  et 
en  syriaque. 

2.  Pline,  Histoire  naturelle,  iiv.  XIII,  ch.  ix. 

3.  Pline,  loc.  cit„  Discoride,  ch.  cxv. 


SCÈNE   MYSTIQUE 

PEINTE  SUR  UN  SARCOPHAGE  ÉGYPTIEN  ' 


i 


Le  Musée  de  Besançon  possède  un  monument  égyptien 
d'assez  grande  importance;  je  veux  parler  de  la  momie  du 
grand  prêtre  d'Ammon,  Sar-Amen.  Ce  personnage  était  en 
môme  temps  préposé  en  chef  à  tous  les  travaux  du  temple 
de  la  triade  tbébaine,  Ammon,  Mau  et  Chons;  prêtre  de 
Mau,  grande  maltresse  de  la  ville  d'Ascher;  préposé  aux 
troupeaux  de  la  sainte  nourriture  d'Ammon  et  commandant 
de  la  force  publique  de  Thèbes.  L'une  des  nombreuses 
variantes  de  ses  titres  le  nomme  expressément  :   Grand 

prêtre  entrant  au  temple  d'Amen  em  apu*,  et  ^n         l  a'^^ 

1 1,  c'est-à-dire  commandant  des  troupes  du  temple 

'Ammon-Ra,  roi  des  dieux. 
Il  n'est  pas  diflBcile  de  reconnaître  ici  l'un  de  ces  hauts 
pontifes  thébains  dont  les  empiétements  successifs  entraî- 
nèrent la  chute  des  Ramsès  de  la  XX*  dynastie,  auxquels 
Ils  se  substituèrent  sur  le  trône.  Notre  monument  se  trouve 
ainsi  sûrement  rapporté  à  la  fin  du  XII®  siècle  avant  notre 
ère. 

La  splendeur  de  la  sépulture  justifie  d'ailleurs  cette  attri- 
bution; elle  consiste  en  trois  coffrets  richement  décorés  de 
peintures  et  de  légendes  d'un  excellent  style.  Dessinés  avec 

1.  Extrait  de  la  Reçue  archéologique,  2*  série,  1862,  1. 1,  p.  370-374. 

2.  Le  temple  de  Louxor,  partie  sud. 


126        SCÈNE  MYSTIQUE  PEINTE  SUR  UN   SARCOPHAGE 


soin,  les  hiéroglyphes  sont  enluminés  des  couleurs  conven- 
tionnelles et  ont  tous  exigé  plusieurs  applications  du  pinceau. 
Le  nombre  en  est  immense,  mais  les  mêmes  légendes  se 
r^:>ètent  à  profusion;  aussi  y  a-t-il  moins  de  sujets  dignes 
d  élude  qu'on  ne  le  supposerait  au  premier  coup  d'œil. 

Parmi  les  scènes  symboliques  dont  les  sarcophages  sont 
décorés,  j'ai  remarqué  principalement  celle  dont  je  repro- 
duis ici  le  dessin. 

Vn  dieu  en  gaine»  assis,  tient  des  deux  mains  un  vase,  au 
moyen  duquel  il  verse  un  liquide  que  le  défunt,  agenouillé 

devant  lui,  reçoit 
dans  la  bouche, 
eu  étendant  les 
mains  sous  le  jet, 
comme  pour  pré- 
venir la  perte 
de  la  moindre 
goutte  du  pré- 
cieux breuvage. 
Sur  la  panse  du 
vase  se  lit  le  nom 
d'Osiris,  et,  au 
milieu    de    la 

signifiant  vie  de 


-^      ^«M«AA 


r.:  •:.•'.  N:  le  u.^ni  du  défunt,  ni  celui  du  dieu  ne  sont  écrits, 
îx \vl>  ;-^  ne  orcis  pvàs  qu'on  puisse  hésiter  à  reconnaître  ici 
i>s;r:<  lui-ruèrue,  ou  lune  de  ses  formes  dérivées. 

IV;:\  v:;vs5?es.  Xe::h  eî  Seik.  que  le  dessin  ne  reproduit 
jws.  dUï5s;su::î  a  la  scène  e;  y  prennent  part,  en  faisant,  les 

br;is  curùu^.  lacîe  ou  v.  o'esî-à-d£r>e  quelles  appliquent 

rc™A.\:o  vu*  I.\r  ve~:u  vi.vine  a  favoriser  I  opération  mys- 

Co;:e  :x\u:u:v  ae»iienin:enî  îr:i:î  à  Tune  des  phases  de 
U  rv:>ur.-\v;.on.  La  vl,:varî  des  scènes  funéraires  et  des 


SCÈNE  MYSTIQUE  PEINTE  SUR  UN   SARCOPHAGE        127 

légendes  inscrites  dans  les  tombeaux  ont  un  rapport  plus 
ou  moins  direct  aux  circonstances  du  passage  à  la  vie  nou- 
velle, à  la  seconde  vie,  ainsi  que  la  nomment  les  textes. 
Elles  étaient  regardées  comme  essentielles  à  la  résurrection 
du  mort,  qu'elles  signalent  comme  échappé  à  la  rigidité 
cadavérique  si  complètement  figurée  par  la  momie  entourée 
de  ses  bandelettes.  Par  la  vertu  des  cérémonies  ou  des 
paroles  qu'elles  enseignent,  le  défunt  écarte  les  jambes  pour 
la  marche,  devient  libre  d'aller  et  de  venir,  ouvre  la  bouche 
pour  parler,  les  yeux  pour  voir,  recouvre  de  même  l'ouïe, 
Todorat,  le  goût  et  jusqu'aux  plus  grossières  fonctions  de 
l'organisme. 

Mais  il  n'est  pas  seulement  question  de  ce  côté  purement 
matériel  de  la  résurrection  ;  il  faut  aussi  que  l'âme  revienne 
au  corps  et  au  cœur,  qu'elle  soit  de  nouveau  contenue  dans 
le  corps  et  dans  le  cœur,  ainsi  que  des  textes  le  disent  for- 
mellement. L'un  des  chapitres  du  Rituel  avait  pour  objet 
de  déterminer  cette  réunion  \ 

Toutefois,  séparé  de  l'âme,  le  corps  momifié,  le  sahu,  ne 
restait  pas  inerte  au  fond  du  puits  funéraire;  il  pouvait 
notamment  accomplir  les  pérégrinations  accidentées  du  pur- 
gatoire égyptien,  le  ciel  inférieur,  tandis  que  Tâme  arrivait 
directement  au  ciel  supérieur.  Quelles  étaient  les  conditions 
attribuées  à  cette  existence  du  corps,  indépendante  de  l'âme? 
c'est  ce  qu'il  est  difficile  de  s'expliquer  aujourd'hui,  mais 
on  peut  supposer  que  la  réunion  définitive  de  l'âme  au  corps 
coïncidait  avec  la  fin  de  la  période  d'épreuves  à  laquelle 
tous  les  mortels  étaient  soumis  après  la  mort.  Je  dis  réunion 
définitioe,  car,  durant  leur  existence  indépendante,  l'âme  et 
le  corps  pouvaient  se  rencontrer,  se  rejoindre  et  être  de  nou- 
veau séparés.  La  réunion  dont  traite  le  chapitre  lxxxix  du 
Rituel  ne  paraît  pas  avoir  un  caractère  de  permanence,  car 
la  rubrique  établit  que  ce  chapitre  prévient  la  destruction 

1.   Todtenbuch,  ch.  lxxxix. 


128        SCÈNE  MYSTIQUE  PEINTE  SUR  UN   SARCOPHAGE 

du  corps  et  empêche  que  l'âme  n'en  soit  écartée  pour  un 
temps  considérable.  L'expression  qui  veut  dire  toujours, 
éternellement,  n'est  pas  employée  ici. 

Voici  comment  la  vignette  du  chapitre  figure  cette  réunion  : 
l'&me,  sous  la  forme  d'un  oiseau  à  tête  humaine,  plane  au- 
dessus  de  la  momie  étendue  sur  le  lit  funèbre  et  lui  applique, 
vers  la  région  du  cœur,  le  signe  de  la  vie,  représenté  par 
l'hiéroglyphe  improprement  nommé  Croix  ansée.  Il  ne  s'agit 
point  ici  de  la  vie  divine,  mais  de  la  vie  humaine  dans  ses 
conditions  habituelles.  Telle  est  la  seule  signification  de 
l'hiéroglyphe  en  question,  qui  n'exprime  la  vie  divine,  la 
vie  pure,  la  vie  forte,  etc.,  qu'au  moyen  de  l'adjonction  des 
adjectifs  nécessaires.  L'âme  rentrée  au  corps,  le  défunt 
reprend  toutes  les  fonctions  de  la  vie  matérielle. 

Mais  la  scène  qui  fait  le  sujet  de  cet  article  nous  montre 
que  les  Égyptiens  distinguaient  aussi  la  vie  de  Vâme,  qui 
s'obtenait  au  moyen  d'un  breuvage  divin.  C'est  une  circons- 
tance bien  digne  de  remarque,  que  cette  absorption  de  la 
substance  divine  considérée  comme  vivification  de  la  créature 
dans  la  partie  intelligente  de  son  être. 

On  pourra  probablement  trouver  quelques  rapports  entre 
cette  scène  et  celle  du  sycomore  de  la  déesse  Nou,  qu'on 
voit  dans  les  Rituels  \  Cet  arbre  de  vie  distribue  au  défunt 
un  breuvage  et  des  pains  que  les  textes  qui  s'y  rapportent 
nous  représentent  comme  particulièrement  précieux  pour  lui. 
Rien  toutefois  ne  nous  a  révélé  que  ce  breuvage  et  ces  pains 
fussent  regardés  comme  la  substance  d'un  dieu.  Mais  il  ne 
faut  pas  oublier  que  le  sycomore  est  une  forme  de  la  déesse 
Nou,  l'espace  céleste,  la  mère  du  soleil  et  de  tous  les  dieux, 
le  réceptacle  éternel  des  germes  de  la  création  et  de  la  vie*. 

Il  est  impossible  d'aller  bien  avant  dans  une  étude  de  cette 
espèce;  en  présence  des  doctrines  de  la  vieille  Egypte,  on 

1.  Todtenbuch,  ch.  ux. 

2.  Voyez  Todtenbuch,  cb.  cuii,  lîg.  7. 


SCÈNE  MYSTIQUE  PEINTE  SUR  UN   SARCOPHAGE        129 

éprouve  une  espèce  de  vertige  comme  à  l'approche  d'un 
abîme  insondable.  Aucune  mythologie  n'a  jamais  possédé 
une  masse  aussi  considérable  de  mythes  bizarres  et  com- 
pliqués, entés  sur  un  principe  simple  comme  celui  du  mono- 
théisme; une  vaste  chaîne  paraît,  dans  ce  système,  rattacher 
insensiblement  l'homme  et  les  mânes  aux  innombrables 
divinités  qui  représentent  les  modes  particuliers,  les  formes 
et  les  volontés  de  l'être  universel,  le  pivot  de  l'ensemble. 
Le  tout  forme  un  panthéisme  particulier  dont  la  définition 
exacte  exigerait  une  science  plus  étendue  que  la  nôtre. 

Quoi  qu'il  en  soit,  l'étude  des  croyances  égyptiennes  n'aura 
pas  pour  seul  résultat  de  livrer  quelques  faits  nouveaux  à 
notre  curiosité;  elle  aura  aussi  une  grande  importance  au 
point  de  vue  de  l'histoire  des  mœurs,  car  elle  nous  initiera 
aux  principes  de  morale  et  de  justice  admis  par  les  Égyp- 
tiens. Ces  principes  se  rattachent  en  efEet,  de  la  manière  la 
plus  directe,  aux  doctrines  religieuses.  Dans  les  inscriptions 
funéraires,  l'observation  des  prescriptions  religieuses  n'est 
jamais  séparée  de  celle  des  préceptes  de  la  morale  et  de  la 
sagesse.  Bien  qu'en  ce  qui  regarde  les  défunts  dont  elles 
célèbrent  les  mérites,  elles  n'aient  droit  qu'à  la  confiance 
due  à  toute  espèce  d'épitaphe,  néanmoins  il  n'est  pas  possible 
de  douter  un  instant  qu'elles  présentent  le  programme  des 
vertus  sociales  et  religieuses  préconisées  chez  les  Égyptiens. 
On  en  trouve  le  type  dans  certains  passages  du  chap.  cxxv 
du  Rituel  où  le  défunt,  introduit  dans  le  tribunal  d'Osiris, 
se  recommande  de  ses  vertus  et  énumère  les  iniquités  dont 
il  est  déclaré  exempt.  L'étude  que  j'ai  faite  de  ces  divers 
textes  m'a  démontré  qu'aucune  des  vertus  chrétiennes  n'y 
est  oubliée  :  la  piété,  la  charité,  la  douceur,  la  retenue  dans 
les  actes  et  dans  les  paroles,  la  chasteté,  la  protection  des 
faibles,  la  bienveillance  pour  les  humbles,  la  déférence  envers 
les  supérieurs,  le  respect  de  la  propriété  dans  ses  moindres 
détails,  etc.,  tout  s'y  trouve  exprimé,  et  en  fort  bons  termes. 
L'Égyptien  ne  voyait  s'ouvrir  pour  lui  la  porte  de  l'éternité 

BiBL.  âOYPT.,  T.  X.  9 


130        SCÈNE  MYSTIQUE  PEINTE  SUR   UN   SARCOPHAGE 

heureuse  que  s'il  pouvait  se  rendre  le  témoignage  d'avoir 
nourri  Taffamé,  rafraîchi  l'altéré,  habillé  le  nu,  etc. 

C'est  donc  bien  à  tort,  selon  moi,  que  dans  son  savant 
article  sur  Ésope  et  les  origines  des  fables,  M.  Zundel  a  écrit 
CCS  paroles  :  Quant  à  la  morale,  elle  semble  avoir  été  en 
Egypte  aussi  pauore  quil  le  fallait  pour  Cage  de  la  Fable* . 
Je  ne  relèverais  pas  cette  allégion si  lauteur  s'était  contenté 
de  l'appuyer  sur  les  contes  ridicules  d'Hérodote.  Ceux  qui 
consentiront  à  croire,  sur  le  témoignage  de  l'historien  grec, 
que  Chéops  prostitua  sa  fille,  à  prix  d'argent,  pour  payer  les 
façons  de  ses  pyramides*;  que  Sésostris  jeta  ses  enfants  dans 
un  brasier  pour  se  faire  un  pont  à  travers  les  flammes  *,  etc. , 
ceux-là,  dis-je,  peuvent  concevoir  de  la  valeur  morale  des 
Égyptiens  l'opinion  qui  leur  conviendra,  sans  que  les  égyp- 
tologues  songent  à  les  détromper.  Mais  M.  Zundel  m'a  mis 
en  cause  en  citant  quelques  extraits  de  mes  traductions  du 
Papyrus  Prisse*,  et  en  cela,  il  n'a  pas  tenu  assez  de  compte 
de  mes  réserves  :  J'ai  le  regret,  disais-je,  de  laisser  presque 
entièrement  dans  l'ombre  de  t inconnu  les  vénérables  doc- 
trines  du  vieux  philosophe  égyptien.  C'était  donc  faire  à 
mes  traductions  fragmentaires  beaucoup  trop  d'honneur  que 
d'y  puiser  des  arguments  pour  une  thèse  de  cette  nature, 
d'autaïit  mieux  que  les  deux  maximes  mises  en  cause  sont 
des  fragments  de  phrases  arrachés  à  un  contexte  inintelli- 
gible pour  moi  et  dont  la  traduction  correcte  modifierait 
probablement  les  sens  que  j'ai  adoptés.  Je  devais  cette  ex- 
plication aux  lecteurs  de  la  Bévue  et  à  l'honorable  M.  Zundel 
lui-même,  que  je  regretterais  d'avoir  entraîné  dans  une 
erreur. 

1.  Reçue  archéologique,  nouvelle  série,  III»  p.  354. 

2.  Hérodote,  II,  ch.  cxxvi. 

3.  Hérodote,  II,  ch.  cvii. 

4.  Revue  archéologique,  1857,  p.  1  ;  [cf.   t.  1*',  p.  183-214,  de  ces 
Œuvres]. 


PAPYRUS  ÉGYPTIENS  HIÉRATIQUES 

I.  343-371 

DU 

MUSÉE  D'ANTIQUITÉS  DES  PAYS-BAS  A  LEYDE* 


I.  343*371.  Papyrus.  Textes  hiératiques,  contenant  des  formules 
magiques,  recueils  de  maximes,  hymnes,  correspondances  épis- 
tolaires,  rapports,  états  de  comptabilité,  essais  calligraphiques,  etc. 
Tous  ces  papyrus,  à  Texception  du  n^  345,  qui  a  fait  partie  de  la 
collection  de  M.  Cimba,  acquise  à  Livourne  en  1826,  appartiennent 
à  la  collection  Anastasy.  Les  no»  343.  344,  346-349,  351,  352,  360- 
362  et  365-368  inclus,  ont  été  trouvés  à  Memphis  ;  les  n<»  369  et  370 
à  Thèbes.  Les  inventaires  du  Musée  ne  fournissent  aucun  rensei- 
gnement relatif  aux  endroits  d'où  proviennent  les  autres  papyrus, 
345,  350.  353  359,  363,  364  et  371. 

Ces  papyrus,  publiés  depuis  1853  dans  les  14-20  livraisons  des 
Monuments  égyptiens,  ont  été  accompagnés  d*un  texte  provisoire, 
qui  ne  devait  servir  que  jusqu'à  ce  que,  tous  les  manuscrits  de 
cette  série  étant  lithographies  et  imprimés,  ils  pussent  être  dis- 
posés chacun  d'après  son  numéro  d*ordre.  Dans  l'intervalle,  M.  F. 

1.  Publiés  dans  la  14*  livraison,  ou  la  7'  de  la  II'  partie,  et  dans  les 
16-20  livraisons,  les  9-13  de  la  II*  partie  des  Monuments  égyptiens  du 
Musée  d'Antiquités  des  Pays-Bas  à  Leyde,  par  le  D'  C.  Leemans.  — 
87  planches,  XCVIII-CLXXXIV.  [On  n'a  reproduit  ici  que  le  texte  de 
Cbabas,  les  planches  se  trouveront  dans  le  grand  ouvrage  néerlandais. 
—  G.  M.| 


132  PAPYRUS   ÉGYPTIENS   HIÉRATIQUES 

Chabas  de  Chalon-sur-Saône,  qui,  par  ses  excellentes  publications, 
s'est  assuré  un  premier  rang  parmi  les  Égyptologues  de  notre  temps, 
a  bien  voulu,  à  notre  demande,  s'occuper  d'un  examen  de  ces  docu 
ments,  et  nous  communiquer  les  résultats  de  ses  recherches,  dans 
les  Notices,  que  nous  avons  Tavantage  de  pouvoir  publier  ici.  C  est 
un  nouveau  titre  que  ce  savant  distingué  vient  d'acquérir  à  l'estime 
et  la  reconnaissance  de  tous  ceux  qui  s'intéressent  aux  progrès  des 
découvertes  dans  les  vastes  champs  de  l'Archéologie  égyptienne. 
Nous  saisissons  avec  empressement  cette  occasion  de  témoigner 
publiquement  combien  nous  lui  sommes  redevables  de  Tintéres- 
sante  contribution  dont  il  a  bien  voulu  enrichir  notre  ouvrage. 

Dans  un  travail  spécial,  récemment  publié  sous  le  titre  de  Mé- 
langes égyplologiques^y  M.  Chabas  a  discuté  différents  sujets,  con- 
tenus dans  les  textes  de  nos  papyrus  hiératiques,  et  mis  un  peu  plus 
en  relief  les  particularités  qu'ils  renferment.  Il  s'était  contenté  de 
traiter  ces  particularités  d'une  manière  plus  succincte  dans  les 
Notices  suivantes,  parce  qu'elles  auraient  exigé  des  citations  de 
textes  originaux  et  l'emploi  de  types  hiéroglyphiques  et  hiératiques, 
ou  nécessité  des  planches  spéciales.  Quoique  nous  ne  puissions 
douter  que  les  Mélanges  égyptologiques  ne  soient  dans  les  mains 
de  toutes  les  personnes  qui  s'occupent  des  textes  égyptiens,  il  ne 
nous  a  pas  paru  tout  à  fait  inutile  de  citer,  dans  quelques  notes 
marginales  (signées  C.  L.)  les  endroits,  qui  peuvent  fournir  de  plus 
amples  renseignements,  ou  qui  offrent  les  derniers  résultats  des 
recherches  ultérieures  auxquelles  l'auteur  s'est  livré.  —  C.  Lee- 
mans. 

1,  Mélanges  égyptologiques  comprenant  onse  dissertations  sur  dif- 
férents sujets,  [V*  série],  Chalon-sur-Saône  et  Paris,  1862,  8*. 


NOTICES  SOMMAIRES 

DES 

PAPYRUS  HIÉRATIQUES  ÉGYPTIENS  I.  343-371 

DU  MUSÉE  D'ANTIQUITÉS  DES  PAYS-BAS  A  LEYDE 


AVANT-PROPOS 

Les  Papyrus  hiératiques  du  Musée  I.  343-371  forment 
un  ensemble  assez  considérable.  Bien  qu'ils  ne  comprennent 
aucun  document  digne  d'être  comparé  à  certaines  pièces 
appartenant  au  Musée  Britannique,  ils  n'en  sont  pas  moins 
d'un  grand  intérêt  et  méritent  la  très  sérieuse  attention  des 
Égyptologues.  On  y  trouvera  en  effet  un  nombre  immense 
de  notions  nouvelles,  qu'on  chercherait  vainement  ailleurs. 

Presque  tous  ces  manuscrits  ont  plus  ou  moins  souffert 
des  injures  du  temps;  l'écriture  en  est  souvent  usée,  illisible 
et  les  lacunes  y  abondent.  Au  premier  abord  l'investigateur 
se  retire  découragé  de  ses  efforts  infructueux.  Cependant  le 
mal  n'est  pas  aussi  grand  qu'on  pourrait  le  croire;  avec  un 
peu  d  attention  on  finit  par  se  rendre  maître  du  type  gra- 
phique, on  réussit  à  combler  quelques  lacunes,  et  si  l'on  ne 
peut  pas  tout  traduire,  on  détermine  au  moins  avec  certitude 
la  nature  et  le  sujet  de  tous  ces  documents. 

C'est  ce  but  limité  que  j'ai  eu  en  vue  et  que  j'espère  avoir 
atteint  dans  les  notices  sommaires  qui  vont  suivre.  Mon 
travail  n'est  qu'un  acheminement  à  des  études  plus  appro- 
fondies ;  les  Égyptologues  pourront  y  trouver  des  indications 


134  PAPYRUS  ÉGYPTIENS  HIÉRATIQUES 

Utiles  pour  l'objet  spécial  de  leurs  recherches  et  un  encou- 
ragement à  sonder  ces  mines  nouvelles  que  l'intelligente 
direction  du  Musée  d'antiquités  néerlandais  a  mises  à  notre 
disposition. 

Voici  la  distribution  générale  des  matières  contenues  dans 
ces  papyrus  : 

1^  Papyrus  de  formules  biagiques. 
I.  343,  recto  et  verso. 

345,  recto  et  verso.  Ce  papyrus  contient  aussi  quel- 
ques recettes  médicales. 

346,  347,  343,  pages  u  et  m;  348,  revers,  et  349. 

2^  Papyrus  magiques  roulés,  ayant  servi  de  talis- 
mans. 
I.  353-ao9. 
3®  Recueil  de  maximes  ou  d'axiomes  sur  des  sujets 

VARIÉS. 

I.  344. 
4"^  Hymnes  au  dieu  de  l'égypte  considéré  sous  ses 
attributions  solaires. 
I.  344,  verso;  350. 
5*  Correspondance  épistolaire  et  rapports  officiels. 
I.  348,  page  i;  ibid.,  pages  6-10. 
360-367.  Ces  huit  papyrus  sont  des  lettres  missives 

qui  ont  été  trouvées  roulées  et  cachetées. 
368,  369  et  370. 
6°  États  de  comptabilité. 

I.  350,  351,  352. 
7°  Essais  calligraphiques. 

I.  348,  pages  4  et  5. 
8*  Adresse  déprécative  d'un  époux  a  sa  femme  dé- 
funte. 
I.  371. 


PAPYRUS   ÉGYPTIENS   HIÉRATIQUES  135 


NOTICES   DES   PAPYRUS  ' 

Planches  XCVIII-CIV 

I.  343.  Sept  pages  au  recto  (pi.  XCVIII-CI)  et  six  au  verso 
(pi.  CI-CIV).  Écriture  pleine,  mais  peu  ferme;  type  de 
l'époque  des  Ramessides  (XVIII®  ou  XIX®  dynastie). 

Ce  papyrus  est  un  livre  de  formules  magiques,  en  égyptien 
S*ENTi,  charme,  conjuration.  A  la  fin  de  chaque  formule, 
une  clause  à  l'encre  rouge  en  indique  l'usage  spécial,  comme 
par  exemple  page  1,  1.  2  (pi.  XCIII);  4,  1.  8  (pi.  XCIX); 
6,  1. 1  (pi.  C). 

L'objet  de  ces  formules  est  de  conjurer  et  de  dissiper  cer- 
taines maladies  que  le  texte  nomme  Ak'u  et  Samauna.  Ces 
deux  dénominations  s'échangent  parfois  dans  des  phrases 
identiques,  et  l'on  voit  par  un  autre  document  que  I'Ak^u 
pouvait  avoir  son  siège  dans  les  intestins. 

Ainsi  que  je  l'ai  montré  dans  le  Papyrus  magique  Harris  *, 
dont  j'ai  publié  le  texte  et  la  traduction,  les  conjurations 
magiques  employées  par  les  Égyptiens  se  composent  géné- 
ralement : 

1®  de  la  mention  d'un  événement  mythologique  et  le  plus 
souvent  de  quelque  fait  relatif  à  la  lutte  d'Osmis  contre  Set; 

1.  Dans  la  transcription  des  mots  égyptiens,  la  voyelle  u  doit  Ôtre 
prononcée  ou;  le  q  est  exprimé  par/^  le  og  par  5*,  le  il  par  t'^  le  â  par  k^ 
et  le  2  par  h  (C.  L.). 

2.  Le  Papt/rus  magique  Marris^  traduction  analytique  et  commentée 
d'an  manuscrit  égyptien  comprenant  le  texte  hiératique,  un  tableau 
phonétique  et  un  glossaire,  1  vol.,  in-4*,  av.  pi.,  Chalon-sur-Saône.  Voyez 
aussi  sur  ces  formules  de  menaces  dans  les  conjurations  magiques,  Reu- 
vens,  Lettres  à  M,  Letronnc,  1, 12-17,  et  le  Papyrus  égyptien  démotique 
à  transcriptions  grecques  (publié  dans  la  1"  livraison  des  Monuments 
égyptiens)^  texte,  p.  7-15  (C  L.). 


136  PAPYRUS  ÉGYPTIENS  HIÉRATIQUES 

2"  de  ndentification  du  conjurateur  avec  une  divinité, 
doct  il  assume  la  puissance  au  moyen  de  la  conjuration; 

3*  enfin  d'une  injonction,  quelquefois  suivie  de  menaces, 
à  la  personne  ou  la  chose  conjurée. 

Les  Papyrus  de  Ley de  justifient  complètement  cette  divi- 
sin. 

De  la  première  page  de  celui  qui  nous  occupe,  il  ne  reste 
que  des  li-.'nes  fragmentées;  la  rubrique  qui  se  trouve  à  la 
2^  lizne  démontre  que  le  papyrus  n'est  pas  entier.  Set  figuré 
p:ir  l'animal  typlionien,  qui  désigne  aussi  Sutek*,  dieu  des 
K'ïTAS,  adop:ê  par  les  Ramessides,  est  nommé  à  la  10®  ligne; 
mais  on  ne  dislingue  rien  de  précis  qu'à  la  7*  ligne  de  la 
pa^e  lu  où  Samauna  est  conjuré  en  ces  termes  :  Pars,  ô  Sa- 
ma:(ni,  pars^  ô  louche  d'yeux^!  ou  tu  seras  brisé  sur  la 
pîtrre,  ou  tu  périras  sur  la  pierre. 

Avec  la  page  m  pi.  XCIX)  commence  un  nouveau  S^enti  ; 
rê.:r:;iire  en  est  fort  mutilée,  mais  on  y  retrouve  Ak*u  et 
Samalna.  La  fin  de  ce  paragraphe  existe  en  duplicata  au 
papyrus  I.  345,  revers  G,  ligne  4  (pi.  CXXXV).  Avec  ce 
secours  nous  obtiendrons  une  idée  un  peu  plus  complète  du 
texte.  Voici  ce  que  j'y  lis,  page  in,  1.  ult.  et  sqq.  :  Ils  feront 

is^nber  le  sang  du  soleil  sur  la  poussière ;  ilsfrap- 

ftroui  s::r  les  narines  de  FAk^u;  ils  frapperont  son  sein. 
Pars,  ô  S  ry.auna!  suis  l'aile  que  je  tiens  à  la  main;  tombe 
sur  lu  poussière!  deviens  pierre!  Je  suis  Set;  Je  descends 
du  c:\i  pjur /o::Ier  ton  cou.  Suit  la  rubrique  qui  explique 
dîins  quelles  circonstances  il  faut  prononcer  ces  paroles. 

Un  troisième  S*enti  commence  à  la  ligne  9  de  la  page  iv 
^Juplicata  345,  revers,  pi.  CXXXV  G,  1.  5).  Le  conjurateur 
y  fait  appel  aux  forces  violentes  de  Set  (ou  de  Sutek*)  et  de 
Baal,  et  il  s'agit  encore  de  dissiper  magiquement  Ak*u  et 
Samauna.  Le  texte  renferme  des  mentions  mythologiques 

1.  C«s  trois  derniers  mots  me  laissent  quelques  doutes. 


PAPYRUS  ÉGYPTIENS   HIÉRATIQUES  137 

tellement  singulières  et  nouvelles,  que  je  crois  devoir  donner 
la  traduction  de  ce  passage. 

La  maladie  conjurée,  personnifiée  sous  les  noms  que  j'ai 
fait  connaître,  est  menacée  en  ces  termes,  page  iv,  1.  11  : 
Oui,  il  exercera  la  force  de  son  double  glaive  contre  toi; 
oui,  tu  goûteras  les  goûts  des  breuvages  qu'il  a  dans  la 

main; oui  (page  v,  pi.  C),  Baal  te  frappera  avec  le 

cèdre  qu'il  tient  à  la  main;  et  il  réitérera  avec  les  poutres 
de  cèdre  qu'il  tient  à  la  main.  Tu  es  semblable  à  ceux  qui 
sont  en  état  de  Samauna\  Les  dieux  feront  contre  toi  les 
actes  que  fait  Dieu  avec  Veau;  avec  les  vaisseaux  (veines 
et  artères)  nombreux  de  Set;  avec  les  vaisseaux  surabon^ 
dants  de  Num  et  de  Phra  ;  avec  les  vaisseaux  d'Ap-heru, 
qui  sont  comme  des  serpents;  avec  les  vaisseaux  du  dieu 
du  ciel  supérieur,  et  ceux  de  Nenukar^  son  épouse;  les  vais^ 
seaux  deRas^pUj  et  ceux  d'Autuma,  son  épouse;  vaisseaux 
de  feu  consumant.  Oui,  tu  seras  traité  du  traitement  d'hier. 

Oui^  tu  seras  éteint  comme  éteignent Oui,  tu  sauteras 

sur  la  poussière;  oui,  tu  mourras;  oui,  les  dieux  sauront 
te  dire  :  «  Sois  mort!  »  Oui,  les  déesses  sauront  dire  à  ton 
cœur:  «  Sors!  » 

Deux  personnages  mythologiques  entièrement  nouveaux 
apparaissent  dans  ce  curieux  passage.  Nenukar,  épouse  du 
dieu  d'en  haut,  Neterher  et  Autuma  (l'Edomite?),  épouse  du 
farouche  Ras'pu,  dieu  d'origine  syrienne  qu'on  a  déjà  trouvé 
associé  à  la  cruelle  Anata. 

Le  S*enti  suivant,  page  vi,  1.  2  (pi.  C),  n'est  pas  moins  in- 
téressant. Il  a  pour  objet  de  rendre  le  conjurateur  maître  du 
cœur,  c'est-à-dire  de  la  vie  de  Samauna.  La  formule  est 
singulière  :  J'agis  devant  toi,  ô  Samauna,  comme  celui  qui 
baigne,  pour  les  membres  de  Men  de  Men-t  *,  comme  celui 
quij  devant  voler,  se  tint  d'abord  sur  un  lieu  élevé,  puis 

1.  Le  dapUcata  Papyrus  345,  verso,  pi.  CXXXV.  G.  1.  10  a  Ak*u. 

2.  Men^Jils  de  Men-t,  expression  identique  au  grec  ô  Seliva  tijc  Setva, 


138  PAPYRUS   ÉGYPTIENS   HIÉRATIQUES 

s'envola  au  soleil  levant.  J'agis  devant  toi  de  même^  ô  Sa- 
mauna,  fagîs  devant  tôt  comme  celui  qui  baigne.  Est-ce 
que  tu  ne  me  connais  pas,  ô  Samaunaf  etc. 

Entre  autres  mentions  remarquables,  la  suite  du  texte 
parle  des  serpents  qui  tuent,  de  Kituriu,  leur  mère  (p.  vi, 
L  10),  autre  personnage  mythologique,  qui  a  plus  d'analogie 
avec  les  génies  des  légendes  arabes,  qu'avec  les  dieux  égyp- 
tiens, puis  des  mamelles  à'Anata,  la  grande  Amrit  (génisse) 
de  Set\ 

La  page  vu  (pi.  CI)  n'a  pas  une  ligne  entière;  on  y  dis- 
tingue l'incantation  de  certains  breuvages  destinés  à  Sa- 

MAUNA  (p.  VII,  lig.  9, 10). 

Enfin  on  y  trouve  le  nom  de  la  ville  syrienne  de  K*erbu, 
si  souvent  mentionnée  dans  les  inscriptions  militaires  con- 
temporaines, et  qu'il  faudra  peut-être  identifier  avec  Chaly- 
bon  (Alep). 

Verso,  L'écriture  du  texte  du  verso  est  usée  par  le  frotte- 
ment, sauf  à  la  page  v  (pi.  CIV)  qui  est  encore  lisible;  quoi- 
qu'elle soit  fort  ressemblante  à  celle  du  recto,  elle  parait  être 
d'une  autre  main.  Dans  tous  les  cas,  le  sujet  est  identique, 
et  l'un  des  textes  faisait  sans  doute  suite  à  l'autre. 

Ak*u  et  Samauna  reviennent  à  différentes  reprises,  et 
notamment  page  iv,  1.  2  (pi.  CIII),  se  retrouve  la  formule 
déjà  traduite  :  Pars,  ô  Ak^u!  pars,  d  louc/ie  d'yeux;  oui,  tu 
seras  frappé  sur  la  pierre;  oui,  tu  succomberas  sur  la 
pierre. 

Au  commencement  de  la  page  v  (pi.  CIV),  est  relaté  un 
fait  de  l'histoire  d'Isis  :  Ta  mère  a  conçu,  tu  as  été  enfanté 
(ce  matin).  Elle  a  fait  un  charme,  en  pleurant^  contre  le 
serpent. 

un  tel,  fils. d'une  telle;  v.  Mélanges  ègyptologiques,  [l"  série,]  p.  108-111; 
Brugsch,  Grammaire  dèmotique,  VIII,  §  6,  p.  117,  118  (C.  L.). 

1.  Ou  plas  probablement  de  SutekS  Le  texte  du  papyrus  est  fortement 
imprégné  de  l'influence  syrienne. 


PAPYRUS   ÉGYPTIENS  HIÉRATIQUES  139 

On  rencontre,  dans  la  suite  du  texte,  la  mention  de 
diverses  parties  du  corps  humain,  dont  les  fonctions  sont 
exprimées,  mais  il  est  difficile  de  relier  avec  quelque  certi- 
tude les  parties  intelligibles  de  ces  phrases  mutilées. 

Planches  CV-CXXV 

I.  344,  recto.  Le  manuscrit  est  écrit  des  deux  côtés,  mais 
le  texte  du  verso,  étant  essentiellement  différent  de  celui 
du  recto,  aura  sa  notice  spéciale. 

Le  texte  du  recto  (pi.  CV-CXIII),  d'une  écriture  ferme  et 
serrée,  appartient  également  à  Tère  des  Ramessides;  c'est 
l'un  des  plus  intéressants  de  la  collection.  Il  forme  seize 
pages,  dont  les  neuf  premières  sont  divisées  par  des  ru- 
briques en  courts  paragraphes. 

Jusqu'à  la  page  vi  (pi.  CVII),  la  rubrique  consiste  dans  le 
groupe  Aumes,  dont  la  valeur  exacte  n'est  pas  encore  déter- 
minée. Je  propose  d'admettre  provisoirement  le  sens  ima- 
giner, supposer,  qui  rend  bien  compte  de  la  disposition  du 
texte.  Il  s'agit  en  effet  d'une  suite  de  sentences  et  d'axiomes, 
tels  que  les  deux  suivants,  p.  ii,  1.  3  (pi.  C  V)  :  Supposez  que 
le  Nil  croisse j  personne  ne  laboure;  p.  ii,  1. 10  :  Suppose;:  un 
fleuve  où  boivent  des  crocodiles^  la  soif  se  calme  ches  les 
homm£S. 

Une  foule  d'objets  sont  ainsi  mis  en  scène,  par  exemple  : 
les  métaux  précieux  employés  à  orner  le  cou  des  esclaves, 
p.  m,  1.  2(pl.  CVI);  la  chevelure,  iv,  1;  lamort,  iv,2;  Athu 
et  To-mehi,  deux  villes  de  la  Basse-Egypte,  iv,  6;  le  pouvoir 
des  esclaves,  iv,  13;  la  fuite  du  soldat,  v,  4  (pi.  CVII);  le  foin 
mouillé,  VI,  1;  le  blé  gâté  partout,  vi,  3;  les  formules  ma- 
giques, VI,  6,  etc. 

Aux  pages  vu,  viii  (pi.  CVIII),  et  ix  (pi.  CIX),  la  rubrique 
devient  Ma-ten,  accordez,  faites  que^  convenez.  L'une  des 
maximes  de  cette  ps^rtie  du  manuscrit  illustre  d'une  manière 
bien  remarquable  pour  l'époque,  l'éternelle  influence  de  la 


140  PAPYRUS   ÉGYPTIENS   HIÉRATIQUES 

richesse;  p.  viii,  1.1:  Faites  que  celui  qui  n'a  rien  devienne 
maître  de  richesses^  le  magistrat  le  louera.  Si  la  considé- 
ration s'improvise  dans  certains  cas,  il  n'en  est  pas  de  môme 
de  la  science  musicale;  p.  vu,  1.  13  :  Faites  de  celui  qui 
ignore  le  plectrum  un  maître  de  cithare j  il  ne  jouera  pas 
de  manière  à  charmer  la  mélancolie. 

P.  vni,  1.  5,  un  précepte  approuve  l'homme  qui  vit  de  son 
travail. 

P.  VHi,  1. 10  et  12,  est  traitée  l'hypothèse  de  rois  soumis 
à  des  travaux  vulgaires,  et  p.  viii,  1.  11,  de  l'individu  qui, 
n'ayant  pas  de  couteau,  serait  chargé  de  tuer  des  bœufs. 

On  conçoit  aisément  l'intérêt  de  ce  singulier  manuscrit; 
malheureusement,  par  la  nature  même  de  son  texte,  il  pré- 
sente de  grandes  diflScultés  au  traducteur,  et  ces  difficultés 
sont  beaucoup  aggravées  par  la  multiplicité  des  lacunes,  qui 
entament  presque  toutes  les  phrases. 

Les  dernières  pages  du  papyrus  sont  couvertes  d'un  texte 
philosophique,  entrecoupé  de  si  grandes  lacunes,  qu'il  est 
presque  impossible  d'en  tirer  quelque  chose  de  suivi. 

Verso  (pi.  CXIV-CXXV)  :  Douze  pages  d'une  très  belle 
écriture,  d'un  corps  plus  élevé,  mais  du  même  type  paléo- 
graphique que  les  manuscrits  précédemment  décrits.  De 
même  que  celui  du  recto,  le  texte  du  verso,  dont  le  commen- 
cement n'existe  plus,  est  déplorablement  mutilé.  Il  contient 
un  hymne  au  dieu  de  TÉgypte,  considéré  principalement 
dans  ses  attributions  solaires;  des  rubriques,  consistant  dans 
les  premiers  mots  de  certains  paragraphes  écrits  à  l'encre 
rouge,  le  divisent  en  strophes.  Voir  p.  i,  1.  3  (pi.  CXIV); 
II,  1, 5, 9  (pi.  CXV);  m,  6,9(pl.CXVI);  iv,  1,5,11  (pL  CXVII); 
v,5,9  (pi.  CXVIII);  VI,  9  (pi.  CXIX);  vu,  2  (pi.  CXX);  ix,5 
(pi.  CXXII);  X,  3,  8  (pi.  CXXIII);  xii,  2  pi.  (CXXV). 

La  divinité  y  est  invoquée  sous  les  noms  divers  du  Panthéon 
égyptien  :  Horus,  Harmachis,  Tum,  Chpra,  Atkn,  etc., 
et  Ton  y  retrouve  la  plupart  des  attributions  que  les  com- 
positions du  même  ordre  nous  ont  déjà  fait  connaître.  Par 


PAPYRUS  ÉGYPTIENS  HIÉRATIQUES  141 

exemple  :  Gloire  à  toi  qui  as  enfanté  tout  ce  qui  est , 

qui  asjbrmé  V homme,  fait  les  dieux,  créé  les  animaux  dans 

leur  ensemble ,  qui  fais  vivre  les  humains;  qui  n'as 

pas  de  second;  seigneur  des  forces  reproductives  mâles; 
toi  qui  donnes  le  souffie^  p.  ii,  1.  1  et  suiv.  (pi.  CXV). 

Dans  rinvocation  suivante,  l'auteur  a  épuisé  la  série  des 
termes  exprimant  la  divinité  et  la  souveraineté;  il  a  même 
pu  doubler  l'idée  roi  des  rois,  en  employant  successivement 
les  deux  expressions,  qui  nomment  distinctement  la  royauté 
de  la  Haute-Égypte  et  celle  de  la  Basse-Egypte  :  Salut 
à  toi!  Horus  des  Horus,  dominateur  des  dominateurs, 
grand  des  grands,  régent  des  régents,  seigneur  des  sei- 
gneurs, dieu  des  dieux,  roi  des  rois. . .,  p.  vi,  1.  9  et  suiv. 
(pi.  CXIX). 

L'action  providentielle  de  la  divinité  est  bien  indiquée 
dans  les  fragments  que  voici  :  Celui  dont  la  nature  est  de 
faire  vivre  le  monde  dans  ses  phases,  le  cours  du  Nil  dont 

les  voies  sont  secrètes;  il  rajeunit  en  sa  saison ,  p.  vu, 

1.  7  (pi.  CXX).  //  est  la  lumière  du  monde;  il  pousse  dans 

toute  herbe;  il  fait  les  grains,  les  plantes,  la  verdure , 

p.  IX,  1.  2  (pi.  CXXII).  C'est  lui  qui  donne  aufils  les  dignités 
du  père,  p.  xn,  vers  la  fin  (pi.  CXXV). 

On  doit  s'attendre  à  trouver  l'expression  de  l'unité  de  dieu, 
et  en  effet  elle  apparaît  énergiquement  dans  cette  phrase  : 

Tu  es  r unique  au  ciel  et  sur  la  terre ,  il  n'en  est  pas 

d'autre  que  toi,  p.  x,  1.  9  (pi.  CXXIII).  On  sait  que,  chez  les 
Égyptiens,  la  notion  de  l'unité  divine  comprenait  à  la  fois 
le  principe  mâle  et  le  principe  femelle.  Ce  dédoublement 
parait  être  rappelé  à  la  rubrique,  p.  m,  1.  6  (pi.  CXVI),  qui 
commence  par  les  mots  :  un  double;  malheureusement  la 
destruction  du  texte  consécutif  nous  prive  des  commentaires 
de  ce  début. 

En  définitive,  malgré  son  état  de  mutilation,  ce  manuscrit 
peut  encore  être  l'objet  d'une  étude  fructueuse. 


143  PAPYRUS  ÉGYPTIENS  HIÉRATIQUES 


Planches  CXXVI-CXXXVIII 

I.  345.  Ce  manuscrit  paraît  être  de  la  même  main  que  le 
n*  I.  343;  il  est  aussi  de  même  sujet,  c'est-à-dire  qu'il  con- 
siste en  un  recueil  de  formules  magiques.  Le  texte  du  verso 
est  la  suite  de  celui  du  recto. 

Recto  (pi.  CXXVI-CXXXII).  Les  fragments  qui  couvrent 
les  pi.  CXXVI  et  CXXVII  sont  trop  petits  pour  donner  prise 
à  Tétude.  Il  en  reste  assez  cependant  pour  démontrer  que  ces 
débris  appartiennent  à  des  formules  du  même  genre  que 
celles  qui  vont  suivre. 

En  g,  i  (pi.  CXXVIII)  se  trouve  une  imprécation  contre 
la  maladie  Samauna  (1.  6),  à  la  suite  d'une  énumération  de 
différentes  parties  du  corps,  dont  les  fonctions  sont  indi- 
quées, et  notamment  des  sept  ouvertures  de  la  tête.  A  la 
ligne  8,  une  rubrique  détermine  le  cas  dans  lequel  la  con- 
juration doit  être  employée. 

Le  S'enti  suivant  regarde  I'Ak'u,  mais  les  lignes  de  toute 
cette  page  n'étant  pas  entières,  il  est  diflBcile  d'essayer  une 
traduction.  A  la  dernière  ligne  et  dans  les  trois  premières 
de  la  page  suivante  (p.  ii,  1. 1-3),  je  distingue  cependant  cette 
formule  singulière  : 

a  fait  emporter  les  montagnes,  celui  qui  exerce  l'acte 

viril  comme  un  taureau  de  sacrifice.  Oui,  il  déracinera 

l'action  de  Samauna;  ouiy  il  déracinera  ses  deux , 

ainsi  que  ses  influences  pernicieuses ,  qui  ont  pénétré  jusqu'à 
son  cœur  (le  cœur  du  malade  sans  doute). 

Set  et  Anher  sont  les  dieux  invoqués,  p.  ir,  1.  4.  Le  rôle 
important  d'ANHER  dans  les  opérations  magiques  nous  a  été 
révélé  par  le  Papyrus  magique  Harris. 

Après  la  grande  lacune  qui  coupe  le  milieu  de  la  page, 
on  trouve,  1.  8  : 

Tombe  sur  la  poussière,  à  Samauna!  oui ,  ouvres 


PAPYRUS   ÉGYPTIENS   HIÉRATIQUES  143 

VOS  bouches,  vaisseaux  de  Men  [Jils)  de  Men-t!  Éjacules 
l'Ahu,  qui  est  en  vous/  car  Je  ne  parle  pas  à  toute  espèce 
de  vaisseaux;  car  je  parle  aux  vaisseaux  qui  ont  reçu 
VAhu.  Oui,  vous  demeurerez  inertes  (?)  sur  le  sol;  oui, 
Phra  saura  dire  :  «  O  Samauna,  meurs!  »  Oui,  les  Hathors 
sauront  dire  à  Samauna  :  «  Sors/*  » 

Nous  arrivons,  p.  m,  1.  5  (pi.  CXXIX),  à  une  lacune  consi- 
dérable. Un  nouveau  S*enti  commence  à  la  ligne  9  ;  il  y  est 
fait  appel  au  nom  d'HoRUS  et  au  nom  de  Set,  seigneur  du 
ciel,  qui  porte  son  glaive  et  abat  la  pierre  d'une  coudée.  Ce 
passage  fait  allusion  à  un  épisode  encore  inconnu  de  la 
guerre  typhonienne;  la  pierre  mythologique  sur  laquelle 
frappe  Set,  est  sans  doute  la  même,  dont  Tune  des  formules 
du  papyrus  I.  343  menace  Ak'u  et  Samauna  '. 

A  la  fin  de  la  page  iv,  nous  retrouvons  le  dieu  Ras*pu ; 

frappera  sur  ta  tête;  oui,  tu  marcheras  sur  le  sentier  de 
ceux  que  Ras^pu  a  tués;  et  de  ceux  qui  ont  marché  devant 
la  poursuite  d'Anher. 

Les  planches  CXXX  et  CXXXI  n'ont  plus  que  d'insigni- 
fiants fragments.  Dans  le  dernier,  page  ii,  1.2  (pi.  CXXXI), 
une  rubrique  ordonne  de  prononcer  sept  fois  la  formule  qui 
précède. 

Le  texte  change  ensuite  momentanément  de  nature  et, 
au  lieu  de  moyens  magiques,  donne  contre  les  maladies  de 
véritables  recettes,  reru.  Différentes  substances  sont  indi- 
quées comme  devant  être  mélangées  à  certaines  doses;  tous 
les  noms  sont  lisibles,  mais  je  ne  puis  identifier  que  le  miel 
et  le  sel  de  nitre  Hesmen. 

Les  S*ENTis  recommencent  dès  la  dernière  ligne  de  la 
même  page,  où  nous  en  trouvons  un  contre  le  feu,  ou  l'in- 
flammation, qui  se  manifeste  à  l'un  des  membres,  nommé 
sta.  Il  est  fait  appel  à  la  puissance  de  Phra  et  de  Tum  à 

1.  Comparez  Mélanges  ègyptologiques,  [V*  série,]  p.  64  (G.  L.). 

2.  V.  inpra,  p.   136,  138  [du  présent  volume]. 


144  PAPYRUS  ÉGYPTIENS  HIÉRATIQUES 

propos  d'une  exécution,  dont  le  théâtre  est  placé  par  le  texte 
dans  rÉlysée  égyptien,  nommé  ici  la  campagne  d'Aareru^, 
p.  iiï^  1.  2  (pi.  CXXXIl).  Le  charme  est  puissant,  car  il  peut 
conjurer  le  ciel  et  anéantir  la  terre. 

La  formule  de  menaces  est  curieuse  :  S'il  n'écoute  pas  mes 
paroles,  Je  ne  lui  livrerai  pas  les  yeux  d'Horus,  je  ne  lui 
liorerai  pas  le  scrotum  de  Set,  en  ce  monde  à  jamais. 

Il  est  question  ici  d'un  épisode  de  la  lutte  d'HoRUs  contre 
Set,  déjà  connu  par  le  Rituel.  Favorables  ou  non  au  bon 
principe,  les  événements  de  la  guerre  typhonienne  avaient 
eu  leur  nécessité  fatale.  Aussi,  au  point  de  vue  des  idées 
égyptiennes,  tout  dérangement  apporté  à  l'ordre  de  ces  évé- 
nements eût  altéré  les  destinées  providentielles  de  l'univers. 

La  rubrique  explique  que  cette  conjuration  devait  être 
répétée  quatre  fois,  p.  m,  1.  6. 

Un  dernier  S*enti,  que  la  rubrique  finale  montre  employé 
dans  le  même  cas  que  le  précédent,  commence  page  m,  1.  6- 
C'est  un  des  plus  curieux  au  point  de  vue  mythologique, 
parce  qu'il  nous  fait  connaître  la  déesse  Rannu,  sœur  du 
bœuf  divin  Hapu  (Apis),  venue  de  Punt  (l'Arabie).  Puis  le 
texte  passe  à  une  espèce  de  litanie,  dans  laquelle  le  conju- 
rateur  interpelle  le  malade  sous  le  nom  de  Men  de  Ment,  que 
nous  avons  déjà  plusieurs  fois  rencontré.  L'origine  du  mythe 
d'Apis  ne  nous  est  pas  encore  connue;  nous  savons  seule- 
ment qu'il  date  des  plus  anciennes  époques  ;  dans  le  texte 
cité  se  trouvent  quelques  indications  qu'on  pourra  utiliser. 
La  litanie  est  conçue  en  ces  termes  : 

Je  parle  sur  toi,  Men  de  Ment,  comme  a  parlé  Phra  sur 
lui-même.  Je  parle  sur  toi,  Men  de  Men-i,  comme  a  parlé 
S'u  sur  lui-même,  lignes  8-9. 

La  même  formule  se  continue  avec  les  noms  des  dieux 
Sapti  (Sothis),  1.  10;  Tum,  ib.;  Horus,  1.  11;  Set,  1.  12  et 

1.  Comparez  poar  ce  mot  et  pour  ses  formes,  Mélanges  ègyptoLo- 
giques,  [V*  série,]  p.  104,  105  (C.  L.). 


PAPYRUS  ÉGYPTIENS   HIÉRATIQUES  145 

Thoth,  p.  4, 1. 1;  et  des  déesses  Isis  et  Nephthys,  1.  2  et  3. 

Verso  (pi.  CXXXIII-CXXXVIII).  Dans  les  débris  qui 
couvrent  les  planches  CXXXIII,  CXXXIV,  on  reconnaît 
encore  des  morceaux  de  S*entis  contre  Ak*u,  et  la  fin  d'une 
cetteer  médicale  indiquant  quelques  substances  à  mélanger 
avec  du  vin,/,  iv  (pi.  CXXXIV). 

De  la  planche  CXXXV,  j'ai  déjà  fait  connaître  le  contenu; 
c'est  le  duplicata  d'un  passage  du  Papyrus  I.  343  ^ 

Le  reste  du  manuscrit  (pi.  CXXXVI,  CXXXVII  et 
CXXXVIII)  est  tellement  fragmenté,  qu'il  n'offre  pas  de 
prise  à  l'étude.  On  y  retrouve  I'Ak^u,  le  Men  de  Men-t,  les 
serpents  qui  tuent,  etc.  En  h,  ii  (pi.  CXXXVII),  une  ru- 
brique annonce  un  S'enti  contre  les  jambes  mortes^  sans 
doute  la  paralysie.  Une  déesse  nouvelle,  qui  porte  le  titre 
d'épouse  d'HoRUS,  est  nommée  à  l'avant-dernière  ligne  du 
Papyrus,  I.  page  n  (pi.  CXXXVIII). 

Planches  CXXXIX-CXL 

I.  346.  Trois  pages  d'une  bonne  écriture  de  l'ère  des  Rames- 
sides.  Le  papyrus  est  complet.  Il  porte  le  titre,  page  i,  1. 1 
(pi.  CXXXIX),  de  :  Livre  de  la  fête  de  lajin  de  l'année*  j 
et  contient  un  texte  mystique,  qu'il  fallait  réciter  pendant 
la  fête  des  jours  épagomènes  et  à  la  panégyrie  d'UAK,  au 
lever  du  soleil,  pour  conjurer  la  contagion  annuelle*.  Pour 
le  même  objet,  il  fallait,  dit  le  Papyrus,  p.  ii,  1.  3,  pro- 
noncer les  paroles  sur  un  morceau  de  toile  (ou  de  papyrus), 
sur  lequel  on  aurait  dessiné  une  rangée  de  douze  divinités; 
on  faisait  une  offrande  de  pains  et  de  liqueur  hak;  on 
brûlait  de  l'encens,  et  Von  s'attachait  au  cou  l'amulette 

1.  V.  sapra,  p.  136  [da  présent  volume]. 

2.  Le  groupe,  disparu  au  commencement  de  la  première  ligne,  se  re- 
trouve   la  page  m,  1.  4  (pi.  CXL). 

3.  Ou  la  peste.   Voyez   Les   Mélanges  ègyptologiques,   [V^  série,] 

p.  37-41  (C.  L.). 

BiBL.  ÉOYPT.,  T.  X.  10 


146  PAPYRUS  ÉGYPTIENS   HIÉRATIQUES 

ainsi  consacré.  Cela  sauve  l'homme  de  la  contagion  an- 
nuelle  et  V ennemi,  (la  mort)  ne  peut  s'emparer  de  lui. 
La  rangée  de  douze  divinités  se  trouve  en  effet  dessinée 
à  la  fin  du  manuscrit,  et  la  pièce  principale  du  papyrus  est 
une  allocution  du  conjurateur  à  ces  mêmes  personnages 
divins,  dont  le  premier  est  la  déesse  Pak*t,  dame  d^As^er. 
Ces  divinités  sont  désignées  en  bloc  sous  le  titre  de  Dieux 
à  la  suite  de  PakH  (p.  ii,  ].  4)  et  de  Dieux  coupeurs  de  têtes 
(p.  i,  1.  10).  Entre  autres  singularités  de  cette  allocution, 
je  remarque  la  litanie  suivante,  p.  i,  1.  9-13  :  Que  je  ne  suc- 
combe pas  sous  les  coups  de  celui  qui  est  dans  Pa;  que  je 
ne  succombe  pas  sous  les  coups  de  celui  qui  est  dans  Tepu; 
que  je  ne  succombe  pas  sous  les  coups  de  celui  qui  est  dans 
/SC*e/w  (probablement  Sofc*em)  ;  que  je  ne  succombe  pas  sous  les 
coups  de  celui  qui  est  dans  On;  que  je  ne  succombe  pas  sous 
les  coups  de  celui  qui  est  dans  Tattu;  que  je  ne  succombe 
pas  sous  les  coups  dé  celui  qui  est  dans  Abydos ;  que  je  ne 
succombe  pas  sous  les  coups  de  celui  qui  est  dans  Ker; 
que  je  ne  succombe  pas  sous  les  coups  de  celui  qui  est  dans 

(nom  effacé,  probablement  le  Seba,  le  ciel  d'en  bas); 

que  je  ne  succombe  pas  sous  les  coups  de  celui  qui  est  dans 
la  terre;  que  je  ne  succombe  pas  sous  les  coups  de  celui  qui 
est  au  ciel;  que  je  ne  succombe  pas  sous  les  coups  de  celui 
qui  est  dans  lejleuve. 

Ces  mentions  se  rapportent  toutes  à  Osiris,  et  je  ne  doute 
pas  que  les  huit  villes,  désignées  aux  premiers  versets,  ne 
soient  précisément  celles  dans  lesquelles  Isis  avait  enterré, 
les  uns  après  les  autres^  les  membres  d'Osiris.  Le  sens  intime 
des  paroles  égyptiennes  est  :  que  je  ne  succombe  pas  sous 
les  coups,  sous  lesquels  a  succombé  OsiriSj  cette  première 
victime  des  forces  destructives  personnifiées  en  Set. 

La  deuxième  section  du  papyrus  fait  connaître  les  noms 
mystiques  des  cinq  jours  épagomènes  (p.  ii,  1.  5);  le  texte 
explique  que  celui  qui  prononcera  ces  noms  ne  souffrira  pas 
de  la  soif,  ne  sera  pas  atteint  par  la  contagion  annuelle,  ni 


PAPYRUS  ÉGYPTIENS  HIÉRATIQUES  147 

maîtrisé  par  Pak^t,  l'exécutrice  des  vengeances  divines,  con- 
sidérée comme  présidant  à  tous  les  maux  dont  souffre  Thu- 
manité. 

Le  con  jurateur  dit  :  Jt  connais  cela  (ces  noms).  Je  ne  souf- 
frirai pas  de  la  soif  ;  je  ne  succomberai  pas  à  la  contagion 
annuelle;  PakH  ne  me  maîtrisera  pas;  puis  il  passe  en 
revue  les  cinq  jours  épagomènes,  p.  ii,  1.  7-ni,  1.  2,  en 
indiquant  leur  qualité  favorable  ou  funeste,  à  la  manière  du 
calendrier  Sallier  \  et  en  y  rapportant  la  naissance  d'OsiRis, 
d'HoRUS,  de  Set,  d'Isis  et  de  Nephthys,  dans  Tordre  assigné 
par  Plutarque  ;  il  demande,  dans  une  courte  prière^  l'assis- 
tance de  chacune  de  ces  divinités  et  prononce  enfin  le  nom 
mystique  du  jour  épagomène. 

Une  clause,  débutant  par  trois  mots  à  l'encre  rouge,  p.  m, 
1.  1  (pi.  CXL),  explique  qu'il  faut  prononcer  les  formules 
en  dessinant  les  dieux  sur  un  morceau  de  toile  avec  des 
couleurs  données,  pendant  les  cinq  jours  complémentaires 
de  l'année.  On  ne  devait  se  livrer  à  aucun  travail  étranger. 
Celui  qui  avait  ainsi  opéré  ne  périssait  pas. 

Une  seconde  rédaction  du  livre  des  cinq  épagomènes  com- 
mence à  la  page  m,  1.  4;  c'est  un  abrégé  qui  comprend  une 
invocation,  renonciation  des  noms  mystiques,  et  la  formule 
d'identification  du  conjurateur  avec  diverses  divinités  et 
notamment  deux  formes  de  Pak*t. 

Planches  CXLI-CXLVI 

I.  347.  Douze  pages,  plus  trois  lignes  de  la  treizième,  d'une 
écriture  fine  et  nette,  appartenant  au  même  type  paléo- 

1.  Papyras  Sallier  IV^  Select  Papyri  in  the  Hieratic  character  in 
the  British  Muséum,  pi.  CXLIV-CLVIII.  Voyez  E.  de  Rougé,  Mémoire 
sur  quelques  phénomènes  célestes  rapportés  sur  les  mx>numents  égyp- 
tiens,  appendice  sur  le  Calendrier  du  Papyrus  n*  4  de  la  collection 
Sallier,  dans  la  Revue  archéologique,  \y*  série,]  année  IX.  Comparez 
aussi  H.  Bmgsob,  Ueber  die  fànf  Epagomenen  in  einem  hieratischen 
Papyrus  su  Leyden,  dans  la  Zeitschrift  der  Deutschen  Morgenlând. 
GeseUscha/l,  t.  VI  (1852)  (C.  L.). 


148  PAPYRUS   ÉGYPTIENS   HIÉRATIQUES 

graphique  que  les  manuscrits  précédemment  décrits.  Ce 
papyrus  contenait  deux  compositions  distinctes,  mais  de 
même  sujet.  De  la  première,  il  nous  reste  seulement  les 
débris  des  deux  premières  pages  (pi.  CXLI,  pages  i  et  n). 
On  voit  par  la  rubrique  finale,  qu'au  moyen  des  paroles 
enseignées  par  le  texte,  on  consacrait  un  objet  de  tahen^ 
substance  non  encore  identifiée,  mais  qui  était  employée 
pour  la  préparation  de  certains  talismans. 

La  rubrique  de  la  seconde  pièce,  p.  xii,  1.  9  (pi.  CXLVI), 
nous  fait  mieux  connaître  l'objet  commun  de  l'ensemble;  il 
fallait,  dit  cette  rubrique,  prononcer  les  paroles  sur  une 
image  du  chacal  d'Anubis,  dessiné  sur  un  morceau  de  toile 
(ou  de  papyrus)  avec  deux  couleurs,  et  en  entourer  les 
membres  de  la  personne  à  secourir.  La  personne,  ainsi  mys- 
tiquement armée^  était  préservée  d'une  foule  de  maux  et 
notamment  de  la  contagion  annuelle,  et  les  maladies  ne  la 
détruisaient  pas . 

Ainsi  le  Papyrus  347  avait  bien  la  même  destination  que 
le  346;  tous  les  deux  formaient  des  talismans  contre  divers 
maux  et  surtout  contre  la  contagion.  On  conçoit  le  motif  qui 
les  a  fait  conserver  roulés  l'un  dans  Tautre. 

Celui  qui  fait  l'objet  de  cette  notice,  présente  une  circons- 
tance assez  remarquable  dans  la  multiplicité  des  corrections 
en  interligne,  qui  y  ont  été  notées  à  l'encre  rouge.  On  re- 
connaît aisément  les  fautes  qu'a  relevées  le  correcteur,  et  il 
est  possible  même  d'en  signaler  qui  ont  échappé  à  son  atten- 
tion. Pour  ce  motif,  Tétude  de  ce  papyrus  fautif  est  à  la  fois 
difficile  et  instructive. 

Il  débute,  p.  III,  1. 1  (pi.  CXLII),  par  un  hymne  à  Horus 
de  la  ville  de  Pa,  et  à  Horus  de  la  ville  de  Tapu,  deux  loca- 
lités de  la  Basse-Egypte  d'importance  mythologique  consi- 
dérable. Le  dieu  est  invoqué  sous  des  attributions  très  remar- 
quables :  le  seigneur  des  épouvantements,  le  roi  des  écrits^ 
le  très  vaillant,  le  maître  de  la  justice,  le  très  redoutable^ 
le  seigneur  des  paroles ,  le  fondateur  de  la  maison  des 


PAPYRUS   ÉGYPTIENS   HIÉRATIQUES  149 

livres ,  le  dominateur  dans  le  combat,  sa  vaillance 

agit  comme  un  pouvoir  magique (lig.  1-3). 

La  plupart  de  ces  titres  nous  sont  connus  comme  carac- 
térisant Thoth,  le  dieu  de  la  science,  dont  Horus  semble 
ici  usurper  le  rôle. 

A  la  dernière  phrase  de  l'hymne,  lig.  8-9,  il  est  dit  du 
dieu  que  son  amour  est  dans  le  sein  des  retu,  paiu,  rekHu 
et  hommu.  Ces  quatre  expressions  s'appliquent  les  unes  et 
les  autres  à  la  race  humaine,  avec  des  nuances  sur  lesquelles 
nous  sommes  mal  renseignés.  Elles  reviennent  du  reste  plu- 
sieurs fois  dans  la  suite  du  manuscrit. 

L'hymne  à  Horus  sert  d'introduction  au  texte  propre  du 
livre  magique,  lequel  se  compose  de  dix  Ab-ru,  ou  invoca- 
tions analogues  aux  S*entis. 

Dans  le  premier  Ab-ru  (p.  m,  1.  9),  je  distingue  :  1®  la  men- 
tion d'un  événement  mythologique;  2**  une  invocation  à 
Horus;  3*  une  prière  :  détruis  le  mal  dans  mes  membres; 
détruis  V hostilité  ches  les  hommes;  accorde-moi  l'amour 
dans  le  sein  de  l'espèce  humaine. 

Le  deuxième  Ab-ru  s'adresse  à  Horus,  qui  impose  la 
crainte  au  cœur  de  tous^  le  respect  au  sexe  masculin  comme 
au  sexefémininj  p.  m,  1.  14-iv,  1. 1.  Il  comprend  une  très 
remarquable  invocation  à  ce  dieu,  p.  iv,  1.  3,  dans  laquelle 
sont  introduits  plusieurs  noms  géographiques  qui  rappellent 
l'Asie  et  l'Arabie,  contrées  où  l'Egypte  a  probablement  em- 
prunté de  toute  antiquité  des  légendes  mystérieuses.  Le 
conjurateur  s'identifie  avec  Phra  en  son  nom  mystérieux 
du  dieu  qui  est  dans  V Abîme  céleste^  et  dont  les  traits  per- 
cent ses  ennemis.  La  prière  finale,  p.  v,  1.  2  (pi.  CXLIII), 
n'est  pas  moins  digne  d'attention. 

Telle  est  la  marche  générale  de  cet  intéressant  manuscrit. 
Il  serait  possible  d'illustrer  par  des  citations,  chacun  des 
Ab-ru  dont  il  se  compose;  mais  il  faut  savoir  se  borner  et 
je  mentionnerai  seulement  un  petit  nombre  d'indications 
mythologiques  importantes  :  p.  vu,  1. 11  (pi.  CXLIV),  l'astre 


150  PAPYRUS  ÉGYPTIENS  HIÉRATIQUES 

solaire  est  invoqué  comme  le  dieu  unique,  F  un  qui  tCa  pas 
de  secondj  Aten;  il  n'en  existe  pas  un  autre.  P.  ix,  1,  3 
(pi.  CXLV)  :  Je  suis  Aten  (l'astre  solaire)  lorsqu'il  a  brillé 
au  jour  de  son  premier  leoer,  lorsqu'il  a  brillé  à  l'orient 
du  ciel  et  que  la  terre  s'est  éclairée.  Magnifiques  sont  tes 
levers  aux  yeux  des  intelligents!  ils  ont  détruit  le  néant  et 
créé  ce  qui  existe.  Tous  les  hommes,  en  voyant  tes  bienfaits, 
se  prosternent,  etc. 

L'allocution  suivante  au  soleil  couchant  est  d'un  genre 
entièrement  nouveau,  p.  ix,  1.  8-x,  1  :  Symbole  qui  est  celui 
du  dieu  à  la  belle  face;  pour  lequel  a  été  faite  la  demeure 
de  vie,  centre  de  son  coucher,  qui  te  développes  en  saveur 
comme  les  fruits  Kas^nu,  qui  brilles  comme  le  lys;  dont 
toute  la  substance  rayonne  comme  le  tahen;  amour  de  Neith 
au  giron  des  dieux;  toi  qu'ils  adorent  en  disant  :  «  {bien) 
venu  lorsque  tu  reviens/  »  Les  intelligents  se  prosternent 

lorsqu'ils  voient  tes  levers  désirés P.  x,  1.  2,  3  :  Salut 

à  vous,  seigneurs  des  longs  jours!  Créateurs  éternels!  qui 
avez  fait  ce  qui  existe,  qui  aoez  créé  ce  qui  n'existe  pas; 
vous  qui  êtes  cachés  dans  vos  arcanes.  Je  viens;  favorisez- 

moi;  entendez  celui  qui  vous  appelle,  appelez-moi! 

P.  XI,  1. 12-xn,  1. 1  (pi.  CXLVI)  :  Je  marche,  je  viens  dans 
la  prairie  odoriférante  qui  enfante  les  délices  de  Chons, 
la  faim  ne  prélève  pas  son  impôt  dans  cette  terre,  la  soif 
n'y  prélève  pas  le  sien 

En6n  le  dernier  Ab-hu  finit  par  une  mention,  qui  fait 
bien  apprécier  la  nature  du  document,  p.  xii,  1.  6,  8  :  J'ai 
écrit  avec  Thoth  les  hymnes;  f  ai  fait  le  livre  avec  H  or  us 

dans  Pa ;fai  répété  ce  qui  est  sorti  de  sa  bouche  l'écrit 

de  puissance  magique  qu'il  a  dicté  (?).  Je  ne  serai  point  ren- 
versé sur  la  terre;  une  année  heureuse  m'amènera  une 
autre  année  pareille  à  elle  dans  ses  mois  (?),  tranquille  dans 
ses  jours  et  dans  ses  nuits,  tranquille  dans  ses  heures 


PAPYRUS  ÉGYPTIENS   HIÉRATIQUES  151 

Le  manuscrit  se  termine  par  la  clause  finale  dont  nous 
avons  parlé  au  commencement  de  cette  notice  \ 

Planches  CXLVII-CLIV 

I.  348.  Ce  manuscrit,  écrit  des  deux  côtés,  contient  des 
pièces  de  diverses  mains  et  de  sujets  variés,  que  nous  allons 
examiner  successivement. 

Recto,  pi.  CXLVI-CL.  Page  i.  Fragment  très  usé  d'une 
lettre  écrite  par  un  fonctionnaire  égyptien  à  son  chef  hiérar- 
chique. On  y  distingue  encore  la  formule  habituelle  :  Cet 
envoi  est  pour  l'information  de  mon  maître.  P.  ii.  Papyrus 
amulette  intitulé  :  Livre  pour  détruire  les  terreurs,  qui 
viennent  à  tomber  sur  Vhomme  pendant  la  nuit.  C'est  une 
espèce  d'imprécation  adressée  au  génie  de  la  terreur,  inter- 
pellé sous  le  nom  de/ace-en-arrière.  La  clause  finale,  1.  5, 
explique  qu'il  faut  prononcer  les  paroles  sur  des  figures 
divines,  dessinées  sur  un  morceau  de  toile,  qu'on  attache  au 
cou  de  celui  qui  a  des  visions  effrayantes. 

On  voit  en  bas  du  texte  les  figures  dont  il  est  question; 
elles  consistent  en  une  barque,  sur  laquelle  se  tient  debout 
OsiRis  en  gaine;  Isis  et  Nephthys  lui  font  l'acte  de  salut. 
A  côté  de  la  barque  un  personnage  emporte  une  momie. 

Page  ai.  Deux  S*enti,  ou  formules  magiques  contre  la  brû- 
lure. La  première  n'occupe  que  la  première  ligne.  Elle  devait 
être  prononcée  sur  du  miel,  qui  servait  au  pansement.  La 
seconde  couvre  le  recto  de  la  page.  Le  conjurateur  y  assume 
le  rôle  de  Horus  se  précipitant  sur  la  terre,  sur  le  lieu  en- 
flammé. 

Page  IV  (pi.  CXLVIII).  Essais  calligraphiques  d'un  scribe 
très  expert  dans  l'art  d'écrire.  Les  trois  premières  lignes 
sont  des  fragments  entrecoupés  de  la  légende  de  Ramsès  II. 

1.  Comparez  aussi  Mélanges  égyptologiqucs^  \V*  série,]   p.   38-39 
(C.  L.). 


152  PAPYRUS   ÉGYPTIENS  HIÉRATIQUES 

Les  deux  dernières  lignes  mentionnent  la  maison  militaire 
de  ce  pharaon. 

Page  V.  Légende  complète  de  Ramsès  IL  Ces  essais  calli- 
graphiques sont  d'une  magnifique  écriture. 

Pages  vi-vii  (pi.  CXLVJII),  pages  viu,  ix,  x  (pi.  CXLIX)  : 
Diverses  lettres  écrites  par  le  scribe  Kauisar  à  son  supérieur, 
le  scribe  Bek-en-Ptah,  et  fragment  d'une  lettre  de  ce  dernier 
à  Kauisar. 

Dans  la  première,  p.  vi,  1. 1-4,  Kauisar  rend  compte  à  son 
maître  de  Tétat  de  sa  ferme  ^ . 

La  seconde,  p.  vi,  1.  5-8,  annonce  l'exécution  d'un  ordre 
concernant  des  soldats  et  des  individus  nommés  Aperiu  *, 
de  race  étrangère,  employés  à  la  construction  d'une  maison 
de  campagne  pour  Ramsès  II.  On  retrouve  les  Aperiu  men- 
tionnés aux  carrières  d'Hammamat,  au  temps  de  la  XX®  dy- 
nastie. 

Dans  une  troisième  communication,  p.  vu,  1. 1-2,  Kauisar 
aflBrme  qu'il  a  exécuté  tous  les  ordres  de  son  maître  fidèle- 
ment et  complètement  et  qu'il  n'a  pas  donné  lieu  à  répri- 
mande. 

Une  quatrième  lettre,  p.  vu,  1. 5,  constate  l'état  satisfaisant 
du  temple  auquel  était  préposé  le  scribe  Bek-en-Ptak. 

Dans  la  cinquième,  p.  vu,  1.  6-8,  Kauisar  informe  son 
maître  qu'un  officier  militaire,  nommé  Netem,  est  venu 
prendre  l'une  des  statues  royales  pour  la  placer  dans  le 
temple  de  Ptah,  seigneur  de  la  aie  du  monde. 

La  sixième  lettre,  p.  viii,  1. 1-3  (pi.  CXLIX),  est  semblable 
à  la  troisième,  p.  vu,  1.  1  (pi.  CXLVIII). 

A  la  septième,  p.  viu,  1.  4-ix,  1.  2,  Kauisar  signale  son  ar- 
rivée avec  deux  convois  venant  des  pêcheries;  les  barques 

1.  Comparez,  sur  cette  lettre,  Mélanges  égyptologiques,  [V*  série,] 
p.  92-93  (C.  L.). 

2.  L'ethnique  Aperiu  =  ûna»,  est  à  identifier  avec  le  nom  des  Hé- 
breux. Voyez  Mélanges  égxjptologiques,  [V*  série,]  p.  46  et  suiv.  jus- 
qu'à 54  (C.  L.). 


PAPYRUS  ÉGYPTIENS  HIÉRATIQUES  153 

naviguant  dans  le  bassin  de  Memphis,  Kauisar  prie  son  maître 
de  tout  faire  préparer  au  port,  comme  il  l'avait  promis. 

Dans  la  huitième,  p.  ix,  1.  3-5,  Kauisar  explique  qu'il  s'est 
acquitté  de  la  mission  à  lui  donnée,  de  fournir  la  nourriture 
pour  les  animaux  et  le  bétail  de  son  maître. 

L'unique  lettre  de  Bek-en-Ptah  à  son  surbordonné  Kaui- 
sar, p.  IX,  1.  6-x,  1.  8,  est  beaucoup  plus  intéressante  que 
celles  que  nous  venons  de  passer  en  revue;  malheureu- 
sement elle  présente  beaucoup  de  lacunes.  C'est  un  ordre 
concernant  les  Smatu,  agents  inférieurs  du  Ramesséum.  Il 
est  prescrit  d'en  constater  le  nombre  et  de  les  obliger  à  se 
faire  connaître  chacun  par  son  nom.  Un  ordre  analogue  à 
propos  des  mêmes  agents  se  trouve  dans  un  des  papyrus  du 
Musée  Britannique  {Select  Papy  ri  of  the  British  Muséum, 
Anastasi  V,  p.  xxv,  1.  6). 

La  mission  donnée  par  Bek-en-Ptah  à  Kauisar  comprend 
encore  une  foule  d'objets  intéressants,  en  ce  qu'ils  montrent 
le  soin  administratif  qui  présidait  dans  l'ancienne  Egypte, 
à  la  gestion  des  intérêts  privés  et  des  intérêts  publics. 

La  page  xi  appartient  à  la  pièce  écrite  au  verso  du  papyrus  ; 
il  en  est  de  môme  de  la  page  xii  (pi.  CL).  Nous  reviendrons 
sur  ces  deux  pages  qui  sont  les  deux  dernières  du  texte  que 
je  vais  examiner. 

Verso  (pi.  CLI-CLIV  et  CXLIX,  CL).  Texte  de  quinze 
pages,  dont  treize  couvrent  le  revers  du  papyrus,  et  les  deux 
dernières  l'espace  resté  libre  sur  le  recto.  Le  manuscrit,  d'une 
écriture  large  et  assurée,  contient  un  recueil  de  S*enti  contre 
les  maladies  qui  ont  leur  siège  dans  la  tête  et  dans  les  in- 
testins. Gêné  par  le  manque  d'espace,  le  scribe  a  notable- 
ment resserré  son  écriture  vers  la  fin. 

Ainsi  que  je  l'ai  déjà  fait  remarquer  à  propos  de  tous  les 
textes  du  même  genre,  la  puissance  magique  des  formules 
est  empruntée  à  la  mention  de  certains  faits  mythologiques, 
et  le  plus  souvent  des  événements  de  la  guerre  typhonienne. 
Ces  mentions,  qu'on  ne  trouve  pas  ailleurs,  ajouteront  con- 


154  PAPYRUS  ÉGYPTIENS  HIÉRATIQUES 

sidérablement  à  nos  connaissances  dans  ces  mythes  obscurs 
et  compliqués.  A  ce  point  de  vue  les  Papyrus  de  Leyde 
offrent  un  vaste  champ  de  recherches  ;  mais  le  plus  impor- 
tant par  son  étendue,  sa  conservation,  la  netteté  de  son  type 
graphique,  la  variété  et  l'importance  des  renseignements 
qu'il  contient,  est  certainement  celui  dont  je  vais  essayer 
de  donner  quelque  idée. 

La  page  i  (pi.  CLI)  n'est  pas  complète;  il  y  manque  la 
première  ligne;  toutes  les  lignes  ont  du  reste  perdu  leur 
commencement.  A  la  seconde  on  remarque  le  titre  Ki-ro, 
autre  chapitre,  précédé  d'une  clause  à  lencre  rouge  indiquant 
l'emploi  d'une  formule  antécédente,  qui  a  disparu  avec  une 
partie  du  papyrus.  La  formule  qui  suit  ce  Ki-ro  est  du  reste 
fort  courte,  et  sa  clause  finale  occupe  la  quatrième  ligne. 

Une  autre  section  commence  à  la  ligne  5;  elle  contient  un 
texte  mystique  qui  revient  plusieurs  fois  dans  le  papyrus. 

Il  est  conçu  en  ces  termes  : iéte/  par  Horus;  lieu  de 

la  tête!  (probablement  l'intérieur  du  crâne,  la  cervelle)  par 
Thoth;  sommet  de  la  tête!  par  VÉpervier  divin.  Au  moyen 
de  ces  paroles,  le  conjurateur  semble  appeler  l'influence  des 
divinités  nommées,  sur  les  organes  malades,  qu'il  touche 
en  môme  temps.  Dans  les  mentions  mythologiques  de  ce 
texte  mutilé  apparaît  le  nom  de  la  déesse  RANNU^  p.  ii,  1.  4. 
On  y  reconnaît  une  espèce  de  charme  à  l'usage  des  différentes 
parties  de  la  tète,  telles  que  le  front,  les  narines,  le  nez  et 
les  yeux,  l'échiné,  le  cou,  etc.  Ensuite  il  est  dit  du  malade, 
p.  II,  1.6-8:  Voici  que  la  tête  ment  sur  lui  aoec  quatre  portes 
de  vie;  deux  yeux  en  elle  pour  apercevoir;  V oreille  en  elle 
pour  écouler  les  paroles;  les  narines  en  elle  pour  goûter 
Voir;  la  bouche  en  elle  pour  répondre  comme  la  déesse  ScLfk\ 
La  fin,  l.  8-9,  explique  que  ses  membres  seront  saufs  des 
principes  mortels,  énumérés  dans  une  série  que  nous  trou- 

1.  Le  Papyras  magique  Harrls  montre  aussi  Rannu  invoquée  pour 
des  efifots  magiques. 


PAPYRUS  ÉGYPTIENS   HIÉRATIQUES  155 

verons  répétée  dans  d'autres  sections  :  K'eft,  l'ennemie,  la 
mort  elle-même,  Peft,  mot  nouveau  pour  moi  ;  puis  les 
morts  mâles  et  femelles,  c'est-à-dire  les  esprits  malfaisants; 
enfin  Ab-ru,  les  maléfices. 

En  page  II,  1.  2,  un  titre  complet  établit  de  la  manière 
la  plus  claire  la  nature  du  document  ;  ce  titre  se  lit  en  effet  : 
Autre  chapitre  du  charme  de  la  tête  malade.  La  formule 
consiste  ici  en  une  allocution  aujils  d'HoruSj  qui  passe  son 
temps  étendu  sur  une  brique  (ou  pièce)  d' étoffes.  Il  y  est 
aussi  question  de  Set,  p.  m,  1. 1 .  Le  fait  mythologique  se  réfère 
à  la  confection  d'un  talisman  d'étofie,  au  moyen  duquel  le 
malade,  désigné  sous  le  nom  de  Men  (Jils)  de  Men-t,  sera 
rétabli  en  santé.  Cette  désignation,  que  nous  retrouverons 
encore  plusieurs  fois  dans  d'autres  formules,  nomme  la  per- 
sonne malade,  sur  laquelle  le  charme  doit  opérer. 

En  page  m,  1.  2.  Autre  S*enti  :  Évacue,  venin  caché;  éva- 
cue^ venin  caché  de  cette  tempe j  désordres  qui  ont  traversé 
Men  (^Is)  de  Men -t. 

En  page  in,  1.  3.  Même  adjuration  au  venin  caché  des  sour- 
cils et  de  la  tête.  Les  deux  formules  se  répétaient  quelque- 
fois. 

Les  deux  S*entxs  suivants,  p.  m,  1.  5-iv,  1.  3,  reproduisent 
avec  quelques  variantes,  la  formule  de  l'adjuration  aux 
parties  de  la  tête,  que  nous  avons  déjà  rencontrée  ;  l'un  d'eux 
se  prononçait  sur  une  peau  de  serpent,  qu'on  tenait  à  la 
main,  et  la  tête  en  était  guérie  ;  et  l'autre  sur  un  talisman 
d'étoffe,  qu'on  plaçait  à  la  jambe  droite  du  malade. 

Le  titre  :  Autre  S'enti  de  la  tête,  p.  iv,  1.  3,  précède  une 
formule  dans  laquelle  les  douleurs  de  tête  sont  interpellées 
sous  les  noms  de  Kheft,  pejl,  morts  mâles  et  femelles,  t^at 
mâles  et  femelles.  O  vous^  dit  le  texte,  quiètes  tombés  sur 
la  tête  de  Men  (Jils)  de  Men-tj  c'est  la  tête  du  soleil  lui- 
même,  la  lumière  du  monde,  celui  qui  fait  vivre  les  intel- 
ligents. 

En  page  iv,  1. 5,  un  S'enti  rappelle  un  épisode  de  la  guerre 


156  PAPYRUS   ÉGYPTIENS  HIÉRATIQUES 

typhonienne  :  Horus  combattait  contre  Set  aoec  une  branche 
de  palmier.  Le  Jils  de  Seb,  Phra,  entend  Horv^  crier  à 
Seb  :  «  Horus  soufre  à  la  tête;  qu'Isis  détruise  ses  maux!  » 
disant  :  a  O  mère  d' Horus,  délivre-^moi  de  toutes  mes  souf- 
frances ».  Ces  paroles  se  disent  sur  des  brins  d'un  seul 
palmier,  cueillis  (?)  à  droite,  trempés  dans  la  liqueur  hesau; 
on  en  fait  un  talisman,  qu'on  place  au  cou  du  malade. 

Le  S*ENTi  suivant  est  des  plus  bizarres,  p.  iv,  1.  9  :  Partie 
antérieure  de  renard,  partie  postérieure  de  la  truie  de  Phra, 
lesquelles  étant  brûlées,  il  en  sort  une  graisse  qui  atteint  le 
ciel,  et  il  en  retombe  des  aspics  sur  la  terre.  Cela  se  dit 
quatre  fois. 

Nous  arrivons  ensuite  (pi.  CLII)  à  une  formule  plus  lon- 
gue et  non  moins  curieuse;  le  malade  y  est,  comme  nous 
l'avons  vu  déjà  plusieurs  fois,  appelé  :  Men  (fils)  de  Men-t. 
Le  conjurateur  appelle  sur  lui,  page  v,  1. 1  et  suiv.,  par  ses 
charmes  la  force  salutaire  et  divine,  le  besau  de  Phra  et  de 
TuM,  père  des  dieux;  puis  le  besau  de  son  crâne,  de  ses 
yeux,  de  ses  narines,  etc.,  est  spécialement  comparé  au 
besau  des  mêmes  organes  de  plusieurs  dieux;  enfin  toutes 
les  parties  de  son  corps  sont  identifiées  aux  parties  analogues 
d'autant  de  dieux  différents,  comme  dans  les  formules  du 
chapitre  xlii  du  Rituel  funéraire.  Ainsi  :  Sa  lèvre  supérieure 
est  celle  d'Isis,  sa  lèvre  inférieure  est  celle  de  Nephthys^ 
p.  V,  1.  5-6.  Tel  est  certainement  le  sens  de  ces  formules, 
ici  comme  au  Rituel,  et  il  ne  faut  pas  lire  :  Sa  lèvre  supé- 
rieure appartient  à  Isis,  Une  preuve  de  ce  fait  résulte  de 
l'arrangement  de  la  formule  relative  au  dos,  où  il  est  dit  : 
Son  dos  (peset)  est  V échine  (aat)  de  Thoth,  1.  7.  La  suite 
du  texte,  p.  vi,  1.  2,  ajoute  d'ailleurs  que  pas  un  de  ses 
membres  n'est  sans  dieu. 

Il  serait  trop  long  de  passer  en  revue  chacun  des  S*entis 
de  cet  intéressant  manuscrit.  Ce  que  j'en  ai  dit  suffit  pour 
faire  comprendre  la  marche  du  texte  et  pour  faciliter  la  tâche 
de  ceux  qui  voudront  l'étudier.  Je  me  bornerai  maintenant 


PAPYRUS   ÉGYPTIENS  HIÉRATIQUES  157 

à  mentionner  brièvement  quelques  points  parmi  ceux  qui 
m'ont  paru  les  plus  curieux. 

P.  VI,  1.  5.  Ce  S*ENTi  interpelle  directement  les  souffrances 
du  malade,  ce  qui  brise  sa  tête,  pénètre  son  Jront,  détruit 
son  crâne,  etc.  Ce  chapitre  est  des  plus  importants  pour  la 
philologie,  à  cause  de  la  longue  énumération  qu'il  renferme 
des  termes  exprimant  la  souffrance  et  la  maladie  \ 

Les  effets  des  principes  morbifiques  sont  détaillés^  p.  vu, 
l.  5  :  Ils  paralysent  les  vaisseaux j  aveuglent,  produisent 
des  désordres  dans  les  chairs  et  dans  tous  les  membres.  Ses 
maux  étant  conjurés^  le  malade,  1.  6-7,  Men  (Jils)  de  Men-t, 
se  lève,  dit  le  texte,  comme  le  soleil;  puis,  de  môme  que  les 
défunts  dans  les  formules  funéraires^  il  est  identifié  avec 
Phra,  et  la  suite  énonce  les  triomphes  de  ce  dieu,  1.  7-8, 
et  p.  viii,  1. 1-5. 

La  clause  finale,  p.  viii,  1. 5-6,  prescrit  de  dire  le  S*enti  sur 
une  image  de  Phra,  qu'on  met  à  la  tête  du  malade  pour  re- 
pousser les  maux. 

P.  VIII,  1.  7.  Identification  de  la  tête,  des  bras  et  des  pieds 
du  malade,  avec  les  mômes  parties  de  Tum;  la  création  et 
l'ordre  providentiel  sont  attribués  à  ce  dieu,  qui  a  fait  vivre 
les  dieux,  qui  leur  a  donné  leurs  têtes,  qui  a  disiposé  leurs 
nuques,  qui  leur  a  donné  V aliment  de  sa  doctrine,  qui  leur 
a  donné  Vair^  etc.,  1.  8-9-ix,  1. 1  (pi.  CLIII).  La  suite  est 
une  adjuration  contre  les  maux,  se  terminant  ainsi,  p.  ix, 
1.  5-6  (pi.  CLIII)  :  Qu'aucun  dieu,  aucune  déesse,  aucun 
esprit  mâle  ou  femelle,  aucun  mort  mâle  ou  femelle,  aucun 
fax  mâle  ou  femelle  n'ait  le  pouvoir  d'entraîner  les  membres 
de  Men  {fils)  de  Men-t  en  aucun  mal  dangereux! 

Les  deux  S'bntis,  dont  les  titres  sont  en  p.  ix,  ult.,  et  en 
p.  X,  1.  5,  ont  encore  pour  objet  les  douleurs  de  tête  et  ra- 
mènent la  formule  d'adjuration  à  la  tête  et  à  quelques-uns 
de  ses  organes,  dont  nous  nous  sommes  déjà  occupés.  On 

1.  Comparez  Mélanges  ègyptologiques,  [1"  gérie,]  p.  59  (C.  L.). 


158  PAPYRUS  ÉGYPTIENS  HIÉRATIQUES 

voit  aisément  que  le  texte  des  pages  x  et  xi  se  rapporte  & 
la  tète  ;  mais  il  en  est  autrement  des  premières  lignes  de  la 
page  XII,  où  il  est  question  des  douleurs  d'entrailles.  On  y 
lit  en  effet,  ligne  2  :  qu'ayant  prononcé  le  chapitre  à  gauche 
sur  le  sol,  il  place  la  main  sur  le  ventre  et  son  mal  guérira. 

La  rubrique,  p.  xii,  1.  4,  explique  qu'il  Jallait  dire  les  pa- 
roles sur  une  image  de  la  Jeune  Isis,  qui  guérit  tout  mal 
dans  le  ventre;  la  jeune  Isis  y  envoie  une  fraîcheur  pour 
le  guérir. 

La  singulière  formule  qui  suit  devait  se  dire  sur  deux 
images  de  Thoth,  dessinées  dans  la  main  du  malade  face 
à  face,  1.  6-7.  Quoique  cette  clause  soit  des  plus  clairement 
exprimées,  le  scribe  a  cru  devoir  dessiner  à  la  suite  les  deux 
figures  affrontées  de  Thoth  (p.  xn,  1.  7), 

Nous  trouvons  ensuite  un  titre  complet  :  Autre  chapitre 
pour  détruire  l'Ak*u  dans  le  ventre.  La  formule  consiste  en 
une  invocation  &  Isis  et  à  Nephthys,  et  rappelle  la  confection 
d'une  amulette^  dont  l'effet  est  exprimé  de  la  manière  la 
plus  naïve.  Cette  formule  devait  être  prononcée  sur  une 
série  de  figures  reproduites  dans  la  clause  finale,  et  qu'on 
devait  dessiner  sur  une  partie  du  corps  du  malade,  p.  xn,  1. 10, 

Le  S*ENTi,  qui  commence  à  la  dernière  ligne  de  cette  page^ 
est  un  colloque  singulier  entre  Horus  et  Isis.  11  se  prononçait 
sur  un  morceau  d'étoffe  couvert  de  figures  de  divinités  et 
d'autres  symboles,  qu'on  plaçait  à  la  main  de  la  personne 
qui  souffrait  du  ventre. 

L'emploi  des  formules  suivantes  (pi.  CUV)  se  combinait 
avec  l'absorption  de  certains  breuvages,  p.  xin,  1.  3,  5^  etc. 
Je  me  bornerai  à  y  faire  remarquer  qu'à  la  fin  d'une  de  ces 
formules,  l'opérateur  s'identifie  à  la  fois  avec  Horus  et 
avec  Set,  les  deux  termes  opposés  du  dualisme,  p.  xin,  1.  9 
(pi.  CLIV). 

Je  passe  sur  les  S*entis  de  la  xiv«  page.  Recto,  p.  xn 
(pi.  CL),  bien  qu'ils  soient  fort  intéressants,  et  je  me  h&te  de 
signaler  la  formule  de  menaces,  qui  se  trouve  à  la  xv*  et 


PAPYRUS  ÉGYPTIENS  HIÉRATIQUES  159 

dernière  page  du  manuscrit,  recto,  p.  xi,  1.  5  (pi.  CLIX)  :  Le 
ciel  ne  sera  plus;  la  terre  ne  sera  plus;  les  cinq  jours  épa- 
gomènes  ne  seront  plus;  ne  seront  plus  les  offrandes  aux 
dieux,  seigneurs  d'Héliopolis^  1,  5.  //  y  aura  affaissement 
dans  le  ciel  du  midi;  désastres  dans  le  ciel  du  nord;  des  cris 
dans  l'intérieur  de  la  tombe.  Le  soleil  ne  luira  pas;  le  Nil 
ne  croîtra  plus  y  1.  6;  il  s'affaissera  en  sa  maison  y  1.  7. 

Tel  est  le  tableau  du  plus  grand  bouleversement  que  pou- 
vait décrire  l'imagination  des  Égyptiens  ;  et  en  effet  il  com- 
prend la  brusque  cessation  de  tous  les  faits  sur  lesquels 
reposaient  pour  eux  Tharmonie  des  astres,  le  culte  des 
dieux,  le  repos  des  morts  et  l'existence  des  vivants.  Ce 
passage  est  très  remarquable. 

Aussi  n'est-ce  pas  de  son  autorité  privée  que  le  conjurateur 
prétend  produire  d'aussi  terribles  effets  :  Ce  n'est  pas  moi 
qui  parle,  ajoute-t-il,  1.  7,  ce  n'est  pas  moi  qui  réitère 
tordre;  c'est  Isis  qui  parle;  c'est  elle  qui  réitère  V ordre. 

La  dernière  section  de  cette  page,  p.  xv,  1.  8  (pi.  CXLIX), 
est  une  allocution  aux  dieux  qui  se  tiennent  à  l'avant  de  la 
barque  du  soleil.  On  y  trouve  exprimée  l'idée  que  les  dou- 
leurs d'entrailles  sont  causées  par  l'introduction  d'un  reve- 
nant (mort  m&le  ou  femelle).  Il  en  était  probablement  de 
même  pour  la  plupart  des  maladies  au  point  de  vue  de  la 
médication  surnaturelle.  On  sait  déjà  que  l'un  des  savants 
de  l'Egypte  reconnut  qu'une  princesse  asiatique  souffrait  de 
la  présence  d'un  esprit,  qui  s'était  introduit  dans  son  corps, 
et  qu'à  cette  occasion  l'image  du  dieu  Chons  opéra  une  cure 
merveilleuse  \ 

Planches  CLV-CLVIII 

I.  349.  Papyrus  écrit  des  deux  côtés.  Le  texte  du  verso, 
tout  différent  de  celui  du  recto,  sera  examiné  à  part. 

1.  Voyez  Birch,  Notes  upon  an  Egyptian  Inscription  in  the  Biblio- 
thèque nationale  of  Paris  (Transactions  qfthe  R,  Society  ofLitera- 


160  PAPYRUS  ÉGYPTIENS   HIÉRATIQUES 

Recto,  pi.  CLV,  CLVI.  Ce  texte  se  compose  de  deux  pages 
d'une  très  grosse  écriture,  contenant  une  lettre  du  scribe 
Keniamen  au  KaCen  Hui  de  la  cour  de  Ramsès  II.  La  lettre 
se  divise  en  quatre  paragraphes,  dont  les  trois  prenaiers  ne 
présentent  aucun  intérêt.  Dans  le  dernier  nous  trouvons  le 
compte  rendu  de  l'exécution  d'un  ordre,  concernant  la  four- 
niture du  grain,  1. 14-16  (pi.  CLVI)  aux  gens  de  guerre  et 
aux  Aperiu  qui  tirent  la  pierre  pour  le  temple  de  Phra  de 
Ramses  Meriamen  au  sud  de  Memphis.  Je  rappelle  ce  que 
j'ai  dit  des  Aperiu  dans  la  notice  du  papyrus  I.  348 \  La 
lettre  finit,  1.  17,  par  la  formule  ordinaire  :  Nefer  senb^k, 
Vale. 

Verso,  pi.  CLVII  et  CLVIII.  Deux  pages  fragmentées 
(p.  I  et  m)  et  une  page  entière  (p.  ii),  d'un  recueil  de  S*entis 
contre  les  scorpions  nommés  ici  t'aûriu,  par  orthographe 
syllabique.  Les  scorpions  sont  conjurés  de  la  même  manière 
qu'AK*u  ou  Samauna,  dans  les  documents  du  même  ordre 
déjà  examinés.  Par  exemple  :  Arrêtes!  arrêtez!  scorpions, 
obéissez!  p.  i,  1.  8  (pi.  CLVII).  Je  suis  Venfani  de  Phra  au 
milieu  de  ses  dieux  parèdres;  éloignez-vous  de  moi,  scor- 
pions! p.  II,  1.  4  (pi.  CLVII  et  CLVIII). 

En  page  ii,  1.  5,  commence  un  S*enti  singulier  :  Je  suis 
couché  dans  mon  lit;  un  accident  m'arrive;  Je  suis  ren- 
versé au  milieu  de  la  nuit  et  me  trouve  sur  le  sol,  meurtri, 
prononçant  le  S'enti  à  haute  voix  et  criant  contre  les  vais- 
seaux (veines,  artères,  nerfs,  etc.),  comme  la  voix  de  Phra, 
contre  ses  dieux  parèdres,  1.  5-7  ;  suit  une  série  de  for- 
mules analogues. 

Ce  papyrus,  quoique  incomplet,  est  encore  très  intéressant 
à  étudier. 

turc,  t.  IV,  New  Séries),  et  E.  de  Rongé,  Étude  sur  une  stèle  égyptienne 
appartenant  à  la  Bibliothèque  impériale  (Extrait  du  Journal  asiaiique, 
1856, 1857  et  1858),  Paris,  1858. 
1.  Voyez  supra,  p.  [152  du  présent  volume]. 


PAPYRUS   ÉGYPTIENS   HIÉRATIQUES  161 


Planches  CLIX-CLXVII 

I.  350.  Papyrus  incomplet  écrit  des  deux  côtés  et  contenant 
deux  pièces  très  différentes. 

Recto,  pi.  CLIX-CLXIII.  La  première  pièce  couvre  les 
cinq  pages  du  recto.  Des  lacunes  et  des  éraillures  nombreuses 
en  rendent  la  lecture  malaisée.  Il  est  néanmoins  facile  de 
reconnaître  que  ce  manuscrit  appartient  aux  temps  des  Ra- 
messides.  C'est  un  hymne  adressé  au  dieu  de  TÉgypte  sous 
ses  attributions  solaires. 

Cet  hymne  est  divisé  en  strophes  par  des  rubriques  à 
Tencre  rouge,  dont  les  formes  graphiques  sont  très  diverses. 
Comparez  par  exemple,  p.  i,  1.  2, 13  (pi.  CLIX);  p.  ii,  1. 10, 
20  (pi.  CLX)  ;  p.  III,  1. 14,  22  (pi.  CLXI)  ;  p.  iv,  1.  9, 12, 21, 26 
(pi.  CLXII),  etc.  En  page  iv,  1.  9  et  12,  on  lit  assez  distincte- 
ment S'ae  ope,  composé  qui  veut  probablement  dire  :  Caput, 
tête  d'écriture,  chapitre,  et  qui  est  suivi  d'un  nombre  or- 
dinal. 

Quoiqu'il  soit  difficile  de  trouver  la  môme  expression  dans 
les  premiers  signes  des  autres  rubriques,  il  est  à  remarquer 
que  les  nombres  ordinaux  suivent  une  progression  régulière, 
mais  singulièrement  arrangée.  La  première  rubrique  qui 
nous  reste  porte  le  n**  6,  page  i,  1.  6.  Comme  on  trouve  le 
n*  7,  page  i,  1. 13,  le  n^  8  dans  la  lacune  de  la  page,  le  n^  9, 
page  II,  1. 2,  et  le  n*  10,  page  ii,  1. 10,  on  reconnaît  immédia- 
tement qu'il  manque  au  papyrus  les  cinq  premières  rubriques 
et  probablement  une  introduction,  c'est-à-dire  environ  trois 
pages. 

La  division  qui  suit  la  rubrique  10  porte  le  n**  20,  page  ii, 
1.  15;  puis  l'on  retrouve  les  n^^  30,  40,  60,  70  et  80;  les 
n®»  50  et  90  ont  disparu  avec  le  bas  des  pages.  A  partir  du 
n*  100,  page  iv,  1. 9,  la  progression  suit  Tordre  des  centaines 
jusqu'à  la  dernière  rubrique,  n®  600,  page  v,  1.5. 

BiBL.   ÉGYPT.,  T.    X.  11 


162  PAPYRUS   ÉGYPTIENS   HIÉRATIQUES 

Il  serait  difficile  de  trouver  la  raison  de  cette  division 
singulière  d'un  texte  égyptien.  C'est  du  reste  le  premier 
exemple  que  j'en  aie  rencontré. 

L'hymne,  par  son  étendue,  mais  surtout  par  Timportance 
des  notions  mythologiques  qu'il  renferme,  est  digne  d'une 
étude  sérieuse.  On  y  rencontre  sous  des  formes  nouvelles 
les  attributions  ordinaires  de  la  divinité.  Par  exemple  :  Le 
dieu  est  le  soleil  lui-même  incarné  (littéralement  rassemblé 
en  son  corps),  p.  iv,  1.  13  (pi.  CLXII)  ;  son  commencement 
date  des  premiers  temps  (littér.  de  la  première  fois) .  Cest 

le  dieu  qui  a  existé  antérieurement ;  //  n'y  a  pas  eu  de 

dieux  sans  lui ;  une  mère  ne  Papas  nourri,  un  père  ne 

l'a  pas  engendré,  p.  iv,  1.  9,  10.  Dieu-déesse,  créé  de  lui- 
même,  tous  les  dieux  ont  existé  dès  qu'il  a  commencé, 
p.  iv,  1.  11. 

Ces  deux  dernières  phrases  sont  la  formule  la  plus  nette 
et  la  plus  simple  de  la  théologie  égyptienne,  telle  qu'elle 
était  enseignée  au  plus  haut  degré  de  l'initiation.  Un  dieu 
unique,  investi  de  la  puissance  complète  de  produire,  c'est- 
à-dire  des  deux  principes,  mâle  et  femelle;  il  s'est  créé  lui- 
même  avant  toutes  choses  et  Tarrivée  des  dieux  n'est  qu'une 
diffusion,  une  manifestation  de  ses  diverses  facultés  et  de 
ses  volontés  toutes-puissantes. 

Verso.  La  deuxième  pièce  qui  occupe  les  planches  CLIV, 
CLV  et  CLVI,  consiste  en  cinq  colonnes  d'un  registre  de 
comptabilité,  énonçant  l'entrée  et  la  sortie  de  différentes 
matières  et  denrées  au  Ramesséum,  sur  la  fin  de  Méchir  et 
au  commencement  de  Phamenoth  de  l'an  LU  de  Ramsès  H\ 

Les  entrées  sont  indiquées  par  le  mot  Eni,  apport,  comme 
page  II,  1.  9  :  Apport  du  Kafen  Ramessu-NakH ;  p.  m,  1.  8 
(pi.  CLXV),  Apports  du  chef  militaire 

Les  sorties  sont  notées  par  le  mot  Rlai,  donné,  livré.  On 
y  trouvé  aussi  le  dénombrement  plusieurs  fois  répété  des 

1.  Comparez  Mèlanffts  èf/jjpiologiqucs,  [1"  série,]  p.  25-28  (C.  L.). 


PAPYRUS   ÉGYPTIENS   HIÉRATIQUES  163 

employés  du  palais,  parmi  lesquels  on  distingue  les  Smatu 
et  d'autres  agents,  p.  m.  1.  18  (pi.  CLXV);  p.  v,  1.  5  et  16 
(pi.  CLXVI).  Chacun  de  ces  subalternes  recevait  certains 
objets,  quelquefois  à  raison  de  deux  par  tête,  ainsi  que  le 
montrent  les  chiffres  placés  en  regard  de  leurs  noms. 

Le  dépouillement  de  ces  comptes  mettrait  certainement 
sur  la  voie  de  faits  très  importants;  malheureusement  l'écri- 
ture en  est  très  cursive  et  la  multiplicité  des  mots  techniques 
qui  nous  sont  inconnus,  en  rend  la  traduction  fort  difficile. 
Ils  montrent  du  reste  au  premier  coup  d'œil  Tordre  parfait, 
introduit  par  les  anciens  Pharaons  dans  les  plus  minces  dé- 
tails de  leur  administration. 

La  page  vi  du  verso  (pi.  CLXVII)  contient  encore  quelques 
lignes  de  compte,  et,  dans  un  sens  inverse,  treize  lignes  d'un 
texte  religieux  très  usé  et  très  difficile  à  lire. 

Planche  CLXVI II 

L  351.  Compte  de  dépenses  faites  à  la  date  du  30  Méchir  et 
des  premiers  jours  de  Phamenoth;  Tannée  n'est  pas  notée  \ 
Au  nombre  des  parties  prenantes,  on  remarque  des  servi- 
teurs, des  ouvriers,  un  officier  militaire,  etc. 
Ce  papyrus  a  été  trouvé  à  Memphis,  joint  au  suivant  L  352, 
et  avec  le  Papyrus  L  368. 

352.  Page  de  compte  intitulée  :  État  indicatif  des  choses 
emportées  par  Vesclaoe  du  KaCen,  Pak^ari  (le  Syrien*). 
Nous  verrons  en  effet,  en  expliquant  le  Papyrus  L  368,  que 
cet  état  concernait  un  esclave  fugitif  que  son  maître  faisait 
poursuivre. 

Le  compte  est  disposé  en  colonnes.  Dans  la  première  à 
droite  se  trouve  la  dénomination  des  objets;  le  nombre  est 
écrit  en  chiffres  à  la  seconde  colonne;  dans  la  troisième  il  est 

1.  Comparez  Mélanges  ùgyptolofjiqucs^  [1"  série,]  p.  17-18  (C.  L.). 

2.  Comparez  Mélanges  cggptologiqties^  [1"  série,]  p.  18-25  (C..L.). 


164  PAPYRUS   ÉGYPTIENS   HIÉRATIQUES 

réduit  en  poids  uten  ' .  C'est  ainsi  que  le  chiffre  1  vis-à-vis 
le  premier  article  devient  20;  1  vis-à-vis  le  deuxième  et  le 
troisième,  6;  1  vis-à-vis  le  quatrième,  3  Vî-  A  partir  du  cin- 
quième inclusivement  les  chiffres  des  deux  premières  co- 
lonnes devaient  être  identiques,  et  !e  scribe  s'est  contenté 
de  répéter  celui  de  la  cinquième  où  s'arrête  la  troisième 
colonne. 

La  dernière  colonne  est  le  produit  de  la  multiplication  des 
chiffres  de  la  deuxième  par  trois,  sauf  pour  le  premier  article, 
où  le  multiple  est  deux.  Pour  mieux  faire  comprendre  cette 
disposition,  je  transcrirai  le  quatrième  article  du  compte, 
1.  5,  en  supposant,  d'après  le  déterminatif,  que  l'objet  dont 
le  nom  est  éraillé  est  une  espèce  d'arme,  et  en  répétant  les 
mentions  du  premier  article  : 

Arme  1,  faisant  poids-uten  3  V2»  faisant  t'au  meial-uten 

10  Vf. 

Il  y  a  vraisemblablement  ici  l'indication  d'une  valeur  esti- 
mative, et  notre  Papyrus  touche  ainsi  à  l'une  des  questions 
les  moins  connues  du  régime  économique  de  Tancienne 
Egypte. 

Je  m'abstiendrai  d'étudier  ici  avec  plus  de  détails  les  men- 
tions du  manuscrit;  toutefois,  je  ferai  remarquer  encore  que 
le  neuvième  article,  consistant  en  17  pièces  d'une  certaine 
étoffe,  est  évalué  en  t'au  d'étoffe,  et  donne  ainsi  pour  pro- 
duit 51. 

Trouvé,  joint  au  papyrus  précédent  I.  351,  et  avec  le 
papyrus  I.  368,  à  Memphis. 

Planche  CLXIX 

I.  353-355.  Papyrus  magiques,  ployés  sous  un  petit  volume 
et  liés  avec  une  ficelle,  v.  353  a,  354  a  et  355  a.  On  les 

1.  J'ai  déterminé  la  valeur  de  oe  poids,  Note  sur  un  poids  égyptien, 
etc.;  Reçue  archéologique,  N.  S.,  1861,  p.  12;  il  pèse  91  grammes, 
[cf.  p.  107-114,  du  présent  volume]. 


PAPYRUS   ÉGYPTIENS  HIÉRATIQUES  165 

portait  sur  soi,  comme  des  talismans,  d'après  les  indications 
que  nous  avons  trouvées  aux  papyrus  I.  346,  347,  etc. 

353.  Une  ligne  incomplète  de  texte  hiératique;  au-dessous, 
figures  de  diverses  divinités  et  de  barques  symboliques. 

354.  Texte  hiératique  mutilé;  au-dessous  trois  aspics  di- 
vins, deux  yeux  symboliques,  Isis,  Nephthys  et  Tuoris. 

Ces  deux  papyrus  353,  354,  furent  trouvés  réunis  par  leurs 
liens.  Ils  constituaient  deux  talismans,  ayant  chacun  son 
objet  spécial,  mais  portés  par  la  même  personne. 

355.  Débris  insignifiants  d'un  papyrus  de  même  espèce. 

Planche  CLXX 

I.  356-359.  Autres  papyrus  magiques,  trouvés  roulés  et  liés 
avec  des  cordons  de  couleur,  v.  356  a,  359  a,  356  b-d.  Ran- 
gée de  divinités  grossièrement  dessinées.  Anubis  etHoRUs 
adorant  Tune  des  formes  d'OsiRis;  un  taureau,  un  autre 
taureau  au-dessus  d'un  scarabée  et  d'une  abeille;  Isis, 
Nephthys,  Thoth,  le  Bennu  et  le  dieu  Aker,  représenté 
sous  la  forme  d'un  vieillard  courbé  par  l'âge.  Enfin  l'éper- 
vier  d'HoRUs  adoré  par  Thoth  et  par  un  personnage  à  tète 
humaine;  des  cartouches,  dont  un  porté  sur  des  jambes, 
divers  animaux  symboliques  et  personnages  mythologiques, 
Phra,  Selk,  etc.,  l'animal  typhonien  frappé  par  Neith, 
Ptah,  Horus,  Pak*t,  Osiris,  Amon,  générateur ,  K*eper, 
etc.  Set,  peint  en  rouge,  est  le  dernier  personnage  de  la 
rangée;  le  papyrus  est  de  basse  époque. 
357.  Papyrus  représentant  une  fleur  de  lotus. 

358  6.  Papyrus  contenant  des  adjurations  au  principe  de 
la  maladie  et  de  la  mort  :  O  toi  qui  enlèves,  n'enlève  pas  son 
cœur;  ô  toi  qui  maîtrises^  ne  maîtrise  pas  ses  membres, . ., 
ne  viens  pa^  contre  lui;  ne  t' empare  pas  de  ses  chairs;  ne 
fais  contre  lui  rien  de  nuisible^  etc. 

Ce  papyrus  appartient  aussi  aux  basses  époques. 

359  6.  Papyrus  sur  lequel  sont  figurés  un  scarabée  et  un 


166  PAPYRUS   ÉGYPTIENS   HIÉRATIQUES 

dieu  léontocéphale,  que  précède  le  nain  mythologique  ap- 
pelé Nemma. 

Planches  CLXXI-CLXXVIII 

I.  360-367.  Lettres  missives  sur  papyrus.  Ces  lettres,  pliées 
à  plat,  liées  par  un  cordon  de  papyrus  et  cachetées  d'un 
sceau  de  terre  glaise,  portent  une  adresse  à  Tune  des  extré- 
mités du  revers.  Ces  papyrus  nous  ofifrent  la  forme,  sous 
laquelle  la  correspondance  privée  était  expédiée  aux  temps 
pharaoniques,  et  c'est  là  leur  principal  mérite,  car  leur 
contenu  présente  généralement  peu  d'intérêt.  Nous  allons 
les  passer  en  revue. 

360.  PI.  CLXXI.  Pour  donner  une  idée  complète  de  ces 
lettres,  je  traduis  entièrement  celle-ci  : 

Le  sotem  Mersuatef  pour  la  satisfaction  de  sa  maîtresse, 
la  prêtresse  d'Isis,  Tanur;  vie  saine  et  forte;  et  faveur 
d'Amon-Ra,  roi  des  dieux  ! 

Je  dis  à  Phra-Harmachis,  à  Amon  de  Ramsès-Meria- 
men,  à  Phra  de  Ramsès-Meriamen,  à  Sutek",  h  très  vail^ 
tant  de  Ramsès-Meriamen,  à  tous  les  dieux  et  déesses  du 
temple  de  Ramsès-Meriamen  et  à  la  personne  auguste  de 
Phra-Harmachis  (le  roi  lui-môme,  pharaon),  puisses-tu 
avoir  la  vigueur,  puisses-tu  avoir  la  vie,  puisses-tu  avoir 
la  santé/ 

Avis  :  En  ce  moment  le  chef  militaire  est  en  bon  étati- 
ses hommes  sont  en  bon  état;  ses  enfants  sont  en  bon  état. 
Ne  te  préoccupe  pas  d'eux;  ils  sont  en  bon  état  aujourd'hui. 
On  ne  sait  pas  ce  qui  sera  demain.  Porte-toi  bien\ 

L'adresse  écrite  au  verso  est  ainsi  conçue  :  Le  sotem  Mer- 
suatef à  sa  maîtresse,  la  prêtresse  d'Isis,  Tanur. 

1.  Cette  phrase  nous  rappelle  le  précepte  du  Vieux-Testament  ;  Pro- 
cerbeSj  xxvii,  1  :  Ne  te  canie  pas  du  jour  du  lendemain,  car  tu  ne  sais 
pas  ce  que  le  jour  enfantera  (C.  L.). 


PAPYRUS   KGYPTIENS   IIIKRATIQUKS  107 

Cinq  de  ces  huit  lettres  ont  été  écrites  par  le  même  scribe 
Mersuatef,  qui  s'est  servi  de  différents  cachets  pour  les 
sceller  ;  aux  trois  dernières  365-367  l'empreinte  du  sceau  est 
le  cartouche-prénom  de  Thothmès  III  Ra-men-K*eper,  au- 
dessus  d'un  scarabée  les  aîles  éployées.  Ce  cachet  de  fantaisie 
ne  signifie  rien  quant  à  la  date  de  nos  lettres,  qui  sont  bien 
moins  anciennes  que  le  règne  de  Thothmès  III  ;  elles  datent 
très  certainement  de  celui  de  Ramsès  II,  et  Pentaour,  l'écri- 
vain de  Tune  d'elles,  362,  peut  bien  être  l'auteur  du  poème 
sur  la  guerre  des  Khitas,  connu  sous  le  nom  de  Poème  de 
Pentaour,  depuis  la  traduction  qu'en  a  publiée  M.  E.  de 
Rougé  ' . 

Planche  CLXXIX 

I.  368.  Ce  papyrus'  est  un  rapport  officiel,  adressé  par  un 
fonctionnaire  nommé  Afner  au  prince  S'a-em-t'ama,  l'un 
des  fîls  de  Ramsès  II,  sur  la  recherche  et  la  capture  de  six 
esclaves  appartenant  au  prince  Atef-amen,  lesquels  avaient 
pris  la  fuite. 

Le  préambule  de  ce  document  intéressant  est  usé  et  illi- 
sible, mais  les  lacunes  ne  nous  privent  que  des  formules 
obséquieuses  du  rédacteur,  et  de  la  première  ligne  de  son 
rapport  dont  l'ensemble  peut  encore  être  saisi  avec  exacti- 
tude. 

Afner  expose  qu'il  s  est  rendu  à  Memphis,  avec  des  gens 
à  ses  ordres,  1.3,4;  qu'il  y  fut  invité  à  rechercher  six  domes- 
tiques du  prince  Atefamen,  lesquels  étaient  au  bourg  de 
SuTENNEN*,  1.  5;  qu'il  fît  parler  leurs  compagnons;  qu'il 

1.  E.  de  Rougé,  Le  poème  de  Pen-ta-our,  extrait  d'un  Mémoire  sur 
les  campagnes  de  Ramsès  II,  Paris,  1856  (C.  L.). 

2.  Comparez  Mélanges  ègyptologlques,  [1"  série,]  p.  3-13,  et  la  trans- 
cription hiéroglyphique  de  ce  texte  donnée  par  M.  Chabas  (C.  L.). 

3.  Nom  d*une  vUle  située  sur  le  littoral  de  la  Méditerranée,  ou  peut- 
être  sur  les  rives  du  Nil,  en  tout  cas  dans  une  partie  de  TÉgypte  accès- 


168  PAPYRUS   ÉGYPTIENS   HIÉRATIQUES 

traita  avec  un  voiturier,  1.  6;  et  se  rendit  à  Sutennen,  où 

il  rencontra  PiaI,  serviteur  du  capitaine (nom  oblitéré), 

1.  7;  ainsi  que  Kenhikhopes*ef,  serviteur  du  prince  Atef- 
AMBN,  lesquels  lui  amenèrent  six  hommes  de  leurs  hommes, 
1.  8,  9  (sans  doute  pour  prêter  main-forte);  qu'étant  revenu 
prendre  les  autres,  il  en  rend  compte  à  son  maître  en  le 
pressant  de  renvoyer  devant  le  juge  ceux  d'entre  eux  qui 
doivent  comparaître  avec  les  hommes,  1.  9-11  (sans  doute  les 
témoins);  que  provisoirement  il  les  a  consignés  à  Memphis, 
1. 11, 12,  etc. 

Le  document  donne  lieu  à  des  observations  importantes 
sur  le  mécanisme  administratif  de  l'Egypte.  Les  princes  du 
sang  y  étaient  à  la  tête  des  principales  branches  de  l'admi- 
nistration, et  c'est  peut-être  en  sa  qualité  de  chef  de  la  justice 
que  le  prince  S*aemt'ama  reçut  le  rapport  d'ApNER.  Ce  rap- 
port n'est  point  adressé  au  prince  Atefamen,  propriétaire 
des  esclaves,  lequel  n'avait  probablement  pas  le  droit  de  se 
faire  justice  lui-même.  Ainsi  le  pouvoir  des  maîtres  sur  leurs 
esclaves  était  mitigé  par  des  lois,  et  le  juge  intervenait  même 
en  cas  de  vol  et  de  fuite. 

Le  prince  Atefamen,  à  l'appui  de  sa  plainte,  avait  dû  dresser 
des  états  indicatifs  des  objets,  dont  il  avait  été  dépouillé  par 
ses  esclaves  fugitifs.  Deux  papyrus,  restés  attachés  au  rap- 
port et  contenant  des  comptes,  peuvent  en  effet  se  rapporter 
à  cette  affaire  (voir  la  notice  sur  les  papyrus  351, 352,  p.  16). 
Toutefois^  pour  admettre  cette  hypothèse,  il  faut  supposer 
que  le  prince  Atefamen  était  investi  à  l'époque  correspon- 
dante, de  la  fonction  de  Kat'en,  qui  représente  un  grade 
militaire  assez  élevé. 

sible  par  des  communications  par  eau;  car  on  sait  d'aiUeurs,  da  Papyrus 
Ânastasi  n*  4^  qu'il  y  avait  dans  cette  ville  un  dépôt  de  matériaux 
servant  À  la  construction  des  barques.  Voyez  Mélanges  égyptologiques, 
[1"  série,]  p.  7  (C.  L.). 


PAPYRUS   ÉGYPTIENS   HIÉRATIQUES  169 

Il  n'y  a  guère  à  remarquer  dans  cette  épître  que  la  lon- 
gueur du  préambule  et  la  surabondance  des  formules  de 
pure  politesse.  Cependant  l'observation  philosophique  sur 
rincertitude  du  lendemain  est  un  trait  curieux.  Elle  se  re- 
trouve dans  d'autres  lettres. 

361.  PI.  CLXXII.  Lettre  du  sotem  S'esneberier  au  sotem 
Patar.  La  qualification  sotem  signifie  à  la  lettre  obéissant, 
docile,  complaisant;  mais  elle  pourrait  correspondre  à 
quelque  fonction  de  scribe  subalterne,  de  secrétaire  par 
exemple. 

362.  PI.  CLXXn.  Lettre  infidèle  Pentaour  au  fidèle 
Pak'et.  L'épithète  est  ici  kos,  mot  qui  admet  le  sens^rfé/e, 
dévoué,  mais  qui  de  môme  que  sotem  pourrait  désigner  une 
fonction. 

363.  PI.  CLXXin.  Lettre  du  sotem  Mersuatefau  sotem 
Sebut 

364.  PI.  CLXXIV.  Lettre  du  sotem  Merima  à  la  prêtresse 
d'Ammon,  Hathor. 

L'adresse  porte  le  nom  d'un  destinataire  différent.  Peut- 
être  la  lettre  devait-elle  passer  en  mains  tierces. 

365.  PI.  CLXXV.  Lettre  du  sotem  Mersuatefà  une  per- 
sonne dont  le  nom  est  illisible.  L'adresse  ne  porte  que  le 
nom  du  destinataire. 

366.  PI.  CLXXVI,  CLXXVn.  Lettre  du  sotem  Mersuatef 
à  la  prétresse  d'Ammon,  Rannu. 

367.  PI.  CLXXVIII.  Lettre  du  sotem  Afma<e/'(sans  doute 
le  même  que  Mersuatef^)  au  prince  Ramessu-ma-Ptah. 

Il  est  digne  de  remarque  que  l'écrivain  n'emploie  vis-à-vis 
de  son  royal  correspondant  d'autres  formes  de  politesse,  que 

celles  dont  il  s'est  servi  à  l'égard  de  son  égal  Sebut , 

dans  la  lettre  363,  pi.  CLXXIIL  II  termine  par  le  simple 
nefer  senb-ek,  porte-toi  bien. 

L'adresse  ne  porte  que  le  nom  du  prince  destinataire. 

1.  Ce  nom  signifie  diligit  eum  pater. 


170  PAPYRUS    KGYPTIKNS   HIKRATIQUF.S 


Planche  CLXXX 

I.  369.  Papyrus  écrit  des  deux  côtés,  d'une  écriture  confuse 
et  très  usée.  Il  contient  une  communication  épistolaire, 
contenant  des  conseils  ou  des  ordres.  On  peut  en  traduire 
un  petit  nombre  de  passages  dont  Tenchaînement  reste  in- 
certain . 
Ce  manuscrit  est  du  même  type  graphique  que  le  suivant, 

avec  lequel  il  a  été  trouvé. 

Planches  CLXXXI-CLXXXII 

L  370.  Lettre  du  scribe  Thothmès,  attaxihé  au  grand  K^er 
(quartier  des  tombes  royales  à  Thèbes)  au  scribe  Butha- 
amen.  Le  papyrus,  dont  l'écriture  rappelle  celle  du  papyrus 
Abbott* ,  contient  une  communication  officielle,  dans  laquelle 
il  est  question  du  service  des  Mat'aiu*,  milice  que  nous 
savons  avoir  été  chargée  de  la  police  et  de  la  garde  des 
tombeaux. 

L'écriture  est  confuse,  h&tive  et  usée  en  de  nombreux 
passages.  Aussi  la  tâche  du  déchiffrement  de  ce  manuscrit, 
sans  être  impossible,  présente  de  grandes  difficultés. 

Planches  CLXXXIIl-CLXXXIV 

I.  371.  Deux  pages,  Tune  au  recto,  l'autre  au  verso,  d'une 
bonne  écriture  de  l'époque  de  Ramsès  II,  ou  de  l'un  de  .ses 
successeurs  immédiats.  Ce  petit  papyrus  est  l'un  des  plus 
curieux  qui  existent.  Il  consiste  en  une  épître  déprécative, 
adressée  par  un  homme  veuf  à  son  épouse  défunte,  à  la- 

1.  Pablié  dans  les  Select  Papyri  in  the  Hieratic  character  from  the 
collections  ofthe  British  Muséum,  Part  II,  pi.  I-VIII  (C.  L.). 

2.  Voyez,  sur  les  Mat'alu,  Mélanges  ègyptologiques,  [1"  série,]  p.  49 
et  53;  Papyrus  I.  348,  p.  vi,  1.  5  (pi.  CXLVIII).  —  (C.  L.). 


PAPYRUS   ÉGYPTIENS    HIKRATIQUFS  171 

quelle  il  donne  le  nom  de  K^u  {esprit)  parfaite  et  vivante. 
On  sait  que  quelques-unes  des  prières  et  les  cérémonies 
du  Rituel  funéraire  avaient  pour  objet  de  faire  attribuer 
aux  défunts  ces  qualifications  essentielles  à  leur  bonheur 
d'outre-tombe.  L'époux  se  plaint  des  mauvais  procédés  de 
l'épouse  défunte,  dont,  à  ce  qu'il  paraît,  la  mort  ne  l'a  pas 
suffisamment  débarrassé.  Il  l'adjure  au  souvenir  des  bons 
procédés  qu'il  a  eus  pour  elle,  pendant  tout  le  temps  de  leur 
union,  et  rappelle  quelques  détails  biographiques  favorables 
à  son  thème. 

L'écriture  est  brouillée  et  de  plus  en  plus  négligée  vers  la 
fin.  Beaucoup  de  détails  échappent  à  mes  premières  investi- 
gations . 

On  sait  que  les  K*us,  ou  morts  revivifiés,  se  comportaient 
quelquefois  comme  les  revenants  et  comme  les  esprits  pos- 
sesseurs. C'est  probablement  sous  l'une  de  ces  formes  que 
l'épouse  venait  tourmenter  son  mari. 

On  ignore  le  lieu  où  fut  trouvé  ce  singulier  manuscrit. 
Il  provient  de  la  collection  Anastasi.  D'après  les  détails 
conservés  dans  l'inventaire,  on  voit  qu'au  moment  de  sa' dé- 
couverte, il  était  attaché  à  une  statuette  en  bois,  D.  132 
(V.  pi.  XXIV)  représentant,  comme  on  doit  s'y  attendre, 
une  femme,  non  pas  avec  les  attributs  habituels  des  statuettes 
funéraires,  mais  avec  la  toilette  et  la  coiffure  des  dames  égyp- 
tiennes. C'est  le  portrait  de  l'épouse.  Une  légende,  dont  les 
premiers  mots  seuls  sont  conservés  :  Dit  pour  VOsiris  [dé- 

funte)  Kena ,  nous  ofitre  le  commencement  de  son  nom. 

Ce  manuscrit  clôt  dignement  cette  série  des  papyrus  du 
Musée  de  Leyde. 

Chalon-sar-Saône,  15  octobre  1861. 


LETTRE 

A  M.  L'ÉDITEUR  DU  JOURNAL  THE  LITERARY  GAZETTE 

SUR  QUBLQUBS 

SINGULARITÉS  DE  L4  MÉDECINE  ÉGYPTIENNE» 


Chalon-sur-Saône  (France),  April  10, 1862. 

Sir,  —  The  f riendly  reviewer  who  lately  introduced  my 
Mélanges  égyptologiques  to  the  readfers  of  the  Literary 
Gaaetie^  bas  paid  his  peculiar  attention  to  the  dissertation 
in  which  I  explained  the  contents  of  a  papyrus,  relating  to 
Egyptian  therapeutics,  existing  in  the  Berlin  Muséum.  He 
remarks  that  this  treatise  does  not  give  a  very  high  idea  of 
the  médical  science  of  the  Egyptians.  To  this  opinion  I  agrée 
willingly,  as  far  as  my  extracts  are  concerned;  but  I  may 
be  allowed  to  observe,  that  thèse  extracts  are  only  an  unim- 
portant  part  of  this  document,  which  moreover  is  not  com- 
plète. Ite  commencement  is  lost,  and  we  bave  no  means  to 
guess  the  importance  of  the  wanting  portion.  Also,  I  must 
confess  that  my  citations  were  designed  to  excite  curiosity, 
rather  than  to  illustrate  the  science  of  the  Egyptians.  Con- 
sequently  I  made  choice  of  oddities,  and  it  is  only  strict 
justice  to  defer  deciding  the  question  until  more  of  the 
matter  is  brought  to  light. 

1.  Pablié  dans  The  Literary  Gajsette  de  Londres,  n*  199  (2359), N.  S., 
le  19  avril  1862. 


174  LETTRE  SUR  QUELQUES   SINGULARITÉS 

Sho.uld  our  confidence  in  the  value  of  the  old  Roman 
therapeutics  be  proof  against  M.  P.  Cato's  long  chapter  on 
the  marvellous  properties  of  cabbages,  it  would  certainly 
be  borne  down  by  the  recipe  against  the  excoriations  caused 
by  excess  of  walking,  or  the  strange  spells  by  which  the 
adversary  of  charms  and  conjurations  restores  limbs  out  of 
joint  or  fractured  bones. 

Although,  according  to  Pliny's  testimony,  this  rough 
médical  System,  in  which  the  simplest  rules  of  hygiène  are 
not  to  be  looked  for,  lasted  six  centuries,  after  which  never 
did  the  Senate  and  people  enjoy  such  perfect  health,  every- 
body  will  allow  that  we  do  not  find  there  any  superiority 
to  the  Egyptian  medicine.  Pliny's  statement  of  the  long 
duration  and  efBcacy  of  domestic  medicine,  is  much  like  a 
remote  écho  of  the  rude  Censor's  inveterate  spite  against 
Greek  science.  He  had  denounced,  as  their  worst  présent, 
the  introduction  of  their  physicians,  who,  he  says,  «  hâve 
sworn  to  kill  ail  barbarians  with  their  medicines  ».  But 
even  in  his  time  Greek  medicine  was  slowly  making  its 
way  into  Rome,  and  finaily  in  the  time  of  Pliny  reigned 
undisputedly  there.  The  progress  of  luxury  and  the  excesses 
of  sensualism  either  had  shaken  the  rude  bodily  constitu- 
tions of  the  old  Romans,  or  given  rise  to  diseases  unknown 
beforc;  an  additional  store  of  médical  assistance  became 
neccssary,  and  the  Galenic  therapeutics  usurped  the  place 
of  domestic  médecine.  This  was  undoubtedly  a  great  step 
in  the  way  of  progress. 

Nevertheless,  innumerable  additions  and  absurd  prescrip- 
tions disfigure  the  imperfect  science.  Judged  from  this  point 
of  view,  the  whole  System  would  not  suggest  a  more  favou- 
rable  opinion  than  was  the  case  with  my  extracts  from  the 
médical  papyrus.  I  dare  assert  no  ridiculous  practices  will 
be  found  in  the  Egyptian  papyri  that  are  not  surpassed  in 
the  Galenic  therapeutics. 

The  passages  I  hâve  translated  in  my  Mélanges  égypto- 


DE  LA  MÉDECINE  ÉGYPTIENNE  175 

logiques  are  only  a  part  of  what  I  hâve  been  able  to  read 
in  the  médical  papyrus.  At  the  risk  of  damaging  the  opinion 
of  your  readers  respecting  Egyptian  medicine,  I  pay  Iiere 
a  fresh  tribute  to  mère  curiosity,  in  the  citation  of  some 
more  prescriptions. 

We  must  suppose  there  was  in  ancient  medicine  a  branch 
of  copropathy,  as  we  hâve  now  homœopathy,  At  least  this 
hypothesis  would  explain  the  reason  why  we  fînd  nearly 
ail  disgusting  substances  used  as  médicaments.  No  human 
or  animal  déjections  were  spared,  and  one  shudders  at  the 
idea  of  such  eatables  or  drinks  as  were  cooked  with  thèse 
drugs,  and  prescribed  for  many  cases.  In  the  papyrus, 
however,  animal  products  are  exclusively  concerned,  and 
the  remédies  are  reserved  for  extemal  use.  The  Egyptian 
doctors  probably  had  not  experienced,  like  Dioscorides,  the 
eflicacy  of  the  «  fîmum  caprese,  suis  sylvestris,  vel  canis,  in 
))  vino  potum,  ovis  et  asini  in  aceto,  ciconiso  in  aqua  »,  etc., 
and  did  not  coïncide  with  Asclepiades,  who,  it  is  said 
«  stercore  utitur  non  modo  medicamentis  quse  foris  impo- 
»  nuntur  commiscens,  sed  iis  quoque  quse  intro  in  os  su- 
))  muntur  ».  But  the  delicacy  of  the  Egyptian  physicians 
in  this  respect  did  not  extend  so  far  as  to  spare  their 
patients'  olfactory  organs.  Mixtures,  including  some  of  thèse 
unsavoury  drugs,  were  burnt  in  fumigations  (suffitio)  to 
perfume  aching  limbs.  Tlie  word  kapU,  ray  learned  friend 
Mr.  Birch  lias  shown,  really  means  suffire,  suffumigare, 
instead  of  referring  to  active  topics  or  blisters,  as  1  hâve 
conjectured  in  my  Mélanges. 

I  am  unable  to  make  out  tlie  nature  of  the  ailments  thèse 
fumigations  were  supposed  to  allay,  but  the  recipes  are 
really  singular  enough.  I  give  hère  a  translation  of  six  of 
them,  preserving  the  original  Egyptian  name  I  cannot  iden- 
tify  :  - 

«  1.  iCAe^planta,  ...  (a /aca/ia)  in  septem  pilulas  reducti, 


176  LETTRE  SUR  QUELQUES  SINGULARITÉS 

»  igné  usti,  hesauAiqnore  et  urinà  hircinA  extincti;  hoc 
))  suffire  hominem. 

»  2.  iîCAei-planta ;  besau-uru  (a  minerai);  sap^a-lapis; 
»  adeps  caprinus  ;  ad  ignem  apponere  et  suffire. 

»  3.  Mel,  vinum  palmeum,  saL  urina  hircina,  stercus  asi- 
»  ninum,  stercus  felinum,  stercus  suillum,  a/î/c-herba,  khet- 
»  planta;  pinsere  in  une  et  suffire. 

»  4.  BesaU'Uru,  saptuA^pis,  stercus  leoninum  et  tigrinum, 
»  stercus  MM?a-dorcadis,  stercus  AraAes-dorcadis  ;  stercus 
»  ciconianum;  suffire. 

»  5.  Pedes/)a^{~avis,  pilusasininus,  stercus  hirundineum, 
»  cornu  cervi  ;  suffire. 

»  6.  Stercus  felinum,  stercus  crocodilinum,  stercus  hirun- 
»  dineum,  cornu  cervi;  suffire.  » 

Thèse  recipes  are  ail  contained  in  the  same  page  of  the 
papyrus,  and  none  of  the  same  répulsive  drugs  appear  in 
other  passages,  except  one  which  relates  to  the  prognosti- 
cation  of  future  maternity.  Among  the  forty  animais  cited 
by  Pliny  for  their  contributions  of  this  kind  to  Roman 
therapeutics,  we  do  not  fînd  lions  nor  tigers,  probably 
owing  to  their  scarcity;  but  ail  the  others  are  in  his  list; 
and  the  crocodile's  produce,  a  precious  cosmetic  of  the 
mundus  muliebris,  is  said  to  hâve  been  the  object  of  varions 
adultérations. 

Another  drug  used  by  the  Romans  for  many  cases  was 
the  crusty  callosity  on  the  skin  of  horses  «  calli  qui  equorum 
»  cruribus  nascuntur,  lichenes  equorum  ».  The  same  appear 
in  our  papyrus  in  a  mixture  for  ointment.  Galen  recom- 
mends  them  «  ex  vino  aut  mulso  poti  ».  The  blood,  flesh, 
bones,  skin,  hair^  etc.,  of  a  great  number  of  animais  also 
supplied  their  quota  of  médicaments.  The  papyrus  mentions 
a  few  of  thèse  substances.  The  lizard,  for  instance,  figures 
in  two  recipes,  one  of  which  runs  thus  :  —  «  A  lizard  having 
»  its  belly  filled  with  cedar-oil,  seasoned  with  sait;  dress 
»  the  head  with  it;  do  the  same  for  ail  aching  places,  in 


DE  LA  MÉDECINE  EGYPTIENNE  l?"? 

»  every  bone  and  every  limb.  »  In  Dioscorides  the  lizard  is 
a  remedy  for  the  scorpion's  venomous  bite,  which  our  pa- 
pyrus cures  with  a  fumigation  of  three  minerais,  two  vege- 
tables^  and  goat's  grease. 

Certainly  it  would  be  more  useful  for  science  to  illustrate 
the  question  of  Egyptian  medicine  in  its  serions  character, 
instead  of  looking  for  trifles.  But  the  task  is  far  from  being 
an  easy  one.  We  hâve  no  guide  to  détermine  exactly  the 
nature  of  the  immense  number  of  vegetables,  minerais,  and 
liquors  which  are  prescribed  for  médicaments  to  be  boiled, 
infused,  or  ground  together.  In  each  recipe  are  generally 
comprised  several  substances  at  once  ;  in  no  case  is  a  single 
substance  indicated  separately,  while  many  mixtures  con- 
tain  from  five  to  twelve,  and  even  sometimes  more.  This 
goes  far  to  contradict  the  statement  that  the  Egyptians  only 
made  use  of  a  few  médicinal  ingrédients.  The  names  of 
diseases  are  not  less  perplexing  for  the  translater,  the  Coptic 
having  not  preserved  those  mentioned  in  the  papyrus^  ex- 
cepting  perhaps  fever,  muton.  Some  assistance  will  perhaps 
be  got  from  the  demotico-greek  papyrus,  but  it  will  require 
a  long  and  tiresome  study. 

Nevertheless,  we  can  state  some  facts  arising  from  the 
plainly  intelligible  passages  of  the  médical  papyrus.  For 
instance,  the  use  of  potions,  embrocations,  solid  médica- 
ments to  be  eaten,  ointments,  frictions,  topics  and  fumi- 
gations. Clysters  also  were  commonly  used,  eVen  at  the  eve 
of  historical  times  in  Egypt.  No  passage  of  the  manuscript 
refers  to  blood-letting;  but  this  circumstance  is  not  a  proof 
that  the  practice  was  unknown. 

In  some  cases  sweating  was  provoked  by  means  of  fumi- 
gations ;  draughts  or  eatable  drugs  for  vomiting  or  purging. 
Severe  diet  was  also  prescribed  af  ter  médication  ;  so  was 
a  moderato  exercise.  «  Let  him  drink,  »  says  the  text  «  and 
make  a  moment  of  going  and  coming  ».  Sometimes  the  sick 
person  was  recommended  to  remain  abed  or  to  stand  up 

BiBL.  ÉGYPT.»  T.  X.  12 


178  LETTRE  SUR  QUELQUES  SINGULARITÉS 

while  taking  medicines.  Detailed  instructions  are  given  on 
the  proportion  of  varions  médicaments,  the  order  in  which 
each  ingrédient  was  to  be  introduced,  the  successive  boilings 
and  decantings,  the  number  of  the  necessary  vases,  etc. 
Some  medicines  were  to  be  drunk  at  once,  others  by  drops; 
jnilder  medicines  were  especially  made  use  of  for  children. 
Summer  and  winter  sometimes  required  différent  treat- 
ments.  Prescriptions  were  generally  made  for  four  consé- 
cutive days,  but  in  some  cases  remédies  are  said  to  efifect 
the  cure  fort  kwit  h.  Wine,  milk,  grease,  honey,  sait,  salt- 
petre,  incense,  vegetable  and  animal  oils  in  various  combi- 
nations,  were  of  fréquent  use  in  Egyptian  as  well  as  in 
Roman  therapeutics. 

On  the  whole,  we  are  not  authorized  by  any  solid  reason 
to  pronounce  that  the  médical  science  of  the  Egyptians  was 
below  the  level  of  the  ancient  therapeutics  of  the  Greeks. 
We  must  bear  in  mind  that  the  twenty-three  pages  of  the 
Berlin  papyrus,  and  a  few  recipes  existing  in  another  hie- 
ratic  manuscript  (I.  345,  Leyden  Muséum),  form  up  to  this 
day  our  whole  stock  of  information.  This  cannot  be  regarded, 
even  if  fully  understood,  as  a  complète  instalment  of  the 
knowledge  of  the  Egyptians  in  medicine.  But  those  precious 
sheets  speak  to  us  of  the  state  of  this  science  nine  centuries 
before  Hippocrates  wrote  his  treatises;  and  one  of  the  sec- 
tions of  the  médical  papyrus  is  ascribed  to  a  much  earlier 
period,  i.  e.  the  timc  of  Athothis,  the  son  of  Menés.  I  ven- 
ture  to  say  very  few  written  records  of  antiquity  are  more 
worthy  of  attention.  They  are  moreover  a  source  of  lexico- 
graphical  discoveries,  as  several  newly-observed  w^ords 
show  hère  their  real  meaning.  Among  those  that  were 
unknown  before  and  hâve  their  exact  correspondents  in 
Coptic,  I  can  cite  :  —  jaiot,  sal;  hott,  farina;  no-rr,  pin^ 
acre,  molere;  ©au,  pulcis,  in  pulcerem  conterere;  qore, 
sudor;  T«^q,  guttula;  «ot^oTc^  lacerta, 

A  great  many  others,  which  it  would  be  too  long  to  enu- 


DE  LA  MÉDECINE    ÉGYPTIENNE  179 

merate,  having  also  direct  Coptic  derivatives,  are  already 
found  in  our  glossaries,  and  are  in  no  want  of  the  further 
confirmation  of  tbeir  meaning  arising  from  our  médical 
texts. 

Should  the  opponents  of  ChampoUion  (if  there  be  any 
existing  now)  condescend  to  examine  closely  the  vast  store 
of  proofs  we  are  now  able  to  présent  in  support  of  this  great 
man's  System  of  deciphering  the  Egyptian  hieroglyphics, 
they  would  inevitably  give  way  beforo  évidence.  The  school 
of  wilfully  blind  unbelievers,  headed  by  Klaproth,  has 
vanished  in  France.  It  is  too  late  now  for  archseologists  to 
criticize  our  results  without  giving  due  attention  to  the 
bulk  of  the  Egyptologists'  labours,  and  pointing  out  «the 
alleged  fundamental  unsoundness  of  so  many  translations 
of  Egyptian  texts  now  in  the  hands  of  ail  savants  devoted 
to  philological  researches. 


LETTRE 

A  M.  LE   DOCTEUR   SCHNEPP 
Secrétaire  de  rinsUtut  égyptien 

SUR  LA  LONGÉVITÉ  PRÉTENDUE  DES  ÉGYPTIENS 


ChaloD-sur-Saône,  le  10  octobre  1862. 

En  mars  dernier,  me  conformant  à  une  indication  trouvée 
sur  le  Bulletin,  j'ai  fait  remettre  à  M.  Lecierc,  libraire  à 
Paris,  dix  brochures  formant  Tensemble  des  publications 
antérieures  dont  je  possédais  encore  des  exemplaires.  J'espère 
que  M.  Leclerc  les  aura  fait  parvenir  à  l'Institut  égyptien. 

Par  l'entremise  de  M.  l'ingénieur  Sciama,  directeur  du 
Canal  de  Suez,  j'ai  l'honneur  de  vous  adresser  encore  pour 
la  même  bibliothèque  : 

!•  Note  sur  une  scène  mystique  peinte  sur  un  sarcophage 
égyptien  du  Musée  de  Besançon; 

2*  Les  Inscriptions  des  mines  d'or,  în-4*,  avec  deux 
planches. 

Permettez-moi,  Monsieur,  de  vous  dire  qu'à  mon  avis, 
vous  êtes  dans  le  vrai  quand  vous  révoquez  en  doute  la  lon- 
gévité des  anciens  Égyptiens.  Aucun  document  original  ne 
nous  autorise  à  penser  que,  sous  ce  rapport,  les  générations 
actuelles  soient  moins  favorablement  partagées  que  celles 
qui  ont  vu  construire  les  pyramides.  Il  ne  faudrait  pas  juger 

1.  Cf.  Bulletin  de  l'Institut  Égyptien,  l"*  série,  1862-1863,  p.  62,  l'ana^ 
lyae  de  cette  lettre. 


182     LETTRE  SUR  LA  LONGÉVITÉ  DES  ÉGYPTIENS 

de  la  durée  de  la  vie  chez  les  anciens  Egyptiens  d'après  les 
inscriptions  funéraires  de  quelques  sujets  de  choix,  tels,  par 
exemple,  que  Bak-en-Khons,  de  M.  Devéria.  On  sait  que 
les  inscriptions  romaines  de  la  Numidie  mentionnent  fré- 
quemment des  centenaires.  On  y  rencontre  notamment  une 
femme  de  cent  quinze  ans  et  une  autre  de  cent  trente-deux 
ans.  Ces  existences  prolongées  démontrent  la  salubrité  du 
pays,  mais  on  n'en  conclut  nullement  que  la  vie  humaine 
fût  alors  dans  des  conditions  différentes  de  celles  de  nos 
jours. 

Les  textes  égyptiens  nous  livrent  au  surplus  un  renseigne- 
ment assez  précis  sur  le  sujet  qui  m'occupe.  On  y  trouve, 
en  effet,  assez  fréquemment  l'expression  de  vœux  formés 
pour  une  existence  de  cent  dix  ans.  Pour  un  motif  qui  n'est 
pas  encore  connu,  le  nombre  11  et  ses  multiples  étaient  d'un 
usage  fréquent,  comme  chez  nous  celui  de  12,  malgré  la 
série  décimale  des  chiffres.  Les  Égyptiens  demandaient  à 
vivre  cent  dix  ans,  de  même  que  de  nos  jours  on  parle  d'un 
siècle  comme  du  terme  le  plus  long  de  la  vie  probable.  Le 
premier  exemple  de  cette  espèce  de  souhait  se  rencontre  au 
Papyrus  Prisse,  le  plus  ancien  manuscrit  connu,  et  cet 
exemple  y  est  rapporté  à  propos  d'un  fils  du  roi  Assa,  qui 
appartient  à  l'une  des  premières  dynasties.  D'autres  cas  se 
rencontrent  dans  des  monuments  de  l'époque  des  Améno- 
phis  et  des  Ramsès.  Le  savant  M.  Goodwin,  qui  a  fait  la 
même  observation  [Parthénon,  12  juillet  1862),  rappelle 
avec  raison  que  l'âge  de  cent  dix  ans,  attribué  par  l'Écriture 
au  patriarche  Joseph,  mort  en  Egypte,  représente,  au  point 
de  vue  égyptien,  la  limite  de  faveur  de  la  vie  humaine, 
tandis  qu'au  point  de  vue  hébreu,  cet  âge  était  inférieur  à 
celui  des  autres  patriarches,  même  à  celui  de  Moïse,  qui, 
né  plusieurs  générations  plus  tard,  vécut  encore  cent  vingt 
ans. 

Veuillez  agréer,  Monsieur  et  savant  collègue,  l'assurance 
de  mes  sentiments  affectueux. 


/ 


LES  INSCRIPTIONS  RELATIVES  AUX  MINES  D'OR 

DE  NUBIE  ^ 


Dans  le  troisième  volume  des  Mémoires  de  la  Société 
d'Histoire  et  d'Archéologie  de  Chalon-sur-Saône',  j'ai  publié 
la  traduction  commentée  de  diverses  inscriptions  gravées 
sur  les  murs  du  temple  de  Radesieh.  A  la  fin  de  ce  travail, 
je  rappelais  la  dissertation  de  M.  S.  Birch  sur  un  autre  texte 
de  sujet  analogue  '  et  paraissant  se  lier  à  ceux  de  Radesieh 
de  la  manière  la  plus  directe. 

En  rapprochant  mon  mémoire  de  celui  de  mon  savant  ami, 
le  lecteur  pourrait  se  former  une  idée  assez  complète  de  l'en- 
semble des  renseignements  historiques  et  géographiques 
fournis  par  les  monuments  en  question.  Mais,  d'une  part, 
l'édition  du  troisième  volume  des  Mémoires  de  la  Société 
de  Chalon-sur-Saône  est  à  peu  près  épuisée  aujourd'hui,  et, 
d'un  autre  côté,  le  travail  de  M.  Birch,  inséré  dans  le  journal 
scientifique  anglais  The  Archœologia,  est  à  peine  connu  en 
France,  en  dehors  d'un  petit  nombre  de  personnes.  Il  ne  sera 
donc  pas  inutile  de  reprendre  en  entier  ce  sujet  intéressant, 
en  publiant,  pour  la  première  fois  en  français,  la  traduction 
de  l'inscription  dont  s'est  occupé  M.  S.  Birch,  ainsi  qu'une 
nouvelle  copie  du  texte  original  de  cette  inscription. 

1.  Extrait  des  Mémoires  de  la  Société  d'Histoire  et  d'Archéologie  de 
Chalon-sur-Saône,  t.  IV,  p.  437-472,  et  pabiié  à  part  chez  Benjamin 
Daprat. 

2.  Cest  le  mémoire  publié  au  t.  I,  p.  21-68  de  ces  Œucrcs  de  Chabas. 

3.  Upon  an  historical  tabiet  of  Ramses  II,  Archœologia,  vol.  XXXIV, 
p.  357. 


184  LES   INSCRIPTIONS   DES   MINES  d'OR  DE  NUBIE 

Tel  est  le  plan  du  travail  que  j'entreprends  aujourd'hui 
et  qui  forme  une  suite  de  la  série  d'études  égyptologiques 
que  j'ai  commencées  dans  les  Mémoires  de  la  Société. 

Sept  ans  se  sont  écoulés  depuis  que  j'ai  mis  la  dernière 
main  à  mon  mémoire  sur  Une  Inscription  historique  de 
SétiJ^^.  Pendant  cet  intervalle,  la  science  a  considérablement 
progressé,  et  nous  avons  pénétré  bien  plus  avant  dans  la 
connaissance  du  mécanisme  des  hiéroglyphes.  Il  nous  reste 
peu  de  chose  à  faire  pour  ce  qui  concerne  la  langue  en  usage 
à  la  grande  époque  pharaonique  correspondant  aux  six  pre- 
mières dynasties  du  Nouvel  Empire.  Mais  nous  avons  encore 
à  vaincre  beaucoup  d  obstacles  pour  l'interprétation  de 
l'idiome  spécial  des  écrits  qui  datent  de  l'Ancien  Empire. 
La  domination  des  Pasteurs  et  le  contact  permanent  des 
races  sémitiques  conquérantes  ou  conquises  paraissent  avoir 
influé  assez  notablement  sur  la  langue  égyptienne.  Des  mots 
et  des  formes  grammaticales  tombèrent  en  désuétude; 
d'autres  y  furent  substitués  sous  l'influence  de  ces  relations 
nouvelles.  Plus  tard,  les  rapports  de  l'Egypte  avec  la  Grèce 
et  la  domination  des  Lagides  donnèrent  lieu  à  de  nouvelles 
modifications,  qui  portent  principalement  sur  le  système 
graphique,  et  c'est  encore  un  des  points  qui  réclament  au- 
jourd'hui des  études  spéciales.  En  définitive,  les  travaux  qui 
ont  pour  objet  l'explication  analytique  des  textes  égyptiens 
continuent  à  mériter  tout^  l'attention  des  disciples  de  Cham- 
poUion.  C'est  à  la  multiplicité  de  ces  travaux  et  à  leur  prompte 
divulgation  que  sont  subordonnés  les  progrès  qu'il  nous  reste 
encore  à  accomplir. 

I 

l'or  de  NUBIE   ET  d'ÉTHIOPIE 

Pendant  sa  splendeur,  tant  de  fois  séculaire,  l'Egypte  fit 
une  prodigieuse  consommation  d'or.   Sans  recourir  au  té- 


LES  INSCRIPTIONS   DES   MINES   D'OR    DE   NUBIE  185 

moignage  d'Hérodote,  qui  nous  représente  les  prisonniers 
éthiopiens  liés  par  des  chaînes  de  ce  métal^  nous  connaissons, 
par  des  renseignements  puisés  aux  textes  originaux,  l'emploi 
abondant  qu'on  en  faisait  pour  l'ornementation  et  l'ameu- 
blement des  temples  et  des  palais  :  portes  incrustées  d'or, 
sièges  d'or,  couronnes  d'or,  colliers  d'or,  etc.,  sont  men- 
tionnés dans  une  foule  de  textes,  et  les  sables  de  l'Egypte 
nous  ont  rendu  un  grand  nombre  de  ces  objets  précieux. 
Sur  la  fin  de  l'Ancien  Empire,  les  coffres  funéraires  étaient 
entièrement  dorés,  et  vers  le  commencement  du  second  les 
pharaons  firent  revêtir  d'or  leurs  pylônes  et  leurs  obélisques. 

Nous  voyons  aussi  l'or  jouer  un  rôle  important  dans  les 
munificences  royales  ;  des  colliers  d'or  récompensaient  les 
actions  d'éclat  et  constituaient  une  espèce  de  décoration 
honorifique.  Mais  l'or  était  aussi  distribué  sous  forme  d'an- 
neaux, d'armes,  de  chaînes,  etc.  Que  Von  donne  beaucoup 
d'or  au  fidèle  Hor-Khem^  dit  Séti  I"  dans  une  inscription 
encore  inédite.  Un  autre  monument  nous  montre  l'adorateur 
du  soleil  rayonnant,  Khou-en-Aten,  donnant  à  ses  esclaves 
l'ordre  de  charger  d'or  un  ofl5cier  nommé  Méri-Ra;  l'expres- 
sion du  monarque  est  pittoresque  : 

Qu'on  lui  mette  Cor  au  cou,  par  derrière,  aux  pieds, 
puisqu'il  a  obéi  aux  instructions  du  roi  en  toutes  choses  \ 

Dans  le  tableau  qui  accompagne  ce  texte,  on  voit  des  ser- 
viteurs apportant  à  Méri-Ra  un  grand  nombre  de  colliers  et 
d'anneaux  d'or.  L'or  d'échange  était  disposé  sous  cette 
dernière  forme,  chaque  anneau  étant  probablement  évalué 
d'après  son  poids. 

L'Arabie  et  diverses  contrées  de  l'Asie  furent  de  bonne 
heure  mises  à  contribution  pour  la  fourniture  de  ce  précieux 
métal;  mais  la  Nubie  et  surtout  l'Ethiopie  en  formèrent  les 
sources  principales.  Dès  le  règne  d'Amenemha  P',  ainsi  que 

1.  Denkmàler,  Abth.  III,  97  a. 


186  LES   INSCRIPTIONS   DES   MINES   d'OR   DE  NUBIE 

le  prouve  la  stèle  du  Musée  britannique  citée  par  M.  Birch  \ 
les  lavages  d'or  de  Nubie  étaient  déjà  établis  et  régulière- 
ment exploités.  Sous  Osortasen  I®',  des  expéditions  militaires 
en  Ethiopie  amenaient  au  pharaon  le  minerai  d'or  de  ce 
pays*.  Aux  princes  de  Kusch  ou  d'Ethiopie,  fonctionnaires 
de  l'ordre  le  plus  élevé,  incombait  le  devoir  de  veiller  au 
maintien  de  Timportation  de  l'or  provenant  des  contrées 
situées  au  midi  de  l'Egypte,  et  l'un  de  leurs  titres  habituels, 


^j  ,  intendant  des  pays  de  l'or*,  caractérise  parfaite- 
ment cette  fonction. 

Dans  les  listes  de  tributs  et  sur  les  comptes  des  temples, 
l'or  de  Kusch  est  mille  fois  cité.  Celui  de  Nubie  paraît  avoir 
été  nommé  or  de  Koptos,  d'après  le  nom  de  la  ville  où  abou- 
tissaient les  routes  les  plus  suivies  du  désert*  et  dans  laquelle 
était  d  abord  transféré  le  produit  des  diverses  mines  de  la 
localité. 

L'exploitation  d'or  à  laquelle  se  réfèrent  nos  textes  est 
l'une  de  celles  qui  fournissait  cet  or  de  Koptos;  elle  avait 
son  siège  dans  l'une  des  chaînes  de  la  région  de  petites  mon- 
tagnes qui  commence  à  peu  de  distance  du  Nil  et  s'étend 
jusqu'à  la  mer  Rouge,  au  voisinage  de  la  montagne  des  Éme- 
raudes.  Sur  cette  chaîne,  à  24  heures  de  course  de  chameau, 
depuis  Radesieh,  se  voient  les  ruines  d'un  temple,  auquel  on 
a  donné  le  nom  inexact  de  temple  de  Radesieh  ;  la  localité 
porte  aujourd'hui  le  nom  de  Wady-Abbas;  il  est  probable 
que  l'une  des  stations  de  la  route  de  Koptos  à  Bérénice  en 
était  très  voisine.  Il  existe  du  reste  dans  le  môme  désert 
d'autres  ruines  du  môme  genre,  notamment  dans  le  Wady- 
Ghadir,  le  Wady-Sakeita,  etc. 

1.  S.  Birch,  loco  laud»,  p.  376. 

2.  Denkmàler,  II,  bl.  122,  i.  11. 

3.  Voyez  Brugsch,  Géographie;  ChampoUion,  Notices  manuscrites, 
[t.  1,]  p.  137,  etc. 

4.  Voyez  mon  mémoire  Sur  un  poids  égyptien^  Reçue  archéologique, 
2*  série,  t.  III,  p.  16;  [cf.  p.  107-114,  du  présent  volamej. 


LES   INSCRIPTIONS   DES   MINES    D'OR   DE  NUBIE  187 


II 


SÉTI   !".    —   LES   INSCRIPTIONS   DE   RADESIEH 

Le  temple,  auquel  nous  conserverons  le  nom  de  temple 
de  Radesieb,  se  compose  de  deux  chambres  dont  les  murs 
sont  décorés  d'inscriptions  et  de  bas-reliefs  que  M.  Lepsius 
a  publiés  dans  le  grand  ouvrage  de  la  Commission  prus- 
sienne'. Je  ne  reviendrai  pas  ici  sur  la  description  que  j'en 
ai  donnée  dans  mon  premier  travail,  non  plus  que  sur  la 
traduction  de  tous  les  textes,  bien  que  cette  traduction  puisse 
aujourd'hui  être  améliorée  dans  quelques  passages.  Je  me 
bornerai  à  reproduire  la  version  du  premier  de  ces  textes, 
le  seul  qui  ait  directement  trait  à  la  fondation  du  temple  et 
de  la  citerne  : 

«  (Lîg.  1).  L'an  IX,  le  20  d'Épiphi,  sous  le  règne  de 
»  Sétil*'*,  vivant  à  toujours. 

))  Ce  jour-là,  le  roi  s'occupait  des  contrées  situées  du  côté 
»)  des  montagnes;  son  cœur  voulut  (lig.  2)  voir  les  carrières 
»  d'où  l'or  est  amené.  Lorsque  le  roi  y  montait  avec  les 

»  savants  des  cours  d'eau ,  il  fit  une  halte  sur  le  chemin 

»  pour  converser  tacitement  avec  son  cœur;  il  dit  :  Point  do 
»>  chemin  sans  eau!  C'est  comme  un  lieu  (lig.  3)  où  les  voya- 
»  geurs  succombent  par  le  dessèchement  de  leurs  gosiers. 
»  Où  serait  l'endroit  qui  pût  éteindre  leur  soif?  le  pays 
»  (d'Égt/pte)  est  éloigné,  la  région  (déserte)  est  vaste. 
»  L'homme  pris  par  la  soif  s'écrie  :  Terre  de  perdition!  Ils 
»  viennent  (lig.  4)  s'acquitter  envers  moi  de  leurs  obliga- 
»  tiens;  je  ferai  pour  eux  l'action  de  les  faire  vivre.  Ils 
»  rendront  un  culte  à  mon  nom  dans  la  suite  des  années  ; 

1.  Denkmàler  aus  /EgypL  und  jEthiop.,  Abth.  III,  bl.  139, 140 et  141. 

2.  Je  passe  les  titres  da  pharaon,  qui  nous  intéressent  peu. 


188  LES  INSCRIPTIONS  DES  MINES   D'oR  DE  NUBIE 

»)  ils  viendront,  et  leurs  générations  à  venir  viendront  aussi 
))  comme  charmées  par  moi,  à  cause  de  ma  puissance 

»  (lig.  5)- 
»  Lorsque  le  roi  eut  dit  ces  paroles  en  son  cœur,  lui- 

»  même,  il  s'éleva  dans  le  pays,  cherchant  un  lieu  pour  y 

»  faire  un  sanctuaire  auguste  y  contenant  un  dieu,  pour  lui 

»  rendre  le  culte  et  lui  adresser  les  prières.  Il  lui  plut  de 

»  rassembler  des  ouvriers  (lig.  6)  travaillant  la  pierre  pour 

»  établir  une  citerne  sur  les  montagnes,  dans  le  désir  de 

»  soutenir  le  défaillant,  en  lui  fournissant  de  Teau  fraîche 

»  au  temps  de  la  chaleur,  en  été\  Alors  il  fonda  ce  lieu  au 

»  grand  nom  de  Ramamen*  (lig.  7).  L'eau  y  vint  en  grande 

»  abondance,  comme  à  l'abîme  (du  Nil)  de  Kerti  d'Éléphan- 

»  line. 

»  Sa  Majesté  dit  :  Dieu  a  exaucé  mes  prières,  l'eau  est 
»  venue  à  moi  sur  les  montagnes  par  les  dieux;  la  route  qui 
))  en  manquait  est  rendue  excellente  pendant  mon  règne 
»  (lig.  8),  bienfait  des  pâturages  du  pasteur.  Le  roi  double 
»  la  largeur  de  la  terre  toutes  les  fois  qu'il  étend  les  bras 
»  {lacune) 

»  11  convient  à  mon  cœur,  par  l'ordre  de  dieu,  de  faire 
»  établir  une  ville  et  un  sanctuaire  (lig.  9)  auguste  au  mi- 
»  lieu  d'elle,  une  ville  contenant  un  temple;  et  je  construirai 
»  le  sanctuaire,  en  ce  lieu,  aU  grand  nom  de  mes  pères  les 
»  dieux,  qui  ont  rendu  stables  mes  œuvres  et  prospère  mon 
»  nom  circulant  parmi  les  nations.  Alors  Sa  Majesté  or- 
»  donna  (lig.  10)  qu'il  fût  donné  des  ordres  au  commandant 
»  des  maçons  royaux,  qui  était  avec  lui,  et  aux  sculpteurs 
))  divins;  il  fut  fait  dans  une  coupure  dans  la  montagne  un 

»  temple  ainsi (lacune);  on  plaça  le  dieu  Phra  dans 

))  son  sanctuaire,  Ptah  et  Osiris  dans  sa  grande  salle;  Horus, 


1.  Dans  ses  fructueuses  recherches  sur  les  noms  des  divisions  de 
Tannée  égyptienne,  M.  Brugsch  a  cité  les  derniers  mots  de  ce  passage. 

2.  Prénom  royal  de  Séti  I". 


LES  Inscriptions  des  mines  d*or  de  nubîe       189 

»  Isis  et  Ramamen*,  comme  dieux  parèdres  (lîg.  11),  dans 
»  ce  temple.  Lorsque  le  monument  fut  achevé  entièrement 
»  et  exécutées  ses  peintures,  le  roi  vint  pour  adorer  ses  pères 
))  les  dieux.  » 

Cette  traduction  comprend  quelques  passages  dont  le  sens 
m'avait  échappé,  et  modifie  sur  un  petit  nombre  de  points 
la  version  donnée  dans  mon  premier  travail.  Comme  ces  dif- 
férences n'altèrent  en  rien  les  résultats  historiques  qu'on 
peut  tirer  du  texte,  et  que  les  discussions  philologiques  éten- 
dues n'entrent  pas  dans  le  plan  de  cet  article,  je  me  dispen- 
serai de  justifier  les  nouveaux  sens  que  j'adopte.  Mais  je  crois 
devoir  entrer  dans  quelques  détails  à  propos  d'un  passage 
qui  soulève  une  question  géographique  intéressante.  Je  veux 
parler  de  la  phrase  dans  laquelle  Séti  !•'  dit  que  l'eau  afflua 
dans  sa  citerne,  comme  h  Vabîme  de  Kerti  d'Êléphantine: 

,.§Q  .v^?    11   \>  ,  TPEH  kerti  ABU. 

UX       <=>\\0  I  J  Jl  CW) 

On  rencontre  une  indication  pareille  au  chap.  cxlix  du 

Rituel,  à  propos  de  la  répion  de    ^  Q^X©,  ker,  qui  est  le 

quatorzième  et  dernier,         ,  aï,  décrit  par  ce  chapitre.  Le 

texte  semble  dire  que,  de  ce  point,  le  Nil  redescend  jusqu  à 
Tattu,  ville  que  M.  Brugsch  identifie  avec  Mondes,  mais 
que,  dans  tous  les  cas,  il  faut  chercher  dans  la  Basse-Egypte. 

?  Il  \>®>ABU,  Éléphantine;   ^  Q^o,keroukra;        ^^    , 

KER-Ti,  ôt  Tu  ^      ,  TATTU,  sout  dcs  poiuts  importants  pour 

la  mythologie.  Ils  sont  liés  les  uns  aux  autres  par  leurs 
mythes  et  leurs  cultes  locaux.  Le  chap.  cxlix  du  Rituel,  à 
l'endroit  cité,  dit  qu'il  y  a  dans  le  pays  de  ker  (ou  krau) 
un  serpent^  au  kerti  d'abu,  à  la  surface  du  tpeh  du  Nil, 
et  que  ce  serpent  vient  avec  lui,  ce  qui  me  semble  signifier 
qu'il  suit  le  cours  du  NilV 

1.  Le  roi  lai-môme  désigné  par  son  prénom. 

2.  Todtenbuch,  chap.  cxlix,  60  à  62. 


190  LES   INSCRIPTIONS   DES   AflNES   D*OR   DE   NUBIE 

OU         o.  KER,  est,  je  crois,  le  copte  ^is^'K,  fora- 

rnen,  cucea.  Ou  peut  aussi  le  comparer  à  npoc,  circulas, 
annulas;  yp,  creuser;  h'h},  rotunduSj  xotX-à;,  trou  creusé 
dans  la  terre.  Il  est  p^rlé  dans  les  textes  de  certaines 
retraites  occupées  par  les  dieux  et  nommées  ker*,  que  les 
vignettes  représentent  quelquefois  sous  la  forme  de  cercles. 
Ce  sont  peut-être  des  puits,  des  trous,  des  cavités.  Les  dé- 
funts devaient  connaître  ces  mystérieuses  demeures*. 

Quant  au  mot  ^,8  Q,  tpeh,  qui  n'a  pas  de  correspondant 

en  copte,  il  possède  certainement  une  signification  analogue 
à  KER.  On  le  trouve  désignant  le  trou  du  serpent',  le  logis 
secret  d'un  dieu*,  le  fond  des  puits  funéraires,  etc.*.  Les 
TPEHU  d'Hapi,  c'est-à-dire  du  Nil,  sont  maintes  fois  cités 
dans  les  textes*,  et  ces  retraites  inaccessibles,  dans  lesquelles 
le  dieu  était  supposé  faire  sa  demeure  et  d'où  il  faisait  jaillir 
ses  ondes  bienfaisantes,  étaient  figurées  dans  les  temples 
par  des  châsses  symboliques  également  nommées  tpeh.  Dans 
le  bel  hymne  au  Nil  du  Papyrus  Sallier  II,  document  si 
digne  d'une  étude  attentive,  se  rencontrent  deux  passages 
extrêmement  intéressants  sur  ce  sujet.  Le  premier,  si  j'en 
comprends  bien  l'intention,  nous  prouverait  que  les  initiés 
aux  plus  hauts  mystères  de  la  science  sacrée  étaient  bien 
loin  de  confondre  la  divinité  avec  les  images  et  les  symboles 
qui  la  représentaient  dans  les  temples  : 

1 .  Voyez  mon  Hymne  à  Osiris,  Reçue  arclièologiqiie,  IV  année, 
p.  197,  note  4  [cf.  t.  I,  p.  120,  n.  4,  de  ces  Œuvres];  aussi  Todtcnbuch, 
eh.  Lxxiv,  1;  cxxxvi,  2,  etc.;  Champollion,  Monuments  de  VÈgypie^ 
pi.  CCLXVl. 

2.  Sharpe,   Et/t/piian  Inscriptions,  série  II,  pi.  XIV,  5  :  Voslrion^ 
Zciïio  connaît  les  dousc portes  des  douze  kers  de  cette  rille.,Cf.  Tod- 
tenhuch,  chap.  cxxvii,  8. 

3.  Ghampollion,  Notices  manuscrites,  [t.  1,]  p.  467,  etc. 

4.  Todienbuch^  ch.  lxvii,  1;  cxxv,  32. 

5.  Brugsch,  Monuments  de  l'Érjypte,  pK  III,  1.  12. 

6.  Par  exemple,  dans  les  passages  étudiés,  et  Todtenhiich,  cb.  cxxix, 
1  ;  Papyrus  Sallier  IV,  pi.  IX,  lig.  9,  etc. 


LES   INSCRIPTIONS  DES  MINES   d'oR   DE   NUBIE  191 

((  On  ne  le  taille  pas  en  pierre;  dans  les  statues  auxquelles 
))  on  pose  la  double  couronne  (le  pschent),  on  ne  l'aperçoit 
»  pas  ;  on  ne  le  façonne  pas  ;  on  ne  lui  rend  pas  d'hommages  ^  ; 
»  on  ne  le  place  pas  dans  les  coffres  mystérieux;  on  ne  con- 
»  naît  pas  le  lieu  où  il  est;  on  ne  le  rencontre  pas  dans  des 
')  TPEHU  peints  ;  pas  de  demeures  pour  un  aussi  grand  que 
j)  lui,  etc.  '  » 

Le  zélé  adorateur  d'Hapi  en  fait  ainsi  le  Deus  ignotus, 
qu'on  ne  peut  ni  représenter,  ni  définir,  ni  renfermer.  Il 
termine  son  hymne  par  le  second  passage  dont  j'ai  parié  : 

Nil  de  V inondation!  A  toi  les  oblationSj  à  toi  les  sacri- 
fices de  bétail;  à  toi  sont  célébrées  les  grandes  panégyries  ; 
à  toi  sont  immolés  les  volatiles,  livrés  les  quadrupèdes  et 
offerts  les  holocaustes.  Les  offrandes  à  chaque  (autre)  dieu 
sont  comme  faites  à  Hapi.  On  a  fait  à  Hapi  des  tpehu 
dans  ThèbeSj  (mais)  on  ne  reconnaît  pas  son  nom  sur  la 
porte  :  le  dieu  ne  parait  pas  en  personne;  vaines  (sont)  les 
figures*. 

On  s'aperçoit  aisément  que  riiiérogrammatc  a  choisi  le 
dieu  Nil  comme  type  absolu  du  dieu  unique  qui  formait  le 
point  fondamental  de  la  doctrine.  Quelle  que  fût  la  forme 
divine  sous  laquelle  les  Égyptiens  l'adoraient,  quel  que  fût 
le  temple  et  le  nom  inscrit  sur  la  porte,  le  culte  s'adressait 
toujours  à  ce  dieu  seul,  qu'ici  on  désigne  sous  le  nom  d'Hapi, 
ailleurs  sous  ceux  d'Ammon,  d'Osiris,  d'Harmachis,  etc. 

On  voudra  bien  me  pardonner  la  longueur  de  cette  digres- 
sion, en  faveur  des  idées  nouvelles  qu'elle  nous  suggère  sur 
ce  point  important  de  la  science  sacrée  d'un  peuple  que 
l'antiquité  classique  accusait  d'adorer  des  animaux  et  même 
des  légumes.  Retenons  pour  le  moment  que  le  tpeh  d'Hapi 


1.  C'est-à-dire  :  La  statue  qu*on  façonne,  celle  dccant  laquelle  on 
accomplit  les  cérémonies  du  culte,  ce  n'est  pas  le  dieu  lui^mênie» 

2.  Papyrus  Sallier  II,  pi.  XII,  lig.  6. 

3.  Ibid.,  pi.  XIV,  1.  6. 


{ 


19â  LES   INSCRIPTIONS  DES   MINES  d'oR  DE  NUBIE 

est  une  secrète  demeure  du  Nil.  L'inscription  de  Kadesieb 
et  le  Rituel  nous  ont  appris  que  Tun  de  ces  tpeh  était  situé 
à  Éléphantine  ou  au  Kerti  d'Éléphantine.  Kerti,  que  notre 
texte  détorminr»  par  deux  cercles  et  qu'on  trouve  aussi  sous 

la  forme     "       p*-'    ^^ .  déterminée  par  deux  angles  sur  deux 

sceaux,  signes  d'impénétrabilité,  se  comporte  dans  tous  les 
textes  comme  un  duel.  Il  signifie  les  deux  ker,  c'est-à-dire, 
d'après  l'explication  que  nous  avons  essayée,  les  deux  trous, 
les  deux  cavités.  Ainsi  donc  le  tpeh  ker-ti  abu  serait  le 
gîte  secret  du  Nil  aux  deux  trous  d' Éléphantine,  ce  qui 
nous  reporte  forcément  à  quelque  accident  du  cours  du  Nil, 
à  la  première  cataracte. 

Le  prêtre  de  Suis,  qui  instruisit  Hérodote,  lui  apprit  que 
les  sources  du  Nil  se  trouvaient  entre  Syène  et  Éléphantine  : 
Ce  sont,  dit-il,  de  profonds  abîmes  sortant  du  milieu  des 
montagnes;  la  moitié  de  leurs  eaux  coule  vers  le  nord  en 
Egypte,  et  Vautre  moitié  vers  le  sud  en  Éthiopie\  D'après 
un  autre  auteur,  le  rhéteur  Aristide,  il  y  a  dans  ce  lieu 
deux  sources  enfermées  dans  deux  grands  rochers,  qui 
sortent  du  milieu  dujleuoe,  et  dont  la  profondeur  ne  peut 
se  mesurer.  Tous  les  anciens  historiens  sont  du  reste  una- 
nimes dans  la  description  de  la  rapidité,  de  la  profondeur  et 
du  bruit  assourdissant. des  eaux  à  la  cataracte.  En  tenant 
compte  des  confusions  qu'on  rencontre  si  fréquemment  dans 
les  récits  d'Hérodote  et  qu'explique  son  ignorance  de  la 
langue  égyptienne,  ne  pourra-t-on  pas  retrouver  les  deux 
ker  des  hiéroglyphes  dans  les  sources  qui  jaillissent  du 
milieu  des  rochers  *,  au  dire  du  prêtre  de  Sais,  et  dans  les  deux 
grands  rochers  d'oii  sortent  deux  sources,  selon  le  rapport 
d'Aristide?  De  nos  jours,  il  y  a  encore  dans  cet  endroit  des 
eaux  profondes  et  rapides,  occasionnant  des  remous  sensibles 


1.  Hérodote,  II,  ch.  xxvm. 

2.  Hérodote  a  dit  montagnes;  admet  leâ  deux  acceptions. 

omsiii 


LES  INSCRIPTIONS  DES  MÎNES  d'oR  DE  NUBIE  193 

et  des  tourbillonnements  qui  ont  pu  faire  supposer  aux 
Égyptiens  que  deux  sources  placées  au  fond  du  lit  du  fleuve 
contribuaient  à  l'augmentation  du  volume  et  aux  mouve- 
ments tumultueux  des  eaux.  D'après  les  hauteurs  du  Nil^ 
notées  à  Semneh  sous  la  XII®  dynastie  et  relevées  par 
M.  Lepsius,  le  Nil  s'élevait  alors  pendant  l'inondation  à 
24  pieds  plus  haut  qu'aujourd'hui  \  Il  conservait  certaine- 
ment aussi  un  niveau  plus  élevé  lors  de  sa  décroissance,  et 
par  conséquent  les  phénomènes  de  la  cataracte  devaient 
avoir,  dans  l'antiquité,  une  intensité  bien  plus  grande  que 
de  nos  jours. 

Cette  indication  coïncide  parfaitement  avec  l'intention  de 
Séti  I",  qui,  pour  faire  admirer  le  succès  de  sa  citerne,  la 
compare  pour  l'abondance  des  eaux  à  l'endroit  du  cours  du 
Nil,  où,  de  son  temps,  on  croyait  que  le  fleuve,  à  son  entrée 
sur  le  territoire  de  l'Egypte,  recevait  le  tribut  de  deux 
sources  abondantes. 

La  localité  voisine  des  deux  ker  avait  reçu  le  nom  de 
cille  ou  pays  des  deux  ker,  ker-ti.  M.  Brugsch  l'a  identifiée 
avec  Korte,  bourgade  égyptienne  située  beaucoup  plus  au 
sud,  en  face  de  Kouban.  Si  cette  identification  était  exacte, 
je  ne  comprendrais  pas  l'expression  hiéroglyphique  Kerti 
d'Abu,  c  est-à-dire  d'Éléphantine,  alors  que  les  deux  loca- 
lités sont  distantes  de  plus  de  vingt-cinq  lieues  et  séparées 
par  des  villes  jadis  importantes,  telles  que  Pselcis,  Talmis 
et  Taphis.  Les  divinités  du  Kerti  sont  mentionnées  dans 
les  légendes  d'un  grand  nombre  de  temples,  mais  ces  men- 
tions ne  prouvent  rien  quant  à  la  situation  de  la  localité  de 
ce  nom,  lors  même  qu'on  les  rencontrerait  dans  les  ruines 
de  Korte. 

Le  texte  que  nous  avons  discuté,   en  l'empruntant  au 

chap.  cxLix  du  Rituel,  place  la  région  de    ®  [}£iO,  ker, 
kra,  en  rapport  avec  le  voisinage  de  la  première  cataracte. 

1.  Lepsias,  Briefe  aus  jEgyptcn,  p.  259. 

BiBL.  ÉOYPT.,  T.  X.  13 


194  LES  INSCRIPTIONS   DES  MINES   D'oR  DE  NUBIE 

D'après  son  déterminatif ,  le  mot  kra  veut  dire  lutte^  combat. 
11  est  possible  que  les  Égyptiens  aient  considéré  le  boule- 
versement du  cours  du  Nil,  au-dessus  de  Syène,  comme 
l'ancien  théâtre  de  quelque  combat  mythologique.  Des  textes 
nombreux  citent  les  dieux,  les  paut-neteru,  les  grands,  les 
seigneurs,  etc.,  de  Kra*.  Hapi,  le  dieu  Nil,  était  le  père 
des  dieux  de  KraV 

J'ai  arrêté  ma  traduction  au  point  où  le  texte  reproduit 
Tallocution  d'actions  de  grâces  adressée  par  le  pharaon  aux 
dieux,  ses  pères.  Une  version  nouvelle  de  ce  long  discours 
serait  sans  utilité. 

E^n  résumant  les  renseignements  que  nous  fournit  l'ins- 
cription, nous  voyons  que^  dans  la  neuvième  année  de  son 
règne,  Séti  !•'  vint  en  personne  examiner  l'état  et  étudier 
les  besoins  des  contrées  où  étaient  situées  les  mines  qui 
fournissaient  de  l'or  à  l'Egypte.  Ces  contrées  sont  désignées 

d'une  manière  générale  par  la  dénomination  de        <=>       , 

contrées  vers  les  montagnes .  Ce  nom  s  applique  évidemment 
à  la  région  de  monticules  arides  qui  sépare  la  vallée  du  Nil 
de  la  mer  Rouge.  Il  est  bien  certain  que  la  petite  chaîne  à 
la  hauteur  de  Radesieh,  comprenant  le  Wady-Âbbas  et 
s'étendant  jusqu'au  Wady-Sakeita,  y  était  comprise.  C'est 
sur  ce  point  que  s'arrêta  l'attention  du  pharaon,  qui,  frappé 
des  inconvénients  du  manque  d'eau^  après  avoir  pourvu  aux 
besoins  du  culte  par  la  construction  d'une  petite  chapelle, 
ht  creuser  une  citerne  dans  le  roc;  l'eau  y  étant  venue  en 
abondance,  Séti,  encouragé  par  le  succès,  construisit  le  temple 
et  une  ville,  c'est-à-dire  un  groupe  de  maisons  à  l'usage  des 
fonctionnaires  et  des  ouvriers  attachés  à  l'exploitation  de 
l'or.  Le  temple  comprenait  deux  pièces;  dans  l'une  d'elles, 
nommée  le  khen,   le  sanctuaire,  VAdytum,  était  placée 

1.  Todtenbuch,  ch.  xvii,  89;  cxxxvt,  2;  Papyrus  SalUer  /K,  pi.  II, 
1.  8;pl.  X.  1.5;pl.  X,  l.  6. 

2.  Ibid.,  pi.  XV,  l.  10. 


LES  INSCRIPTIONS   DES    MINES  D'OR  DE  NUBIE  195 

l'image  du  dieu  principal  Phra  (ou  plutôt  Amon-Ra,  car  je 
soupçonne  une  erreur  dans  la  copie  de  ce  passage)  ;  la  seconde 
contenait  les  images  de  Ptah  et  d'Osiris;  Horus,  Isis  et  le 
type  divin  du  roi  lui-même  y  étaient  également  adorés 

comme  Oeol  rjwaoï. 

L'établissement  reçut,  selon  l'usage  invariable,  le  nom  de 

son  fondateur,  sous  la  forme  ^^^[^  (^^^^Jj'  '^^  neter 
HA  RAMAMEN,  la  divifie  demeure  de  Ramamen.  Ce  nom  est 
cité  dans  les  autres  inscriptions,  (|ui  nous  donnent  aussi 

celui  de  la  citerne  ^^Q^^f^^^'F)!»  ^^  nem-t' 


ramamen,  la  citerne  ae  Ramamen.  Malheureusement  le 
nom  vulgaire  de  la  localité  n'est  pas  énoncé. 

Les  dieux,  sous  la  protection  desquels  l'établissement  avait 
été  placé,  sont  plusieurs  fois  nommés  dans  différentes  parties 
des  légendes.  On  y  trouve  Ptah,  Har-em-Chou,  Horus 
d'Edfou,  Khem,  Isis,  et  Amon-Ra  qui  y  occupe  la  place 
principale. 

Des  deux  autres  inscriptions  qui  décorent  la  deuxième 
salle  du  temple,  la  première'  est  un  long  discours  par  lequel 
Séti  demande  la  protection  des  dieux  en  faveur  de  son 
œuvre.  Ce  texte,  coupé  par  d'énormes  lacunes,  est  cepen- 
dant très  curieux  à  étudier.  Le  monarque  y  adresse  aux 
rois,  ses  successeurs,  de  pressantes  sollicitations  pour  le 
maintien  de  l'établissement  qu'il  a  fondé.  Il  menace  ceux 
qui  y  porteraient  atteinte,  ainsi  que  les  conseillers  qui  en 
suggéreraient  l'abandon,  et  voue  d'avance  aux  sévérités  des 
divinités  infernales  quiconque  violerait  ses  décrets. 

1^  seconde  inscription  '  rappelle  en  peu  de  mots  la  cons- 
truction du  temple  et  de  la  citerne,  et  se  termine  par  une 
éloquente  prière  en  faveur  de  Séti. 

1.  Ou  &HNEM.  Les  deux  prononciations  étaient  probablement  usitées^ 
comme  pour  le  nom  du  dieu  Num  ou  Khnumis* 

2.  Dcnhmàler,  Bl.  140,  en  C. 

3.  Dcnkinuler,  ibid.,  en  D. 


196         LES  INSCEUPTIONS  DES  MINES  d'oR  DE  NUBIE 

Je  n'aborderai  point  la  tâche  d'une  nouvelle  traduction  de 
ces  deux  textes,  les  corrections  que  je  puis  proposer  à  mes 
premières  vues  n'ayant  qu'un  intérêt  philologique;  il  me 
suffit  d'avoir  fait  ressortir  tous  les  points  historiques.  Sous 
ce  rapport,  il  me  reste  à  mentionner  un  renseignement  que 
fournit  une  courte  légende  de  la  seconde  chambre.  Isis  y  dit 
au  roi  :  Je  te  donne  les  contrées  aurifères  ;  les  montagnes 
te  donnent  ce  qu'il  y  a  en  elles,  en  fait  d'or,  de  lapis  et 
de  cuivre.  Ces  trois  métaux  étaient  probablement  fournis 
par  les  roches  du  voisinage.  Toutefois,  il  n'est  question  par- 
tout ailleurs  que  de  l'extraction  de  lor. 

Je  ne  crois  pas  que  l'exploration  métallurgique  du  désert 
ait  été  accomplie  en  détail.  Cependant,  d'après  des  rensei- 
gnements que  m'a  communiqués  M.  Prisse  d'Avenues,  qui 
les  tient  de  diverses  sources,  les  roches  des  environs  du 
temple  de  Radesieh  seraient  de  grès  siliceux,  n'ayant  aucune 
trace  de  minerai  d'or.  On  n'aurait  reconnu  de  quartz  auri- 
fère qu'à  cinq  journées  plus  à  l'est,  au  voisinage  de  la  mer 
Rouge.  Quant  au  minerai  de  cuivre,  on  en  trouve  encore  à 
deux  jours  à  l'est  et  au  sud  du  temple.  Le  lapis-lazuli ,  qu'on 
n'a  jamais  rencontré  dans  le  sol  de  l'Egypte,  existe  en 
fragments  dans  les  terrains  primitifs  du  golfe  de  Bérénice. 

Si  ces  faits  sont  bien  observés,  il  faudrait  en  conclure  que 
rétablissement  de  Radesieh  avait  été  placé  à  mi-chemin, 
entre  les  mines  et  la  vallée  du  Nil,  pour  offrir  un  asile  et 
des  approvisionnements  aux  convoyeurs  de  l'or,  dans  le 
voyage  d'environ  dix  journées  qu'ils  avaient  à  faire  au  tra- 
vers du  désert.  Cette  hypothèse  peut  s'accorder  avec  les 
données  des  inscriptions,  qui  parlent  surtout  de  la  route  et 
des  convoyeurs  de  l'or. 

D'après  le  rapport  fait  à  M.  Prisse  par  le  scheick  des 
Ababdeh,  il  existerait  dans  la  petite  plaine  qui  s'étend  devant 
le  temple  de  Radesieh,  une  source  dont  les  anciens  pa- 
raissent avoir  utilisé  les  eaux  pour  la  culture  et  le  lavage 
du  minerai.  Ce  chef  ajoute  un  détail  assez  intéressant,  c'est 


LES   INSCRIPTIONS  DES  MINES   d'OR  DE  NUBIE  197 

que,  partout  où  l'eau  se  rencontre  sous  le  sol,  au  voisinage 

des  routes  anciennes  du  désert,  on  observe  le  signe  +    gravé 

sur  les  roches  voisines.  Un  Arabe,  qui  devait  son  salut  à 
Tune  de  ces  marques,  a  inscrit  au-dessous  ce  passage  du 
Coran  :  «  Dieu  soit  béni  !  c'est  à  l'eau  que  toute  créature  doit 
»  son  existence.  » 


III 


RAMSÈS  II.  —  l'inscription   DE  KOUBAN 

La  stèle  sur  laquelle  est  gravée  l'inscription  que  je  vais 
étudier,  a  été  découverte  par  M.  Prisse  d'Avenues  au  milieu 
des  ruines  antiques  avoisinant  le  village  nubien  de  Kouban. 
Nous  ne  possédons  encore  aucune  description  détaillée  de 
ces  ruines;  aussi  ai-je  accueilli  avec  reconnaissance  la  note 
suivante  que  M.  Prisse  a  bien  voulu  m'autoriser  à  insérer 
dans  mon  mémoire  : 

«  Sur  la  rive  orientale  du  Nil,  presque  en  face  de  Dekkeh, 
»  l'ancienne  Pselk  ou  Pselcis,  on  voit  les  ruines  d'une  for- 
»  teresse  et  d'une  ville  égyptiennes,  connues  aujourd'hui 
»  sous  le  nom  de  Kouban,  qui  est  celui  du  village  nubien 
»  dont  les  misérables  huttes  couvrent  une  partie  de  l'empla- 
»  cément  de  la  ville  antique.  La  forteresse^  qui  s'élevait  au 
»  nord,  consiste  en  une  vaste  enceinte  carrée,  d'environ 
»  100  mètres  de  côté,  formée  par  d'énormes  murs  en  briques 
))  crues,  b&tis  en  talus  et  soutenus  de  distance  en  distance 
»  par  des  éperons  ou  contreforts  assez  saillants.  Cette  en- 
»  ceinte  régulière  était  percée  d'une  porte  au  milieu  de 
»  chacun  de  ses  murs.  Les  portes  du  nord  et  du  sud  étaient 
»  uniquement  protégées  par  le  fossé  sur  lequel  s'abattait 

1.  Je  crois  que  le  signe  ainsi  figaré  par  le  scheick  Soleyman  est  Thië- 
roglyphe  de  la  vie. 


198  LES  INSCRIPTIONS  DES   MINES   d'OR  DE  NUBIE 

»  probablement  un  pout-levis,  à  en  juger  par  les  massifs 
))  de  maçonnerie  qui  bordent  la  berge  du  côté  de  l'entrée. 
»  La  porte  de  l'est,  qui  débouchait  sur  le  désert  et  se  trou- 
»  vait  le  plus  exposée  à  l'ennemi,  était  plus  large  que  les 
»  autres  et  défendue  par  une  tour  qui  flanquait  le  fossé. 

»  Enfin,  la  porte  de  l'ouest,  c'est-à-dire  du  côté  du  Nil, 
))  semble  avoir  été  précédée  d'une  construction  dont  on  voit 
»  encore  quelques  colonnes.  Un  fossé  de  huit  mètres  de 
))  large,  séparé  du  mur  par  un  terre-plein  ou  chemin  de 
»  ronde,  entourait  les  trois  principaux  côtés. 

))  Les  fossés  semblent  avoir  communiqué  jadis  avec  le 
))  fleuve,  et  s'ils  n'étaient  pas  constamment  remplis  d'eau, 
»  ils  étaient  susceptibles  d'être  inondés  au  besoin.  On  voit 
»  encore  à  l'extrémité  de  la  muraille  méridionale  un  conduit 
»  ou  aqueduc  souterrain  bâti  en  grès,  qui  servait  à  conduire 
»  l'eau  dans  la  place.  Tout  l'espace  que  renfermait  cette 
»  enceinte  est  couvert  des  ruines  de  maisons  bâties  en 
»  briques,  au  milieu  desquelles  on  remarque  plusieurs  tron- 
»  çons  de  colonnes  en  grès  et  quelques  portions  de  conduites 
»  d'eau.  A  l'angle  oriental,  se  voient  les  restes  d'une  rampe 
»  menant  au  sommet  des  murailles,  qui,  élevées  d'environ 
»  dix  mètres,  présentent  une  longue  plate-forme  de  trois 
»  mètres  de  large;  elles  étaient  probablement  garnies  de 
»  créneaux. 

»  Cette  forteresse,  bâtie  pour  arrêter  les  incursions  des 
»  nomades  sous  les  rois  de  l'ancienne  monarchie,  est  extrê- 
»  moment  remarquable  sous  tous  les  rapports;  elle  présente, 
))  comme  les  meilleurs  camps  romains,  un  système  de  dé- 
))  fense  qui  permettait  de  résister  à  une  longue  attaque. 
»  Bien  conservée  après  tant  de  siècles  de  durée,  elle  offre 
))  le  plus  beau  spécimen  des  fortifications  permanentes  des 
»  anciens  Égyptiens. 

»  Je  n'ai  trouvé  dans  cette  enceinte  qu'une  seule  pierre 
»  portant  des  cartouches;  ce  sont  ceux  d'Amenemha  III,  de 


LES  INSCRIPTIONS   DES  MINES  D'OR   DE  NUBIE  199 

)>  la  XII'  dynastie,  qui  probablement  a  fait  construire  cette 
))  station  militaire. 

»  Les  ruines  du  petit  édifice  situé  à  l'angle  sud  du  fossé 
))  n'offrent  plus  que  les  débris  d'une  salle  b&tie  en  pierres 
u  de  petites  dimensions.  Sur  le  chambranle  de  la  porte,  on 
»  remarque  un  bas-relief  représentant  Ramsès  II  saisissant 
»  un  groupe  de  prisonniers  Ch&ris  (Bicharis?)  qu'il  va  frapper 
»  de  sa  hache  d'armes. 

»  C'est  le  même  peuple  qu'on  voit  sur  la  scène  militaire 
»  du  petit  Speos  de  Kalabché.  Plus  loin,  sur  des  pierres 
»  éparses  et  fragmentées,  on  lit  les  noms  de  Ramsès  IX  et 
»  de  Ramsès  XIII,  qui  restaurèrent  ou  complétèrent  ces 
»  édifices.  C'est  parmi  ces  ruines  qu'a  été  trouvée  la  curieuse 
)>  stèle  relative  à  l'exploitation  des  mines  du  voisinage. 

))  Au  sud-est,  à  l'entrée  du  village,  on  aperçoit  encore  les 
))  substructions  d'un  temple  dont  Taxe  était  parallèle  au  mur 
»  de  la  forteresse  et  se  dirigeait  vers  le  Nil.  On  reconnaît, 
»  dans  la  construction  la  plus  voisine  du  fleuve,  une  porte 
»  isolée,  sans  doute  un  propylon,  qui  se  rattachait  proba- 
»  blement  au  temple  et  servait  d'entrée  au  temenos.  Plus 
»  à  l'est,  on  en  voit  une  autre  de  laquelle  part  un  petit 
))  dromos  aboutissant  à  une  plate-forme  à  demi  enfouie, 
»  mais  sur  laquelle  gisent  encore  les  bases  de  deux  colonnes 
»  proto-doriques  qui  devaient  former  un  péristyle. 

»  J'ai  trouvé  là,  au  milieu  des  décombres,  deux  espèces 
»  de  stèles  portant  la  bannière  et  les  cartouches  d'Amen- 
»  emha  III,  et  une  statue  léontocéphale  ayant  sur  la  poitrine 
»  les  noms  de  Horemheb  (Horus). 

»  Les  ruines  du  petit  temple,  situé  à  l'autre  extrémité  du 
»  village,  ne  fournissent  aucun  renseignement  notable.  Je 
»  n'ai  trouvé  nulle  part  le  nom  hiéroglyphique  de  la  localité, 
»  qui  du  reste  correspond  très  bien  à  Tacompso  ou  Meta- 
»  compso  des  écrivains  grecs.  » 

M.  Prisse  avait  dû  se  borner  à  relever  une  copie  de  l'ins- 
cription sur  place  ;  mais  depuis  lors  la  stèle  a  été  recueillie 


200  LES  INSCRIPTIONS  DES  MINES  D'OR  DE  NUBIE 

par  un  voyageur  de  goût  et  de  savoir,  M.  le  comte  de  Saint- 
Ferréol,  qui  Ta  déposée  dans  le  joli  musée  de  son  pittoresque 
château  d'Uriage.  C'est  de  l'inscription  gravée  sur  cette  stèle 
que,  sur  la  copie  publiée  par  M.  Prisse',  M.  S.  Birch  a  fait 
la  traduction  dont  j'ai  parlé  dans  ma  note  préliminaire.  La 
planche  dont  j'accompagne  ce  mémoire  a  été  dessinée  d'après 
une  photographie  prise  sur  un  plâtre  que  je  dois  à  l'obli- 
geance de  M.  de  Saint-Ferréol.  Par  ce  moyen,  j'ai  pu  réussir 
à  copier  plus  exactement  quelques  groupes  embarrassants; 
quoique  peu  nombreuses,  ces  rectifications  ne  sont  pas  sans 
importance,  en  ce  qu'elles  correspondent,  comme  on  devait 
s'y  attendre,  aux  passages  qui  étaient  restés  inintelligibles 
sous  leur  forme  altérée.  Les  textes  monumentaux  brillent 
rarement  par  la  correction  orthographique;  livrés  aux  lapi- 
cides,  sous  la  forme  hiératique  manuscrite  par  les  hiéro- 
grammates,  ils  couraient  la  chance  d'être  mal  lus  et  mal 
transcrits,  indépendamment  du  risque  d'omissions,  qui  est 
commun  à  toute  espèce  d'écritures.  Certaines  erreurs  attri- 
buées aux  copistes  sont  le  fait  du  graveur  des  originaux. 
Mais  les  copistes  ont  de  leur  côté  commis  bien  des  erreurs 
et  bien  des  oublis,  car  la  tâche  de  copier  un  texte  hiérogly- 
phique â  la  lueur  aveuglante  du  soleil  de  l'Egypte  est  loin 
d'être  facile.  Aussi  est-il  vrai  de  dire  que  les  inscriptions 
irréprochables  sous  le  rapport  de  la  correction  sont  extrême- 
ment rares,  si  même  il  en  existe  dans  les  recueils  publiés 
jusqu'à  ce  jour.  C'est  une  considération  dont  il  est  juste  de 
tenir  compte  aux  égyptologues,  â  propos  des  tâtonnements 
et  des  hésitations  qui  signalent  quelques  endroits  de  leurs 
traductions. 

Indépendamment  des  passages  modifiés  par  des  correc- 
tions matérielles,  je  m'éloigne  des  vues  de  mon  devancier 
sur  un  assez  grand  nombre  de  points.  Ces  changements  ne 
sont  pas  des  divergences,  mais  bien  le  résultat  inévitable  des 

1.  Monuments  Égyptiens,  pi.  XXL 


stEie  pe    kouban 

[m p.  BerlmiiJ,  Cbalon-I/S 


BlBL,   ÉGYPT.,  T.  X. 


LES   INSCRIPTIONS  DES   MINES   d'OR  DE  NUBIE  201 

conquêtes  modernes  de  la  science.  Sous  ce  rapport,  mon 
savant  ami  d'Angleterre  ne  s'est  laissé  dépasser  par  per- 
sonne, et  les  améliorations  dont  sa  version  déjà  ancienne  est 
aujourd'hui  susceptible  lui  sont  sans  doute  parfaitement 
connues. 

La  stèle  de  Kouban  a  l^GS""  de  hauteur  sur  environ  1"  de 
largeur;  arrondie  par  le  haut,  elle  se  compose,  de  même 
que  la  plupart  des  monuments  du  même  ordre,  d'une  scène 
d'oflfrandes  et  d'une  inscription  qui  comptait  trente-huit 
lignes.  De  la  partie  inférieure,  qui  a  été  brisée  à  partir  de 
la  vingt-cinquième  ligne,  il  ne  reste  qu'un  fragment,  qui, 
selon  la  remarque  de  M.  Birch,  se  rattache  directement  au 
gros  bloc,  de  telle  sorte  que  la  vingt-cinquième  ligne,  com- 
mencée sur  le  gros  bloc,  retrouve  sa  fin  presque  entière  sur 
le  fragment  détaché.  A  ce  point  s'arrête  la  partie  lisible  de 
l'inscription,  car  de  chacune  des  treize  dernières  lignes  nous 
ne  possédons  guère  plus  du  tiers,  et,  comme  on  se  l'imagine 
aisément,  on  tenterait  en  vain  une  traduction  suivie  de  ces 
phrases  tronquées. 

La  planche  de  texte  qui  accompagne  ce  mémoire  s'arrête 
à  la  vingt-cinquième  ligne,  reconstituée  ainsi  que  je  viens 
de  l'expliquer.  Je  n'ai  pas  jugé  nécessaire  de  publier  de 
nouveau  la  partie  fragmentaire  du  texte;  elle  ne  saurait 
fournir  matière  à  discussion. 

Je  me  contenterai  d'une  description  sommaire  de  la  scène 
qui  occupe  la  partie  cintrée  de  la  stèle;  elle  se  décompose 
en  deux  sujets.  A  droite,  le  pharaon  Ramsès  II  offre  l'encens 
brûlant  au  dieu  Horus,  seigneur  de  la  ville  nubienne  de 
Bak;  à  gauche,  le  même  monarque  présente  deux  vases  de 
vin  à  Khem^  le  dieu  ity phallique  ;  le  disque  ailé,  emblème 
d'Horus  d*Edfou,  couronne  la  scène;  dans  les  légendes,  on 
trouve  l'indication  du  nom  et  du  prénom  du  monarque,  ac- 
compagnés de  quelques-uns  de  ses  titres  ordinaires,  les 
noms  des  dieux  et  des  formules  banales  sans  intérêt  pour 
nous.  Notons  cependant  que  le  dieu  Khem  est  dit:  résidant 


202  LES   INSCRIPTIONS   DES   MINES   D'oR   DE  NUBIE 

dans  la  montagne,  ^  O       »  et  rappelons-nous  que  les  ins- 

onnil 

criptions  du  temple  de  Radesieh  nous  ont  appris  que  la  ré- 
gion où  est  situé  ce  temple  était  comprise  dans  le  groupe 

des  paus  vers  les  montagnes,        <=>        .  Nous  savons 

aussi  que  Khem  était  au  nombre  de^  dieux  dont  le  culte  y 
avait  été  institué  par  Séti  P'. 

Traduisons  maintenant  l'inscription;  elle  ne  présente  pas 
de  diflScultés.  J'appuierai  du  reste  ma  version  par  quelques 
discussions  analytiques  qui,  grâce  à  la  publication  du  texte 
hiéroglyphique,  pourront  être  utilisées  par  les  égyptologues. 

«  (Lig.  1).  L'an  III,  le  4®  jour  du  mois  de  Tobi,  sous  le 
»  règne  de  THorus-Soleil,  taureau  fort,  ami  de  la  justice, 
»  seigneur  des  diadèmes,  qui  protège  l'Egypte  et  châtie  les 
))  nations;  ï'épervier  d'or;  le  riche  d'années '  ;  le  plus  grand 
))  des  vainqueurs,  le  roi  de  la  Haute  et  de  la  Basse-Egypte, 
»  Ra-usor-ma-sotep-en-Ra  •,  fils  du  Soleil,  Meriamen  Ram- 
))  ses,  vivant  à  toujours,  aimé  d'Ammon-Ra,  seigneur  des 
»  trônes  du  monde  qui  réside  dans  les  Ap'  (lig.  2);  couronné 


1.  I  j|]i  t^soR  TBRU.  La  signification  fondamentale  du  mot  usor 

est  possession f  richesse;  de  là,  les  idées  corrélatives /orce  et  puissance. 
Au  calendrier  Saliier,  le  24  de  Tobi  est  signalé  comme  très  heureux  : 
Tout  individu  né  ce  jour-là,  mourra  après  une  longue  cie,  et  usoru 
h'et-u,  riche  de  choses,  comblé  de  richesses.  D'une  ville  maritime  il 
est  dit  qu'elle  est  usor  em  ramu,  rnche  en  poissons  (Anastasi  /,  21,  2). 
Un  littérateur  critique  ces  gens  sans  courage^  aux  bras  rompus^  incries, 
sans  force^  mais  riches  (usoru)  dans  leurs  maisons  en  provisions  de 
bonne  chère  (ibid.,  9,  3).  Les  rois  sont  appelés  usor  peh-ti,  riches  en 
courage,  usor  ma,  riches  de  Justice^  usor  teru,  riches  d'années.  Ce 
dernier  titre  correspond  à  l'attribution  de  vie  immortelle  que  les  proto- 
coles répètent  à  satiété;  usor  qualifie  aussi  le  glaive  ou  la  force  des 
pharaons  :  glaice  riche,  c'est-à-dire /or^,  dominateur.  Employé  active- 
ment, USOR  se  rend  par  posséder^  maîtriser,  dominer, 

2.  C'est  le  prénom  de  Ramsès  II,  qui  signifie  :  Soleil  riche  de  justice, 
approuvé  par  le  dieu  soleil. 

3.  Nom  hiéroglyphique  de  Tbèbes. 


LES   INSCRIPTIONS   DES   MINES  d'OR  DE  NUBIE  203 

»  sur  le  trône  du  dieu  des  vivants,  comme  son  père  le  Soleil 
))  de  chaque  jour;  dieu  bon,  seigneur  de  la  terre  méri- 
»  dionale;  Horus  de  Hat,  rayon  de  lumière;  excellent  éper- 
»  vier  d'or,  il  couvre  TÉgypte  de  son  aile  et  irradie  les  êtres 
M  intelligents;  c'est  un  mur  de  courage  et  de  victoire.  Au 
»  sortir  (lig.  3)  du  sein  {maternel),  il  fut  prêt  à  saisir  sa 
»  valeur  pour  élargir  ses  frontières;  à  ses  membres  fut 
»  donnée  une  trempe  S  conforme  aux  forces  du  dieu  Mont. 
»  C'est  tout  Horus-Set*.  (//  y  eut)  joie  dans  le  ciel  le  jour 
u  de  sa  naissance.  Les  dieux  dirent  :  notre  germe  est  en  lui; 
))  (lig.  4)  les  déesses  dirent  :  il  est  sorti  de  nous  pour  ac- 
»  complir  le  règne  du  Soleil;  Ammon  dit'  :  je  l'ai  formé 
»  pour  placer  la  justice  sur  son  siège;  la  terre  s'affermit. 


1.  ^\  nâ     ,  TERU.  Je  ne  oonnais  pas  d'autres  exemples  de  ce 

mot  qui,  d'après  son  déterminatif ,  doit  signifier  nuances,  couleurs.  Nous 
dirions  aujourd'hui  :  Ses  membres  ont  été  revHus,  trempés  de  la  force 
de  Mars;  mais  les  Égyptiens,  qui  sculptaient,  dessinaient  ou  peignaient 
tant  de  figures  divines,  peuvent  bien  avoir  adopté  une  image  un  peu 

différente.  On  sait  qu'on  a  déjà  signalé  l'hiéroglyphe  '  Jg,  comme  déter- 
minant le  mot  AN^  nom  d'une  classe  de  scribes.  Ici,  il  remplit  cette 
fonction  pour  le  mot  teru  ;  mais  dans  sa  signification  écrire,  peindre, 
il  se  prononçait  su 'a,  de  même  que  son  dérivé  copte  ci5^i.  C'est  ce  que 

prouve  le  groupe  Ja  ,  fourni  par  un  monument  de  l'époque 

pharaonique  {Denkmàler,  ill,  234,  52,  53).  L'inscription  de  Rosette 
nous  avait  déjà  fait  connaître  le  groupe  nTOO*^'^»  sh'ai,  corres- 
pondant à  Ypifjifjis((7iv)  de  la  partie  grecque. 

2.  ^  7^  •  Horus  et  Set  représentent  les  deux  termes  opposés  du 

dualisme;  l'un  est  la  force  créatrice  et  conservatrice  de  l'univers,  l'autre 
la  force  destructive,  toutes  les  deux  également  indispensables  à  l'accom- 
plissement des  phases  de  la  nature  et  de  l'humanité.  Le  titre  étudié 
attribue  ces  forces  réunies  au  pharaon,  considéré  comme  une  incarnation 
de  la  divinité. 

3.  J'ai  déjà  plusieurs  fois  signalé  la  forme  singulière  de  ces  trois 
phrases,  dans  lesquelles  les  hiéroglyphes  sous-entendent  le  verbe  dire. 


204  LES  INSCRIPTIONS   DES  MINES  d'OR  DE  NUBIE 

»  le  ciel  se  calma,  les  ordres  divins  goûtèrent  la  paix  lors- 
))  qu'il  parut  \  C'est  un  taureau  fort  contre  Kusch  la  défail- 
))  lante,  un  griffon*  (lig.  5)  déchirant  contre  le  pays  des 
))  Nègres;  ses  pattes'  écrasent  les  Hannu,  sa  corne  frappe 
»  contre  eux.  Ses  volontés  s'emparent  de  Khentannefer,  ses 
»  terreurs  atteignent  jusqu'à  Sakali.  Son  nom  circule  dans 
»  (lig.  6)  tous  les  pays,  à  cause  des  victoires  qu'il  a  rem- 
»  portées  de  ses  deux  bras;  l'or  sort  du  rocher  à  son  nom, 
))  comme  {à  celui  de)  son  père  Horus,  seigneur  de  Baka; 
»  aimé  par  les  nations  est  son  empire,  comme  Horus  de 
))  Maama,  seigneur  de  Buhen;  le  roi  de  la  Haute  et  de  la 
»  Basse-Egypte  Ra-usor-ma-sotep-en-Ra  (lig.  7),  fils  du 
»  Soleil,  de  ses  entrailles,  seigneur  des  diadèmes,  Meri- 
»  amen  Ramsès,  vivant  à  toujours,  semblable  à  son  père  le 
))  Soleil  de  chaque  jour.  » 

On  peut  conclure,  à  ce  long  préambule  de  titres,  et  ce 
n'est  pas  la  fin,  que  depuis  Séti  P',  la  prolixité  du  style  of- 
ficiel avait  fait  de  notables  progrès;  l'usage  de  ces  fastueuses 
formules,  communes  à  tous  les  peuples  de  l'Orient  et  que 
ceux  deTOccident  n'ont  que  trop  imitées,  ne  se  perdit  plus 
en  Egypte.  On  les  retrouve  sous  les  dernières  dynasties 
nationales,  comme  sous  les  Lagides  et  sous  les  empereurs. 
Elles  ne  sont  pas  sans  utilité  pour  le  classement  des  monu- 
ments, mais  il  est  impossible  de  ne  pas  regretter  la  place 
énorme  qu'elles  remplissent  dans  les  textes  monumentaux, 
tandis  que  le  fait  historique  lui-même  est  à  peine  l'objet 
d'une  courte  mention. 

L'inscription  de  Kouban  peut  passer  pour  le  type  de  cet 
abus,  et  cependant  nous  retirerons  quelque  profit  de  l'étude 
du  préambule  que  je  viens  de  traduire. 

1.  Litt.  :  à  son  temps,  à  son  Iieure,  m  sep-ew. 

2.  Un  KAHA,  espèce  d'animal  redoutable,  peut-être  fantastique. 
M.  Blrch  a  traduit  griffon,  et  je  ne  puis  que  l'imiter. 

3.  ÂKA-T,  patte,  pied  d*animaL  Le  parallélisme  des  phrases  est  re- 
marquable. 


LES  INSCRIPTIONS   DES  MINES   D^OR  DE  NUBIE  205 

Destinée  à  célébrer  un  haut  fait  du  pharaon  au  sud  de 
son  Empire,  l'inscription  mentionne  surtout  les  noms  des 
nations  méridionales  désignées  sous  le  nom  général  de 


-Xfl,  To  REs;  le  roi  en  est  le  seigneur  et  maître.  Parmi  les 
peuples  spécialement  cités  sont  : 

^   ,  Kus*,  tth3,  l'Ethiopie,  dont  la  Bible  reproduit 

exactement  le  nom  hiéroglyphique. 

^wt  A^v  8  P(vio»  TO  NEHES,  la  terre  des  Nègres,  la  Ni- 
gritie,  dénomination  générale  des  pays  habités  par  les  Noirs. 

fl  Ufl'  ^^®  HANNU,  probablement  les  Bédouins  ou  tribus 
nomades  des  deux  déserts;  ils  sont  plus  ordinairement  nom- 
més Hannu  de  to-kenus,  c'est-à-dire  de  Nubie,  ^^^^fj  ^> 
TO  kenus,  est  en  effet  le  nom  de  la  Nubie  proprement  dite, 
commençant  à  la  limite  sud  de  la  Haute-Egypte. 

dlhfflcia'  khbntannefer,  d'après  les  listes  de  nomes 
expliquées  par  M.  Brugsch  dans  ses  savantes  recherches 
géographiques,  fait  suite  immédiate  à  to  kenus.  C'est  le 
territoire  qui  précède  Kusch  dans  l'énumération  des  grandes 
divisions  topographiques.  Les  Hannu  ou  nomades  de  to 
KENUS  parcouraient  Khentannefer,  et  c'est  là  qu'Ahmès  !•' 
vint  les  attaquer  après  la  prise  d'Avaris. 

Nous  ne  savons  rien  des  limites  respectives  de  ces  grandes 
divisions;  il  est  probable  au  surplus  que  ces  limites  n'ont 
jamais  eu  rien  de  bien  précis,  ni  de  bien  constant.  To-Kenus, 
Khentannefer  et  Kusch  sont  souvent  pris  indistinctement 
pour  représenter  d'une  manière  générale  les  nations  situées 
au  midi  de  l'Egypte,  de  même  que  Tzahi,  Naharain  et  Khour 
représentent  tour  à  tour  les  nations  septentrionales.  Indé- 
pendamment de  ces  noms  de  divisions  territoriales,  notre 
texte  cite  quatre  noms  de  villes  : 

1"  J^ji^  ^^Jl^,  BAKA,  BAK,  quc  M.  Brugsch  a  iden- 
tifié avec  Aboccis,  la  troisième  des  villes  prises  par  Pétro- 


206  LES   INSCRIPTIONS   DES   MINES   d'OR  DE  NUBIE 

ûius  dans  son  expédition  en  Ethiopie  \  Cette  ville  devait 
être  située  entre  Primis  et  la  seconde  cataracte,  non  loin 
d'Abu-Simbel,  dont  le  nom  vulgaire  n'a  pas  été  retrouvé 
dans  les  hiéroglyphes. 

2"  yû--i^^^(v^  MAAM,  plus  ordinairement  MAM.  Ce 
nom  rappelle  la  ville  de  Marna,  citée  par  Pline  dans  sa 
longue  nomenclature  des  villes  éthiopiennes*.  D'après  le 
texte  de  Pline,  il  faudrait  chercher  Marna  entre  Tacompso 
et  Primis.  Je  crois  que  c'est  Anibe  sur  la  rive  occidentale 

du  Nil,  en  face  de  Primis.  La  forme  -^    ,  ma,  n'est  pro- 

§   o 

bablement  qu'une  variante  de  mam. 

^^^  M  V  D^Q»  BUHEN,  d'après  M.  Brugsch,  Bowv  de 
Ptolémée,  sur  la  rive  occidentale  du  Nil,  au  sud  de  Pselchis. 
C'est  peut-être  le  nom  vulgaire  de  Derr. 


4«  Enfin 


P^^l 


^ ,  SEKALi,  que  le  texte  indique  comme 

le  point  extrême  atteint  par  les  terreurs  qu'inspire  le  pha- 
raon. C'est  évidemment  le  SaxoXY)  que  Ptolémée  cite  après 
Napata,  au  voisinage  de  Méroë.  Il  ne  faut  pas  s'étonner  de 
trouver  ici  le  nom  d'une  localité  aussi  éloignée  dans  le  Sud, 
car  nous  savons  que  les  prédécesseurs  de  Séti  avaient  porté 
leurs  armes  jusqu'au  sein  de  l'Ethiopie.  Nous  trouvons,  sur 
ce  sujet,  un  renseignement  bien  intéressant  dans  l'inscrip- 
tion d'Amada",  qui  est  de  l'an  III  d'Amênophis  II. 

Voici  comment  s'exprime  ce  texte  : 

«  Lorsque  le  roi  revint  du  Rutennu  supérieur*,  ayant 
»  abattu  tous  ses  ennemis  pour  agrandir  les  frontières  de 
»  l'Egypte,  dans  sa  première  campagne,  il  alla  triomphant 
»  vers  son  père  Ammon;  il  immola  les  sept  chefs  avec  sa 
»  masse  d'armes,  lui-même;  ils  étaient  des  environs  de 

1.  Pline,  Histoire  naturelle,  liv.  VI,  ch.  xxix. 

2.  Id.,  ibid. 

3.  Denkmàler,  III,  65, 1.  16. 

4.  L'une  des  grandes  nations  de  TAsie  septentrionale  à  cette  époque. 


LES   INSCRIPTIONS   DES   MINES   d'OR   DE   NUBIE  207 

»  Tachis  ^ .  On  les  plaça  renversés  à  la  proue  de  la  barque 
»  du  roi  qui  s'appelait  Ra-aa-kheperou-smen-to.  On  sus- 
»  pendit  six  de  ces  mômes  vaincus  en  face  du  rempart  de 
))  Thèbes  et  aussi  les  mains  {des  morts).  Ensuite  on  amena 
»  l'autre  vaincu  en  Nubie,  et  on  le  pendit  au  rempart  de 

»  Napata  [^,      JL],  afin  de  montrer  la  puissance  du  roi  à 

»  jamais  à  toutes  les  nations  du  pays  des  Nègres*.  » 

Cette  citation,  dont  toutes  les  phrases  sont  simples  et 
précises,  est  féconde  en  enseignements.  Elle  nous  montre 
d'abord  l'usage  antique  de  donner  aux  navires  des  noms 
particuliers.  Ici  il  s'agit  du  vaisseau  du  roi;  on  appelle 
VAménophïs*  consolidateur  des  deux  mondes  \ 

Mais  ce  qui  est  bien  plus  important  au  point  de  vue  his- 
torique, c'est  l'explication  de  ces  scènes  représentées  sur 
tant  de  monuments,  dans  lesquelles  on  voit  les  pharaons 
brandissant  leur  casse-tôte  au-dessus  d'un  groupe  de  pri- 
sonniers agenouillés  qu'ils  saisissent  par  la  chevelure.  Ces 
tableaux  n'ont  rien  de  symbolique;  ils  représentent  des 
scènes  réelles,  et  nous  voyons  qu'Aménophis  II  immola 
ainsi  de  sa  main'  sept  des  prisonniers  qu'il  avait  faits  au 


1.  Au      [q]I(vXj,  ville  syrienne. 

2.  M.  Bruffsch  a  tradait  ce  mû 


irugsch  a  tradait  ce  môme  passage,  Histoire  de  l*Efji/pic^ 
p.  111. 

3.  Le  roi  est  désigné  par  son  prénom  d'intronisation  qui  signifie 
Soleil^  la  plus  grande  des  créatures, 

4.  Dans  les  temples,  chaque  salle,  chaque  porte  monumentale  avait' 
aussi  un  nom  spécial.  Cf.  Brugsch,  Recueil,  XXVI,  2  et  3. 

5.  La  phrase  est  des  plus  claires  : 


f>\^z-^^\,r:::u^^ 


SMA  NEF         PE  OERU  VU      EM .  .  .       EF     t'eSEF 

L'expression  pe  oeru  vu,  les  sept  chefs,  est  régie  comme  un  collectif 
par  Tarticle  singulier,  ce  qui  porte  à  penser  qu'il  s'agissait  d'un  usage 
habituel  après  la  guerre. 


208  LES  INSCRIPTIONS  DES  MINES   D*OR    DE  NUBtE 

voisinage  de  TEuphrate,  et  qu'il  en  attacha  ensuite  les  ca- 
davres à  l'avant  du  vaisseau  qui  le  ramena  triomphant  dans 
sa  capitale.  Six  de  ces  cadavres  furent  suspendus  en  face 
des  murs  de  Thèbes,  ainsi  que  les  mains  coupées  aux  morts 
sur  le  champ  de  bataille.  Enfin  l'autre  victime  fut  envoyée 
jusqu'à  Napata,  au  fond  de  TÉthiopie,  pour  y  être  exposée 
de  la  même  manière. 

L'usage  de  pendre  les  prisonniers  et  les  criminels  n'était 
pas  particulier  à  l'Egypte.  Après  avoir  passé  au  fil  de  l'épée 
tous  les  habitants  d'Ai,  hommes  et  femmes,  Josué  pendit  le 
roi  de  cette  ville  et  fit  jeter  son  cadavre  à  la  porte  \  Il  ne 
traita  pas  mieux  les  cinq  rois  qu'il  vainquit  à  Ajalon*.  Le 
corps  de  Saûl  fut  pendu  sur  le  rempart  de  Bethsean',  et  la 
tête  d'Holopherne,  aux  murs  de  Béthulie*.  Nous  voyons 
enfin  par  le  supplice  d'Aman  que  la  pendaison  était  égale- 
ment pratiquée  par  les  Assyriens  *.  Le  groupe  hiéroglyphique 
qui  nomme  ce  supplice  et  correspond  d'une  manière  générale 

à  l'idée  suspendre,  élever,  ^st""^^^^  as'u.  On  le  re- 
trouve en  copte  sous  la  forme  «.^g. 

J'ai  déjà  fait  ressortir  cette  circonstance,  révélée  par  l'étude 
des  monuments,  que  les  pharaons  mettaient  leur  gloire  à  dé- 
placer les  populations  vaincues,  autant  que  le  permettaient 
les  limites  de  leur  Empire*.  C'est  un  trait  à  noter  pour  l'his- 
toire des  mœurs  de  l'époque;  les  scènes  sculptées  ou  peintes 
sur  les  monuments  sont  du  reste  inspirées  par  le  même 
esprit.  C'est  ainsi,  par  exemple,  que  dans  la  première 
chambre  du  temple  de  Radesieh,  Séti  est  figuré  dans  l'atti- 
tude de  frapper  de  sa  hache  d'armes  un  groupe  de  chefs 


1.  Josué,  VIII,  29. 

2.  Ibid.,x,  41. 

3.  /  Rois,  ch.  XXI,  10. 

4.  Judith,  oh.  xiv,  7. 

5.  Esther,  liv.  VII,  v.  10;  liv.  IX,  v.  13  et  14. 

6.  Mélanges  égyptologiques,  [1"  série],  les  Hét>]!eux^  etc.,  p.  53. 


LES  INSCRIPTIONS   DES   MINES  d'oR  DE  NUBIE  209 

asiatiques,  tandis  qu'Horus  lui  amène  liées  par  le  cou  les 
personnifications  des  Shasu,  de  Sankar  (nwtt>),  d'Assur  (^ritt^K), 
et  des  villes  de  Qodesh  («>np),  Makita  (naa),  Hamat  (nari),  etc. 
On  voit  qu'on  avait  fait  un  choix  des  nations  et  des  cités 
de  l'Asie,  alors  les  plus  célèbres,  pour  les  représenter  dans 
un  édifice  situé  au  milieu  du  désert  de  Nubie,  réduites  à  la 
merci  du  pharaon. 

Revenons  maintenant  à  notre  traduction. 

«  (Lig.  7)  Sa  Majesté  était  alors  à  Ha-ka-Ptah\  rendant 
»  hommage  à  ses  pères  les  dieux  de  la  Haute  et  de  la  Basse- 
»  Egypte,  parce  qu'ils  lui  ont  donné  la  vaillance  et  la  victoire 
»  et  une  durée  de  vie  longue  de  (lig.  8)  millions  d'années. 
»  En  ce  temps-là',  le  roi  était  assis  sur  son  grand  siège 
»  d'or,  coiffé  du  diadème  à  deux  plumes,  à  donner  des 
»  ordres  pour  les  pays  d'où  l'or  est  amené,  et  à  traiter  la 
»  question'  d'établir  (lig.  9)  des  citernes  sur  les  chemins 
»  manquant  d'eau,  lorsqu'on  entendit  dire  qu'il  y  avait 
I)  beaucoup  d'or  au  pays  d'Akita,  mais  que  son  chemin 
))  manquait  d'eau  absolument.  Il  était  venu  des  plaintes  des 
»  (lig.  10)  convoyeurs*  de  l'or  sur  leur  situation  :  ceux  qui 
»  y  pénétraient  mouraient  de  soif  en  route,  ainsi  que  les 
»  ânes  qui  étaient  avec  eux.  Ils  ne  trouvaient  pas  ce  qu'il 
»  leur  fallait  pour  (lig.  11)  boire  en  montant  ou  en  descen- 

1.  Nom  sacré  de  Memphis. 

2.  Litt.  :  Un  de  ces  mêmes  jours, 

3.  ^^è\  >0^è^  n<zi>i,  UAUA  sh'eru,  traiter  un  sujets  s'en- 
iretenir  d'un  objet,  d'une  affaire.  ^  )  ^^  ^  |  _^  SA»  uaua,  est  un 

mot  ODomatopique  exprimant  Tidée  causer,  jaser,  concerser;  de  là 
causer  atec  son  cœur,  se  dire  à  soi-mùmcy  réfléchir,  mOn  trouve  aussi 
UAUA  t'etu  armau  himu,  conccrscr^  tenir  des  discours  avec  des  femmes. 

4.  ^l'^^  ^  J\  S^  ;  on  voit  qu'il  s'agit  des  voituriers  qui  con- 
duisaient les  ânes  chargés  de  Tor  lavé.  Dans  les  textes  de  Radesîeh»  on 
trouve  ce  mot  déterminé  par  la  barque.  Il  ne  s'agit  nullement  des 
mineurs. 

BlBL.   KG\PT.,  T.  X.  14 


lu 


210  LES  INSCRIPTIONS   DES   MINES  D*OR   DE  NUBIE 

»  dant^  avec  l'eau  des  outres;  il  n'était  plus  apporté  d'or 
»  de  ce  pays  desséché.  » 

Ce  deuxième  paragraphe  nous  montre  le  pharaon  tenant 
conseil  et  s'occupant  de  l'administration  de  ses  États.  C'était 
un  usage  fidèlement  suivi  et  qui  remontait  aux  temps  les 
plus  anciens.  Aucune  affaire  n'était  décidée  sans  que  l'avis 
des  hauts  officiers  de  l'État  eût  été  pris  et  tous  les  points 
de  difficulté  soumis  à  l'appréciation  des  fonctionnaires 
compétents. 

On  expose  au  monarque  qu'une  région  aurifère  nommée 

I  ||fl  jX] ,  AKiTA,  n'était  desservie  que  par  une  route 

sans  eau,  et  que  les  convoyeurs  de  l'or  y  périssaient  de  soif, 
ainsi  que  les  ânes  employés  au  transport  du  minerai  lavé. 
A  cette  époque,  ni  le  chameau,  ni  le  dromadaire  n'étaient 
connus  en  Egypte,  mais  les  chevaux  étaient  employés  à  la 
guerre  et  aux  travaux  de  l'agriculture.  L'âne  était  la  bête 
de  somme  par  excellence  pour  le  désert;  il  en  est  fréquem- 
ment question  dans  les  papyrus.  Lorsque  la  Genèse  décrit 
les  présents  donnés  à  Abraham  par  Pharaon,  elle  se  sert 
d'une  formule  familière  aux  habitants  de  la  Syrie  et  de 
l'Arabie,  mais  certainement  inexacte  pour  l'Egypte,  en  tant 
que  des  chameaux  sont  mentionnés  au  nombre  des  animaux 
dont  le  père  des  Hébreux  fut  gratifié*. 

Le  texte  dit  que  les  convoyeurs  ne  trouvaient  pas,  soit  en 
montant  au  désert,  soit  en  redescendant  vers  le  Nil,  à  satis- 

faire  leur  soif  > —  ^^^^^         \\  ,  em  mou  s'etu,  par  l'eau 

d'outre.  Je  comprends  qu'il  s'agit  de  l'eau  qu'on  transportait 
pour  le  voyage  dans  des  outres  de  peau.  C'est  un  usage  qui 
remonte  à  la  plus  haute  antiquité,  et  c'est  ainsi  que  TÉcri- 
ture  nous  montre  l'eau  portée  au  désert'.  Que  cet  usage  fût 

1 .  Em  tesi  haï,  en  montant  et  descendant.  Tesi  est  TexpreHsion  ordi- 
naire pour  Tascension  d'ane  montagne,  et  haï  pour  descendre,  tomber. 

2.  Genèse,  ch.  xii,  17. 

3.  Ibid.^  XXI,  14,  15. 


LES  INSCRIPTIONS  DES  MINES  d'oR  DE  NUBIE  211 

pratiqué  par  les  Égyptiens,  c'est  ce  que  prouvent  des  scènes 
peintes  dans  les  tombeaux  * .  Le  copte  )6cyr,  ^or,  dérive  très 

régulièrement  de  l'égyptien  '^^^^^  s'etu.  De  nos  jours  et 

dans  le  même  désert  les  Âbabdeli  transportent  encore  l'eau 
dans  des  outres. 

La  conséquence  de  l'état  de  choses  si  bien  décrit,  c'est 
qu'il  ne  venait  plus  d'or  de  ce  désert. 

«  (Lig.  11).  Le  roi  dit  à  l'inspecteur  royal  qui  était  auprès 
»  de  lui  :  Appelle,  et  que  les  chefs  qui  sont  présents  donnent 
»  (lig.  12)  au  roi  leur  avis'  sur  ce  pays.  Je  ferai  ce  qui  sera 
»  proposé*.  » 

Comme  on  le  voit,  le  monarque  tient  peu  de  compte  de 
la  merveilleuse  puissance  que  lui  attribuent  ses  protocoles 
officiels.  Au  lieu  de  commander  à  l'eau  de  sortir  des  rochers, 
il  prend  sagement  l'avis  de  ses  conseillers.  Malheureu- 
sement ceux-ci  cèdent  à  leur  verve  thuriféraire.  Au  lieu 
d'imiter  le  laconisme  du  pharaon,  ils  tombent  dans  une 
interminable  série  d'hyperboliques  louanges. 

((  (Lig.  12).  On  les  fait  passer  en  la  présence  du  dieu  bon, 
»  les  bras  élevés  dans  l'attitude  d'adorer  sa  personne,  pro- 
»  férant  des  acclamations  et  se  prosternant  devant  sa  belle 
»  face.  On  leur  fit  le  tableau  de  ce  pays  pour  qu'ils  don- 

1.  Voyez  Description  de  VÉgijplc,  Ant,,  pi.  XVII,  fig.  11.  Voyez 
aussi  Botta,  Monuments  de  Ninicct  Sculpture  et  Architecture^  vol.  I, 
pi.  XXXVIII;  ibid.,  vol.  II,  pi.  CVI  et  CXXVI. 

2.  I  D  QA  ,  NKT-RO,  nerqpo),  mocere  os,  discourir,  s'expliquer^ 
discuter,  cj'pli'furr . 

3.  ^  ^  ,  KERU,  choses t  affaires,  ce  qui  est  relatif,  ce  qui 
appartient  à  une  personne  ou  à  une  chose.  Pour  la  préposition  complexe 
^v  ^,  voyez  :  Inscription  d'Ibsamboul,  Revue  archéologique^  XV, 
p.  715,  [p.  38-39,  du  présent  volume]. 


212         LES  INSCRIPTIONS  DES  MINES  D'OR  DE  NUBlE 

»  liassent  (lig.  13)  leur  avis  sur  le  projet  d'établir^  une 
n  citerne  sur  sa  route. 

)>  Ils  dirent  devant  Sa  Majesté  : 

»  Tu  es  semblable  au  dieu  Soleil  dans  tout  ce  que  tu  fais. 
»  Ce  qui  plaît  à  ton  cœur  se  réalise.  Si  tu  désires  faire, 
»  pendant  la  nuit,  le  jour,  il  se  fera  vite.  Nous  avons  pris 
»  (lig.  14)  une  grande  part'  à  tes  merveilles'  depuis  que  tu 
))  as  été  couronné  roi  des  deux  mondes;  nous  n'avions  rien 
»  entendu,  nos  yeux  n'avaient  rien  vu  qui  leur  fût  com- 
»  parable.  Tout  ce  qui  sort  de  ta  bouche,  c'est  comme  les 
»  paroles  d'Har-em-Khou ;   l'équilibré  de  ta  langue*,   le 

1 .  T    y  «fcj^ .  ^  ■ ,  AB,  ^coÀ,  operari,  construcre.  Ce  mot  s'entend 

de  toute  espèce  de  travaux  et  non  du  travail  de  creuser,  perforer.  Les 
textes  font  connaître  les  abu  travaillant  le  cuir,  le  bois,  le  métal,  les 
pierres  dures,  etc. 

2.  Le  deuxième  groupe  de  la  quatorzième  ligne  est  fort  incertain. 
Pour  la  régularité,  il  faudrait  là  un  substantif  pluriel.  Le  sens  ne  peut 
qu'être  conjecturé. 

3.  j[r>  a  pour  phonétique  u  (1  J[r\  ,  bau.  Ce  mot  signifie  radi- 
calement charroi,  transport.  Mais  il  est  souvent  employé  pour  U  (i 
^^^  (1 0  I  BAAiu,  groupe  que  je  n'avais  pu  traduire  dans  le  Papyrus 

magique  Harris  (IV,  10),  et  dont  j'ai  depuis  lors  deviné  le  sens.  Il  signi- 
fie/)rorfê(^e,  merceille,  miracle,  chose  extraordinaire ^  comme  on  pouvait 
le  conjecturer  par  des  phrases,  telles  que  Sallier  I,  pi.  VII,  1.  10.  Mais 
deux  passages  du  Papyrus  d*Orbiney  en  donnent  la  preuve  :  1*  pi.  XV, 
1.  3  :  on  fit  une  grande  fête  au  taureau  en  disant  :  c'est  un  grand  pro- 
dige, ce  qui  est  arrivé-  2*  pi.  XVI 1,  1.  1  :  deux  grands  persèas  sont 
poussés  TRÈS  MERVEILLEUSEMENT  à  Sa  Majesté,  Baau  ou  Baaiu  est  une 
épithète  habituelle  des  monuments  construits  par  les  pharaons.  On  la 
trouve  aussi  appliquée  aux  rois  et  aux  dieux.  Il  est  peu  probable  que  la 
grande  explosion  d'admiration  des  courtisans  de  Ramsès  ait  eu  pour 
unique  objet  le  charroi  des  pierres  ou  des  métaux  précieux  au  commen- 
cement de  son  règne.  Aussi  le  sens  merceillo,  prodige  me  semble-t-il 
devoir  être  préféré. 

4.  Le  lapicide  a  écrit  ^^  qui  n'  a  aucun  sens  au  lieu  de  ^  ,  la 
langue,  groupe  que  Ton  rencontre  de  nouveau  à  la  ligne  18.  Ce  passage 


LES  INSCRIPTIONS   DES   MINES  D*OR  DE  NUBIE  213 

»  trouvé  juste  de  tes  deux  lèvres  (lig.  15),  c'est  le  poids 
»  exact  de  Thoth.  Quelle  est  la  voie^  que  tu  ne  connaisses 
»  pas?  qui  donc  est  parfait'  comme  toi?  Le  monde  con- 
»  tient-il  un  lieu  que  tu  ne  voies  pas?  Aucun  pays  que  tu 
»  ne  pénètres  à  ton  gré  ! 

»  Par  tes  oreilles  passe  (lig.  16)  tout  ce  qui  produit  un 
))  son'  dans  ce  pays.  C'est  toi  qui  exécutes  ce  qui  se  fait*. 
»  Tu  étais  dans  l'œuf,  dans  les  occupations  de  l'enfant  au- 
»  guste*,  et  par  toi  étaient  prescrits  les  devoirs  des  deux 


est  très  curieaz  poar  l'explication  des  groupes  •■^^T|]^t  mah\  le 


pèsemcnt,  de  Ai&cgi,  bilanx,  l'action  de  la  balance;  1  Ij  ,  le  point 

cTéquilibref  le  point  central^  ce  qui  est  exact,  et  1    i ,  ce  qui  est 

^  \\  I    U 
iuste,  tèrific.  On  remarquera  le  déterminatif  commun  de  ces  expres- 
sions, deux  doigts  semblables,  symbole  d'égalité  de  mesure.  Le  poids 

exact,      tQf ,  de  Thoth  est  le  vase  cordiforme  qui  sert  à  marquer  la  ligne 

de  parfait  équilibre  de  la  balance,  comme  on  le  voit  dans  toutes  les 
scènes  de  la  psychostasie. 

1.  o    o  •  Le  premier  signe  m'embarrasse. 

±^ 

2.  4d*='^i  ARK,  est  une  épithète  laudative  d'emploi  fréquent. 


Cf.  Anastasi  I,  pi.  I,  1.  4  ;  pi.  II,  1.  4.  Elle  comporte  une  idée  de  per- 
fection, d'achèvement.  C'est  aussi  la  forme  du  verbe  jurer,  faire  un 
serment.  Comp.  ^TpeiL,  Jinis,  iapK ,  juramentum , 

3.  Il  r      -»  aten;  on  trouve  aussi  (]      >   ,  at.  C'est  une  action 

passive  ou  active  de  l'oreille.  Je  ne  connais  pas  de  texte  bien  clair  dans 

lequel  ce  groupe,  d'occurrence  rare,  soit  employé.  L'idée  est  ici  que  rien 

ne  peut  échapper  à  la  vue,  ni  à  l'ouïe  du  pharaon.  On  sait  qu'un  titre 

fréquent  des  fonctionnaires  égyptiens  est  celui  à'yeux  et  (Toreilles  du 

roi, 

n   9    ■  w  , 

4.  M  ,  seh'eru.  11  faudrait  un  volume  pour  expliquer  les 
I  <=> III 

emplois  singuliers  et  bien  constatés  de  ce  mot;  le  mot  français /atï  en 

rend  assez  heureusement  quelques-uns. 

5.  Titre  des  jeunes  héritiers  de  la  couronne. 


214  LES  INSCRIPTIONS  DES  MINES  d'oR  DE  NUBIE 

»  Egypte;  tu  étais  enfant,  portant  la  tresse  de  cheveux ^  et 
))  il  ne  venait  pas  une  offrande  qu'elle  ne  fût  de  ta  main 
»  (lig.  17);  pas  de  message  sans  toi'.  Tu  fus  fait  général 
»  d'armée,  et  tu  étais  un  enfant  accomplissant  {ses)  dix  ans. 
))  Tous  les  travaux  qui  se  faisaient,  par  ta  main  ils  étaient 
»  fondés.  Si  tu  dis  à  l'eau  :  viens  du  rocher!  il  sortira  un 
»  abîme  (lig.  18)  subitement,  à  la  suite  de  ton  ordre*.  Sem- 
))  blable  à  toi  est  le  dieu  Soleil  en  (ses)  membres,  le  dieu 
»  Khpra  en  force  créatrice.  Véritablement  tu  es  l'image 
»  vivante,  sur  la  terre,  de  ton  père  Tum  d'Héliopolis.  Le 
»  dieuHu  est  dans  ta  bouche;  le  dieu  Sa,  dans  ton  cœur; 
))  le  lieu  de  ta  langue  est  le  sanctuaire  de  la  vérité  ;  un  dieu 
})  est  assis  sur  tes  deux  lèvres.  Toutes  tes  paroles  s'ac- 
))  complissent  chaque  jour.  (Lig.  19)  A  été  formé  ton  cœur 
»  conforme  à  {celui  de)  Ptah,  le  créateur  des  œuvxes.  Tu  es 
»  pour  toujours.  Il  est  fait  selon  tes  desseins^  écoutées  sont 
))  tes  paroles,  ô  chef  suprême,  notre  maître  I  » 

Si  ce  discours  des  conseillers  du  monarque  n'éclaire  pas 
la  question  soumise  à  leur  appréciation^  au  moins  est-il 
vrai  de  dire  qu'il  présente  un  remarquable  échantillon  des 
harangues  adulatrices  en  usage  à  l'époque.  Il  semble  difficile 
d'aller  plus  loin  en  matière  de  louanges  hyperboliques.  La 
conclusion,  c'est  que  le  roi  n'a  qu'à  le  vouloir  et  l'eau  appa- 
raîtra sur  la  route  du  désert. 

Le  prince  de  Kuscb,  dont  les  fonctions  embrassaient  l'ins- 
pection des  pays  aurifères,  parle  à  son  tour;  il  hasarde  une 
suggestion,  car  il  faut  laisser  au  pharaon  l'honneur  de  l'ini- 
tiative : 

«  (Lig.  19).  Il  fut  ainsi  parlé  à  propos  du  pays  d'Akita, 
»  et  le  prince  de  Kusch,  la  défaillante,  dit  (lig.  20)  de  lui 
»  devant  Sa  Majesté  :  Il  est  dans  l'état  de  manque  d'eau 


1.  Coiffure  spéciale  k  Tenfanoe. 

2.  Cette  phrase  me  laisse  des  doates. 

3.  Litt.  :  De  ta  bouche. 


LES  INSCRIPTIONS   DES  MINES  D'OR  DE  NUBIE         215 

I)  depuis  le  temps  de  dieu\  et  l'on  y  meurt  de  soif.  Tous  les 
))  rois  d'auparavant  voulurent  y  établir  une  citerne;  ils  ne 
»  réussirent  pas*.  Le  roi  Ra-men-ma  fit  la  môme  chose;  il 
))  fit  faire  une  citerne  de  120  coudées  de  profondeur;  de  son 
»  temps  on  la  laissa  en  chemin  ;  l'eau  n'y  vint  pas.  Si  tu 
»  dis  toi-même  à  ton  père  Hapi  (lig.  22),  père  des  dieux  : 
»  que  l'eau  se  produise  sur  le  rocher!  il  fera  selon  tout 
»  ce  que  tu  auras  dit  et  selon  toutes  tes  intentions.  Ceux 
))  qui  furent  avant  nous,  s'ils  n'ont  pas  été  écoutés  dans 
i)  leurs  demandes,  c'est  parce  que  tes  pères,  tous  les  dieux, 
w  t'aiment  plus  qu'aucun  (autre)  roi  (lig.  25)  depuis  le  temps 
))  du  dieu  Soleil.  » 

Comme  on  le  voit,  le  prince  d'Ethiopie  a  trouvé  le  moyen 
de  glisser  aussi  son  mot  de  flatterie.  Son  discours  est  fort 
clair  :  l'exploitation  de  l'or  a  toujours  été  entravée  au  pays 
d'Âkita  par  le  manque  d'eau,  et  les  rois  qui  se  sont  succédé 
ont  essayé  d'y  creuser  des  citernes  sans  pouvoir  y  réussir. 
Le  roi  Séti  I«',  père  du  pharaon  régnant,  avait  notamment 
fait  creuser  un  réservoir  de  120  coudées  de  profondeur,  mais 
même  de  son  temps  l'entreprise  ne  fut  pas  menée  à  fin.  Ces 
précédents  ne  sont  pas  encourageants,  mais  Ramsès  ne  doit 
pas  douter  du  succès,  car  les  dieux  l'affectionnent  bien  plus 
que  tous  les  rois  ses  prédécesseurs. 


1 .  Je  crois  qu'il  manque  ici  un  signe  et  qu*ii  faut  lire  depuis  le  temps 
de  Phra,  c'est-à-dire  du  dieu  Soleil,  le  premier  des  dieux  dynastes.  Cette 
expression,  qui  se  rencontre  à  toutes  les  époques,  et  qui  revient  à  la 
ligne  23  de  notre  texte,  signifie  :  depuis  le  commencement  du  monde, 
depuis  le  plus  lointain  du  passé.  On  trouve  aussi  depuis  le  temps 
d'Osiris.  ^ 

2.  \\^\    ^      ^      V\  ''~''^,   BU  h'eper   rut-sen,   non  fut   leur 

réussite.  Le  mot  rut,  ptoT,  (jorminare,  pousser,  croître,  veut  dire  aussi 
profiter^  réussir,  prospérer.  Il  est  intéressant  de  comparer  la  forme  né- 
gative de  cette  phrase  avec  ^^  llV  -'J  ^  ,  un  bu  en-tu  nub, 
il  n'est  plus  apporté  d'or  (lig.  11  de  notre  texte). 


216  LES   INSCRIPTIONS  DES  MINES   D'OR  DE  NUBIE 

Aussi  le  pharaon  n'hésite-t-il  nullement,  ainsi  qu'on  va 
le  voir  : 

«  (Lig.  23).  Sa  Majesté  dit  à  ces  chefs  :  Vérité,  vérité! 
»  toutes  vos  paroles  explicatives  ^  ;  on  n'a  pas  obtenu  d'eau 
»  dans  ce  pays  depuis  le  temps  du  dieu  Soleil,  ainsi  que  vous 
»  l'avez  dit.  Moi,  j'établirai  une  citerne  pour  donner  de 

»  l'eau  chaque  jour  comme  au '  (lig.  24)  par  l'ordre 

»  de  mon  père  Ammon-Ra,  seigneur  des  trônes  du  monde, 
»  et  des  Horus,  seigneurs  de  Nubie,  car  ils  se  complaisent 
»  en  mes  désirs.  Et  je  ferai  dire  dans  ce  pays'  : 

»  (Lig.  25).  {Les  chefs)  adorèrent  leur  seigneur  en  se  pros- 
»  ternant,  placés  sur  leurs  ventres,  devant  lui  et  poussant 
))  des  acclamations  jusqu'au  ciel. 

»  Le  roi  dit  au  basilicogrammate,  le  noble » 

Nous  arrivons  ici  à  la  partie  fragmentaire  de  la  stèle  où 
nous  pouvons  distinguer  : 

«  Que  le  basilicogrammate  reçut  l'ordre  de  se  rendre  au 
»  pays  d'Akita,  et  que,  fidèle  à  cette  mission,  il  rassembla 
»  des  travailleurs; 

»  Que  l'eau  fut  obtenue  dans  une  citerne  située  sur  le 
»  chemin  vers  Akita,  chose  qu'on  n'avait  jamais  vue  sous 
»  les  rois  antérieurs; 

»  Que  le  prince  de  Kusch  informa  par  une  lettre  le  roi  de 
»  ce  succès  ; 

»  Que  le  roi,  rendant  compte  du  message,  explique  de  sa 
»  propre  bouche  que  l'eau  s'est  élevée  de  12  coudées  dans 

1.  ^=^^^0  )^  QQ*  '^"u*  pourrait  être  le  copte  ta^^o,  dans  le  sens  de 
commendarCj  con/irmare,  exhibere.  Dans  Thym  ne  à  Osiris  (Repuc  ar- 
chéologique, XIV,  72),  ce  mot  ressemble  à  une  variante  de  tcoà^,  orare, 
rogare. 

2.  Lacune.  Il  y  avait  ici  une  comparaison  analogue  &  celle  que  nous 
avons  étudiée  ci-devant,  p.  [189,  du  présent  volume]. 

3.  Autre  lacune;  on  peut  supposer  :  Jamais  on  ne  vit  rien  de  sem- 
blable. 


LES   INSCRIPTIONS  DES  MINES   D'OR  DE  NUBIE         217 

A)  la  citerne  et  de  4  coudées  probablement  dans  des  bassins 
))  accessoires. 

»  Nouvelle  explosion  de  la  verve  louangeuse  des  courti- 
»  sans  :  l'eau  du  ciel  inférieur  a  obéi  à  l'ordre  du  pharaon; 
»  il  a  obtenu  l'eau  des  rochers. 

»  Enfin,  la  citerne  reçoit  le  nom  de  nem  de  Ramsès 
»  Meriamen.  » 

Un  passage  de  ce  fragment  mutilé  explique  que  des  pois- 
sons furent  placés  dans  des  bassins.  Séti,  dans  les  inscrip- 
tions de  Radesieh,  avait  parlé  de  pâturages.  Mais  ce  sont  là 
des  exagérations  dont  il  faut  tenir  peu  de  compte  au  point 
de  vue  de  la  vérité  historique. 

On  a  vu  que  le  texte  rappelle  une  tentative  faite  par  le  roi 
Séti  !«'  pour  l'établissement  d'une  citerne.  Rien  ne  démontre 
rigoureusement  que  ce  soit  précisément  la  même  citerne 
que  celle  dont  parlent  les  inscriptions  de  Radesieh.  Il  s'agit 
cependant,  dans  l'un  et  l'autre  cas,  d'un  gîte  aurifère  situé 
au  désert  Arabique  et  dans  lequel  l'exploitation  de  l'or,  qui 
remontait  à  une  époque  fort  ancienne,  avait  été  interrompue 
par  le  manque  d'eau.  Que  le  succès  de  la  citerne  de  Séti 
ait  été  démenti  par  les  courtisans  de  Ramsès,  c'est  une  con- 
séquence de  leur  rôle,  qui  consistait  à  exalter  sans  mesure 
les  travaux  du  souverain  actuel  en  atténuant  ceux  de  ses 
prédécesseurs.  Oubliée  à  son  tour,  comme  l'avait  été  celle 
de  son  père,  la  citerne  de  Ramsès  n'eut  très  probablement 
pas  une  durée  plus  grande,  et  de  nouveaux  efforts  durent 
être  tentés  par  ses  successeurs,  qui  ne  manquèrent  pas,  dans 
leurs  monuments,  de  s'attribuer  des  résultats  inconnus 
avant  eux. 

La  stèle  n'avait  pas  été  érigée  sur  le  lieu  de  l'exploitation 
de  l'or.  On  verra,  dans  la  note  ci-après  due  à  la  plume  de 
M.  Prisse,  les  motifs  qui  avaient  pu  déterminer  l'installa- 
tion de  ce  monument  dans  l'une  des  dépendances  de  l'an- 
cienne forteresse  de  Kouban  : 

a  C'est  près  de  Kouban  qu'aboutissent  les  principales 


218  LES  INSCRIPTIONS  DES    MINES  D'OR   DE  NUBIE 

»  vallées  du  désert  de  TEtbaye,  et  la  forteresse  servait  non 
))  seulement  à  protéger  Vakaba  ou  défilé  qui  débouchait  sur 
»  la  vallée  du  Nil^  mais  encore  à  l'entrepôt  des  mines  d'or 
»  exploitées  par  les  pharaons. 

»  La  longue  et  sineuse  vallée  nommée  Wady  Alâky  ou 
))  Olâky,  d'où  ces  mines  ont  pris  leur  nom  actuel,  s'ouvre 
»  à  peu  de  distance  au-dessus  de  Kouban,  et  court  à  l'Est, 
»  à  travers  un  pays  montagneux,  jusqu'au  bord  de  la  mer 
))  Rouge.  Ce  pays,  désigné  par  Aboulféda,  Édrisy,  Masoudy 
»  et  autres  écrivains  arabes,  sous  le  nom  d'El-Bedjah,  s'ap- 
))  pelle  aujourd'hui  El-Elbah  ou  El-Etbaye,  suivant  les  Bi- 
»  châris  habitant  cette  contrée;  ces  montagnes  sont  remplies 
))  de  gîtes  aurifères  ou  plutôt  de  mines  d'or.  On  distingue 
»  particulièrement  celles  de  Wady  Chawanîb,  Djebel  As- 
»  soued  [la  montagne  noire),  Djebel  Oum-Kabrite  [la  mère 
))  du  soufré),  Oum-Teyour,  Ceîga,  etc.,  etc. 

))  Ces  mines  furent  exploitées  dans  l'antiquité  et  jusqu'au 
))  milieu  du  XIP  siècle,  par  les  pharaons,  les  Ptolémées,  les 
»  empereurs  et  les  califes,  qui,  pour  assurer  la  vie  et  la 
»  subsistance  de  leurs  mineurs,  furent  forcés  de  guerroyer 
»  ou  de  traiter  avec  les  Blemmyes,  Balneramôoui,  Bedjahs 
»  ou  Bichâris,  noms  sous  lesquels  on  a  désigné,  à  diverses 
»  époques,  les  tribus  nomades  auxquelles  ces  montagnes 
))  servent  de  refuge. 

»  Diodore  parle  longuement  de  ces  mines  et  du  triste  sort 
))  des  malheureux  condamnés  sans  relâche  à  ces  rudes  tra- 
»  vaux\  Ces  montagnes  de  couleur  noire  étaient,  dit-il, 
»  remplies  de  veines  d'une  blancheur  remarquable.  On  ex- 
))  ploitait  le  minerai  dans  d'étroites  galeries  qu'ouvraient 
))  les  mineurs  suivant  la  direction  naturelle  de^  couches  de 
))  la  pierre.  Ils  faisaient  éclater  la  roche  au  moyen  d'un 
))  feu  ardent;  puis  ils  fendaient  les  blocs  détachés  avec  des 

1.  Liv.  III,  ch.  xn. 


LES   INSCRIPTIONS  DES   MINES   D'OR  DE  NUBIE         219 

»  masses  de  fer.  Les  manœuvres  prenaient  les  fragments 
»  et  les  brisaient  dans  des  mortiers  de  pierre  avec  des 
»  pilons  de  fer  jusqu'à  ce  que  la  gangue  fût  réduite  à  la 
»  grosseur  d'une  lentille.  D'autres  ouvriers  la  jetaient  ainsi 
»  préparée  sous  des  meules  mues  par  des  manivelles  pour 
))  réduire  la  matière  en  poudre  aussi  fine  que  la  farine, 
w  Enfin,  on  faisait  subir  à  cette  matière  plusieurs  lavages 
»  sur  des  tables  inclinées  ;  puis  on  retirait  les  parcelles  d'or 
»  qui  étaient  fondues  surplace, 

»  On  voit  encore  de  nombreux  témoignages  de  cette  an- 
»  cienne  exploitation  dans  la  vallée  d'Olâky,  et  bien  qu'on 
»  ne  trouve  aucun  monument,  ni  aucune  tablette  hiérogly- 
»  phique  aux  alentours  de  ces  mines,  elles  sont  indubita- 
))  blement  celles  dont  il  est  question  sur  le  temple  dit  de 
))  Radesieh  et  sur  la  stèle  d^Kouban.  Ces  montagnes  auri- 
»  fères,  peu  connues  avant  le  règne  de  Mohammed-Aly,  ont 
))  été  visitées,  à  quelques  années  d'intervalle,  par  deux 
»  ingénieurs  français  à  son  service.  Je  dois  à  Tun  d'eux, 
))  M.  Darnaud,  les  renseignements  les  plus  précis. 

»  Le  minerai  d'or  de  Djebel  Olâky  se  trouve  dans  le  quartz 
»  résinite.  La  direction  des  excavations  dépend,  comme  le 
»  dit  Diodore,  de  la  direction  des  couches,  et  par  conséquent 
))  elle  est  assez  variable. 

»  La  principale  galerie  visitée  par  M.  Darnaud  avait  en- 
»  viron  60  mètres  de  profondeur.  Les  pépites  ou  paillettes 
»  d'or  sont  logées  dans  des  nids  remplis  d'oxyde  de  fer  et 
»  de  titane.  Les  morceaux  de  quartz  blanc  qui  ne  renfer- 
»  maient  qu'un  ou  deux  nids  étaient  brisés  au  moyen  de 
))  marteaux,  et  l'on  en  vidait  les  pépites,  mélangées  à 
))  l'oxyde  de  fer,  dans  des  sébiles  en  bois  de  sycomore. 
»  Quant  aux  masses  de  quartz  remplies  de  nids,  on  broyait 
))  le  bloc  au  moyen  de  pilons  de  métal  dans  des  mortiers 
))  en  granit,  dont  on  voit  encore  des  spécimens  sur  place  ; 
»  puis  on  pulvérisait  les  débris  à  l'aide  de  moulins  à  bras 
»  semblables  à  ceux  en  usage  dans  la  vallée  du  Nil;  mais 


220         LES  INSCRIPTIONS  DES   MINES  D'oR  DE  NUBIE 

»  ceux  qu'on  employait  pour  le  minerai  étaient  en  granit; 
»  l'on  en  trouve  encore  un,  entier  ou  brisé,  dans  chaque 
»  habitation  de  mineur.  Les  résidus  étaient  ensuite  placés 
»  sur  des  tables  inclinées  pour  être  lavés  grossièrement; 
))  puis  on  les  jetait  dans  des  sébiles  ovales  où  la  matière  se 
»  déposait,  à  l'aide  du  mouvement  qu'on  lui  imprimait,  en 
))  couches  de  diflEérentes  densités,  et  subissait  divers  lavages 
»  jusqu'à  ce  qu'on  aperçût  à  l'œil  nu  les  paillettes  d'or 
))  mêlées  à  quelques  terres  très  pesantes  et  en  particulier 
))  au  titane  et  au  fer. 

»  La  mine  qui  oflEre  le  plus  de  vestiges  d'une  ancienne 
»  exploitation,  est  celle  de  Wady  Chawanîb,  la  plus  consi- 
»  dérable  de  la  localité.  On  voit  encore,  près  des  excava- 
»  tiens,  plusieurs  huttes  construites  en  pierres  sèches,  qui 
»  servaient  probablement  aux  gardiens  des  travaux,  et  plus 
»  loin,  un  petit  village  d'environ  300  maisons  bâties  régu- 
))  lièrement.  Deux  grandes  constructions  en  granit  flanquées 
»  de  tours  aux  angles,  semblent  avoir  servi  à  loger  la  gar- 
»  nison  chargée  de  la  garde  des  mineurs  et  aux  intendants 
»  des  travaux.  La  plupart  des  habitations  contiennent  encore 
»  des  moulins  à  bras,  ou  des  tables  inclinées  garnies  de  deux 
»  cuvettes  ou  réservoirs  bâtis  de  fragments  de  pierres. 

))  Ces  vestiges  n'appartiennent  pas  tous  à  la  haute  anti- 
»  quité,  mais  le  mode  d'exploitation  ne  paraît  pas  avoir 
»  varié  depuis  les  temps  les  plus  reculés. 

»  On  ne  peut  fixer  l'époque  précise  où  les  travaux  ont 
»  cessé.  Les  inscriptions  koufiques,  gravées  sur  des  pierres 
»  tombales,  donnent  pour  dernière  date  l'an  372  de  l'hégire 
»  (989  de  notre  ère);  cependant  les  mines  furent  encore 
»  exploitées  longtemps  après;  et,  suivant  Aboulféda,  elles 
»  ne  furent  abandonnées  que  parce  que  les  produits  étaient 
»  trop  minimes  pour  payer  les  dépenses.  Elles  ont  pu  avoir 
»  quelque  valeur  dans  l'antiquité,  mais  aujourd'hui  elles 
»  n'en  ont  aucune  au  point  de  vue  économique  ou  indus- 
»  triel.  » 


LES   INSCRIPTIONS  D£S  MINES  D^OR  DE  NUBIE         221 


IV 


CARTE  EGYPTIENNE  DES  TERRAINS  AURIFERES 

A  mon  mémoire  sur  les  inscriptions  de  Radesieh  était 
jointe  une  planche  représentant  une  partie  du  plan  égyptien 
conservé  au  Musée  de  Turin.  Ayant  appris  que  ce  plan  était 
lavé  de  plusieurs  teintes,  j'ai  obtenu  de  M.  le  chevalier 
Barucchi,  l'autorisation  d'en  faire  faire  un  facsimilé  dont 
je  joins  une  réduction  à  ma  publication  actuelle.  Indépen- 
damment des  teintes,  mon  dessin  ajoute  à  celui  qu'a  publié 
M.  Lepsius  un  fragment  qui  s'adapte  à  l'angle  inférieur  à 
droite,  et  qui  prouve  que  le  papyrus  n'est  pas  entier.  On 
peut  conjecturer  que  la  légende  en  A,  qui  se  rapporte  à  l'en- 
semble du  plan,  devait  en  occuper  le  point  central.  S'il  en 
était  ainsi,  nous  ne  posséderions  guère  plus  de  la  moitié  de 
cet  intéressant  document. 

C'est,  comme  je  l'ai  déjà  dit,  un  plan  ou  plutôt  une  carte 
de  mines  d'or  dont  M.  Birch  a  donné  l'explication  aussi 
exacte  et  aussi  complète  que  possible.  C'est  ainsi  que  ce 
savant  égy  ptologue  n'a  pas  hésité  sur  le  sens  de  la  légende  A  : 
«  Les  montagnes  d'où  l'on  apporte  Vor  sont  coloriées  sur  le 
plan  en  rouge.  »  Il  ignorait  alors  que  cette  particularité 
répondait  parfaitement  aux  conditions  de  l'original^  que  la 
copie  de  M.  Lepsius  ne  laissait  pas  supposer. 

Les  montagnes  aurifères  sont  en  effet  teintées  en  rouge; 
elles  portent  de  plus  la  légende  tou  en  nub,  montagne  d'or 
(en  B  sur  la  carte).  En  C,  est  le  sanctuaire  d'Ammon  de 
la  mx)ntagne  sainte^  élevé  sur  le  chemin  principal.  Il  se 
compose  de  deux  salles  entourées  de  chambres  qui  servaient 
probablement  de  logement  aux  prêtres  et  aux  officiers  com- 
mandant la  station. 

Au-dessus  du  temple,  en  E,  on  lit  :  Front  de. . ,  (sans 


222         LES  INSCRIPTIONS  DES  MINES  d'oR  DE  NUBIE 

doute  de  la  montagne).  En  F,  autre  légende  dont  le  com- 
mencement a  disparu;  il  faut  suppléer  un  nom  féminin  (tou, 
montagne,  est  du  masculin),  et  lire  :  demeure  dans  laquelle 
repose  Ammon, 

Après  le  temple  est  un  chemin  qui  passe  entre  deux  mon- 
tagnes, en  D,  et  porte  le  nom  de  chemin  de  ta  menat'ti\ 
Le  dernier  groupe  n'est  pas  très  distinct.  Il  nomme  une 
localité  voisine,  sans  doute  en  relations  habituelles  avec 
celle  de  la  carte.  L'expression  ta  menat-ti  peut  être  consi- 
dérée comme  une  dénomination  explicative  signifiant  soit 
le  lieu  de  la  nourrice,  soit  le  lieu  de  r Asiatique;  mais  il 
peut  aussi  n'être  que  la  transcription  égyptienne  d'un  nom 
donné  par  les  indigènes. 

On  voit,  en  H,  le  plan  de  quatre  habitations,  la  légende 
explique  que  ce  sont  les  maisons  du  pays  de  Ti?  où  Von  en- 
trepose* l'or. 

Un  peu  plus  bas,  en  I,  se  trouve  la  stèle  du  roi  Ramamen, 
qui  nous  démontre  que  nous  avons  encore  affaire  à  un  éta- 
blissement de  mines  d'or  fondé  ou  reconstitué  par  Séti  I«'. 
A  l'angle  de  l'espace  limité  par  les  chemins,  en  K,  on  voit 
le  NEM  ou  citerne  sur  laquelle  l'eau  est  figurée  comme  à  l'or- 
dinaire. Le  terrain  avoisinant  est  teinté  en  noir.  C'est  de 
la  terre  cultivée  et  fertile,  grâce  à  la  présence  de  l'eau. 

Au  carrefour  des  chemins,  en  L,  est  figuré  un  second 
puits  plus  petit,  sans  doute  abandonné  à  l'usage  des  passants. 

La  continuation  du  chemin  principal,  en  M,  aboutit  à  la 
mer,  ainsi  que  l'explique  la  légende.  Il  en  est  de  même  du 
chemin  N,  qui  est  un  autre  chemin  aboutissant  à  la  mer. 
Enfin,  le  chemin  parsemé  de  coquilles  marines,  en  0,  porte 
le  nom  de  chemin  de  Tipamat,  ou  quelque  chose  d'à  peu 


1 .  M.  Birch  propose  dubitativement  :  chemin  pour  les  iracailleurs, 
mais  ce  sens  ne  peut  être  accepté. 

2.  Les  deux  mots  soulignés  correspondent  à  un  groupe  altéré  et  mé- 
connaissable. 


LES   INSCRIPTIONS   DES  MINES   d'oK   DE  NUBIE         223 

près.  Ce  nom,  d'après  son  déterminatif,  est  celui  d'un  indi- 
vidu de  race  étrangère,  mais  non  celui  d'une  localité. 

Les  coquilles  répandues  sur  ce  chemin  sont  une  preuve 
que  la  mer  en  est  très  rapprochée.  Nous  ne  pouvons  songer 
qu'à  la  mer  Rouge,  dont  les  côtes  abondent  en  coraux,  en 
éponges  et  en  coquilles  nuancées  des  plus  belles  couleurs. 
Elle  est  aussi  tellement  poissonneuse  que,  lors  de  l'ex- 
pédition d'Egypte,  les  soldats  français  y  péchaient  avec 
la  main,  après  avoir  tué  le  poisson  à  coups  de  sabre  ou  de 
bâton  ' . 

Malheureusement  le  nom  de  la  localité  que  la  carte  nous 


ôrt 


donne  sous  la  forme    C9I  m    *  Tr  ou  ui,  dont  les  signes 

phonétiques  forment  une  ligature  embrouillée,  ne  nous  four- 
nit aucun  renseignement.  Nous  devons  nous  borner  à  con- 
clure que  cette  carte,  la  plus  ancienne  qui  existe  au  monde, 
nous  représente  un  gîte  aurifère  du  désert  montagneux  situé 
à  l'occident  de  la  Haute-Egypte  et  très  voisin  de  la  mer 
Rouge,  c'est-à-dire  dépendant  du  même  groupe  de  terrains 
aurifères  que  les  mines  auxquelles  se  rapportent  les  ins- 
criptions de  Radesieh  et  celles  de  Kouban.  Je  ne  doute  pas 
qu'une  exploration  attentive  de  la  localité  ne  fasse  retrouver 
sur  le  terrain  les  traces  de  ces  anciennes  exploitations.  C'est 
dans  l'espoir  qu'une  recherche  de  cette  nature  sera  tentée 
que  j'ai  rassemblé,  dans  mon  travail,  tous  les  documents 
antiques  susceptibles  de  jeter  quelque  lumière  sur  ce  sujet. 

Terminons  par  une  observation  sur  la  manière  dont  cette 
carte  a  été  dressée. 

La  disposition  de  l'écriture  de  toutes  les  légendes,  une 
seule  exceptée  *,  démontre  que  le  scribe  dessinateur  a  placé 


1.  Description  de  V Egypte^  État  moderne,  tome  II,  p.  193  et  aqq. 
Dubois-Aymé,  Mémoire  sur  la  cille  de  Qoçer/r» 

2.  Celle  à  laquelle  se  rattache  le  fragment. 


224  LES   INSCRIPTIONS   DES  MINES   D*OR  DE  NUBIE 

la  direction  de  la  mer  à  sa  gauche  ' .  Or,  la  mer  Rouge  est 
à  Test.  La  carte  se  trouve  donc  orientée  tout  au  rebours  des 
nôtres;  le  sud  à  la  place  de  notre  nord,  l'est  à  la  place  de 
Touest,  et  ainsi  de  suite. 

Dans  Tordre  adopté  de  nos  jours  pour  les  points  cardinaux, 
on  mentionne  d'abord  le  nord,  puis  le  sud.  Test,  et  enfin 
Touest.  A  s'en  tenir  au  témoignage  de  TÉcriture-Sainte,  la 
race  sémitique,  au  moins  dans  son  rameau  hébraïque,  aurait 
suivi  le  même  ordre  de  toute  antiquité.  Jéhovah,  faisant  à 
Abraham  la  promesse  de  donner  à  sa  raœ  la  terre  de  Kenâ- 
àne,  lui  parle  en  ces  termes  : 

«  Lève  donc  les  yeux,  et,  du  lieu  où  tu  es,  regarde  :  roiM 
»  nb^i  r^ùip\  naaii ,  au  nord  et  au  midi,  à  l'orient  et  à  Vocci- 
»  dent*.  »  Dans  d'autres  passages  on  trouve  cependant  Toc- 
cident  cité  avant  Torient^  mais  le  nord  précède  toujours  le 
midi*.  Il  faut,  pour  l'appréciation  de  ces  énumérations, 
tenir  compte  de  la  situation  des  interlocuteurs.  Les  Sémites 
considéraient  l'orient  comme  situé  devant  eux,  tnp,  et  Toc- 
cident  par  derrière,  mriie;  en  sorte  que  le  nord  était  à  leur 
gauche  et  le  sud  à  leur  droite.  C'est  par  ce  motif  qu'Ézé- 
chiel  ^  indique  ainsi  la  situation  de  Samarie  et  de  Sodome 
par  rapport  à  Jérusalem  : 

TM  roojsn  Tnvrm  T^iwar  hv  rotn^n  mmaai  m  pnaw  rhnrt  irrroci 

*  rrrnj»  mo  T3^û*û  rûn^n 

Cependant,  écrivant  en  Chaldée  et  se  tournant  vers  Jéru- 
salem qu'il  interpelle,  le  prophète  avait  réellement  Samarie 

1 .  On  tire  surtoat  cette  conclusion  de  la  disposition  de  la  légende  A, 
qui  se  rapporte,  comme  nous  Tavons  déjà  expliqué,  à  Tensemble  de  la 
carte. 

2.  Gviwse,  xiii,  V.  14. 

3.  /^^rf.,  XX VIII,  V.  14;  DcuU'i\tnoint\  III,  27. 

4.  Ch.  XVI,  46. 

5.  Ta  'jromlt*  sœur  est  Schotnron  (Samarie)  accc  scsJiU'^s,  habàani 
à  (a  ijauchc,  e(  (n  petite  sœur,  habitant  à  ta  droite^  est  Sedom  et  ses 
fiUcs. 


LES  INSCRIPTIONS   DES  MINES  D'oR  DE  NUBIE  225 

à  droite  et  Sodome  à  gauche,  c'est-à-dire  dans  la  direction 
tout  opposée  à  celle  qu'il  exprime. 

Cette  observation  peut  avoir  quelque  utilité  pour  les  re- 
cherches sur  la  géographie  biblique.  On  en  conclura  par 
exemple  qu'il  faut  placer  au  nord  de  Damas  la  ville  de  n^ain, 
h'oba,  jusqu'auprès  de  laquelle  Abraham  poursuivit  Kedar- 
laomer  et  ses  alliés,  et  que  le  texte  sacré  nous  désigne 
comme  située  d  gauche  de  Damas,  ptbrh  bKûtt^b\ 

La  tradition  hébraïque  a  retenu  cette  identification  du 
nord  avec  le  côté  gauche,  ainsi  qu'on  le  voit  notamment 
dans  la  traduction  des  paroles  d'Abraham  à  Loth  :  Si  tu  vas 
à  droite,  j'irai  à  gauche.  Le  Targum  le  rend  ainsi  :  Si  tu 
ad  septentrionem  (naiM),  ego  ad  meridiem  (na^i). 

Chez  les  Égyptiens,  au  contraire,  l'ordre  constant  des 
points  cardinaux  est  celui-ci  :  Vouest,  Vest,  le  sud  et  le 
nord.  Si,  dans  des  cas  fort  rares,  le  nord  et  le  midi  sont 
cités  avant  l'ouest  et  l'est,  toujours  l'ouest  prime  l'est,  et 
le  sud,  le  nord. 

Mais  il  n'est  pas  très  facile  de  déterminer  les  rapports 
qu'ils  avaient  établis  entre  ces  points  topographiques  et  les 
directions  dont  l'indication  relève  de  la  disposition  du  corps 
humain. 

Dans  les  tableaux  astronomiques,  le  ciel  supérieur  est 
représenté  par  une  femme  courbée  en  voûte  au-dessus  de 
la  terre.  Sur  son  corps',  le  soleil  est  censé  effectuer  sa 
course  quotidienne.  Il  prend  naissance  à  l'extrémité  infé- 
rieure du  buste  et  se  perd  dans  la  nuit  vers  les  bras  de  la 
déesse.  Dans  cette  situation,  le  côté  droit  regarde  le  sud  et 
le  gauche  le  nord. 

Cette  disposition  concorde  avec  le  témoignage  de  Plu- 
tarque  au  sujet  de  la  lamentation  de  Saturne  sur  la  perte  de 

1.  Genèse^  xiv,  v.  15. 

2.  Quelques  textes  disent  sur  le  dos,  d'autres  sur  le  ventre,  de  la 
déesse  Ciel. 

BiBL.  ioypT.,  T.  X.  15 


22G         LES  INSCRIPTIONS  DES  MINES   d'oR  DE  NUBIE 

son  fils,  né  à  gauche,  mort  à  droite.  Voici  les  paroles  de 
rhistorien  grec  : 

Il  semblerait  donc  que  les  Égyptiens  considéraient  l'orient 
comme  la  face  du  monde.  Cette  face  regardant  vers  Tocci- 
dent  avait  le  sud  à  sa  gauche  et  le  nord  à  sa  droite. 

Mais  s'il  est  vrai  que  les  choses  aient  été  parfois  envi- 
sagées de  la  sorte,  il  est  certain  que  c'est  par  exception  et 
dans  des  cas  spéciaux  à  la  mythologie,  car  l'identité  des 
signes  qui  désignent  l'est  et  l'ouest  avec  ceux  qui  nomment 
la  droite  et  la  gaucho  est  un  fait  constant  dont  l'origine  est 
aussi  ancienne  que  la  formation  du  système  hiéroglyphique, 
et  certainement  bien  antérieure  aux  figures  astronomiques 
que  j'ai  rappelées,  aussi  bien  qu'à  la  légende  relatée  par 
Plutarque. 

Jusqu'à  présent  on  n'a  pas  contredit  l'explication  de  Cham- 
pollion,  qui  a  donné  les  définitions  suivantes  : 

((  tK  I        ,  c«^om«jut,  le  côté  droit,  ce  qui  est  à  droite 

»  (c'est-à-dire  ce  qui  est  à  l'orient). 

))  jf  '^jj\     '     .  c«^^ÀoTp,  gauche,  ce  qui  est  à  gauche  (c'est- 

»  à-dire  ce  qui  est  à  l'occident)'.  ») 

On  voit  que  Champollion  paraît  s'être  uniquement  décidé 
d'aprt'^s  l'analogie  existant  entre  le  côté  droit  et  l'orient, 
d'une  part,  et  le  côté  gauche  et  l'occident,  d'autre  part.  Le 
seul  exemple  qu'il  cite  se  réfère  à  une  figure  du  Rituel  funé- 
raire ayant  sur  chaque  épaule  une  tête  de  bélier,  et  de 
laquoUe,  par  conséquent,  il  est  impossible  de  tirer  aucun 
éclaircissement. 


1.  Plutarque,  De  Isidc  et  Osiride,  ch.  xxxii. 

2.  Voyez  ChampoUion,  Dictionnaire  égyptien,  p.  23  et  24. 


l 


LES  INSCRIPTIONS  DES  MINES  D'OR  DE  NUBIE         227 

Mais  cette  analogie  entre  l'orient  et  le  côté  droit  et  entre 
l'occident  et  le  côté  gauche  existait-elle  réellement  dans  les 
idées  de  l'ancienne  Egypte?  Rien  ne  le  démontre.  Et  d'abord 

les  dérivés  coptes  contredisent  les  solutions  du  maître,  car 

W 

ayant  m  pour  finale  s'accorde  bien  mieux  avec 

oTit«juL^  qu'avec  ^Ao-s'p,  mot  dans  lequel  on  trouve  précisé- 
ment la  syllabe  initiale  de  tk  J 

Un  passage  du  Papyrus  magique  Harris  semble  prouver 
que  les  Égyptiens,  pour  la  détermination  des  directions, 
tournaient  la  face  au  sud;  ils  avaient  ainsi  le  nord  derrière 
eux,  l'occident  à  leur  droite  et  l'orient  à  leur  gauche.  Il 
s'agit  d'une  formule  par  laquelle  est  évoquée  la  force  salu- 
taire d'Isis  et  de  Nephthys  :  «  Que  mon  cri  arrive  à  Isis, 
»  ma  bonne  mère,  à  Nephthys,  ma  sœur  1  qu'elles  me  laissent 
»  leur  salut 


»  à  mon  sudj      à  mon  nordy  à  ma  droltet  à  ma  gauche,  » 

Comme  on  le  voit,  le  nord  et  le  sud  n'ont  rien  de  com- 
mun avec  la  gauche  et  la  droite.  L'énumération  commence 
par  le  signe  du  sud,  sur  la  valeur  duquel  il  n'y  a  pas  de  ré- 
serves à  faire;  c'est  évidemment  dans  cette  direction  que 
Tévocateur  se  tourne,  car  s'il  se  tournait  vers  le  nord,  il  ne 
commencerait  pas  l'énumération  par  le  point  placé  précisé- 
ment derrière  lui.  Donc,  dans  cette  disposition,  la  droite  est 
à  l'occident. 

J'avais  espéré  que  les  peintures  qui  nous  représentent, 
dans  les  pompes  pharaoniques,  les  porte-ombrelles  du  mo- 
narque remplissant  leurs  fonctions,  me  fourniraient  une  indi- 
cation positive.   Ces  fonctionnaires  sont  en  effet  appelés 

1 .  Dans  son  Kônigsbuch,  M.  Lepsius  transcrit  Çf  ^^  par  unam, 

ce  qui  démontre  que  ce  savant  a  également  soumis  à  révision  les  idées 
de  Champollion. 


228         LES  INSCRIPTIONS  DES  MINES  D'oR  DE  NUBIE 

^       y      1        ft        ,  ce  qu'à  la  suite  de  Cham- 

pollion  on  a  toujours  traduit  :  porte-Jlabellum  à  la  gauche 
du  roi.  Il  n'en  a  point  été  ainsi.  Dans  certains  cas\  les 
flabellifères  sont  bien  évidemment  figurés  à  droite;  dans 
d'autres  ils  paraissent  être  placés  à  gauche  ;  et  en  définitive, 
soit  qu'il  ne  faille  faire  aucun  fonds  sur  la  science  perspec- 
tive des  anciens  Égyptiens,  soit  qu'il  y  ait  eu  des  flabellifères 
à  la  droite  comme  à  la  gauche  des  pharaons  (ce  qui  paraît 
du  reste  fort  probable),  il  faut  renoncer  à  rien  conclure  de 
cet  ordre  de  recherches. 
Nous  serons  mieux  renseignés  par  l'examen  des  noms 

propres,  tels  que  ^^    fî   \\  '^-=^ ,  mont-hi-unam-ef,  Amen- 

hi-unamef ,  Phra-hi-unaraef ,  Hor-hi-unamef ,  et  Set-hi- 
unamef,  que  les  rois  conquérants  Ramsès  II  et  Ramsès  III 
donnèrent  à  quelques-uns  de  leurs  fils.  Ces  noms  ont  pour 

analogues  /wnaaa^        ,  mont-hi-h'opes'ef,   Amen-hi-kho- 

peshef,  etc.,  et  sont  composés  essentiellement  des  diverses 
dénominations  du  dieu  des  batailles  et  d'une  addition  qui, 
dans  le  premier  cas,  signifie  ^ur  sa  gauche  ou  sur  sa  droite, 
et,  dans  le  dernier,  sur  son  glaive*.  Il  paraît  tout  naturel 
de  préférer  le  sens  sur  sa  droite,  car  l'intention  de  ces  noms 
belliqueux  est  de  représenter  le  Mars  égyptien  agissant  avec 
le  glaive  ou  avec  le  bras  qui  tient  le  glaive,  et  non  avec  le 
bras  gauche. 

On  pourra  s'étonner  que,  dans  la  multitude  de  textes  que 
nous  possédons,  je  ne  sois  pas  en  mesure  de  citer,  sur  une 
question  aussi  simple,  des  témoignages  plus  clairs  et  plus 
décisifs.  Peut-être,  en  effet,  des  exemples  de  cette  espèce 
m'ont-ils  échappé,  parce  que,  considérant  la  donnée  de 
ChampoUion  comme  définitive,  je  me  suis  dispensé  de  cata- 

1.  Notamment  :  Description  de  V Egypte,  Antîq.  PL,  vol.  Il,  pi.  XII. 

2.  Voyez  ces  noms,  Lepsius,  Kônigshuch,  n*'  426,  428,  430,  437,  497, 
498,  499  et  527. 


LES  INSCRIPTIONS  DES  MINES   d'oR  DE  NUBIE  229 

loguer  les  passages  justificatifs  \  Toutefois  on  voudra  bien 
remarquer  que  si  Thébreu,  par  exemple,  était,  comme  l'égyp- 
tien, une  langue  perdue,  la  plupart  des  phrases  de  la  Bible 
donnant  le  mot  pû^  ne  fourniraient  pas  de  moyen  certain  de 
décider  si  ce  mot  signifie  la  droite  ou  la  gauche.  Les  plus 
significatives  sont,  comme  pour  l'égyptien,  celles  qui  attri^ 
buent  à  y^t'  les  actions  fortes.  Quant  à  celles  qui  en  font  le 
côté  d'honneur,  elles  laisseraient  soulever  la  question  de 
savoir  si  ce  privilège  a  toujours  appartenu  au  côté  droit. 

Au  point  où  nous  sommes  parvenu,  nous  concluons  qu'il  est 
très  probable,  sinon  absolument  certain,  que  l'explication 
donnée  par  Champollion  est  erronée,  et  qu'il  faut  voir  la 
droite  dans  le  groupe  où  il  nous  à  montré  la  gauche,  et  réci- 
proquement. 

Nous  ajouterons  encore  quelques  considérations. 

Au  poème  de  Pentaur  on  rencontre  la  phrase  suivante  : 

TU-A    HI  8ATI  HI         UNAM  Hl  KBFAU  HI  8BMBH 

D'après  ma  conclusion  précédente,  je  traduirais  :  Je  lan- 
cerai desjlèches  à  droite,  j'atteindrai  à  gauche.  La  phrase  ne 
nous  apprend  rien  en  elle-même,  car  on  peut  lancer  des  traits 
à  droite  comme  à  gauche,  et  kefau,  l'action  de  poursuivre  et 
d'atteindre,  se  dit  de  Tun  et  de  l'autre  sens,  comme  le  prouve 
la  comparaison  du  texte  étudié  avec  la  phrase  suivante  : 


KBFAU        HI       UNAM-BW  TUR^  HI       AB-BW 

Atteignant  à     sa  droite^      forçant       à  sa  gauche. 

1 .  M.  C.  W.  Goodwin  a  le  premier  appelé  mon  attention  sur  les 
doutes  qae  laissent  naître  les  vues  de  Champollion. 

2.  Papyrus  S  allier  II J,  pi.  III,  1.  8. 

3.  Champollion,  Monuments,  pi.  ccxxiii. 

4.  Pour  cette  lecture,  voyez   Mélanges  ègypiologiqucs,  [V*  série], 
p.  106. 


230  LES   INSCRIPTIONS   DES  MINES  D'oR  DE  NUBIE 

Nous  avons  à  remarquer  ici  le  groupe  1  ^v.  fi  ,  semeh, 
équivalent  de  'm  J  ,  et  signifiant  la  gauche^  si  nos  déduc- 
tions ne  nous  ont  pas  égaré. 

Ce  même  mot  se  retrouve  dans  Tun  des  papyrus  du  Musée 
britannique*,  mais  en  relation  avec  une  action  exprimée  par 
un  mot  inconnu,  en  sorte  qu'il  n'y  a  rien  à  en  conclure. 

Mais  il  est  intéressant  de  comparer  y  ^^8  avec  l'arabe 
nfaKtt^,  s'ameh.  qui  signifie  la  gauche^  et  avec  l'expression 
commune  à  l'hébreu,  au  syriaque,  au  chaldéen  et  à  l'arabe, 

exprimant  la  même  idée  :  h>Kùt  et  Skûo,  smh-l.  M^).  8 
et  tK  j  seraient  donc  deux  expressions  de  l'idée  gauche, 

comme  les  deux  mots  latins  lœva  et  sinistra. 

1.  Anastasi  I,  pi.  XXIII,  1.  4. 


OBSERVATIONS 

SUR  LE  CHAPITRE  VI  DU  RITUEL  ÉGYPTIEN 

A    PROPOS 

D'UNE  STATUETTE  FUNÉRAIRE  DU  MUSÉE  DE  LANGRES^ 


Les  anciens  Égyptiens  déposaient  dans  les  chambres  sépul- 
crales, auprès  de  la  momie,  un  grand  nombre  de  statuettes 
d'un  modèle  uniforme  et  de  toute  espèce  de  matières*.  Ces 
statuettes  représentent  un  personnage  entièrement  couvert 
de  ses  enveloppes  funéraires,  à  l'exception  de  la  face  et  des 
deux  mains.  A  partir  de  la  hauteur  des  bras,  croisés  sur  la 
poitrine,  le  corps,  qui  se  termine  en  gaine,  est  orné  d'une 
inscription. 

Par  leur  disposition  générale,  ces  petits  monuments,  aux- 
quels on  a  donné  le  nom  de  statuettes  funéraires ^  figurent 

1.  Publié  en  1863  dans  les  Mémoires  de  la  Société  Historique  et 
Archéologique  de  Langres,  t.  II,  p.  37-48. 

2.  Le  Musée  de  Langres  renferme  un  grand  nombre  d'antiquités  égyp- 
tiennes. Une  partie  de  ces  antiquités  ont  été  envoyées  d'Egypte  à  la 
Société  Historique  et  Archéologique  de  Langres,  par  M.  Perron,  de 
Langres,  directeur  de  l'École  de  Médecine  fondée  au  Caire  par  le  pacha 
d'Egypte,  et  aujourd'hui  directeur  du  Collège  arabe  d'Alger.  M.  Clerc, 
beau-fils  de  M.  Perron,  a  aussi  adressé  plusieurs  objets  trouvés  en 
Egypte,  et  enfin,  un  assez  grand  nombre  d'antiquités  égyptiennes  ont  été 
données  par  M.  Girault  de  Prangey,  membre  titulaire  de  la  Société  His- 
torique et  Archéologique  de  Langres  (Noie  de  la  Société). 


232  OBSERVATIONS  SUR   LE  CHAPITRE  VI 

un  corps  momifié  recouvert  de  son  enveloppe  extérieure, 
simulant  Tapparence  de  Tune  des  formes  que  revêtit  Osiris 
lui-même.  Identifié  avec  ce  dieu  mort  et  ressuscité,  le  défunt 
devait  abandonner  cette  enveloppe,  étroit  vêtement  de  mort, 
et  recouvrer  la  liberté  de  ses  jambes  et  de  ses  bras,  afin 
d'accomplir  les  phases  actives  de  la  vie  d'outre-tombe. 

On  voit,  d'après  ces  explications,  que  les  statuettes  funé- 
raires, comme  la  plupart  des  autres  symboles  attachés  aux 
momies  ou  déposés  dans  les  tombeaux',  sont  en  étroit  rap- 
port avec  la  résurrection,  telle  que  se  la  représentaient  les 
Égyptiens. 

Les  figurines  dont  nous  nous  occupons  montrent  le  défunt 
muni  d'instruments  d'agriculture,  tels  que  la  houe,  la  pioche 
et  le  sac  aux  semences.  Ce  sont  les  outils  dont  il  aura  tout 
d'abord  à  faire  usage  pour  cultiver  les  fertiles  campagnes  du 
Kar-neter  (l'Hadès  égyptien),  parmi  lesquelles  les  champs 
de  TAalu  occupent  le  premier  rang.  Ce  nom  d'Aalu*  rappelle 
trop  exactement  celui  de  VEly-sium  de  l'antiquité  classique, 
pour  qu'on  se  refuse  à  attribuer  une  communauté  d'origine 
à  l'un  et  à  l'autre  mythe.  Il  faut  convenir  cependant  que 
rien  ne  nous  autorise  à  penser  que  les  mythologies  grecque 
et  romaine  dérivent  directement  de  celle  de  l'Egypte. 

Revêtue  de  son  inscription,  la  statuette  était  regardée 
comme  une  espèce  de  talisman  dont  la  mystérieuse  vertu 
assurait  au  défunt  l'heureux  accomplissement  de  cette  phase 
de  la  vie  osiridienne.  Ainsi  s'explique  le  nombre  quelquefois 
considérable  de  ces  figures,  que,  dans  un  but  pieux,  la  famille 
prodiguait  à  l'intention  des  parents  décédés. 

Le  texte  inscrit  sur  ces  monuments  est  presque  constam- 
ment le  même.  Il  comprend  deux  formules  principales  indé- 

1.  De  ce  nombre  sont  les  scarabées,  les  hypocéphales,  etc.  Voir  Devéria, 
BhIL  de  la  ISociHè  des  Aniiq.  de  France,  1857^  p.  112;  J.  de  Horrack, 
Rec.  arch.  [2'  série],  1862,  p.  129. 

2.  Voir  pour  la  véritable  lecture  et  les  variantes  de  ce  nom,  mes 
Mélanges  ècjypiologiques  [V*  Série],  p.  104. 


DU   RITUEL  ÉGYPTIEN  233 

pendantes  Tune  de  Tautre.  La  première  se  compose  unique- 
ment du  mot  n  ?  Q^,  illuminer,  éclairer,  joint  au  nom  et  au 

titre  du  défunt,  assimilé  à  Osiris;  quelquefois,  mais  rare- 
ment, la  filiation  est  indiquée.  Le  sens  de  cette  formule  est: 
«  L'Osiris  un  tel  répand  la  clarté.  » 

Une  tradition  rapportée  par  Suidas  ^  nous  fait  bien  com- 
prendre l'intention  de  ces  paroles  ;  ce  lexicographe  raconte 
qu'après  avoir  été  embaumé  et  revêtu  des  vêtements  d'Osiris, 
le  corps  du  sage  Héraïscus  répandit  soudain  des  lueurs  mys- 
térieuses qui,  s'échappant  des  enveloppes,  témoignaient  de 
l'association  de  l'âme  du  défunt  avec  les  dieux.  Dans  les 
statuettes,  nous  retrouvons  effectivement  le  défunt  couvert 
des  vêtements  d'Osiris,  et  le  texte  de  la  légende  rappelle 
expressément  le  phénomène  lumineux  dont  parle  Suidas. 

La  seconde  formule  est  le  chapitre  VI  du  Rituel  funé- 
raire, quelquefois  entier,  mais  plus  souvent  abrégé  et  modifié. 
Sous  sa  rédaction  la  plus  complète,  ce  chapitre  est  fort  court; 
néanmoins,  la  traduction  en  présente  d'insurmontables  dif- 
ficultés. On  ne  peut  réussir  à  se  faire  une  idée  un  peu  correcte 
du  contenu  de  ce  chapitre  qu'à  l'aide  des  textes  abrégés, 
qu'on  doit  supposer  avoir  conservé  seulement  les  mentions 
essentielles. 

A  ce  point  de  vue,  j'ai  considéré  comme  fort  intéressante 
une  statuette  funéraire  du  Musée  de  Langres",  que  M.  le 
Conservateur  de  cet  établissement  a  bien  voulu  me  commu- 
niquer. Cette  statuette,  de  petite  dimension,  est  en  basalte 
noirâtre;  la  face  en  a  été  brisée,  mais  tout  le  reste  est  intact. 

Les  textes  gravés  sur  pierre  dure  offrent  plus  de  garantie 
de  correction  que  ceux  que  de  simples  potiers  moulaient  sur 
leurs  terres  cuites.  Quoique  la  gravure  de  la  légende  qui 
décore  la  statuette  de  Langres  soit  plutôt  hardie  que 
très   soignée,  les  hiéroglyphes  sont  d'un  bon  type  et  me 

1>  S.  voce  *IIpai9X0C. 

2.  Comprise  soas  le  n*4  du  Catalogue.  Elle  est  figurée  sur  la  planche  n*  1 . 


834  OBSERVATIONS   SUR  LE  CHAPITRE  VI 

paraissent  démontrer  que  ce  petit  monument  est  antérieur 
aux  Saïtes . 

Il  avait  été  consacré  à  une  femme  nommée  Han  ou  peut- 
être  Hanhan,  si  Ton  tient  compte  des  deux  segments,  signes 
de  réduplication.  Ce  nom  est  déterminé  par  l'oiseau  du  mal, 
parce  qu'il  correspond  à  un  mot  de  la  langue  égyptienne 
signifiant  tristesse,  douleur,  malheur  \  L'hébreu  a  une 
racine  analogue,  mit,  de  laquelle  dérive  aussi  un  nom  propre 

Une  inscription  entoure  le  corps,  comme  à  l'ordinaire;  elle 
se  compose  de  cinq  lignes  horizontales,  qui  se  lisent  de 
droite  à  gauche  et  se  terminent  par  une  sixième  ligne,  dis- 
posée verticalement  derrière  la  statue.  On  y  observe  les  deux 
formules  dont  j'ai  parlé.  Ainsi,  on  lit  à  la  première  ligne  : 
L'Ostris  maîtresse  de  maison  Han  répand  la  lumière.  A  la 
suite  de  cette  formule,  dont  nous  connaissons  à  présent  la 
signification,  sont  écrits  les  mots  :  Elle  dit,  qui  nous  montrent 
que  la  formule  suivante  (c'est-à-dire  le  chapitre  VI  du  Rituel) 
était  censée  prononcée  par  la  défunte  elle-même. 

La  traduction  de  Tinscription  n'offre  d'intérêt  que  parce 
qu'elle  suggère  quelques  observations  dont  les  égyptologues 
pourront  tirer  parti  pour  l'explication  de  certains  textes 
mystiques  qui  paraissaient  destinés  à  rester  à  l'état  d'indé-- 
chiffrables  énigmes.  L'étude  isolée  de  ces  sortes  de  textes 
est  une  impasse  et  dans  tous  les  cas  un  travail  presque 
stérile,  au  point  de  vue  philologique.  En  ce  qui  concerne 
spécialement  le  Rituel,  on  n'est  pas  même  d'accord  sur  le 
sens  du  titre  général  de  ce  recueil.  Pour  ma  part,  je  ne  doute 
pas  qu'il  ne  faille  renoncer  à  y  voir,  avec  ChampoUion,  les 
Chapitres  de  la  manifestation  à  la  lumière.  Je  n'adopte  pas 
non  plus  pas  les  vues  de  M.  Birch,  qui  croit  que  c'est  le  livre  de 
la  sortie  du  jour  (de  die).  J'exposerai  ailleurs  mon  opinion 
sur  ce  sujet  difficile;  mais,  dès  à  présent,  je  demande  à  M.  E. . 

1.  J'ai  expliqué  oe  mot,  Pap.  Maff.  Harris,  p.  47,  Gloss,,  n*  824. 


DU   RITUEL   ÉGYPTIEN  235 

de  Rougé  la  permission  de  combatre  ses  interprétations  des 
titres  spéciaux  de  plusieurs  chapitres\  Je  ne  crois  pas,  par 

n    f  I  fi     a  y^—y^    I  I 

exemple,  que  les  locutions  :  <=:>  et  vv  ®  ^ 


qui  reviennent  si  souvent  dans  le  Livre  des  Morts,  signifient 
avancer  dans  la  manifestation,  A  mon  avis,  il  faut  lire  tout 
simplement,  dans  le  premier  cas,  entrer  et  sortir,  et,  dans  le 
second,  entrer  après  sortir,  c'est-à-dire  après  être  sorti. 
Ces  formules  se  réfèrent  à  l'entrée  dans  l'Amen  thés  (l'Oc- 
cident) au  jour  du  trépas,  et  à  la  sortie,  avec  le  jour  nou- 
veau, à  l'exemple  du  soleil  levant.  Le  défunt,  pendant  sa 
vie  osiridienne,  s'associait  ainsi  au  cours  du  soleil,  symbole 
quotidien  de  mort  et  de  renaissance.  Les  mêmes  paroles 
peuvent  aussi  avoir  quelque  corrélation  avec  la  liberté 
absolue  de  mouvements  qui  formait  la  condition  essentielle 
du  retour  à  la  vie  et  du  bonheur  des  mânes.  Si  mes  vues 
sont  justes,  elles  entraîneront  une  modification  notable  du 
sens  attribué  aux  titres  d'une  dizaine  de  chapitres,  et  par 
conséquent  à  la  valeur  mystique  de  ces  mômes  chapitres. 
Dans  l'explication  de  plusieurs  autres,  le  savant  académicien 

adopte  pour  le  groupe  Y  J  ^^,  uba,  le  sens  quitter,  éviter. 

Je  regarde  comme  beaucoup  plus  probable  que  ce  mot  veut 
dire  :  se  diriger  vers,  arriver  à.  Il  est,  en  effet,  le  plus  sou- 
vent combiné,  au  Rituel,  avec  le  groupe  qui  désigne  le  ciel 
inférieur,  le  lieu  où  s'accomplissaient  les  évolutions  de  la  vie 
d'outre-tombe,  et  que  les  défunts  ne  devaient  certainement 
pas  éviter.  Je  suis  heureux  de  me  rencontrer,  sous  ce  rapport, 
en  conformité  de  vues  avec  un  nouvel  égyptologue  anglais, 
M.  Lepage-Renouf ',  dont  les  premiers  essais  portent  le 
caractère  d'une  connaissance  parfaite  du  mécanisme  des 
hiéroglyphes,  et  ce  qui  est  mieux  encore,  d'une  méthode 
logique  et  serrée.  Ces  vues  concordent,  du  reste,  avec  le 

1.  Études  sur  le  Rituel  funéraire,  Rec.  Arch.  [2*Sôrie],  1862. 

2.  A  prat/er  from  ihe  Ritual^  Dublin,  1862,  p.  9. 


236  OBSERVATIONS   SUR  LE  CHAPITRE   VI 

développement  naturel  de  celles  qu'a  exposées  M.  de  Rougé 
lui-même  à  propos  de  la  préposition  uba'. 

Ainsi  qu'il  Ta  très  bien  compris,  M.  Goodwin*,  l'un  des 
maîtres  de  la  science,  dont  les  travaux  et  surtout  les  prin- 
cipes ne  sont  pas  encore  suffisamment  compris,  il  faut  cher- 
cher les  secrets  de  la  langue  égyptienne  dans  les  documents 
de  style  familier  que  nous  possédons  heureusement  en  assez 
grand  nombre,  puis  reporter  sur  les  textes  mystiques  les 
lumières  que  ces  recherches  auront  fait  jaillir.  Il  a  déjà  été 
obtenu  de  grands  résultats  dans  cette  voie  :  la  découverte 
de  nouvelles  formes  négatives  et  interrogatives,  l'explication 
claire  de  particules  difficiles  et  de  formules  embarrassantes 
a  déjà  facilité  la  tâche  \  mais  il  ne  faut  pas  s'arrêter  en 
chemin. 

Avant  d'aborder  l'exposition  de  mes  vues  sur  le  cha- 
pitre VI  du  Rituel,  j'avais  besoin  de  faire  connaître  les 
difficultés  particulières  du  sujet  en  général,  et  l'incertitude 
qui  règne  encore  en  ce  qui  concerne  la  nature  intime  des 
écrits  variés  dont  se  compose  le  Livre  des  Morts.  On  n'atten- 
dra donc  pas  de  mes  recherches  un  succès  définitif,  car  je 
n'ai  pas  la  prétention  de  réussir  où  tant  d'autres  ont  échoué  ; 
mais  la  victoire  couronnera  tôt  ou  tard  nos  efforts  collectifs 
et  sera  le  résultat  d'un  ensemble  d'observations  partielles, 
telles  que  celles  que  j'ai  en  vue  dans  ce  petit  travail. 

Le  chapitre  VI  du  Rituel  porte  au  Todtenbuch  et  dans 
d'autres  manuscrits  le  titre  suivant  : 


1.  Étude  sur  une  Stèle  égyptienne^  p.  80. 

2.  Voyez  :  Sur  les  Papyrus  hiératiques^  premier  article,  Reçue  arch., 
[2*  Série],  1860,  p.  223  [p.  69  du  présent  volume]. 

3.  Ces  récentes  conquêtes  de  la  science,  dont  la  plus  forte  partie  est 
Tœuvre  de  M.  Goodwin,  sont  exposées  dans  mon  ouvrage  intitulé  : 
Mélanges  égyptologiques  [1"  Série],  Chalon-sur-Saône,  Dejussieu,  1862. — 
M.  Lepage-Renouf  en  a  fait  d* heureuses  applications  à  plusieurs  textes 
du  Rituel  :  On  some  negatiec  particles,  etc.,  Dublin,  1862. 


DU   RITUEL   ÉGYPTIEN  237 

ro         en    rta      iri        U8*abti  ka-u  em       kar-neier 

Chapitre   de   faire   faire   les  us'abti   les  travaux   dans  le  Kar-Neter, 

c'est-à-dire  :  Chapitre  de  faire  qae  les  ushabti  fassent  les  travaux  dans  THadès. 

M.  de  Rouge  a  traduit  :  défaire  des  figurines  (pour  les 
travaux  f)  dans  Ker-Neter.  Mais  le  titre  du  chapitre  V  : 
Chapitre  défaire  que  V  homme  ne  fasse  pas  les  travaux 
dans  le  Kar-Neter ,  montre  par  son  arrangement  gramma- 
tical que  la  construction  admise  par  M.  de  Rougé  ne  rend 
pas  bien  l'intention  de  la  phrase. 

Le  nom  d'us'ABTi  désigne  les  statuettes  de  l'espèce  de 
celle  qui  nous  occupe  et  se  réfère  directement  à  l'état  d'être 
que  ces  petits  monuments  caractérisent,  c'est-à-dire  au  der- 
nier appareil  mystique  que  le  défunt  devait  revêtir  avant 
d'être  rendu  à  l'activité  de  la  vie.  Sa  forme  la  plus  ordinaire 

est  ^    n       y  us'abti  ;  mais  il  existe  un  grand  nombre  de 

variantes,  parmi  lesquelles  je  citerai  seulement  : 

T»T»T Ç\  J    ,s'uABTi(Sharpe,£'5r.//iscr.,2*series,pl.65). 
î^'^  Joi  s'ABT(t6trf.,  1>^  séries,  pi.  102,  A), 

^  J\\î'  ^'^^^  ^^^^^''  ®°  ^^' 

J  Ç^'  ^'"^^^  (Statuette  de  Langres). 

Ces  variantes  viennent  à  l'appui  d'observations  déjà  faites 
sur  la  suppression  facultative  des  voyelles  initiales  et  sur  le 
déplacement  de  certains  signes  dans  le  corps  des  groupes. 

Elles  montrent  aussi  que,  malgré  remploi  ordinairement 
spécial  de  quelques  signes  voyelles,  ces  signes  peuvent  néan- 
moins s'échanger  avecd'autres  ayant  une  spécialité  différente, 
en  sorte  qu'il  est  vrai  de  dire  qu'à  l'exemple  des  aspirées 
sémitiques,  les  signes  voyelles  égyptiens  peuvent  admettre 
toute  la  gamme  des  sons  voyelles.  En  considérant  la  forme 
du  mot  égyptien  et  son  emploi,  on  peut  être  conduit  à  le 
rapprocher  du  thème  radical  de  ojeàT,  ige^e,  ^gi&T,  ogoÀe, 
I9C0&T,  etc.,  mutare,  commutare. 


238  OBSERVATIONS   SUR   LE  CHAPITRE  VI 

Selon  moi,  la  véritable  intention  du  chapitre  est  de  mettre 
le  défunt  parvenu  à  Tétat  à!Ushabti,  en  mesure  de  faire, 
dans  le  Kar-Neter,  les  travaux  que  les  mânes  avaient  à 
exécuter  à  ce  moment  de  leur  existence  nouvelle.  Je  ne  par- 
tage pas  Thésitation  de  M.  de  Rougé  qui,  dans  sa  traduc- 
tion, marque  le  mot  travaux  d'un  signe  de  doute. 

Le  groupe  ^  =^^  kau,  donné  par  le  Todtenbuch  et  par 
un  grand  nombre  d'autres  textes,  apparaît  tout  aussi  fré- 
quemment sous  la  forme  ^  ^  comme,  par  exemple,  sur  la 
statuette  de  Langres.  On  trouve  même  sans  déterminatif 
'-^  I.  Il  signifie  travaux,  ouvrages,  affaires,  et  n'a  rien  de 

spécial  aux  travaux  de  construction,  quel  qu  en  soit  du  reste 
le  déterminatif.  Je  citerai  les  phrases  suivantes  qui  carac- 
térisent bien  quelques-unes  de  ces  nuances  principales  : 

L'abeille  vit  de  son  travail^ ;  tu  ne  feras  aucun  travail  ce 
jour-là";  les  occupations  de  la  déesse  Safkh*  (la  déesse  de 
l'intelligence);  les  actes  ^^  l'homme  courageux*,  etc. 

En  se  pénétrant  bien  de  cette  valeur,  on  n  éprouvera 

^  BEN  KAU, 

,  AA/VV>A  Ckl    I     I     1 

nulle  chose,  rten,  qui  se  rencontre  dans  le  poème  de  Pentaour, 
où  elle  n'a  pas  été  comprise.  C'est  au  passage  où  Ramsès 
exalte  les  puissants  effets  de  la  protection  d'Ammon*  : 

1.  Pap.  Sallier  II,  pi.  5,  lîg.  5. 

2.  Pap.  Sallier  IV,  pi.  5,  lig.  3. 

3.  Pap.  Anastasi  I,  pi.  1,  lig.  2. 

4.  Ibid.,  pi.  26,  lig.  8. 

5.  Pap.  Sallier  III,  pi.  3,  lig.  4,  5.  —  Le  texte  de  Karnak  (Brugsch, 

Recueil  de  Monuni,,  t.  1,  pi.  29, 1.  1)  donne  la  variante    J     ^  g]\,  qui 

montre  une  fois  de  plus  1  usage  facultatif  des  déterminatifs.  M.  Devéria 
(Rec.  arch.f  1862)  a  bien  expliqué  la  notation  hiéroglyphique  des  mil- 
lions et  des  centaines  de  mille,  mais  il  ne  connaissait  pas  cet  exemple 

qui  lui  aurait  fourni  la  valeur  phonétique  g         O^^^sia-  Hafennu, 

des  centaines  de  mille. 


DU    RITUEL   ÉGYPTIEN  239 

«  J'ai  trouvé  qu'Ammon  m'a  été  plus  utile  que  des  millions 
»  de  fantassins,  que  des  centaines  de  mille  de  cavaliers,  que 
»  des  dizaine  de  mille  de  jeunes  héros,  fussent-ils  réunis 
»  ensemble.  » 

Après  cette  tirade,  le  roi  ajoute  comme  résumé  de  sa 

pensée  :   J    ^  ^m        0^  ^-^-^  des  hommes  nom- 

breux  ne  sont  rien. 

Les  statuettes  funéraires  ne  reproduisent  jamais  le  titre  du 
chapitre  VI;  il  était  toutefois  nécessaire  de  l'expliquer, 
avant  de  passer  à  l'analyse  du  chapitre  lui-même.  Grâce 
aux  vues  que  ce  titre  nous  a  suggérées,  nous  savons  par 
avance  que  nous  allons  rencontrer  des  formules  qu'on 
croyait  posséder  une  vertu  particulière  pour  rendre  les 
mânes  capables  d'exécuter  les  travaux  de  l'Elysée. 

Voici  le  texte  abrégé,  mais  simple  et  bien  lié  dans  toutes 
les  parties,  que  nous  fournit  la  statuette  de  Langres  : 


A!         8'tib         apen      ar  ap-tu osiri  ncà-t-pa     han    er  iri't  ka-t-u 
O       ushebti       ces!      est  apte  osiris   dame       Han  pour  faire  travaux 


neb-t em kar-neter    er     srut      ...  er  smehi  u(t)bu 

tous  dans  kar-neter  pour  fertiliser  les  campagnes,  pour  inonder    les  ruisseaux , 


Y  i  ^  ~-li^f  ^  ^  tr  â  ^  T- 

cr     h' en       s* a       en     abt     er    amen-t     Vea       iri-a  mak      neb-t, 
pour  conduire  sable    d'   Orient  en  Occident  tour  à  tour.  Je  fais  soin    tout. 

Je  ne  connais  encore  aucune  forme  impérative  bien  cons- 
tatée, commençant  par  l'auxiliaire     1    ,  et  correspondant 

au  copte  «.pi,  fac;  mais  je  ne  voudrais  pas  affirmer  que  cette 
forme  est  étrangère  à  la  langue  antique. 

La  tournure  impérative  conviendrait  peut-être  mieux  à  la 
formule  du  chapitre  que  le  sens  simplement  affirmatif. 
Quoi  qu'il  en  soit  de  ce  détail  grammatical,  il  est  évident  que 


240  OBSERVATIONS   SUR  LE  CHAPITRE  VI 

le  texte  traduit  est,  comme  nous  nous  y  attendions,  une 
formule  destinée  à  favoriser  mystérieusement  le  défunt  dans 
l'accomplissement  des  devoirs  spéciaux  à  sa  transformation 
en  usABTi.  C'est  bien  de  travaux  agricoles  qu'il  s'agit  :  il 
faut  rendre  fertiles  les  campagnes,  organiser  l'irrigation  et, 
sauf  erreur  d'interprétation,  se  débarrasser  des  sables  enva- 
hissants. Ces  travaux  expliquent  bien  Temploi  des  instru- 
ments de  culture  que  les  statuettes  tiennent  ordinairement 
dans  les  mains.  On  en  voit  la  représentation  sur  le  tableau 
qui  accompagne  le  chapitre  CX  du  Rituel;  là,  le  défunt 
laboure,  sème,  moissonne,  bat  les  grains,  etc.,  et  il  est  aussi 
représenté  conduisant  une  barque  sur  laquelle  sont  placées 
trois  tables  d  offrandes. 

Au  lieu  du  groupe       ,   la  plupart  des  statuettes  ont 

{|  _  ^  y>  AP-TU,  participe  du  verbe  (  ,  copte  ton,  corn- 
putare,  existimare,  dinumerare ;  quelquefois  l'un  et  l'autre 
mot  sont  répétés  dans  la  formule,  de  manière  à  donner  une 
plus  grande  énergie  à  l'expression.  Le  signe  de  Venvelop- 
pement,  deVaggrégation,  des  comptes  Q,  peut  admettre  les 
valeurs  phonétiques  de  tous  les  mots  qu'il  détermine  ordi- 
nairement, et  je  n'ai  aucun  moyen  de  distinguer  celle  qui 
lui  appartient  réellement  ici  ;  mais  cette  indécision  sur  le  son 
n'en  est  pas  une  pour  le  sens,  qui  est  :  examiné,  vérifié, 
reconnu  apte,  capable.  Un  sujet  de  quelque  embarras,  c'est 

la  phrase  relative  au  transport  des  sables.  Le  mot o  s'a, 

III 
copte  510),  signifie  bien  sable;  mais  il  existe  un  groupe  de 

forme  très  rapprochée         un    .  s'ai  ' ,  qui  répond  aux  idées 

mets  préparé,  aliment.  L'échange  de  ces  deux  groupes  n'est 
pas  sans  exemple,  et  la  forme  s' ai  se  rencontre  précisément 
dans  un  texte  du  chapitre  VI  du  Rituel,  au  passage  qui  nous 
occupe';  aussi  avais-je  adopté  le  sens  aliment  dans  un  essai 

1.  J*ai  expliqué  oe  mot:  Mélanges  égyptologiques  [l'*  Série],  p.  77. 

2.  Rituel  hiératique  de  nsa-hor-phra,  Descript.  de  TÉgypte. 


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DU   RITUEL   ÉGYPTIEN  241 

de  traduction  de  ce  même  texte  \  Je  crois  qu'il  n'est  guère 
possible  de  persister  dans  cette  interprétation,  à  cause  du 

voisinage  du  mot  T   1|      ]  ,  ubu,  qui  se  trouve  fréquemment 

combiné  avec  le  mot  sable.  La  formule  ^^*  I    <ir> o 

OZ-^  I    I    I  I    III  I     I     I   I 

I ,  As'u  su-T  ER  s'a  EN  UBU,  signifie  :  ils  étaient  plus 

nombreux  que  le  sable  des  ruisseaux,  et  non  :  ils  abon- 
daient en  provisions  de  bouche,  comme  on  l'avait  pensé  et 
comme  je  l'avais  traduit  moi-même*.  Un  texte  hiératique 
nous  montre  que  les  ubu  fournissaient  aux  Égyptiens  les 
énormes  masses  de  sable  nécessaires  à  l'érection  de  leurs 
monolithes.  Le  mot  rappelle  bien  le  copte  Ao,  rivulus. 

Trouvons-nous,  dans  le  chapitre  VI  du  Rituel,  une  allu- 
sion aux  efforts  que  l'agriculteur  égyptien  avait  à  faire  pour 
combattre  cette  marche  inexorable  du  sable  des  déserts  qui 
bordent  étroitement  la  vallée  du  Nil?  C'est  assez  vraisem- 
blable. Les  UBU  représentent  peut-être  les  courants  de  sable, 
et  le  travail  qui  consistait  à  rétablir  l'irrigation  des  endroits 
que  ces  courants  avaient  recouverts  et  desséchés  pouvait 
bien  mériter  la  mention  spéciale  que  nous  rencontrons  ici. 

Quoique  je  ne  connaisse  aucune  rédaction  abrégée  du  cha- 
pitre VI,  d'un  type  aussi  correct  que  celui  de  la  statuette  de 
Langres,  néanmoins  ces  textes  abrégés  ne  sont  pas  rares.  On 
en  trouvera  deux  spécimens  dans  la  planche  102  des  Inscrip- 
tions égyptiennes  de  Sharpe,  1"  série  (A  et  C).  Au  même 
endroit,  en  B,  la  formule  abrégée  est  remarquable  en  ce 
qu'elle  précède  quelques-unes  des  additions  qui  se  ren- 
contrent dans  les  rédactions  complètes,  et  qu'elle  offre  un 
déplacement  des  phrases.  On  y  lit:  O  vous  Shabti!  VOsiris 
Piaï  a  été  examiné  et  reconnu  capable  dans  le  Kar-Neter 
pour  transporter  les  sables  d'Orient  en  Occident,  pour  fer- 
tiliser les  campagnes,  pour  inonder  les  ruisseaux,  etc.  Ici, 


1.  Papyrus  magique  Harris,  p.  13. 

2.  Inscription  d'Ibsamboul,  Rec.  arch.  [1"  série],  t.  XV,  p.  723  et  727. 

BiBL.   ÉGYPT..   T.  X.  16 


242  OBSERVATIONS   SUR   LE  CHAPITRE   VI 

la  mention  relative  au  transport  du  sable  précède  celle  des 
travaux  de  culture. 

Nous  reconnaissons  ainsi  que  l'ordre  des  membres  de 
phrase  n'est  pas  constant;  cette  mobilité  se  remarque  bien 
davantage  dans  les  textes  plus  complets. 

Pour  mettre  nos  lecteurs  à  même  de  faire  quelques  com- 
paraisons, nous  publions  sur  la  planche  dont  ce  mémoire  est 
accompagné  : 

1°  Le  texte  fourni  par  le  Todtenbuch  (Rituel  de  Turin)  ; 

2^  Celui  d'une  très  belle  statuette,  en  grès  fin,  très  fine- 
ment gravée,  appartenant  à  M.  Changarnier,  de  Beaune.  Ce 
petit  monument  est  figuré  sur  la  planche  en  B; 

3®  Le  texte  d'une  statuette  en  bois  de  sycomore,  de  la 
collection  Majora 

4^  Celui  d'une  statuette  de  la  collection  du  docteur  Lee,  à 
HartwelP. 

Maintenant  nous  allons  examiner  successivement  les  for- 
mules interpolées  dont  l'addition  constitue  la  forme  complète 
du  chapitre. 

La  première  et  la  plus  importante  occupe  la  fin  du  texte 
publié  sur  notre  planche,  n®  3,  à  partir  de  la  moitié  de 
l'avant-dernière  ligne.  Nous  citons  cet  exemple  à  dessein, 
car  il  nous  montre  la  formule  additionnelle  dans  une  situa- 
tion indépendante,  à  la  suite  de  celles  que  nous  a  fait  con- 
naître la  statuette  de  Langres.  En  complétant  le  groupe 
final,  ce  qui  ne  donne  lieu  à  aucune  diflSculté,  on  y  lira  : 
Voilà  que  f  ai  abattu  les  maux,  là,  en  homme  en  ses  facultés. 
Ceci  est  mis  en  la  bouche  du  personnage  qui  prononce  le 
chapitre. 

L'expression  <z>  <:=>  i  i  i ,  er  ker-tu-ef,  me  semble  dési- 
gner les  attributions,  les  fonctions  normales  de  l'homme 

1.  Publiée  par  Sharpe,  EgypL  Inscript.  \V*  série],  pi.  102  C. 

2.  Ibid.,  2*  série,  pi.  65  Adroite.  Ces  deux  textes  présentent  quelques 
fautes  qui  paraissent  être  le  fait  du  copiste. 


DU   RITUEL   ÉGYPTIEN  243 

réacquises  par  le  défunt.  Dans  un  autre  texte,  elle  paraît  se 
référer  aux  devoirs,  aux  fonctions  des  chefs  militaires  \  On 
trouve  aussi  :  to  er  ker-t  ef',  la  terre,  en  ce  qu'elle  com- 
prend, en  son  ensemble.  Au  surplus,  cette  expression  n'est 
pas  forcément  inhérente  à  la  formule  de  la  victoire  sur  les 
maux,  car  le  texte  do  la  statuette  Lee'  la  place  immédiate- 
ment après  la  mention  des  travaux  à  exécuter  dans  le  Kar- 
Neter.  Dans  Tun  et  l'autre  cas,  le  sens  que  j'attribue  à  cette 
locution  peut  également  convenir. 

Une  seconde  formule  interpolée  (voir  le  texte  du  Todten- 
buch)  se  lit  :  makeua  ka-ten  sapten;  elle  est  répétée  à  la 
fin  du  chapitre  et  paraît  correspondre  à  la  dernière  phrase 
du  texte  de  la  statuette  de  Langres  :  J^ exerce  tout  soin.  Je 
suis  tenté  de  croire  qu'ici  le  défunt  lui-même  exprime  l'idée 
qu'il  donne  ses  soins,  son  attention  aux  travaux  ;  mais  le  mot 
MAK  s'entend  aussi  des  soins  que  la  divinité  était  censée 
prendre  des  humains,  et  il  serait  possible  que  ces  mots 
embarrassants  fussent  regardés  comme  un  acquiescement 
de  la  statuette  interpellée. 

Il  est  à  remarquer  que  le  texte  de  la  statuette  Changarnier 
met  au  singulier  Tun  des  pronoms  pluriels  du  Todtenbuch; 
on  y  lit  :  makeua  ka-k  saptu-ten,  ce  qui  est  loin  d'amoin- 
drir la  difficulté.  Enfin,  le  Todtenbuch,  de  même  que  tous 
les  textes  complets,  ajoute  encore  :  er  nu  neb  iri-t  am, 
pour  tout  temps  à  passer  là  (litt.  à  faire).  Ces  mots,  comme 
les  autres  additions,  occupent  aussi  des  positions  variables 
sur  différents  monuments. 

On  voit  quels  obstacles  compliqués  présente  l'interpréta- 
tion de  ces  textes  bizarres.  A  ce  propos,  il  faut  se  rappeler 
qu'il  s'agit  de  formules  mystiques  auxquelles  une  vertu  puis- 


1.  Denkin.j  III,  32,  13.  Comparez  aussi  Todtenbuch^  ch.  lxiv,  iig.  11. 

2.  Voyez  mon  Hymne  à  Osirls  (Rev.  arch.,  1"  série,  t.  XIV,  pi.  30, 
Iig.  19). 

3.  Voir  la  planche  ci-jointe,  n'  4. 


244  OBSERVATIONS  SUR  LE  CHAPITRE   VI 

santé  était  attribuée.  Ainsi  que  je  l'ai  expliqué  ailleurs,  les 
conjurations  magiques  ont  puisé  leur  origine  dans  la  science 
sacrée  de  l'Egypte;  les  premiers  magiciens  n'ont  eu  qu'à 
employer  pour  les  vivants  les  méthodes  de  conjuration  que 
les  prêtres  enseignaient  pour  défendre  les  morts  contre  les 
innombrables  ennemis  qui  menacent  la  vie  d'outre-tombe, 
au  dire  des  textes  funéraires.  Que  des  formules  de  cette 
espèce  nous  présentent  des  phrases  décousues,  incohérentes, 
nous  n'avons  guère  le  droit  de  nous  en  étonner;  nous  devons, 
au  contraire  nous  v  attendre,  afin  de  nous  défier  de  ces  textes 
obscurs  qui  pourraient  nous  égarer.  Si  mes  idées,  sous  ce 
rapport,  sont  partagées,  j'aurai  atteint  le  but  principal  que 
j'avais  en  vue  dans  cette  étude. 

Pour  terminer,  je  donne  une  traduction  suivie  des  cinq 
textes  qui  m'ont  principalement  servi  dans  mon  travail. 
Cette  traduction,  pour  les  trois  premiers,  ne  laisse  place 
qu'aux  doutes  par  moi  exposés;  mais  celle  des  deux  der- 
niers, qui  regarde  des  rédactions  complètes,  est  conjecturale 
sur  plusieurs  autres  points. 

STATUETITE   DU    MUSÉE   DE   LANGRES 

L'Osiris,  maîtresse  de  maison,  Han,  répand  la  clarté;  elle 
dit  :  «  0  vous,  Ushabti!  l'Osiris,  maîtresse  de  maison,  Han, 
est  capable  de  faire  tous  les  travaux  dans  le  Kar-Neter,  de 
fertiliser  les  campagnes,  d'inonder  les  ruisseaux,  de  conduire 
les  sables  d'Orient  en  Occident,  tour  à  tour.  J'exerce  tout 
soin.  » 

STATUETTE   DU    DOCTEUR    LEE   (PI.  II,  ï[9  A) 

Le  quatrième  prophète  d'Ammon,  Ka-en-Amen,  répand 
la  clarté.  Il  dit  :  «  0  vous,  Ushabti  !  je  suis  capable  pour  les 
travaux  à  faire  dans  le  Kar-Neter,  par  l'homme  en  ses 
facultés.  Voilà  qu'il  a  abattu  le  mal,  là;  pour  transporter  les 
sables  d'Orient  en  Occident.  Moi,  j'exerce  le  soin;  oui,  toi  1 
en  tout  temps.  » 


DU   RITUEL   ÉGYPTIEN  245 

STATUETTE   DE   LA   COLLECTION   MAJOR   (PI.  II,  H®  3) 

L'Osiris  Piai  répand  la  clarté;  il  dit  :  «  L'Osiris  Piaï,  jus- 
tifié, est  appelé;  il  est  capable,  pour  faire  tous  les  travaux 
à  faire  dans  le  Kar-Neter,  fertiliser  les  campagnes,  pour 
inonder  les  ruisseaux,  transporter  les  sables  à  TOrient  et 
à  l'Occident.  J'ai  abattu  les  maux,  là,  en  homme  en  ses 
facultés.  » 

RITUEL  DE  TURIN,   chap.   VII    (PI.    II,    ïi^   1) 

L'Osiris  Aufonkhdit  :  «  0  vous,Ushabti  !  L'Osiris  Aufonkh, 
celui-ci,  est  capable  pour  tous  les  travaux  à  faire  dans  le 
Kar-Neter  ;  y  ayant  abattu  le  mal  en  homme  ayant  ses  attri- 
butions; j'exerce  le  soin;  oui,  vous!  éprouvez-moi  en  tout 
temps  à  passer  là;  pour  fertiliser  les  campagnes,  pour  inonder 
les  ruisseaux,  conduire  les  sables  d'Occident  en  Orient,  tour  à 
tour.  J'exerce  le  soin;  oui,  vous!  L'Osiris  Aufonkh,  justifié.  » 

STATUETTE   DE  M.    CHANGARNIER  (PI.  I,  n<>  2  ;  pi.  1 1 ,  H^  2) 

L'Osiris,  intendant  du  magasin  royal,  Hoririata,  répand 
la  clarté.  Il  dit  :  «  0  vous,  Ushabti  1  L'Osiris,  intendant  du 
magasin  royal,  Hoririata,  justifié,  est  capable  de  faire  tout 
travail  dans  le  Kar-Neter.  Voilà  qu'il  y  a  abattu  les  maux, 
en  homme  ayant  ses  attributions.  J'exerce  le  soin,  oui,  toi  ! 
éprouvez-(moi)  pour  tout  temps  à  passer  là;  pour  fertiliser 
la  campagne,  pour  inonder  les  ruisseaux,  pour  transporter 
les  sables  de  l'Occident  à  l'Orient,  tour  à  tour.  J'exerce  le 
soin;  oui,  toi  !  » 

Je  ne  me  flatte  pas  de  posséder  une  idée  un  peu  nette  de 
l'intention  attachée  aux  interpolations  qui,  dans  les  deux 
derniers  textes,  coupent  et  embarrassent  la  formule  pri- 
mitive. On  pourrait  faire  de  -^s^  v    ^  autre  chose  qu'un 


246  OBSERVATIONS   SUR  LE  CHAPITRE  VI 

verbe  à  la  première  personne,  malgré  rautorité  du  texte  de 
la  statuette  de  Langres;  on  pourrait  voir  dans  '^  Sa  ^^  verbe 
exprimant  un  acte  de  la  parole,  bien  que  ce  groupe  soit  le 
dernier  mot  dans  le  texte  du  Rituel  et  dans  celui  de  la  sta- 
tuette Changarnier  ;  mais  ces  valeurs  ne  rendraient  pas  les 
phrases  plus  intelligibles.  Dans  les  incantations  mystiques 
ou  magiques,  la  clarté  n'a  jamais  été  Tune  des  conditions  du 
succès;  tout  au  contraire,  un  langage  obscur  et  ampoulé 
déterminait  une  impression  plus  profonde  et  en  imposait 
bien  mieux  au  vulgaire.  D'un  autre  côté,  le  respect  des  formes 
traditionnelles  a  consacré  une  foule  d'erreurs  commises  par 
des  copistes  inhabiles.  C'est  pour  ce  motif  que,  de  crainte 
de  ne  pas  rencontrer  la  formule  exacte  à  laquelle  le  pouvoir 
mystérieux  revenait  de  droit,  les  scribes  se  firent  un  devoir 
de  reproduire  les  variantes  les  plus  usitées,  alors  môme  que 
quelques-unes  d'entre  elles  forment  de  grossiers  non-sens. 
Ce  fait  est  bien  connu;  j'en  citerai  cependant  un  exemple 
qui  rentre  un  peu  dans  mon  sujet. 

Si  le  chapitre  VI  du  Rituel  a  pour  objet  de  mettre  les 
mânes  parvenus  à  l'état  d'Ushabti,  en  mesure  d'exécuter 
les  travaux  agricoles  dans  le  Kar-Neter,  le  chapitre  V,  au 
contraire,  fournit,  ainsi  que  l'explique  clairement  son  titre, 
le  moyen  d'empêcher  que  V homme  ne  fasse  des  travaux 
dans  le  même  lieu.  Remarquons  en  passant  que  l'expression 
V homme  s'applique  bien  au  défunt;  c'est  ainsi  qu'il  est 
désigné  dans  tous  les  chapitres  ayant  pour  objet  de  lui  res- 
tituer le  cœur,  la  bouche,  etc.,  ou  de  le  sauver  de  quelque 
péril.  Il  n'était  donc  pas  bon  qu'à  toute  époque  de  sa  vie 
d'outre-tombe,  le  défunt  fût  astreint  aux  travaux.  Quoi  qu'il 
en  soit,  le  chapitre  V  ne  comprend  qu'une  simple  formule 
de  conjuration,  dont  voici  la  traduction  :  Moi,  je  suis  Vinves- 
tifjateur  de  Vâme  défaillante,  apparaissant  à  mon  heure^ 
me  repaissant  d'entrailles  de  singe.  Un  scribe  inattentif, 
ayant  mal  transcrit  le  mot  aani,  qui  signifie  singe,  en  a  fait 
par  mégarde  le  verbe  aannu,  revenir,  retourner,  et  cette 


DU   RITUEL   ÉGYPTIEN  247 

grossière  erreur,  qui  introduit  dans  la  phrase  un  mot  incon- 
ciliable avec  son  antécédent  entrailles,  a  été  respectée  par 
des  copistes  postérieurs.  On  la  remarque  notamment  au 
Todtenbuch  et  au  Rituel  hiéroglyphique  à  vignettes  enlumi- 
nées du  Musée  de  Leyde^  où  elle  est  annoncée  par  le  groupe 
Ki-TOT,  aliàs. 

Chalon-sur-Sadne,  15  février  1863. 


\ 


STATUETTES  ÉGYPTIENNES 

u  Musée  de  langre»,  vut  de  piofil.  —  \  !■.  -  la  mi 
cabincl  de  M.  Cliingiriiiei  Je  Bcaune. 


RECHERCHES 


SUR   LE 


NOM  ÉGYPTIEN  DE  THÈBES' 

AVEC  QUELQUES   OBSERVATIONS  SUR   l'aLPHABET  SÉMITICO-ÉGYPTIEN 
ET  SUR  LES  SINGULARITÉS  ORTHOGRAPHIQUES ' 


AVERTISSEMENT    PRÉLIMINAIRE 

A  l'occasion  de  mon  dernier  écrit  sur  les  Inscriptions  des  Mines 
d'or,  j'ai  été  signalé  comme  ayant  eu  le  tort  considérable  de  passer 
sous  silence  une  traduction  de  l'inscription  de  Kouban,  antérieu- 
rement publiée  par  M.  le  docteur  H.  Brugsch,  de  Berlin. 

C'est  sans  doute  un  tort  considérable  que  celui  de  ne  point 
connaître  à  fond  tous  les  ouvrages  d'un  égyptologue  aussi  dis- 
tingué; mais,  lorsqu'on  habite  une  petite  ville,  privée  de  toutes 
ressources  au  regard  de  l'étude  des  hiéroglyphes,  on  ne  peut 
connaître  un  écrit  quelconque  relatif  à  cette  étude  et  à  celle  des 
langues  orientales  en  général  qu'à  la  condition  de  le  posséder  soi- 

1.  L'exemplaire  qui  a  servi  à  la  réimpression  avait  appartenu  à 
M.  Branet  de  Presles,  qui  y  avait  intercalé  quelques  notes  au  courant 
de  la  lecture.  J'ai  pensé  qu'il  serait  utile  de  reproduire  deux  de  ces  notes, 
qui  renfermaient  des  renseignements  nouveaux  à  l'époque  où  le  mémoire 
de  Chabas  parut.  —  G.  M. 

2.  Mémoire  publié  séparément  en  1863  à  Chalon-sur-Saône,  chez 
Dejussieu,  imprimeur,  rue  des  Tonneliers,  5;  à  Paris,  chez  Benjamin 
Duprat,  Libraire  de  l'Institut,  rue  du  Cloltre-Saint-Benoît^  7,  et  à  la 
Librairie  A.  Franck,  Alb.  L.  Hérold,  successeur,  67,  rue  de  Richelieu, 
in- 8*,  x-44  pages.  —  G.  M . 


250   RECHERCHES  SUR  LE  NOM  ÉGYPTIEN  DE  THÈBES 

même,  c  est-à-dire  de  le  payer,  lorsqu'il  ne  s'agit  pas  de  mémoires 
dont  les  auteurs  distribuent  des  tirages  séparés. 

Cherchant,  dans  l'analyse  des  textes  originaux,  les  secrets  de  la 
langue  égyptienne,  sans  me  préoccuper  des  voies  suivies  par 
d'autres,  j'ai  concentré  mes  efforts  sur  les  publications  qui  con- 
tiennent des  fac-similés  de  ces  textes  précieux,  mine  féconde  encore 
si  peu  entamée.  Quant  aux  ouvrages  dispendieux  d'une  autre 
espèce,  j'accorde  sans  difficulté  à  ceux  de  mes  confrères  en  égypto- 
logie  qui  auront  la  conscience  d'avoir,  plus  que  moi,  fait  pour  la 
science  des  sacrifices  considérables  d'argent  et  de  travail  désinté- 
ressé, le  droit  de  s'étonner  des  énormes  lacunes  que  présente  encore 
aujourd'hui  ma  modeste  bibliothèque  :  ils  n'y  trouveront  ni  les 
ouvrages  de  Champollion,  ni  ceux  de  M.  Lepsius,  sauf  le  Kônigs- 
buch;  rien  de  MM.  de  Bunsen,  Wilkinson,  ni  de  tant  d'autres, 
sans  reparler  de  M.  Brugsch  lui-mèmeV 

Ainsi  privé  de  moyens  d'étude,  dont  je  suis  le  premier  à  recon- 
naître la  haute  valeur,  je  reste  exposé  à  des  redites,  à  des  contra- 
dictions, à  des  erreurs.  C'est  une  conséquence  inévitable  d'une 
situation  dont  je  ne  puis  encore  prévoir  la  fin  et  pour  laquelle  je 
ne  réclame  aucune  tolérance,  même  de  la  part  des  égyptologues 
qui  ont  à  leur  disposition  bibliothèques  où  tout  abonde  et  musées 
pleins  de  documents  inédits;  qui,  par  leurs  hautes  positions  offi- 
cielles, forment  le  centre  où  convergent  toutes  les  nouvelles  scien- 
tifiques, où  s'ébruitent  d'abord  toutes  les  découvertes.  Qu'ils 
signalent  donc  ce  que  mes  travaux  présentent  de  défectueux  et 
d'insuffisant.  Pour  ma  part,  je  me  réjouirai  toujours  des  progrès 
que  la  science  devra  à  leur  situation  privilégiée  et  à  leur  capacité 
supérieure,  et  je  m'estimerai  heureux  de  saluer  la  lumière  qu'ils 
auront  répandue  sur  des  points  demeurés  pour  moi  dans  l'obscu- 
rité. 

J'ignore  encore  si  l'on  a  relevé  dans  mon  travail  des  erreurs  que 
la  lecture  de  celui  de  M.  Brugsch  m'eût  épargnées;  mais  j'ai 

1.  Ces  ouvrages  ne  me  sont  pas  tous  complètement  inconnus.  Il  m'a 
été  permis  d'en  parcourir  quelques-uns  à  la  bibliothèque  du  Musée  égyp- 
tien, où  j'ai  été  admis  à  travailler.  Lorsque  j'ai  utilisé  les  notes  que  j'y 
ai  puisées  ou  celles  que  de  bienveillants  amis  ont  bien  voulu  y  prendre 
pour  moi,  sur  mes  indications,  je  me  suis  constamment  fait  un  devoir 
d'en  indiquer  les  sources. 


RECHERCHES   SUR   LE   NOM   ÉGYPTIEN   DE   THÈBES       251 

quelques  motifs  de  supposer  qu'on  a  entendu  m'accuser  d'avoir 
utilisé,  sans  la  mentionner,  la  traduction  de  ce  savant.  A  une  im- 
putation aussi  grave,  j'oppose  une  réponse  catégorique  :  «  Il  y  a 
troh  personnes  pouvant  témoigner  que  je  n*ai  reçu  /'Histoire 
d'Egypte  par  M.  Brugsch*  que  longtemps  après  la  publication 
de  mon  mémoire  sur  les  Mines  d'or;  deux  d'entre  elles  sont  en 
rapports  amicaux  aoec  M.  Brugsch,  et  c'est  à  l'une  de  celles-ci 
que  je  suis  redevable  de  quelques  passages  copiés  sur  mes  indi- 
cations expresses  et  cités  par  moi.  » 

A  l'époque  de  mes  débuts  dans  l'étude,  je  ne  possédais  d'autres 
textes  égyptiens  que  ceux  de  la  stèle  de  Kouban  et  de  l'inscription 
de  la  princesse  de  Bakhten.  Dès  1855,  je  mettais  à  la  disposition 
des  égyptologues  une  note  sur  l'explication  de  deux  groupes,  dans 
laquelle  je  citais,  de  ces  deux  textes,  des  passages  dont  je  donnais 
une  version  différente  de  celle  de  leur  premier  traducteur.  Mes 
conclusions,  appuyées  sur  les  mêmes  exemples,  furent  ensuite 
partiellement  exposées  par  d'autres,  dans  des  publications  où  mon 
nom  n'était  pas  mentionné. 

Au  commencement  de  1856,  je  publiais  sous  le  titre  de  :  Une 
Inscription  historique  de  Séti  /"*,  un  travail  qui  contient  la  tra- 
duction commentée  des  textes. gravés  sur  les  murs  du  temple  de 
Radesieh,  et  je  revenais  sur  les  données  de  l'inscription  de  Kou- 
ban, dont  j'analysais  plus  intimement  le  contenu.  Je  ne  sache  pas 
que  M.  Brugsch  ait  cru  devoir  utiliser  ce  travail,  ni  même  lui 
accorder  une  simple  mention  dans  ses  ouvrages  sur  la  géographie 
et  sur  l'histoire. 

En  rappelant  ces  deux  faits,  je  ne  formule  aucune  plainte.  Je 
n'ai  pas  la  prétention  d'avoir  rien  enseigné  à  qui  que  ce  soit  dans 
les  écrits  que  je  viens  de  citer.  Mon  unique  but  est  de  montrer  que, 
longtemps  avant  M.  Brugsch,  je  m'étais  livré  sur  le  texte  dont  on 
fait  bruit  à  une  étude  très  attentive. 

1.  Je  suppose  que  c'est  &  la  traduction  publiée  dans  cet  ouvrage  qu'on 
a  voulu  faire  allusion. 

2.  Ce  mémoire,  de  môme  que  le  précédent,  fait  partie  du  Recueil  de 
la  Société  d'Histoire  et  d'Archéologie  de  Chalon-sur-Saône;  mais  des 
tirages  à  part  en  furent  déposés  chez  les  libraires  allemands  de  Paris. 
[Ils  se  trouvent  reproduits  Tun  et  l'autre  dans  le  t.  I,  p.  9-68,  des 
Œuvres  diverses  de  Cbabas.  —  G.  M.] 


252   RECHERCHES  SUR  LE  NOM  ÉGYPTIEN  DE  THÈSES 

Mais,  de  son  côté,  et  sans  que  j'en  fusse  informé,  M.  Brugsch 
m^avait  de  beaucoup  précédé  dans  Texamen  du  Papyrus  médical. 
De  là  un  premier  grief  dont  j'ai  déjà  eu  à  me  disculper  Ici  s*est 
présenté  le  cas  suffisamment  singulier  que  le  savant  qui  a  relevé 
contre  moi  ce  grief  n'a  pu  m'indiquer  les  moyens  de  me  procurer 
le  mémoire  par  moi  ignoré,  pas  même  le  nom  de  la  Reçue  qui 
l'avait  inséré.  Mon  ignorance,  à  propos  de  ce  mémoire,  était  du 
reste  partagée  par  les  éminents  égyptologues  qui  ont  rendu  compte 
de  mes  Mélanges  égyptologiques,  l'un  dans  la  Revue  archéolo- 
gique,  en  France,  l'autre  dans  le  journal  The  literary  Gazette^  en 
Angleterre.  Finalement,  c'est  à  M.  Brugsch  lui-même,  qu'en  suite 
de  rintervention  d'un  ami  commun,  je  suis  redevable  du  cahier 
dans  lequel  Tarticle  avait  été  imprimé  \ 

M.  Brugsch,  qui  vient  d'éditer  le  Papyrus  médical  dans  la 
seconde  partie  de  son  Recueil  de  Monuments,  s'est  occupé  de  nou- 
veau de  ce  manuscrit.  Je  crois  voir  un  indice  de  ses  préoccupations 
dans  le  paragraphe  qu'il  m'a  consacré  :  a  Je  sais  que  M.  Chabas, 
qui  m'honore  de  son  amitié,  n'a  pas  voulu  ignorer  le  mémoire 
allemand  que  j* avais  composé,  il  y  a  plus  de  neuf  ans,  au  sujet 
de  la  médecine  égyptienne,  etc.  » 

J'avoue  que  cette  déclaration  n'a  pas  toute  la  netteté  d'expres- 
sion que  j'aurais  voulu  y  rencontrer.  A  tout  événement,  je  puis  me 
servir  de  la  môme  formule  :  «  Je  ne  crois  pas  que  Af.  Brugsch  ait 
voulu  ignorer  l'article  anglais  que  fai  inséré,  il  y  a  un  an,  dans 
le  journal  The  literary  Gazette  sur  quelques  singularités  de  la 
médecine  égyptienne,  etc.  )) 

Indigne  de  la  gravité  de  la  science,  un  esprit  de  mesquine  sus- 
ceptibilité n'est  pas  moins  nuisible  à  l'intimité  des  rapports  qu'il 
est  désirable  de  voir  s'établir  entre  les  représentants,  si  peu  nom- 
breux encore,  de  la  science  créée  par  le  génie  de  Champollion.  Cet 
esprit  ne  sera  jamais  le  mien  ;  mais,  en  publiant  une  continuation 
de  mes  recherches  dans  le  domaine  de  l'égyptologie,  je  ne  pouvais 
me  dispenser  de  faire  connaître  ma  situation  particulière,  afin  de 
prémunir  le  public  qui  me  juge  contre  de  nouvelles  suggestions  de 

1.  Allgemeine  Monatsschj*ift  Jïcr  Wissenschaft  und  Litteraiur,3sLnnaLT 
1853,  Braunschweig.  M.  Brugsch  n'a  pas  annoncé  son  article  dans  les 
listes  de  ses  travaux  imprimées  au  dos  de  ses  ouvrages. 


RKCHERCHKS  SUR  LE  NOM  ÉGYPTIEN  DE  THÈBES   253 

la  nature  de  celles  que  je  viens  de  combattre.  Il  ne  fallait  rien 
moins  qu'un  motif  aussi  grave  pour  me  porter  à  vaincre  la  répu- 
gnance que  j'éprouve  à  parler  de  moi-même.  J'espère  n'avoir  pas 
à  revenir  sur  ce  sujet. 

Érudit  de  premier  ordre,  justement  honoré  dans  son  pays  et  bien 
connu  de  toute  l'Europe  savante,  M.  Brugsch  se  passerait  aisément 
de  mon  humble  témoignage.  Il  me  sera  permis  toutefois  de  rap- 
peler ici  que.  si  j'ai  eu  à  signaler  quelques  points  de  dissentiment, 
je  me  suis  fait  aussi  un  devoir  de  rendre  justice  à  la  haute  impor- 
tance  de  ses  travaux.  Ces  loyales  explications  me  donnent  le  droit 
de  compter  sur  la  continuation  d'une  amitié  à  laquelle  j'attache  le 
plus  haut  prix. 

Cbalon-sur-Saôue,  le  31  mars  1863. 


L'antiquité  a  désigné  sous  le  nom  de  Tbèbes,  eiiêti,  ef^êai, 
un  assez  grand  nombre  de  villes.  Stéphane  de  Byzance  en 
cite  neuf,  savoir  : 

Thèbes  en  Béotie, 

Thèbes  en  Egypte  \ 

Thèbes  en  Thessalie, 

Thèbes  en  Cilicie,  près  de  Tancienne  Troie, 

Thèbes  en  lonie,  près  de  Milet, 

Thèbes  en  Attique, 

Thèbes  en  Cataonie, 

Thèbes  en  Italie, 

Et  Thèbes  en  Syrie. 

D'autres  auteurs  mentionnent  en  outre  Thèbes  en  Afrique 
et  Thèbes,  dite  Corsica,  dans  le  golfe  de  Corinthe';  Pto- 
lémée  désigne  cette  dernière  ville  sous  le  nom  de  Thisbé. 

1.  ''EffTi  xai  âtXXY)  AiYvirrfa  icepl  ^ç  KaXX((iax^c  97)7iv  8ti  xarà  idcç  Alfuirtfaç 
%'ffiaL^  eoTi  oiCT,Xaiov,  8  xaïc  |Uv  âXXatç  7)|iépa(c  icXT)poûtai  avé(j.ov,  xatà  Sa  xàç 

TptaxaSac  ou  tweî  iravTÊXw;,  Etienne  de  Byzance,  s,  r.  0tî6t|.  —  Note  de 
Brunet  de  Presles. 

2.  Pline,  Histoire  naturelle^  liv.  IV,  eh.  in. 


254   RECHERCHES  SUR  LE  NOM  ÉGYPTIEN  DE  THÈBES 

Il  n'est  guère  supposable  que  ces  lieux  si  divers  aient  dû 
leur  communauté  de  nom  à  une  cause  unique  ;  je  crois  plutôt 
que  les  Grecs,  par  des  motifs  tirés  de  l'analogie  et  de  l'eu- 
phonie, ont  confondu  sous  la  dénomination  de  ^i^n  plusieurs 
noms  de  formes  plus  ou  moins  rapprochées. 

S*il  en  était  autrement,  nous  aurions  à  chercher  dans  la 
Thèbes  d'Egypte  le  prototype  de  ce  nom  célèbre,  et  tel  doit 
être  le  cas^  en  particulier,  pour  la  Thèbes  de  Béotie,  dont  le 
fondateur  Cadmus,  au  dire  de  Diodore',  était  originaire  de 
l'ancienne  capitale  des  Pharaons.  Quant  aux  autres  Thèbes, 
nous  n'avons  pas  les  moyens  de  suivre  jusqu'à  sa  source  la 
trace  du  nom  sous  lequel  elles  nous  sont  connues. 

Selon  le  même  historien,  la  Thébaïde  était  la  partie  la 
plus  ancienne  de  l'Egypte',  et  les  Thébains  se  regardaient 
comme  les  plus  anciens  des  mortels'.  Il  rapporte  une  tra- 
dition d'après  laquelle  la  fondation  de  Thèbes  était  attri- 
buée à  Osiris^  dieu  que  les  textes  originaux  nous  signalent 
comme  le  divin  roi  des  premiers  temps  du  monde,  et,  ce 
qui  est  encore  plus  décisif,  comme  V Ancien  dans  Thèbes  : 

"jf^  %  ^'l    \  De  son  côté,  Strabon  place  cette  ville  même 

1.  Liv.  I,  ch.  XXIII. 

2.  Ibid.,  ch.  XXII. 

3.  Ibid.^  ch.  L. 

4.  Ibtd,,  ch.  XV. 

5.  La  forme  du  nom  d'Osiris,  dans  ce  titre,  est  très  curieuse.  —  Cham- 

pollion,  Grammaire  égyptienne^  p.  110,  a  donné  la  variante  fi  fl 
pour  Osiris.  Cette  variante  répond  au  passage  de  Plutarque  :  Tbv  yàp 

PaaiXéa  xal  xOpiov  ''Oaipiv  ôçôaXixô)  xal  oxrjTrTpa)  Ypâçouffi.   M.   Parthey,  dans 

son  édition  du  Traité  d'Isis  et  d'OsiriSy  p.  186,  a  indiqué,  d'après 
Champollion,  cette  orthographe.  Plutarque  ajoute  :  ''Evioi  Se  xal  Toù'vo(xa 

6iep(i.Tf)V6'jou<Ti   IIoXudçÔaXjjLov  tôç  toO  {iev  Oç  to   ttoXu,  toO  fis    ipt  tov    ôçOaXiibv 

al-x^jmla  çwvTj  çpâÇovToç.  Diodore  de  Sicile,  liv.  I,  ch.  ii,  dit  la  même 
chose.  Le  mot  oog  se  retrouve  en  effet  en  copte,  avec  le  sens  de  mulius 
esse  (Peyron^  p.  156).  Mais  le  nom  d'Osiris  (ou  Taipic,  comme  Hella- 
nicus,  au  témoignage  du  même  Plutarque,  ch.  xxxiv,  l'avait  entendu 
prononcer  par  les  prêtres)  était  susceptible  d'autres  interprétations.  Ainsi 


RECHERCHES  SUR  LE  NOM  ÉGYPTIEN  DE  THÈBES   255 

avant  Abydos^  le  sanctuaire  le  plus  fameux  du  mythe  osiri- 
dien,  la  ville  dont  le  nom  hiéroglyphique  est,  avec  celui  de 
Tattu,  cité  dans  les  plus  anciens  documents  écrits  que  nous 
ait  légués  le  premier  Empire  égyptien. 

Cependant  les  ruines  de  Thèbes  ne  nous  ont  pas  encore 
livré  de  monuments  portant  les  noms  des  Pharaons  anté- 
rieurs aux  Pasteurs;  quelques  monuments  funéraires  at- 
testent seuls  que  la  localité  avait,  dès  cette  époque,  une 
certaine  importance  comme  centre  religieux.  Mais  il  est  à 
supposer  que  les  immenses  édifices  élevés  par  les  succes- 
seurs d'Ahmès  se  sont  substitués  à  des  constructions  plus 
anciennes.  Ce  qu'il  y  a  de  certain,  c'est  que,  dès  les  temps 
des  Amenemha  et  des  Osortasen,  le  culte  de  Mont,  le  dieu 
belliqueux,  était  établi  à  Thèbes,  puisqu'on  trouve  dans 
les  Papyrus  de  Berlin,  qui  datent  de  cette  époque  reculée, 

la  mention  de  ce  dieu  comme  seigneur  de  Thèbes,  a^-^^;  ^ 

Plutarque  dit  encore  :  'O  ^àp  "Oaipic  àyaOoTrotbç  xal  to  ovo(Jia  TCoXXà  çpdtCei 
oùx'  r|X((rra  II  xpàxoç  èvepyoOv  xal  àyaOonotbv  S  Xéyoxjai-  Dans  ces 
interprétations,  l*œil  est  pris  avec  le  sens  dQ  faire,  èvspYoûv,  le  sceptre  a 
donc  la  valeur  de  xpiro;,  et  c'est  ce  qui  résuite  aussi  d'un  autre  passage 
du  môme  traité  où  Plutarque,  revenant  sur  les  deux  signes  dont  le  nom 
d'Osiris  est  formé,  le  sceptre  et  Tceil,  dit  que  l'un  signifie  la  prévoyance 

et  Tautre  la  puissance  :  Tbv  5'  ''Oo^tpiv  av  TtàXiv  ô^6aX(iû  xal  axi^icrpcp  ypà- 
çouaiv,  Jiv  TO  (Ji€v  T7)v  ^p<ivoiav  èjjiçafvei,  to  Ôe  tt,v  6-jvapiiv.   Il  Ti^sulte  de  ces 

divers  passages  que  le  sceptre  dans  le  nom  d'Osiris  se  prononçait  os  ou 
is  et  qu'il  pouvait  s'interpréter  par  xpsToç.  Ce  mot  de  xpâToç  convient  très 
bien  dans  tous  les  passages  où  les  dieux  donnent  la  vie,  la  stabilité,  le 
pourvoir.  Il  convient  très  bien  aussi  comme  désignation  de  la  capitale 
de  rÉgypte,  f,  ^ao-iXeuouaa,  t|  Suvaore-jouo'a  tôiv  tt^X&wv,  comme  disaient  les 
Grecs.  Il  ne  faut  donc  pas  chercher  à  le  ramener  à  la  prononciation  de 

Thèbes,  car  les  diverses  variantes  où  ce  signe  se  permute  avec   I  ou  [j 

montrent  qu'il  avait  la  valeur  de  5  ou  og  probablement  précédé  d'une 
voyelle.  —  Note  de  Brunet  de  Prestes. 

1.  Liv.  XVII,  ch.  xLii. 

2.  Papyrus  de  Berlin  n"  1,  lig.  238.  Voir  aussi  Sharpe,  1"  série, 
pi.  LXXXIV,  le  prêtre  de  Mont,  Montensasu,  sous  Amenemha  IL 


256       RECHERCHES   SUR   LE  NOM   ÉGYPTIEN   DE   THÈBES 

L'antiquité  classique  a  connu  de  bonne  heure  les  splen- 
deurs et  les  richesses  de  Thèbes.  Citons  d'abord  Homère  : 

...  0Ù8*  ô'<xa  6y,6aç 
AtY'jTTTiac,  60 1  TcAetrra  o6[jloi^  ev  XT/,jjLai:a  xeTtxi. 
A't6'  IxaTOjJiTîLjXot  elfft,  O'.r^'AisiOi  §'  àv'  lxaTrr,v, 
*Avépeç  Ê^oi^vÊUTi  ^jv  "ÎTCTtotcrtv  xai  o^eTçtv  '. 

Bâton  de  Sinope*,  qui  parle  de  l'immense  étendue  de  la 
ville  el  des  somptueux  palais  qui  l'ornaient  avant  l'invasion 
des  Perses,  mentionne  aussi  les  cent  portes  qui  y  donnaient 
accès,  et  le  môme  renseignement  se  trouve  dans  Strabon', 
dans  Diodore*  et  dans  Pline*.  La  qualification  d'hécatom- 
pyle  était  devenue  un  lieu  commun  à  l'usage  des  poètes. 
Juvénal  la  rappelle  dans  ce  vers  de  sa  satire  contre  la 
superstition  : 

Atque  vêtus  Thebe  centum  jacet  obruta  portis*. 

Cette  particularité  doit  être  remarquée  à  propos  des  sept 
portes  de  la  ville  de  Thèbes  en  Béotie,  qu'Hésiode  et  Homère 
célèbrent  sous  le  nom  de  sifir^  l^c^à^^uXoc^  dénomination  con- 
servée par  les  écrivains  postérieurs.  Juvénal  y  fait  encore 
allusion  : 

Rari  quippe  boni,  namerus  vix  est  totidem  quot 
Thebarum  portœ'. 

A  son  tour,  une  troisième  Thèbes,  celle  de  Cilicîe,  la  patrie 

1.  Iliade,  IX,  y,  381-384. 

2.  Persica  (Fragm.  Hist.  grœc,  t.  IV,  p.  348). 

3.  Liv.  XVII,  ch.  XLvi. 

4.  Diodore  de  Sicile,  I,  ch .  xv . 

5.  Pline,  Hist.  nat,,  V,  ch.  ix. 

6.  Satires,  XV,  v.  6. 

7.  Iliade,  IV,  v.  406;  Bouclier  d'Hercule,  v.  49. 

8.  Satires,  XIII,  v.  26-27. 


RECHERCHES  SUR  LE  NOM  ÉGYPTIEN  DE  THÈBES   257 

d'Androniaque,  est  nommée  par  Homère^  e^îST)  ut{;iiTuXo;, 
Thèbes  aux  hautes  portes. 

Ces  coïncidences  sont  au  moins  singulières  ;  mais  elles  ne 
trouvent  pas  d'explications  dans  les  radicaux  égyptiens  des 
noms  de  Thèbes,  dont  aucun  ne  se  réfère  à  Tidée  porte; 
très  probablement  elles  sont  purement  accidentelles. 

Je  me  propose  de  rechercher,  parmi  les  expressions  hiéro- 
glyphiques qui  désignent  la  ville  aux  cent  portes,  celle  qui 
a  donné  lieu  à  la  transcription  grecque  e>;6Ti,  ef^Sai.  Cette 
recherche  nous  amènera  à  passer  en  revue  un  assez  grand 
nombre  de  mots  de  la  langue  antique.  Elle  sera,  je  Tespère, 
de  quelque  utilité  non  seulement  poui^  le  point  d'histoire 
que  je  traite  spécialement,  mais  encore  pour  le  progrès 
général  de  nos  connaissances  dans  les  hiéroglyphes. 

Ainsi  qu'on  l'a  déjà  remarqué,  les  hiéroglyphes  nous  font 
connaître  trois  noms  différents  se  rapportant  à  Thèbes.  Le 

premier  est  le  nom  sacerdotal  g  ,  pi-amun,  la  demeure 

d'Ammon.  C'est  ce  que  traduit  exactement  le  grec  Ai^icnroXiç, 
auquel  correspond  peut-être  plus  directement  encore  l'ex- 

pression      (1         -^  *,  no-amun.  Les  anciens  ont  aussi,  mais 

bien  plus  rarement,  donné  à  Thèbes  le  nom  de  BojdipK;  et 
celui  d"oXiouiToX'.<;.  Dans  le  premier  cas,  on  a  fait  de  Thèbes 

H    *j,  PA-osiRi,  la  demeure  d'Osiris.  Le  culte  de  ce  dieu, 

regardé  comme  le  fondateur  de  la  ville,  y  avait  sans  doute 
précédé  celui  d'Ammon-Ra,  et  du  reste  Ammon  lui-môme 
n'est  que  l'âme  vivante  d'Osiris*.  Quant  au  nom  dHélio- 

polis,  la  ville  du  soleil,  ni  »  ^'  s'explique  par  la  circons- 
tance qu' Ammon  était  surtout  adoré  à  Thèbes  sous  sa  forme 
solaire.  Du  reste,  les  noms  égyptiens,  correspondant  à  Dios- 
polis,  à  Busiris  et  à  Héliopolis,  désignaient  plusieurs  villes 

1.  Iliade,  VI,  V.  416. 

2.  Papyrus  Sallier  III,  pi.  VI,  lig.  8. 

3.  Denkmàler,  IV,  29. 

BlBL.  ÉOYPT.,   T.  X.  17 


258       RECHERCHES   SUR   LE   NOM    ÉGYPTIEN   DE  THÈBES 

différentes,  où  le  culte  des  dieux  Ammon,  Osiris  et  Phra 
occupait  un  rang  principal.  Ce  sont  des  dénominations  ana- 
logues au  nom  sacré  de  Memphis  J     U    |,  ha-ka-ptah, 

le  temple  de  la  personne  de  Piah.  Il  est  d'ailleurs  à  observer 
que  les  textes  originaux  ne  nous  ont  pas  encore  montré  les 
noms  de  pa-osiri  et  de  pa-phra  appliqués  à  Thêbes. 

Dans  tous  les  cas,  ce  ne  sont  pas  ces  désignations  sacer- 
dotales qui  ont  fourni  la  racine  du  mot  Thèbes.  On  a  cru  la 

retrouver  dans  le  nom  n     r  j  r|    ,  (1    Q    ,  la  ville  d'Apetu 

ou  d'Apet,  la  deuxième  des  expressions  que  nous  avons  à 
étudier.  Il  serait  en  «effet  possible  que  le  mot  apet  fût  du 
genre  féminin,  et  que,  malgré  le  signe  de  pluralité  dont  il 
est  le  plus  souvent  affecté,  il  eût  été  considéré  comme  un 
collectif  admettant  l'article  singulier  ta,  t.  De  là,  ta-apetu, 
ou  t-ape-tu,  ou  plus  simplement  ta-ape,  si,  comme  dans 
un  grand  nombre  de  cas,  q  ne  doit  pas  se  prononcer.  Il  faut 
donc,  ainsi  qu'on  le  voit,  plusieurs  conditions  encore  hypo- 
thétiques pour  arriver  à  la  forme  ta-ape,  par  contraction 
tape,  que  les  Grecs  auraient  adoucie  en  Bi^ri. 

Mais  il  y  a  lieu  de  remarquer  que  apetu  ne  désigne 
qu'un  quartier  de  l'ancienne  Thèbes.  Quelques-uns  des 
édifices  construits  sur  la  rive  occidentale  du  Nil,  notamment 
Qourna  et  Médinet-Habou,  sont  désignés  dans  les  hiéro- 
glyphes comme  situés  ^s^^k-^^    M     n  i ,  en  face,  à  l* opposite 

d' Apetu.  Il  en  est  de  même  du  temple  élevé  par  Ramsès  II 
h  Louqsor,  sur  la  rive  orientale.  D'après  M.  Brugsch,  si  mes 
notes  sont  exactes,  la  partie  des  édifices  de  Karnak  que 
Ramsès  III  bâtit  au  sud  du  grand  temple  serait  également 
l'objet  de  cette  indication  topographique,  qu'on  ne  trouve 
pas  appliquée  au  grand  temple  lui-même.  Il  résulte  de  ces 
observations  que  le  quartier  nommé  Apetu  n'occupait  qu'une 
partie  de  la  rive  orientale.  Ce  qu'il  y  a  de  plus  probable, 
c'est  que  ce  nom  était  spécial  à  l'emplacement  du  grand 
temple  de  Karnak,  dont  les  textes  nous  font  connaître  le 


RECHERCHES   SUR   LE   NOM    ÉGYPTIEN   DE   THÊBES       259 

(1         ^^  l  '     ,  le  temple  aAm- 

mon  dans  Apetu.  Il  a  pu  aussi  désigner  d'une  manière 
générale  toute  la  portion  de  la  ville  située  sur  la  rive  droite 
du  Nil,  et  c'est  pour  cela  que  les  légendes  de  Louqsor  rap- 
pellent (à  propos  de  l'érection  du  temple  de  ce  nom)  que 
Ramsès  II  a  construit  à  son  père  Ammon  des  monuments 
dans  VApet  méridionale^  mais  cette  indication  ne  détruit 
pas  celle  qui  nous  représente  Louqsor  comme  élevé  en  face 
d' Apetu,  c'est-à-dire  en  face  du  grand  temple  de  Karnak, 
dont  rénorme  masse,  se  développant  sur  un  espace  d'un 
demi-kilomètre  de  longueur,  formait  un  point  de  repère 
saillant  pour  les  indications  topographiques. 

Je  n'ai  rencontré  le  nom  d'Apetu  sur  aucun  monument 
de  l'Ancien  Empire.  Toutefois,  le  culte  de  la  famille  divine 
spéciale  au  temple  de  Karnak  est  mentionné  dans  une  stèle 

de  l'an  II  de  Thothmès  I®"*'^  qui  donne  la  forme  (I  j  ]••, 

enrichie  d'un  déterminatif  exceptionnel.  M.  Brugsch  a  déjà 
fait  remarquer  que,  dans  la  XXII®  année  de  son  règne, 
Ahmès  fit  ouvrir  les  carrières  du  Mokattam  pour  en  tirer 
des  pierres  destinées  à  la  construction  des  temples  de  Ptah 
à  Memphis  et  d'Ammon  dans  Apet'.  Mais  il  s'agissait  cer- 
tainement, quant  au  temple  do  Ptah,  d'une  reconstruction 
rendue  nécessaire  par  les  ravages  des  Pasteurs,  dont  la 
domination  venait  de  prendre  fin  dans  la  Basse-Egypte. 
Relativement  au  temple  de  Karnak,  je  n'oserais  être  aussi 
affirmatif.  Quoi  qu'il  en  soit,  je  n'ai  noté  sur  Apetu  aucune 
indication  de  date  plus  reculée. 

Ainsi  donc,  par  sa  spécialité  limitée,  le  nom  d'Apetu  n'a 
pu  être  pris  pour  le  type  de  ei^Sri.  C'est  ce  que  montrent 
les  transcriptions  grecques  relevées  par  M.  Brugsch,  qui 

rendent  le  groupe  démotique  correspondant  à  d    ,  apetu, 


1.  Denkmàler,  III,  pi.  V,  dernière  ligne. 

2.  Brugsch,  Histoire  d* Egypte,  p.  85;  Denkmâler,  III,  3  a. 


260       RECHERCHES   SUR   LE   NOM    ÉGYPTIEN    DE   THÈBES 

par  "Aictc,  génitif  "Airecoc,  et  aussi  par  uxpic  dans  l'expression 
'Afiévaxpic,  transcription  grecque  de  (|  ^v  H  Jl  *  ^^  ^^' 
donc  tout  naturel  de  chercher  ailleurs  le  radical  de  ei;6r,. 

Dans  les  documents  démotico-grecs  étudiés  par  M.  Brugsch, 
se  rencontre  la  forme  démotique  correspondant  à  ce  que 
Tantigraphe  grec  nomme  f,  e^îgaïç,  la  Thébaîde.  le  nome  de 
Thèbes,  et  le  savant  égyptologue  allemand  fait  bien  ressortir 
lui-même  la  circonstance  que  ce  groupe  n'a  aucun  rapport 
avec  la  forme  démotique  d'Apetu. 

Le  mot  APET  ou  apetu  est  déterminé  par  deux  signes 

différents;  l'un  d'eux,  n  ,  est  une  espèce  de  siège  qui  a  pour 

valeurs  phonétiques  bien  constatées  is,  os  et  het.  Dans  le 
nom  qui  nous  occupe,  il  exprime  quelquefois,  à  lui  seul,  le 
son  apet;  l'autre,  Q,  ne  m'est  connu  que  dans  le  nom 
d'ApET.  Ils  représentent  sans  doute  tous  les  deux  des  sièges, 
châsses  ou  palanquins  dans  lesquels  les  dieux  étaient  censés 

résider.  Ammon  est  quelquefois  nommé  :  fj]|]        \\      il   , 

Atnmon  dans  son  apet  ;  de  même  Ranisès  IV  est  appelé  : 
œuf  insigne  dans  son  apet\  Il  est  probable  qu'en  rendant 
Apetu  par  le  terme  un  peu  vague  les  loges,  on  ne  s'éloigne- 
rait guère  du  sens  que  les  Égyptiens  assignaient  à  cette 
expression. 

Après  avoir  ainsi  écarté  les  deux  premières  dénomina- 
tions, abordons  l'étude  de  la  troisième,  qui  seule  doit  nous 
donner  la  solution  du  problème.    ' 

y  \     ,1     et 

o     A  O     hO 
SŒE ,  dont  la  première  est  de  beaucoup  la  plus  fréquente. 

Je  n'ai  jamais  rencontré  un  seul  cas  où  le  signe  initial  fût 
suivi  d'un  signe  complémentaire  qui  en  déterminât  au  moins 
la  finale. 
Ce  signe  initial  est  défini  par  Champollion*  comme  un 

1.  Denkmàler,  III,  224  a. 

2.  Dictionnaire  égyptien,  n"  384,  385. 


RECHERCHES  SUR  LE  NOM  EGYPTIEN  DE  THÈBES   261 

sceptre  dont  rextrémité  supérieure  est  formée  par  la  tête 
de  ranimai  appelé  coucoupha.  Il  le  nomme  sceptre  de  la 

pureté,  pu)j6i,  et  fait  du  nom  de  Tor  T»^,  hotA  pio;6i,  Vor 

pur.  Ces  explications  du  maître  sont  tombées  devant  les 
constatations  opérées  par  ses  disciples.  On  sait  que  le  phoné- 
tique pu)i6i  n'a  rien  à  faire  ici,  et  que  d'ailleurs  le  verbe 

antique  ^L-^,  roh'u,  se  rapporte  plutôt  à  la  pro- 
preté, au  lavage,  qu'à  la  pureté.  J'ai  aussi  renoncé  à  voir  les 
esprits  purs  dans  les  (|||*C^5^'^îil,  reh'iu;  cette  déno- 
mination regarde  les  humains  et  non  les  mânes. 

Champollion  signalait  en  outre,  comme  appartenant  au 
signe  en  question,  la  valeur  alphabétique  «,  et  avait  bien 

reconnu  le  nom  d'Osiris  sous  la  forme  |  -cs2>- ,  dans  laquelle 

ce  signe  exprime  la  syllabe  os. 

Pour  l'appréciation  des  difficultés  inhérentes  à  l'étude  des 
signes  polyphoniques,  il  est  essentiel  de  remarquer  que  nous 
ne  possédons  aucun  document  écrit  remontant  à  l'enfance 
du  système  hiéroglyphique.  Les  inscriptions  gravées  sous  le 
règne  des  Khoufou  et  des  Snefrou  sont  les  plus  anciens 
textes  qui  nous  soient  parvenus  ;  elles  présentent  cependant 
tous  les  caractères  d'une  écriture  mûrie  par  un  long  usage 
et  notamment  l'intime  mélange  des  éléments  phonétiques  et 
figuratifs,  l'usage  et  même  l'abus  des  déterminatits,  la  mul- 
tiplicité des  objets  soigneusement  représentés,  en  un  mot 
tout  ce  qui  peut  étonner,  dans  les  textes  des  époques  plus 
rapprochées  de  nous^  l'observateur  de  ce  système  graphique 
à  tous  égards  si  remarquable.  C'est  un  grand  problème  que 
de  supputer  les  siècles  qui  séparent  le  règne  des  fondateurs 
des  pyramides  de  celui  des  Ramsès,  contemporains  de  Moïse 
et  déjà  voisins  de  l'âge  de  la  Fable.  Mais  combien  de  siècles 
a-t-il  fallu  pour  former  la  civilisation  qui  construisit  les 
pyramides  et  qui  a  laissé,  sous  les  sables  de  Memphis,  de 
si  magnifiques  traces  de  son  développement  intellectuel? 


262   RECHERCHES  SUR  LE  NOM  ÉGYPTIEN  DE  THÈBES 

Telle  est  la  question  que  s'adressera  involontairement  tout 
explorateur  des  antiquités  égyptiennes. 

S'il  nous  était  donné  de  suivre  les  tâtonnements  des  pre- 
miers âges,  nous  reconnaîtrions  probablement  que  les  signes 
polyphoniques  ont  eu  dans  l'origine  des  formes  diverses, 
chacune  desquelles  correspondait  distinctement  à  une  valeur 
particulière.  Mais,  pour  simplifier  ou  pour  tout  autre  motif, 
les  scribes  auront  successivement  confondu  sous  un  type 
unique  des  signes  plus  ou  moins  voisins  de  forme,  et  le 
type  ainsi  adopté  a  représenté,  à  lui  seul,  la  valeur  phoné- 
tique de  tous  les  signes  primitifs  qu'il  a  remplacés.  On 
conçoit  dès  lors  qu'il  soit  impossible  de  donner  aujourd'hui 
des  explications  tant  soit  peu  satisfaisantes  de  l'origine  des 
sons  divers  figurés  par  un  même  signe,  et  nous  devons  nous 
borner  à  les  observer  et  à  les  noter  pour  en  faire  application 
au  besoin. 

Le  signe  |  se  rencontre  aux  plus  anciennes  époques;  on 

voit  notamment  que,  dès  le  règne  de  Snefrou*,  il  fermait 
latéralement  le  cadre  des  stèles,  ce  qui  indique  qu'on  lui 
attribuait  déjà  une  valeur  mystique,  telle  que  celle  que  nous 
retrouverons  aux  époques  plus  récentes.  A  peu  près  vers  le 
même  temps,  des  inscriptions  nous  le  montrent  tenu  par  la 
main  des  divinités',  qui  s'en  servaient  pour  communiquer 
les  vertus  spécifiques  qu'il  symbolise.  Indépendamment  du 

sceptre  simple  1,  on  trouve  les  variantes  T»  T^  ]»  ^»  ^*  ®tc.. 
dont  les  dernières  montrent  peut-être  des  formes  anciennes, 
tombées  en  désuétude  et  finalement  confondues  avec  celles 
qui  seules  ont  survécu  jusqu'aux  derniers  siècles  de  l'écri- 
ture hiéroglyphique. 

Sous  ces  diverses  formes,  le  signe  étudié  entre,  aux 
anciennes  époques,   dans  la  composition  de  deux  groupes 

1.  Denkmàlcr,  II,  39. 

2.  Denkmàler,  II,  64  b;  72  a,  81,  84,  94,  etc. 


RECHERCHES   SUR  LE  NOM    ÉGYPTIEN   DE  THÈBES      263 

désignant  certaines  liqueurs  employées  dans  les  cérémonies 
en  rhonneur  des  morts.  L'un  de  ces  liquides  portait  le  nom 

de  t'rser-t,  d'après  les  groupes  :^^  \  o  [Denkm.,  Il,  148  a], 

^  1\=^   o    [11,44  6];  lautre  ser-t',  ainsi  qu'on  le  voit 

dans  V^^  [II,  58],  Wo  [II,  69],  OoJ^  [III,  260], 

<3>  I  [II,  35].  L'orthographe  ser-t  est  aussi  représentée  par 

^X'^[II,  28],  "^^  [if>id.lW\2[U,  58].  Placés 
l'un  à  côté  de  l'autre  sur  le  même  tableau  d'offrandes  [II,  25], 
les  groupes  ^  f        et  devront  désigner,  Tun,  deux 

vases  de  t'eser,  l'autre,  deux  vases  de  ser.  Cependant  on 
trouve  aussi,  dans  la  môme  position  relative,  V=^  ^  et 
^'^  1  [II,  58],  c'est-à-dire  deux  espèces  de  ser.  Lorsque 
le  signe  étudié  est  initial,  comme  dans  ^i_V=^  [II,  35], 
T  ^  ,  T^^»  etc.,  il  est  difficile  de  distinguer^s'il  repré- 
sente t'ser  ou  ser.  Mais  il  les  remplace  l'un  et  l'autre  dans 
la  forme  double  JU-vy  [II,  92].  Il  y  avait  deux  sortes  de 
t'eser,  aussi  bien  que  deux  sortes  de  ser,  comme  on  le 
voit  par  les  légendes  consécutives  :  ^^o  et  ^^TO[II^ 
147  a].  La  forme         ^  f       ,  er-t-ti  [II,  67],  si  elle  est 

correcte,  constituerait  un  artifice  graphique  au  moyen  du- 
quel l'une  et  l'autre  liqueur  seraient  figurées  par  leur  lettre 
finale  seulement. 

L'usage  de  la  liqueur  ser  dans  les  offrandes  subsista  jus- 
qu'aux basses  époques.  A  PhiUc,  Ptolémée  Néos  Dionysios 
en  présente  deux  vases  à  Hathor  *.  Un  liquide  du  môme  nom 
était  employé  dans  la  médecine  des  anciens  Égyptiens;  on 
le  mélangeait  au  miel,  à  l'huile  et  à  divers  végétaux,  et  on 


1.  Dans  t'eser-t,  comme  dans  ser-t,  le  t  final  n'est  que  le  signe  du 
féminin  et  ne  se  prooonce  pas. 

2.  Denkniàler,  IV,  52  b. 


264   RECHERCHES  SUR  LE  NOM  ÉGYPTIEN  DE  THÈBES 

Tadministrait  sous  forme  solide  ou  comme  breuvage*.  Quant 
au  t'eser,  on  le  trouve  cité  sur  une  stèle  de  Mentuhotep  II 
comme  le  blanc  nectar  d'Isis  dont  les  mânes  aiment  à 
s'abreuoer^.  Remarquons  enfin  que  les  deux  liqueurs  se 

remplacent  dans  la  formule  ô\         '^^'^^  / —         i  Q 

W^  ,  leur  nourriture  est  de  pain,  leur  breuvage 


I    I    1  JM^aOIII 

est  de  ser.  Cette  légende,  qui  se  voit  au  tombeau  de  Séti  I®' 
à  Biban-el-Moluk',  est  reproduite  avec  deux  variantes  sur 
le  sarcophage  de  ce  pharaon,  aujourd'hui  transporté  en  An- 
gleterre. On  V  lit  :  Leur  nourriture  est  de  chair,  leur  breu- 

vaqe  est  de  — —      teser. 

<r=>lll 
II  est  bon  de  faire  observer  ici  que  l'idée  générale  ali- 
ments, nourriiurej  le  manger,  est  rendue  en  égyptien  par  le 
signe  des  pains,  de  même  que  l'idée  générale,  boisson,  breu- 
vage, le  boire,  est  représenté  par  le  hak,  Q     o,  la  liqueur  le 

plus  en  usage  chez  les  Egyptiens*.  Je  ne  vois  absolument 
aucun  motif  de  supposer,  avec  M.  Brugsch*,  que  ce  nom  de 
HAK  ait  été  le  thème  antique  de  ^ajl«,  vinaigre.  Ce  mot  n'a 
jamais  dû  signifier  à  la  fois  vinaigre  et  liqueur  de  grains. 
Quant  au  hak  doux,  c'était  un  médicament  anodin  et  rafraî- 
chissant qui  n'avait  rien  de  commun  avec  la  bière,  si  l'on  en 
juge  par  son  emploi  en  lavements. 

Dans  les  groupes  que  nous  venons  de  discuter,  le  signe  j[ 

admettait  donc  la  double  valeur  ser  et  t'eser.  Nous  allons 

en  signaler  une  troisième,  en  étudiant  le  groupe  j 

dont  la  finale  est  m,  et  que  Champollion  lisait  ^cai,  perver- 
tere,  La  signification  de  ce  mot  est,  par  rapport  aux  choses, 

1.  Papyrus  médical,  pi.  XII,  lig.  12;  pi.  XIV,  lig.  10,  etc. 

2.  Lepsius,  Auswahl,  9. 

3.  Denkmàlcr\  III,  135  a, 

4.  Voyez  Todtcnbuch,  cxxiv,  3,  et  ailleurs;  Papyrus  Sallier,  II,  pi.  X, 
lig.  6. 

5.  Recueil  de  Monuments  II,  p.  119. 


RECHERCHES   SUR   LE  NOM   ÉGYPTIEN   DE  THÈBES       265 

décadence,  détérioration,  ruine,  et,  par  rapport  aux  per- 
sonnes, infirmité,  délabrement,  état  de  maladie  ou  de  souf- 
france. 

On  lit  dans  les  légendes  de  Médinet-Habou  la  niention  des 
restaurations  accomplies  par  le  pharaon  prophète  d'Ammon, 
Pinetem,  et  le  texte  rapporte  que,  lorsque  ce  monarque  fut 

entré  pour  visiter  la  maison  du  dieu  son  père,  A^  ^^^^^ 

1  V  ù  1  ^^i::^^  '  ''  ^'ûï?a«/  trouvée  parvenue  à  la  ruine  \ 
De  môme  au  temple  de  Khons,  Ammon  félicite  le  même 
roi  :  «  Ce  sont  de  nouveaux  monuments  que  tu  m'as  faits; 


\\ 


/VWWk 


»  mon  cœur  s  y  repose  en  paix; 

1  ,  tu  as  mis  de  nouveau  ma  demeure 

A^^ 

»  en  fête,  tu  as  rebâti  ce  qui  était  ruiné*,  » 

Je  citerai  enfin  un  curieux  paSv<îago  du  beau  papyrus  n**  6 
de  Berlin,  commençant  à  la  ligne  115.  Ce  manuscrit  a  pour 
titre  :  Adoration  à  Phra-Haremkhou  au  commencement 
du  matin.  Entre  autres  mentions  importantes,  on  y  trouve, 
à  Tendroit  indiqué,  une  espèce  de  litanie  dans  laquelle  Phra, 
le  dieu  Soleil,  et  Sbau,  Timpie,  le  pécheur^  Tennemi  de  Dieu, 
sont  alternativement  caractérisés,  Tun  par  ses  attributs  glo- 
rieux, l'autre  par  les  vices  opposés.  Je  reproduis  en  entier 
ce  passage  précieux  pour  la  philologie'  : 


AA/WW 


Puissant  est  Phra;  infirme  est  l'impie. 

-M -f^^ 

Élevé  est  Phra;  bas  est  l'impie. 

1.  Denkmâler,  III,  251/. 

2.  Ibid.,  250  a.  Pour  le  mot  mu,  mau,  nouceau,  renouveler,  j'adopte 
les  vues  de  M.  Brugsch,  qui  ont  été  contestées  mal  à  propos,  selon 
moi. 

3.  Le  texte  hiératique  répète  à,chaque  verset  les  mots  Phra  et  Sbau. 


266      RKCHERCHES   SUR   LE  NOM   ÉGYPTIEN   DE  THÊBES 


f 


/\AAAAA 


Vivant  est  Phra  ; 


Grand  est  Phra; 


Rassasié  est  Phra  ; 


A/SAAAA   0     ....... 

Abreuvé  est  Phra  ; 


AAAA/W 


Mo 

Radieux  est  Phra; 

î 

Bon  est  Phra; 

1PS 

Opulent  est  Phra; 


:^=^ 

mort  est  Timpie. 


petit  est  l'impie, 
affamé  est  l'impie, 
altéré  est  l'impie. 

/VWVNA 


a  A/vw/w 

/S/WNAA 
C%  /VWVNA 


/WVAAA 


terne  est  l'impie, 
méchant  est  l'impie. 

/WVAAA       g    ^ 

misérable  est  l'impie. 


Sans  nous  arrêter  à  examiner  en  détail  les  données  lexico- 
graphiques  de  ce  texte  qui  nous  fournit  une  page  du  Dic- 
tionnaire égyptien  nous  noterons  seulement  que  j  ^s^^'^^ 
y  est  l'opposé  de  ^-^"^^    j\  .  la  puissance,  la  force  victorieuse 

et  prépondérante.  Le  même  mot  se  rencontre  dans  d'autres 
textes.  Au  Rituel  Cadet,  passage  correspondant  au  cha- 
pitre cxxv,  1.  6,  il  est  remplacé  par  ?  \\  ■^^,  qu'on  lit  abm 

et  qu'on  trouve  aussi  sous  la  forme  ¥  .S^  "^5^,  abmer.  Cette 

lecture  n'est  pas  certaine.  Quoi  qu'il  en  soit,  abm  et  abmer 
signifient  mal,  maladie,  douleur,  et  ne  paraissent  pas  être 

les  équivalents  habituels  de  1  ^^"^^  •  La  lecture  «aum,  ^jul, 

donnée    par    ChampoUion,    est   possible,   mais   nullement 


RECHERCHES   SUR   LE  NOM   ÉGYPTIEN   DE  THÈSES       267 

prouvée,  quoiqu'il  ne  nous  reste  aucune  incertitude  sur  le 
sens  du  mot. 

L'un  des  noms  de  l'or  présente  une  forme  tout  à  fait  ana- 
logue. C'est  j         ,  dont  on  trouve  r orthographe  pleine 


dans  de  nombreux  textes,  et  notamment  dans 

^         \  variante  de  ron  ,  la  chambre  d'or,  la  salle  du 

Jl  I  I  I  d 


3grapne  pieme 

nid    ^    A_M^ 


sarcophage  de  Vhypogée,  Comme  dans  le  cas  précédent, 
nous  avons  ici  la  finale  um,  cm,  mais  nous  sommes  sans 
aucun  moyen  de  découvrir  la  valeur  du  signe  initial.  L'autre 

nom  de  Tor  f^^^^J  ^  •  »  qui  se  termine  en  ub,  ob,  est  cer- 
tainement le  copte  hotA.  Il  a  pu  exister  une  forme  num  en 
même  temps  que  la  forme  nub.  C'est  ainsi  par  exemple  que 
le  nom  antique  du  dieu  Num,  aussi  Khnum,  est  devenu  Kv/çp, 
Xvoû^tc,  et  en  copte  x'^^'^^c.  Chnouphis,  Chnoubis.  Dans  les 
listes  des  rois  thébains,  relevées  par  Erathosthène  sur  les 
écritures  sacrées,  se  rencontre  XvoOSo;  rvEjpoç,  dont  il  traduit 
le  nom  Xpj<TTi;  XpSdoo  uioc,  ce  qui  donne  quelque  poids  à  notre 
comparaison.  Il  ne  faut  pas,  du  reste,  perdre  de  vue  que  les 

groupes  I  ,  et  pcrj  seul,  ou  P^j  y'»  o^^t  identique- 
ment les  mêmes  emplois.  Ils  nomment  lun  et  l'autre  l'or 
au  sortir  de  la  mine,  aussi  bien  que  l'or  à  l'état  de  métal 
travaillé.  Je  ne  pense  pas  avoir  besoin  de  prouver  ce  fait 
que  j'ai  déjà  constaté  ailleurs. 

Que  «  ne  soit  pas  nécessairement  initial  lorsque  la  finale 
est  M,  c'est  ce  qui  n'a  pas  besoin  d'être  démontré.  Toutefois, 

malgré  sa  rareté,  le  groupe  j^  ^  10(1*'  smsm,  nous  en 
fournit  une  preuve  assez  palpable.  Nous  n'avons  donc  plus 
qu'à  confesser  notre  ignorance  à  propos  du  véritable  son  de 

notre  signe  dans  1  ^^^"^^  et  dans  1  ;  nous  savons  seu- 
lement que  c'est  une  syllabe  terminée  par  cm,  um. 

1.  Sharpe,  1"  série,  105,  16;  voyez  aussi  ChampoUion,  Monuments , 
XXXVIII,  9,  10;  Papf/rus  d'Orblney,  pi.  XVII,  lig.  4,  etc. 

2.  Denkmâlcr,  IV,  80  a. 


268   RECHERCHES  SUR  LE  NOM  ÉGYPTIEN  DE  THÈSES 

Tels  sont  les  principaux  emplois  phonétiques  de  1.  Il  nous 

reste  maintenant  à  étudier  les  fonctions  du  sceptre  de  cette 
forme. 

Rien  n'est  plus  multiplié,  sur  les  monuments  de  l'Egypte, 
que  les  scènes  dans  lesquelles  sont  représentées  des  divi- 
nités tenant  à  la  main  le  sceptre  à  tête  de  coucoupha.  Dieux 
et  déesses,  mais  plus  rarement  ces  dernières,  portent  éga- 
lement cet  insigne,  au  moyen  duquel  ils  distribuent  la  vie 
dans  ses  plus  parfaites  conditions  de  plénitude  et  de  sta- 
bilité.  On  voit,   par  exemple,  dans   certains  cas,   la  vie 

s'échapper  du  haut  du  sceptre  vers  le  suppliant  :  ^^^V . 

Ailleurs  le  signe  de  la  permanence  suit  celui  de  la  vie 

oH**^=^j['.  Dans  d'autres  cas,  le  j  lui-môme  vole  des  mains 

du  dieu  vers  son  adorateur*,  et  quelquefois  il  est  accom- 
pagné du  signe  de  la  vie*.  Sans  cesse  rapprochés  par  les 
textes,  ces  trois  signes,  qui  expriment  trois  idées  abstraites 
distinctes,  se  transforment  souvent  en  trois  sceptres  spé- 
ciaux -T-ïï  j*,  ou  se  lient  ensemble  comme  dans  A*,  et  dans 

le  sceptre  de  Ptah  ou  de  Chons,  qui  les  comprend  tous  les 
trois.  Il  ne  faut  pas  considérer  les  deux  derniers  comme 
qualificatifs  de  la  vie,  et  traduire  la  vie  stable  et  paisible, 
mais  la  vie,  la  stabilité  et  la  paix,  étant  admis  pour  un  ins- 
tant que  l'idée  paix  est  celle  que  symbolise  notre  sceptre.  Il 

en  est  de  même  de  l'expression  nr U'i  si  fréquente  dans  les 

textes,  comme  attribut  des  Pharaons  et  des  hauts  person- 
nages ;  elle  ne  signifie  pas  la  vie  saine  et  forte,  mais  bien 
viia,  incolumitas  et  salus. 


1.  Denkmàler,  III,  273,  275,  etc. 

2.  /6td.,III,  12,  57  b. 

3.  Ibid,,  III,  246. 

4.  /6wi.,IlI,  46. 

5.  Ihid.,l\Ubl, 

6.  /6«i.,III,  179. 


RECHERCHES   SUR   LE   NOM    ÉGYPTIEN    DE   THÈBES       269 

La  combinaison  Iïï-t"  n'est  pas  moins  fréquente,  mais 
elle  n'a  pas  le  môme  emploi.  Elle  représente  les  plus  hautes 
faveurs  de  la  divinité  ;  d'abord  la  vie  •¥-  ,  puis  la  per- 
manence, la  stabilité,  dont  le  ciel  élevé  au-dessus  des  orages 
est  le  parfait  emblème  :  A   •'  ïï  ïï  Q  0  ïï  '^=^  i  qu'ils  accordent, 

III    La  LJk  ^t    I  Ls 

dit  un  texte,  une  stabilité  pareille  à  la  stabilité  du  cieV , 
enfin  1 ,  l'objet  de  notre  étude. 

La  distinction  de  ces  trois  choses  est  montrée  par  les 
combinaisons  séparées  "Tïï],  "Tj,  ïïy»  ïï j,  ^t  ïï^  seul, 

le  tout  généralement  superposé  au  signe  de  la  totalité  ^:z:7. 
Elle  résulte  aussi  de  cette  prière  du  Rituel  qui  illustre  bien 
exactement  l'une  des  scènes  que  nous  venons  de  rappeler  : 

la  vie  de  vos  mains j  le  1  de  votre  poing.  On  trouve  d'ailleurs 

des  personifications  du  signe  de  la  vie  et  du  sceptre  portint 

l'un  et  l'autre  des  enseignes  au-dessus  des  Pharaons*.  1  n'est 

donc  point  un  qualificatif  de  la  vie,  mais  un  état  d'être 
particulier. 

Nous  avons  dit  que  le  signe  de  totalité  accompagne  souvent 
ces  symboles.  Dans  le  même  esprit,  ils  sont  souvent  associés 
aux  signes  numériques  récemment  classés  par  M.  Th.  Devé- 
ria*.  Les  Égyptiens,  qui  exprimaient  rarement  l'idée  d'im- 
mortalité, la  remplaçaient  ainsi  par  des  arrangements  de 
nombres  tellement  considérables  qu'ils  frappent  peut-être 
plus  vivement  l'imagination.  Au  temple  de  Kummeh,  par 
exemple,  on  voit  Thoth  inscrivant  les  années  qu'il  accorde 


1.  Denkmàler,  III,  58. 

2.  Todtenbuch,  ch.  lxxi,  lig.  13. 

3.  Denkmàler,  III,  48. 

4.  Reouc  archéologique,  1862, 2'  semestre  [t.  I,  p.  257-266,  des  Mé- 
moires], 


a70       RECHERCHES   SUR   LE   NOM   ÉGYPTIEN   DE   THÈBES 

à  Thotlimès  IIÏ  '  ;  le  dieu  tient  de  la  main  gauche  un  assem- 
blage de  symboles  comprenant  : 
1°  Le  sceptre  des  panégyries,  ou  fêtes  trentenaires  ; 
2°  Superposés  les  uns  aux  autres,  les  signes  dix  mille, 
ceut  mille,  un  million  et  dix  millions  ; 
3°  Le  signe  de  la  vie  au  sommet. 

En  face  de  Tliotli,  Num  tient  un  faisceau  analogue,  dont 
les  éléments  fourniraient  un  produit  encore  plus  élevé. 

Il  serait  trop  long  de  décrire  toutes  les  scènes  dans  les- 
quelles le  sceptre  à  tête  de  coucouplia,  combiné  avec  celui 
de  la  vie,  joue  un  rôle  important.  Quelquefois,  il  est  sus- 
pendu aux  griffes  de  la  déesse  vautour  planant  au-dessus  des 
Pharaons;  ailleurs  on  le  voit  rattaché  au  disque  à  double 
urseus  ou  au  serpent,  symbole  de  la  déesse  Uati.  Ces  divi- 
nités en  font  le  véhicule  des  faveurs  qu'elles  répandent  sur 
les  rois.  Il  parait  que  les  liqueurs  sacrées,  dont  nous  avons 
parlé  précédemment,  étaient  également  censées  posséder  la 
|.    propriété  de  communiquer  les  mêmes  dons.  C'est 
1    ce  que  montre  cette  figure  mystique',  qui  repré- 
li  sente  une  table  chargée  de  trois  vases.  Le  vase  du 
I     milieu,  traversé  par  le  1,  contient  la  liqueur  pos- 
'     sédant  les  propriétés  de  ce  symbole,  sans  doute  le 
SER  OU  le  t'eser,  tandis  que  les  deux  autres  sont  remplis 
de  l'eau  pure  de  libation,  dont  l'usage  donnait  la  vie,  ainsi 
qu'on  le  voit  par  les  deux  croix  ansées  qui  y  sont  sus- 
pendues. 

Aucune  variante,  bien  constatée,  ne  m'a  fourni  la  finale  du 
mot  que  représente  1  lorsqu'il  est  combiné  avec  le  signe  de 
la  vie.  A  la  vérité,  un  texte  de  basse  époque,  -s™  21  ■■ — 
T  1  TOÎs.'''  J^  '^  donne  des  millions  d'années  en  vie  et  en..., 


1.  Denkmàler,  III.  59  a.  Voyez  aussi  JII,  53,  M 

2.  Denkmàler,  IV,  pi.  III  a. 

3.  AmmoD  A  Alexandre  II,  Denkmàler,  IV,  3. 


RECHERCHES  SUR  LE  NOM  ÉGYPTIEN  DE  THÈBES   271 

semblerait  montrer  que  cette  finale  est  m,  mais  ce  texte  ne 
m'inspire  qu'une  médiocre  confiance.  On  lit  d'ailleurs,  dans 

une  inscription  des  temps  pharaoniques  :  •¥•  j'^^^^^'^::i::^===  \ 

où.  la  finale  pourrait  être  r.  Cette  légende  est  toutefois  sus- 
ceptible d'interprétations  diverses  et  n'a  rien  de  décisif.  Au 
poème  de  Pentaour,  se  rencontre  une  forme  indécise  que  je 

crois  être  •¥■  j|  3\  rappelant  un  peu  ?  j  ';  on  y  voit  aussi 
T Iwl^*'  Le  déterminatif  dieu,  dans  ces  deux  exemples, 
n'est  qu'un  signe  d'honneur  qu'on  remarque  souvent  à  la 
suite  des  expressions  se  rapportant  aux  rois  ou  aux  dieux. 
La  transcription  hiéroglyphique  du  même  document  donne 

la  forme  ordinaire  T"]*- 

De  même  qu'il  y  avait  deux  sortes  de  liqueurs  teser  et 
de  liqueur  SER,  il  existait  aussi  deux  sortes  de  sceptres  de  la 
forme  qui  nous  occupe.  J'en  rencontre  la  preuve  bien  claire 
et  bien  manifeste  dans  un  tableau  d'objets  funéraires  qui 
date  de  l'Ancien  Empire.  Je  veux  parler  du  tombeau  d'un 
personnage  nommé  Méru,  exploré  par  M.  Lepsius  à  El- 
Assassif  •.  Des  trois  colonnes  horizontales  reproduites  dans 
le  dessin  de  la  Commission  prussienne,  la  première  contient 
Tacte  de  consécration  ;  sur  la  troisième,  sont  représentés  les 
objets  consacrés,  et  la  colonne  intermédiaire  donne  les  noms 
de  ces  mêmes  objets,  dans  l'ordre  du  dessin,  avec  les  signes 
numériques  qui  en  font  connaître  les  quantités  offertes.  C'est 


1.  Denkmàler,  ITI,  246. 

2.  Papyrus  Sallier  III,  pi.  X,  lig.  9. 

3.  Cartouche  d'Âménophis  III,  Denkmàler,  III,  71  &,  3.  Le  signe  du 
féminin  s'explique  par  le  fait  que  l'animal  dit  coucoupha  porte  en  égyp- 
tien un  nom  du  genre  féminin,  comme  c'est  le  cas  en  français  pour  pan- 
thère, once,  hyène,  etc.  Voyez  Champollion,  Notices  y  [t.  I],  p.  294,  et 
Brugsch,  Recueil  de  Monuments.^  t.  II,  pi.  LXXI,  4. 

4.  Papyrus  Sallier  III,  pi.  XI,  lig.  4. 

5.  Brugsch,  Recueil  de  Monuments,  pi.  XXXII,  lig.  42. 

6.  Denkmàler,  II,  148  c  et  c?. 


272       RECHERCHES   SUR   LE  NOM   ÉGYPTIEN  DE  THÈBES 

donc  encore  un  de  ces  textes  précieux  qui  nous  fournissent 
de  sûrs  moyens  d'enrichir  le  vocabulaire.  On  y  trouve  suc- 
cessivement indiqués  : 

1 .200  vases  de  l'espèce  set  ; 

1.000  vases  h  anse  de  l'espèce  haken; 

120  chevets,  uols,  portant  le  nom  du  défunt; 

300  vases  de  l'espèce  sept; 

3.013  colliers  à  franges; 

2.320  ornements  ou  glands  nommés  ankhet; 

3.010  bracelets  ou  périscélides  de  quatre  différents  mo- 
dèles ; 

110  PAT,  objets  recourbés  à  leur  extrémité  supérieure  et 
dont  je  ne  distingue  pas  l'emploi; 

105  PAOUT,  espèces  de  gâteaux  ronds  ou  de  mets  préparés  ; 

346  PAOUT  d'une  autre  sorte,  placés  sur  des  supports. 

Viennent  ensuite  les  quatre  objets  suivants  :  î  11  9.  et  la 
partie  correspondante  de  la  légende  explique  qu'il  y  a  : 

205  J; 


210  |; 


110  ;^  ,  T'M  ; 

Et  320  9  ou  miroirs  \ 

Ainsi  donc,  bien  qu'absolument  identiques  de  forme,  il  y 
avait,  comme  nous  l'avons  dit,  deux  espèces  distinctes  de 
sceptres  à  tête  de  coucoupha,  dont  la  légende,  que  nous 
venons  de  reproduire  nomme  seulement  la  moins  impor- 
tante. C'est  le  t'am  ou  t'om,  qui  figure  ici  au  second  rang 
et  seulement  pour  105,  tandis  que  l'autre  espèce  était  en 

1.  L'énumération  comprend  encore  110  fouets,  320  arcs,  100  objets 
représentés  par  -¥-  ^^  nommés  aasaa,  200  supports  à  fourche  nommés 
AB-T,  enfin  100  autres  objets  indéterminables. 


RECHliRCHIiS   SUR   LE  NOM   ÉGYPTIEN   DE   THÈBES       273 

quantité  double  et  occupait  le  premier  rang  dans  l'énumé- 
ration. 

M.  de  Rougé  a,  je  crois,  signalé  le  premier  la  valeur  t'am^ 
t'amma\  et  depuis  lors  cette  valeur  phonétique  a  été  ac- 
ceptée pour  la  plupart  des  cas,  et  notamment  pour  le  nom 
de  Thèbes,  que  tous  les  égyptologues  n'ont  pas  cessé  de 
transcrire  t'amma  ou  t'om.  Mais  cette  lecture  est  très  excep- 
tionnelle, quoiqu'on  puisse  signaler  la  légende  ^^"^x  v 
^.  I*,  nom  d'une  divinité  qui  ne  porte  pns  le  1 ,  et  qui  est 

nommée  ailleurs       ï   _       r  et  .I^\     \  Un  document  de 

*jI  ^   \\A        ^=[}\\ 

bonne  époque  fournit  la  variante  ^^i  '  '^^^'  "'  ^^* 

douteux  que  l'objet  nommé  par  le  Rituel 

TAMM,  ait  quelque  rapport  avec  le  sceptre  à  tête  de  cou- 
coupha. 

Mais  le  phonétique  •^^^M>  uas,  par  contraction  6s,  as, 
n'est  pas  moins  bien  constaté.  C'est  le  nom  de  l'autre  espèce 
de  sceptre.  On  en  trouve  la  mention  au  Rituel,  qui  en  donne 
la  définition  suivante  :  Qu'il  explique  ce  qu'est  le  sceptre 

>Q^\  11.  Son  nom,  est-il  répondu,  c'est  le  donneur  de 

souffles'*. 

D'après  cette  définition,  on  voit  que  le  sceptre  uas  contri- 
buait au  rétablissement  ou  au  maintien  de  la  respiration, 
c'est-à-dire  à  Tune  des  conditions  les  plus  essentielles  de  la 
vie.  Il  semblerait  qu'une  idée  die  force,  de  pouvoir,  y  était 
aussi  attachée,  ainsi  que  le  démontrent  ces  paroles  d'Osiris 


1.  Inscription  d'Ahmès,  p.  132. 

2.  Denknxàlcr,  III,  79  a. 

3.  /6trf.,225,  nMO. 

4.  Sharpe,  2*  série,  20,  9. 

5.  Ibid.,  2-smV,  38, 16. 

6.  Todtcnbuch,  ch.  cxxix,  2;  ch.  c,  2. 

7.  Todtenbuch,  ch.  cxxv,  iig.  50  et  lig.  51. 

BiBL.   ÉOYPT.,   T.  X.  IS 


fl 


274   RECHERCHES  SUR  LE  NOM  ÉGYPTIEN  DE  THÈBES 

à  Philométor  P^  ;  1  ifl  fl  [0  ',  mon  sceptre  uas  donne  la 
puissance  à  ton  bras. 

C'est  en  imprimant  certains  mouvements  à  leurs  sceptres 
que  les  dieux  en  faisaient  jaillir  les  vertus  au  profit  de 
leurs  protégés.  De  là,  la  légende  citée  par  M.  de  Rougé  : 

wfl/vwwv^^  1  AA/vNAA^  agites,  secoues  vos  sceptres 

t'am.  Je  crois  que  l'idée  porter,  admise  ici  par  le  savant 
académicien,  est  insuffisante.  Mais  plus  ordinairement  le 
nom  de  l'insigne  lui-même  exprime  le  verbe  correspondant 

à  son  efficacité.  C'est  pour  ce  motif  que  le  verbe   |  Mr^» 

osoR,  est  figuré  par  le  sceptre  à  tôte  de  chacal,  symbole  de 
richesse,  d'abondance,  dejbrce*,  mais  nullement  de  garde, 
•  soutien,  comme  le  croyait  Champollion,  dont  les  idées  sur 
ce  point  sont  à  tort  encore  admises  par  quelques-uns  de  ses 
disciples.  A  l'égard  du  sceptre  uas,  ce  point  est  mis  en 

lumière  par  la  légende  suivante  :  1  fi        Yr     n         .  1  ' 

Ifl        Yr     li        ' — I  f^  ^  *j  faites  l'acte  VAS 


/VSA/SAA 


et  l'acte  sekhem  alternativement  ;  faites  l'acte  uas  avec 
votre  sceptre  uas  et  Vacte  sekhem  avec  votre  sistre  sekhem. 
Il  est  permis  de  supposer  que,  par  le  premier  de  ces  actes, 
les  dieux  distribuaient  la  force,  l'énergie  vitale;  l'autre  a 
trait  à  la  faculté  de  posséder  les  choses,  d'en  jouir.  Le  mot 

?^^  *  p^"--  ^^"^»*««  ?®k^'  ?S  ''  ?®l^ 

r     «*,  qui  fournissent  la  finale  h'm;  quant  au  signe  initial, 

1.  Denkmâlerf  IV,  25,  légende  d'Osiris.  Voyez  aussi  Denkmâler,  III, 
122  6. 

2.  Inscription  d'Ahmès,  loo.  laud. 

3.  Papyrus  magique  Harris,  p.  50,  et  Glossaire^  n*  161  ;  Les  Ins- 
criptions des  Mines  d'or^  p.  16  [cf.  p.  201,  note  1.  du  présent  volume], 

4.  Tombeau  de  Djétho,  au  Louvre;  Sharpe,  2*  série,  9, 12. 

5.  Voyez  Denkniàler,  III,  262  a  et  c,  et  254;  ibid.,  194,  ult.,  203,  224, 
225;  Papyrus  Sallier  IV,  pi.  V,  lig.  10;  IX,  lig.  10,  etc. 


RECHERCHES   SUR   LE   NOM   ÉGYPTIEN   DE  THÈBES       275 

c'est  une  espèce  de  sistre  nommé  [1  s ,  seh'em  *  ;  ce  qui 
nous  montre  que  le  groupe  comporte  une  s  initiale.  De  là  les 

variantes  P^^^»  P  |  ^"^^  ^^  P®^^'  ^^^  toutes  se 
prononcent  seh'em.  Sous  sa  forme  graphique  cursive,  le 
sistre  sekhem  se  confond  avec  des  signes  de  formes  ana- 
logues, mais  de  valeurs  phonétiques  bien  différentes,  four- 
nissant un  excellent  exemple  des  confusions  qui  ont  donné 
lieu  aux  hiéroglyphes  polyphoniques*. 
On  retrouve  la  valeur  uas  pour  le  sceptre  dans  la  légende 

qui  a  pour  variante  ^^37  If'  I V.  Cet  exemple  nous 

montre  qu'il  n'est  nullement  nécessaire  de  retrouver  les 
éléments  phonétiques  uas  pour  adopter  cette  lecture  au  lieu 
de  t'am,  et  il  faut  remarquer  que  le  son  uas^  contracté  en 

ôs,  explique  bien  l'orthographe:  |-<2=»-  |,  1o  |,  du  nom 

d'Osiris,  déjà  signalée  par  Champollion,  et  à  propos  de  la- 
quelle M.  Devéria  a  fait  une  excellente  remarque*. 

Un  texte  de  l'Ancien  Empire*  me  semble  jeter  quelque 
lumière  sur  les  analogies  qui  ont  pu  déterminer  remploi  du 

sceptre  comme  initiale  du  groupe  1  Vi^"^fe^ ,  délabrement, 

ruine.  Un  personnage  y  raconte  qu'il  a  considérablement 
embelli  les  monuments  funéraires  de  ses  ancêtres,  «  réta- 

1.  Denkmàler^  IV,  62  ^. 

2.  L'antiquité  classique  a  connu  la  puissance  mystérieuse  du  sistre. 
Au  temple  délais,  à  Pompéi,  la  déesse  est  représentée  tenant  de  la  main 
droite  un  de  ces  instruments.  «  Et  irato  ferlai  mea  luminii  slsiro  » 
(Juvénal,  Satires^  XIII,  v.  93);  «  Te  oninipotens  et  oniniparcns  Dca 
Syria  cœcuni  reddat  »  (Apulée,  Métamorphoses ,  VIII).  Les  mouve- 
ments qu'on  devait  imprimer  aux  sistres  sont  mentionnés  par  Plu- 
tarque,  De  Iside  et  Osiride,  ch.  Lxni.  Voyez  aussi  Tibulle,  Élégies,  III; 
Martial,  XIV;  Ovide,  Ide  Ponio,  él.  I. 

3.  Denkmàler,  III,  79,  3*  rang.  L*5  finale  ne  laisse  aucun  doute  sur  la 
lecture,  malgré  la  disparition  des  premiers  signes. 

4.  Notice  sur  le  basilicogrammate  Thoiith,  p.  6  [t.  L  P»  39,  note  1, 
des  Mémoires]. 

5.  Denkmaler,  II,  113  b. 


276       RECHERCHES   SUR   LE   NOM   ÉGYPTIEN    DE   THÈSES 

»  blissantro  qui  avait  été  détruits  et  P^jl^^û^^ 
»  ^^.  ('].  5MU  KEMi-T  UAs,  renouvelant  ce  qui  avait  été 
»  trouvé  vieux  ».  L'idée  de  vétusté  est  ici  évidente;  c'est 
le  copte  «.c,  ce.  Il  est  intéressant  de  comparer  cette  légende 
avec  celle  que  nous  avons  citée  page  15  ci-devant. 

Cette  idée  de  vétusté  n'a  probablement  aucun  rapport 
avec  celle  que  symbolise  le  sceptre;  cependant  il  n'est  pas 
impossible  que  la  notion  d'une  extrême  prolongation  de  la 
vie  ou  de  la  durée  n'en  soit  le  fonds  commun,  et  que  nous 
ne  trouvions  ici  certaine  connexité  comme  entre  les  expres- 
sions vieillesse,  vétusté  et  longévité. 

Cette  valeur  vieillesse  f^ornit  nu  surplus  acceptable  dans 

la  formule  |  ir^^^^'^^^l  '  '^^  années  après  la 
vieillesse,  c'est-à-dire  les  années  de  l'homme  très  avancé  en 
âge.  Elle  se  trouve  au  Livre  des  préceptes  de  Ptah-Hotep', 
à  la  fin  d'un  paragraphe  contenant  des  recommandations 
que  je  ne  me  flatte  pas  de  comprendre  clairement  ;  le 
vieux  philosophe  s'exprime  ainsi  :  Ne  fais  pas  cela  à  qui 
s'approche  de  toi  :  c'est  l'ordre  d'un  homme  qui  possède  les 
années  de  la  vieillesse.  Je  rencontre  quelque  chose  d'ana- 
logue dans  un  autre  document  de  l'Ancien  Empire';  un 
fonctionnaire  d'Osortasen  P^  nommé  Entef,  fils  de  Sen,  y 
réclame  Tassistance  des  dieux  en  vantant  snns  mesure  ses 

propres  vertus.  Dans  ce  texte,  la  locution    |.  a1,  après 

la  vieillesse,  est  en  antithèse  avec   ^  ^\     >  ciprès  les 

années.  Il  y  a  en  définitive  certaine  vraisemblance  que  le 
j  caractérise  les  qualités  physiques  qui  assurent  la  longueur 


1.  ^  ^__^  -^b^  ,  usT^  mot  nouveau  pour  moi,  qui  a  le  son  et  le  sens 

de  Tanglais  ivaste, 

2.  Papyrus  Prisse,  XV,  2. 

3.  Sharpe,  2»  série,  pi.  LXXXIV,  lig.  2,  3  et  4. 


1 


RKCHERCHES   SUR   LE   NOM    ÉGYPTIEN    DE   THKBES       277 

de  la  vie,  et  qu'il  représentait  quelquefois  la  longévité,  l'an- 
tiquité, la  durabilité. 

Indépendamment  des  valeurs  phonétiques  que  nous  venons 
de  passer  en  revue,  le  sceptre  étudié  paraît  en  avoir  admis 
plusieurs  autres.  Sans  citer  des  formes  indécises  et  peut-être 
incorrectes*,  nous  mentionnerons  cependant,  outre  semsem 
déjà  cité,  le  nom  du  chacal  divin  (         ^  '^^ww  |,  anepun, 

que  deux  variantes  réduisent  à  la  forme  ]    '  '.  Ici  le  sceptre, 

/www 

à  lui  seul,  écrit  le  mot  Anepu  (Anubis). 

Les  lecteurs  qui  auront  suivi  avec  un  peu  d'attention  la 
discussion  qui  précède  conviendront  avec  nous  que  rien 
absolument  ne  nous  autorise  à  assigner  au  nom  de  Thèbes, 

,  le  phonétique  djom  ou  djam.  En  présence  des  valeurs 

diverses  que  nous  avons  reconnues,  le  mieux  serait  de  dé- 
clarer notre  entière  ignorance  à  l'égard  du  choix  à  faire 
entre  elles.  Nous  avons  cependant  obtenu  un  résultat,  celui 
do  démontrer  le  peu  d'autorité  de  la  transcription  admise 
aujourd'hui  par  tous  les  égyptologues  sans  exception. 

Le  terrain  étant  ainsi  déblayé,  nous  n'hésiterons  pas  à 
accepter  une  donnée  nouvelle  qui  se  présenterait  avec  un 
caractère  de  spécialité. 

Or,  c'est  précisément  ce  que  nous  fournissent  deux  impor- 
tants monuments  de  l'Ancien  Empire.  Il  s'agit  de  deux  ins- 
criptions sculptées  sur  les  rochers  d'Hammamat,  où  nous 
ont  été  conservées  de  précieuses  indications  que  les  Pasteurs 
n'ont  pu  atteindre.  Le  premier'  est  daté  du  15  de  paophi, 
en  l'an  II  de  Mantuhotep  Ra-neb-ta  (le  Mantuhotep  III  de 
M.  Lepsius).  Le  dédicateur  du  monument  s'exprime  ainsi  : 
«  Le  roi  fit  partir  le  noble  préfet  civil,  V  intendant  des  tra- 
»  vaux  qui  remplit  le  cœur  du  roi,  Amenem/ia,  avec  des 

1.  Denkmdler,  II,  144,  9;  ibld,^  III,  56,  adroite,  etc. 

2.  Ihid,,  III,  79,  3'  rang;  225,  à  la  lin. 

3.  Ibid.,  II,  149  ci,  9. 


I  I  1 


278      RECHERCHES   SUR   LE  NOM   ÉGYPTIEN   DE  THÈBES 

»  soldats  ail  nombre  de. . .  (effacé),  des  procinces  méri- 

»  dionales         i  i ,  de  la  réqion  du  Midi    ^    vS  ©    ,  les- 

»  quels  étaient  dans  la  ville  d'Obè,  pour  amener  la  précieuse 
))  pierre  qu'on  trouve  dans  la  montagne.  »  L'expression 

^  "  "^  J  V 1  '  h'enti-u  obè,  dans  laquelle  la  pré- 
position est  affectée  du  signe  du  pluriel,  me  semble  se 
rapporter  aux  soldats. 

La  seconde  inscription^  est  du  3  de  pachons,  en  l'an .VIII 
d'un  pharaon  dont  le  prénom  seul  est  connu  (S-onkh-ka-ra). 
Comme  dans  le  premier  cas,  le  dédicateur  y  rend  compte 
d'une  mission  aux  carrières  d'Hammamat  :  «  Il  quitta  Cop- 
))  tos,  accompagné,  par  l'ordre  du  roi,  de  soldats  du  Midi, 
»  venant  d'Obè.  »  Le  passage  est  un  peu  mutilé,  mais  il  n'y 

a  rien  de  douteux  pour  nous  dans  la  phrase  •  fe^  '  i  ^^ 
^  J  y ,  1    ,  des  soldats  du  Midi,  d'Obè. 

Il  était  d'usage,  à  cette  époque,  d'indiquer  l'origine  des 
troupes  employées  dans  des  expéditions  lointaines  ;  on 
trouve  un  bon  exemple  de  cet  usage  dans  l'inscription 
d'Améni',  traduite  par  M.  Birch'.  Ce  personnage  raconte 
qu'//  était  parti  avec  six  cents  hommes  des  plus  courageux 
du  nome  de  Sahou. 

Nous  voici  donc  en  possession  d'un  nom  géographique 

•^'^  J  v^   1.,  OBK,  déterminé  dans  un  cas  par  le  sceptre 

a  tétc  de  coucoupha,  duquel  pend  une  espèce  de  draperie, 
et  dans  le  second,  ayant  de  plus  l'indice,  un  peu  indistinct, 
il  est  vrai,  de  la  plume  de  la  justice,  en  un  mot  muni  des 
symboles  le  plus  ordinairement  usités  dans  le  nom  de 
Thèbes;  il  est  en  outre  superposé  au  signe  d'honneur, 
comme  le  furent  dans  certains  cas  les  noms  des  nomes.  Les 

1.  Dcnkmaîert  II,  150a. 

2.  Ibid.,  II,  122.  Voyez  lig.  14, 15. 

3.  On  a  rcmarhable  Inscription  of  thc  ticclfth  Dr/nasO/.  Voyez  aussi 
Pupurus  Anastasi  I,  pi.  XVII,  lig.  3;  Denkmàler,  IL  137  c. 


RECHKRCHES   SUR   LE   NOM    ÉGYPTIEN   DE   THÈBES       279 

textes  dans  lesquels  nous  rencontrons  ces  groupes  per- 
mettent parfaitement  de  les  appliquer  soit  à  la  ville  de 
Thèbes,  soit  à  la  Thébaïde,  et  je  crois  fermement  qu'il  doit 
en  être  ainsi  :  mais  en  fût-il  autrement,  ce  ne  serait  pas  un 
motif  pour  ne  pas  reconnaître,  dans  les  éléments  phoné- 
tiques que  nous  trouvons  ici,  le  véritable  radical  du  nom  de 

En  effet,  le  nom  de  1     est  du  genre  féminin  ;  c'est  ce  que 

démontre  positivement  l'emploi  du  possessif  s  dans  le  pas- 
sage suivant  d  une  inscription  gravée  par  les  ordres  de 
Thothmès  P'  à  l'île  de  Tombes,  sur  les  confins  de  TÉtliiopie. 
Le  Pharaon  y  célèbre  pompeusement  les  faveurs  qu'il  a 

agrandir  les  bornes  de  Thèbes,  et  la  murer  entièrement 
par-deoant;  les  Barbares  Herusha  travaillant  pour  elle. 

En  outre  de  l'utile  renseignement  grammatical  que  nous 
livre  le  texte,  nous  y  trouvons  une  indication  importante 
à  propos  du  mur  ou  rempart  établi  en  avant  do  Thèbes.  Ce 
rempart  est  mentionné  dans  d'autres  textes,  notamment  par 
l'inscription  d'Amada,  où  il  est  dit  qu'Aménophis  II  y  fît 
pendre  six  chefs  asiatiques*.  Il  s'agissait  probablement  d'un 
système  de  fortifications  protégeant  la  ville,  au  moins  du 
côté  du  désert  Arabique.  Les  cent  portes  par  lesquelles  sor- 
taient vingt  mille  chars  armés  ne  trouvent  guère  leur  expli- 
cation dans  les  pylônes  placés  en  avant  des  temples,  non 
plus  que  les  passages  souterrains  par  lesquels  les  Pharaons 
pouvaient  envoyer  leurs  troupes  au  dehors,  à  l'insu  des 
habitants  '. 


1.  Denknullrr,  III,  pi.  V,  lig.  3. 

2.  /6/d.,  III,  65,  lig.  16.  Voir  Inscriptions  des  Mines  d*o/\  p.  19 
[p.  207-208  du  présent  volume]. 

3.  Pli.ne,  Histoire  naturelle,  liv.  XXXVI,  ch.  xiv. 


880       RECHERCHES   SUR   LE  NOM    ÉGYPTIEN   DE   THÈSES 


Personnifiée  sous  les  traits  de  la  déesse  belliqueuse  \    Q 
w  yt  Q  ^  h  mit 

^^71  ou   L  Thèbes  nous  apparaît  comme  une  cité 

martiale,  dont  le  type  divin,  armé  de  la  lance,  de  l'arc  et 
do  la  hache  d'armes,  assure  aux  Pharaons  la  domination 
sur  toutes  les  nations  \  Retrouvera-t-ou  quelques  débris  de 
la  ville  habitée  et  des  fortifications  qui  la  défendaient,  et 
que  mentionnent  nos  textes  ?  A  cette  question  pourront 
peut-être  répondre  les  explorateurs  habiles  qui  ont  fait  de 
si  riches  moissons  au  milieu  des  ruines  des  temples  et  des 
palais  de  l'ancienne  capitale  des  Pharaons. 

Avec  l'article  féminin  o,  ^^1^.  t,  ta,  le  nom  d'Obè  est 
devenu  tôbè.  C'est  ainsi,  pour  citer  un  cas  bien  constaté, 
que  U  ,  AELAK,  avec  l'article  masculin  Q-^^^'^v  »  p» 
PA,  Cîit  devenu  p-aelak  et  par  contraction  m'A&K.  où  les 
Grecs  ont  puisé  «ï>(Xai,  Philae.  Il  est  inutile  de  rappeler  encore 
une  fois  la  variabilité  des  sons  voyelles,  que  je  transcris 
d'une  manière  conventionnelle.  Tôbè,  peut-être  têbè,  a 
formé  le  grec  ei^ri.  C'est  un  point  qui  me  paraît  désormais 
acquis  à  la  science*. 

Il  nous  reste  à  faire  remarquer  que  les  textes  originaux 

nous  signalent  |     ,  et.  non  (1     n         ,  comme  le  nom  usuel 

de  Thèbes.  A  propos  de  la  description  d'un  édifice  élevé  par 
Ramsès  II  dans  la  Basse-Egypte,  un  papyrus  affirme  qu'il 
n'y  avait  rien  qui  pût  lui  être  comparé  parmi  les  édifices  de 

j     ,  Têbè'.  C'est  Tébè,  et  non  Apetu,  qui  est  la  ville  d'Am- 

mon,  ainsi  qu'on  l'a  vu  dans  un  exemple  déjà  cité  et  qu'on 
le  retrouve  dans  un  discours  du  grand  prêtre  Her-Hor  à  ce 


1.  Dcnkmalcr,  III,  221  ij  ;  ibid.,  252;  ihid,,  145. 

2.  n^Ç\  a  formé  le  copte  ne;  de  là,  la  transcription  è  que  j'adopte 

pour  le  dernier  signe. 

3.  Pupfirus  Anastasi  III ^  pi.  II,  lig.  1.  Au  papyrus  Abbott  sont 
mentionnes  les  fonctionnaires  de  l'occident  de  la  ville,  ou  de  Toccident 
de  Têbè. 


rkcherche:s  sur  le  nom  kgyptikn  de  thèbks     281 

dieu\  Ammon,  qui  réside  dans  Apelu  (le  grand  temple  de 
Karnak),  est  le  roi  de  la  Thébaïde,  V ancien  dans  Hermontlu's, 

11  y  a  aussj  une  déesse  Apet,  (I  ^  ^:!iè^  1  wj  '  '  ^P^^* 
la  grande  maîtresse  des  dieux.  Coilïcc  du  bynibule  Q  et  des 
cornes  d'Hathor,  elle  nous  apparaît  comme  une  déesse  paci- 
fique, personnifiant  les  sanctuaires  établis  sur  la  rive  droite 
du  Nil  à  Thèbes.  Sous  ce  caractère,  elle  reçoit  le  titre  de 
génitrice  des  dieux. 

Nous  pouvons  actuellement  reconnaître  Tautorité  de  la 
tradition  qui  rapporte  que  le  nome  de  Thèbes  ou  la  Thébaïde 
avait  emprunté  son  nom  à  sa  métropole.  Ce  nom  de  nome 

est  en  effet  \  ___,  c'est-à-dire  qu'il  est  formé  radicalement 
par  rhiérogly|)he  1,  de  la  môme  manière  que  celui  deTébè. 
Si  la  transcription  Apktu  a  quelque  analogie  de  son,  néan- 
moins on  ne  trouve  jamais  (1    Q     dans  le  nom  de  nome,  et 

les  hiéroglyphes  s'opposent  absolument  à  toute  confusion 
sous  ce  rapport». 

Notons  encore,  pour  assurer  nos  conclusions,  deux  faits 
qui  ont  leur  importance  :  ^ 

1**  L'emploi  de  la  voyelle  initiale  (E,  dans  ?  *,  ce  qui 
convient  parfaitement  à  notre  lecture  ôbè.  Le  groupe  est  ici 
disposé  comme  «A ,  ut'a  ; 

2^  L'emploi  de  la  finale  b  dans  le  groupe  j  j  jf  *,  qui 
est,  selon  M.  Brugsch,  le  nom  du  nome  aphroditopolite  et 
dont  ce  savant  cite  la  variante  11.  Ceci  prouve  que  la  finale 

1.  Dcnkmâler,  III,  249  d. 

2.  Ibid.,  III,  246. 

3.  Le  nom  copte  de  la  Thébaïde  est  ^h&«^cic.  CharopoiUon  a  cité 
pour  Thèbes  une  forme  T«^ne,  qui  ne  m'est  pas  connue. 

4.  Denkindlery  IV,  85  a. 

5.  Ihid.,  III,  124,  14. 


282       RECHERCHES   SUR   LE  NOM   ÉGYPTIEN    DE   THÈBES 

B  est  bien  du  nombre  de  celles  qu'admet  le  signe  j ,  quoi- 
qu'elle ne  soit  pas  toujours  figurée.  M.  Birch  a  trouvé  la 
forme  1  J  j  J     dî^ns  un  papyrus  du  Musée  britannique'. 

Ce  savant  transcrit  gebgeb.  C'est  certainement  abab,  l'ar- 
ticle n'étant  pas  exprimé. 
Nous  terminerons  cette  étude  en  proposant  l'adoption  de  la 

lecture  Têbè  pour  le  groupe  1     .  C'est  un  point  de  quelque 

intérêt,  non  seulement  en  vue  de  l'explication  du  nom  de 
Thèbes,  mais  encore  en  raison  des  nombreuses  dénomina- 
tions de  localités,  de  fonctions,  de  titres  royaux  et  divins, 
de  noms  de  personnes,  etc.,  dans  lesquels  ce  groupe  entre 
comme  élément'. 


APPENDICE 

Dans  la  dissertation  qui  précède  et  qui  s'adresse  surtout  aux 
égyptologues,  j*ai  laissé  sans  transcription  un  certain  nombre  de 
textes  hiéroglyphiques.  Pour  les  continuateurs  de  ChampoUion, 
les  transcriptions  ne  présentent  d'intérêt  que  lorsqu'elles  éclairent 
dos  signes  douteux  ou  nouveaux  ;  pour  le  public  non  initié,  elles 
restent  généralement  sans  aucune  utilité. 

Il  y  a  peu  d'années  encore,  lorsque  les  procédés  de  Tégyplologie 
étaient,  de  la  part  d'un  grand  nombre  de  savants  et  même  d'orien- 

1.  Reçue  archcolotjiquc  [2*  série],  1863,  t.  II,  p.  126. 

2.  L'un  de  ces  noms  to^l      wi  *  qu'on  lisait  Sha-em-djom, 

devient  Shaemtêbè  {id  est  :  le  couronné  dans  Thèbes).  La  lecture  du 
signe  &,  sur  laquelle  j'ai  longtemps  hésité,  est  prouvée  par  les  variantes 

du  nom  du  perséa,   igAc,   Q-4mA,  s'ob  (Derthmàler^  III,  141,  a)\ 

f-TT-i  jQ    1  A,  s'oB,  Brugsch,   Recueil  de  Monuments,  XXXVI,   1; 

^'^fl'^  J^O'  ^*^"^^"  (^m/rus  d'Orbineii,  pi.   XVI, 

lig.  lu;. 


RECHERCHES   SUR   LE   NOM   ÉGYPTIEN   DE   THÈBES       283 

talistes,  l'objet  de  doutes  sérieux,  il  pouvait  être  nécessaire  de 
placer  sous  les  yeux  du  lecteur  les  mots  que  nous  savons  lire  si 
aisément  dans  ces  innombrables  signes.  Chacun  pouvait  ainsi  se 
rendre  compte  de  la  persistance  de  nos  lectures  et  de  Tidentité 
générale  de  nos  vues.  Mais  aujourd'hui  il  est  difficile  d'admettre 
que,  parmi  les  hommes  éclairés,  il  s'en  trouve  un  seul  qui  refuse 
sa  confiance  à  une  méthode  scientifique  qui  s'affirme  par  tant  de 
travaux  consciencieux,  et  dont  les  adeptes  portent  des  regards  si 
assurés  dans  les  plus  profonds  arcanes  du  passé. 

Les  personnes  qui  connaissent  le  mécanisme  des  hiéroglyphes 
comprendront  aisément  que  nul  système  de  transcription  ne  saurait 
réussir  à  représenter  fidèlement  la  forme  originale  des  textes. 
Comment,  en  efïet,  figurer  les  signes  syllabiques,  tantôt  employés 
seuls,  tantôt  avec  l'addition  de  l'initiale,  tantôt  avec  celle  de  la 
finale,  quelquefois  enfin  avec  l'une  et  l'autre  ensemble?  Comment 
faire  sentir  la  présence  ou  l'absence  des  voyelles  de  valeur  variable, 
qui  parfois  surabondent  et  ailleurs  manquent  complètement?  La 
présence  ou  l'absence  des  déterminatifs  dont  le  rôle  est  si  impor- 
tant dans  l'écriture,  surtout  lorsqu'ils  remplacent,  à  eux  seuls,  les 
expressions  phonétiques,  souvent  multiples,  dont  ils  sont  les  sym- 
boles! Et  ce  ne  sont  pas  les  difficultés  les  plus  grandes,  car  je  n'ai 
pas  parlé  des  bizarreries  orthographiques. 

Ainsi  donc  rien  ne  peut  remplacer  les  textes  originaux,  que  le 
caractère  de  l'Imprimerie  impériale  permettrait  de  reproduire  avec 
toute  l'abondance  désirable,  si  les  règlements  de  cet  établissement 
étaient  en  harmonie  avec  les  besoins  de  la  science.  Il  suit  de  là  que 
tout  système  de  transcriptions  est  en  lui-môme  une  chose  assez 
indifférente,  pourvu  toutefois  qu*il  ne  soit  pas  calculé  de  manière 
à  induire  en  erreur  sur  le  véritable  caractère  de  la  langue  égyp- 
tienne. 

Or,  tel  est  précisément,  selon  moi,  le  cas  d'un  système  dont 
M.  Brugsch  paraît  être  le  plus  ardent  promoteur. 

On  a  trouvé  dans  les  hiéroglyphes  une  cinquantaine  de  mots 
hébreux,  chaldéens  ou  syriaques,  transcrits  d'après  des  règles  à 
peu  près  constantes;  puis,  au  moyen  de  ces  transcriptions,  on  a 
formé  un  alphabet  qu'on  appelle  sémitico-égyptien,  et  qu'on 
applique  d'emblée  à  la  langue  hiéroglyphique  tout  entière.  Ce 
système  viole  à  la  fois  les  principes  qui  ont  présidé  à  la  formation 


284   RKCHKRCHES  SUR  LE  NOM  ÉGYPTIEN  DE  THÈBES 

de  Talpbabet  copte  et  les  conséquences  qu'on  peut  tirer  des  trans- 
criptions égyptiennes  des  mots  persans,  grecs  ou  latins. 

Jusqu'à  présent  les  principiiux  égyptologues,  tels  que  MM.  de 
Rougé,  Lepsius,  S.  Birch,  Goodwin,  Le  Page  Renouf,  etc.,  sont 
demeurés  dans  les  vrais  principes,  et  les  vues  nouvelles  restent  le 
partage  de  deux  ou  trois  adeptes  seulement.  Il  est  toutefois  néces- 
saire de  discuter  la  question  avec  quelques  détails,  et  c'est  ce  que 
je  me  propose  de  faire  dans  un  travail  qui  m'occupe  en  ce  moment. 
En  attendant,  je  crois  devoir  élever  la  voix  pour  inviter  les  égypto- 
logues qui  conserveraient  quelques  hésitations  à  réserver  leur  opi- 
nion jusqu'à  Tapparition  de  mon  livre.  J'espère  démontrer  que  la 
pénétration  de  l'égyptien  par  quelques  mots  sémitiques  est  un  fait 
bien  incomplètement  observé  par  ceux  qui  en  prennent  texte  pour 
réformer  Torthographe  hiéroglyphique. 

Je  m'appuierai  sur  des  textes  qui  prouvent  que  l'engouement  de 
certains  littérateurs  de  l'époque  des  Ramsès  pour  les  mots  et  les 
tournures  sémitiques  fît  le  désespoir  des  scribes  classiques  de  la 
vieille  Egypte.  Ces  derniers  critiquèrent  amèrement  une  adultéra- 
tion de  la  langue  nationale  qui  rendait  les  écrits  hybrides  aussi 
inintellif/ibles  que  Vêtait  pour  les  Efiyptiens  méridionaux  le  lan- 
gage de  la  population  mèb^e  du  nord-est  du  Delta,  population 
chez  laquelle  M.  Mariette  a  retrouvé  de  nos  jours  le  type  sémitique 
encore  bien  conservé. 

Utile  au  regard  de  l'observation  spéciale  des  mots  sémitiques 
introduits  dans  l'égyptien,  l'alphabet  sémitico-égyptien  doit  être 
strictement  limité  à  cet  emploi.  Quant  à  la  langue  égyptienne,  elle 
est  fidèlement  représentée  par  le  copte  ;  aussi  le  meilleur  système 
de  transcription  serait  évidemment  l'alphabet  copte;  telle  était  du 
reste  la  manière  de  voir  de  Champollion,  à  laquelle  on  n'a  renoncé 
que  pour  éviter  des  confusions  entre  les  mots  réellement  coptes  et 
les  mots  purement  égyptiens.  Cet  inconvénient,  qui  est  réel,  dis- 
paraîtrait si  l'on  se  servait  à  la  fois  de  deux  types  coptes  avec 
affectation  spéciale.  Les  ressources  de  l'Imprimerie  parisienne  per- 
mettront aisément  l'adoption  de  ce  système. 

Dans  tous  les  cas,  il  est  incontestable  que  la  transcription  de 
l'égyptien  en  lettres  modernes  doit  obéir  aux  mêmes  lois  que  celle 
du  copte.  Cette  transcription  ne  présente,  en  ce  qui  touche  la 
représentation  des  articulations  de  la  langue  parlée,  aucune  diflS- 


RKCHERCHES  SUR  LE  NOM  ÉGYPTIEN  DE  THÈBES   285 

culte  qui  ne  se  rencontre  au  même  degré  dans  l'hébreu,  l'arabe,  le 
sanscrit,  etc.  Aussi  les  méthodes  adoptées  par  les  orientalistes 
satisfont  pleinement  aux  conditions  du  problème,  et  les  égypto- 
logucs  n'ont  nul  besoin  de  se  singulariser  sous  ce  rapport.  Lorsque 
des  savants  versés  dans  l'étude  des  langues  orientales  auront  admis, 
pour  les  mois  coptes  ^po'J-,  pioT,  les  transcriptions  xredi,  rod,  on 
pourra  comprendre  qu'on  veuille  représenter  sous  ces  formes 
étranges  les  mots  tout  semblables  de  la  langue  antique.  Mais,  en 
attendant,  le  plus  sûr  est  de  s'en  tenir  aux  excellents  principes  de 
Pcyron. 

Ces  considérations  trouveront  leur  développement  dans  l'ou- 
vrage que  je  prépare.  J  ajouterai  ici  une  courte  observation  sur  ce 
que  j'ai  nommé  les  bizarreries  orthographiques  de  récriture 
hiéroglyphique^ 

Mes  idées  n'ont  pas  été  admises  par  tous.  On  a  trouvé  plus  com- 
mode de  traiter  d'étourderies  d'écolier  ou  d'erreurs  accidentelles  les 
singularités  que  j'ai  signalées  comme  un  écueil  de  f/lus  à  surmonter 
dans  V investigation  des  textes.  En  persistant  dans  leur  manière  de 
voir,  mes  contradicteurs  se  préparent  de  nombreuses  déceptions; 

ils  hésiteront  sans  doute  à  reconnaître  la  préposition  sous  la 

forme  ^^»  ^tii  est  celle  du  verbe  tomber,  et  qu'on  rencontre 

dans  des  monuments  d'ordre  très  élevé.  Ce  serait  un  singulier 
lapsus  calami  que  celui  qui  consisterait  à  ajouter  à  une  particule 
qui  veut  dire  en,  auprès^  la  figure  d'un  homme  étendu  à  terre. 
Pour  avoir  méconnu  l'attention  que  réclame  ïorthographe  abusive, 
mon  savant  ami,  M.  Th.  Devéria,  s'est  mépris  dans  deux  passages 
de  l'inscription  du  grand  prêtre  Bak-en-Khons".  Je  veux  parler 

de  la  formule  gA  S^  M ,  nok  ker  ma,  dans  laquelle  la 

préposition  est  figurée  par  le  verbe  QA .  Cette  formule  est 


d'occurrence  fréquente;  elle  signifie  :  Moi  f  ai  la  vérité,  je  possède 
la  vérité^  ;  on  trouve  aussi  uet-a  ker  ma,  mon  cœur  possède  la 

1.  Voir  mes  Mélanges  ègyptologiques  [1"  série],  p.  99. 

2.  Monument  biographique  de   Bakenkhonsou,  Paris,  1862  [repro- 
duit au  t.  II,  p.  275-324,  des  Mémoires  et  Fragments  de  Devéria]. 

3.  Litt.  :  Moi,  avec  la  vérité. 


286       RKCHERCHES   SUR   LE   NOM    ÉGYPTIEN   DE   THÈBES 

rt^rité.  M.  Devéria  a  introduit  ici  un  verbe  d'élocution  qu'il  croit 
signifier  proclamer,  énoncer,  et  il  me  cite  à  ce  propos,  ce  qui  me 
met  à  Taise  pour  signaler  ma  propre  erreur,  tout  en  rappelant  que 
je  suis  depuis  longtemps  revenu  sur  cette  valeur*,  à  la  suite  d'une 
suggestion  de  M   Goodwin*. 

Le  verbe  V  9^'  Rwpo  ',  signifie  se  (aire,  garder  le  silence. 

Le  passage  du  papyrus  Prisse,  auquel  M.  Devéria  fait  allusion, 
énumërc  les  infirmités  de  la  vieillesse;  j'avais  traduit  :  La  bouche 
crie  (pousse  des  sons  inarticulés-,  elle  ne  parle  pas.  Mais  le  véri- 
table sons  eî>t  :  La  bouche  reste  muette,  elle  ne  parle  plus,  A  la 
suite  d'un  colloque,  l'un  des  interlocuteurs,  se  taisant^  ne  répond 
pas  : 

^    g7\  .JU.^  C3SZD  J  QA  K-a^  ,  Rtopo  «Lit-OTigÀ-q. 

Je  pourrais  citer  plusieurs  passages  encore  plus  concluants.  Ainsi 
donc,  la  phrase  nok  ker  ma  ne  peut  donner  lieu  à  la  moindre 
équivoque  ;  mais  il  fallait  ne  tenir  aucun  compte  du  déterminatif 
des  actions  de  la  bouche,  que  le  scribe  y  a  introduit  par  un  de  ces 
caprices  singuliers  dont  les  exemples  ne  sont  pas  très  rares  \ 

1.  Mélanges  c(/f/ptolo(/ifjucs  [r*  série],  p.  96. 

2.  A  roccasion  d'un  travail  fait  en  commun,  entre  M.  Goodwin  et 
moi,  sur  le  papyrus  AnastasI  I,  et  principalement  sur  le  voyage  en 
Palestine  et  en  Syrie  qui  termine  cet  important  manuscrit,  un  certain 
nombre  de  dinicultés  de  la  langue  et  de  l'écriture  ont  été  résolues.  Comme 
ce  travail  ne  pourra  paraître  que  vers  la  fln  de  l'année,  j'ai  cru  devoir 
signaler,  dans  mes  Mélanges  èf/t/ptologifiucs  [V*  série],  les  découvertes 

les  plus  importantes.  J'aurais  pu  y  joindre  l'explication  du  verbe  MO   ^ , 

KATNU,  qujlquefois  kat,  sans  la  nasale.  C'est  le  copte  crrot,  dormir, 
M.  Brugsch  Ta  reconnu  de  son  côté  dans  une  phrase  des  plus  claires. 
Cette  constatation  fournit  une  preuve  de  plus,  surabondante  selon  moi, 

de  la  lecture  katks'  pour  le  nom  de  A  J^ ,  ïhp,  le  plus  fameux 

sanctuaire  de  la  Syrie  avant  1  époque  de  1  Exode. 

3.  Le  système  sémitico-égyptien  ferait  de  ce  mot  gr,  gor. 

4.  L'erreur  que  je  relève  ici  porte  sur  un  détail  sans  importance  dans 
le  travail  de  M.  Devéria,  l'une  des  plus  intéressantes  publications  de 
ces  derniers  temps.  La  hiérarchie  du  sacerdoce  d'Ammon  y  est  claire- 


RECHERCHKS   SI:R   LR   NOM    KGYPTIEN   DK  THÈBEIS       287 

Malgré  ses  immenses  progrès,  la  science  égyptologique  D*à  pas 
dit  son  dernier  mot  :  aussi  ne  faut-il  pas  se  hâter  de  proclamer  des 
règles  auxquelles  on  devra  renoncer  demain.  D*après  un  excellent 
principe  de  M.  Goodwin,  nous  devons  nous  maintenir  l'esprit  à 
Tétat  plastique,  c'est  à-dire  disposé  à  recevoir  toutes  les  impres- 
sions nouvelles  que  nous  réserve  Texamen  des  textes,  tant  qu'il 
restera  des  points  ignorés. 

ment  exposée.  On  y  voit  aussi  que  les  Egyptiens  considéraient  comme 
l'enfance  proprement  dite  les  quatre  premières  années  de  la  vie;  qu'en- 
suite l'enfant  était  mis  aux  écoles  préparatoires  pendant  douze  ans.  A 
dix-sept  ans,  il  pouvait  obtenir  la  dignité  de  simple  prôtre 


LKS 


PAPYRUS  HIÉRATIQUES  DE  BERLIN 

Récits  d'il  tj  a  quatre  mille  ans 


AVEC  UN 


INDKX    GEOGRAPHIQUE   ET    DEUX    PLANXHES    DE    FAC-SIMILE 


AVANT-PROPOS 

L'attention  des  savants  vient  d'être  vivement  excitée  par  l'expli- 
cation sommaire,  due  à  ^^.  le  vicomte  de  Rougé,  de  l'inscription 
du  roi  éthiopien  Piankhi,  découverte  par  M.  Mariette  au  mont 
Barkal.  Cette  vaste  page  de  pierre  nous  introduit  à  la  connaissance 
de  personnages  et  de  faits  nouveaux,  très  importants  pour  l'his- 
toire de  rÉgypte  vers  l'époque  qui  vit  finir  la  domination  des 
Bubastites;  elle  démontre  une  fois  de  plus  combien  sont  incom- 
plètes et  incertaines  les  informations  que  nous  ont  conservées  les 
anciens  annalistes,  même  pour  une  antiquité  peu  reculée;  elle 
apporte  une  preuve  nouvelle  de  la  haute  valeur  des  monuments 
épigraphiques  que  la  vieille  Egypte  nous  a  légués  en  si  grande 
abondance. 

Nul  mieux  que  M.  de  Rougé  ne  pouvait  réussir  à  saisir  la 
nature  et  lenchalnement  des  événements  racontés  par  la  stèle  de 

1 .  Ce  mémoire  porte  la  dédicace  suivante  :  A  Monsieur  le  D'  Richard 
Lkpsius,  de  Berlin^  tcmoigna(jc  de  gratitude^  F.  Chabas.  Il  a  été,  comme 
le  précédent,  publié  en  1863  à  Chalon-sur-Saône,  chez  J.  Dejussieu,  à 
Paris^  chez  Benjamin  Duprat  et  chez  Hérold  (Librairie  A.  Franck),  en 
une  brochure  in-8*  de  94  pages  et  2  planches. 

BiBL.   ÉOYPT.,  T.  X.  19 


â90  LES   t^At>YRUS  HIÉRATIQUES  DE  BERLlN 

Barkal.  Aussi  de  ce  côté  restera-t-il  peu  de  chose  à  faire;  mais  la 
publication  du  texte  de  cette  stèle  n'en  est  pas  moins  indispensable 
au  progrès  de  la  science,  soit  pour  la  discussion  des  points  de 
détail,  soit  au  point  de  vue  philologique.  Un  aussi  long  texte  his- 
torique doit  être  en  effet  plein  d'enseignements  utiles  pour  Tétude 
des  formes  du  langage. 

La  possession  du  texte  serait  en  particulier  nécessaire  pour  Télu- 
cidation  de  Tun  des  sujets  que  je  me  propose  de  traiter;  mais  je  ne 
saurais  oublier  que,  de  la  riche  moisson  recueillie  par  M.  Mariette 
depuis  bientôt  dix  ans,  il  n'a  été  livré  à  Tctude  qu'une  seule  ins- 
cription importante,  et  cela,  grâce  à  un  estampage  parvenu  en 
Angleterre.  Sans  cette  heureuse  circonstance,  qui  a  valu  à  la 
science  deux  excellents  mémoires  \  et  des  renseignements  géogra- 
phiques du  plus  haut  intérêt,  les  égyptologues  et  les  savants  en 
général  auraient  eu  à  s'en  tenir  à  des  remarques  provisoires,  qu'on 
ne  peut  ni  contrôler  ni  faire  servir  utilement  au  progrès  de  Tétude. 

On  excusera,  j'aime  à  l'espérer,  les  impatiences  d'un  égyptologue 
ardent,  qui  depuis  longtemps  a  vu  l'immensité  du  problème  à 
résoudre  et  recherché  les  moyens  d'en  accélérer  la  solution.  C'est 
ce  même  sentiment  d'anxieuse  curiosité  qui  m'avait  porté  à  for- 
muler des  plaintes  à  propos  du  mode  de  publication  des  Papyrus 
de  BerlinS  qu'on  ne  pouvait  obtenir  séparément  du  grand  ouvrage 
dont  ils  font  partie.  Ces  plaintes  ont  été  entendues',  et,  en  ce  qui 
me  concerne  spécialement,  j'ai  été  mis,  de  la  manière  la  plus  gra- 
cieuse, à  même  de  me  livrer  à  l'étude  des  documents  que  j'ambi- 
tionnais. 

Que  l'illustre  égyptologue  étranger,  qui  m'a  donné  en  cette  cir- 
constance une  marque  si  considérable  do  sa  sympathie,  reçoive  ici 
le  témoignage  de  ma  reconnaissance! 

Les  Papyrus  de  Berlin  réclament  un  examen  de  longue  haleine; 
quelques  mois  d'études  interrompues  n'auraient  pu  suffire  pour 

1.  S.  Birch,  On  a  historlcal  iablet  of  ihc  rcif/n  of  Tlioihmcs  III 
{Avchrvolofjia,  vol.  XXXVIII,  2);  E.  de  Roagé,  Étude  sur  dicers 
monuments  de  Toutmès  III  (Renie  archéologique,  2"  série,  1861). 

2.  Alèlanges  èfju/ptolofjir/ues  [1"  série],  p.  56. 

3.  Les  Papyrus  séparés  ont  été  mis  en  vente.  Je  ne  saurais  trop  re- 
commander à  tous  ceux  qui  s'occupent  d'égyptologie  Taequisition  de  ces 
documents  dont  l'importance  est  sans  égale. 


Les  t^APYRUS  HiéRATIQUES  DE  BERLIN  291 

préparer  le  travail  qu'ils  méritent.  Cependant  il  peut  y  avoir 
quelque  utilité  à  en  rendre  un  compte  même  sommaire,  ne  fut-ce 
que  pour  montrer  que  la  publication  n*en  est  pas  restée  stérile,  et 
qu'il  a  suffi  de  les  rendre  accessibles  pour  qu'aussitôt  ils  aient  cessé 
d'être  leiire  morte. 


I 


NOMENCLATURE  DES  PAPYRUS  DE  BERLIN 

Les  Papyrus  hiératiques  rapportés  dl'^ypte  par  la  Com- 
mission prussienne,  sous  la  direction  de  M.  le  docteur 
Lepsius,  sont  au  nombre  de  onze.  Dans  la  publication  des 
monuments  recueillis  par  cette  Commission,  ils  occupent 
les  planches  104  à  124  de  la  sixième  partie  et  sont  numé- 
rotés de  I  à  XI. 

Les  n^  I,  II,  III  et  IV  sont  de  beaucoup  les  plus  impor- 
tants, à  cause  de  leur  date;  ils  appartiennent  au  type  gra- 
phique lourd  et  ferme  de  TAncien-Empire,  que  nous  a  déjà 
fait  connaître  le  Papyrus  Prisse*.  Toutefois,  Técriture  en 
est  beaucoup  plus  négligée  et  difficile  à  lire  que  celle  de  ce 
célèbre  manuscrit.  Il  est  aisé  de  reconnaître,  à  Temploi 
fréquent  de  certains  mots,  de  certaines  formes  archaïques, 
ainsi  qu'à  certaine  communauté  dans  les  idées,  que  ces 
documents  remontent  à  une  même  époque  et  qu'ils  pré- 
sentent un  caractère  bien  différent  de  celui  des  manuscrits 
de  Tâge  des  Ramessides.  Par  exemple,  les  articles  posses- 
sifs composés  >^((lïee:^ ,  1k  (l]^;3>*,  etc.,  que  le  copte  a 

conservés  et  que  les  papyrus  de  la  XVIII®  et  de  la  XIX®  dy- 
nastie emploient  si  fréquemment,  n'apparaissent  pas  dans 
le  style  de  ces  anciens  manuscrits;  en  revanche,  les  formes 
verbales  à  sujets  pléonastiques  y  sont  encore  plus  compli- 

1 .  Voir  Le  plus  ancien  Licre  du  monde^  Étude  sur  le  Papyrus  Prisse 
[reproduit  aa  té  I,  p.  183-214,  de  ces  Œuvres  dicerses]^ 


292  LES   PAPYRUS  HIÉRATIQUES   DE  BERLIN 

fi liées,  comuic  on  le  voit  par  cette  formule  si  souvent  répétée  : 

■^^  û   '^^    y  N     Vif        <=>  <=>  F^i  de  lui  cet  ou- 

vncr  rural  à  supplter  lia,  c  est-à-dirc  :  cet  oucrier  le  sup- 
plia. 

L'écriture  est  en  général,  clans  ces  vieux  manuscrits, 
d'une  hardiesse  (jui  avoisine  la  négligence;  nul  compte  n'est 
tenu  de  la  distinction  à  faire  entre  les  groupes,  qui  s'en- 
chevêtrent sans  loi  comme  sans  nécessité.  Le  scribe  parait 
n  avoir  eu  qu'une  seule  préoccupation,  celle  d'aller  vite. 
Aussi  un  certain  nombre  de  pages  sont-elles  difficilement 
lisibles. 

Le  papyrus  n®  I,  de  nature  anecdoti(iue,  comprend 
311  lignes  sans  revers;  il  en  manque  au  commencement, 
mais  il  est  complet  à  la  fin. 

Le  papyrus  n*l  II,  de  sujet  analogue,  se  compose  de 
256  lignes  au  recto  et  de  70  au  verso.  Le  texte  imprimé  ne 
j)orte  que  255  lignes  au  recto,  parce  que  la  ligne  verticiile 
(jui  suit  la  76'',  et  qu'il  faudra  numéroter  76  bis,  a  été 
confondue  dans  les  cincj  lignes  horizontales,  78  à  82,  dont 
il  faudra  distraire  les  premiers  groupes*.  Le  texte  du  revers 
fait  suite  immédiate  à  celui  du  verso.  Il  en  manque  au  com- 
mencement et  à  la  fin.  L'histoire  racontée  par  ce  manuscrit 

a  pour  théâtre  principal  la  ville  nommée  I  ^A  , 

sur  laquelle  la  stèle  de  Barkal,  dont  j'ai  parlé  au  commen- 
cement, vient  d'appeler  l'attention  des  savants.  On  trouvera 
donc  sur  ce  point,  dans  notre  travail,  des  renseignements 
qui  ont  échappé  à  nos  devanciers.  Aussi  ce  papyrus  for- 
mera-t-il  l'objet  principal  de  cette  étude. 
Le  papyrus  n®  III  est  aussi  de  sujet  anecdotique;  il  occupe 

1.  N*  IV,  L  108.  Cet  exemple  montre  un  cas  d'orthographe  abusive 
dans  le  mot  spcr, 

2.  Cette  observation  peut  donner  la  mesure  de  Tassurance  avec  la- 
quelle les  égyptologues  analysent  un  texte  égyptien,  même  des  plus 
difiQciles. 


LES  PAPYRUS   HIÉRATIQUES   DE  BERLIN  293 

Î80  lignes  écrites.  Onze  autres  ont  été  effacées  après  la 
ligne  155,  à  laquelle  se  terminait  une  première  composition 
par  la  clause  déjà  connue  :  C'est Jini  de  son  commencement 
ù  sa  fin,  comme  on  le  trouve  dans  récrit  \  Les  vingt-cinq 
dernières  lignes,  qui  racontent  un  voyage  ou  une  inspec- 
tion, forment  la  suite  des  onze  lignes  effacées.  Le  texte  est 
incomplet  au  commencement  comme  à  la  fin. 

Le  papyrus  n**  IV  est  un  fragment  d'un  duplicata  du 
n<*  II,  au  texte  duquel  il  ajoute  35  lignes  à  partir  de  la 
ligne  103,  endroit  correspondant  à  la  fin  du  n**  II.  Mais  cette 
addition  ne  nous  donne  pas  encore  la  fin  de  Touvrage. 

Il  est  probable  que  ces  vénérables  manuscrits  de  Tâge 
patriarcal  de  TKgypte  ont  été  Tobjet  d'un  partage  lors  de 
leur  découverte  par  les  Arabes.  Combien  il  serait  à  désirer 
qu'on  parvint  à  en  rassembler  les  morceaux  épars  ! 

Les  papyrus  n<**  V,  VI  et  VII  appartiennent  au  beau  type 
de  l'époque  des  Ramessides.  Ils  forment  ensemble  plus  de 
250  lignes  et  contiennent  des  hymnes  d'un  style  très  élevé 
dont  j'ai  déjà  dit  quelques  mots*.  Je  ne  connais  aucun  texte 
mythologique  de  plus  grande  importance.  Faciles  à  lire  et 
à  traduire,  ces  textes  reposent  agréablement  la  vue  après 
l'inspection  des  écrits  de  l'ancien  style.  J'en  publierai  la 
traduction  complète  quand  j'aurai  mis  fin  à  de  plus  lourdes 
tâches. 

Les  papyrus  n^'  VIII,  IX,  X  et  XI  sont  des  fragments 
de  rituels  et  de  textes  mystiques  de  différentes  époques, 
tous  remarquables  par  la  netteté  et  Télégance  de  leur  type 
graphique.  Ils  rendront  de  grands  services  pour  l'étude  de 
la  mythologie. 

En  somme,  les  Papyrus  de  Berlin,  précieux  pour  l'his- 
toire, pour  la  géographie  et  pour  la  mythologie,  forment 


1.  Voyez  Le  plus  ancien  Licre  du  monde  [t.  I,  p.  186,  de  ces  Œueres 
dicerses], 

2.  Recherches  sur  le  nom  de  Thèbes  [p.  265-266  du  présent  volamè]. 


294  LES  PAPYRUS  HIÉRATIQUES  DE  BERLIN 

au  point  de  vue  paléographique  un  ensemble  du  plus  grand 
intérêt. 


n 


LE  PAPYRUS  N^  U 

Il  est  impossible  d'apprécier  l'étendue  de  la  portion  qui 
manque  au  commencement  de  ce  manuscrit.  Nous  sommes 
introduits  m  médias  res,  et  le  texte  rapporte  tout  d'abord 
la  suite  d'un  dialogue  entre  deux  personnages,  l'un  des- 
quels est  un  yj^!]  X  \  ^  •  ^  ™^*'  composé  du  signe  polypho- 
nique campagne,  et  dont  par  conséquent  la  lecture  est 
incertaine,  répond  à  la  même  idée  que  le  latin  villicusj  vil- 
lanus.  Il  nomme  les  ouvriers  employés  dans  les  domaines 
ruraux  des  riches  personnages.  Le  chef  de  ces  ou\Tiers 
apparaît,  dans  la  description  d'une  résidence  princière, 
comme  chargé  de  pourvoir  le  maître  de  gibier*.  Il  ne  s'agit 
donc  pas  nécessairement  de  travaux  agricoles.  Il  semble 
résulter  d'un  passage  du  texte  que  l'ouvrier  dont  il  est 
question  ici  était  préposé  ou  occupé  à  une  exploitation  de 
natron  et  de  sel.  A  défaut  d'appellation  plus  exacte,  nous 
le  nommerons  simplement  ouvrier  rural. 

Son  interlocuteur  est  désigné  par  le  groupe  hiératique 

,  composé  d'un  signe  principal  à  moi 
^  inconnu  et  de  la  finale  ti,  qui  n'est 
^  probablement  qu'une  marque  du  re- 
doublement du  premier  signe.  Le  nom  est  suivi  du  signe 
de  rhomme  tenant  le  casse-tête,  qui,  dans  l'hiératique,  dé- 
termine les  mots  en  rapport  avec  les  actions  exigeant  l'em- 
ploi de  la  force.  Comme  nous  voyons  le  personnage  exercer 
surveillance  et  autorité,  nous  le  nommerons  simplement 
surveillant.  C'est,  dans  tous  les  cas,  un  officier  d'ordre  infé- 


4 


1.  Papyrus  Anastasi  IV ^  3,  8. 


LES   PAPYRUS   HIÉRATIQUES   DE  BERLIN  895 

riour,  dont  le  scribe  no  daigne  pas  nous  dire  le  nom,  non 
plus  du  reste  que  celui  de  Touvrier.  Il  nous  rappelle  ces 
exacteurs  préposés  par  Pharaon  à  la  surveillance  des  travaux 
imposés  aux  Hébreux. 

La  ligne  1  commence  par  le  mot  tout,  qui  finissait  une 
phrase.  Ensuite  le  texte  continue  : 

«  Ce  surveillant  dit  :  Fais. . .  '  ;  ne  marche  pas  sur  mes 
»  vêtements. 

»  Cet  ouvrier  rural  dit  :  Je  suis  ton  obligé.  Mes  voies 
»  sont  bonnes". 

»  Il  sortit  par  le  iiaut. 

»  Ce  surveillant  dit  :  (As-tu  trouvé)'  mes  dattes  sur  lo 
»  chemin? 

»  Cet  ouvrier  rural  dit  :  La  montée*  était  longue;  le 
»  chemin  avait  des  dattes  qui  étaient  ta  propriété;  nous 
j)  étions  loin  avec  tes  vêtements;  . . . 

»  Voilà  que  cet  âne-ci,  qui  est  à  moi,  remplit  sa  bouche 
»  de  palmes  de  dattes. 

»  Ce  surveillant  dit  :  Permets  que  je  t'enlève  ton  âne, 
»  puisqu'il  a  mangé  mes  dattes,  car  il  faut  l'envoyer  à 
»  sa  tâche. 

»  Cet  ouvrier  rural  dit  :  Mes  voies  sont  bonnes;  un  seul 
»  inconvénient,  c'est  que  je  mène  mon  âne  aux  mines*,  et 
»  tu  t'en  epapares,  parce  qu'il  a  rempli  sa  bouche  de  palmes 
»  de  dattes.  » 

Il  paraît  que  le  surveillant  avait  surpris  l'ouvrier  cher- 

1.  Lacune. 

2.  Dans  celte  phrase,  qui  se  rencontre  encore  deux  (ois,   le  mot 

^^s^  O  ^  £?£  est  employé  comme  le  copte  a&(oit,  dans  nen^ 

juLuiiT  THpoY  2.«^n  AiceAJiHi  itc  {Apocalf/psc^  XV,  3). 

3.  Lacune. 

i .  Sens  douteux. 

5.  av^vnax^,  ign«^;   un  fonctionnaire  y  était  préposé.  Cf.  Sharpe, 
Egtjptian  Inscriptions,  I,  pi.  78,  lig.  27.  Le  sens  n*est  pas  certain. 


296  LES   PAPYRUS   HIÉRATIQUES  DE   BERLIN 

chant  à  fuir,  et  emportant  des  vêtements  qui  ne  lui  appar- 
tenaient pas;  Touvricr  était  vraisemblablement  caché  dans 
quelque  passage  étroit,  ou  au  fond  d'une  excavation  d'où 
il  ne  put  sortir  qu'avec  peine  et  peut-être  seulement  en 
rampant.  C'est  ainsi  du  moins  qu'on  peut  s'expliquer  la 
recommandation  que  lui  fait  le  surveillant  de  ne  pas  mar- 
cher sur  ses  vêtements.  La  question  relative  aux  dattes  fut 
sans  doute  déterminée  par  la  vue  de  quelques-uns  de  ces 
fruits  dont  le  fugitif  s'était  approvisionné  et  dont  peut-être 
il  avait  chargé  son  âne.  Ce  n'est  au  surplus  ^^ 
que  par  hypothèse  que  je  donne  au  groupe  ^^  "^ 
dont  je  ne  connais  pas  le  correspondant  hiéro- 
glyphique, la  valeur  dattes.  Le  végétal  qui  portait  ce  fruit 

est  nommé  par  le  texte  Jm^^^^^"^'  ^^^'  Le  copte  ii*., 
ramus  palmœ,  en  fournit  une  très  bonne  explication,  d'au- 
tant mieux  que  la  scène  se  passe  du  côté  de  la  vallée  des 
lacs  de  Natron,  au  désert  de  Libye,  où  le  dattier  se  ren- 
contre encore  au  voisinage  des  oasis. 

L'ouvrier  continue  ainsi  le  discours  que  ces  remarques 
ont  interrompu  : 

«  Mais  je  connais  le  maître  de  ce  domaine\  Il  appartient 
))  au  grand  intendant'  Méruitens,  celui  qui  s'occupe  de 
))  châtier  la  violence  dans  ce  pays  tout  entier.  Scrai-je  vio- 
»  lente  par  lui  sur  son  domaine? 

»  Ce  surveillant  dit  :  Quelle  est  cette  réclamation?  Les 
))  hommes  disent  :  Le  nom  d'un  misérable  résonnc-t-il  au- 
))  dessus  de  celui  de  son  maître?  Moi,  je  te  le  dis,  le  grand 
»  intendant  t'accusera. 


1 .  ,  domaine  rural,  ferme,  métairie,  closerie.  Le  phonétique 

parait  être  .. ^^^^ (Denhmàler,  II,  150);  il  est  opposé  à  , 

tille,  urbs  (Brugsch,  Recueil  de  Monuments,  t.  I,  XXII,  12). 

2.  |\  <i:>^  1^.  C'était  une  fonction  très  élevée. 


>? 


TRADUCTION. 

FAC-SIKILI  D'UN  PAS3AGE  DU  PAPYBUS  NM 


p.  Bertniil.  Clulaii-i/S. 


BlBL.  ÉGYPT.,  T.  X. 


Pl.  VI 


t  I   O 


"^  T   t    "£ 


^    IW 


U«i 


iu 


TAC-SIMIIX  irUN  PASSAGE  DU  PAPYRUS  fPIL 


Imp.  Bertrand,  Chalon-i/S. 


BiBL.  ÉGYPT.,  T.  X. 


LKS    PAPYRl'S   HIKRATIQUFS   DE   BERIJN  297 

))  Alors  il  se  saisit  do  branches  do  tamarisque*  et  d'acîi- 
))  cia%  et  il  lui  en  flagella  tous  les  membres. 

»  Il  prit  son  âne  et  le  fit  entrer  dans  sa  métairie. 

))  Cet  ouvrier  rural  pleura  très  fort  de  la  douleur  de  sa 
»  petitesse*. 

»  Ce  surveillant  dit  :  N'élève  pas  la  voix*,  ouvrier!  fais 
»  attention  à  la  ville  du  divin  seigneur  du  silence*. 

))  Cet  ouvrier  rural  dit  :  Tu  m'as  frappé,  tu  as  violenté 
»  ma  propriété,  tu  t'en  es  emparé.  Compatissant  à  ma 
»  bouche*  sera  le  divin  seigneur  du  silence.  Rends-moi 
»  ce  qui  m'appartient;  oui!  je  ne  mo  plaindrai  pas  de  ta 
))  dureté. 

))  Cet  ouvrier  rural  passa  la  durée  d'un  jour  a  implorer 
))  ce  surveillant.  Il  ne  lui  fit  pas  droit  pour  cela. 

»  Cet  ouvrier  rural  partit  pour  Soutensinen,  afin  d'im- 
))  plorer  le  grand  intendant. 

»  Il  le  trouva  sortant  de  la  porte  de  sa  maison  pour 
»  monter  dans  son  caïque^  d'Arri. 

))  Cet  ouvrier  rural  dit  :  0. . .  compatis  à  la  réclamation, 
»  en  ce  moment.  Fais-moi  venir  ton  serviteur,  Tintimc  de 
»  ton  cœur.  Je  te  renverrai  (instruit)  sur  cette  affaire. 
.    »  Le  grand  intendant  Méruitens  fit  partir  son  serviteur, 


1 .  (1  il  <ir>  n,  «.cp,  copte  occ,  hébreu  ^ï>K,  tamarisque. 

2.  v7-7^  A,  ^T,  bois  dur  fournissant  des  ingrédients  à  la  médecine 

égyptienne;  probablement  i'acacêa  nllotica, 

3.  D'être  si  faible. 

^*  ^^^^^  R  I  I   yî^  Qû  ^^^3^.  Ai-R*.  dpoT-R;  très  bon  exemple 
de  ^\    négatif. 


5.  Ceci  semble  se  rapporter  à  une  propriété  royale. 

6.  Ma  plainte. 

7.  A  ^^^  ^^  èâ*S,  K«».K«^,  barque  ou  canot  de  petite  dimension. 

Voir  Inscription  de  la  princesse  de  BaUiien^  lig.  16;   E.  de  Rougé, 
Étude  sur  une  stàle^  p.  136. 


298  LES   PAPYRUS   HIÉRATIQUES   DE   BERLIN 

»  rintiine  de  son  cœur,  le  premier  auprès  de  lui.  Cet  ou- 
»  vrior  rural  le  fit  informer  sur  cette  affaire \  telle  qu'elle 
))  était  entièrement. 

»  Le  grand  intendant  Méruitens  se  fit  rendre  compte  de 
»  ce  surveillant  par  les  jeunes  gens  qui  étaient  auprès  de 
I)  lui.  Ils  lui  dirent  : 

»  Kn  faute'  est  son  ouvrier  rural;  il  est  allé  se  placer  chez 
»  un  autre,  et  c'est  ainsi  que  les  gens  agissent  avec  leurs 
0  ouvriers  ruraux  qui  vont  à  d'autres  maîtres  pour  se  placer. 
))  C'est  ainsi  qu'ils  font.  En  cette  occasion,  il  avait  été 
))  rebuté  pjir  ce  surveillant,  i\  cause  d'un  peu  de  natron  et 
»  d'un  peu  de  sel.  Il  lui  avait  été  enjoint  d'en  tenir  compte, 
i)  et  il  n'en  avait  tenu  aucun  compte*. 

»  Le  grand  intendant  Méruitens  garda  le  silence  *  ;  il  ne 
»  répondit  pas  à  ces  jeunes  gens;  il  répondit  à  cet  ouvrier 
»  rural.  » 

Comme  on  le  voit,  la  narration  est  des  plus  simples;  elle 
nous  apprend  que  l'ouvrier  fugitif  se  trouvait  du  nombre 
de  ceux  qui  étaient  soumis  à  l'autorité  du  personnage  que 
nous  avons  nommé  surveillant;  à  la  suite  d'une  altercation 
au  sujet  d'un  déficit  dans  la  quantité  de  natron  et  de  sel 
qu'il  devait  fournir,  déficit  qu'il  fut  forcé  de  compenser, 
l'ouvriep  s'évada  et  fut  arrêté  dans  s;i  tentative  de  fuite  par 
le  surveillant,  qui  s'empara  de  l'àne  dont  le  fugitif  était 
accompagné  et  sur  lequel  on  peut  supposer  qu'il  avait  chargé 


1.  A  QA,  «TT,  employé  comme  Thébreu  nan,  verbum,  sermo, 

negotium.    Coin  parez    la  phrase  ^^  ^KS.    Jl  wi       "    ^  "^^Z^ 

(Sallier  F,  20,  3).  "^""^        '  "^^^ 

^'  ^^  ^^  QA,cAiOTii,  mot  dont  je  ne  connais  qu'un  second 
exemple.  Voir  Prisse^  Monuments,  XXVI,  19;  sens  douteux. 

3.  ^=^^11  <>^  ^.   A  cfia,  tA«^,  remplacer^  compenser,  substituer, 
récompenser, 

4.  ^   ^.  Voir  Nom  de  Thèbes,^,  43  [p.  285  du  présent  volume). 


LES  PAPYRUS   HIKRATIQUES  DE  BERLIN  299 

les  provisions,  les  vêtements  et  les  instruments  qui  lui 
étaient  nécessaires  pour  s'ôtiiblir  ailleurs.  C'est  Tenlèvcment 
de  Tâne  qui  donne  lieu  aux  vives  réclamations  de  l'ou- 
vrier; mais,  à  propos  des  choses  dont  il  a  été  privé  et  qu'il 

redemande,  il  se  sert  du  terme  5    vï  o^        ,  £*jiiiot\ 

qui  me  parait  s'appliquer  à  la  propriété,  au  bien  en  gêné- 
ml,  de  môme  que  l'hébreu  ^Sa  se  dit  des  vases,  de  toute 
espèce  d'ustensiles,  de  meubles  et  de  parures. 

Le  surveillant  était  au  service  d'un  haut  fonctionnaire 
portant  le  titre  de  grand  préposé  de  maison  ou  grand 
intendant,  et  nommé  Méruitens.  Ce  personnage  important 
habitait  Soutensinen.  C'est  à  lui  que  l'ouvrier  va  porter  sa 
plainte.  Mais  il  n'obtient  pas  justice  immédiate;  Méruitens 
se  fait  renseigner  de  différentes  manières  sur  les  personnes 
et  sur  les  faits.  Puis  il  fait  au  suppliant  une  réponse  que  le 
texte  ne  rapporte  pas,  mais  à  coup  sûr  une  réponse  dila- 
toire, car  le  malheureux  est  obligé  de  revenir  à  la  charge. 

«  Cet  ouvrier  rural  vint  implorer  le  grand  intendant 
»  Méruitens;  il  lui  dit  :  Mon  maître,  le  plus  grand  des 
»  grands,  guide  du  malheureux*,  si  tu  descends  au  bassin 
»  de  la  justice,  vogues-y  avec  la  justice;  . . .  qu'il  n'y  ait 
))  pas  de  gémissements  dans  ta  Ciibine;  que  l'infortune  ne 
»  te  suive  pas  ;  que  tes  amarres  (?)  ne  soient  pas  coupées  ; 
»  que  ton  adversaire  (?)  ne  te  maîtrise  pas  sur  la  terre;  que 
»  Teau  ne  (te)  soit  pas  emportée;  ne  goûte  pas  la  vase  (?)  du 
»  fleuve  ;  n'aperçois  pas  la  face  de  terreur  ;  que  les  poissons 
»  viennent  à  toi  ;  que  tes  pas  soient  détournés  de  la  terre 
»  d'Aa!  Pas  d'impureté  (?)  sur  TeauM  Toi,  tu  es  le  père  du 

1.  Tous  les  mots  qui  ne  sont  pas  expressément  désignés  comme  ap- 
partenant à  la  langue  copte  sont  des  transcriptions  de  mots  égyptiens 
en  lettres  coptes. 

/>  /www 

2.  "^^lô    ^    ,  sans  chose,  n'amnt  rien. 
^    o  W  I    I    I 

3.  loui  ce  passage  se  rapporte  aux  incidents  du  voyage  des  m&ues 

avant  le  jugement  d'Oslris.  11  est  très  intéressant  au  point  de  vue 
mythologique. 


300  LES  PAPYRUS   HIÉRATIQUES   DE   BERLIN 

»  misérable,  le  raari  de  la  veuve,  le  père  de  Torphelin,  le 
»  vêtement  de  celui  qui  n  a  plus  de  mère!  Que  ton  nom 
))  soit  comme  une  loi  dans  le  pays.  Bon  seigneur,  guide 
))  sans  rudesse,  grand  sans  petitesse,  qui  anéantis  la  fausseté 
»  et  fais  vivre  la  vérité,  viens  à  la  parole  qu'émet  ma 
»  bouche.  Je  parle,  écoute-moi  et  fais-moi  justice.  Homme 
))  généreux,  le  plus  généreux  des  généreux,  détruis  ce  qui 
))  cause  ma  douleur;  prends  soin  de  moi;  relève-moi;  juge- 
))  moi;  prends  un  peu  soin  de  moi. 

»  Cet  ouvrier  rural  parlait  ainsi  du  temps  du  roi  de  la 
))  Haute  et  de  la  Basse-Egypte,  Nel>-ka-Rii,  défunt.  Le 
»  grand  intendant  Méruitens,  le  premier  auprès  de  Sa  Ma- 
»  jesté,  partit.  Il  dit  (au  roi)  :  Mon  seigneur,  j'ai  rencontré 
))  celui-ci  qui  est  un  ouvrier  rural,  insistant  à  dire'  qu'il  est 
))  vrai  qu'on  a  violé  sa  propriété.  Fais  qu'il  vienne  à  moi 
»  pour  être  jugé  sur  cela.  » 

Méruitens,  quoique  propriétaire  du  domaine  sur  lequel 
l'ouvrier  était  employé,  ne  se  croyait  pas  néanmoins  en 
droit  de  faire  justice  lui-même.  Il  part;  le  texte  montre 
qu'il  s'agit  d'un  déplacement.  Le  roi  n'habitait  donc  pas 
Soutensinen;  mais  ici,  comme  dans  les  passages  déjà  ren- 
contrés, le  voyage  est  à  peine  mentionné,  et  nous  trouvons 
immédiatement  le  grand  intendant  en  présence  du  roi  Neb- 
ka-Ra,  ro'^3:7LJ  j^  pharaon  de  la  XP  dynastie,  dont  le  car- 
touche-nom n'est  pas  encore  connu.  Ce  souverain  porte  le 
titre  de  roi  de  la  Haute  et  de  la  Basse-Egypte,  ce  qui 
prouve  au  moins  que  cette  division  de  l'Egypte  en  deux 
régions  distinctes  était  pratiquée  dès  les  plus  anciennes 

dynasties.  D'après  l'expression  de  Méruitens  :  i  ^v  ^  T, 
Ul|!l  w^,  on  peut  conclure  quil  avait  emmené  l'ouvrier 
avec  lui;  en  effet,  en  s'expliquant  de  la  sorte,  il  semble 


1.  T  H  QA.^ûi ^i  M^P  "siT-T,  îi  oth  xi«i,  bon  pour 

dire  qu'il  est  vrai. . . 


LES   PAPYRUS   HIÉRATIQUES   DE   BERLIN  301 

présenter  rouvrier  au  roi.  Du  reste,  dans  sa  réponse,  le 
pharaon  parle  de  Vouvricr  qui  est  venu. 

Le  roi  ordonne  vraisemblabloment  un  interrogatoire  de 
l'ouvrier,  et  c'est  seulement  après  s*étre  fait  rendre  compte 
de  Tattitude  du  fugitif  devant  ses  examinateurs,  qu'il 
répond  à  Méruitens  par  le  discours  suivant,  dont  la  pre- 
mière phrase  m'embarrasse.  Je  crois  qu'il  y  est  question  de 
flagellation. 

((  Le  roi  dit  :  Veuille  ne  pas. . .  Il  ne  répond  à  rien  de  ce 
))  qu'on  lui  dit.  Si  Ton  veut  qu'il  parle,  il  se  tait.  Qu'il  nous 
»  soit  fait  rapport  par  écrit;  nous  comprendrons  la  cliose; 
»  que  sii  femme  et  ses  enfants  soient  au  roi;  car  c'est  un 
»  de  ces  ouvriers  ruraux  siins  domicile  qui  est  venu.  Que 
»  Ton  veille  encore  en  silence  sur  cet  ouvrier  rural,  sur  sa 
»  personne*.  Tu  lui  feras  donner  du  pain;  fais  qu'il  ne  sache 
»  pas  que  c'est  toi  qui  le  lui  donnes.  » 

Le  roi,  comme  on  le  voit,  ne  donne  pas  de  solution  im- 
médiate à  lallaire.  Il  est  à  présumer  que  l'ouvrier  avait 
été  interrogé  sur  des  circonstances  qu'il  était  de  son  intérêt 
de  tenir  secrètes.  L'instruction  n'avait  pu  être  complétée, 
et  le  roi  ordonne  qu'elle  soit  continuée  et  cju'il  lui  soit  en- 
suite fait  un  rapport  écrit.  Mais  il  avait  été  suHisamment 
constaté  qu'il  s'agissait  d'un  ouvrier  nomade,  n  ayant  plus 

de  domicile  {<:=>n\\^^     »^.=^).  Aussi,  conformément 

à  un  usage  de  l'Kgypte  antique  que  la  Bible  nous  a  fait 
connaître,  sa  femme  et  ses  enfants  deviennent  propriété 
royale.  C'est  ainsi  qu'à  une  époque  prol^ablement  un  peu 
postérieure  à  celle  des  événements  que  raconte  notre  papy- 
rus, Abraham,  cherchant  sur  les  bords  du  Nil  un  refuge 
contre  la  famine,  se  vit  enlever  sa  femme  Saral,  qui  fut 
placée  dans  la  maison  du  roi*. 


1 .  Sur  ses  membres. 

2.  Genèse,  xii,  10  et  sqq. 


303  LES  PAPYRUS   HIÉRATIQUES  DE  6ERL1N 

Le  texte  continue  ainsi  : 

«  On  lui  fit  donner  un  pain  et  deux  vases  de  hak'  chaque 
»  jour.  Le  grand  intendant  Méruitens  les  lui  fit  donner  par 
»  son  majordome.  Ce  fut  celui-ci  qui  les  lui  donna. 

»  Le  grand  intendant  Méruitens  envoya  vers  le  Hak  du 
))  pays  de  la  campagne  de  sel,  pour  que  Ton  fit  des  pains 
»  pour  la  femme  de  cet  ouvrier  rural . . .  trois  par  jour.  » 

Tel  est  le  contenu  des  87  premières  lignes  du  papyrus 
n°  IL  Le  surplus  est  rempli  en  entier  par  les  supplications 
réitérées  que  louvrier  adresse  au  grand  intendant  et  par  un 
petit  nombre  de  réponses  brèves  de  ce  dernier.  Ces  discours 
déprécatifs,  conçus  en  un  style  très  imagé,  sont  d'un  grand 
intérêt  au  point  de  vue  des  usiiges  et  des  mœurs;  et,  sous 
ce  rappoi't,  ilô  sont  dignes  d'autîint  d'attention  que  le  Papy- 
rus Prisse;  malheureusement  ils  présentent  les  mêmes  diffi- 
cultés que  ce  document,  et  Ton  devait  s'y  attendre,  puisqu'il 
s'agit,  dans  l'un  et  dans  lautre  cas,  de  compositions  de 
nature  philosophique.  Malgré  l'immense  profit  que  l'on  peut 
retirer  de  l'étude  de  cette  partie  du  papyrus,  je  ne  m'y 
arrêterai  néanmoins  pas  ici;  elle  n'ajoute  aucun  fait  nou- 
veau au  récit  que  nous  a  livré  la  première  partie,  et  la  fin 
du  manuscrit,  même  en  y  comprenant  le  papyrus  n**  IV, 
nous  laisse  encore  dans  le  cours  des  interminables  suppli- 
cations de  l'ouvrier  rural.  Le  fragment  qui  manque  à  la  fin 
nous  aurait  probablement  appris  le  succès  de  ces  réclama- 
tions si  souvent  réitérées. 

Il  nous  suffira,  quant  à  présent,  de  faire  remarquer  que 
le  roi  n'intervient  plus  dans  l'affaire.  Tout  se  débat  entre 
l'ouvrier  et  Méruitens,  qui  Tun  et  lautre  étaient  rentrés 
à  Soutensinen.  C'est  ce  que  nous  montre  un  passage  dont 
nous  allons  encore  donner  la  traduction  (lig.  193  et  sui- 
vantes) : 

«  Cet  ouvrier  rural  vint  le  supplier  une  quatrième  fois; 

A 


1.  9     0         0  1 1.  Le  hak  était  une  pièce  de  bière. 


Les  ^APYRUs  hi^:ratiques  de  berlIn  303 

»  il  le  trouva  sortant  de  la  porte  du  temple  de  Horshaf.  Il 
»  lui  dit  :  Qu'il  t  accorde  ses  faveurs^  le  dieu  Horshaf,  de  la 
»  demeure  duquel  tu  sors;  qu'il  te  fasse  jouir  du  bonheur; 
»  qu'il  ne  s'oppose  pas  à  toi  »,  etc. 

Ainsi  que  l'a  déjà  fait  remarquer  M.  Brugscli,  Horshaf 
est  désigné  par  les  monuments  comme  le  dieu  principal  de 
Soutensinen.  Mais  notre  papyrus  nous  apprend  de  la  ma- 
nière la  plus  positive  que  le  temple  de  cette  ville  porfciit 
réellement  la  dénomination  de  temple  de  Horshaf.  Résu- 
mons maintenant  ce  que  l'on  sait  do  cette  localité  impor- 
tante, en  y  ajoutant  les  données  du  papyrus  que  je  viens 
de  faire  connaître. 


III 


LE  soutensinen 


fy)  se  rattachent  plu- 

sieurs  des  plus  anciens  mythes  de  la  doctrine  osiridienne; 
son  nom  hiéroglyphique  est  écrit  de  différentes  manières, 
dont  la  plus  ordinaire  est  celle  que  je  viens  de  reproduire; 
souvent  le  mot  suten  est  exprimé  par  son  premier  signe 
seulement,  et  quelquefois  le  signe  demeure  est  combiné  avec 


les  autres  éléments  du  nom,  sous  les  formes     1     ^) 

n    n       <?      AWWV  Ck  ^  I I_d  M       /WWSA    © 

^^^  4  r  r^  »  ^1^^  jettent  quelque  embarras  dans  la  lec- 

T   ID   il         AAAAr^A    O 

ture  et  dans  l'interprétation  du  nom,  parce  qu  elles  tendent 
à  faire  considérer  le  signe  de  l'enfant  comme  indépendant 

dc^. 

Il  y  a  lieu  toutefois  de  remarquer  que  Ion  possède  deux 
autres   dénominations   géographiques   d'une    construction 

analogue  ;  la  première  est  1        '^^  © ,  suten-nen,  le  Nen 

i^      A  -v   -S     /www  di 

du  roi,  et  la  seconde,         4-4-  >  ta-nen,  le  Nen  du 


304  LES  PAPYRUS   HIÉRATIQUES  DE  BERLIN 


pain.  1         ^)  serait  donc  le  A^en  dujils  royal  ou  du 

prince.  On  n  a  pas  encore  trouve  de  variantes  substituant 
au  signe  de  lenfant  ses  éciuivalents,  Toîe  ou  Tœuf,  qui  se 

lisent  SE,  si,  tandis  que  l'enfant  S)  peut  admettre  la  valeur 

piioncli(iue  des  mots  nombreux  auxquels  il  sçrt  de  déter- 
niinatif  habituel,  tels  que  c,  ogp,  juc,  ctt,  ^po^-,  etc.  Il  suit 
de  la  que,  quant  à  la  lecture  du  nom,  elle  reste  provisoire- 
ment incertaine.  Nous  admettons  celle  de  Soutensinen,  qui 
est  plus  euphonique  et  qui  présente  d*ailleurs  au  moins  au- 
tant de  probabilité  que  toute  autre. 

M.  Brugsch  a  rassemblé  dans  sîi  Géographie  les  passages 
du  Rituel  qui  ont  trait  au  Soutensinen.  L'un  des  plus  im- 
portants est  celui  qui  nous  montre  ce  lieu  mystique  servant 
de  retraite  au  Bennu,  ou  phénix*.  C'est  là  que  Toiseau 
sacré  changeait  de  forme  ou  renaissait  de  lui-même,  ainsi 
que  le  constate  un  autre  passage  où  le  défunt  est  assimilé 
au  soleil  prenant  naissance  dans  le  très  grand  nid  qui  est 
à  Soutensinen*.  Après  cette  naissance  a  commencé  Torga- 
nisation  du  monde  et  le  règne  du  soleil,  à  ce  que  nous 
enseigne  encore  un  texte  du  Rituel  :  C^est  le  soleil  quand 
il  s'est  lecé  et  quil  a  commencé  son  règne.  Il  a  fait  le 
commencement;  c'est  le  soleil  qui  s'est  lecé  à  Soutensinen, 
étant  non  engendré^. 

Ainsi  donc  Soutensinen  avait  été  le  théâtre  de  faits  qui 
se  transformèrent  en  mytlies  fondamentaux.  S'il  est  vrai 
(jue  le  soleil  soit  le  dieu  spécialement  nommé  dans  les  textes 
(lue  je  viens  de  citer,  il  ne  s'agit  point  ici  de  la  forme 
céleste  ou  sidérale  de  ce  dieu^  mais  de  l'une  de  ses  manifes- 
tations terrestres,  dont  le  développement  constitua  le  per- 
sonnage d'Osiris.  C'est  pour  cela  que  le  dieu  lociil  est  invo- 

1 .  TodtcnhucJi,  ch.  cxxv,  11  :  Ma  pureté  est  celle  de  ce  grand  Bennu 
qui  est  dans  Soutensinen. 

2.  Ibid.,  ch.  XVII,  16. 

3.  Ibid.^  ch.  XVII,  2. 


LKS   PAPYRUS   HiÉRATfQUKS  DE   BERLIN  3()5 

que  SOUS  le  litre  d*Osi'ris,  le  très  redoutable,  seigneur  de  la 
couronne  A  te/ dans  Soutcnsinen\ 

Soutensincn  fut  d'ailleurs  le  théâtre  du  triomphe  d'Osiris, 
et  ce  dieu  y  reçut  lu  double  couronne,  qui  symbolise  la 
royauté  de  la  Haute  et  de  la  Basse-l^gypte*.  Il  v  mourut 

AAàÈààààMêt    i^k 

et  fut  enseveli  sous  la  forme  de  ^A^p^         a  ,  df^^e  bien  fat- 

/WSAAA     T 

santé.  A  ce  moment,  Torganisation  des  deux  mondes,  c'est- 
à-dire  des  deux  Égyptes,  et  leur  réunion  sous  un  même 
spectre  furent  définitivement  accomplies*.  Ce  fait  considé- 
rable remonte  ainsi  aux  dvnasties  divines,  c'est-à-dire  aux 
temps  héroïques  de  TÉgypte;  aussi  Menés,  le  premier  roi 
humain  dont  le  nom  soit  parvenu  jusqu  a  nous,  reçoit  à  bon 
droit  le  titre  de  roi  de  la  Haute  et  de  la  Basse-Egypte  dans 
les  cartouches  que  nous  connaissons  de  lui. 
La  forme  particulière  d'Ammon  et  d'Osiris,  spécialement 

adorée  à  Soutensinen,  porte  le  nom  de  { (  35.""^^^rj)> 

qui  présente  diverses  variantes,  et  notamment  l'orthographe 

papyrus.  Ce  nom  comporte  trois  signiflciitions,  dont  les 
Égyptiens  faisaient  probablement  application  au  mémo 
dieu,  savoir  :  Face  de  bélier,  Supérieur  de  la  crainte,  et 
Supérieur  de  sa  localité. 

M.  Brugsch  a  identifié  Soutensinen  avec  l'oasis  d'Ammon, 
où  Ton  a  retrouvé  les  restes  du  temple  du  dieu  à  tête  de 
bélier,  mentionné  par  les  anciens  historiens*  :  Partout,  dit 

1.  Todtcnbuch,  ch.  cxui,  25,  3*  rang.  Cf.:  Osiris  Ounncfei\  dieu 
firand  de  VAtcf,  chef^  seif/ncur  de  la  crainte^  (c  très  redoutable  (stèle 
d'Entef  aa  Louvre,  lig.  t). 

2.  Todtcnbuch,  ch.  xvii,  69,  70.  ^^^ 

3.  Ibid,,  lig.  71  et  72,  [1  ^~^  Il  ^^  ;  le  mot  Ame,  écrit  ici 

par  le  bélier  kà.,  rappelle  par  allusion  le  dieu  criocêphale  de  Souten- 
sinen» en  sa  qualité  à\ime  d'Osiris, 

4.  Léo  Pellœus,  Frmjmenta  Hlstoricoruni  fjrœcorum,  édit.  Didot, 
t.  II,  p.  382;  Pliœstus,  Lacedœmoniaca,  ibid,,  t.  IV,  p.  72;  Pausanias, 
liv.  VIII,  XXXII  :  Arietis  cornua  capitc  prœfcrt,  etc. 

BiBL.   ÉOYPT.,  T.  X.  20 


306  LES  PAPYRUS  HIÉRATIQUES  DE  BERLIN 

M.  Caillaud,  en  décrivant  les  ruines  d'Omm  Beidali,  la 
figure  à  tête  de  bélier  y  est  répétée  et  reçoit  des  offrandes  ^ . 
C'est  aussi  un  dieu  criocéphale  que  les  monuments  relatent 
comme  Tobjet  principal  du  culte  de  Soutensincn,  et,  sur 
ce  point,  notre  papyrus  est  des  plus  concluants  lorsqu'il 
nous  montre  le  grand  intendant  Méruitens  sortant  du  temple 
de  Horshaf. 

Indépendamment  de  cette  identité  de  culte,  M.  Brugscli 
s'appuyait  encore  sur  les  données  de  la  stèle  de  Naples», 
dans  laquelle  un  fonctionnaire  de  Tordre  sacerdotal  raconte 
(jue  son  dieu  lui  ordonna  de  se  rendre  à  Soutensinen;  i[\ïil 
navigua  sur  le  Ouat-Oer*;  qu!il  n'eut  pas  de  crainte;  qu'il 
ne  faillit  pas  à  Vordre  du  dieu^  et  qv!il  arriva  à  Soutensinen 
sans  avoir  perdu  un  cheveu  de  sa  tête.  Ces  mentions 
prouvent  en  effet  que  Ton  pouvait  se  rendre  par  mer  à  Sou- 
tensinen et  que  le  voyage  présentait  quelques  diflicultés  et 
quelques  dangers.  Or,  ces  conditions  sont  précisément  celles 
du  voyage  à  l'oasis  d'Ammon,  par  le  port  de  Para^tonium, 
aussi  nommé  Ammonia,  sur  la  Méditerranée,  à  1.300  stades 
d'Alexandrie*.  De  ce  port  on  se  rendait  en  cin(|  jours  à 
TAmmonium,  par  la  route  du  désert,  sur  laquelle  Ptolémée 
indicjue  la  station  d'Ale.randri  Castra.  C'est  en  effet  sur 
cette  route  qu'Alexandre  et  ses  troupes  faillirent  succomber 
à  la  soif  et  ne  durent  leur  sitlut  qu'à  une  pluie  abondante, 
phénomène  rare  dans  ces  climats  et  qui  fut  considéré  comme 
un  signe  de  la  protection  divine*. 

l!^xaminons  les  données  que  notre  papyrus  nous  fournit 
pour  la  solution  du  problème. 

Ces  données  se  résument  en  ceci  :  qu'un  ouvrier  établi 

1 .  jCailiaud,  Voyage  à  Mèroè  et  au  Jlencc  Blanc,  t.  I,  p.  119. 

2.  Brugsch,  Géographie^  t  I,  pL  LVIII. 

3.  La  Méditerranée. 

4.  Strabon,  Géographie,  XVII,  §  14.  Les  Grecs,  qui  allaient  consulter 
l'oracle,  prenaient  vraisemblablement  la  môme  route. 

5.  Quintus  Curtius,  Historia  Magni  Alcxandri,  lib.  IV. 


LES   PAPYRUS   HIÉRATIQUES   DE  BERLIN  307 

(2 


dans  un  pays  nommé  ()j)j)  ï^^^])^'  c'est-à-diro  la 
contrée  de  la  camparjne  de  sel,  puni  pour  une  tentative 
d'évasion,  se  rendit  à  Soutensinen  pour  implorer  la  pitié 
du  propriétaire  du  domaine.  Dans  ce  piiys  de  la  campîigne 
de  sel,  Touvrier  était  employé  à  Tex traction  du  mitron 

renseignements  nous  permettent  de  placer  le  lieu  de  la 
scène  entre  la  vallée  des  lacs  de  Nation  et  l'oasis  d'Ammon, 
où  le  sel  et  le  muriate  de  soude  se  rencontrent  en  abon- 
dance. M.  Caillaud  y  a  vu  de  vastes  plaines  couvertes  de 
ser  et  a  remarqué  que  les  roches,  qui  sont  de  nature  cal- 
caire, y  sont  décomposées  par  la  soude  muriatée*.  Mélangé 
avec  le  sîible  et  les  terres,  le  sel  s'extrait  en  blocs  dont  on 
construit  les  maisons;  le  muriate  de  soude  y  est  aussi  em- 
ployé à  cet  usage.  Les  anciens  temples  se  tenaient  abon- 
damment approvisionnés  de  sel  et  de  natron,  substances 
précieuses  Tune  et  l'autre  par  la  diversité  de  leurs  emplois. 
D'après  un  passage  relevé  par  M.  Ilarris  dans  son  grand 
papyrus,  l'inventaire  de  l'un  des  temples  de  Thèbes  comptait 

48.000  tebs  (<=:»J      )  de  natron  et  pareille  quantité  de  sel.  Il 

est  permis  d'en  conclure  que  l'exploitation  de  ces  minéraux 
étiiit  réglementée  par  les  Pharaons,  ou  que  tout  au  moins 
elle  formait  un  objet  de  grand  intérêt  pour  les  propriétaires 
des  terrains  qui  les  produisi\ient. 

Nous  avons  vu  que  l'ouvrier  avait  emmené  un  âne  dans 
sti  fuite.  C'est  encore  aujourd'hui  avec  des  ânes  que  les 
habitants  de  l'oasis  et  des  rares  villages  qui  l'entourent  se 
rendent  à  Alexandrie  et  à  Terraneh.  En  ce  qui  concerne  les 
végétaux  cités,  j'ai  déjà  avoué  mon  incertitude  relativement 

au  groupe  J  ^^^.  "^  ^^Ê*'  ^'^^  s'agit  réelle- 

•ment  du  palmier-dattier,  comme  c'est  probable,  on  sait  que 

1.  Loc.  Itiuff,,  p.  50. 

2.  IbitL,  p.  52. 


308  LES   PAPYRUS  HIERATIQUES   DE  BERLIN 

c'est  un  arbre  dont  on  retrouve  encore  les  traces  au  voisi- 
nage des  lacs  de  natron,  tandis  qu'une  foule  de  troncs  pétri- 
fiés de  la  même  espèce  jalonnent  la  vallée  du  fleuve  aujour- 
d'hui siuis  eîiu.  Avant  d'arriver  à  Glianih,  village  situé  à 
20  lieues  de  l'oasis,  M.  Caillaud  vit  une  vallée  fertile  en 
palmiers  et  en  acacias,  avec  beaucoup  d'herbes  épineuses'. 
On  sait  d  ailleurs  que  les  dattes  de  Siwali  sont  classées  en 
première  ligne  parmi  les  plus  estimées,  et  qu'elles  consti- 
tuent la  branche  principale  du  commerce  de  Toasis  avec  la 
Barbîirie,  TÉgypte,  le  Fezziin  et  les  autres  oasis*.  Au  sur- 
plus, les  arbres  fruitiers  abondent  dans  cette  localité  célèbre; 
on  y  trouve  notamment  la  vigne,  Tolivier,  le  figuier,  le 
prunier,  le  pommier,  l'abricotier  et  le  grenadier*. 

Deux  autres  végétaux  sont  cités  dans  notre  papyrus, 
savoir  :  le  tamarisquc,  arbuste  des  déserts,  qui  a  été  re- 
connu exister  de  nos  jours  au  voisinage  des  lacs  de  Natron, 

et  le  ^5-^  A ,  arbre  que  la  forme  de  son  nom  nous  représente 

comme  un  bois  dur  ou  épineux,  et  que  j'ai  assimilé  à  l'aca- 
cia. Cette  espèce,  qui  croît  de  nos  jours  dans  les  déserts 
voisins  de  Siwah,  est  connue  comme  ayant  fourni  des  in- 
grédients à  l'ancienne  thérapeutique.  De  même,  le  v^^^  A 

est  fréquemment  désigné  dans  les  recettes  du  Papyrus  mé- 
dicaL 

Tout  semble  donc  se  réunir,  quant  à  présent,  pour  assurer 

l'identification  de  Soutensinen  avec  l'oasis  d'Ammon.  Il  se 

présente  cependant  une  objection,  en  ce  que  notre  texte  dit 

que  Méruitens  sortit  de  la  porte  de  sa  maison  pour  monter 

N  à  sa  barque  d*Arri\  ce  qui  semble  supposer  l'existence 

1.  Loc.  laud,^  p.  50. 

2.  /!«•(£.,  p.  101. 

3.  Ibid.,  p.  87. 

4.  <=>t  (      ,  A'Ppi,  désigne  une  espèce  de  forteresse  ou  de  poste 

pouvant  servir  de  prison  et  d'entrepôt  fortiâë.  Des  postes  de  cette  nature 
devaient  avoir  été  établis  pour  recevoir  les  approvîsionneonents  destinés 


LES   PAPYRUS   IIIÉRATIQUKS   DE  BERLIN  300 

d'un  lac  ou  d'un  cours  d'eau  navigable.  A  cette  condition 
pourrait  à  la  rigueur  satisfaire  le  lac  d'Arachieh*,  au  nord- 
est  duquel  se  voient  encore  des  tombeaux  égyptiens.  Mais, 
dans  la  réalitt^  le  passage  ne  doit  p\s  être  entendu  comme 
s  appliquant  nécess:iirement  à  un  embanjuement  immédiat 
à  la  sortie  de  la  demeure.  Le  texte  est  en  général  très  sobre 
de  détails  en  ce  qui  concerne  les  déplacements  des  person- 
nages. Il  se  contente  de  mentionner  le  départ,  comme  par 

exemple  lorscjue  l'ouvrier  part  pour  Soutensinen  :  ^-j^  \ 

U  v;^         . . . ,  et  lorsque  Méruitens  va  trouver  le  roi  : 

^jj^  ^\       ;  aucun  incident  du  voyage,  ni  de  l'arrivée,  n'est 

relaté;  les  voyageurs  sont  sîins  transition  mis  en  présence 
des  personnages  qu'ils  se  proposiiient  de  voir.  En  ce  qui 
touche  le  retour  à  Soutensinen,  (jui  eut  certainement  lieu, 
puisque  nous  retrouvons  plus  loin  Méruitens  revenu  à  son 
domicile  et  visifcmt  le  temple  de  Horshaf,  il  n'en  est  même 
fait  aucune  mention.  Il  est  donc  bien  certain  que,  lors  même 
qu'il  se  fût  agi  d'un  voyage  depuis  l'oasis  jusqu'en  K^ypte, 
le  texte  ne  se  serait  pas  expliqué  différemment.  On  en 
tirerait  seulement  la  conséquence  que  Méruitens  alla  s'em- 
barquer au  port  le  plus  voisin,  c'est-à-dire  à  l'un  des  endroits 
qui  furent  plus  tard  Apis  ou  Paraetonium. 

Une  inscription  gravée  sur  les  rochers  d'Hammamat'  ra- 
conte que  le  roi  Osortasen  III  envoya  chercher  à  Rohannu^ 
des  statues  de  pierre  qu'il  y  avait  fait  faire  pour  son  père 
Horshaf  seigneur  de  Soutensinen.   Ce  zèle  orgueilleux, 

à  l*oasis  lors  de  lear  débarquement  au  port  sur  la  Méditerranée.  Dans 
ce  cas,  la  barque  qui  servait  spécialement  aux  transports  du  grand 
intendant  se  nommait  naturellement  sa  barque  d'ArrL 

1.  Ce  lac  a  cinq  ou  six  lieues  de  tour.  On  y  voit  quelques  Ilots  qui 
n*ont  pas  été  explorés  (Caillaud,  Vot/agc,  etc.,  vol.  !,  p.  249). 

2.  Dcnh-mûler,  II,  136  a. 

3.  Rohannu  est  Tune  des  principales  carrières  de  la  vallée  d*Ham- 
mamat,  au  désert  Arabique. 


310  LES  PAPYRUS   HIÉRATIQUES  DE   BERLIN 

qui  consistait  à  déplacer  d'énormes  masses  pour  les  trans- 
porter d'un  désert  dans  un  autre,  était  tout  à  fait  conforme 
aux  prétentions  qu'afficliaient  les  anciens  Pharaons.  Divers 
monuments  nous  les  montrent  en  effet  se  vantant  d'avoir 
substitué  les  unes  aux  autres  les  populations  les  plus  di- 
verses, et  fait  servir  à  la  splendeur  du  culte  les  tributs  des 
nations  les  plus  éloignées.  Assurément  la  statue  du  dieu  de 
l'oasis,  que  Quinte-Curce  nous  décrit  comme  richement 
parée  d'émeraudes  et  de  perles',  n'avait  point  été  taillée 
dans  un  bloc  des  roches  du  voisinage.  Du  reste,  M.  Caillaud 
a  reconnu,  parmi  les  matériaux  du  temple,  de  gros  blocs 
de  calcaire  spjithique  ou  d'albâtre  mamelonné',  qu'ont  dû 
fournir  les  Ciirrières  situées  à  l'est  d'El-Bosra,  dans  la  chaîne 
Arabique. 

Mais  à  ces  renseignements  sur  le  Soutensinen  viennent 
aujourd'hui  s'ajouter  ceux  qu'a  livrés  à  M.  de  Rougé  l'ins- 
pection de  la  stèle  de  Barkal.  Ainsi  que  je  l'ai  expliqué  en 
commençant,  je  n'ai  pas  l'espoir  d  avoir  prochainement  la 
faculté  d'examiner  le  texte;  je  suis  donc  forcé  de  m'en  tenir 
aux  explications  du  savant  aciidémicien,  quoiqu'elles  n'aient 
pas  été  rédigées  en  vue  de  l'étude  particulière  du  point  qui 
m'occupe. 

Ce  qui  me  frappe  au  premier  abord,  dans  le  récit  de  la 
campagne  de  Piankhi,  c'est  l'absence  de  toute  date;  rien 
n'y  indique  l'intervalle  qui  s'est  écoulé  entre  les  événements. 
Après  sa  première  victoire,  le  conquérant  était  revenu  à 
Thèbes  ;  il  ne  se  décida  à  se  porter  contre  les  troupes  de  la 
Basse-Egypte  qu'à  la  nouvelle  du  succès  partiel  obtenu  par 
le  roi  Nemrod,  l'un  de  ses  adversaires.  Encore  ne  se  mit- 
il  en  marche  qu'après  avoir  célébré  la  grande  panégyrie 
d'Ammon.  Quoique  la  guerre  eût  été  continuée  par  ses  géné- 
raux, il  est  vraisemblable  que  les  événements  ne  furent  pas 


1.  Historia  Mag ni  Alexandrie  lib.  IV;  Diodorus  Sictdas,  XVII^  50. 

2.  Loc.  laud.y  p.  120. 


LES   PAPYRUS   HIKRATIQUES   DE  BERLIN  311 

précipités,  puisque,  dans  rintorvalle  des  deux  premières 
batailles,  les  vaincus  eurent  le  temps  d'org^aniser  contre 
Pianklii  une  formidable  coalition.  Il  serait  donc  possible 
que  les  chefs  de  larmée  vaincue,  après  leur  défaite  au  sud 
do  Tlièbes,  se  fussent  retirés  au  Fayoum,  et,  de  là,  à  l'oasis 
d'Ammon,  par  Tune  des  nombreuses  routes  qui  existent 
encore. 

On  conçoit  d'ailleurs  Tutilité  de  ce  mouvement;  il  s'agis- 
sait de  s  assurer  lalliance  des  Maschawascha,  -^n^  T»T<Î  "^^ 
-^l  1^  T(LT  ^^  ]  ^  ,  dans  lesquels  je  vois  le  peuple  de  race 

libyenne  qui  occupait  la  Marmarique,  la  Cyrénaïque  et  les 
oasis^  et  dont  les  Siwahiens,  race  de  couleur  plus  foncée 
(|ue  les  Mgyptiens,  sont  peut-être  les  descendants  directs. 
Constamment  mis  en  rapport  par  les  monuments  avec  les 

Tainahu.]|s^|^)^4.  et  les  Libu.  TJ^l.^.. 
peuples  du  nord  de  1  Afiicjue,  les  Maschawascha  sont  aussi 
rapprochés  des  Nègres  dans  le  Papyrus  Anastasi  I.  Ce  docu- 
ment, en  énumérant  les  troupes  diverses  employées  à  une 
expédition  dans  le  désert  Arabique,  cite  en  effet  480  Ma- 
schawascha Ncgres\  ce  qui  cependant  pourrait  aussi  expri- 
mer ridée  Maschatcascha  et  Nègres. 

Mais,  soit  que  ce  peuple  comprit  réellement  des  Nègres, 
soit  qu'il  se  les  procurât  par  suite  de  son  voisinage  ou  do 
ses  relations  avec  le  Soudan,  nous  sommes  toujours  amenés 
à  conclure  que  les  tribus  dont  il  étuit  composé  s'étendaient 
de  la  Méditerranée  jusqu'aux  déserts  méridionaux.  Les 
Mgyptiens  eurent  fort  à  faire  pour  empêcher  les  dépréda- 
tions de  ces  Bédouins  indociles.  Nous  les  avons  vus  enrôlés 
dans  les  troupes  auxiliaires  de  Ramsès  II;  plus  tard,  on  les 
trouve  chargés  de  la  police  des  hypogées  à  Thèbes;  mais 
cette  soumission  de  quelques  tribus  stipendiées  n'assurait 
piis  celle  du  reste  de  la  nation,  et  Ramsès  III,  dans  ses 

1.  Papyrus  Anastasi  /,  pi.  XVII,  lig.  3. 


312  LFS   PAPYRrS    HIKRATIQUES   DE   BERLIN 

guerres  contre  les  Libu,  eut  à  combattre  les  Maschawascha. 
Ce  pharaon,  dit  un  texte\  s'empara  des  Tamahu  aidés 
des  Maschaicascha.  Ceux  qui  exerçaient  des  dépréda- 
tions contre  l'Egypte  journellement  furent  jetés  étendus 
sous  ses  pieds. 

L'alliance  de  ces  dangereux  voisins  était  donc  un  point 
de  grand  intérêt  pour  le  chef  de  la  Basse-t^ypte,  menacé 
par  Tarmée  éthiopienne.  Pour  traiter  avec  eux,  nul  lieu 
n'était  plus  convenable  que  rétablissement  égyptien  de 
l'Ammonium,  placé  au  centre  de  leur  territoire. 

Cette  alliance  fut  en  effet  conclue,  car,  au  nombre  des 
personnages  qui  firent  leur  soumission  après  le  succès  défi- 
nitif des  armes  éthiopiennes,  on  compte  trois  grands  chefs 
et  deux  chefs  des  Maschawascha,  ce  qui  prouve  évidem- 
ment qu'un  corps  de  troupes  considérable  avait  été  fourni 
par  ce  peuple. 

Le  préfet  égyptien  de  Soutensinen,  dont  le  titre  habituel 

était  celui  de  "^ ,  ^«^  {prinripium,  princeps),  avait  imité 

les  chefs  des  autres  provinces  de  la  Basse  et  de  la  Moyenne- 
Egypte;  il  s'était  fait  attribuer  le  titre  de  souten  ou  roi, 
et  avait  pris  part  à  la  coalition.  Mais,  après  la  prise  d'Her- 
mopolis,  il  se  hâta  de  faire  sa  soumission. 

M.  de  Rougé,  en  analysant  le  texte  de  la  stèle,  conclut 
que  Soutensinen  ne  doit  pas  être  fort  éloigné  d'Hermopolis. 
Cette  conclusion  ne  résulte  toutefois  pas  nécessairement 
des  données  que  je  viens  de  rappeler.  De  ce  qu'après  la 
bataille  qui  eut  lieu  au  sud  de  Thèbes,  les  vaincus  se  sont 
retirés  à  Soutensinen  pour  y  organiser  une  coalition  des 
chefs  de  la  Basse-Egypte  et  des  Maschawascha,  il  ne  s  en- 
suit pas  que  Soutensinen  doive  être  cherché  dans  l'un  des 
nomes  de  la  Haute-Egypte;  le  lieu  n'aurait  pas  été  bien 
choisi.  L'organisation  de  la  coalition,  la  distribution  des 
commandements  et  le  rassemblement  des  troupes  exigèrent 

1.  Brugsch,  Reciied  de  Monuments^  pi.  LV,  2; 


LES    PAPYRUS   IIIKRATIQL'FS   DK   BERLIN  313 

forcément  un  temps  assez  long.  Aussi  le  lieu  de  la  première 
rencontre  des  confédérés  avec  Tarmée  éthiopienne,  lieu 
que  le  texte  ne  fait  pas  connaître,  ne  peut  évidemment  rien 
faire  préjuger  quant  à  la  situation  de  Soutensinen.  Il  est 
évident  du  reste  que  les  chefs  seuls  se  sont  transportés  dans 
cette  localité,  et  que  leurs  forces  respectives,  cantonnées 
dans  la  Basse-l\gypte,  dans  le  Fayoum,  et  peut-être,  en  ce 
qui  concerne  les  fuyards,  dans  les  j)lus  rapprochées  des 
oasis,  ne  furent  qu'après  le  traité  réunies  et  conduites  à  la 
rencontre  des  Éthiopiens.  Rien  ne  nous  indique  que  le  roi 
de  Soutensinen  n'ait  pas  pris  part  en  personne  à  la  cam- 
pagne. Mais,  lors  même  qu'il  aurait  appris  à  Toasis  les 
succès  de  Piankhi,  son  voyage  à  Hermopolis  n'offrait  au- 
cune difficulté  sérieuse,  et  cette  visite  au  vainqueur  ne 
suppose  pas  nécessairement  la  proximité  de  la  résidence  du 
vaincu. 

Mais  il  est  en  outre  un  point  capital,  c'est  que  Souten- 
sinen ne  s'est  pas  rencontré  sur  la  route  de  l'armée  éthio- 
pienne, qui  a  suivi  les  bords  du  Nil.  On  ne  le  trouve 
mentionné  ni  parmi  les  villes  occupées  par  les  chefs  de  la 
Bîisse-Égypte,  ni  parmi  celles  dont  les  Éthiopiens  s'empa- 
rèrent de  gré  ou  de  force,  ni  parmi  celles  où  le  roi  vain- 
queur se  rendit  pour  faire  ses  dévotions  à  des  sanctuaires 
célèbres.  Le  roi  de  Soutensinen  n'apparaît  pas  non  plus  au 
nombre  des  chefs  de  la  Basse-Egypte,  énumérés  au  nombre 
de  quinze,  sans  compter  le  prince  de  Saïs,  qui  se  soumit 
le  dernier. 

De  ces  circonstances,  il  est  permis  de  conclure  que  Sou- 
tensinen, centre  religieux  et  politique  d'une  très  grande 
importance,  n'était  pas  topographiquement  situé  de  telle 
manière  .qu'il  pût  facilement  être  occupé  par  une  armée 
marchant  dans  la  vallée  du  Nil.  S'il  en  eût  été  autrement, 
Piankhi  n'eût  pas  manqué  d'aller  rendre  hommage  au  dieu 
de  la  localité,  comme  il  le  fit  à  Thèbes,  à  Memphis,  aux 
divers  sanctuaires  d'Héliopolis  et  à  Remuer. 


314  LES   PAPYRUS   IHKIIATIQUKS   DR  BERLIN 

Remarquons  enfin  que  les  tableaux  des  nomes  n'ont  jamais 
fait  mention  de  Soutensinen.  Ceci  exclut  tout  d'abord  l-i 
pensée  que  cette  ville  puisse  être  confondue  avec  Héra- 
cléopolis,  métropole  d'un  de  ces  départements  de  lancienne 
Kgypte,  et  il  faudrait  admettre,  si  l'on  devait  nécessaire- 
ment la  chercher  dans  un  nome  égyptien,  qu'elle  ne  fut 
\yas  même  une  bourg-ade  de  quatrième  ordre,  un  éciirt  (en 
égyptien  o,  pahu),  ce  qui  est  évidemment  inadmissible 
pour  une  ville  qui  fut  le  siège  d'une  royauté  partielle. 

Il  serait  surprenant,  en  définitive,  qu'un  lieu  aussi  célèbre 
dans  l'antiquité  que  l'oracle  d'Ammon  n'eût  pas  laissé  de 
souvenirs  dans  les  hiéroglyphes.  Cet  oracle  était  rattaché 
par  la  tradition  aux  mytiies  des  temps  héroïques  de  la 
Grèce.  Persée  l'avait  consulté  avant  de  combattre  la  Gor- 
gone; Hercule,  dans  sa  guerre  contre  les  Libyens*.  Plus 
tard,  Sémiramis  vint  l'interroger  sur  la  manière  dont  elle 
mourrait*.  A  son  tour,  Alexandre  le  Grand  voulut  y  rece- 
voir la  confirmation  de  son  origine  divine  \  Mais  le  conqué- 
rant macédonien,  en  cette  circonstance,  n'obéissait  pas 
uniquement  à  lexemple  des  héros  fabuleux  dont  il  se  préten- 
dait le  descendant,  car  la  fréquentation  de  loracle  d'Ammon 
par  les  Grecs  n'était  point  un  fait  rare  à  son  époque.  Nous 
n'irons  pas  sacrifier  à  Delphes  ni  àAmmonj  dit  Pisthété- 
rus  dans  la  Comédie  des  Oiseaux,  un  siècle  avant  Alexandre, 
et,  dans  la  même  pièce,  le  chœur,  célébrant  les  services 
que  les  oiseaux  rendent  aux  mortels,  constate  qxfils  leur 
tiennent  lieu  d'Ammon^  de  Delphes,  de  Dodone  et  de 
PhœbuS'Apollon\  c  est-à-dire  des  oracles  les  plus  renom- 
més, au  premier  rang  desquels  figure  celui  de  Toasis.  Pau- 
sanias  constate  aussi  le  crédit  dont  jouissait  chez  les  Grecs 


1.  Arrien,  Expédiiton  d'Alexandre,  iiv.  III,  ch.  m. 

2.  Diodore  de  Sicile,  iiv.  II,  cli.  xiv. 

3.  Arrien,  loc,  cit.;  Diodore,  iiv.  XVII,  ch.  xlix. 

4.  Aristophane,  Les  Oiseaux^  v.  619  et  716. 


LKS   PAPYRUS   IIIKRATIQUES   DE  BERLIN  315 

le  Jupiter  libyen  \  Pour  se  rendre  Toracle  favorable,  Ly- 
sîindre  ne  craignit  point  de  chercher  à  corrompre  les  grands 
prêtres».  C'est  encore  à  cet  oracle  que  s'adressèrent  les 
Rhodicns  pour  savoir  s'ils  devaient  honorer  Ptolémée  Soter 
comme  un  dieu". 

Rapportant  à  leur  propre  mythologie  les  légendes  des 
autres  peuples,  les  Grecs  firent  d'Ammon  le  père  de  Dio- 
nysus  (Bacclms).  Secrètement  élevé  à  Nysa  sous  la  protec- 
tion d'Athéna  (Minerve),  la  déesse  vierge,  Dionysus  acquit 
toutes  les  perfections  physiques  et  intellectuelles.  Son  père 
Ammon  ayant  été  renversé  du  trône  par  Cronos  (Saturne), 
Dionysus  reconquit  son  royaume  par  les  armes,  et  fonda  à 
l'oasis  une  ville  et  un  temple  dans  lequel  il  établit  le  culte 
et  Toraclo  d' Ammon.  Le  dieu  était  représenté  ayant  une 
tête  de  bélier.  Après  avoir,  le  premier,  consulté  Toracle  de 
son  père  et  appris  ainsi  que  l'immortalité  lui  était  assurée 
pour  les  bienfaits  dont  il  comblerait  les  humains,  Dionysus 
parcourut  le  monde,  enseignant  aux  Égyptiens  et  aux 
autres  peuples  à  cultiver  la  vigne  et  les  arbres  fruitiers*. 
Après  Ammon  et  Dionysus,  Zeus  (Jupiter)  liérifci  de  l'em- 
pire du  monde. 

Toute  défigurée  quelle  l'a  été  par  l'imagination  des 
Grecs,  cette  fable  reproduit  encore  quelciues-uns  des  traits 
essentiels  du  mythe  d'Osiris.  Ce  dieu,  reformé  par  Lsis,  fut 
on  effet  élevé  secrètement,  et  quand  son  bras  fut  devenu 
fort,  il  se  fit  rendre  justice  et  obtint  de  nouveau  la  souve- 
raineté des  deux  mondes'.  En  égyptien,  Ammon  est  le 
dieu  caché,  dont  Osiris  est  l'émanation  bienfaisante.  Mais 
les  Grecs,  étrangers  à  la  connaissance  des  hiéroglyphes, 

1.  Livre  III,  ch.  xviti. 

2.  Diodore,  liv.  XIV,  ch.  xni. 

3.  Diodore,  liv.  XX,  ch.  c 

4.  Diodore,  liv.  III,  ch.  Lxvnetsuiv. 

5.  Voir  Hymne  à  Osiris,  Reçue  archéologique  [l**  série),  1856,  p.  12 
[cf.  t.  I,  p.  109-110,  des  Œucres  diverses  de  Chahas]. 


310  LES   PAPYRUS   HIKaATIQUES  DE   BERLIN 

se  contentaient  des  rapprochements  hasardeux  que  leur 
fournissait  leur  propre  langue,  et  Jupiter-Ammon  fut  pour 
quelques-uns  d'entre  eux  le  Jupiter  des  sables  ("Ajifio^). 
D'autres  prétendaient  qu'un  pasteur  nommé  Ammon  avait 
été  le  premier  fondateur  du  temple.  En  ce  qui  touche  la 
tête  de  bélier,  ^imagination  des  Grecs  n'a  pas  été  moins 
féconde.  Aussi,  dans  ce  qu'ils  nous  rapportent  des  temps 
antiques,  devons-nous  éliminer  avec  soin  les  commenfciires 
dont  ils  ont  presque  partout  surchargé  les  faits  originaux. 
Quoi  qu'il  en  soit,  il  est  bien  certain  que  le  dieu  que  les 
Grecs  allaient  consulter  à  l'oracle  était  un  dieu  égyptien. 
Quatre-vingts  prêtres,  au  dire  de  Diodore\  étaient  occupés 
aux  cérémonies  de  son  culte.  Porté  par  eux  sur  une  barque 
d'or,  conformément  à  la  pompe  si  souvent  figurée  sur  les 
monuments  de  l'Egypte,  le  dieu  rendait  ses  oracles  par 
l'organe  du  prêtre  du  rang  le  plus  élevé.  Nous  savons  de 
même,  par  les  renseignements  empruntés  aux  monuments 

de  l'Egypte,  que  des  prêtres  du  rang  de  prophètes,  H  y  i , 

étiiient  attachés  au  sacerdoce  de  Soutensinen.  Sous  les 
Bubastites,  un  prince  de  la  famille  royale  occupa  le  poste 
de  chef  de  ce  sacerdoce".  Des  femmes  aussi  participaient  au 

service  du  temple;  elles  portaient  le  titre  de  (1  8  q(|  ^ ,  «.g^i, 

qui  suppose  une  fonction  en  rapport  avec  le  chant  ou  la 
musique.  Diodore  mentionne  aussi  la  foule  des  vierges  et 
des  matrones  (nXf.Oo;  itapôivwv  xal  l'jvatxwv)  qui  suivaient  en 
chantant  le  cortège  du  dieu. 

On  se  rend  à  l'oasis  par  plusieurs  routes  qui  débouchent 
sur  la  vallée  du  Nil  et  sur  le  Delta,  depuis  le  Fayoum 
jusqu'à  Alexandrie.  La  plus  courte  de  ces  routes  part  de 
Terraneh  et  traverse  la  région  des  lacs  de  Natron'.  Elle 


1.  Livre  XVII,  ch.L. 

2.  Mariette,  Les  Apis,  p.  12. 

3.  Hérodote  plaoe  l'oasis  d'Àmmon  à  sept  joarnées  de  Thèbes  (liv.  III, 


Les   t^APYRUS   HIÉRATIQUES  DE  BERLIN  3l7 

exige  dix  à  onze  jours  de  marche;  on  y  rencontre  do  Tcau 
de  distance  en  distance.  Mais,  au  temps  de  la  puissance 
des  Pliaraons,  des  communications  mieux  organisées  avaient 
dû  être  établies;  il  est  probable  qu'alors  la  contrée  présentait 
une  physionomie  bien  diflérente  de  celle  qu  elle  a  revêtue 
de  nos  jours.  D'après  les  observations  des  savants  de  la 
Commission  d'F^ypto,  un  bras  du  Nil  a  dû  s'écouler  jadis 
par  la  vallée  du  fleuve  sans  eau.  On  sait  (jue  les  branches 
par  lesciuelles  ce  fleuve  se  jette  dans  la  Méditerranée  ont 
subi  diverses  modifications;  les  eaux  se  sont  retirées  de 
Touest  vers  Test.  Du  reste,  ni  Teau  ni  la  végétation  ne 
manquent  absolument  dans  les  déserts  de  Libye;  mais,  de- 
puis la  disparition  du  peuple  puissant  et  riche  qui  n  avait 
pas  craint  d*y  fonder  Tun  de  ses  principaux  sanctuaires, 
les  s;ibles  ont  continué  leur  marche  éternelle  et  couvert  les 
derniers  vestiges  du  travail  de  l'homme.  A  Memphis,  tout 
près  du  Nil,  il  n'étiiit  pas  sans  danger,  au  temps  de  Strabon, 
de  parcourir  Tavenue  de  sphinx  dans  laquelle,  aux  jours  de 
fête,  défilait  jadis  le  pompeux  cortège  des  rois  et  des  dieux. 
Depuis  Tépoque  du  célèbre  historien,  les  sables  ont  tout 
surchargé  d'une  couche  épaisse,  et  tout  a  disparu,  même  do 
la  mémoire  des  hommes.  Il  a  fallu  la  merveilleuse  sagîicité 
de  M.  Mariette  pour  rendre  à  la  lumière  temples  et  sphinx 
perdus  depuis  de  longs  siècles. 

Nous  ne  devons  donc  pas  juger  de  l'état  de  ces  déserts 
aux  temps  pharaoniques  d'après  celui  dans  lequel  nous  les 
retrouvons  tant  de  siècles  après  la  destruction  des  éfciblis- 
sements  qui  firent  leur  gloire*.  Les  récits  merveilleux  des 

cb.  xxvi),  et  une  autre  fois  à  dix  journées  (liv.  IV,  ch.  cxci).  Ces  deux 
évaluations  sont  beaucoup  trop  faibles. 

1.  Les  troupes  que  Cambyse  envoya  contre  les  Ammoniens  partirent 
de  Thèbes.  Hérodote  afTirnie  qu*elies  allèrent  jusqu'à  Toasis  et  qu'elles 
périrent  (liv.  III,  26).  On  a  généralement  révoqué  en  doute  les  diffi- 
cultés que  les  soldats  d'Alexandre  eurent  &  surmonter  dans  leur  marche 
jusqu'au  temple  de  Jupiter-Ammon.  Les  historiens  ne  sont  pas  d'accord 


3l6  LES  PAPYRUS  HIÉRATIQUES  DE  BERLIN 

Arabes  qui  les  iréquentent  de  nos  jours  pourraient  n'être 
pas  seulement  le  fruit  de  Timagination  ingénieuse  de  ces 
conteurs.  Ces  délicieux  jardins  cachés  au  milieu  des  sables, 
et  qui  échappent  aux  recherches  de  ceux  qui  veulent  les 
découvrir  \  se  réfèrent  peut-être  à  un  état  de  culture  dont 
un  vague  souvenir  s^est  perpétué  de  siècle  en  siècle.  Dans 
tous  les  cas,  le  papyrus  de  Berlin  n^  I  nous  apprend  de  la 
manière  la  plus  certaine  que  la  contrée  de  la  plaine  de  set 
était  habitée  et  gouvernée,  comme  tous  les  centres  de  popu- 
lation établis  dans  les  déserts  voisins  de  TF^ypte,  par  un 

hak  (  I /i  j|).  qui  y  faisait  exécuter  les  ordres  du  pharaon. 

Remarquons  d'ailleurs  que  Toasis  d'Ammon  a  constam- 
ment fait  partie  du  domaine  des  maîtres  de  Tl^^ypte,  de- 
puis les  plus  anciennes  dynasties  jusqu'aux  Lagides  et  aux 
Romains.  A  leur  tour,  les  Arabes  s  en  rendirent  maîtres 
et  en  convertirent  les  habitants  à  l'islamisme.  En  1820, 
Méhémet-Ali  y  envoya  une  petite  armée  avec  de  lartillerie, 
et  soumit  les  Siwahiens  à  un  tribut  de  dattes.  Nous  n'avons 
donc  pas  à  éprouver  le  moindre  étonnement  s'il  nous  arrive 
de  rencontrer  cette  localité  célèbre,  mentionnée  par  des 
documents  égyptiens  comme  ayant  été  en  rapports  religieux 
et  politiques  avec  l'Kgypte  des  temps  pharaoniques.  C'est 
le  contraire  qui  pourrait  nous  surprendre. 

Soutensinen,  localité  où  les  documents  originaux  nous 
montrent  le  temple  du  dieu  criocéphale  établi  à  une  époque 
de  beaucoup  antérieure  aux  plus  anciennes  dates  de  This- 
toire  rapportées  par  les  classiques,  présente  avec  le  célèbre 
oracle  de  Jupiter-Ammon,  qui  remonte  aussi  aux  siècles 
de  la  Fable,  des  points  de  ressemblance  tellement  frappants, 
qu'il  était  utile  de  les  rassembler,  en  y  ajoutant  les  rensei- 

surie  chemin  qu'ils  prirent  au  retour  (Arrien,  Expédition  d'Alexandre, 
liv.  III,  ch.  II). 

1.  Caillaud,  Voyage,  etc.,  t.  I,  p.  44.  Les  Arabes  racontent  aussi  que 
le  pays  a  été  civilisé  par  Bousir,  ancien  roi  égyptien,  dans  lequel  il  est 
aisé  de  reconnaître  Osiris. 


LES  PAPYRUS  HIÉRATIQUES  DE  BERLIN  319 

gnements  que  vient  de  fournir  Tintéressant  travail  de  M.  do 
Rouge  sur  la  stèle  de  Barkal,  ainsi  que  ceux  que  j*ai  pu 
déchiffrer  dans  le  papyrus  hiératique  n'*  II  de  Berlin.  Ces 
éléments  importants  ont  manqué  à  mon  savant  ami,  M.  le 
docteur  Brugsch,  qui,  le  premier,  a  proposé  Tidentification 
sur  laquelle  je  reviens  aujourd'hui.  La  question  touche,  ainsi 
(|u  on  Ta  vu,  à  des  points  très  intéressants  pour  Thistoire 
et  pour  la  géographie.  Espérons  (juc  de  nouvelles  décou- 
vertes viendront  bientôt  combler  les  lacunes  que  laissent 
encore  subsister  les  documents  actuellement  connus. 


IV 

LE  PAPRVUS   HIÉRATIQUE  N^   I 

De  même  que  pour  le  papyrus  n°  II,  nous  n'avons  aucun 
moyen  d^évaluer  Tétendue  du  fragment  qui  manque  au 
commencement  du  papyrus  n°  I.  Mais  celui-ci  est  complet 
à  la  fin,  ainsi  que  le  prouve  la  clause  finale  déjà  rencontrée 
dans  le  n^  III  et  dans  le  Pai)yrus  Prisse  :  Cestjîni,  de  son 
commencement  à  sajin,  comme  on  le  tronce  dans  l'écrit. 

Le  papyrus  n"  I  contient  les  relations  d'un  de  ces  hardis 
pionniers  que  les  Pharaons  de  rAncien-Einpire  chargeaient 
d'explorer  les  régions  voisines  pour  y  établir  peu  à  peu  la 
domination  égyptienne.  Les  missions  dont  l'auteur  nous 
entrelient  se  placent  sous  le  règne  d'Amenemha  V^  et  sous 
celui  de  son  lils  Osortasen  ^^  Ainsi,  ])ar  leur  nature  et  par 
leur  date,  les  indications  que  cet  antique  manuscrit  nous 
livre  en  font  un  titre  réellement  inestimable. 

Au  début  de  ce  qu'il  nous  reste  du  texte  nous  trouvons 

le  voyageur  dont  le  nom  est  ^^  rn  0  '^  W  '  '^'^*'  partant 
pour  un  voyage  périlleux.  Il  gagne  un  lieu,  dit  le  bassin  de 
Snqfrou,  et  s'arrête  au  domaine  de  la  campagne  (  "^ 


■lAll 


320  LES   PAPYRUS   IHKRATIQL'ES   DE   BKRI.ÎN 

«  Je  m'éloigne,  dit-il,  il  faisait  jour;  je  surprends  un 
»  individu;  se  tenant  éloigné,  il  me  salue;  il  avait  peur.  Il 
»  arriva  ensuite  qu'il  avait  la  face  d'une  jeune  filleV  Jeconti- 
»  nue  ma  route  jusqu'à  la  ville  de  (lacune).  Je  m'embarque 

»  dans  un  bateau  de  transport  (\>v     ë^!^ ) ,  sans  gouvernail . 

»  Je  gagne  le  village  d'Abet  [de  r Orient,  f  J^*^    )*•  » 

Ici  une  nouvelle  lacune  de  plusieurs  mots  interrompt  la 
narration.  D  après  les  débris  du  dernier  groupe,  il  parait 
que  le  voyageur  avait  visité  un  sanctuaire. 

«  Je  me  mis  ix  marcher  à  pied  jusqu'à  ce  que  j  eusse 
»  rejoint  la  muraille  que  le  hak  avait  faite  pour  repousser 
»  les  Sati.  » 

Celte  importante  indication  nous  montre  que  les  Pha- 
raons de  r  Ancien-Empire  avaient  construit  un  rempart  pour 
arrêter  les  incursions  des  Sati.  J  étudierai  plus  loin  le  nom 
de  ce  peuple.  Il  est  à  présumer  que  la  muraille  en  question 
se  trouvait  placée  entre  le  golfe  de  Suez  et  le  lac  Menzaleh, 
ou  dans  la  direction  de  Péluse,  et  qu'elle  défendait  les  pas- 
sages les  plus  faciles  de  cette  région  déserte.  La  première 
localité  où  nous  trouvons  notre  explorateur  porte  le  nom  de 

She-Snefrou,  (Pi^T  c'est-à-dire  de  bassin  de  Sne- 
frou*.  Il  s  agit  certainement  d'une  bourgade  à  laquelle  cet 
ancien  pharaon  avait  laissé  son  nom,  et  l'on  sait  que  c'est  à 
lui  que  remontent  les  plus  anciens  établissements  égyptiens 
du  Sinaï.  She-Snefrou  était  sans  doute  l'une  des  stations 
qu'il  avait  disposées  au  désert  d'Anibio,  sur  la  route  de  la 


1.  Le  voyageur  raconte  ici  sa  rencontre  soadaine  d'ane  jeune  flile^ 
qu'il  prit  d'abord  pour  un  homme,  et  qui  manifesta  des  signes  de 
frayeur. 

2.  Ces  localités  pourraient  très  bien  être  comprises  dans  le  territoire 
qui  forma  plus  tard  le  nome  d*Orient,  le  XIV*  dans  les  listes  de 
M.  Brugsch. 

3.  La  présence  de  l'eau  était  une  des  conditions  indispensables  à 
rétablissement  de  tout  centre  de  population. 


LES    PAPYRUS    UIKRATIQUES    DE   BERLIN  321 

mer  Rouge.  Sineh  s'embarque  sur  cette  mer,  et  comme  le 
navire,  grossière  l)ar(jue  de  transport  pour  le  cabotage  des 
marchandises,  n'avait  pas  de  gouvernail,  il  est  forcé  de  dé- 
barquer et  de  continuer  sa  route  à  pied  jusqu'au  mur  élevé 
par  le  pharaon  ou  par  le  hak\  gouverneur  de  la  province. 
«  La  fatigue*  me  surprit  dans  un  bois  d'effrayante  appa- 
»  rence;  je  m'arrêtai.  Au  jour  où  ma  tête  se  trouva  nifraî- 
))  chie,  je  repartis;  c'était  au  temps  de  lequinoxe;  le  soleil 
))  se  levait.  J'arrivai  à  Patan;  j'entrai  dans  la  bourgade  de 
»  Kam-Uer.  La  soif  tomba  sur  moi  soudain. . .  ;  je  dis  :  Le 
))  goût  de  la  mort  est  tel.  Je  relevai  mon  cœur  et  rétablis 
))  mes  membres;  j'entendais  la  voix  délicieuse  des  troupeaux. 
»  J'aperçus  un  Sati,  (pii  me  demanda  mon  chemin  par  là' 
))  et  si  j'étais  de  TÉgypte.  Il  me  donna  de  l'eau  et  me  fit 
»  chauffer  du  lait.  J'allai  avec  lui  vers  sa  tribu.  Il  voulut  mi; 
»  donner  une  terre  de  sa  terre.  Je  refusai  sur-le-champ.  Je 
»  me  hâtai  (d'arriver)  à  Atem.  » 

/vww,    PATAN,   nous   est   complètement    inconnu:    mais 

M.  ihugsch  a  classé  deux  bourgades  portant  le  nom  de  : 

^^û:£^  ,  KAM-UER,  Tunc  commc  écart  du  nome  llélio- 

polite,  l'autre  dans  le  nome  Coptite.  Ni  l'une  ni  l'autre  ne 
peuvent  être  assimilées  au  Kam-Uer  de  notre  papyrus,  au- 
près duquel  notre  voyageur  fut  exposé  à  périr  de  soif.  Les 
noms  significatifs  attribués  par  les  K^gyptiens  à  des  localités 
trouvaient  aisément  des  applications  nouvelles,  et  les  mêmes 
particularités  topographiques  donnaient  fréquemment  lieu 
à  des  appellations  identiques.  Il  y  avait  sans  doute  des  Kam- 


1.  Ce  titro  de  AaA-,  équivalent  de  celui  de  meleh-y  ctait  quelquefois 
attribué  aux  Pharaons  eux-môines;  mais  il  désigne  le  plus  souvent  les 
petits  souverains,  tributaires  ou  non,  des  contrées  voisines  de  TKgypte. 
Les  peuplades  du  désert  Arabique  étaient  gouvernées  par  des  haks 
nommés  Hahs  de  Toshcrtt, 

2.  Litt.  :  la  courbature. 

3.  C'est-à-dire:  où  faillis  par  là, 

BioL.  ÉGYrr.,  T.  x.  :îl 


322  LES  PAPYRUS  HIÉRATIQUES  DE  ÔEKLlN 

Uer  {très  noir^),  comme  chez  nous  des  Bellevue.  Dans  tous 
les  cas,  il  s'agit  ici  d'une  localité  qui  n'était  pas  peuplée 
d'Égyptiens,  mais  occupée  par  une  tribu  de  Sati,  chez  qui 
notre  voyageur  reçut  l'hospitalité.  On  lui  offrit  un  territoire 
qu'il  refusa,  parce  qu'il  devait  se  rendre  à  Atem  ou  Atema, 
en  vertu  de  Tordre  royal  auquel  il  obéissait,  ainsi  que  nous 
le  verrons  plus  loin. 

Ce  pays  d'Atem  ((j         ^v  cy^,  aussi  Atema,  ||' 

C^^)  rappelle  parfaitement  le  nom  de  Tldumée,  et  il  ncst 
pas  impossible  que  nous  ne  retrouvions  ici  im  très  ancien 
souvenir  de  la  région  dans  laquelle  vint  s'établir  Ésaû. 
Malgré  son  extrême  simplicité,  le  récit  excite  une  certaine 
émotion  dans  le  tableau  qu'il  fait  du  voyageur  accablé  par 
la  soif  et  succombant  à  la  fatigue  et  au  découragement, 
puis  reprenant  courage  en  entendant  la  délicieuse  voix  des 
troupeaux. 

Nous  l'avons  laissé  à  son  arrivée  à  Atem  : 

«  Un  cheykh'  m'y  accueillit;...  c'étiiit  le  hak  du  pays 
»  de  Tennu  supérieur.  Il  me  dit  :  Sois  le  bienvenu  avec  moi. 
»  Comprends-tu  la  langue  de  l'K^ypte*?  Ayant  ainsi  parlé, 
))  il  sut  ce  que  j'étais;  il  comprit  mon  mérite.  Des  F^yp- 
»  tiens,  qui  étaient  là  auprès  de  lui,  m'interrogèrent.  Puis 
»  il  me  dit  :  F^ourquoi  arrives-tu  ainsi*?. . .  )) 

Le  hak  du  pays  de  Tennu  songe  immédiatement  à  s'atta- 
cher Sineh.  Pour  le  déterminer,  il  lui  raconte  l'histoire  de 
sa  vie.  On  verra  (lue  les  deux  aventureux  personnages  étaient 
faits  pour  s'apprécier  mutuellement. 


1.  La  coaleur  noire  du  sol  indiquait  le  terrain  fertile. 
-&.  ,  «^n«k,  un  ancien. 


A/WWA 


C^ 


'^'  ^^^^^^^^     '     '^— ^^ik.iiik»    cu>Tii-R   po«n-RKAit,  entends- 


tu  la  bouche  de  V Egypte  f 
4.  Lacune. 


LES   PAPYRUS   HIÉRATIQUES   DE   BERLIN  333 

Sans  attendre  une  réponse  à  sa  question,  le  hak  continue 
ainsi  son  discours  : 

«  Je  suis  né  à  la  cour  du  roi  Amenemha  I*',  qui  est  allé 
»  au  ciel  sans  qu'on  sache  ce  qui  s'est  passé  à  ce  sujet*.  Le 
»  roi  me  parla  secrètement. . .  » 

Il  se  trouve  ensuite  six  colonnes  de  texte  entrecoupé  de 
lacunes  et  présentant  de  grandes  diflicultés;  le  narrateur  y 

parle  d'un  voyage  qu'il  fit   au  pays  des  Tamahu  \  |\   8 

^1  i^î)]  ;  puis  il  s'étend  sur  ses  propres  mérites  et  il  passe 

aux  louanges  d'Osortasen  P',  fils  d'Amenemha  I*'. 

«  Ce  dieu  bienfaisant,  sa  crainte  était  chez  toutes  les 
»  nations,  comme  celle  de  la  déesse  Pakht...  Il  me  par- 
»  lait,  je  lui  répondais*.  Son  fils  nous  a  sauvés  en  entrant 
))  au  palais;  il  a  pris  possession  de  Théritage  de  son  père; 
»  ce  dieu,  il  n'avait  pas  de  frères,  nul  autre  n'était  né  avant 
))  lui  ;  il  était  tout  à  fait  prudent  ;  ses  actions  étaient  pieuses.  . 
»  Ses  ordres  allaient  et  venaient  comme  il  le  voulait;  il 
»  avait  rassemblé  (sous  sa  domination)  toutes  les  nations. 
»  Son  père  était  dans  l'intérieur  de  son  palais;  il  lui  inspi- 
»  rait  ses  principes;  devenu  fort,  il  fit  avec  son  glaive  des 
»  exploits;  quiconque  le  voyait  ne  demeurait  pas  ferme;  il 
»  abattit  les  Barbares,  subjugua  les  pillards,  châtia  Tadver- 
))  saire;  il  était  un  paralyseur  de  mains;. . .  il  se  complut 
»  à  briser  les  sommités;  personne  ne  résista  de  son  temps. 
»  C'est  un  coureur  aux  pas  rapides  qui  a  immolé  le  fuyard. 
»  On  ne  pouvait  s'approcher  de  ses  deux  bras. 

»  Cœur  debout  à  son  heure,  ses  bras  étaient  prompts  ; 
»  cœur  ferme,...  il  regardait  les  multitudes;...  sa  joie 
))  était  d'abattre  les  Barbares.    Il  saisissait  son  bouclier, 


1.  .^A^    ®  m     /Rk    >  M-  Il  parait  que  les  circonstances 

de  la  mort  d'Amenemha  I"  restèrent  mystérieuses. 

2.  Cette  familiarité  du  monarque  est  une  marque  de  faveur  que  le 
narrateur  se  plaît  à  rappeler. 


3â4  LES  PAPYRUS   HIÉRATIQUES  DE  BERLIN 

»  frappait  de  la  hache,  recommençait  à  frapper  et  tuait;  on 
»  ne  pouvait  échapper  à  son  glaive;  personne  ne  pouvait 
»  bander  son  arc;  les  Biirbares  fuyaient;  ses  bras  étaient 
»  comme  ceux  de  la  grande  déesse . . . 

»  Il  tomba  malade,  ce  grand  prodige  qui  s'emparait  de 
»  lallection;  sa  ville  laimait  plus  qu'elle-même;  elle  se 
»  réjouissait  en  lui  plus  qu'en  une  divinité;  hommes  et 
»  femmes  s'assemblaient  pour  lui  rendre  gloire.  Il  fut  roi 
»  dès  qu'on  le  sortit  de  l'œuf;  il  fut  redouté  dès  sa  nais- 
))  sjmce;  en  lui  se  multiplièrent  les  naissances.  Seul,  il  est 
ï)  d'essence  divine.  Ce  pays  se  réjouit  de  sa  domination; 
»  ce  fut  un  élargisseur  de  frontières  ;  il  s  empara  des  pays 
»  du  Midi,  sans  parler  de  ceux  du  Nord.  Il  devint  seigneur 
)).puissimt  des  Sati,  pour  fouler  aux  pieds  les  Nemma. . . 
»  Ce  qui  fait  le  bonheur  do  la  terre,  cela  provient  de  son 
»  essence.  Il  me  dit  en  face  :  Guide  Tligypte,  pour  déve- 
»  lopper  tout  ce  qu'il  y  a  de  bon  en  elle. . .  Sois  avec  moi  ; 
))  mon  œil  est  bon  pour  toi.  Il  me  nomma  gouverneur  de 
»  ses  jeunes  guerriers  et  me  maria  à  sa  fille  aînée;  il  me  fit 
»  choisir  dans  son  pays,  dans  le  choix  de  ce  qui  lui  appar- 
»  tenait,  sur  la  frontière  d'une  autre  contrée.  Ce  pays  est 
»  bon,  Aa*  est  son  nom;  il  produit  du  tah^  et  du  froment 
»  en  quantité  considérable;  du  vin  plus  que  de  l'eau,  beau- 
»  coup  de  miel,  beaucoup  de  bak  (espèce  de  liqueur),  toute 
»  espèce  d'arbres  fruitiers  et  des  céréales  de  deux  sortes, 
»  sans  limites,  et  toute  espèce  de  bétail;  il  y  a  aussi  une 
»  ville  plus  grande  à  parcourir  que  je  ne  le  voudrais.  Il 
»  me  nomma  chef  de  tribu  dans  le  meilleur  de  son  pays. 
»  Je  fis  du  pain  ainsi  que  des  man-t^  et  du  vin  pour  chaque 
»  jour;  des  viandes  cuites,  des  oies  séchées,  en  outre  du 


•1 


,  mentionné  deux  fois  dans  le  papyrus.  C'est  sans 
doute  une^dépendance  de  Tennu  ou  d'Atema. 


2.  Métal  que  je  ne  puis  identifier. 

3.  Espèce  de  liqueur. 


LES   PAPYRUS   HIÉRATIQUES   DE   BERUN  325 

»  gibier.  Et  je  lui  donnai,  et  je  continuai  à  lui  donner  au 
»  delà  des  revenus  de  mes  cultures.  Je  fis  beaucoup  de  lait 
»  cuit  de  toute  espèce.  J'y  passai  beaucoup  d'années.  J'avais 
»  des  jeunes  guerriers  dans  mes  expéditions  militaires, 
»  chacun  réprimant  sa  tribu.  Un  messager  allait  et  venait 
»  auprès  du  roi,  dirigé  par  moi;  et  je  satisfaisais  toute  la 
»  population;  je  donnais  de  Icau  à  quiconque  avait  soif. 
»  J'ai  fait  se  détourner  au  loin,  j  ai  enlevé,  j'ai  saccagé  les 
»  Sati,  jusqu'à  anéantir,  à  repousser  les  bras  des  Ilaks  des 
»  nations.  J'ordonnais,  ils  partaient.  » 

Si  j  ai  bien  compris  les  mentions  relatives  au  roi  Amen- 
cmha  P',  il  faudrait  en  conclure  que  des  circonstances 
assez  mystérieuses  entourèrent  la  mort  de  ce  monarque, 
qui  alla  au  ciel  sans  qu'on  sût  comment  cela  sejit.  On  sait 
que,  sur  la  fin  de  son  règne,  Osortasen  P'  partagea  l'autorité 
royale,  et  que  les  sept  premières  années  de  celui-ci  se 
confondent  avec  les  sept  dernières  de  son  père.  De  gré  ou 
de  force,  le  vieux  monarque  avait  abdiqué  toute  initiative. 
Osortasen  P',  qui  n'avait  pas  de  frères,  pas  d'aîné,  s'était 
mis  en  possession  de  l'héritage  paternel,  et  à  lui  désormais 
revenaient  le  soin  et  la  gloire  d'écraser  les  ennemis  de 
J'^^ypte^quant  à  Amenemha,  relégué  au  fond  du  palais, 

^Î^3?5Î  (D^  '^*=*^'  ^^^^  ^^^  ^^  bornait  à  donner  des 
conseils  à  son  lils. 

Notre  papyrus  célèbre  en  termes  pompeux  l'activité  et 
la  valeur  d'Osortasen  I",  qui,  dit  le  texte,  soumit  les  pays 
du  Midi  y  sans  parler  de  ceux  du  Nord.  On  connaissait  déjà 
quelques-unes  des  campagnes  de  ce  pharaon  contre  les 
Nègres;  nous  apprenons  ici  pour  la  première  fois  ses  rap- 
ports avec  la  race  des  Tamahou  et  ses  guerres  contre  les 

Sati.   Les  Ru-Petti  |  ^  ,   que   ma    traduction 

I     û     Ml    I    I       \ 

nomme  les  Baroares,  formaient  probablement  une  popu- 
lation distincte. 
Le  narrateur  devint  le  favori  de  ce  monarque,  et  fut,  pen- 


326  LES   PAPYRUS   HIKRATIQUES   DE   BERLIN 

dant  quelque  temps,  préposé  à  Tadministration  de  TÉgypte, 
pour  en  développer  les  ressources.  Ce  détail  nous  rappelle 
le  rôle  que,  selon  rÉcriture,  Pharaon  attribua  au  patriarche 
Joseph  \  Nommé  chef  des  jeunes  soldats  de  l'Egypte,  il 
épousa  la  fille  de  son  roi.  C'est  ainsi  du  moins  que  je  tra- 
duis la  phrase  :  '^^^Qll^'^^^^^'^--^'  d»"s 
laquelle  le  verbe  Aiit«^  présente  seul  de  la  difficulté;  il  y  a 
évidemment  :  rV. . .  moi  à  sa^fille  aînée,  et  Ton  trouverait 
difficilement  à  introduire  ici  un  autre  verbe  que  marier, 

faire  épouser.  Le  sens  propre  de  Oll^  ^^t  arriver, 
aborder;  d'où  la  signification  dérivée  inhumer,  enterrer; 
celle  d'épouser  devra  être  vérifiée  sur  d'autres  exemples, 
mais  elle  est  au  moins  fort  probable  ici;  on  ne  connaît 
d'ailleurs  aucun  autre  mot  égyptien  qui  rende  cette  idée. 
Le  roi  confia  ensuite  à  ce  personnage,  devenu  son  gendre, 
une  mission  politique  de  haute  importance,  et  lui  conféra 

le  titre  de  T-^  J|  '^'^  O^'^^ù^^,  c'cst-à-dirc  de  hak 
ou  gouverneur  du  pays  de  Tennu.  Ce  titre  de  hak  corres- 
pondait à  l'autorité  la  plus  élevée;  quelquefois  il  servait  â 
désigner  les  Pharaons  eux-mêmes.  Quant  à  Tennu,  tout  ce 
qu'on  en  peut  savoir,  c'est  que  c'est  un  région   voisine 

d'Atema  et  comprenant  un  pays  nommé  ij  ^^^.  f>yv>^  • 
AAA,  dont  la  richesse  et  la  fertilité  remettent  en  mémoire 
ces  mots  des  explorateur  envoyés  par  Moïse  au  pays  de 
Chanaan  :  Venimus  in  terram  ad  quam  misisti  nos,  quœ 
rêvera  Jluit  lacté  et  melle,  ut  ex  his  fructibus  cognosci 
potest\  L'analogie  est  d'autant  plus  frappante  que  l'abon- 
dance du  lait,  du  miel  et  du  vin  est  précisément  mentionnée 


1.  Voir  le  dlscoars  de  Pharaon  à  Joseph,  Genèse,  ch.  xli,  38  et 
sqq. 

2.  Nombres,  xiii,  27.  Les  explorateurs  hébreux  rapportaient  une 
branche  de  vigne  couverte  de  raisins,  qui  faisait  la  charge  de  deux 
hommes,  ainsi  que  des  grenades  et  des  figues. 


LES   PAPYRUS   HIÉRATIQUES   DE   BERLIN  327 

dans  Tun  et  raiitrc  cas\  On  conçoit  toutefois  quo  je  me 
borne  à  indiquer  ce  rapprochement  ;  Tétude  approfondie  de 
la  géographie  des  premiers  âges  du  monde,  d'après  les  écri- 
tures égyptiennes,  est  un  sujet  qui  demandera  à  être  traité 
séparément,  et  seulement  lorsqu'un  plus  grand  nombre  de» 
faits  de  détail  auront  été  élucidés  et  mis  en  lumière. 

Fidèle  tributaire  de  TKgypte,  le  hak  de  Tennu  envoyait 
au  pharaon  une  partie  du  revenu  de  sa  province;  on  y  voit 
figurer  du  lait  cuit  de  toute  sorte,  c  est-â-dire  différentes 
espèces  de  fromage.  Le  laitage  jouait  un  grand  rôle  dans 
Talimentation  des  K^gyptiens  de  Tépoque,  et  l'on  en  juge 
jwr  les  mentions  qu'en  font  les  monuments.  Dans  une  ins- 
cription à  peu  près  contemporaine  de  notre  papyrus,  un 
fi)nctionnaire  nommé  Ameni  se  vante  d'avoir  rassemblé 
dans  le  nome  de  Sahou,  dont  il  était  préfet,  un  troupeau 
de  3.000  taureaux  avec  leurs  génisses,  et  dit  que,  pour  ce 
fait,  il  reçut  du  pharaon  des  récompenses  à  raison  du  lait 
annuellement  fourni*.  Diodore  nous  a  conservé  un  rensei- 
gnement curieux  sur  l'usage  abondant  du  lait  dans  les  céré- 
monies du  culte;  trois  cent  soixante  patères  étaient  journel- 
lement remplies  de  lait  par  les  prêtres  qui  célébraient  les 
mystères  d'Osiris'.  Sous  le  Nouvel-Empire,  des  fonction- 
naires étaient  chargés  de  l'inspection  des  taureaux,  des 
vaches,  des  bouvillons,  des  jeunes  génisses,  ainsi  que  du 
personnel  domestique  dépendant  du  domaine  d'Ammon. 
C'est  ce  que  nous  apprend  l'une  des  curieuses  légendes 
recueillies  par  M.  Brugsch  dans  le  tombeau  du  scribe 
Anna,  à  Qourna;  à  ce  personnage  était  également  dévolu  le 
soin  de  faire  placer  le  laitage  dans  le  dépôt  du  domaine 


1.  Il  faut  noter  aussi  les  urhcs  grandes  et  muratas,  qae  rappelle  la 
rUlc  si  grande  à  parcourir  de  notre  papyrus. 

2.  Dcnkmaler,  11,  pi.  122,  NordL  Mauerd.,  lig.  3  et  4;  S.  Birch, 
On  a  remarkable  Inscription  ofthc  XI V^  dynasty. 

3.  Diodore,  liv.  I,  eh.  xxn. 


328  LES   PAPYRUS   HIÉRATIQUES  DE  BERLIN 

d'Ammon*.  Le  lait  ne  pouvant  se  conserver  longtemps  en 
nature,  il  est  prol)able  que  les  anciens  Égyptiens  savaient 
le  transformer  en  fromage,  et  que  l'expression  de  notre 

papyrus  ^  j  ||  ^  §  \  %^  ^  P  ^^"^^  beaucoup  de  lait 
en  cuisson  tonte,  doit  s'entendre  de  fromages  de  toute 
espèce. 

Suivant  les  inspirations  d'une  politique  prudente  que  les 
Égyptiens  du  Nouvel-Empire  imitèrent',  ce  gouverneur 
avait  incorporé  dans  son  armée  des  jeunes  gens,  fils  des 
chefs  indigènes,  qui  lui  servaient  à  la  fois  d  alliés  et  d'otages. 

Chacun  guidait  sa  tribu  (^^^^^l^^  JJ^)-  Grâce  à 
cette  force  armée,  il  put  contenir  les  Sati  et  repousser  toutes 
les  attacjues  des  Haks  des  nations,  c'est-à-dire  des  chefs 
indépendants  du  voisinage.  Un  service  de  correspondance 
étiût  établi  entre  ce  gouverneur  et  le  roi  d'Egypte.  En 
somme,  nous  trouvons  (jue  Tennu  et  ses  dépendances  for- 
maient  une  colonie  bien  orgîmisée,  soumise  à  l'Egypte,  et 
que  cette  colonie,  qui  comprenait  des  territoires  extrême- 
ment fertiles,  avait  aussi  des  parties  où  le  manque  d'eau  se 
faisait  habituellement  sentir,  puisque  l'un  des  mérites  dont 
se  vante  le  hak,  c'est  de  n'avoir  laissé  personne  souffrir  de 
la  soif. 

La  beauté  et  la  prospérité  du  pays  séduisirent  notre  voya- 
geur, qui  du  reste  était  arrivé  au  lieu  que  Tordre  royal  lui 
désignait.  Il  reprend  en  ces  termes  le  récit  interrompu  de 
ses  aventures  : 

((  Ce  hak  de  Tennu  me  fit  rester  plusieurs  années,  comme 
»  organisateur  de  ses  jeunes  guerriers.  Tout  pays  que 
»  j'envahissais,  je  m'y  faisais  redouter;  on  tremblait  sur  les 
»  pâturages  de  ses  sources*;  je  m'emparais  de  ses  trou- 

1.  Brugsch,  Recueil  de  Monuments^  pi.  XXXVI,  n*  2. 

2.  Voyez  à  ce  sujet  les  Annales  de  Thothmës  III  et  le  Traité  des  Khita. 

3.  Ce  passage  indique  que  les  cultures  étaient  localisées  près  des 
puits.  C'est  encore  une  spécialité  du  désert. 


U:S   PAPYRUS   lUKRATIQUES   DE   BERMN  321^ 

»  peaux;  j'emmenais  sa  population;  j'enlevais  leurs  vivres; 
0  j'y  tuais  des  hommes  par  mon  glaive  et  par  mon  arc; 
»  mes  démarches  et  mes  actes  étaient  parfaits  et  plurent 
»  à  son  ccrur;  il  m  aima;  il  reconnut  ma  vaillance;  il  me 
»  nomma  commandant  de  ses  jeunes  guerriers,  o 

Telle  est  la  teneur  des  108  premières  lignes  du  papyrus. 
Juscjua  la  165*  se  continue  la  narration  de  Sineh;  elle 
se  réfère  à  des  sujets  divers  que  je  n  ai  pas  encore  sulli- 
samment  étudiés.  Puis  le  narrateur  mentionne  la  (in  de  sa 
carrière  : 

«  Le  roi  d'Kgypte,  je  vécus  dans  sa  paix  ;  je  rendis  mes 
»  devoirs  à  la  régente  du  monde  qui  est  dans  son  palais'; 
»  j'entendis  les  appels  de  ses  enfants.  Oui,  son  essence 
»  fut  la  jeunesse  de  mes  membres.  La  vieillesse  est  tombée 
»  sur  moi;  la  décrépitude  ma  surpris;  mes  yeux  s  appesan- 
»  tissent,  mes  bras  sont  débiles,  mes  pieds  fléchissent;  la 
»  défaillance  du  cœur  m'approche  du  départ';  on  me 
))  conduira  aux  villes  éternelles*.  J'y  servirai  le  seigneur 
»  universel.  Oui,  les  enfants  royaux  qui  sont  passés  à  1  eter- 
»  nité  diront  de  moi  :  le  voici;  le  roi  Osortasen  P',  dit  juste, 
»  parlera  sur  cet  appareil  funèbre  sous  leciuel  je  serai;  c'est 
»  le  roi  qui  m'a  envoyé  avec  des  libéralités  royales,  dans 
»  la  joie  de  son  cœur. . .  comme  hak  de  toute  nation;  et 
»  les  enfants  royaux  qui  sont  dans  son  pilais  me  feront 
»  entendre  leurs  appels*.  » 

Avec  la  ligne  179  commencent  la  copie  de  Tordre  royal 

1.  C*est-à-dire  la  reine, 

2.  Il  existe  dans  le  Papyrus  Prisse  un  passage  analogue;  les  infir- 
mités de  la  vieillesse  y  Hont  décrites  à  peu  près  dans  les  mômes  termes. 

3.  ^    Q  Q  ^>  expression  philosophique  très  remarquable  pour 

l'époque. 

4.  Notre  personnage  compte  jouir  dans  Tantre  monde  de  la  faveur 
du  roi  et  des  princes,  comme  il  en  avait  joui  pendant  sa  vie.  Le  Rituel 
funéraire  promettait  aux  morts  de  toute  condition  la  société  des  rois  de 
la  Haute  et  de  la  Basse-Égypte  (cb.  cxxv,  69). 


330  LES    PAPYRUS   HIÉRATIQUES   DE   BERLIN 

et  les  instructions  officielles  délivrées  à  notre  personnage 
à  propos  des  missions  qu'il  a  remplies.  Le  premier  docu- 
ment n'est  pas  daté;  mais,  comme  il  émane  à  la  fois 
d'Amenemlui  et  d'Osortasen,  on  doit  le  placer  dans  Tune 
des  sept  premières  années  du  règne  de  celui-ci,  ce  qui  du 
reste  concorde  parfaitement  avec  les  circonstances  que  le 
récit  nous  a  fait  connaître.  Cet  ordre  est  ainsi  conçu  : 

«  Ordre  royal  (1  çV  j  v  fl  ^  ''^^  serviteur  Sineh  : 
»  Comme  on  t'apportera  cet  ordre  du  roi  pour  que  tu  fasses 
»  la  reconnaissance  des  eaux  et  que  tu  parcoures  les  terres, 
»  partant  d'Atema  jusqu'à  Tennu,  embrasse-le  dans  ton 
»  cœur,  regarde  ce  que  tu  as  à  faire  »,  etc. 

La  rubrique,  ligne  187,  prévoit  le  retour  et  les  récom- 
penses destinées  au  voyageur  s'il  accomplit  bien  sa  mission  : 

((  Prends  avec  toi  toutes  les  richesses  qu'on  te  donnera, 
))  en  totalité,  et  effectue  ton  retour  en  Egypte;  regarde  le 
»  cabinet  du  roi,  et  quand  tu  y  seras,  prosterne-toi  devant 
»  le  grand  double  Ru-ti  supérieur^  »,  etc. 

Ces  citations  suffisent  pour  faire  bien  apprécier  la  nature 
et  la  grande  importance  du  document  étudié;  elles  nous 
montrent  lîi  politique  envahissante  de  TK^gypte  aux  prises 
avec  des  peuplades  asiatiques.  Quoique  nous  n'ayons  exa- 
miné guère  plus  de  la  moitié  du  texte,  nous  avons  déjà 
recueilli  une  abondante  moisson  de  faits  entièrement  nou- 
veaux. Le  surplus  promet  d'être  aussi  fécond;  mais,  comme 
il  se  compose  surtout  de  la  partie  écrite  en  lignes  horizon- 
tales très  serrées,  l'écriture  en  est  bien  plus  embrouillée  et 
plus  difficile  à  transcrire.  D'un  autre  côté,  il  ne  s'y  trouve 
pjis  autant  de  ces  simples  récits,  dans  lesquels  le  contexte 
aide  puissamment  à  l'intelligence  des  passages  où  se  ren- 
contrent des  mots  et  des  formes  non  encore  connus.  Il  sera, 
par  conséquent,  nécessaire  de  soumettre  le  papyrus  à  une 


1.  Cette  expression  désigne  le  pharaon. 


LES    PAPYRUS   HIÉRATIQUES   DE  BERLIN  331 

étude  complémentaire;   c'est    une   tâche  que   j  aborderai 
quelque  jour,  je  respère. 


V 


APERÇUS  HISTORIQUES   ET  CHRONOLOGIQUES 

Jetons  maintenant  un  coup  d'œil  sur  les  principaux  noms 
géographiques  que  nous  venons  de  rencontrer. 
Le  plus  important  est  celui  que  j'ai  transcrit  sati,  et 

dont  la  forme  hiéroglyphique  la  plus  habituelle  est  n"., 
I  ^m  ;  mais  on  trouve  aussi  ^^  '^  1  ,  où  sont  très 
distinctement  les  éléments  snk-ti'.  M.  Brugsch  a  cité  hi 
variante  des  basses  époques  •^- ,,  An,  et  suffisamment 
prouvé  que  } — ^  ^^^^  n  est  qu'une  forme  particulière  du  même 
nom.  C'est  ce  que  démontre  la  variante  ? — ^m^*o"^^m 
que  cite  ce  savant. 

Kn  définitive,  la  lecture  de  ce  mot  offre  des  difficultés  que  je 
ne  suis  pas  en  état  de  résoudre.  On  trouve  ^^f    ^      m  f% 
dans  les  Papyrus  de  Berlin  la  forme  «^1  j^  -^y  M 
dont  le  second  signe  varie  notablement;       ^^      ^^^^^% 
il  devient,  par  exemple,  ^^,  J^,  etc.  Si  Ton  compare  ces 

formes  aux  groupes  i^X^,  ^M>  ^t^>  rencontrés  dans  les 
mêmes   manuscrits   pour   le    mot    que    les    hiéroglyphes 

rendent  par  flY^^^^^— ^>  on  pourrait  être  tenté  de  lire 
SOK,  SUAK,  et  cette  lecture  serait  appuyée  par  le  groupe 

;  mais  il  est  à  remarquer  que  le 


I  ^f  ^fc/^^     n'est  pas  phonétique  dans  les  exprès- 
'^•^  éfi^^  sions  de  ce  genre,  ainsi  qu'on  ^ 
peut  s'en  rendre  compte  en  examinant  la  forme'  àf 

1.  Voir  Papyrus  magique  Harris,  p.  50. 

2.  Papi/rus  hiératique  de  Berlin  n*  IX^  lig.  26. 


332  LES   PAPYRUS   HIÉRATIQUES   DE   BERLIN 

du  mot  '^-'^'^^  Q ,  en  copte  cn^-,  fundamenta ,  Nous  sommes 

Ci    \\  io 

donc  autorisas  à  n'en  tenir  aucun  compte  dans  les  groupes 
y  ê  j  m^d  '  ^^  fi'é^iuents  dans  les 

^  "^^  ^  ^l**^  ^  ^^^  messides,  et  qui  ont 
donné  lieu  à  la  transcription  fautive  snk-ti.  Dans  le  premier 
de  ces  groupes,  l'initiale  est  riiiéroglyplie  de  la  flèche,  en 

copte  cK'^;  ce  signe  se  retrouve  dans  la  combinaison     fl*, 

que  les  hiérogrammates  du  Nouvel-Empire  ont  adoptée 
pour  transcrire  le  nom  embrouillé  du  peuple  qui  nous 
occupe  et  aucpiel,  pour  ce  motif,  les  égyptologues  ont  at- 
tribué le  phonéticpie  sati. 

On  a  donné  le  même  son  au  groupe  *[j  m  i ,  qui  dé- 
signe les  rayons  du  soleil.  Ce  sens  n'existe  pas  en  copte; 
mais  on  y  retrouve  c*.tc,  iynis,  Jlamnia,  splendere,  dont  le 

thème  antique  est  fl ^ [A  et  1  ^  1^ l/l .  Il  n'y  a  donc  encore 
aucune  preuve  certaine  à  tirer  de  ce  mot. 

En  définitive,  nous  reconnaissons  qu  a  Tépoque  pha- 
raonique,  les  signes  embarrassants  que  j'étudie  ont  été 

transcrits  ^'^'^^ ,  snti  ;  ^^^^^^    ,  snkti,  et  Ji       ,  très  proba- 

blement  sati;  (ju  en  outre  les  plus  anciennes  variantes  ont 

une  forme  identique  à  (' T  r~^»  sok,  suak.  Toutefois,  il 

n'est  pas  douteux  que,  dans  l'antiquité  et  malgré  ces  bizar- 
reries orthographiques  dont  nous  ne  devons  plus  nous  sur- 
prendre*, les  scribes  ne  fussent  parfaitement  d'accord  sur 
la  prononciation  du  nom  d'un  peuple  aussi  important.  Pour 
nous,  il  n'y  a  d'absolument  sûr  que  l'initiale  s;  au  premier 
siècle  de  notre  ère,  alors  que  la  littérature  démotique  floris- 
sait  encore  et  que  les  anciennes  doctrines  de  l'Egypte  se 
perdaient  dans  les  rêveries  du  gnosticisme,  on  était  pro- 

1.  Voir,  à  ce  sujet,  Mélanges  ègypiologiques  [V*  série],  p.  99;  Nom 
de  Thèbes,  p.  42  [cf.  p.  285-287  du  présent  volume]. 


LES  PAPYRUS   HIÉRATIQUES   DE   BERLIN  333 

bablement  déjà  dans  la  même  incertitude  que  nous.  On 
trouve  en  effet,  dans   un  manuscrit  do  cette  époque,  le 

groupe  ^"^Lf  r^  employé  pour  représenter  uniquement 
la  consonne  s,  dans  les  mots  magiques  4 ij  ^  T^^^  il— •  )C? 
et  j^^  ,,  é^^f  Q^ic  1^  g^^c  transcrit  abpaias  et  ias\  Les 

hiéroglyphes  donnent  très  distinctement  AnPAi:(KKTi)AKi  et 
^(KKTijAKS.  La  [)ortion  entre  parenthèses,  qui,  dans  les  hiéro- 
glyphes, est  suivie  du  déterminatif  des  actions  fortes,  ne  se 
prononçait  pas;  il  n'en  était  tenu  aucun  compte.  On  savait 
donc,  encore  à  cette  époque,  que  des  syllabes  et  même  des 
mots  polysyllabiques  pouvaient,  dans  certains  cas,  n'expri- 
mer ((ue  le  son  de  leur  première  lettre.  Ces  cas  sont  fort 
rares;  on  conçoit  que  l'écrivain  du  papyrus  démoticjue  ait 
donné,  pour  figurer  des  mots  magiques,  la  préférence  à  ce 
moyen  complicpié  et  obscur.  Dans  tous  les  cas,  il  y  a  dans 
ce  fait  rindication  d'un  ordre  de  recherches  extrêmement 
importantes. 

A  défaut  de  solution  plus  certaine,  nous  nous  en  tiendrons 
à  la  lecture  Sati,  généralement  adoptée  jusqu'à  ce  jour,  en 
faisant  remarquer  au  surplus  qu'aucune  des  autres  valeurs 
phonétiques  que  nt)us  avons  passées  en  revue  ne  nous  don- 
nerait une  expression  plus  facile  à  rapprocher  des  noms  que 
l'histoire  et  l'Kcriture-Sainte  nous  ont  conservés.  L'h^ypte, 
(pii  se  nommait  Kemi,  n  a  jamais  été  connue  sous  ce  nom 
par  les  Hébreux,  ses  voisins,  qui  l'appelaient  Mi:;raïin, 
c'est-à-dire  d'un  nom  complètement  étranger  à  la  langue 
égyptienne.  Les  mêmes  divergences  existaient  certainement 
à  l'égard  des  autres  nations,  et  il  est,  dès  à  présent,  certain 
que  la  géographie  biblique,  qui  nous  montre  les  premières 
cités  et  les  premiers  empires  fondés  par  les  descendants  de 

1.  Papyrus  dénxotique  de  Loyde,à  transcriptions  grecques,  pi.  XVI, 
24.  La  forme  snk-tl  était  devenue  skk-ti,  ce  qui  s'explique  parce  que 
les  Grecs  changeaient  en  n  la  première  gutturale. 


334  LES  PAPYRUS   HIÉRATIQUES   DE  BERLIN 

Noé,  et  nommés  d'après  les  noms  de  ces  patriarches,  a  pris 
son  origine  dans  des  traditions  qui  n'avaient  pas  cours  dans 
lanciennc  Egypte. 

L'espèce  humaine,  en  se  répandant  progressivement  sur 
la  terre,  a  d'abord  formé  des  groupes  séparés  de  familles, 
puis  des  tribus  englobant  un  certain  nombre  de  ces  groupes. 
Plus  tard,  la  guerre  et  la  conquête  réunirent,  sous  une 
même  domination,  de  vastes  territoires  déjà  couverts  des 
villes  et  des  cultures  créées  par  les  premiers  occupants.  La 
géographie  des  temps  qui  précédèrent  ces  premières  grandes 
agglomérations  nous  montrerait  la  distribution  des  premières 
sociétés  organisées.  Avec  les  Papyrus  de  Berlin,  nous 
sommes  bien  reportés  à  une  épocfue  de  beaucoup  antérieure 
à  Babylone  et  à  Ninive,  mais  nous  nous  trouvons  déjà  loin 
de  l'origine  des  sociétés,  c^ir  nous  y  rencontrons  la  mention 
do  plusieurs  peuples  d'assez  grande  importance.  En  ce  qui 
touche  les  Sati,  nous  avons  vu  qu'ils  étaient  les  voisins 
immédiats  de  l'Egypte,  et  que  les  Pharaons  de  TAncien- 
Empire  avaient  fait  construire  une  muraille  pour  arrêter 
leurs  incursions.  Un  passage  malheureusement  mutilé  du 
Papyrus  Anastasi  Iir  nous  donne  un  renseignement  ana- 
logue, en  nous  parlant  dupar/s  de  Khov  (  T  ^gv  ^  ), 

qui  s'étend,    dit    co   texte,   depuis    Tjsor  (  ^^  qXj  ) 

jusqu'à  Aup  (^\\  A^  (vX^  ).  Les  cliefs  des  Sati  sont  men- 
tionnés dans  la  même  phrase.  Au  XV''  siècle  avant  notre 
ère,  cette  race  s'étendait  donc  encore  jusqu'à  la  limite 
orientale  de  la  Basse- P'^ypte,  .Ciir  les  belles  recherches  de 
M.  Brugsch  sur  la  géographie  du  nome  de  l'Est  l'ont  porté 
à  reconnaître  dans  Tzor*  la  ville  que  les  Grecs  nommèrent 
Héroopolis.  Quant  à  la  limite  septentrionale,  que  le  passage 
cité  place  au  pays  d'Aup,  nous  savons  seulement  qu'elle 

1.  PI.  I,  lîg.  10. 

2.  D'après  la  signification  de  son  nom,  Tzor  était  probablement  la 
ville  des  étrangers.  Cf.  1T|  alicnusy  cxtraneuss  et  le  copte  ^(oiAi. 


LES  PAPYRUS  HIKRATIQLLS  DE  BERLIN  335 

n'était  pas  très  éloignée  du  Liban.  Les  Sati  étaient  probable- 
ment répandus  sur  tout  ce  territoire.  C'était  une  race  asia- 

tique,  différente  de  celle  des  Mena  ou  Pasteurs,  ^v  1 

'^i,  qui  n'apparaissent  que  plus  tard  sur  les  monuments \ 
Les  Khita  (  D^è^  lL  )  et  les  Rutennu  ^  «  /j>  cXi  »  qui 
précédèrent  les  grands  Empires  de  Babylone  et  de  Ninive, 
sont  également  postérieurs  à  Tépoque  de  notre  papyrus.  Il 
y  a  quelque  motif  de  penser  que  les  Egyptiens  avaient,  dans 
l'origine,  donné  ce  nom  de  Sati  aux  tribus  qui  habitaient 
les  régions  comprises  entre  l'Arabie,  l' Asie-Mineure  et 
l'Huphrate.  C'est  dans  ce  même  espace  que  les  Mena,  peuple 
de  race  sémitique,  se  firent  ensuite  une  place  avant  de 
conquérir  l'Egypte.  Mais  la  domination  des  Mena  sur  l'Asie 
ne  fut  pas  de  longue  durée,  ou  plutôt  leur  empire  se  dé- 
membra, et  de  nouvelles  nations,  mieux  circonscrites  et 
marquées  d'une  plus  grande  individualité,  se  substituèrent 
aux  Sati  et  aux  Mena.  Toutefois,  bien  que  ces  deux  peuples 
eussent,  depuis  longtemps,  cessé  de  former  des  corps  de 
nation,  les  t^yptiens  en  conservèrent  les  noms  dans  leurs 
inscriptions  monumentales  jusqu'aux  basses  époques.  Ces 
noms,  consacrés  par  un  usage  séculaire,  n'étaient  plus  alors 
(lue  des  désignalions  générales  des  races  asiatiques. 

Dès  les  temps  de  TAncien-Empire,  les  Égyptiens  avaient 
poussé  fort  loin  leurs  expéditions,  et  ils  connaissaient  cer- 
tainement une  partie  considérable  des  côtes  de  la  Méditer- 
ranée. Ils  avaient  lié,  soit  avec  des  peuples  insulaires  de 

cette  mer,  soit  avec  les  Hanebu  (W'  ^  ),  dans  lesquels 
étaient  compris  les  Européens,  soit  enfin  avec  les  Tamahu 
(  ji^^8  v^l^m),  qui  habitaient  les  côtes  septentrionales 
de  l'Afrique,  un  commerce  assez  intime.  Tous  ces  peuples, 

1.  Certains  monuments  mentionnent  à  la  fois  les  Sati  et  les  Mena, 
ce  qui  ne  permet  pas  de  supposer  que  ce  sont  deux  dénominations  d'un 
môme  peuple. 


336  LES   PAPYRUS   HIÉRATIQUES   DE   BËRLtN 

en  effet,  sont  cités  dans  nos  papyrus  et  sur  les  monuments 
de  Tépoque.  11  est  très  remarquable  de  trouver  dans  notre 
papyrus  les  dieux  de  TEgypte  associés  à  ceux  des  localités 
situées  autour  de  la  Grande  Mer  dajis  les  prières  en  faveur  du 

pliaraon  * .  En  cette  même  occasion,  sont  invoqués  ^^  t^^ J  3 , 

Horiis  de  rOrient,  qui  présidait  spécialement  aux  nations 

situées  à  Torient  du  Delta,  et^^Jj,  oeh-t,  la  grande 

déesse,  avec  le  titre  de  maîtresse  de  Pount,  c'est-à-dire  de 
TArabie.  La  prière  demande  que  le  roi  obtienne  une  durée 
sans  limite  et  réterni  té;  que  les  nations  ne  cessent  pas  de 
le  craindre  et  qu'/7  châtie  à  son  gré  tout  ce  qu'éclaire  le 
soleil. 

Le  TA-NETER  OU  terre  divine,  ]        ,  contrée  fertile  en 

aromates  et  qui  doit  être  identifiée  avec  TArabie  Heureuse, 
figure  également  dans  la  géographie  de  l'époque.  Les  Pha- 
raons s'en  procuraient  les  produits  au  moyen  d'expéditions 
qui  traversaient  le  désert  Arabique  par  hi  route  de  Coptes, 
et  s'embanjuaient  sur  la  mer  Rouge.  On  sait  que,  vers  le 
Sud,  les  rois  de  l'Ancien-Empire  avaient  porté  leurs  armes 
jusqu'en  Ethiopie  et  mis  à  contribution  les  mines  d'or  de 
Nubie. 

Ainsi  donc,  dès  cette  époque,  antérieure  à  toutes  les  dates 
de  l'histoire,  la  puissance  de  l'Egypte  avait  rayonné  au 
loin  dans  toutes  les  directions.  L'antiquité  classicjue  ne 
nous  a  pas  conservé  le  souvenir  de  ces  temps  dont  les 
hiéroglyphes  nous  permettront  probablement  un  jour  de 
reconstituer  le  tableau;  quant  à  présent,  il  nous  reste  à 
arracher  aux  Pa])yrus  de  Berlin  une  grande  partie  des  ren- 
seignements qu'ils  contiennent;  d'autres  documents  du 
même  âge  n'ont  pas  encore  été  pul)Iiés,  et  parmi  une  tren- 

1 — c 


LES   PAPYRUS   HIÉRATIQUES  DE   BERLIN  337 

taine  de  papyrus  historiques  de  l'époque  des  Ramsès,  encore 
inédits,  il  en  est  un  surtout  qui  doit  résoudre,  avec  toute 
certitude,  un  grand  nombre  de  problèmes  géogniphiques. 
Il  n'est  donc  pas  encore  temps  do  songer  à  reconstruire 
l'édifice;  cette  œuvre  regardera  nos  successeurs.  Bornons- 
nous  aujourd'hui  à  préparer  de  bons  matériaux  avec  les 
ressources  dont  nous  disposons.  Dans  un  avenir  plus  ou 
moins  rapproché,  les  précieux  documents  que  nos  investi- 
gations ne  peuvent  atteindre  verront  siins  doute  la  lumière, 
et  la  question  si  importante  de  Thistoire  des  premiers  âges 
du  monde  pourra  être  reprise  avec  fruit. 

11  est  facile  toutefois  de  se  former,  dès  à  présent,  une  idée 
de  l'antiquité  reculée  vers  laquelle  nous  reportent  les  titres 
écrits  de  l'ancienne  Egypte,  mais  il  faut  renoncer  à  indi- 
quer les  dates  précises.  Etirées,  écourtées,  corrigées  de  mille 
manières,  les  listes  de  Manéthon  se  prêtent  à  toutes  les 
combinaisons,  nous  dirons  même  à  tous  les  caprices  des 
chronographes,  et  chaque  année  de  nouveaux  systèmes, 
basés  sur  le  remaniement  de  ces  listes,  affrontent  la  publi- 
cité, puis  tombent  les  uns  après  les  autres  dans  l'oubli.  Ce 
sont  des  travaux  stériles;  il  faut  que  les  monuments  origi- 
naux parlent  d'abord;  et  quand  ils  auront  fourni  des  indi- 
cations certaines,  on  jugera  des  modifications  qu'il  pourra 
être  nécessaire  d'introduire  dans  les  listes. 

Telles  qu'elles  sont,  elles  ne  forment  pas  un  guide  sûr, 
même  pour  les  dynasties  qui  ont  immédiatement  précédé 
celle  des  Lagides,  époque  à  laquelle  l'original  en  a  été 
rédigé.  A  plus  forte  raison,  ne  faut-il  pas  les  prendre  pour 
critérium  dans  les  évaluations  chronologiques  des  temps 
antérieurs. 

Quelle  ({ue  soit  notre  opinion  sur  la  haute  antiquité  do 
l'Egypte,  nous  n'entendons  ni  admettre,  ni  combattre, 
(juant  à  présent,  les  systèmes  chronologiques  proposés  par 
MM.  Lepsius,  de  Bunsen,  Brugsch,  etc.  ;  nos  appréciations, 
surtout  en  ce  qui  touche  les  époques  anciennes,  ne  revêtent 

BiBL.   ËGYPT.,  T.  X.  22 


338  LES   PAPYRUS   HIÉRATIQUES  DE   BERLIN 

pas  des  formes  aussi  nettement  accusées,  et  nous  trouvons 
qu'il  reste  trop  de  points  à  éclaircir  pour  qu'un  classement 
chronologique  des  règnes  antérieurs  à  celui  de  Taaken 
puisse  être  tenté  avec  quelque  chance  d'exactitude.  Cepen- 
dant, nous  nous  sommes  formé  des  aperçus  généraux  fondés 
sur  les  faits  définitivement  acquis.  De  tels  aperçus  laissent 
une  grande  marge  aux  remaniements  et  aux  changements 
qu'exigeront  les  découvertes  ultérieures;  ils  nous  permet- 
tront cependant  de  donner  une  idée  un  peu  distincte  des 
grandes  périodes  de  l'ancienne  histoire  de  l'Kgypte. 

Des  documents  originaux,  dont  ni  1  authenticité  ni  le  sens 
ne  peuvent  être  contestés,  nous  apprennent  que  l'Egypte 
fut  conquise  et  occupée  par  un  peuple  asiatique,  nommé 

v\  "wj^^  >  MENA.  En  rapportant  le  même  fait,  les 
extraits  de  Manéthon  donnent  au  peuple  conquérant  le  nom 
de  notji£veç,  qui  est  une  traduction  du  nom  égyptien  pris 
dans  son  acception  de  Aïoone,  pasccre.  Les  extraits  ajoutent 
que  ce  peuple  fut  nommé  les  Hyksos,  c'est-à-dire  Rois 
pasteurs,  ou,  d'après  une  autre  version,  Pasteurs  captifs; 
mais  j'ai  démontré'  que  la  fausseté  manifeste  de  ces  traduc- 
tions et  la  confusion  qu'elles  supposent  ne  permettent  pas 
de  les  considérer  comme  d'origine  égyptienne.  Ce  fait  suffi- 
rait à  lui  seul  pour  nous  faire  juger  de  l'état  de  falsification 
dans  lequel  les  listes  nous  sont  parvenues. 
Il  ne  reste,  dans  tous  les  cas,  aucun  motif  de  continuer 

à  identifier  les  Mena  avec  les  Shasu,  T»îtî  ^^  1  v>  |   iî  ; 

la  physionomie  particulière  de  ce  peuple  s'oppose  du  reste 
à  cette  confusion*. 

Vigoureusement  attaqués  par  Taaken,  les  Mena  furent 
définitivement  expulsés  de  l'Egypte  par  Ahmès.  Il  existe 

1.  Mélanges  égt/piologiques  [V*  série],  p.  32. 

2.  Mélanges  égyptologiques  [l"  série],  p.  33.  Je  crois  n'ôtre  plus  seul 
aujourd'hui  à  revenir  sur  cette  erreur  des  premiers  disciples  de  Cham- 
pollion. 


LES   PAPYRUS   HIÉRATIQUES  DE  BERLIN  339 

de  ces  événements  des  preuves  monumentales  de  la  der- 
nière évidence.  La  domination  des  Pasteurs  a  donc  pris 
fin  vers  Tan  1700  avant  notre  ère,  époque  généralement 
assignée  à  l'accession  de  la  XVIIP  dynastie.  Mais  nous  ne 
sommes  pas  aussi  bien  renseignés  sur  la  date  de  Tirruption 
de  ces  Barbares,  dont  la  domination  parait  avoir  eu  une 
durée  assez  longue.  En  effet,  il  ne  subsiste  plus,  dans  TÉgypte 
proprement  dite,  que  do  très  rares  débris  des  édifices  pu- 
blics remontant  à  T  Ancien-Empire  ;  Tobélisqucd^Héliopolis, 
élevé  par  Osortasen  P',  nous  reste  seul  comme  un  muet 
témoin  de  la  catastrophe,  et  comme  un  spécimen  de  la  per- 
fection des  monuments  de  Tépoquc. 

Mais,  au  Fayoum,  à  Kouban,  à  Semneli,  au  Sinal,  à 
Ilammamat,  etc.,  se  rencontrent  encore  des  témoignages 
irrécusables  de  l'activité  et  de  la  puissance  des  Pharaons 
qui  précédèrent  les  Mena.  M.  de  Rougé,  dans  son  aperçu 
sur  l'art  antique  chez  les  Égyptiens,  reconnaît  que  la  per- 
fection de  cet  art  et  l'examen  des  obélisques  et  des  débris 
autorisent  à  supposer,  à  cette  époque,  l'existence  de  temples 
de  vastes  dimensions  et  d'une  grande  magnificence.  Cette 
conclusion  est  irréfutable,  et  il  est  à  peine  besoin  de  rap- 
peler ici  ce  qui  a  été  dit  de  l'exploitation  active  des  belles 
roches  du  désert  Arabique,  qui  fournissaient  des  matériaux 
et  des  statues  pour  les  temples  de  l'Egypte  et  même  pour 
celui  de  l'oasis  d'Ammon.  Que  sont  devenus  ces  temples 
ainsi  que  les  demeures  des  rois?  le  fléau  de  l'invasion  les  a 
nivelés  avec  le  sol.  Cette  observation,  que  suggère  invinci- 
blement l'étude  archéologique  de  la  question,  donne  un 
grand  poids  au  renseignement  attribué  à  Manéthon  :  «  que 
»  les  Pasteurs  incendièrent  les  villes  et  dévastèrent  les 
»  temples,  en  massacrant  une  i>artie  de  la  population  et 
»  réduisant  le  reste  en  esclavage.  » 

Nous  avons  montré  combien  avait  été  vivace  chez  les 
Egyptiens  le  souvenir  de  cette  effroyable  calamité*.   Ils 

1 .  Mélangea  ègyptoloffiques  [!*•  sépie},  troisième  dissertation. 


340  LES  PAPYRUS  HIÉRATIQUES  DE  BERLIN 

avaient  donné  aux  Mena  le  surnom  de  Jléau  ou  de  peste, 
H  w^       I    ^ '•  ^'"*  caractérisait  bien  les  terribles  ravages 

que  rt^ypte  avait  eu  à  souffrir.  Cette  haine  traditionnelle 
a  trouvé  aussi  un  écho  dans  les  extraits  de  Manéthon,  où 
les  Pasteurs  sont  appelés  "A^^pturoi  to  vivo;  âtTr^fioi,  hommes  de 
race  ignoble;  riiistoricn  ajoute  qu'ils  firent  continuellement 
la  guerre,  dans  le  but  d  exterminer  les  Égyptiens  jusqu'au 
dernier. 

Après  avoir  assuré  leur  domination,  qui  s'étendit  au 
moins  sur  une  partie  de  la  Ilaute-Égypte  et  sur  tout  le 
Delta,  les  Mena  organisèrent  leur  conquête.  Tout  le  pays 
leur  portait  des  tributs,  ainsi  que  l'atteste  le  Papyrus 
Sallicr,  d'accord  en  cela  avec  les  fragments  de  Manéthon, 
qui  mentionnent  également  les  tributs  imposés  par  leur 
premier  roi  Salatis  à  la  Haute  et  à  la  Basse-Egypte. 

Les  Mena  purent  se  considérer  comme  assez  solidement 
établis  en  Egypte  pour  s'occuper  à  imiter  les  monuments 
nationaux  qu'ils  avaient  détruits;  l'un  de  leurs  rois,  Apapi, 
contemporain  do  Taaken,  fit  bâtir  à  Avaris  un  temple  ma- 
gnifuiue  dédié  à  Soutekh,  dieu  qui  plus  tard  trouva  place 
dans  le  panthéon  égyptien.  Les  extraits  ne  nous  avaient 
parlé  que  de  la  reconstruction  et  de  la  fortification  de  cette 
ville  frontière,  mais  on  sait  que  le  témoignage  du  Papyrus 
Sallier  a  été  corroboré  de  la  manière  la  plus  éclatante  par 
les  résultats  des  fouilles  de  M.  Mariette  à  Tanis.  Ce  savant 
et  heureux  explorateur  a  retrouvé  quelques-uns  des  sphinx 
qui  formaient  l'avenue  du  temple  de  Soutekh.  Les  savants 
ont  alors  pu  constater  que  des  artistes  égyptiens  s'étaient 
mis  au  service  des  maîtres  étrangers  et  en  avaient  reçu  des 
inspirations  modifiant  assez  profondément  les  règles  et  les 
traditions  do  l'art  national.  M.  Mariette  constata  en  outre 
un  fait  d'une  non  moins  grande  importance,  c'est  que  le 
roi  pasteur  Apapi  s'était  approprié  les  statues  des  Pha- 
raons ses  devanciers,  en  y  faisant  graver  ses  cartouches  en 


LES   PAPYRUS   HIÉRATIQUES  DE  BERLIN  341 

caractères  hiéroglyphiques,  ii  la  manière  égyptienne.  Ce 
fait  nous  montre  que  la  civilisation  du  peuple  vaincu  avait 
fini  par  pénétrer  dans  les  usages  du  vainqueur;  l'Egypte 
avait  civilisé  les  Pasteurs,  comme  la  Chine  a  civilisé  les 
Tar  tares. 

Tels  sont,  jusqu'à  présent,  les  éléments  qui  nous  per- 
mettent de  former  des  conjectures  sur  la  durée  de  la  domi- 
nation des  Mena.  D'après  Josèphc,  Manéthon  leur  attribue 
511  ans  de  règne,  jusqu'au  commencement  de  la  longue 
guerre  qui  aboutit  à  leur  expulsion  définitive.  Ce  chiffre 
n'a  rien  d'invraisemblable. 

Mais  là  ne  se  bornent  pas  les  renseignements  dont  nous 
sommes  redevables  aux  découvertes  de  M.  Mariette^;  elles 
nous  ont  encore  apporté  la  preuve  certaine  que  les  Sevek- 
hotep  sont  antérieurs  à  la  domination  des  Pasteurs.  C'est  en 
effet  sur  la  statue  d'un  roi  de  cette  famille  qu'Apapî  fit 
graver  son  nom  royal.  Ainsi  se  trouvent  placés  à  leur  rang 
relatif  les  rois  nombreux  dont  les  cartouches  couvrent 
le  côté  droit  de  la  chambre  de  Karnak,  aujourd'hui  installée 
au  rez-de-chaussée  do  la  Bibliothèque  impériale,  par  les 
soins  de  M.  Prisse  d'Avenne.  On  retrouve  ces  cartouches, 
en  plus  grand  nombre  encore,  dans  les  fragments  du  canon 
royal  de  Turin.  Quelques-uns  de  ces  souverains  ont  laissé 
des  monuments  attestant  leur  puissance,  au  moins  sur  la 
Haute  et  la  Moyenne-F^ypte.  L'un  de  ces  monuments 
prouve  incontestablement  que  la  dynastie  des  Amenemha  et 
des  Osortasen  occupa  le  trône  avant  eux;  ils  correspondent 


1.  Voir,  pour  ces  découvertes  importantes,  Mariette,  Lettre  à  M.  de 
Rougè  sur  les  fouilles  de  Tanis,  Reçue  archéologique,  nouvelle  série, 
III,  97;  E.  de  Rougé,  Note  sur  les  principaux  résultats  des  fouilles,  etc., 
Paris,  Didot,  1861  ;  Th.  Devéria,  Lettre  à  M.  Mariette  sur  quelques 
monuments  relatifs  aux  Hi/q-S'os,  Reçue  archéologique  [2*  série],  IV, 
p.  249  [cf.  t.  I,  p.  209-222,  des  Mémoires  et  Fragments],  —  Voir  aussi 
mon  Mémoire  sur  le  nom  hiéroglyphique  des  Pasteurs,  Mélanges 
égyptologiques  [V*  série],  p.  29. 


342  LES  PAPYRUS   HIÉRATIQUES   DE  BERLIN 

en  conséquence  aux  soixante  rois  de  la  dynastie  Diospolite 
et  aux  soixante-seize  rois  de  la  dynastie  Xoïte,  cités  en  bloc 
dans  les  listes,  comme  ayant  régné  plus  de  neuf  cents  ans. 
Nous  arrivons  maintenant,  en  remontant  l'échelle  chro- 
nologique, aux  Amenemha  et  aux  Osortasen,  dont  on  a  fait 
avec  toute  raison  la  XIP  dynastie.  Ces  Pharaons  exerçaient 
sur  rÉgypte  entière  une  domination  incontestée.  De  leur 
temps,  la  division  du  territoire  en  nomes  étiiit  déjà  prati- 
quée; les  monuments  contemporains  mentionnent  notam- 
ment les  nomes  Hermopolite,  Cynopolite,  Aphroditopolite, 
Phatyrite,  etc.  Ces  mêmes  princes  avaient  porté  les  armes 
au  fond  de  la  Nubie  et  y  avaient  établi  des  stations  mili- 
taires pour  arrêter  les  incursions  des  Nègres.  Vers  le  Nord, 
les  Papyrus  de  Berlin  nous  les  montrent  envoyant  des  mis- 
sions chez  les  peuples  de  l'Afrique  septentrionale  et  chez 
les  Asiatiques  ;  nous  les  voyons  fonder  sur  la  limite  orien- 
tale du  Delta  et  même  probablement  sur  le  territoire  de 
TAsie,  au  delà  du  rempart  qu'ils  avaient  construit  pour 
fermer  l'h^ypte  de  ce  côté,  des  colonies  militairement  or- 
ganisées, dont  le  vice-roi  ou  hak  percevait  des  tributs  au 
profit  de  rÉgypte.  Le  circuit  de  la  Méditerranée  leur  était 

connu,  et  les  Hanebu  (w^         i*),  ou  peuples  du  Nord, 

furent  en  relations  avec  leurs  successeurs  immédiats. 

Nous  ne  sommes  pas  pressés  de  conclure,  car  nous  n'avons 
pas  encore  pu  examiner  tous  les  titres  retrouvés  de  cette 
antiquité  si  reculée,  et  le  sol  de  l'Egypte  nous  en  réserve 
encore  beaucoup  d'autres.  Nous  ferons  remarquer  seule- 
ment qu'entre  le  commencement  du  règne  d'Ahmès  et 
celui  d'Osortasen  P',  il  faut  nécessairement  placer  toute 
la  durée  de  la  domination  des  Pasteurs,  les  Sevekhotep, 
les  Neferhotep,  ainsi  que  les  sept  derniers  Pharaons  de  la 

1.  Le  sens  latéral  de  ha-nebu  est  :  iou^  ceux  qui  sont  par  derrière. 
Les  Égyptiens  s*orieDtaient  en  regardant  le  sud  (voir  Inscriptions  des 
Mines  d'or,  p.  34;  cf.  p.  224  da  présent  volume). 


LES   PAPYRUS   IIIKRATIQUBS  DR   BERLIN  343 

XII*  dynastie.  Que  les  critiques  élaguent,  retranchent  et 
retouchent  à  leur  gré;  qu'on  discute  un  siècle  ou  deux  sur 
la  date  de  Taccession  d'Ahmès,  nous  y  consentons;  mais 
nous  doutons  qu'on  nous  trouve  trop  hardis  à  propos  des 
quatre  mille  ans  indiqués  dans  le  titre  de  ce  mémoire; 
nous  ajoutons  en  effet  moins  de  cinq  cents  ans  k  la  date 
d'Ahmès,  ce  qui  n'est  évidemment  pas  suffisant  pour  rendre 
compte  des  séries  royales  et  dos  événements. 

L:i  gravité  de  la  question  chronologique  no  roule  pas 
en  effet  sur  les  cinq  ou  six  siècles  d'erreur  en  moins  que 
comporte  probablement  cette  indication.  Qu'on  choisisse 
arbitrairement  une  limite  inférieure,  puis,  que  Ton  examine 
avec  attention  les  monuments  épigraphiques  de  l'époque, 
nobimment  les  belles  inscriptions  funéraires  dont  on  pos- 
sède un  assez  grand  nombre  et  dont  le  plus  beau  spécimen 
est  la  stèle  dite  d'Entef  au  Louvre';  que  l'on  cherche  en- 
suite à  se  rendre  compte  du  nombre  de  siècles  qui  ont  dû 
précéder  et  préparer  un  art  aussi  sérieux,  un  langage  aussi 
compliqué;  on  lèvera  ainsi  un  coin  du  voile  qui  nous  couvre 
encore  des  profondeurs  d'antiquité  susceptibles  de  décon- 
certer toutes  les  opinions  en  cours  sur  les  premiers  âges 
du  monde.  C'est  dans  cette  nouvelle  période,  dont  les  mo- 
numents n'ont  pas  tous  disparu  que  se  placent  la  construc- 
tion des  grandes  pyramides  et  les  dynasties  dont  le  souverain 
le  plus  connu  est  Khoufou  (Chéops).  Nous  ne  luisîirdons 
aucune  suggestion  sur  l'intervalle  qui  sépare  ce  pharaon 
d'AmenemhaP';  mais  qu'il  y  ait  entre  eux  cinq  siècles  ou 
dix,  nous  pouvons  rapporter  aux  monuments  écrits  de 
Khoufou  l'observation  que  nous  avons  faite  à  propos  de 
ceux  de  la  XIP  dynastie;  là,  nous  retrouvons  encore  cet  art 
et  cette  écriture,  objets  d'une  éternelle  surprise  pour  qui- 
conque les  étudie  sérieusement. 

A  la  vérité,  cette  étude  sérieuse  ne  peut  être  faite  que 

1.  Salle  des  grands  monuments,  C,  n*26. 


344  LES  PAPYRUS  HIÉRATIQUES  DE  BERLIN 

par  des  égyptologues  un  peu  exercés.  Pour  ceux-ci  la  langue 
de  rAncien-Empire  se  distingue  de  celle  dont  on  fît  usage 
après  l'expulsion  des  Pasteurs,  presque  aussi  facilement 
que  cette  dernière,  de  la  langue  de  1  époque  saite,  laquelle, 
h  son  tour,  se  différencie  notablement  de  la  langue  des 
basses  époques.  A  chacune  de  ces  diverses  périodes  cor- 
respondent aussi  des  caractères  paléographiques  spéciaux 
dont  Tobservateur  doit  être  bien  pénétré. 

Nous  doutons  fort  qu'un  savant,  suffisamment  versé  dans 
la  connaissances  des  hiéroglyphes,  trouve,  dans  Tobserva- 
tion  des  monuments,  des  motifs  plausibles  de  contredire 
les  vues  générales  que  nous  venons  d'exposer;  quant  à  ceux 
qui,  sans  cette  indispensable  étude,  combattent  les  asser- 
tions des  égyptologues,  ils  se  placent  à  différents  points  de 
vue.  Les  uns  utilisent  les  écrits  des  anciens  Égyptiens  sans 
les  comprendre  et  croient  y  retrouver  des  récits  bibliques 
à  peine  altérés.  La  saine  critique  a,  depuis  longtemps  déjà, 
fait  justice  de  ces  traducteurs  complaisants;  d'autres  ne 
craignent  pas  de  nier  ouvertement  les  principes  de  notre 
science  et  d'y  voir  une  illusion,  sinon  quelque  chose  de 
pire;  puis,  ayant  rejeté  cet  élément  embarrassant,  ils 
affirment  hardiment  qu'il  n'existe  en  Egypte  aucun  monu- 
ment dont  on  puisse  avec  certitude  faire  remonter  l'anti- 
quité au  delà  de  l'an  1012  avant  notre  ère\  A  ceux-ci  nous 
répéterons  ces  mots  d'un  éminent  égyptologue  anglais  : 
«  Que  l'ignorance  est  inexcusable  quand  on  possède  des 
»  moyens  de  la  faire  cesser.  »  L'étude  de  la  langue  égyp- 
tienne n'est  plus  aujourd'hui  entourée  de  telles  difficultés 
qu'on  ne  puisse  l'aborder  avec  confiance  et  courage,  surtout 
quand  on  est  mû  par  d'aussi  ardentes  passions.  S'il  existe 
encore  de  nos  jours  des  gens  de  bonne  foi  en  défiance  contre 
la  solidité  de  nos  procédés  d'analyse,  l'école  de  Champol- 
lion  compte  un  assez  grand  nombre  de  disciples  pour  offrir 

1.  Sir  G.  Cornwall  Lewis,  An  historical  Sureey  of  the  Asironomy 
of  thc  Ancients , 


LES   PAPYRUS   HIÉRATIQUES   DE  BERLIN  345 

aux  sceptiques  telles  expériences  qu'il  leur  plaira  de  nous 
imposer.  Il  faudrait  d'ailleurs  nous  attribuer  une  subtilité 
bien  extraordinaire  et  une  mauvaise  foi  non  moins  étrange, 
pour  supposer  que  nous  puisons  dans  notre  imagination  et 
par  des  procédés  arbitraires  les  sujets  si  divers  que  nous 
traduisons  dans  les  textes  hiéroglypliiques,  depuis  les 
hymnes  les  plus  sublimes  jusqu'aux  correspondances  les 
plus  vulgaires,  jusqu'aux  plus  ridicules  formules  de  l'empi- 
risme. Si  nous  n'obéissions  pas  aux  règles  bien  définies 
d'une  science  réelle,  ce  ne  serait  que  par  un  véritable  miracle 
qu'il  nous  arriverait,  sans  nous  être  concertés  à  l'avance, 
d'apprécier  de  la  même  manière  et  de  traduire  dans  les 
mêmes  termes  un  même  texte  égyptien.  Or,  le  nombre  de 
textes  inédits  et  complètement  inconnus  est  encore  fort 
considérable.  Il  sera  donc  facile  de  nous  mettre  en  demeure 
de  faire  nos  preuves;  nous  sommes  prêts.  Mais  nous  accuser, 
sans  examen,  d'égarement  et  môme  de  déloyauté,  par  le  seul 
motif  que  les  résultats  de  nos  études  contrarient  certsiines 
données  historiques  ou  chronologiques,  c'est  une  méthode 
plus  brutale  que  concluante,  dont  Tunique  effet  est  de  dis- 
créditer radicalement  les  travaux  scientifiques  basés  sur 
cette  dénégation  systématique. 

Une  autre  classe  de  contradicteurs  se  compose  de  savants 
de  bonne  foi,  qui  s'attachent  rigoureusement  à  l'arrange- 
ment chronologique  de  l'Ancien  Testament  et  qui  y  trouvent 
d'infranchissables  limites.  Ils  se  montrent  généralement 
fort  durs  pour  ce  qu'ils  nomment  Vinfidélité  française  et 
Vincrédulité  germanique.  Du  reste,  tous  varient  entre  eux 
dans  les  systèmes  qu'ils  proposent  et  dans  les  mutilations 
qu'ils  opèrent  sur  les  chiffres  de  Manéthon,  et  quelquefois 
aussi  dans  leurs  appréciations  des  dates  dérivées  de  la  Bible. 

Nous  nous  contenterons  de  les  renvoyer  aux  aperçus  gé- 
néraux que  nous  venons  de  résumer,  en  leur  donnant  l'as- 
surance que  notre  foi  catholique  n'est  nullement  ébranlée, 
bien  qu'il  nous  paraisse  impossible  d'admettre  que  cent 


346  LRS   PAPYRUS   HIÉRATIQURS  DR  BERLIN 

ans,  ou,  s'ils  le  veulent  absolument,  cinq  cents  ans^  avant 
Amenemha  !•',  sur  la  terre,  abandonnée  par  les  eaux  du 
Déluge  universel,  il  n'existât  plus  que  les  quatre  couples 
humains  de  la  famille  de  Noé;  bien  que,  nous  fondant  sur 
l'autorité  du  Papyrus  Prisse,  nous  croyions  fermement  qu'à 
ces  mêmes  époques  la  vie  humaine  n'avait  pas  une  durée 
supérieure  à  la  nôtre,  et  bien  qu'en  définitive  il  nous  paraisse 
nécess:iire  de  repousser  dans  une  antiquité  beaucoup  plus 
reculée  le  Déluge  et  les  temps  qui  l'ont  précédé. 

Nous  serions  plus  surpris  qu'effrayés  si  ce  zèle,  que  nous 
n'hésitons  pas  à  qualifier  d'imprudent,  songeait  à  renouveler 
moralement  le  procès  de  Galilée.  Ce  n'est  pas,  en  effet,  de 
ce  côté  que  nous  tournerons  les  yeux  quand  nous  aurons  à 
solliciter  des  solutions  dogmatiques.  Nous  sommes  avec  le 
R.  P.  Toulemont,  lorsqu'il  affirme  que  le  premier  chapitre 
de  la  Genèse  souffre  une  interprétation  qui  met  les  géo- 
logues fort  à  raise\  et  contre  M.  le  Recteur  du  Gymnase 
de  Hildesheim,  qui  ne  veut  pas  démordre  du  sens  littéral 
du  texte  sacré,  et  s'en  tient  rigoureusement  aux  sept  jour- 
nées de  la  Création*.  Nos  principes  ne  nous  permettent  pas 
de  supposer  que  le  christianisme  puisse  avoir  à  souffrir  du 
développement  d'une  science  quelconque,  davantage  que  des 
progrès  de  la  géologie,  et  nous  sommes  fermement  convaincus 
que  la  chronologie  de  l'Egypte,  à  quelque  degré  d'antiquité 
qu'elle  nous  transporte,  prendra  place  dans  la  science  mo- 
derne à  côté  de  la  connaissance  des  lois  planétaires  et  des 
grandes  périodes  de  formation  de  la  terre,  sans  le  moindre 
dommage  pour  la  foi  chrétienne. 

1.  La  date  la  pins  généralement  adoptée  pour  le  Déluge,  d'après  la 
Bible,  est  Tan  2348  avant  notre  ère;  mais  il  existe  des  supputations 
différentes. 

2.  Éludes  religieuses,  historiques  et  littéraires.  Nouvelle  série, 
Af .  Renan  et  le  Miracle, 

3.  Jatbo,  Die  Grundsâge  der  alttesta/nontlicher  Chronologie^  Hil- 
desheim, 1856. 


LES    PAPYRUS   IlIÉRATIQUKS   DE   BERLIN  347 

Il  était  toutefois  nécessaire  d'indiquer  à  larges  traits  les 
développements  que  comporte  cette  grave  question  do  l'an- 
tiquité de  rÉgypte.  C'est  pour  nous  une  occasion  de  renou- 
veler nos  fréquents  appels  aux  hommes  de  savoir;  nous 
nous  associons  de  grand  cœur  à  l'invitation  qu'a  adressée 
le  R.  P.  Dutau*  au  clergé  français  de  prendre  une  part 
active  aux  études  égyptologiques  :  c'est  un  champ  de  re- 
cherches où  il  y  a  place  pour  tous  et  qui  est  suffisamment 
déblayé  aujourd'hui  pour  que  tous  les  investigateurs  de 
bonne  foi  se  trouvent  forcément  sur  le  même  chemin,  celui 
du  progrès. 


INDEX  GÉOGRAPHIQUE 

(Les  noms  sont  classés  dans  Torilre  de  Talphabet  copte) 


Q£^,  AA,  p.  [299]. 

C'est  le  nom  d'une  contrée  mystique  dont  la  mythologie 
des  temps  plus  modernes  de  l'Egypte  no  parait  pas  avoir 
conservé  le  souvenir.  Entre  autres  souhaits  en  faveur  d'un 
défunt  parvenu  aux  régions  de  la  Vérité,  on  trouve  celui-ci  : 
Que  tes  pas  soient  détournés  de  la  terre  d'Aa.  Le  monde 
des  mânes  était  distribué  topographiquement  d'après  des 
données  empruntées  à  la  géographie  du  monde  des  vivants; 
toutes  les  localités  auxquelles  se  rattachaient  des  traditions 
mythologiques  étaient  représentées  dans  les  régions  funé- 
raires. La  terre  d'Aa,  que  je  ne  connais  que  par  la  mention 
du  papyrus  n"*  I,  doit  avoir  été  le  théâtre  de  quelque  événe- 
ment désastreux  de  la  lutte  des  dieux  contre  le  principe  de 
la  destruction,  lutte  qui  forme  le  pivot  de  la  doctrine  reli- 
gieuse des  anciens  Égyptiens. 

^^^  wfek.  '  ^^^  ^'^^  voyelles  admettent  toute  autre 
prononciation),  p.  [324,  326]. 

1 .  Études  religieuses,  etc.  Bibliographie,  p.  706. 


348  LES   PAPYRUS   HIÉRATIQUES   DE   BERLIN 

Pays  appelé,  selon  toute  vraisemblance,  d'après  le  nom 
d'un  végétal  qui  y  croissait  sans  doute  abondamment;  on 
le  trouve  cité  au  Licre  des  Morts  (cli.  xcvin,  lig.  6)  à  propos 
de  la  navigation  du  défunt  vers  le  Kar-Neter.  C'est  peut- 
être  le  même  que  le  Papyrus  médical  nomme  auau.  Ce 
pays  était  situé  à  l'orient  du  Delta;  il  produisait  en  grande 
quantité  du  vin,  du  miel,  de  la  liqueur  bak,  des  céréales, 
des  arbres  fruitiers  et  des  pâturages.  Le  chef  égyptien  qui 
y  était  installé  avait  à  guerroyer  contre  les  Sati  et  contre 
les  Haks  des  peuplades  voisines.  Aaa  possédait  une  grande 
ville  et  formait  une  dépendance  ou  une  enclave  de  Tennu 
ou  d'Atema  (voir  ces  mots). 

^^,  AAT,  p.  [296]. 

Domaine  rural,  ferme,  métairie,  closerie.  Ce  mot  est 
fréquemment  en  antithèse  avec  celui  qui  désigne  les  villes . 
-^  A/wNAA  (  [  Q     ,  Vaat,  ou  ferme  de  la  plaine,  p.  [319]. 


D'après  les  indications  du  papyrus  n°  I,  cette  localité  était 
située  dans  l'un  des  nomes  de  la  Basse-Egypte,  sur  la  route 


d'Asie.  Une  autre  localité  du  même  nom  :  a  ^^        a^^/naa 

,  est  indiquée  par  les  monuments  comme  placée  à  l'est 


de  Coptos,  sur  la  route  d'Hammamat. 

•|J^^^,  le  village  d'Abet  ou  de  l'Orient,  p.  [320]. 

Après  She-Snefru,  l'Aat  de  la  plaine  et  une  localité  dont 
le  nom  a  disparu,  le  voyageur  du  papyrus  n**  I  arrive  au 
village  d'Abet.  De  là  il  gagne  la  muraille  que  les  Pharaons 
avaient  fait  construire  pour  défendre  l'Egypte  contre  les 
incursions  des  Sati. 

^^1^^^^'  ^'^^^^^^^^  ^^^"^'  A^ma,  p.  [321]. 

Après  le  village  d'Abet,  le  voyageur  du  papyrus  n**  I 
passe  le  rempart  qui  défendait  l'Egypte  contre  les  Sati; 
puis  il  arrive  à  Patan^  à  Kam-Uer,  lieu  où  des  Sati  étaient 
établis  et  se  livraient  à  la  vie  pastorale,  et  enfin  à  Atema. 
C'est  ce  dernier  endroit  que  l'ordre  royal  lui  désignait 


LES   PAPYRUS   HIÉRATIQUES  DE  BERLIN  349 

comme  point  de  départ  de  ses  explorations,  lesquelles 
devaient  comprendre  le  pays  de  Tennu.  Ce  nom  d'Atema 
correspond  exactement  à  riiêbreu  onK,  Kdom,  'Koj>'i,  Tldu- 
mée,  l'àPaUostina  iertia  des  Romains,  que  lextrême  fertilité 
de  (luclques-unes  de  ses  vallées  fit  surnommer  Palœslina 
salutaris.  L'Idumée  s'étendait  au  sud  et  au  sud-est  de  la 
Palestine,  entre  la  mer  Morte  et  le  golfe  Klamitique.  L'accès 
en  fut  interdit  aux  Hébreux  sortis  d'Egypte,  quoiqu'ils 
s'obligejissent  à  ne  pas  passer  dans  les  champs  cultivés,  ni 
dans  les  vignobles,  et  a  ne  pas  se  servir  des  puits  sans  payer 
Teau  (voyez  Nombres^  xx,  17).  Les  circonstances  révélées 
par  le  papyrus  n°  I  s'accordent  bien  avec  les  données  du 
récit  bibli<|ue.  Il  est  possible,  du  reste,  que  les  contrées 
nommées  par  les  Egyptiens  A /cv/m  et  Tennu  s'étendissent 
à  l'ouest  et  à  l'est  de  la  mer  Morte  et  comprissent  dans  leur 
territoire  les  villes  jadis  célèbres  de  Sodome,  Amorah 
(Gomorrhe),  Adamah  et  Séboïm.  On  sait  qu'à  l'époque 
d'Abraham,  ces  villes  étaient  gouvernées  par  des  Meleks, 
D^abb;  le  papyrus  n**  I  nous  montre  que  le  chef  de  Tennu 
portait  le  titre  de  hak,  fort  analogue  à  celui  de  melek,  et 

qu'il  avait  à  combattre  les  ?  /i  J|         ,  c'est-à-dire  les  petits 

souverains  indépendants  de  son  voisinage. 

La  catastrophe  qui  fit  disparaître  les  villes  maudites  n'est 
pas  antérieure  aux  faits  que  nous  raconte  le  papyrus  égyp- 
tien, et  il  n'est  point  invraisemblable  qu' Adamah,  nonK, 
l'une  d'elles,  ne  soit  précisément  l'Atema  du  papyrus.  Sous 
le  successeur  de  Rainsès  II,  Atema  était  encore  placé  sous 
la  domination  de  l'Egypte;  des  forteresses  égyptiennes 
avaient  été  construites  dans  le  voisinage  de  ce  pays  (voyez 
Papyrus  Anastasi  VI,  pi.  IV,  lig.  14). 

^^f\^^/l,   KAM-UER,  p.  [321]. 

Localité  située  sur  la  route  d'Egypte  en  Asie,  après  Patan 
et  au  delà  de  la  muraille  qui  défendait  l'Kgypte  contre  les 
incursions  des  Sati.  Le  voyageur  du  papyrus  n^  I  y  arriva 


350  l,KS  PAPYRUS  HIÉRATIQUES  DE  RERLÎN 

mourant  de  soif  et  y  reçut  des  secours  de  la  part  d'un  Satî, 
qui  y  était  établi  et  y  possédait  des  troupeaux.  Le  nom  de 
KAM-UER  signifie  très  noir  et  se  rapporte  vraisemblable- 
ment à  la  couleur  noire  du  terrain  fertile,  circonstance 
caractéristique  qui  fut  l'origine  de  désignations  topogni- 
pliiques.  C'est  ainsi  qu'on  trouve,  dans  les  listes  dressées 
par  M.  Brugsch,  deux  autres  kam-uer,  l'un  dans  le  nome 
Coptite,  l'autre  dans  le  nome  Iléliopolite. 

Population  des  côtes  septentrionales  de  l'Afrique.  Los 
l'^ypticns  la  comprenaient  dans  la  race  blanche,  qu'ils 
nommaient  Tamahn.  Un  assez  grand  nombre  de  peuples 
appartenaient  à  ce  type,  qui  paraît  avoir  colonise  les  lies  de 
la  Méditerranée  et  môme  l'Europe.  Nos  vieux  papyrus  de 
l'Ancien-Empire  parlent  des  Tamahu,  mais  non  des  Lub-u, 
que  je  nai  encore  rencontrés  que  sur  des  monuments  pos- 
térieurs à  l'expulsion  des  Pasteurs.  Il  y  a  quelques  motifs 
de  penser  que  les  D^anS,  Lahabim,  les  AaSts'fji  des  Septante, 
cités  dans  la  Genèse  (ch.  x,  v.  13)  au  nombre  dos  descen- 
dants de  Mizraïm,  doivent  être  identifiés  avec  les  Libyens; 
plus  tard,  l'Écriture  les  désigna  sous  le  nom  de  D^aiS,  Lub- 
im,  Ai6'j£;.  Ce  sont  probablement  les  Lub-u  des  hiéroglyphes. 
Les  peuples  du  nord  de  l'Afrique,  que  les  monuments  nous 
font  connaître,  ont  un  ciiractère  de  civilisation  avancée, 
autant  qu'on  en  peut  juger  par  leurs  parures,  leurs  armes, 
et  l'usage  des  métaux  précieux  qui  leur  était  familier.  Mais 
ces  peuples  ont  précédé  ceux  qu'énumère  Hérodote  dans 
son  quatrième  livre,  et  à  propos  desquels  il  a  enregistré 
tant  de  fables  ridicules. 

lîl^^fl^î^^l.f .'     MASCHAWASCHA-U, 

p.  [311]  sqq. 

Peuple  voisin  des  Lub-u,  ou  dépendant  de  cette  race.  On 
ne  les  a  pas  encore  rencontrés  dans  les  textes  qui  datent  de 
l'Ancien-Empire.  Après  Ramsès  II,  qui  en  avait  incorporé 


LES  PAPYRUS  HIÉRATIQUES  DE  BERLIN  351 

quelques  tribus  dans  ses  troupes  auxiliaires^  les  Maschawa- 
scha,  de  même  que  les  Lub-u,  secouèrent  le  joug  de  l'Egypte, 
et  les  Pharaons,  successeurs  de  ce  conquérant,  durent  sou- 
tenir contre  eux  une  longue  guerre,  que  termina  R:imsès  III. 
On  peut  juger  de  l'importance  des  Mascliawascha  par  ce 
fait  qu'ils  perdirent  9.111  hommes  dans  une  cami>agnc 
contre  Menephtah-Hotephima  (Denkmalrr,  III,  pi.  199  a, 
15).  Ils  combattaient  avec  lare  et  le  glaive,  possédaient 
des  ornements  d'or  et  d argent,  des  vases  de  métal,  etc. 
Les  Bubastites  se  les  attachèrent  comme  alliés  et  leur  im- 
posèrent des  chefs  égyptiens.  Cette  milice  fournit  des  forces 
considérables  dans  la  guerre  que  soutinrent  les  chefs  de  la 
Basse-Egypte  contre  le  roi  éthiopien  Piankhi. 

Les  Maschawascha  étaient  liés  par  affinité  de  race  avec 
les  Lub-u;  mais  ils  s'étendaient  aussi  vers  le  Midi;  et  c'est 
sans  doute  pour  ce  motif  qu'ils  sont  comptés  avec  les  Nègres 
dans  le  dénombrement  d'une  troupe  étrangère  employée 
au  service  de  TK^ypte.  Il  y  a  lieu  de  croire  qu'ils  habitaient 
la  Libye  Maréotique  et  les  oasis  qui  s'étendent  au  sud  jus- 
(ju'au  Darfour,  et  qu'ils  parcouraient  les  déserts  adjacents. 
Cette  situation  les  mettait,  sur  un  vaste  espace,  en  contact 
avec  l'Kgypte  et  ses  colonies  du  désert  de  Libye.  Aussi  sont- 
ils  mentionnés  par  un  texte  hiéroglyphique  comme  exerçant 
journellement  des  déprédations  contre  Tt^gypte. 

^^1    ^ ''  MENA-u,  p.  [338]  sqq. 


A/S/WS^ 


Peuple  asiatique  qui  conquit  TÉgypte  à  la  fin  de  TAncien- 
lùnpire,  l'occupa  plusieurs  siècles  et  en  fut  définitivement 
expulsé  i^ar  Ahmès.  11  est  généralement  connu  sous  le  nom 
de  Pasteurs.  Celui  d'IIyksos  n'est  pas  un  ethnique,  mais 
très  probablement  une  épithète  injurieuse  (hak-ii'es,  vil 
soucerain)  à  l'adresse  des  rois  de  cette  race.  Les  Shasu 
(voir  ce  mot)  ne  sont  jamais  confondus  avec  les  Mena,  dont 
ils  diffèrent  très  essentiellement.  Après  les  Sati,  les  Mena 
nous  apparaissent   comme  les  principaux  adversaires  de 


352  LES   PAPYRUS   HIÉRATIQUES   DE  BERLIN 

rKgyptc  du  côté  de  TAsie  aux  temps  les  plus  anciens;  ces 
deux  dénominations  continuèrent  à  être  en  usage  jusqu'aux 
basses  êpo(|ues  pour  désigner  les  Asiatiques  en  général, 
quoi(pril  n'existât  plus  alors  de  corps  de  nation  ainsi 
nommés. 

L'invasion  des  Mena  en  Egypte  fut  accompagnée  de  ter- 
ribles ravages;  elle  lit  disparaître  les  villes,  les  temples  et 
les  pillais  de  TAncien-Empire,  et  les  Egyptiens  en  conser- 
vèrent rimpression  d'une  haine  profonde  contre  leurs  op- 
presseurs, qu'ils  désignèrent  sous  le  nom  significatif  d'AATU, 
/Iran,  peste. 

Mais,  aprè<  avoir  assuré  leur  domination,  les  Mena  su- 
birent l'influence  de  la  civilisation  de  l't^ypte;  leurs  rois 
s'attribuèrent  des  airtouches  à  la  manière  des  Pharaons; 
ils  s'approprièrent  les  statues  des  anciens  monarques  natio- 
naux, et  firent  élever  des  monuments  dont  le  style  participe 
à  la  fois  du  caractère  de  lart  égyptien  et  de  celui  d'un  art 
étranger  à  l'I^'^ypte.  Les  Mena  adoraient  Soutekh,  dieu 
dont  le  culte  paraît  originaire  de  l'Asie  centrale.  Soutekh 
prit  place  plus  tard  parmi  les  divinités  syriennes.  Les 
K^^^yptiens  l'assimilèrent  à  Set,  frère  d'Osiris,  et  les  rois 
conquérants  du  Nouvel-Empire  l'associèrent  aux  dieux  de 
l'É^gypte. 

D  Q:^^,  PATAN,  p.  [321J. 

Localité  située  sur  la  route  d'Egypte  en  Asie,  entre  le 
mur  élevé  pour  arrêter  les  Sati  et  la  bourgade  de  Kam-Uer. 


^^^ 


c^ 


L'Anibie,  ainsi  que  M.  Brugschl'a  fort  bien  établi.  Toute- 
fois, ce  nom  de  Punt  ne  parait  pas  s'être  jamais  étendu  à 
l'Arabie  Pétrée.  Il  désigne  essentiellement  la  contrée  située 
à  l'est  de  l'Egypte,  sur  la  côte  orientale  de  la  mer  Rouge. 
C'est  le  pays  des  parfums,  de  la  gomme  et  des  bois  précieux 

et  odoriférants.  L'un  des  cantons  de  l'Arabie  se  nommait  le 

^' ...  * 
,  TA  NETER,  le  patjs  dwin;  il  convient  d'y  recon- 


LES  PAPYRUS   HIERATIQUES  DE  BERLIN  353 

naître  l'Arabie  Heureuse,  ainsi  que  Ta  conjecture  M.  de 
Rougé.  Les  Égyptiens  commerçaient  avec  Punt  et  avec 
Ta-netcr  par  la  route  de  Coptos  et  la  mer  Rouge;  les 
barques  dont  on  faisiiit  usage  étaient  nommées  Kabni,  siins 
doute  d'après  le  nom  (jue  leur  donnaient  les  Arabes  qui 
fréquentaient  cette  mer. 

Les  produits  recherchés  de  Ta-neter  s'exportaient  au  loin 
dès  les  temps  antiques,  comme  ceux  de  l'Arabie  Heureuse 
à  l'époque  romaine.  C'est  ce  qui  explique  comment  ces 
produits  ont  pu  quelquefois  se  trouver  compris  parmi  les 
tributs  perçus  par  les  Pharaons  dans  queUiues  provinces  de 
l'Asie  centrale.  Punt  et  Ta-neter  étaient  connus  des  l^gyp- 
tiens  sous  l' Ancien-Empire. 

^Q^^,  ROHANNU,  p.  [309]. 

L'une  des  principales  localités  de  la  vallée  d'Hammamat. 
Les  Égyptiens  de  l'Ancien-Empire  y  exploitaient  de  belles 
pierres  destinées  à  la  décoration  des  temples.  Un  texte  cite 
le  temple  de  Soutensinen  au  nombre  de  ceux  où  furent 
transportés  des  matériaux  provenant  de  Rohannu. 

f^^^^^O,  SUTENNEN,  p.  [303-304]. 

Localité  dont  le  nom  est  construit  comme  celui  de  Sou- 
tensinen. Le  Papyrus  de  Leyde  I  368  raconte  que  six 
esclaves  fugitifs  qui  s'y  étaient  retirés  y  furent  poursuivis 
et  arrêtés  pjir  un  olficier  envoyé  de  Mcmphis.  Dans  le 
Papyrus  Anastasi  IV,  Sutennen  est  indiqué  comme  ayant 
un  dépôt  de  pièces  de  bois  servant  à  la  construction  des 
barques.  De  ces  circonstances,  on  peut  conjecturer  que  ce 
lieu  n'était  pas  éloigné  de  la  Basse-Egypte,  ni  de  la  Médi- 
terranée ou  de  Tune  des  branches  navigables  du  Nil,  et 
qu'il  devait  se  trouver  dans  une  situation  assez  écartée  pour 
offrir  un  asile  convenable  à  des  esclaves  en  fuite.  Il  est  donc 
fort  possil)le  que  ce  nom  désigne  quelque  point  de  la  côte 
de  la  Marmaricjue  et  (ju'il  ait  eu  ainsi  certaine  connexité 
avec  l'oasis  d'Ammon. 

UiBL.   KGYPT.,   T.    X.  23 


354  LES   PAPYRUS  HIÉRATIQUES   DE  BERLIN 

1         S)  ,  SUTENSINEN,  p.  [292, 297, 299,  300,  303  à 

319].  Tous  les  renseignements  relatifs  à  Soutensinen,  loca- 
lité clans  laquelle  je  persiste  à  reconnaître  loasis  d'Ammon, 
sont  résumés  dans  le  deuxième  chapitre  de  cet  ouvrage. 

^^^l'^îS,  SATi-u,  p.  [331  à  335]. 

Ce  nom,  dont  la  lei'ture  n'est  pas  al)solument  certaine 
(voir  p.  331  ci-devant),  est  c^lui  des  tribus  asiatiques  avec 
les(iuelles  les  K^yptiens  de  TAncien-Empire  furent  le  plus 
souvent  en  contact.  Le  papyrus  n"  I  nous  apprend  que  les 
Pharaons  de  cotte  époque  avaient  construit  une  mmiûlle 

pour  repousser  les  Siiti  :  rj  n   n  7 /i^<^::>ft[l\S^t,     n 

i  ^  ^  il  •  ^^  rempart  était  situé  au  delà  d'un  vil- 
lage nommé  Abet;  ensuite  se  trouvaient 
les  localités  nommées  Patan,  Kiun-Uer  et 
Atema  (voyez  ces  mots).  A  Kîim-Uer,  dont  le  voisinage 
manquait  d'eau,  éUiient  établis  des  Sati  qui  élevaient  des 
troupeaux, 

Diodore  (liv.  I,  57;  dit  que  Sésoôsis  construisît  un  mur 
de  quinze  cents  stiides  de  longueur,  entre  Péluse  et  Hélio- 
polis, pour  défendre  la  frontière  orientale  de  TÉgypte  contre 
les  incursions  des  Syriens  et  des  Arabes.  Mais  on  sait  que 
cet  historien,  suivant  l'exemple  d'Hérodote,  a  attribué  à  ce 
conquérant  un  grand  nombre  de  faits  glorieux,  dont  plu- 
sieurs furent  en  réalité  l'œuvre  de  divers  autres  Pharaons. 
Nous  retrouvons  peut-être  dans  le  vieux  papyrus  de  Berlin 
une  antique  mention  du  rempart  dont  les  prêtres  parlèrent 
il  Diodore.  Dans  tous  les  ais,  si  le  fait  rapporté  par  l'anna- 
liste grec  regarde  réellement  Ramsès  II,  nous  savons  aujour- 
d'hui que  ce  monarque  n'avait  fait  que  rétablir  un  rempart 
élevé  par  ses  prédécesseurs  de  TAncien-Empire. 

En  résumant  ce  qui  précède,  nous  voyons  que  les  Sati 
étaient  les  voisins  immédiats  de  TEgypte  du  côté  de  l'Asie. 
Maîtres  du  Delta  comme  de  la  Haute- Egypte,  les  Pha- 
raons de  la  XII<^  dynastie  eurent  fréquemment  à  guerroyer 


UKS   PAPYRUS   IIlKRATtQUHS   DE  BKRLIN  355 

contre  eux.  Osortasen  P'  est  signalé  par  nos  papyrus  comme 
puissant  seigneur  des  Sati  (re^^_Zl). 

Dès  les  commencements  du  Nouvel-Kmpire,  on  trouve 
les  Sati  en  étroite  liaison  avec  les  Mena;  mais  le  nom  de 
ces  derniers  n  appaiait  pas  sur  les  monuments  de  l'Ancien- 
Kmpire,  à  moins  (|u'il  ne  faille  le  reconnaître  sous  la  forme 

t=3^(^3        ,  (lui  se  rencontre  dans  un  monument 

du  iSinaï  [DenLmaler,  II,  39),  ce  (|ui  est  peu  vraisemblable. 
Quoi  (|u'il  en  soit,  ces  noms  de  Sati  et  de  Mena  paraissent 
avoir  été  employés  dans  la  suite  des  temps  comme  des  dési- 
gnations généniles  des  races  asiatiques  ennemies  de  TP^ypte. 

Sous  ce  nom  les  Égyptiens  désignaient  la  race  blanche, 
([ui  comprenait  les  peuples  de  l'Afrique  septentrionale,  les 
populations  insulaires  de  la  Méditerranée,  et  sans  doute 
aussi  les  Européens.  Cette  classification  remonte  à  l'Ancien- 
Empire. 

-,4.4.  ^,  TANEN,  p.  [303]. 

Nom  de  d<*meure  ou  de  lociilité  dont  la  forme  rappelle 
le  Soutensinen.  D'après  le  Rituel  funéraire,  il  existe  ime 
corrélation  entre  certains  faits  mythologiques  (jui  eurent 
pour  théâtre  ces  deux  localités.  Le  chapitre  xvn,  lig.  81 

et  suiv.,  nous  dit  :  ^"^^^M'^^fj  ^ÛÛ^^^==^8 

des  pains  masi-u  dans  le  Tahen  dans  Tanen,  c'est  Osiris. 
Le  texte  ajoute  ensuite  que  les  pains  masi-u  dans  le  TaJien 
dans  Tanen,  cest  le  ciel,  c'est  la  teiTe;  et  qu'une  autre 
tradition  dit  (lue  c'est  Schou  ébranlant  le  monde  dans  Sou- 
tensinen. Enfin,  la  glose  ajoute  :  Tahen  est  le  dieu  Œil 
d*Horus;  Tanen  est  le  sam  d'Osiris, 

Ce  texte  mystique  est  hérissé  de  difficultés;  je  le  com- 
prends d'une  manière  fort  différente  de  celle  qu'a  exposée 


A^VWx 


000 


350  LUS   PAPYRUS   HIÉRATIQUES   t)E  BERLIN 

M.  de  Rougé  {Études  sur  le  Rituel  funéraire,  p.  66,  67-, 
mais  je  n'ai  ni  la  prétention  ni  Tespoir  d'avoir  réussi  à  en 
donner  une  explication  définitive. 

Le  mot  MAS,  masi,  mastu^  nomme  une  espèce  d'aliment 
qui  fut  présenté  à  Ounnefer,  c'est-à-dire  à  Osiris,  victime 
des  embûches  de  Set,  dans  une  circonstance  de  sa  lutte  avec 
le  génie  de  la  destruction.  L'événement  eut  lieu  pendant 
la  nuit,  et  cette  nuit  devint  Tune  des  dates  mythologiques 
célébrées  dans  le  culte.  Les  mânes,  qui  devaient  subir  toutes 
les  phases  de  la  destinée  mortelle  d'Osiris,  étaient  censés 
consommer  certains  aliments  en  commémoration  des  masi-u 
offerts  à  ce  dieu.  C'est  ce  que  nous  enseigne  la  belle  prière 
en  faveur  de  Ma,  intendant  des  travaux  de  Thèbes,  publiée 
par  Sharpe  (2«  série,  pi.  LXXVIII)  : 

«  Qu'ils  t'accordent  de  voir  le  soleil  à  chacun  de  ses 
»  levers  et  de  lui  rendre  gloire;  qu'il  t'écoute  dans  tes 
»  demandes;  qu'il  te  donne  le  souffle  vital;  qu'il  réorganise 
»  tes  membres  ;  que  tu  sortes  et  que  tu  entres  comme  l'un 
»  de  ses  favoris  ;  que  tu  sois  avec  les  dieux  de  son  cortège  ; 
»  que  tu  suives  le  dieu  Sakri,  le  collier  de  fleurs  au  cou,  le 
»  jour  qu'on  fait  le  tour  des  murs  {la  grande  panégyrie  d-e 
»  Ptah-Soccaris)  ;  qu'il  te  soit  fait  une  place  dans  la  barque 
»  sacrée,  le  jour  de  la  fête  d'Uak;  qu'il  te  soit  mis  des 
»  mets  devant  toi,  la  nuit  des  mas-tu,  placés  devant  Oun- 
»  nefer»,  etc.  

Ces  pains  commémoratifs,  nommés  ici  f[| P^  y         i  mas- 

TU,  rappellent  les  pains  sans  levain,  les  matsôth  (ma»),  que 
les  Hébreux  mangeaient  à  l'occasion  de  la  fête  du  Pessah, 
mais  dont  Tusage  était  connu  bien  avant  l'Exode.  Loth  en 
fit  cuire  pour  les  deux  anges  qui  le  visitèrent  à  Sodome 
{Genèse,  chap.  xix,  3). 

Le  TAHEN,  i»  ,  est  une  substance  minérale  qu'on 

rencontre  mentionnée  avec  le  cuivre  et  le  lapis.  On  en 
ornait  des  chars,  on  en  fabriquait  des  talismans.  Il  s'y  rat- 


LES   PAPYRUS   HIÉRATIQUES  DE   BERLW  357 

taoho  une  idéo  dWlat,  de  lumière,  ainsi  qu'on  le  voit  par 
ce  texte  emprunté  à  une  formule  magique  du  papyrus  liié- 

rati(|uede  Leyde  I  437.  pi.  IX,  lig.  10  :  (j^j^j^^^ 
H^  ^  ^"^  ^^]ll  '  toutes  ses  chairs  rayonnent  comme 
du  ia/ten. 

J'<Mi  ai  conclu  que  le  tahen  peut  être  le  quartz  hyalin 
ou  cristal  de  roche,  (jue  les  h^yptiens  ont  su  tailler  et  dont 
le  nom  hiéroglyphique  n'a  pas  encore  été' reconnu.  Ce  nom 
a  pu  s'étendre  aussi  au  verre  ou  cristal  artificiel  dont  les 
Musées  égyptiens  renferment  de  nombreux  spécimens  colo^ 
rés  de  nuances  diverses. 

D'après  le  Rituel  (chap.  CXLVI,  26),  le  Tanen  avait  une 
porte  de  ta/ien  par  laquelle  le  défunt  devait  passer  chaque 
jour.  C'est  sans  doute  pendant  qu'Osiris  était  renfermé  sous 
cette  porte  (|ue  des  mas-tu  lui  furent  présentés. 

Le  Tanen   est    défini   par    le   Rituel    comme  étant  le 

X^^      (sam)  d'Osiris.  Or,  le  Sam  est  un  lieu  dans  lequel, 

selon  le  Rituel,  il  était  dangereux  de  s'arrêter;  c'est  le 
cachot  d'où  le  criminel  sortait  pour  recevoir  le  coup  mortel 

sur  le  billot  de  la  décapitation  (  [^     ),  ou  bien  le  lieu  où 

il  était  mis  à  la  torture  avant  de  subir  le  dernier  supplice 
[Todtenbuch,  xvii,  77j. 

Cet  emprisonnement  du  dieu,  qui  eut  lieu  pendant  la 
nuit,  fut  donc  l'un  des  dangers  qu'il  eut  à  courir  et  dont 
il  triompha  par  Tappui  d'IIorus.  Aussi  le  souvenir  de  cet 
événement  était-il  du  nombre  de  ceux  qui  fournissiûent 
aux  magiciens  de  TK^gypte  des  charmes  contre  les  dangers 
imprévus  et  en  particulier  contre  les  reptiles  venimeux. 

J'ai  cité  dans  le  Papyrus  magique  Harris  (p.  178)  l(\s  quatre 
briques  de  tahen  qui  étaient  dans  Héliopolis  et  qui  servai(»nt 
à  repousser  Set,  type  de  l'aspic  méchant.  Le  papyrus  I  349 
de  Leyde  donne  contre  les  scorpions  une  formule  (|ui  se 
rapporte  plus  complètement  au  mythe  osiridion  : 


358  LES  PAPYRUS  HIÉRATIQUES   DE   BBRL4N 

«  Je  sors,  je  me  trouve  dans  la  nuit;  je  suis  enveloppé 
»  de  tahen,  enlacé  d'aspics.  Horus  est  derrière  moi;  Set 
»  est  à  mort  côté,  ainsi  que  les  dieux  et  une  uraîus  dont  la 
»  bouclve  est  semblable  à  un  livre.  O  toi  qui  es  devant  moi, 
»  toi  qui  es  devant  moi,  toi  qui  viens  contre  moi,  ne  m'ap- 
»  proche  pas  !  car  c'est  le  dieu  grand  qui  est  à  côté  de  moi  ; 
»  les  dieux  me  préparent  le  chemin.  Je  suis  l'un  de  vous, 
»  car  je  suis  l'enfant  du  soleil  au  milieu  des  dieux  de  son 
»  cortège.  Écoulez-vous  loin  de  moi,  scorpions  !  » 

Armé  de  ces  souvenirs  mythologiques,  l'Égyptien  croyait 
pouvoir  éloigner  de  ses  pas  les  reptiles  cachés  dans  le  sable, 
sous  les  pierres  ou  parmi  les  herbes  du  chemin. 

Le  dieu  Outa-Hor,  l'Œil  d'Horus,  accompagna  Osiris  et 
le  protégea  contre  les  embûches  de  Set;  c'est  ce  que  nous 
apprend  positivement  le  Papyrus  magique  Harris  (pi.  IX,  6), 
qui  parle  aussi  d'un  coffre  de  huit  coudées,  dans  lequel 
Osiris,  transformé  en  singe,  fut  renfermé.  Peut-être  existe- 
t-il  quelque  connexité  entre  ce  coffre  et  le  Tanen  fermé  par 
une  porte  de  cristal,  dont  parle  le  Rituel;  ceci  nous  expli- 
querait la  glose  qui  dit  que  le  tahen  (le  cristal)  c'est  l'Œil 
d'Horus.  Outa-Hor  se  serait  substitué  à  la  porte  du  lieu  de 
détention  d'Osiris,  afin  de  laisser  passer  les  masi-u  ou  ali- 
ments qui  conservèrent  le  dieu  et  firent  encore  une  fois 
échouer  les  tentatives  meurtrières  de  son  adversaire.  On 
comprend  alors  pourquoi  les  masi-u  du  Tanen  devinrent  le 
symbole  du  ciel  et  de  la  terre,  dont  Osiris  fut  proclamé  le 
seigneur  après  sa  victoire  définitive  (voir  Hymne  à  Osiris, 
Mémoire,  p.  13  [t.  I,  p.  109-110,  de  ces  Œuvres  diverses], 
et  texte,  lig.  18  et  sqq.). 

Cette  aventure  d'Osiris  dans  Tanen  est  assimilée  par  le 
Rituel  à  l'ébranlement  du  monde  par  le  dieu  Shou  dans 

Soutensînen.  L'expression  est  ^       ,  kankanto, 

que  parait  rappeler  le  copte  kcjulto,  terrœ  motus.  On  trouve 
en  effet  le  mot  Rnnn  dans  l'acception  d'exciter,  pousser, 


/VWN/VA 


LES   PAPYRUS   MIKRATIQUKS   DE   BERUN  359 

secouer,  ébranler.  Sliou  était-il  intervenu  dans  la  lutte  en 
faisant  trembler  la  terre,  ou  bien  s'agit-il  de  quelque  fait 
rentrant  dans  le  rôle  cosmogonique  du  dieu  solaire?  C'est  ce 
(|ue  je  ne  saurais  décider.  Dans  tous  les  cas,  l'idée  de  la  force 
divine  ébranlant  le  monde  a  fourni  à  l'auteur  du  livre  de 
Job  l'une  de  ses  plus  riches  images  (chap.  xxxviii,  13)  :  nni6 
rofao  D^ïJn  noa^  pmci  mwM. 

0%  Ij^tv^:^,  TENNU,  p.  [322,  326-329,  330]. 

L'ordre  royal  rapporté  par  le  papyrus  n*  I  prescrit  à  un 
fonctionnaire  égyptien  de  reconnaître  les  eaux  et  les  terres, 
en  partant  d'At<»ma  jusqu'à  Tennu.  A  l'article  Atema  (voir 
ce  mot;,  nous  avons  exposé  les  motifs  qui  nous  portent  à 
reconnaître  dans  cette  dénomination  géographicjue  le  pays 
d'Kdom  de  la  Bible.  Il  est  tout  à  fait  probable  que  le  décret 
du  pharaon  a  d  abord  indiqué  le  point  le  plus  rapproché, 
et  que,  par  suite,  Tennu  devra  être  cherché  au  delà  du 
désert  du  Sinaî,  dans  la  Palestine  ou  dans  le  pays  situé  à 
Test  de  la  mer  Morte  et  du  Jourdain.  Un  passage  de  notre 
papyrus  mentionne  le  Tennu  supérieur,  ce  ([ui  permet  de 
croire  qu'il  y  avait  un  Tennu  inférieur,  c'est-à-dire  une 
région  de  montagnes  ou  de  hauts  plateaux  et  une  région  de 
plaines.  Atema  n'était  pas  éloigné  du  Tennu  supérieur; 
c'est  là  du  moins  que  fut  rencontré  le  hak  égyptien  qui 
gouvernait  cette  province;  ce  chef  relevait  du  pharaon,  à 
(|ui  il  payait  une  redevance  composée  des  principales  pro- 
ductions de  la  localité. 

La  dénomination  de  Tennu  avait  donc,  sous  TAncien- 
Kmpire,  une  spécialité  topographique  définie.  Mais  je  n'ai 
pas  encore  rencontré,  sur  les  monuments  du  second  Empire, 
la  mention  du  pays  de  Tennu.  On  y  trouve  cependant  le 
mot  TENNU  dans  l'acception  générale  de  district,  province, 
et  s'applicjuant  indifféremment  à  des  divisions  territoriales 
de  ri^gypte  ou  des  pays  étrangers. 

^^^,  UAT  OER,p.  [336). 


360  LES  PAPYRUS   HIÉRATIQUES   DE  BERLIN 

Littéralement  :  le  grand  bassin.  C'est  la  désignation  ordi- 
naire de  la  Méditerranée  :  le  papyrus  n*^  I  cite  les  dieux  des 

localités  situées  autour  de  la  Méditerranée  :  ;=> .,,    *Mk 

-^^         A/VAA/NA  III     I  V    \ 

^^^^,  et  cette  mention  montre  qu'au  commencement  de 

la  XIP  dynastie,  les  Kgyptiens  avaient  déjà  parcouru  cette 
mer  et  observé  les  religions  des  peuples  qui  en  habitaient 
les  côtes.  Dans  son  travail  sur  la  stèle  de  Thothmès  III, 
récemment  découverte  par  M.  Mariette,  M.  deRougé  entre- 
voit que,  sous  ce  pharaon,  les  Égyptiens  devaient  avoir 
poussé  leurs  expéditions  jusqu'à  l'Océan  [Divers  Monu- 
ments de  Thothmès  III,  p.  30).  Cette  conjecture  n'a  certai- 
nement rien  de  trop  hardi.  Il  faut  même  faire  remonter 
beaucoup  plus  haut  que  Thothmcs  III  le  développement  de 
la  puissance  et  des  relations  des  Égyptiens  sur  la  Méditer- 
ranée. L'étude  des  Papyrus  de  Berlin  ne  permet  pas  de 
doute  à  cet  égard . 

^yij^'ll^jScw],  UHi-u,  p.  [328]. 

Ce  nom  désigne  des  peuplades  non  établies  dans  des  villes, 
et,  d'une  manière  générale,  les  populations  des  campagnes, 
les  tribus  rurales.  Dans  les  inscriptions  de  Karnak,  connues 
sous  le  nom  d'Annales  de  Thothmès  III,  les  uhi  sont  cités 

antitliétiquement  aux  0  ()  ^  i ,  tidjuli,  villes. 

Une  inscription  de  l'île  de  Tombes  nous  montre  les  uhi-u 
des  Heru-Sha  (c'est-à-dire  des  Arabes  maîtres  des  sables), 
se  prosternant  devant  Thothmès  P',  et,  dans  la  stèle  de 
Semneh,  publiée  par  M.  Birch,  il  est  question  des  uhi-u 
occupant  le  territoire  qui  s'étend  depuis  la  ville  nubienne 
d'Aboccîs  (Bak)  jusqu'à  Tari. 

En  comparant  entre  eux  les  divers  textes  qui  contiennent 
cette  dénomination,  on  est  conduit  à  reconnaître  qu'elle  a 

pour  variante  la  forme  Sca o  ^  »  âcA  ;  ce  qui 

^^        I       I       I  £^        I       I       I 

donnerait  uh,  wuh,  pour  l'une  des  valeurs  de  l'animal  cou- 
ché, hiéroglyphe  qui  représente  aussi  un  son  de  simple 


LES   PAPYRUS   HIÉRATIQUES   DE   BERLIN  361 

voyelle,  et  qu'il  faut  faire  passer  dans  la  classe  des  signes 
polyphoniques. 

M^l^l.^.'S'ASu,  p.fa38]. 

Les  Shasu  sont  signalés  par  le  Papyrus  Anastasi  I  comme 
un  peuple  pillard  et  chasseur,  infestant  les  routes  de  la  Syrie, 
dans  la  région  du  Liban.  C'est  dans  le  voisinage  de  cette 
même  localité  que  deux  espions  de  cette  race  donnèrent  à 
Ramsès  II  le  faux  avis  qui  fit  tomber  ce  prince  dans  une  em- 
buscade des  Khitas.  Pendant  une  expédition  de  Thothmês  II 
en  Naharaîn,  le  capitaine  Ahmès  sempara  d'un  grand 
nombre  de  Shasu  vivants.  Thothmês  III  eut  à  les  combattre 
dans  sa  campagne  contre  les  Rutennu.  A  son  tour,  Séti  V 
les  poursuivit  depuis  Tzor,  sur  la  frontière  d'iilgypte,  jus- 
qu'à Pakanana,  localité  dans  laquelle  on  a  cru  retrouver 
rindication  du  nom  de  Chanaan,  ce  que  ne  saurait  admettre 
sans  restrictions  la  saine  critique.  Parmi  les  noms  de  lieux 
encore  lisibles  dans  les  scènes  relatives  à  cette  guerre  de 
Séti  P',  sculptées  à  Karnak,  on  distingue  l'étang  d'Absaka))a 
et  celui  de  Rabbafei,  auprès  desquels  le  pharaon  fit  élever 
d(»s  postes  fortifiés. 

Ainsi  donc  les  Shasu,  dont  les  incursions  appelaient  si 
fréquemment  des  répressions  sanglantes  de  la  part  de 
TFigypte,  nous  offrent  tous  les  caractères  des  Arabes  errants 
ou  Bédouins,  dont  les  hordes  nomades  rendent  encore  si 
peu  sûres  les  localités  jadis  parcourues  par  leurs  devanciers 
d(*s  temps  pharaoni(iues.  Aucun  des  renseignements  assez 
nombreux  que  nous  livrent  les  textes  ne  nous  autorise  à 
identifier  cette  race  avec  les  Mena  ou  Pasteurs,  qui  conquirent 
l'K^ypte  et  en  furent  chassés  par  Ahmès.  Sous  Menephtah 
Ilotephima,  successeur  de  Ramsès  II,  quelques-unes  des 
tribus  des  Shasu  paraissent  avoir  été  soumises  à  Tb^ypte. 
On  trouve  du  moins  dans  le  Papyrus  Anastasi  VI  un  ordre 
qui  concerne  leurs  chefs.  Autant  qu'on  peut  encore  en  juger 
par  les  débris  du  texte  mutilé,  il  s'agissait  d'interner  cer- 


362  LES    PAPYRUS   FlIÉRATIQUES   DE   BERLIN 

tains  Mahotou  ou  conducteurs  des  Shasu  à  Atema,  dans  le 
Klitem  ou  fort  de  Menephtah  Hotephima,  qui  est  à  Takou, 
et  aux  piscines  de  Pa-Tum  de  Menephtah  Hotephima,  de 

Takou.  Le  mot  J ^^^^ '^ J  v\ H ^^ '  barkabuta, 
qui  désigne  ici  les  piscines,  est  une  transcription  de  Thébreu 
nana,  et  un  indice  de  la  manie  sémitique  qui  s'empara  des 
Egyptiens  après  leur  long  contact  avec  les  Pasteurs  et  avec 
les  Hébreux,  et  à  la  suite  de  leurs  conquêtes  en  Asie,  où 
ils  avaient  alors  des  établissements  permanents. 

Les  monuments  d'Ahmès  ne  font  aucune  mention  des 
Shasu,  que  Ton  ne  rencontre  pas  davantage  aux  époques 
antérieures.  On  ne  se  défiera  jamais  suffisamment  des  erreui-s 
auxquelles  peut  conduire  une  très  grande  confiance  dans  \os 
preuves  tirées  de  la  ressemblance  phonétique  des  noms. 

™[PJ^,  SHE  SNEFRU,  p.  [319,  320]. 

Bourgade  de  la  Basse-Egypte,  sur  la  route  d'Asie.  Elle 
porte  le  nom  du  roi  Snefrou,  qui  fut  le  fondateur  des  éta- 
blissements égyptiens  du  Sinaï.  C'est  Vune  des  localités 
traversées  par  le  voyageur  du  papyrus  n°  L 

Le  pays  des  Kheta  ou  Khita,  si  connu  par  les  monuments 

des  guerres  de  Ramsès  IL  De  même  que  les  ^    I    , 

RUTEN,  RUTENNU,  Ics  Khita  n'apparaissent  que  sur  les  mo- 
numents du  Nouvel-Empire.  Ce  sont  les  peuples  qui  furent 
la  souche  des  Chaldéens  et  des  Assvriens.  Établis  sur  les 
rives  de  l'Euphrate,  ils  semblent  avoir  étendu  leurs  con(iuétes 
jusqu'en  Syrie  et  en  Palestine,  à  une  époque  un  peu  anté- 
rieure aux  temps  de  TExode  des  Juifs.  L'identification  des 
Khita  avec  les  Hittites  (o^nh)  de  la  Bible  est  basée  unique- 
ment sur  la  conformité  de  nom.  Mais  cette  identification 
présente  d'insurmontables  difficultés,  que  j'exposerai  pro- 
chainement dans  un  travail  sur  le  Papyrus  Anastasi  I, 


f 


LRS   PAPYRUS   HIKRATIQUKS   DE   BERLIN  303 

,  HA-NEUU,  p.  [335,  342]. 

Cette  dénomination  signifie  à  la  lettre  tous  ceux  qui  sont 
par  derrière.  Les  Egyptiens  désignaient  ainsi  tous  les 
peuples  septentrionaux,  en  y  eoinpr<»nant  TAsie-Mineure, 
la  Grèce  et  le  reste  de  TKurope.  Aux  basses  époques,  le 
nom  de  Hanebu  s  appli(|ua  surtout  aux  Grées,  à  cause  de 
leurs  fréquentes  relations  avec  Tt^gypte.  On  sait  que  l'ex- 
pression *EXXT,vtxoTç  YpifjLjiaaiv  de  rinscrii)tion   de  Rosette  a 

pour  équivalent  hiéroglyphique  (pj^^^^  V 'f^^>^\^ 


wii).  Dans  le  décret  de  Philœ,  la  forme  est   W^^^l 

Si,  comme  Tout  pensé  quelques  égyptologues,  les  scribes  du 
temps  des  Liigides  ont  voulu,  par  orthographe  abusive, 
imiter  sous  cette  forme  le  nom  des  Ioniens,  ce  qui  est  à  la 
rigueur  possible,  (juoiquepeu  vraisemblable,  on  est  toutefois 
obligé  d(»  convenir  que  la  forme  antique  du  mot  ne  se  prê- 
terait pas  à  cette  lecture.  D'un  pharaon  de  rAncien-Kmi)ire 
dont  le  prénom  (S-onkh-ka-Ra)  est  seul  connu,  il  est  dit 
qu'il  Jit  faiblir  les  Hanebu  et  se  courber  les  deux  mondes 
{Denkmâler,  II,  150  a).  Il  n'y  a  point  à  songer  aux  Ioniens 
dans  ce  passage^  où,  comme  dans  tous  les  textes  antérieurs 
aux  Lagides,  le  mot  Hanebu  désigne  constamment  les  nations 
que  la  Méditerranée  séparait  de  l'Egypte. 

la  plaine  de  sel,  p.  [302,  306-307]. 

Tel  est  le  nom  de  la  localité  qu'habitait  l'ouvrier  dont 
le  papyrus  n®  II  raconte  les  infortunes.  D'après  les  détails 
que  donne  le  texte,  ce  pays  produisait  du  sel  et  du  natron  ; 
on  y  trouvait  le  dattier,  l'acacia  et  le  tamarisque;  et  les 
transports  s'y  faisaient,  comme  dans  tous  les  déserts,  à 
l'époque  contemporaine,  par  le  moyen  des  ânes.  Ces  pîirti- 
cularités  conviennent  bien  aux  déserts  qui  s'étendent  à  l'ouest 
de  la  Basse-l^gypte  jusqu'à  l'oasis  de  Siwah  ou  d'Ammon, 


364  tSS  PAPYRUS  HIÉRATIQUES   DE    BERUN 

Le  pays  de  la  plaine  de  sel  était  gouverné  par  un  l.ak    i 
vice-roi,  (|ui  y  faisant  exécuter  les  ordres  du  roi  d'F^>|.î\ 
Il  en  était  ainsi  de  la  colonie  égyptienne  de  Tennu  iy«.,,/ 
ce  mot).  Les  F^yptiens  donnaient  aussi  lo  titre  de  Imk  a  ;\ 
rhcfs  des  tribus  du  désert  et  des  {^eupladt^  asiatî(|U#>  <;  i 
avoisinaicnt  la  frontière  orientale  du  Delta.  Frap|M*  et  il. 
pouillc,  Touvrier  se  rendit  à  Soutensineu  pour  demaïui  i 
justice.  Ci'tte  hx'alité  célèbre  était  donc,  en  quehjue  s^nîf. 
la  métropole  des  établissements  situés  dans  \^  plaine  fie  s,L 
Cette  circonstance  donne  une  nouvelle  force  aux  cons'ult- 
rations  (|ui  ont  porté  M.  Brugsch  à  y  re<'onnaître  W^ak- 
d'Ammon  ,voir  l'article  Soutensinen). 

Chalon-sur-Saône,  le  1"  octobre  186.3. 


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REVUE  RÉTROSPECTIVE 


A  PROPOS  DE  LA 


PUBLICATION  I)K  LA  LISTE  ROYALE  D'ABYDOS 


I 


Le  Moniteur  universel  du  25  janvier  dernier  contient  un 
article  (]ui  fait  peser  sur  deux  savants  allemands  un  blàmc 
des  plus  sévères.  On  y  lit  en  effet  qu'une  liste  de  soixante- 
seize  cartouches  (noms  royawjc  égyptiens),  récemment  pu- 
bliée à  Berlin,  provient  d'une  copie  de  ce  monument  déro- 
bée à  M.  Mariette.  L'auteur  anonyme  de  la  note  constate 
(|ue  M.  Mariette  est  seul  investi  par  le  vice-roi  des  pou- 
voirs nécessaires  pour  faire  des  fouilles  en  Egypte,  et  déclare 
qu'il  suffit  de  rappeler  l'existence  de  ce  privilège  pour  qu'an 
acte  aussi  déloyal  ne  rapporte  aux  spoliateurs  et  à  leurs 
complices  que  la  honte  qui  leur  est  due. 

1.  Ces  trois  articles,  lances  séparément  presque  coup  sur  coup,  furent 
réunis  presque  aussitôt  en  une  seule  brochure  portant  la  date  de  1865. 
Les  deux  premiers  furent  publiés,  avec  la  devise  Amiens  Plato,  ma  gis 
amira  rrrifas,  à  Chalon-sur-Saône,  chez  J.  Dejussieu,  à  Paris,  chez 
Benjamin  Duprat  et  chez  Ilérold  (librairie  A.  Franck),  et  contiennent 
respectivement  36  et  38  pages.  Le  troisième  est  un  tirage  à  part  de  la 
Franco  littéraire,  qui  a  été  joint  aux  deux  précédents  et  qui  en  résume 
les  données  :  il  compte  28  pages.  Sur  les  circonstances  qui  amenèrent 
cette  polémique,  cf.  la  notice  de  Virey,  t.  I,  p.  lxvi-lxxi,  des  Œuvres 
dir erses  de  Cbabas. 


366  REVUE  KÉTROSPECTIVE 

Le  Journal  qlficiel  ne  donnait  pas  les  noms  de  ces  pré- 
tendus spoliateurs,  ni  ceux  de  leurs  complices;  mais  la 
notoriété  considérable  dont  ils  jouissent  les  désignait  bien 
suffisamment.  Personne  ne  s'est  égaré  sur  la  véritable 
adresse  de  ces  grossières  injures. 

Cependant  les  ardents  cliampions  de  M.  Mariette  regret- 
tèrent bien  vite  l'espèce  de  réserve  qu'ils  avaient  paru  s'im- 
poser, et  l'on  a'  pu  lire,  dans  la  Presse  du  18  février,  une 
nouvelle  version  du  même  fait,  cette  fois  avec  les  noms  de 
M.Diimichen  et  de  M.  le  docteur  Lepsius. 

A  en  croire  la  note  du  Moniteur,  M.  le  vicomte  deRougé 
a  été  le  premier  à  prolester  énergicjuement  au  nom  de  la 
science  française,  et  l'indignation  a  été  générale  dans  la 
séance  de  l'Institut  à  la  nouvelle  de  Vacte  coupable  dénoncé 
à  la  conscience  publique  de  ions  les  pays.  Toutefois,  cette 
indignation  qu'on  attribue  à  la  savante  assemblée  est  loin 
d'atteindre  à  la  hauteur  de  c^llc  qu'a  éprouvée  l'auteur  de  la 
note  communicjuée  à  la  Presse  :  celui-ci  trouve  que  l'Acîi- 
démie  a  fort  ménagé  M.  Lepsius  et  M.  Dûmichen. 


II 


Disons  d'abord  quel  fait  a  donné  lieu  à  cette  regrettable 
levée  de  boucliers. 

A  la  suite  de  tant  d'autres  archéologues,  auxquels  nous 
sommes  redevables  de  tout  ce  que  nous  savons  concernant 
la  vieille  I^gypte,  un  jeune  voyageur  allemand,  M.  H.  Dil- 
michen,  explore  scientifiquement  la  vallée  du  Nil,  depuis 
environ  deux  ans,  avec  le  caractère  officiel  (juc  lui  assure 
l'appui  du  gouvernement  prussien  et  avec  le  succès  que  fai- 
saient prévoir  ses  remarquables  aptitudes.  On  Siiit  que  l'objet 
principal  d'une  mission  de  cette  nature  est  de  recueillir  de 
bonnes  copies  de  tous  les  textes  qui  couvrent  les  monu- 
ments. M.  Dûmichen  n'a  point  failli  à  la  tâche  qui  lui 


A  PROPOS  DE  LA  PUBLICATION  DE  LA  LISTE  ROYALE    367 

incombait.  Déjà  le  journal  égyptologi(iue,  fondé  à  Berlin 
par  M.  le  D'  Brugsch  et  continué  piir  M.  le  D' Lepsius,  a 
reproduit  plusieurs  excellents  documents  envoyés  par  le  jeune 
savant,  quelquefois  accompagnés  de  courtes,  mais  intéres- 
santes notes  philologiques.  Ces  communications  précieuses 
pour  la  science  ne  donnèrent  lieu,  dans  l'origine,  à  aucune 
réclamation,  ni  en  France,  ni  ailleurs. 

La  liste  royale  d'Abydos,  à  laciuelle  se  réfèrent  les  articles 
du  Moniteur  et  de  la  Presse,  faisait  l'objet  de  l'un  des  plus 
récents  de  ces  envois;  cette  liste  a  trouvé  place  dans  le 
numéro  d'octobre  novembre  du  Zeitschrift  fur  ^r/yptische 
Sprache.  M.  Dumichen  y  joint  <iuel(iues  lignes  seulement, 
dans  lesquelles  il  indique  à  peine  l'importance  du  monu- 
ment, quoique  cependant  il  en  donne  uue  transcription  ;  mais 
il  a  le  soin  d'indiquer  le  lieu  où  il  Ta  copié:  c'est  un  long 
corridor  du  temple  d'Osiris  à  Abydos,  mis  à  jour  par  des 
déblaiements  récents,  que  chacun  sait  très  bien  être  placés 
sous  la  surintendance  de  M.  Mariette.  M.  DOmichen  no 
rappelle  pas  cette  surintendance;  mais  il  est  à  remarquer 
qu'il  annonce  un  mémoire  spécial  sur  le  monument  en  ques- 
tion. Avant  de  lui  adresser  même  le  simple  reproche  de 
manquer  de  procédés  convenables  envers  notre  compatriote, 
on  aurait  bien  fait  d'attendre  une  publication  promise.  Quoi 
qu'il  en  soit,  c'est  bien  sur  la  muraille  d'Abydos,  et  non 
sur  une  copie  volée  à  M.  Mariette,  que  M.  Dumichen  a  fait 
le  dessin  par  lui  livré  à  la  publicité.  On  se  sent  presque 
honteux  d'avoir  à  relever,  dans  les  colonnes  du  Journal 
officiel  de  l'Empire  français,  une  aussi  monstrueuse  ca- 
lomnie. 

III 

l^'.tait-il  bien  utile  de  faire  appel  à  de  pareils  moyens  dans 
l'intérêt  de  M.  Mariette?  Et,  d'abord,  qu'est  M.  Mariette? 
Trop  jeune  encore,  M.  Dumichen  ne  peut  être  apprécié  que 


368  kEVUE  RÉTROSPECTIVE 

par  (jnelques  personnes  capables  de  distinguer  ses  rares 
aptitudes.  M.  Mariette  n'en  est  plus  là.  Il  y  a  treize  ans, 
isolé,  sîins  appui,  avec  des  ressources  limitées,  sjins  cesse 
menacé  par  des  influences  rivales  et  par  les  fâcheuses  dispo- 
sitions du  vice-roi  de  l'époque,  un  homme  sut  déterminer 
à  l'avance  remplacement  où,  depuis  tant  de  siècles,  gisait 
latomlKî  d'Apis,  recouverte  d'un  épais  manteau  de  sable. 
Cet  homme,  c'était  Mariette.  Le  monde  savant  est  encore 
sous  l'empire  de  l'émotion  légitime  que  causa  cette  Ijelle 
découverte,  et,  depuis  lors,  le  nom  de  M.  Mariette  est  de- 
venu populaire  dans  le  monde  entier.  La  tombe  d'Apis  livra 
à  son  heureux  exploniteur  sept  mille  monuments,  qui  sont 
venus  enrichir  le  Musée  du  Louvre.  Le  retentissement  de 
ces  merveilleux  succès  a  ébranlé  la  torpeur  du  vieil  Orient; 
il  a  forcé  l't^ype  moderne  à  s'occuper  elle-même  de  son 
passé.  Aux  hautes  distinctions,  si  bien  méritées,  que  lui  a 
décernées  la  France,  M.  Mariette  joint  le  titre  de  haut  fonc- 
tionnaire du  gouvernement  égyptien.  Autorité,  ressources 
immenses  de  toute  nature,  rien  ne  lui  manque  depuis  sept 
ans  pour  fouiller  et  déblayer  ce  vieux  sol  des  Pharaons,  qui 
couvre  l'encyclopédie  d'une  civilisation  oubliée.  Aussi  le  Nil 
voit-il  aujourd'luii  s'élever  sur  ses  rives  un  musée,  sans  égal 
dans  le  monde  entier,  où,  nous  dit  le  Moniteur  y  vingt-sept 
mille  monuments  sont,  dès  à  présent,  rassemblés  ! 


IV 


Vingt-sept  mille  monuments  au  Musée  de  Boulaq,  sept 
mille  monuments  du  Sérapéum,  et  les  murailles  des  temples 
déblayés  qui  font  plus  que  doubler  ces  nombres  énormes, 
au  point  de  vue  de  l'importance  épigraphique!  Pour  bien 
apprécier  toute  l'éloquence  et  toute  la  signification  de  pareils 
chiffres,  il  faut  avoir,  comme  nous,  arraché  les  éléments  de 
la  science  dans  les  colonnes  du  Rituel  funéraire  et  dans 


A  PKOPOS  DE  LA  PUBLICATION  DE  LA  LISTE  ROYALE     369 

quelques  centaines  de  lignes  copiées  au  Musée  du  Louvre; 
il  faut  avoir,  comme  nous,  poursuivi  mille  fois  dans  des 
documents  très  insuffisants  les  mots  dont  le  sens  nous  échap- 
pait; il  faut  avoir  éprouvé  la  fièvre  de  la  lutte  contre  Tin- 
connu,  rabattement  de  la  défaite,  le  sentiment  amer  d'une 
impuissance  qui  n'a  d'autre  cause  que  le  manque  des  ma- 
tériaux de  l'étude,  ce  sentiment  qui  nous  domine  encore  si 
souvent  aujourd'hui,  malgré  la  puissance  de  nos  moyens 
d'investigation  centuplée  par  la  bienveillance  de  nos  con- 
frères de  l'étranger.  Si  tous  les  mots  de  la  langue  antique 
se  rencontraient  assez  fréquemment  dans  les  textes  publiés 
jusqu'à  présent,  on  pourrait  patienter  peut- être;  mais,  loin 
qu'il  en  soit  ainsi,  les  lacunes  sont  si  grandes  encore,  que 
les  centaines  de  mille  lignes  d'hiéroglyphes  que  M.  Mariette 
peut  nous  livrer  ne  les  combleront  certainement  pas  toutes. 
Multipliez  vos  trouvailles,  accroissez  vos  richesses,  nous  ne 
vous  crierons  jamais  :  «  C'est  assez  !  » 


Mais,  quel  que  soit  le  nombre,  quelle  que  soit  la  valeur 
des  monuments  par  vous  découverts,  ils  n'auront  pas  la 
moindre  utilité  pour  la  science  si  vous  cmpccliez  qu'on  les 
voie  et  qu'on  les  publie,  et  si,  vous-même,  vous  ne  les  pu- 
bliez pas.  Or,  nous  sommes  bien  obligé  de  le  dire,  depuis 
treize  ans  que  le  Sérapéum  a  été  conquis  par  vous,  nous  n'en 
avons  rien  vu,  ou  si  peu  de  chose  qu'à  peine  est-il  néces- 
saire d'en  parler;  et  des  résultats  de  vos  brillantes  fouilles 
dans  la  vallée  du  Nil,  vous  ne  nous  avez  non  plus  rien  com- 
municjué. 

Une  excei)tion  a  été  faite  cependant  en  faveur  des  curieux  ; 
ils  ont  pu  examiner  les  beaux  dessins  des  bijoux  du  pharaon 
Ahmès  et  de  la  reine  Aah-hotep,  les  sphinx  et  les  colosses 
de  San,  une  statuette  de  scribe  et  d'autres  images  encore; 

BiBL.   ÉGYPr.,  T.  X.  S4 


370  KEVUE  RÉTROSPECTIVE 

peut-être,  en  cherchant  bien,  trouverait-on,  épars  dans  di- 
verses notices,  quelques-uns  de  ces  signes  hiéroglyphiques 
que  notre  soif  de  science  nous  force  à  solliciter  de  vous  avec 
tant  d'ardeur;  peut-être  a-t-on  hasardé  quelqueis  groupes 
isolés,  quelques  noms  royaux,  mais  jamais  rien  de  ce  qui 
pourrait  se  prêter  à  la  moindre  tentative  de  critique  philo- 
logique. La  campagne  du  roi  éthiopien  Piankhi  nous  a  été 
révélée  par  l'aperçu  qu'en  a  donné  M.  de  Rougé,  mais  les 
fructueuses  conséquences  qu'on  en  pourrait  tirer  pour  l'his- 
toire d'une  époque  agitée  restent  subordonnées  à  l'examen 
qu'on  se  propose  de  faire  du  texte,  quand  il  vous  convien- 
dra de  le  publier;  car,  ainsi  que  l'a  proclamé  lui-même 
l'éminent  traducteur,  on  ne  s'appuie  pas  sur  la  traduction 
d'un  texte  égyptien  comme  sur  une  citation  de  Tite-Live. 
Enfin,  on  a  parlé  de  l'existence  d'une  stèle  de  San,  en  nous 
la  signalant  comme  1^  premier  monument  portant  une  date 
notée  d'une  autre  manière  que  dans  les  années  du  roi  régnant. 
Nous,  qui  ne  sommes  pas  de  l'Académie,  nous  n'osons  pas 
disserter  sur  ce  curieux  document  sans  le  connaître;  nous 
l'attendons,  comme  tant  d'autres  non  moins  précieux,  qui 
sommeillent  inutiles  dans  les  portefeuilles  de  leur  inventeur. 


VI 

N'oublions  rien;  il  est  un  monument  qui  a  échappé  à  la 
séquestration  générale.  C'est  une  curieuse  stèle  du  règne  de 
Thothmès  III,  qu'il  nous  a  été  donné  de  lire  in  extenso  dans 
la  Revue  archéologique ,  en  1861,  accompagnée  d'une  tra- 
duction de  M.  de  Rougé.  Par  quel  heureux  hasard  ce  texte 
intéressant  a-t-il  trouvé  grâce  à  vos  yeux?  Hélas î  c'est 
parce  que  la  science  le  possédait  déjà,  et  (ju'en  le  publiant 
une  seconde  fois,  vous  ne  révéliez  rien  qui  ne  fût  déjà  à  la 
disposition  de  l'étude.  Un  estampage  provenant  de  l'iiono- 
rable  M.  Harris,  d'Alexandrie,  en   avait  été  transmis  à 


A  PUOPOS  DE  LA  PUBLICATION  DE  LA  LISTE  ROYALE     371 

l'cmiiient  égyptologue  (jui  dirige  le  Musée  Britannique, 
M.  Samuel  Birch,  qui  se  hâta  de  le  publier  avec  une  tra- 
duction et  un  bon  mémoire.  Nous  eûmes  ainsi  deux  fois  le 
texte  et  deux  bons  mémoires;  ce  n'est  pas  trop,  tant  s'en 
faut,  d'autant  plus  que,  sans  la  publicîition  de  M.  S.  Birch, 
nous  aurions  eu  à  attendre,  ainsi  que  nous  l'explique  M.  de 
Rougé  dans  son  préambule,  Y  apparition  d'un  ouvrage 
ardemment  désiré  par  tous  les  savants,  où  les  principaux 
monuments^  sortis  des  fouilles  ordonnées  par  le  vice-roi, 
seront  livrés  à  nos  études  par  les  soins  de  M.  Mariette. 

Lii  science  est  encore  intéressée  à  savoir,  si  cela  est  pos- 
sible, à  quelle  échéance  le  savant  aaidémicien  nous  renvoyait 
ainsi.  Nous  n'avons  pas  encore  entendu  parler  de  l'ouvrage 
si  ardemment  désiré  en  1SG1,  et  nous  devons  nous  borner  à 
nous  féliciter  d'avoir  eu  la  stèle  de  Thothmès  III  bien  des 
années  à  l'avance,  si  surtout  nous  tenons  compte  de  la  cir- 
constance que  la  science  française  se  montra  alors  presque 
tolérante  et  que  M.  S.  Birch  en  fut  quitte  pour  quelques 
égratignures. 

VII 

Mais  ce  n'est  pas  tout  encore,  car  le  numéro  de  septem- 
bre 1864  de  la  Revue  archéologique  nous  a,  enfin,  apporté  le 
texte  de  la  fcible  de  Saqqarah,  autre  liste  royale  sortie  des 
fouilles  de  M.  Mariette,  et  attendue  par  les  savants  avec 
une  anxiété  facile  à  concevoir,  après  l'avant-goût  qu'en 
avait  donné,  dès  1860,  le  savant  directeur  des  Monuments 
historiques  de  TÉgypte. 

Malheureusement  cette  publication,  qui  n'a  précédé  que 
de  quelques  semaines  celle  delà  liste  d'Abydos,  a  dû  à  cette 
circonstance  de  voir  son  opportunité  s'amoindrir  considéra- 
blement, et,  par  le  même  motif,  l'intéressant  mémoire  de 
M.  Mariette  perd  aussi  une  bonne  partie  de  sa  valeur.  La 
liste  de  Saqqarah  s'anéantit  dans  l'importance  de  sa  puis- 


372  KEVUE  RÉTROSPECTIVE 

sunte  rivale,  dont  elle  n'est  pour  ainsi  dire  plus  qu'une  con- 
firmation partielle.  Les  classements  dynastiques  auxquels 
elle  s  est  prêtée  demandent  aujourd'hui  à  être  refondus  sur 
un  plan  plus  vaste.  En  la  publiant,  M.  Mariette  semble  con- 
venir qu'il  a  trop  attendu  ;  il  donne,  à  ce  propos,  des  expli- 
cations sur  lesquelles  nous  aurons  l'occiision  de  revenir  plus 
loin. 

VIII 

La  science  égyptologique  aura,  quelque  jour,  de  grandes 
obligations  à  M.  Mariette,  il  n'est  pas  possible  d'en  douter  ; 
mais,  jusqu'à  présent,  elle  n'a  pu  profiter  que  des  bribes 
distribuées  d'une  main  parcimonieuse  que  nous  venons  de 
passer  en  revue.  Il  faut,  cependant,  mentionner  encore  un 
petit  nombre  de  textes  du  Sérapéum,  épars  dans  une  série 
d'articles  très  intéressants,  imprimés  dans  le  bulletin  de 
y  A  thenœum  français.  Ces  textes,  choisis  pour  appuyer  les 
vues  chronologiques  de  l'auteur,  ne  permettent  pas,  tant 
s'en  faut,  de  juger  du  mérite  et  de  la  portée  historique  de 
l'ensemble.  En  définitive,  tout  cela  est  infiniment  trop  peu 
de  chose  à  côté  de  l'immensité  des  richesses  que  détient 
M.  Mariette,  et  l'on  peut  dire  en  toute  justice  que,  si  per- 
sonne n'a  le  droit  de  contester  ni  de  jalouser  sa  gloire  d'ex- 
plorateur, il  reste  cependant  beaucoup  à  faire  à  notre 
illustre  compatriote  pour  que  cette  gloire  profite  à  la 
science. 

Sous  ce  rapport,  les  plus  beaux  titres  de  M,  Mariette  sont 
ceux  que  nous  ont  fait  connaître  les  publications  de  M.  Dù- 
michen.  Personne  ne  s'imaginera,  en  effet,  que  l'importance 
scientifique  des  fouilles  soit  amoindrie  s'il  arrive  que  certains 
monuments  qui  en  proviennent  soient  publiés  par  d'autres 
que  par  M.  Mariette  lui-même.  S'imaginerait-on,  par 
exemple,  que  M.  Dùmichen  nourrit  secrètement  l'espoir  de 
se  faire  passer  pour  l'auteur  des  explorations  couronnées  par 


A  PROPOS  DE  LA  PUBLICATION  DE  LA  LISTE  ROYALE     373 

do  si  heureux  succès?  Mais  cette  prétention  ridicule  est 
démentie  par  la  nature  même  des  communications  de  ce 
jeune  savant.  Dans  la  première  en  date,  il  a  parlé  de  ses 
travaux  au  temple  d'Kdfou,  qu'il  nous  dépeint  comme 
actuellement  déblayé  complètement  par  les  fouilles  do 
M.  Mariette  {in  don  tinter  Mariette- Bej/'s  Leitiing  nun- 
nielir  collstandig  ausgegrabenen  Teinpel  von  Edfu).  A  la 
vérité,  il  no  mentionne  pas  le  nom  de  M.  Mariette  à  propos 
de  la  liste  d'Abydos,  mais  ici,  pas  plus  qu'ailleurs,  M.  Dû- 
michen  ne  donne  à  penser  qu'il  ait  opéré  lui-même  la  moindre 
fouille;  il  croit  apparemment  n'avoir  pas  besoin  de  revenir 
sur  les  choses  notoires.  Même  à  propos  de  l'importance  de 
la  trouvaille,  M.  DOmichen  ne  s'abandonne  à  aucun  élan 
d'enthousiasme;  il  s'exprime  fort  simplement,  et  c'est  ce 
qu'il  avait  do  mieux  h  faire,  car  le  hasard  d'avoir  jeté  les 
yeux  le  premier  (s'il  eût  été  le  premier)  sur  la  bible  royale 
ne  constitue  nullement  une  preuve  de  génie,  ni  môme  d'ha- 
bileté; en  effet,  le  collégien  le  plus  novice  aurait  pu,  sans 
grands  efforts,  distinguer  au  premier  coup  d'(tnl  la  signifi- 
Ciition  de  la  longue  série  de  ces  encadrements  elliptiques, 
que  tout  le  monde  s'est  habitué  à  connaître  depuis  qu'il  existe 
un  Musée  égyptien  et  des  égyptologues. 

Mais  M.  Diimichen,  et  c'est  là  son  mérite,  ne  s'est  pas 
borné  à  admirer  la  liste  royale;  il  a  voulu  que  la  science  en 
profitât  sans  retard. 

IX 

Considérés  en  eux-mêmes,  ni  le  coup  de  pioche  qui  a  mis  h 
découvert  la  liste  d'Abydos,  ni  le  premier  regard  de  savant 
tombé  sur  cette  liste,  ne  sont  autre  chose  que  des  accidents 
de  pur  hasard.  Ce  qu'il  faut  louer,  c'est  lordonnance  géné- 
rale des  fouilles,  d'une  part,  et,  de  l'autre,  la  promptitude 
de  la  publication  d'un  monument  essentiel  pour  la  science. 

De  ces  deux  mérites,  le  premier  revient  incontestable- 


374  REVUE  RÉTROSPECTIVE 

ment  k  M.  Mariette,  et,  quant  au  second,  nous  allons  voir 
que  le  même  savant  était  bien  libre  de  se  l'assurer,  si  bon 
lui  eût  semblé. 

Nous  avons  appris,  en  effet,  par  l'article  du  Moniteur,  que 
M.  le  vicomte  de  Rougé  a  été  témoin  de  la  découverte  de 
M.  Mcu^iette.  Or,  le  savant  académicien  a  quitté  l'Egypte 
depuis  le  commencement  de  l'année  dernière;  le  remar- 
quable rapport  qu'il  a  adressé  à  M.  le  Ministre  de  l'Instruc- 
tion publique  sur  les  résultats  de  sa  mission  en  Egypte  est 
daté  du  30  mai.  A  la  vérité,  en  lisant  ce  rapport,  on  y 
cherche  en  vain  la  plus  légère  allusion  à  la  nouvelle  table 
royale,  quoique  les  fouilles  d'Abydos  y  soient  relatées  avec 
quelques  détails.  D'un  autre  côté,  la  petite  liste  de  Saqqarah, 
alors  non  moins  inconnue  que  sa  grande  sœur,  y  est  l'objet 
de  mentions  qui  la  représentent  encore  comme  un  monu- 
ment hors  ligne,  comme  le  plus  important  des  documents 
trouvés  par  M.  Mariette.  Peut-être  serait-on  tenté  de  se 
demander  :  Qui  trompe  et  qui  trompe-ton  icif  si  la  relation 
reproduite  par  \e  Journal  officiel  était  moins  affirmative,  si 
le  fait  de  la  connaissance  de  la  découverte  par  M.  de  Rougé 
n'était  pas  présenté  comme  ayant  entraîné  l'explosion  d'in- 
dignation qu'on  attribue  à  l'Académie.  On  ne  peut  donc  voir 
dans  la  réserve  extrême  gardée  par  Tillustre  égyptologue 
qu'un  respect  chevaleresque  des  droits  que  s'était  réservés 
M.  Mariette. 

Ce  qui  parait  cerbiin,  c'est  que,  longtemps  avant  le 
30  mai  1864,  M.  Mariette  avait  découvert  la  liste  d'Abydos; 
quant  à  M.  Dumichen,  il  n'a  pu  l'apercevoir  qu'en  sep- 
tembre, en  août,  à  toute  rigueur,  puisque  son  dessin  n'a 
quitté  le  Caire  que  le  17  octobre.  M.  Mariette  a  donc  eu 
six  mois  pour  faire  ce  que  M.  Dûmichen  a  fait  en  six  se- 
maines. 


A  PROPOS  DE  LA  PUBLICATION  DE  LA  LISTE  ROYALE     375 


X 


M.  Mariette  a  dédaigné  cet  avantage;  il  l'a  tellement  dé- 
daigné, que,  dans  son  mémoire  sur  la  stèle  de  Saqqarah, 
daté  de  Bouluq,  20  mai  1864,  on  cherche,  non  moins  vaine- 
ment que  dans  le  rapport  de  M.  de  Rongé,  quelques  allu- 
sions à  la  table  d'Abydos,  monument  de  même  nature  que 
l'auteur  possédait  déjà,  nous  l'avons  reconnu,  et  qui  inter- 
venait si  brillamment  et  si  forcément  dans  la  question. 
L'étonnément  ne  diminue  pas  lorsqu'on  vient  à  observer  que 
ce  mémoire  n'a  paru  que  trois  mois  après  sa  date  (1*'  sep- 
tembre 1864),  et  que,  par  suite,  jusqu'au  commencement 
d'août.  M.  Mariette  aurait  pu  y  introduire  une  note  addi- 
tionnelle. 

La  conséquence  à  tirer  de  ces  faits,  c'est  que  la  liste 
d'Abydos  allait  passer  dans  les  inaccessibles  arcanes  où  celle 
de  Saqqarah  s'est  si  longtemps  cachée,  insensible  à  nos 
vœux.  L'existence  de  cette  dernière  avait  été  divulguée 
trop  tôt,  et  les  égyptologues,  genus  irrîtabile  et  savants 
ajjàmés,  selon  l'expression  pittoresque  d'un  critique  an- 
glais, se  montraient  fort  impatients.  M.  Mariette  prend  lui- 
même  le  soin  de  nous  dire  qu'il  avait  été  longtemps  sollicité 
de  publier  la  table  de  Saqqarah.  Depuis  plusieurs  années,  à 
la  seule  annonce  de  cette  liste,  certains  volcans  chronolo- 
gi(|ues  s'étaient  mis  en  ignition  et  demandaient  impérieu- 
sement à  faire  éruption.  Aussi,  lorsque  M.  de  Rougé  revint 
de  rÉgypte,  ayant  aperçu,  touché  et  dessiné  la  précieuse 
relique,  il  vit,  un  beau  jour,  sa  chaire  entourée  de  dévots 
pèlerins,  altérés  de  sa  parole,  mais  plus  encore  des  signes 
qu'on  espérait  voir  s'échapper  sous  sa  craie.  Rien  n'est  plus 
comique  que  le  récit  de  la  déconvenue  de  l'auditoire, 
racontée  par  un  égyptologue  anglais  dans  un  des  meilleurs 
recueils  littéraires  d'outre-Manche  :  «  Le  système  de  pru- 


376  REVUE  RÉTROSPECTIVE 

»  dente  réserve  fut,  nous  dit  le  narrateur,  galamnient  main- 
»)  tenu  juscju  a  la  fin,  et  le  tableau  noir  de  la  salle  du  cours 
»  ressentit  un  véritable  soulagement  lorsqu'au  lieu  désignes 
»  hiéroglyphiques,  la  craie  du  successeur  de  Champollion  y 
»  tra<;a  en  bonnettes  caiactêres  romains  les  noms  royaux 
»  inconnus.  »  Puis  il  ajoute  :  «  Si,  devant  un  auditoire  com- 
»  prenant,  outre  une  vingtaine  de  prêtres  catholiques  et  au- 
))  tant  de  dames  instruites,  des  égyptologues  distingués 
»  fran<;ais  et  étrangers  (parmi  ces  derniers  on  peut  citer 
»  M.  le  D'Brugseh,  de  Berlin,  et  M.  le  professeur  Lauth, 
»  de  Munich  .  TelTet  de  cette  inscientifique  pièce  de  mys- 
»  tification  fût  presque  péniblement  risible  (painfully  ludi- 
»  crous)^  ce  n'était  pas  la  faute  du  professeur.  Sous  tout 
»  autre  rapport,  le  cours  fut  tel  qu'on  pouvait  le  désirer. 
»  Heureusement  aussi  que  Tétrange  comédie  de  cache-cache 
»  (hidc  and  sceh\^  dans  laquelle  Téminent  savant  joua,  nous 
»  en  somm(\s  certains,  un  rôle  à  contre-cœur,  est  maintenant 
»  arrivée  à  son  terme.  » 


XI 


Tel  était  Tctat  des  esprits,  en  France  comme  à  Tétranger, 
lorsque  parut  enfin  le  travail  de  M.  Mariette.  Notre  savant 
compatriote  n'ignore  pas  qu'il  avait  imposé  à  bien  des  gens 
le  supplice  de  Tantale.  Aussi  éprouve-t-il  tout  d'abord  le 
besoin  de  tenter  une  apologie:  «La  table  de  Saqqarah, 
»  écrit-il,  n'était  pas  monolithe;  il  lui  manquait  quelques 
»  blocs,  que  je  fis  chercher  en  vain. . .  En  présence  d'un 
»  texte  mutilé  dont  il  me  semblait  possible  de  retrouver  les 
»  parties  perdues,  mon  devoir  était  donc,  non  pas  de  publier 
»  précipitamment  ce  texte,  mais  d'attendre,  pour  le  faire, 
»  que  les  sables  nous  aient  décidément  rendu  tout  ce  qu'ils 
»  pouvaient  encore  nous  cacher.  » 

Le  critique  anglais  considère  cette  explication  comme  une 


A  PROPOS  DE  LA  PUBLICATION  DE  LA  LISTE  ROYALE     377 

justification  un  peu  boiteuse  {someichai  la/ne)  d'une  conduite 
qui  a  suscité  des  plaintes  amères,  et  qu'on  a  qualifiée  d'im- 
pardonnable tentative  de  monopoliser  le  pain  de  la  science. 
Il  est  heureux,  ajoute-til,  que  Colomb  et  les  autres  grands 
pionniers  de  la  science  n'aient  pas  été  dirigés  par  dé  sem- 
blables maximes.  Dans  tous  les  cas,  on  a  bien  lieu  de  s'éton- 
ner que  M.  Mariette  ait  attendu  si  longtemps  pour  hasarder 
cette  explication;  elle  aurait  pu,  à  la  rigueur,  faire  tolérer 
dans  l'origine  un  retard  de  quelques  mois.  Nous  disons 
tolérer,  parce  que,  contrairement  à  l'avis  de  M.  Mariette, 
nous  pensons  que  son  devoir  était  de  publier  sur-le-champ 
la  liste  telle  qu'il  l'avait  trouvée,  sauf  à  publier  successive- 
ment les  fragments  que  de  nouvelles  recherches  auraient  pu 
faire  surgir  plus  tard  ;  cette  éventualité  de  futures  trouvailles 
ayant  d'ailleurs  été,  dès  l'abord,  rendue  peu  probable  par  le 
résultat  négatif  des  fouilles  ordonnées  dans  ce  but,  à  l'époque 
de  la  découverte,  ainsi  que  nous  l'apprend  M.  Mariette. 

Et  il  est  si  vrai  que  cette  longue  séquestration  du  monu- 
ment pèse  sur  la  conscience  de  l'honorable  directeur  des 
Monuments  historiques  de  l'Egypte,  qu'il  fait  de  malheu- 
reux efforts  pour  tâcher  d'en  dissimuler  la  véritable  durée. 
Nous  lisons,  en  effet,  dans  son  mémoire  :  a  II  y  a  trois  ans 
»  environ,  en  déblayant  les  tombes  situées  au  sud  de  la 
»  grande  pyramide  de  Saqqarah,  nous  découvrîmes  »,  etc. 
Le  Moniteur  du  17  octobre  1864  répète  à  son  tour  :  «  Il  y 
»  a  trois  ans  environ,  M.  Auguste  Mariette  découvrait  à 
»  Saqqarah ...» 

Malheureusement  pour  M.  Mariette,  les  Tantales  de  la 
science  ont  la  mémoire  longue,  impitoyable  ;  ils  n'ont  pas 
oublié  la  date  de  la  lettre  dans  laquelle  l'heureux  explora- 
teur rendait  compte  à  M.  de  Rougé  de  la  découverte  du 
monument  en  question.  Cette  date,  14  mars  1860,  montre 
(lue  M.  Mariette  eût  dû  écrire  :  «  Il  y  a  environ  quatre  ans, 
»  et  encore  il  n'aurait  pas  été  tout  à  fait  exact  {more  than 
»  four  years  would  be  the  less  inexact  statement).  » 


378  REVUE  RÉTROSPECTIVE 


XII 


Les  intérêts  de  la  science  s'arrangent-ils  de  ces  tempori- 
sations suggérées  par  des  vues  personnelles  indéfinissables, 
qu'il  ne  nous  appartient  pas  d'approfondir?  Non  !  mille  fois 
non!  N'hésitons  pas  à  le  proclamer  bien  haut,  une  pareille 
séquestration  des  éléments  nécessîiires  à  l'étude  nuit  à  tous 
et  ne  profite  à  personne,  pjis  môme  à  ceux  qui  la  mettent  en 
pratique.  Il  y  a  peu  de  philologie  dans  les  mémoires  aux- 
quels les  deux  listes  royales,  désormais  connues,  dieu  merci  î 
ont  donné  lieu,  et  cependant  il  y  a  bien  suffisamment  pour 
montrer  que  les  détenteurs  des  monuments  ne  sont  point, 
sous  ce  rapport,  en  avance  dans  la  voie  du  progrès.  On  a  le 
regret  d'y  voir  se  reproduire  encore  cette  vieille  phraséologie 
des  débuts  de  l'école,  phraséologie  vague  et  obscure,  qui 
n'est  pas  de  l'égyptien  et  qui  soulève  à  juste  titre  les  dé- 
fiances des  savants,  même  de  ceux  qui  ne  sont  pas  en  me- 
sure d'en  démontrer  scientifiquement  l'inexactitude.  Sem- 
blable îi  l'électricité,  à  la  chaleur,  la  science  se  développe 
parle  mouvement;  elle  a  un  besoin  absolu  de  discussion, 
de  lutte,  de  contradiction  même;  il  lui  faut  l'échange  con- 
tinuel des  idées,  le  choc  des  opinions.  Si  on  la  claquemure 
dans  un  musée,  si  on  la  rend  inabordable  sur  les  monuments, 
elle  s'étiole  dans  le  marasme;  les  fauteuils  de  l'Institut,  les 
chaires  du  professorat,  les  hautes  situations  officielles  ne 
possèdent  aucune  virtualité  propre  qui  les  exempte  delà  loi 
générale  du  mouvement.  Il  ne  suffit  pas  qu'on  laisse  par 
instants  suinter  (to  002e  oui),  selon  l'expression  du  critique 
anglais,  quelques  informations  écourtées  ;  il  faut  permettre 
au  flot  de  couler  à  pleins  bords.  Tâchons  de  ne  pas  ressem- 
bler à  ces  augures  de  l'antiquité,  qui,  leurs  oracles  pro- 
noncés, riaient  entre  eux  dans  la  coulisse  où  i]s  c^ichaient 
leurs  grimoires, 


A  PROPOS  DE  LA  PUBI-ICATION  DE  LA  LISTE  ROYALE     379 


XIII 


Quelle  est,  en  effet,  la  condition  vitale,  essentielle,  unique, 
du  progrès  dans  l'étude  d'une  langue  si  longtemps  oubliée 
par  les  hommes?  Rien  ne  répond  mieux  à  cette  question  que 
la  parodie  d'un  mot  célèbre  :  Des  textes,  çles  textes  et  encore 
des  textes!  Pourquoi  Champollion  posséda-t  il,  dès  le  début, 
une  intelligence  si  merveilleuse  de  la  langue?  Ce  n'est  point, 
comme  on  l'a  supposé,  parce  qu'il  avait  un  génie  divina- 
toire, mais  parce  qu'il  avait  copié  de  sa  main  un  nombre 
infini  de  textes.  Pourquoi,  Champollion  mort,  la  science 
resta-t-elle  de  longues  années  comme  frappée  de  stérilité? 
C'est  uniquement  parce  que  ses  premiers  disciples  ne  l'avaient 
pas  imité,  et  que,  faute  de  publications  spéciales,  l'étude 
des  textes,  si  elle  était  possible  dans  une  certaine  mesure  à 
quelques-uns  d'entre  eux,  présentait  à  tous  des  difficultés 
considérables.  Enfin,  l'on  imprima  des  textes  purs,  le  Rituel 
notamment,  et  d'alors  seulement  date  l'ère  de  renaissance 
que  notre  époque  continue. 

Que  l'on  s'initie  pendant  un  mois  ou  deux  aux  principes 
généraux  de  la  science  de  Champollion,  puis  que  l'on  se 
procure  des  textes  et  qu'on  s'occupe  uniquement  à  les  dissé- 
quer, au  bout  de  doux  ans  on  sera  véritablement  égyptologue. 
Voilà  tout  le  secret;  il  n'en  existe  aucun  autre,  ni  pour  dé- 
buter, ni  pour  progresser. 


XIV 


Des  textes  en  grande  abondance!  tout  est  là.  J'ignore  si 
j'aurai  sur  ce  point  quelques  contradicteurs,  mais  je  n'en 
prévois  pas.  Ce  besoin  de  textes  a,  d'ailleurs,  déjà  parlé  bien 
haut,  puisque  l'expression  s'en  est  fait  jour  dans  le  rapport 


380  REVUE  RÉTROSPECTIVE 

du  8  février  1860,  à  la  suite  duquel  fut  changé  le  titre  de  la 
chaire  de  Champollion,  afin,  y  est-il  dit,  que  cette  chaire  fût 
garantie  contre  les  déviations  dont  elle  avait  plusieurs  fois 
été  menacée  :  «  Il  est  devenu  évident,  ainsi  s'exprime  Tho- 
norable  M.  Rouland,  alors  ministre  de  Tlnstruction  publique, 
»  que  larchéologie,  c'est-à-dire  la  connaissance  de  Tart, 
»  aussi  bien  que  celle  des  institutions,  des  mœurs,  des  opi- 
»  nions,  est  ici  dominée,  plus  que  partout  ailleurs,  par  la 
»  question  de  la  langue  et  de  l'écriture,  seule  base  solide  de 
»  toute  recherche  et  de  tout  enseignement  sérieux.  » 

On  ne  pouvait  mieux  dire;  il  n'était  pas  possible  de  cons^ 
tater  avec  plus  d'autorité  la  nécessité  de  l'étude  directe  des 
textes  pour  toute  recherche  sérieuse. 


XV 


Il  y  a  des  aveux  qui  coûtent  à  l'amour-propre  national  et 
(|u'il  convient  de  faire  néanmoins. 

Nous  avons  défini  en  peu  de  mots  les  conditions  vitales 
de  l'étude;  il  nous  reste  à  reconnaître  à  présent  que,  si  l'on 
s'en  tenait  aux  matériaux  fournis  par  la  France  dans  le  do- 
maine d'une  science  d'origine  toute  française,  l'étude  serait 
stérile,  impossible. 

Pour  pénétrer  dans  le  copte,  dernière  altération  de  la 
langue  pharaonique,  nous  avons  à  nous  adresser  à  lltalien 
Peyron,  à  l'Allemand  Schwarze,  à  l'Anglais  Tattam,  au  Sué- 
dois Zoega.  Je  pourrais  grossir  cette  liste  de  noms  étran- 
gers, sans  courir  le  risque  de  me  heurter  contre  des  noms 
français,  à  moins  de  descendre  jusqu'à  de  petites  notices 
descriptives,  contenant  des  essais  de  traduction  dans  lesquels 
on  peut  déjà  constater  un  éloignement  instinctif  pour  les 
citations  textuelles. 

En  ce  qui  touche  les  écritures  égyptiennes,  la  France 
n'occupe  pas  un  rang  plus  élevé,  car,  dans  l'énumération 


A  PROPOS  DE  LA  PUBLICATION  DE  LA  LISTE  ROYALE  381 

des  grandes  collections  des  matériaux  de  Tctude,  nous  trou- 
vons au  compte  de  Tétninger  : 

Le  Rituel  funéraire; 

Le  choix  de  monuments  de  M.  le  D'  Lepsius; 

Le  vaste  et  splendide  ouvrage  de  l'Expédition  prusienne; 

Les  nombreux  recueils  de  textes  et  de  monuments  de 
M.  le  D'  Brugsch; 

Les  monuments  du  Musée  de  Leyde,  contenant  un  nombre 
immense  de  textes  dans  les  trois  écritures; 

Les  publications  du  Musée  Britannique,  qui  comprennent 
trois  inestimables  séries  de  manuscrits  hiératiques,  les  mo- 
dèles du  genre  ; 

Les  énormes  recueils  publiés  sous  les  noms  d'Young,  de 
Burton  et  de  Sharpe; 

Les  papyrus  bilingues  de  M.  Rhind  ; 

Les  beaux  sarcophages  publiés  par  M.  Bonomi; 

Les  papyrus  et  monuments  du  cabinet  de  lord  Bel- 
more. 

Arrêtons-nous!  La  liste  serait  trop  longue.  Mais  notons  en 
passant  que,  si  les  murs  du  vieux  Louvre  ont  laissé  s'échap- 
per au  dehors  quelques  copies  des  précieux  textes  de  notre 
Musée  égyptien,  c'est  dans  les  recueils  de  l'étranger  qu'il 
faut  les  aller  chercher. 

En  France,  et  bien  longtemps  avant  l'invention  du  sys- 
tème de  déchiffrement,  deux  beaux  fragments  de  rituels 
avaient  été  publiés  dans  le  grand  ouvrage  de  la  Commission 
d'Egypte,  sous  Napoléon  I";  mais,  depuis  l'époque  de  la 
grande  découverte,  notre  pauvreté  est  extrême. 

Le  grand  ouvrage  de  ChampoUion  ne  contient,  en  effet, 
qu'un  très  petit  nombre  de  textes  véritablement  utiles;  les 
copies  données  dans  cette  grande  publication  sont  moins 
exactes  que  les  notes  de  portefeuille  du  maître.  On  sait  que 
c'est  sur  le  texte  donné  par  ChampoUion  de  l'inscription 
d'Ibsamboul  que  fut  faite,  pour  les  leçons  du  Collège  de 
France,  la  traduction   dont   j'ai  eu   à    démontrer   Tina- 


382  REVUE  RÉTROSPECTIVE 

nité*;  quelques-unes  des  grosses  erreurs  du  traducteur  s'ex- 
pliquent, en  partie,  par  Tétat  défectueux  du  texte  sur  lequel 
il  travaillait. 

Repoussé  et  attaqué  pendant  sa  vie,  notre  illustre  maître 
ne  fut  guère  mieux  traité  après  sa  mort.  Ses  notices  manus- 
crites, éditées  avec  un  inexcusable  non-soin,  forment  un  ou- 
vrage écourté,  émaillé  de  fautes  de  français,  qui  a  lassé 
jusqu'à  son  éditeur  lui-même.  Il  s'est  arrêté  au  milieu  d'une 
phrase  de  la  notice  de  Thèbes.  Je  n'en  réclame  pas  la  con- 
tinuation. 

Il  est  juste,  cependant,  de  parler  d'une  honorable  exception, 
c'est-à-dire  du  beau  volume  de  monuments  et  d'inscriptions 
publié  par  M.  Prisse  d'Avenues,  sous  les  auspices  de  M.  de 
Salvandy.  M.  Prisse  nous  apprend,  dans  sîi  préface,  qu'il 
avait  eu  le  projet  de  publier  un  second  volume  plus  consi- 
dérable encore,  mais  il  ne  nous  dit  pas  pour  quelle  raison  il 
s'est  trouvé  forcé  de  se  restreindre.  Telle  qu'elle  est,  sa  pu- 
blication contient  de  bons  textes,  mais  en  trop  petit  nombre. 
Le  même  savant  a  publié  en  outre  un  document  de  valeur 
inestimable,  le  papyrus  de  sentences  morales,  connu  dans  la 
science  sous  le  nom  de  Papyrus  Prisse*.  Malheureusement 
ce  manuscrit,  d'un  âge  extrêmement  reculé,  n'est  pas  de 
ceux  qui  peuvent  venir  en  aide  à  nos  investigations  philolo- 
giques. Il  ne  me  convient  de  parler  de  moi-même  que  pour 
dire  qu'en  ajoutant  à  ce  maigre  inventaire  toutes  mes  publi- 
cations, et  même  ce  qui  a  paru  jusqu'aujourd'hui  d'un  rituel 
hiératique,  commencé  en  1861  par  M.  de  Rougé,  l'on  n'ar- 
rivera point  à  former  un  ensemble  dans  lequel  il  soit  possible 


1.  Voir  la  Traduction  et  analijsc  do  Vinucrlption  d'ibsamhoul  au 
t.  II,  p.  1  sqq.,  de  ces  (Encres  die  erses.  —  G.  M. 

2.  M.  Prisse  publie  en  ce  moment,  sous  le  titre  d'Histoire  de  l'Art 
è(ji/ptien,  un  ouvrage  que  la  France  pourra  opposer  à  tout  ce  qui  s'est 
fait  de  mieux  à  l'étranger;  mais  la  reproduction  des  textes  n'entre  pas 
dans  le  cadre  de  cet  ouvrage. 


A  PROPOS  DE  LA  PUBLICATION  DE  LA  LISTE  ROYALE  383 

de  puiser  les  connaissances  pliilologiques  indispensables  au 
moindre  aspirant  à  Tégyptologie. 


XVI 


Je  n'ai  pas  parlé  de  la  grammaire  de  Chainpollion,  ni  des 
mémoires  de  ses  successeurs.  Ce  sont  des  matériaux  sans 
doute  excellents  au  point  de  vue  pliilologique,  mais  quand 
on  les  a  étudiés  et  qu'on  en  possède  les  données,  on  ne  serait 
guère  plus  avancé,  si  Ton  n'avait  pas  de  textes  pour  passer 
à  l'application.  Faute  de  monuments  de  la  langue  à  féconder 
par  lanalyse,  le  progrès  s'arrête  tout  court.  Voilà  pourquoi 
les  véritcibles  bienfaiteurs  de  la  science  sont  M.  C.  Leemans, 
de  Leyde;  S.  Birch,  de  Londres;  IL  Brugsch,  de  Berlin,  et, 
tout  au  premier  rang,  M.  le  D' Lepsius,  sur  qui  l'on  ne  craint 
pas  aujourd'hui  de  déverser  l'insulte.  Sans  doute  M.  Lepsius, 
qui,  par  sa  science  et  sa  position  élevée,  est  un  personnage 
considérable  en  Europe,  peut  mépriser  d'aussi  injustifiables 
attaques;  mais  ce  n'est  pas  un  motif  pour  que  les  fervents 
adeptes  d'une  science  qui  lui  doit  tant  ne  cèdent  pas  à  l'in- 
dignation que  leur  causent  de  pareils  procédés. 


XVII 

Puisque  nous  venons  de  mentionner  les  mémoires  dus  à 
la  plume  des  égyptologues  français,  constatons,  à  notre  grand 
regret,  qu'ils  se  distinguent  aussi  par  une  grande  sobriété  de 
citations  textuelles.  Et  pourtant  la  France  a  possédé  la  pre- 
mière un  type  hiéroglyphique,  au  moyen  duquel  on  eût  pu 
multiplier  sans  mesure  ces  précieuses  citations.  A  la  vérité, 
les  égyptologues  peuvent  échapper  dans  une  certaine  me- 
sure à  ce  reproche,  qui  retombe  principjilement  sur  l'extrême 
diiliculté  d'obtenir  ces  caractères  lorsqu'on  ne  veut  ou  qu'on 


384  UEVUE   RÉTROSPECTIVE 

ne  peut  p«is  livrer  les  manuscrits  à  rimprimerie  impériale. 
Grâce  à  ces  difficultés,  l'ensemble  des  impressions  dans  les- 
quelles est  entré  le  type  payé  par  le  budget  de  la  France  n'a 
guère  dépassé  en  quantité  les  publications  que  j'ai  faites,  à 
moi  seul,  en  me  servant  de  caractères  gravés  sur  zinc,  taillés 
sur  bois,  autographiés,  etc. 

Encore  avons-nous  à  relever  cette  circonstance  que  le  seul 
grand  texte  imprimé  au  moyen  du  type  français  consiste  en 
une  inscription  qui  avait  déjà  été  très  bien  publiée  i>ar 
M.  Prisse.  De  même  qu'à  l'occasion  de  la  double  publica- 
tion de  la  stèle  de  Thothmès  III,  nous  ne  nous  plaindrons 
pas  de  cette  surabondance  ;  nous  regrettons  cependant  que 
Ton  n'ait  pas  touché  au  trésor  des  choses  cachées,  que  l'on 
n'ait  pas  choisi  pour  spécimen  un  texte  inédit  ou  un  texte 
mal  édité,  tel,  par  exemple,  que  les  précieuses  inscriptions 
de  la  statuette  naophore  du  Vatican,  qui  nous  sont  promises 
depuis  quatorze  ans  par  leur  habile  traducteur  ;  nous  avons 
noté  d'autres  promesses  encore,  et  l'honorable  M.  de  Rougé 
ne  doit  pas  s'imaginer  qu'on  fasse  à  des  promesses  de  ce 
genre,  lorsqu'elles  émanent  de  lui,  l'injure  de  les  oublier. 


XVIII 

On  dirait  vraiment  que  la  France  prend  à  tâche  de  sceller 
de  nouveau  la  bouche  à  si  grand 'peine  entr'ou verte  du 
sphinx  égyptien  ?  Un  pareil  rôle  convient-il  à  la  patrie  de 
l'Œdipe  qui  a  surpris  le  secret  tant  de  fois  séculaire  du 
monstre?  Non,  sans  doute;  et  cependant  il  serait  curieux 
d'inventorier  les  erreurs  qu'ont  trop  longtemps  accréditées 
tant  de  publications  soigneusement  expurgées  de  moyens  de 
contrôle  ;  plus  instructif  encore  de  rechercher  les  conquêtes 
philologiques  que  le  manque  de  textes  publiés  en  temps 
opportun  a  retardées  ou  empêchées.  J'aborderai  peut-être 
quelque  jour  ce  sujet,  que  j'appelle  le  Martyrologe  de  la 


A  PROPOS  DE  LA  PUBLICATION  DE  LA  LISTE  ROYALE     385 

science  égyptologique.  Quant  à  présent,  pour  être  bien  com- 
pris, je  me  bornerai  à  la  citation  d'un  seul  fait. 

Supposons  un  instant  qne  l'Administration  du  Musée  Bri- 
tannique n'eût  pas  livré  à  la  publicité  les  merveilleux  papy- 
rus que  la  France  s'est  laissé  enlever,  bien  queChampollion 
les  eût  fait  connaître  et  que  Salvolini  en  eût  étudié  quelques 
passages;  supposons  que  ces  monuments  n'eussent  pas  été, 
en  conséquence,  plus  accessibles  à  l'étude  que  ne  le  sont  au- 
jourd'hui ceux  que  possède  le  Musée  du  Louvre,  cette  cir- 
constance n'aurait  pas  empoché  un  savant  anglais  de  les 
étudier  sur  place,  à  sa  manière,  et  d'y  découvrir  Moïse, 
Jannès,  les  plaies  d'Egypte,  l'Exode,  etc.  Ces  prodigieuses 
découvertes  n'en  auraient  pas  moins  excité  la  verve  du  savant 
français,  qui  trouva,  à  son  tour,  le  moyen  d'y  voir,  encore 
plus  clairement  que  l'Anglais,  un  bien  plus  grand  nombre  de 
faits  bibliques,  dont  la  révélation  tint  en  émoi,  toute  une 
année,  la  salle  des  cours  du  Collège  de  France.  Mais,  bien 
certainement,  il  serait  arrivé  que  certain  marchand  provin- 
cial eût  été  mis  dans  l'impossibilité  de  soumettre  tant  de 
merveilles  à  vérification  et  de  pousser  le  cri  d  alarme  qui  fit 
rentrer  dans  sa  boîte  à  ressorts  la  scintillante  apparition 
égypto-biblique  qu'avait  évoquée  une  imagination  infiniment 
trop  complaisante.  Il  était  temps  cependant,  air  déjà  des 
professeurs  distingués  de  l'enseignement  universitaire  an- 
nonçaient et  imprimaient  que  les  papyrus  de  Londres 
reproduisaient  jusqu'aux  détails  les  plus  insignifiants  du 
Texte  sacré  !  Déjà  des  écrivains  religieux  s'étaient  émus  et 
avaient  invoque  ces  témoignages  inattendus  de  la  science 
profane.  Où  nous  eût  conduit  ce  mouvement  compromet- 
tant? 

XIX 

S'il  s'agissait  d'inscriptions  grecques,  arabes,  puniques, 
etc.,  il  n'est  pas  un  savant  qui  se  permit  de  les  discuter, 

BiBL.   éGYPT.,  T.  X.  25 


386  REVUE  RÉTROSPECTIVE 

d'en  tirer  des  conséquences  historiques,  chronologiques  ou 
même  simplement  philologiques,  sans  les  citer  textuelle- 
ment. Quiconque  agirait  diflFéremment  se  verrait  refuser 
toute  confiance.  S'imagine-t-on  que  les  faits  relatés  dans  les 
écritures  égyptiennes  sont  tellement  évidents  dans  leur 
expression  graphique,  qu'on  puisse  se  dispenser  de  montrer 
tout  au  long,  non  seulement  les  textes  qui  les  contiennent, 
mais  encore  les  procédés  d'analyse  dont  on  a  fait  usage?  On 
se  tromperait  grandement  à  ce  compte.  Les  honnêtes  lettres 
romaines  sous  lesquelles  M.  de  Rougé  dissimula,  dans  son 
cours,  les  noms  royaux  de  la  table  de  Saqqarah  ne  pouvaient 
être  de  la  moindre  utilité  à  personne;  mais  M.  Mariette 
avait  à  peine  publié  le  texte  du  monument,  que  de  grandes 
conversions  se  produisaient  dans  les  rangs  de  nos  adver- 
saires. L'un  d'eux  se  charge  lui-même  de  réfuter  le  ministre 
de  la  reine  d'Angleterre,  sir  C.  Lewis,  dont  le  célèbre  ou- 
vrage sur  l'Astronomie  des  Anciens  est  une  dénégation  sys- 
tématique absolue  de  la  valeur  scientifique  de  la  méthode 
de  Champollion.  Cette  réfutation,  fort  remarquable  comme 
tout  ce  qui  sort  de  la  plume  de  l'auteur,  contient  la  phrase 
suivante  qui  mérite  de  ne  pas  être  oubliée  :  «  C'est  un  indigne 
»  abus  que  de  faire  servir  la  science  grecque  et  romaine  à 
»  discréditer  un  ordre  d'études  plus  élevé  et  plus  universel, 
»  lequel,  dans  sa  recherche  de  la  vérité,  refuse  de  se  laisser 
»  confiner  dans  les  étroites  limites  des  péninsules  italique 
»  et  hellénique.  » 

XX 

Doit-on  attribuer  cette  horreur  persistante  pour  la  lettre... 
hiéroglyphique  à  un  système  délibéré,  ou  la  porter  seule- 
ment à  charge  d'une  fatalité  tenace?  Je  Tignore,  mais  je 
constate  le  fait  et  j'en  déplore  les  résultats;  ils  sont  plus 
graves  qu'on  ne  le  croirait  :  l'esprit  de  critique  et  de  véri- 
fication s'émousse;  on  juge  sur  l'étiquette  du  sac;  on  accepte 


A  PROPOS  DE  LA  PUBLICATION  DE  LA  LISTE  ROYALE     387 

sans  compter,  et  le  niveau  général  de  la  science  s  abaisse  au 
lieu  de  s'élever.  Des  naïvetés,  qu'on  aurait  pu  excuser  au 
temps  de  Jablonski,  sont  patiemment  écoutées  en  haut  lieu; 
on  bâtit  des  chronologies,  on  établit  des  ères,  non  pas  en 
vertu  de  l'étude  directe  des  monuments,  mais  en  opposant 
à  eux-mêmes  les  égyptologues  qui  ont  varié  dans  leurs  inter- 
prétations. On  ne  se  donne  pas  la  peine  de  rechercher  quels 
sont  les  faits  restés  debout  sur  le  terrain  de  la  critique  sé- 
rieuse. On  cite  à  peine  des  ouvrages  d'inappréciable  valeur, 
comme,  par  exemple,  les  Matériawr  pour  servir  à  la  recons- 
truction du  calendrier  égyptien,  de  M.  le  D'  H.  Brugsch. 
On  les  cite  pourtant,  mais  sans  s'apercevoir  que  des  preuves 
monumentales^  et  philologiques  de  la  valeur  de  celles  qui 
sont  rassemblées  dans  ce  savant  livre  méritent  au  moins 
une  réfutation  de  la  part  de  quiconque  veut  les  jeter  hors  du 
débat. 

XXI 

Toutefois,  les  savants  qui  trébuclient  sur  les  abords  acci- 
dentés de  la  science  égyptologique  sont  jusqu'à  un  certain 
point  excusables;  si  ce  terrain  est  semé  de  pierres  d  achop- 
pement, ce  n'est  pas  leur  faute.  Nul  doute  qu'ils  ne  se 
joignent  à  moi  pour  réclamer  que  la  porte  du  temple  de 
Thoth  soit  élargie  et  que  les  accès  en  soient  rendus  plus  pra- 
ticables ;  nul  doute  qu'ils  ne  m'appuient  lorsque  à  grands  cris 
je  réclame  des  textes  y  des  textes,  encore  des  textes! 

Mais  qui  entendra  ces  cris,  qui  les  exaucera?  Je  n'en  sais 
trop  rien.  Cependant  j'ai  retenu  un  mot  de  M.  Renan,  celui 
de  savants  officiels;  l'illustre  orientaliste  ne  paraissait  pas 
beaucoup  apprécier  ce  titre.  Je  crois  qu'il  a  tort.  A  mon 
point  de  vue,  le  savant  officiel  est  celui  qui  est  investi  de  la 
confiance  du  gouvernement  pour  tout  ce  qui  se  rapporte  à 
la  science  de  sa  spécialité;  au  savant  officiel  revient  le  de- 
voir de  plaider  la  cause  de  cette  science  et  de  ne  pas  la 


388  REVUE  RÉTROSPECTIVE 

laisser  oublier  dans  la  distribution  des  encouragements  de 
rÉtat.  Si  le  monument  de  Ninive  offre  aux  adeptes  de  la 
science  assyriologique  une  collection  de  textes  admirable- 
ment gravés,  si  le  voyage  de  M.  Oppert  est  publié  avec 
luxe  et  d'après  un  plan  qui  en  fait  un  trésor  philologique, 
je  me  figure  que  cela  ne  s'est  pas  fait  tout  seul,  et  qu'un 
savant  officiel  aura  recommandé  à  qui  de  droit  la  publica- 
tion de  ces  l>eaux  ouvrages.  Pourtant  les  cunéiformes  sont 
de  nouveaux  venus,  companitivement  aux  hiéroglyphes;  ils 
ne  remuent  pas  encore,  à  beaucoup  près,  autant  d'idées  que 
les  écritures  égyptiennes.  Pourquoi  donc  ces  dernières  sont- 
elles  toujours  restées  de  côté?  Et  faudra-t-il  rappeler  ici 
que  le  fameux  Livre  des  Sauvages  sut  bien  obtenir  de  libé- 
rales allocations.  S'en  prendra-t-on  au  gouvernement?  Mais 
nous  avons  vu  M.  de  Salvandy  à  l'œuvre;  nous  avons  lu 
le  rapport  de  M.  Rouland,  et  nous  savons  que  M.  le  Mi- 
nistre actuel  de  l'Instruction  publique  a  inauguré  son 
ministère  par  une  grande  mesure  de  réparation.  Il  a  voulu 
que  l'histoire  de  la  découverte  de  ChampoUion  passât  dans 
le  programme  universitaire.  S.  E.  M.  Duruy  connaît  donc 
bien  la  valeur  de  cette  découverte  ;  il  sait  qu'elle  est  l'une 
des  grandes  gloires  de  notre  pays  et  ne  l'a  certainement 
point  rayée  d'office  de  toute  participation  possible  aux  allo- 
cations du  budget.  Si  donc  un  savant  officiel  eût  éprouvé 
quelque  peu  le  désir  d'imiter  nos  rivaux  de  l'étranger,  et 
de  doter  notre  pays  de  quelques  publications  de  textes 
égyptiens,  des  belles  stèles  du  Louvre,  par  exemple,  ou  bien 
des  monuments  du  Sérapéum,  il  n'eût  certainement  pas 
rencontré  d'obstacles  sérieux,  et  la  France  ne  serait  pas, 
aujourd'hui,  si  considérablement  en  arrière  sous  le  rapport 
de  ces  publications  utiles. 

Maintenant  quarante  mille  monuments  sont  à  la  disposi- 
tion de  M.  Mariette;  on  n'aura  donc  que  l'embarras  du 
choix,  et  la  France,  moyennant  quelques  légers  sacrifices 
et  un  peu  de  bonne  volonté,  peut,  si  bon  lui  semble,  passer 


A  PROPOS  DE  LA  PUBLICATION  DE  LA  LISTE  ROYALE     389 

au  premier  rang.  Puisse  une  louable  émulation  succéder  au 
funeste  système  cVétouffement  qui  a  pesé,  jusqu'à  présent, 
sur  les  destins  de  la  science  créée  par  le  génie  de  Champol- 
lion! 

XXII 


Mais  si  décidément  on  ne  veut  rien  publier,  qu'au  moins 
d'autres  puissent  le  faire;  qu'on  ne  laisse  pas  d'insultantes 
clameurs  outrager  les  savants  qui  réussissent  à  puiser  quelque 
coupe  dans  l'océan  d'informations  dont  on  tamponne  avec 
tant  do  soin  les  moindres  issues.  L'article  du  Moniteur  se 
termine  piir  cette  lourde  phrase  :  «  Ce  n'est  pas  à  Auguste 
»  Mariette  seul  qu'on  fait  tort,  mais  c'est  aussi  au  vice-roi, 
»  dont  l'inépuisable  munificence  donne  si  largement  à  notre 
»  compatriote  les  moyens  de  prendre  possession  en  son  nom 
»  de  l'histoire  pharaonique^  qui  se  dressa,  à  sa  voix  dans 
»  toute  la  vallée  du  Nil  et  vient  se  ranger  à  sa  place  dans 
»  le  Musée  de  Boulaq  !  !  !  » 

On  nous  rendrait  service  si  l'on  voulait  bien  nous  donner 
en  langue  vulgaire  la  traduction  de  ce  verbiage.  Veut-on 
faire  entendre  que,  désormais,  M.  Mariette  a  seul  le  droit 
de  s'occuper  de  l'histoire  d'Egypte;  que  personne  autre  que 
lui  ne  peut  étudier  un  monument,  ni  copier  une  inscrip- 
tion? S'il  en  est  ainsi,  qu'on  le  dise  ouvertement.  Mais 
alors  l'interdit  a  donc  été  levé  pour  M.  de  Rougé,  puisqu'il 
rapporte  de  l'Egypte  six  volumes  d'inscriptions  copiées  &  la 
main  et  deux  cent  vingt  planches  photographiques  repré- 
sentant les  murailles  historiques  des  temples,  les  plus 
grandes  inscriptions  et  les  plus  beaux  monuments  de  l'art 
égyptien?  Peut-être,  cependant,  le  savant  académicien  n  a- 
t-il  été  autorisé  à  copier  que  pour  son  usage  particulier  et 
sous  la  condition  de  ne  pas  mettre  dans  la  confidence  ses 
confrères  en  égyptologie.  Nous  remarquons  en  effet  qu'il  se 
borne  à  annoncer  un  second  rapport,  sans  hasarder  la  moindre 


390  REVUE  RÉTROSPECTIVE 

promesse  quant  &  la  divulgation  des  trésors  qu'il  a  recueillis. 
Cette  riche  collection  ira  peut-être  s'enfouir,  comme  tant 
d'autres,  dans  d'avares  portefeuilles^ 

Mais  il  en  est  une  non  moins  riche  sur  laquelle  la  science 
sait  déjà  qu'elle  peut  compter.  Je  veux  parler  de  celle  de 
M.  Dûmichen.  Ce  jeune  savant  appartient  à  une  école  d'ex- 
plorateurs allemands  qui  croient  contracter  une  dette  envers 
leur  pays  et  envers  la  science  lorsqu'ils  sollicitent  et  ob- 
tiennent une  mission  rétribuée  par  leur  souverain.  S.  M.  le 
roi  de  Prusse  a  eu,  sous  ce  rapport,  la  main  gâtée  par 
M.  Lepsius  et  par  M.  Brugsch;  leur  émule  zélé  marche, 
c'est  évident,  sur  les  traces  de  ses  brillants  devanciers.  Il 
paraît  qu'en  organisant  cette  nouvelle  mission,  on  a  eu  le 
tort  de  compter  sans  S.  A.  le  vice-roi  et  sans  M.  Mariette; 
on  s'est  figuré  qu'il  était  possible,  comme  par  le  passé,  de 
dessiner  et  de  copier  sans  se  rendre  coupable  du  crime  de 
spoliation.  Détrompez  vite  le  monde  savant,  avertissez  les 
simples  touristes;  arrêtez,  au  seuil  de  TÉgypte,  les  Greene, 
les  Stobbart,  les  Rhind  et  tant  d'autres,  qui  nous  ont  pro- 
curé successivement  un  grand  nombre  de  documents  pré- 
cieux. Dressez  aux  deux  bouts  de  la  vallée  du  Nil,  sur  le 
port  d'Alexandrie  et  près  de  la  bifurcation  du  père  des 
fleuves  à  Khartum,  ce  placard  administratif  dont  frémiront 
les  mânes  de  notre  maître  à  tous  :  «  De  par  l'autorité  d'un 
»  disciple  de  ChampoUion,  le  sol  de  l'Egypte  est  interdit  à 
»  la  circulation  des  égyptologues  et  des  dessinateurs  !  » 

xxin 

Laissez-nous  croire  qu'on  vous  calomnie  et  qu'on  calomnie 
S.  A.  le  vice-roi.  Non,  vous  n'avez  pas  fermé  l'Egypte  aux 
savants;  non,  vous  n'avez  pas  accepté  une  têuche  exclusive 
qui  ferait  porter  sur  vous  une  jimmense  responsabilité^  et 
pour  laquelle  d'ailleurs  les  efforts  réunis  de  tous  les  égyp- 


A  PROPOS  DE  LA  PUBLICATION  DE  LA  LISTE  ROYALE     391 

tologues  vivants  seraient  encore  bien  impuissants;  non,  vous 
n'avez  pas  imposé  au  souverain  de  TÉgypte  l'initiative  d'une 
mesure  qui,  si  elle  venait  à  être  imitée  ailleurs,  pourrait 
faire  expulser  les  Rawlinson,  les  Layard,  les  Place  et  les 
Botta  de  Koyoundjik,  de  Khorsabad  et  de  Nimroud,  les 
Lobas  et  les  Texier  de  l'Asie-Mineure,  les  Renan  et  de  les 
Saulcy  de  la  Phénicie  et  de  la  Palestine,  et  les  Beulé 
d'Athènes;  non,  vous  ne  vous  proposez  pas  de  prendre  seul 
possession  de  l'histoire  pharaonique;  non,  vous  ne  songez 
pas  à  confisquer,  jusqu'à  ce  que  cette  prise  de  possession 
soit  accomplie,  le  trésor  des  antiquités  de  l'Egypte.  Si  vous 
avez  pu  penser  qu'un  pareil  projet  était  praticable,  vous 
vous  êtes  bien  trompt»,  et  la  lecture  du  rapport  de  M.  de 
Rouge  a  dû  sulRro  pour  faire  tomber  vos  illusions.  La  mis- 
sion de  l'éininent  académicien  a  duré  six  mois  seulement, 
et,  dans  ce  court  laps  de  temps,  «  sa  récolte  a  été  tellement 
»  abondante,  nous  dit-il,  qu'une  longue  vie  de  travail  ne 
»  suffirait  pas  à  Tépuisor  !  »  Combien,  à  ce  compte,  faudrait-il 
d'existences  pour  entamer  sérieusement  votre  récolte  encore 
vierge  ? 

XXIV 

Loin  de  sanctionner  les  avanies  dont  on  couvre  en  votre 
nom  les  Domichen  de  l'Allemagne,  hâtez-vous  de  les  appeler 
à  vous  ;  appelez  aussi  les  Devéria  de  France,  et  vingt  de  leurs 
pareils,  si  la  science  était  assez  heureuse  pour  les  posséder . 
Puis,  travaillez  tous  de  concert  à  mettre  promptement  à  la 
disposition  de  l'étude  les  inestimables  matériaux  que  vous 
avez  su  recueillir.  Pressez  la  publication  des  textes  sans  vous 
préoccuper  de  la  faire  précéder  d'une  tentative  d'explica- 
tion. Dans  l'état  actuel  de  la  science,  la  meilleure  manière 
de  publier  des  textes  égyptiens  est  encore,  au  luxe  près, 
celle  qu'a  adoptée  M.  Lepsius  pour  ses  admirables  Denk- 
mâler,  c'est-à-dire  un  simple  classement  par  ordre  chro- 


392  REVUE  RÉTROSPECTIVE 

nologique;  la  plus  mauvaise  est  celle  qu'avait  adoptée 
M.  Brugsch  pour  ses  Monuments,  parce  qu'elle  comportait 
une  traduction  des  textes  publiés.  Il  en  est  une  troisième, 
fort  bonne  et  fort  commode,  à  laquelle  le  même  savant  s'est 
restreint  dans  ses  deux  volumes  de  Recueils;  au  lieu  de  tra- 
ductions, il  s'est  contenté  de  courtes  notices  sur  le  sens 
général  des  inscriptions.  Mais  même  dans  ces  aperçus  la 
chance  d'erreur  est  trop  grande  pour  que  la  réputation  de 
l'égj  ptologue  ait  la  possibilité  d'y  beaucoup  gagner. 

Si  vous  entrez  dans  cette  voie,  votre  gloire  d'explorateur 
sans  rival  ne  fera  que  s'accroître,  mais  vous  aurez  acquis  un 
droit  plus  précieux  encore,  un  droit  que  je  serai  heureux, 
alors,  de  revendiquer  pour  vous,  s'il  venait  à  vous  être  dis- 
puté, le  droit  d'inscrire  votre  nom  à  côté  de  celui  des  bien- 
faiteurs de  la  science,  à  laquelle,  l'un  et  l'autre,  nous  nous 
sommes  voués  avec  une  égale  ardeur. 

Chalon-sar-Saône^  le  28  février  1865. 


M,  de  Bougé  répondit  à  ce  qui  le  concernait  dans  cette  bro- 
chure, par  une  lettre  qu'il  adressa  à  la  Revue  archéologique  \  et 
de  laquelle  /extrais  les  passages  suivants  : 

Au  moment  où  je  termine  cette  lettre,  je  reçois  deux  envois  bien 
différents,  et  qui  m'obligent  à  vous  écrire  encore  quelques  mots. 
Le  premier  est  une  lettre  de  M.  Mariette,  annonçant,  comme  tou- 
jours, quelque  nouvelle  découverte.  Je  me  borne  à  transcrire  le 
passage  suivant,  qui  peut  se  passer  de  tout  commentaire  :  a  Je  suis 
»  arrivé  hier  de  la  IIaute-Égypte,où  je  viens  de  passer  deux  mois. 
»  La  moitié  de  ce  temps  a  été  employée  aux  travaux  de  Dendérah. 
))  J'y  ai  trouvé  des  souterrains,  dont  je  vais  publier  les  textes,  et 
))  qui  méritent  toute  notre  attention.  Dendérah  n'a  pas  été  élevé  à 

1 .  Extrait  de  la  Reçue  archéologique,  2*  série,  1865,  t.  I,  p.  347-349. 
—  G.  M. 


A  PROPOS  DE  LA  PUBLICATION  DE  LA  LISTE  ROYALE  393 

»  roccasion  de  la  naissance  de  Césarion.  Fondé  par  Chéops,  ce 
»  temple  fut  embelli  par  Apapus,  qui  y  fit  déposer  un  certain  nombre 
»  d'écrits  sur  peau  d'animal.  La  XII®  dynastie  y  travailla  à  son 
»  tour.  Toutmès  III  le  restaura.  Ramsès  III  y  ajouta  quelques 
))  parties.  Enfin,  sous  Ptolémée  Néos  Dionysos,  il  fut  trouvé  en  si 
))  mauvais  état,  qu'on  dut  le  refaire  à  neuf.  Quant  aux  souterrains, 
»  on  devait  y  introduire  des  statues  d'or,  de  bronze  et  de  bois,  dont 
»  je  possède  la  nomenclature;  après  quoi,  ils  étaient  fermés  pour 
»  l'éternité.  J'oubliais  de  vous  dire  que,  dans  deux  de  ces  souter- 
»  rains,  j*ai  recueilli  les  restes  de  momies  de  vaches.  » 

On  voit  par  quelle  persévérance,  dans  ses  infatigables  re- 
cherches, M.  Mariette  répond  aux  plaintes  des  impatients,  et  com- 
bien le  succès  continue  à  justifier  sa  marche.  Mon  confrère 
m'annonce,  dans  la  même  lettre,  que  le  vice-roi  a  levé  les  obstacles 
qui  s'opposaient  à  la  publication  des  monuments,  entreprise  par 
les  ordres  de  son  prédécesseur.  C'est  encore  là  une  nouvelle  heu- 
reuse pour  tout  le  monde,  et  principalement  pour  le  savant  direc- 
teur des  fouilles. 

Cette  nouvelle  est  également  la  meilleure  réponse  qu'il  puisse 
faire  à  une  brochure  intitulée  Revue  rétrospective  à  propos  de  la 
publication  de  la  liste  royale  d'Abydos,  par  M.  Chabas.  Ce  savant 
parait  n*avoir  lu  que  la  malencontreuse  note  insérée  au  Moniteur 
du  25  janvier,  au  sujet  de  cette  publication. 

Si  la  rectification  que  j'ai  fait  insérer  dans  ce  même  journal 
quelques  jours  plus  tard  ne  lui  avait  pas  échappé,  il  se*  serait 
épargné  deux  pages  de  conjectures  erronées  et  de  déclamations  au 
moins  inutiles  \  Je  n'ai  point  assisté  aune  découverte  faite  long- 
temps après  mon  départ.  «  Ce  qu'il  faut  louer,  dit  M.  Chabas,  c'est 
Tordonnance  générale  des  fouilles.  »  C'est  précisément  ce  que  j'ai 
fait,  et  il  était  de  mon  devoir  de  rendre  ce  témoignage,  puisque 
j'avais  assisté  à  leur  début.  Le  droit  se  discute,  la  délicatesse  se 
sent  ;  on  ne  réclame  qu'au  nom  d'un  droit.  Le  droit  de  M.  Ma- 
riette, c'était  de  voir  constater  que  la  fouille  qui  avait  produit  cet 
admirable  document  avait  été  dirigée  par  lui.  Quant  à  la  délicatesse, 
chacun  en  est  juge  à  sa  manière;  j'ai  cru,  en  ce  qui  me  concerne, 

1 .  Voir  la  brochure  citée  ci-dessus,  p.  13-14  [p.  373-374  du  présent 
volume]. 


394  REVUE  RÉTROSPECTIVE 

qu  elle  m'obligeait  à  ne  point  publier  avant  M.  Mariette,  ni  la  table 
de  Sakkarah,  ni  l'inscription  de  Tan  400  du  roi  Nubti,  quand  je 
savais  que  mon  savant  ami  rédigeait  des  mémoires  sur  le  même 
sujet.  Il  parait  que  cette  réserve  a  semblé  profondément  ridicule  à 
un  de  mes  auditeurs,  venu  de  Londres,  et  dont  M,  Chabas  cite 
complaisamment  le  compte  rendu.  Il  me  permettra  néanmoins  de 
ne  changer,  sur  ce  point,  ni  de  conduite,  ni  de  manière  de  voir. 

Il  n  y  a  aucun  profit  pour  la  science,  à  descendre  sur  le  terrain 
des  personnalités  ;  il  m  est  impossible  cependant  de  ne  pas  trans- 
crire le  passage  suivant,  pour  donner  une  idée  des  suppositions 
étranges  que  contient  cette  brochure  :  «  Peut-être,  cependant,  le 
»  savant  académicien  n'a-t-il  été  autorisé  à  copier  que  pour  son 
»  usage  particulier,  et  sous  la  condition  de  ne  pas  mettre  dans  la 
»  confidence  ses  confrères  en  ég>'ptologie.  Nous  remarquons,  en 
»  effet,  qu*il  se  borne  à  annoncer  un  second  rapport,  sans  hasarder 
»  la  moindre  promesse,  quant  à  la  divulgation  des  trésors  qu'il  a 
))  recueillis.  Cette  riche  collection  ira  peut-être  s'enfouir,  comme 
»  tant  d'autres,  dans  d'avares  portefeuilles.  » 

Pour  mes  confrères  de  l'Académie,  et  pour  les  hommes  studieux 
qui  suivent  assidûment  les  leçons  du  Collège  de  France,  et  qui  ne 
reculent  pas  devant  le  travail  ardu  qu'elles  leur  imposent,  citer  ces 
paroles,  c'est  en  faire  justice.  Mais  il  faut  que  la  réponse  soit  connue 
partout  oît  l'insinuation  pourrait  pénétrer.  A  peine  arrivé  d'Egypte 
et  dans  un  moment  où  ma  santé  altérée  par  les  fatigues  eût  exigé 
le  repos,  j'ai  néanmoins  repris  mon  cours,  parce  qu*on  m'a  té 
moigné  le  désir  de  connaître  le  premier  fruit  de  nos  recherches. 
Mes  «  portefeuilles  avares  »  étaient  tellement  empressés  à  se  vider, 
que  je  n'ai  pas  même  pris  le  temps  nécessaire  pour  coordonner  mes 
matériaux,  pensant  que  la  richesse  et  la  nouveauté  des  faits  suf- 
firaient pour  rendre  les  leçons  utiles.  Les  chaleureux  remercie- 
ments que  j'ai  reçus  m'ont  prouvé  que  mon  empressement  était 
apprécié. 

J'ai  rédigé,  aussi  rapidement  que  mes  forces  mel'ont  permis,  un 
long  mémoire  ou  toutes  mes  notes  sur  les  six  premières  dynasties 
ont  été  employées  :  quoique  retardé  par  la  maladie  et  par  des 
malheurs  de  famille,  ce  travail  a  néanmoins  subi  aujourd'hui  la 
formalité  de  la  double  lecture  académique,  et  va  être  livré  à  l'im- 
pression. Il  n'y  a  pas  un  an  que  ma  mission  est  terminée,  et  je 


A  PROPOS  DE  LA  PUBLICATION  DE  LA  LISTE  ROYALE     395 

crois  avoir  fait  tout  ce  que  permettaient  les  forces  d*un  homme 
pour  hâter  la  publication  de  cette  première  partie. 

Quant  à  la  publication  des  planches^  c'était  une  question  beau- 
coup plus  difficile  à  résoudre.  Le  Ministère  de  Tlnstruction  pu- 
blique a  peu  de  ressources  ;  elles  sont  d'ailleurs  engagées,  comme 
chacun  sait»  pour  d'autres  publications.  Fallait-il  donc  subir  des 
lenteurs,  inévitables  quand  il  s'agit  de  demander  une  subvention 
spéciale,  comme  on  Ta  fait  pour  M.  Place?  Je  ne  l'ai  pas  cru,  et 
la  générosité  du  photographe  habile  qui  m'avait  accompagné, 
ainsi  que  le  courage  d'un  savant  professeur,  M.  Samson,  ont 
résolu  le  problème.  L*album  de  la  mission  est  en  pleine  exécution 
et  paraîtra  tout  entier  avant  deux  mois.  Il  sera  composé  de  cent 
cinquante-cinq  photographies,  précédées  d'une  notice  sommaire, 
indiquant  le  sujet  de  chaque  planche.  Toutes  les  personnes  qui 
ont  vu  les  photographies  de  M.  de  Banville  savent  quels  admi- 
rables résultats  il  a  obtenus  à  force  de  patience  et  d'adresse.  Vues 
des  temples,  statues  et  autres  objets  d'art,  bas-reliefs  et  inscriptions, 
tout  est  également  réussi.  Les  épreuves  photographiques  ont  l'in- 
convénient d'un  tirage  assez  dispendieux  ;  mais  quel  est  le  crayon 
ou  le  burin  qui  pourrait  les  égaler,  quant  à  la  fidélité  dans  le  style 
des  figures,  et  à  l'exactitude  absolue  des  hiéroglyphes?  C'est  véri- 
tablement sur  la  muraille  elle-même  qu'on  travaille,  quand  on 
étudie  ces  belles  reproductions. 

J'adresse  ces  détails  aux  nombreux  amis  de  la  science,  qui  ont 
été  confidents  de  toutes  mes  tentatives,  et  qui  connaissent  les  dif- 
ficultés qu'éprouvent  en  France  de  pareilles  publications  ;  je  suis 
heureux  de  leur  annoncer  le  succès  de  mes  efforts,  tout  en  rendant 
public  le  témoignage  de  mes  remerciements,  pour  les  habiles 
artistes  qui  veulent  bien  me  seconder  dans  cette  publication. 

Vicomte  Emm.  de  Rouoâ. 

C'est  à  cette  lettre  que  Chabas  répondit  dans  le  mémoire  im- 
primé ci-dessous,  à  partir  de  la  page  397. 


REVUE  RÉTROSPECTIVE 


A  PROPOS  DE  LA 


DECOUVKRTK  DE  LA  TABLE  ROYALE  D'ABYDOS 


(deuxième  article) 


I 


En  publiant  ma  Revue  rétrospective,  sur  la  fin  de  février 
dernier,  j'ai  obéi  au  sentiment  de  l'indignation  que  m'a 
aiusée  la  lecture  de  l'article  inséré  au  Moniteur  du  25  jan- 
vier. Mon  but  n'était  pas  uniquement  de  défendre  deux 
savants  étrangers  contre  d'injustes  accusations,  je  voulais 
aussi  protester  au  nom  de  la  science  française,  dont  l'auteur 
de  récrit  calomnieux  se  disait  Torg-ane;  enfin,  et  c'est  là, 
au  regard  des  intérêts  de  la  science,  le  point  le  plus  essen- 
tiel, j  ai  tenu  à  m'élever  contre  le  système  de  séquestration 
des  textes  égyptiens,  mis  depuis  longtemps  en  pratique, 
système  que  la  publication  de  M.  Dùmichen  est  venue  dé- 
concerter dans  l'une  de  ses  chères  espérances. 

Mais  alors  les  faits  n'étaient  connus  que  par  la  note  du 
Moniteur,  où  sont  affirmés  les  points  suivants  : 

1*"  Que  M.  Mariette  avait  découvert  la  liste  royale; 

2®  Qu'une  copie  de  cette  liste  lui  avait  été  dérobée  par 
M.  Dûmichen; 

3<*  Que  M.  de  Rougé  avait  été  témoin  delà  découverte  de 
M.  Mariette,  et  se  trouvait  présent  à  la  séance  de  l'Institut 


398  REVUE  RÉTROSPECTIVE 

du  vendredi  20  janvier,  dans  laquelle  la  nouvelle  de  Tacte 
coupable  a  été  communiquée  à  l'Académie. 

L'accusation  était  formelle,  précise;  placée  sous  la  ga- 
rantie d'une  communication  faite  à  l'Institut  de  France,  elle 
semblait  commander  la  confiance,  au  moins  pour  les  actes 
attribués  à  des  membres  de  l'Institut.  Je  me  suis  donc,  en 
toute  assurance,  établi  sur  le  terrain  des  faits  ainsi  affirmés, 
et,  si  j'ai  démenti  le  vol  de  copie  attribué  à  M.  Dumichen, 
ce  n'est  pas  que  j'eusse  le  moindre  renseignement  personnel, 
mais  tout  simplement  parce  qu'à  mes  yeux  cette  accusation 
tombait  d'elle-même  sous  le  poids  de  son  absurdité. 

Depuis  lors,  la  lumière  s'est  faite.  Sans  que  j'en  fusse  in- 
formé, le  Moniteur  du  9  février  avait  inséré  une  lettre  dans 
laquelle  M.  de  Rougé  déclare  qu'il  n'a  pas  été  témoin  de  la 
découverte.  Le  savant  égyptologue,  dans  l'article  qu'il  m'a 
consacré  {Revue  archéologique ,  avril  1865,  p.  347  à  349), 
prétend  que  la  lecture  de  cette  lettre  m'aurait- «  épargné 
»  deux  pages  de  conjectures  erronées  et  de  déclamations  au 
»  moins  inutiles  '  ».  C'est  le  neuvième  paragraphe  de  ma  bro- 
chure qui  se  trouve  ainsi  richement  qualifié.  J'ai  moins  de 
chance  que  les  honteuses  inventions  de  la  note  du  Moniteur^ 
pour  laquelle  M.  de  Rougé  a  trouvé  l'épithète  de  «  malen- 
contreuse »  suffisamment  sévère.  Le  public  appréciera  ;  mais, 
pour  que  les  opinions  ne  s'égarent  pas,  pour  que  ce  regret- 
table conflit  porte  des  enseignements  utiles,  il  faut  aujour- 
d'hui faire  connaître  tous  les  documents  de  l'affaire. 


II 


Répétons  d'abord  l'article  du  Moniteur  dans  ses  mentions 
essentielles  : 

«  Nous  extrayons  d'une  lettre  d'Auguste  Mariette-Bey  à 
1.  Voir  plus  haut,  p.  393  du  présent  volume.  —  G.  M. 


A  PROPOS  DE  LA  DÉCOUVERTE  DE  LA  TABLE  ROYALE  399 

»  notre  collaborateur,  M.  Ernest  Desjardins,  le  passage  sui- 
»  vant:  «  Jai  découvert  à  Abydos  un  magnifique  pendant 
»  de  la  table  de  Saqqarah.  Séti  P',  accompagné  de  son  fils, 
»  qui  sera  plus  tard  Ramsès  II  (Sésostris),  fait  une  offrande 
»  à  soixante-seize  rois  rangés  devant  lui 


»  Notre  étonnoment  a  été  grand  d'apprendre,  en.  rece- 
»  vant  communication  de  cette  découverte,  une  des  plus 
»  belles  que  Tillustre  archéologue  français  ait  faites  en 
»  Kgypte,  que  cette  liste  de  rois  venait  d'être  publiée  à 
»  Berlin,  sans  môme  que  le  nom  de  notre  compatriote  fût 
»  mentionné.  Il  nous  apprend  qu'une  copie  de  cette  liste 
))  royale  lui  a,  en  cfTct,  été  dérobée.  Pour  que  la  bonne  foi 
))  publique  ne  soit  pas  trompée  à  l'avenir,  et  pour  qu'un 
))  acte  aussi  déloyal  ne  rapporte  aux  spoliateurs  et  à  leurs 
j)  complices  que  la  honte  qui  leur  est  due,  il  suffit  de  rap- 
»  peler  que  personne  en  Egypte  ne  peut  fouiller  le  sol  sans  un 
»  firman,  et  que  Mariette-Bey  est  seul  possesseur  de  ce  fir- 
»  man  ;  or,  il  n'est  pas  probable  que  des  monuments  comme 
»  la  table  royale  et  géographique  d' Abydos  soient  sortis 
)i  tout  seuls  de  terre. 

»  M.  de  Rougé,  témoin  de  la  découverte  de  Mariette,  a 
»  été  le  premier  à  protester  énergiquement,  au  nom  de  la 
»  science  française,  dans  le  sein  de  l'Institut,  contre  de  pareils 
»  procédés.  L'indignation  a  été  générale  à  la  séance  de  ven- 
»  dredi  dernier,  20  janvier,  lorsque  la  lettre  qu'on  vient  de 
»  lire  a  été  communiquée  à  l'Académie,  en  même  temps  que 
»  la  nouvelle  de  l'acte  coupable  qu'elle  signale  à  la  cons- 
»  cience  publique  de  tous  les  pays.  Ce  n'est  pas  à  Auguste 
»  Mariette  seulement  qu'on  fait  tort;  mais  c'est  aussi  au 
»  vice-roi,  dont  l'inépuisable  munificence  donne  si  large- 
»  ment  à  notre  compatriote  les  moyens  de  prendre  posses- 
»  sion,  en  son  nom,  de  l'histoire  pharaonique  qui  se  dresse  à 
))  sa  voix  dans  toute  la  vallée  du  Nil,  et  vient  se  ranger  à  sa 


400  REVUE  RÉTROSPECTIVE 

»  place  dans  le  Musée  de  Boulaq,  lequel  compte  aujour- 
»  d'hui  27,000  monuments  trouvés  et  classés  par  Auguste 
»  Mariette  seul.  » 


III 


Voici  maintenant  les  explications  échangées,  à  ce  propos, 
entre  M.  Dùmichen  et  M.  Mariette.  Elles  ont  été  insérées 
dans  le  journal  L Egypte  du  9  mars  dernier.  Ce  numéro  de 
l'organe  officiel  du  gouvernement  égyptien,  qui  se  publie  au 
Caire,  m'est  arrivé  par  le  dernier  courrier  d'Alexandrie. 

DÉFENSE 

Contre  V  accusation  faite  par  M.  Mariette- Bey ,  concernant 

le  prétendu  vol  de  la  liste  d'Abydos 

«  D  après  le  Moniteur,  M.  Auguste  Mariette  commu- 
»  nique,  par  une  lettre  adressée  à  M.  Ernest  Desjardins,  la 
»  découverte  d'une  liste  complète  de  soixante-seize  Pha- 
»  raons,  etc.,  etc.,  faite  par  lui  à  Abydos,  dans  une  petite 
»  salle  du  grand  temple.  Il  prétend,  selon  l'article  du  3/o- 
»  niteur,  qu'une  copie  de  cette  liste  précieuse  lui  a  été 
»  DÉROBÉE  par  moi,  car  c'est  moi  cjui  l'ai  envoyée  à  un 
»  membre  de  l'Académie  de  Berlin,  lequel  la  publiée  dans 
»  le  journal  allemand  Zeitschrift  fur  ^gyptische  Sprache 
»  und  Alterthumskunde , 

»  A  cette  occasion,  le  Moniteur  dépeint  Vindignation 
»  générale  des  membres  de  l'Académie  française,  dans  la 
»  séance  du  20  janvier,  et  proteste,  au  nom  de  la  science 
»  française,  contre  de  pareils  procédés  et  contre  les  spolia- 

»   TEURS  ET  LEURS  COMPLICES. 

»  Avant  de  se  prononcer  publiquement  d'une  manière 
»  aussi  blessante  contre  les  égyptologues  allemands,  l'Aca- 


A  PROPOS  DE  LA  DÉCOUVERTE  DE  LA  TABLE  ROYALE    401 

»  demie  française  aurait  agi  plus  loyalement  si  elle  s'était 
»  mieux  informée  avant  de  prononcer  son  jugement.  Les 
»  personnes  signalées  en  de  tels  termes  offensants  par  TAca- 
»  demie  française,  dans  un  accès  d'indignation  tout  à  fait 
))  mal  fondé,  sont  des  confrères,  sont  des  membres  de  l'Aca- 
»  demie  de  Berlin  qui,  comme  moi,  sauront  à  leur  tour 
»  répondre  à  de  pareilles  politesses.  Pour  commencer,  à  mon 
»  tour,  je  proteste  hautement  contre  l'accusation  contenue 
»  dans  l'article  cité  du  Moniteur. 

»  Voici  lofait  dans  tonte  sa  vérité,  pour  lequel  je  suis  à 
»  même  de  citer  des  témoins  compétents,  comme  M.  There- 
»  min,  consul  général  de  S.  M.  le  roi  de  Prusse  en  P^ypte, 
»  et  mon  célèbre  compatriote,  M.  Brugsch. 

»  Entraîné  par  le  zèle  pour  la  science  ix  laquelle  je  me 
»  suis  voué,  accompagné  seulement  de  mes  deux  serviteurs, 
»  simples  Arabes,  j'ai  parcouru,  pendant  la  durée  de  deux 
»  années,  —  de  1862  à  1864,  —  la  vallée  du  Nil  et  les  dé- 
»  serts  de  la  Nubie,  pour  y  étudier  et  copier  les  monu- 
»  ments  importants,  chose  jus(|u'â  présent  permise  par  les 
»  augustes  princes  de  TMgypte  à  tous  les  voyageurs  français 
»  et  non  français. 

»  L'article  du  Moniteur  nous  apprend  que  personne  en 
»  K-gypte  ne  peut  fouiller  le  sol  qui  contient  les  monuments 
»  intéressants  de  lantiquité  sans  xxnfirman,  et  que  M.  Ma- 
»  nette  est  le  seul  possesseur  d'un  tel  firman.  Certiiinement, 
»  personne  ne  pourra  douter  que  le  privilège  que  donne  le 
»  firman  ne  touche  que  le  côté  matériel  des  explorations; 
»  le  côté  intellectuel  n'est  pas  à  prohiber.  Ce  n'est  vraiment 
»  pas  pour  enrichir  la  science  française^  comme  larticle 
»  du  Moniteur  dit  si  naïvement,  que  S.  A.  le  vice-roi, 
»  dont  l'esprit  cultivé  est  reconnu  partout,  avait  l'inten- 
»  tion  magnanime  de  faire  révéler  pour  la  science  uni- 
»  verselle  les  monuments  intéressants  pour  lesquels  une 
»  grande  partie  des  savants  de  toutes  les  nations  civilisées 
»  font  le  pèlerinage  à  son  vaste  royaume.  Moi-même,  j'ai 

BlBL.   ÉGYPT.,  T.  X.  26 


402  REVUE  RÉTROSPECTIVE 

»  fait  un  tel  pèlerinage  au  risque  de  ma  santé  et  de  ma 
»  vie. 

»  Si  M.  Mariette,  qui  habite  depuis  si  longtemps  l'Egypte, 
»  qui  doit  si  bien  connaître  les  monuments,  et  à  qui,  comme 
»  nous  l'apprend  le  Moniteur,  la  munificence  de  Son  Al- 
»  tesse  a  fourni  tous  les  moyens  possibles  de  prendre  pos- 
»  session  en  son  nom  de  l'histoire  pharaonique  qui  se  dresse 
»  à  sa  voix  dans  toute  la  vallée  du  Nil;  si  M.  Mariette  est 
»  la  seule  personne  qui  possède  un  firman  pour  fouiller  le 
»  sol,  je  lui  souhaite  tout  le  bonheur  du  monde  pour  rè- 
»  compense  de  ses  fatigues  désintéressées,  et  j'attends  im- 
»  patiemment  avec  toute  l'Europe  savante  l'apparition  de 
»  son  ouvPtige  sur  les  fouilles.  —  On  me  reproche  d'avoir 
»  fouillé  sans  posséder  un  firman;  je  rejette  ce  reproche. 
»  Je  n'ai  pas  fouillé  !  Je  n'ai  jamais  fouillé  le  sol  pour  en 
»  tirer  ses  trésors  cachés;  j'ai  agi  honnêtement,  suivant 
»  l'exemple  de  tous  les  savants,  qui  ont  étudié,  copié  et 
»  publié  les  textes  monumentaux  dans  le  seul  et  unique 
»  but  de  les  mettre  à  la  disposition  de  la  science.  Au  lieu 
»  d'avoir  commis  un  acte  déloyal,  je  crois  plutôt  que  tous 
»  les  savants  de  tous  les  pays  me  sauront  gré  d'avoir  tra- 
»  vaille  pour  la  science,  qui,  selon  moi,  est  libre  et  accessible 
»  à  tous,  et  nullement  le  domaine  exclusif  d'une  nation  ou 
»  d'un  homme  quelconque. 

»  Sans  fouiller^  sans  dérober,  j'ai  trouvé  des  richesses 
»  scientifiques  jusqu'alors  inconnues,  j'ai  fait  une  récolte 
»  considérable  que  je  ne  tarderai  pas  de  mettre  sous  les 
»  yeux  des  gens  de  lettres.  Parmi  ces  richesses,  visibles  pour 
I)  des  yeux  initiés,  se  trouvait  la  liste  royale  en  question. 
»  Le  mérite  incontestable  de  M.  Mariette  est  d'avoir  fait 
»  mettre  au  jour  la  salle  du  grand  temple  d'Abydos,  qui 
»  contient  la  liste  précieuse  ;  mais,  comme  la  direction  de  ces 
»  travaux  fait  partie  des  fonctions  du  directeur  du  Musée 
»  à  Boulaq,  chose  connue  même  à  Berlin,  on  n'y  a  pas  cru 
»  commettre  un  crime  en  passant  sous  silence  ce  fait  mé- 


A  PROPOS  DE  LA  DÉCOUVERTE  DE  LA  TABLE  ROYALE  403 

»  monible.  Un  trésor  exhumé  acquiert  incontestablement 
»  son  importance  par  celui  qui  sait  l'apprécier  et  faire  con- 
»  naître  sa  valeur,  et  si  M.  Mariette  en  a  fait  mystère  vis- 
»  à-vis  de  la  science  française,  il  n*a  |>as  le  droit  de  calom- 
»  nier  et  de  blâmer  celui  qui,  par  la  révélation  empressée 
»  de  son  contenu  précieux,  a  voulu  enrichir  non  seulement 
»  la  science  allemande,  mais  universelle.  Le  fait  est  que 
»  M.  Mariette  ne  doit  uniquement  la  première  connaissance 
»  de  la  liste  en  (luestion  qu'à  ma  publication,  faite  par  les 
»  soins  du  plus  célèbre  savant  sur  ce  champ  d'histoire, 
»  M.  Lepsius.  C*est  M.  liruf/sch  qui  Va  remise  à  M.  Ma- 
»  riette;  f  en  appelle  à  son  tcnwignaye!  Ce  n'est  (ju  après 
»  lavoir  vue  dans  le  journal  allemand  que  M.  Mariette 
»  s'est  rendu  à  Abydos  pour  y  copier  hi  liste  des  Pharaons, 
»  de  son  côté.  Si  le  Moniteur  die  M.  le  vicomte  de  Rougé 
»  comme  témoin  de  la  découverte  de  M.  Mariette,  l'ana- 
»  chronisme  est  d'autant  plus  frappant  que  la  liste  des 
»  rois  n'a  vu  le  jour  qu'après  le  départ  de  M.  de  Rougé. 
»  Outre  les  preuves  chronologiques,  je  ne  crains  nulle- 
»  ment  d'en  appeler  au  témoignage  de  M.  de  Rougé  lui- 
»  même,  qui,  en  homme  d'honneur,  n'hésitera  pas  à  se 
»  prononcer  en  ma  faveur  après  avoir  pris  connaissance 
»  des  faits. 

»  Heureusement  M.  Mariette  n'est  pas  le  maître  en 
»  h'^ypte,  et  tant  que  S.  A.  le  vice-roi  ne  défend  pas  d'étu- 
»  dier  les  inscriptions  hiéroglyphiques;  tant  que  des  affi- 
»  ches  et  des  fjardiens  n'empêchent  pas  l'approche  des 
»  monuments,  tout  le  monde  est  libre  d'en  tirer  profit  pour 
»  ses  études.  A  présent  je  demande  où  est  le  voleur,  où 
»  sont  les  spoliateurs  et  leurs  complices,  où  est  Vacle  cou- 
»  pable  et  déloyal  qui  mérite  l'indignation  générale  d'une 
»  assemblée  comme  l'Académie  française. 

»  Pour  en  finir,  je  déclare  que  l'article  caustique  du 
»  Moniteur,  l>asé  sur  des  données  calomnieuses  de  M.  Ma- 


404  REVUE  HÉTROSPECTIVE 

»  riette,  est  un  acte  déloyal  de  la  part  de  ce  dernier,  pour 
»  lequel  je  lui  demande  une  satisfaction  éclatante. 

»  Au  Caire,  19  février  1865. 

»  JOHANNES  DÛMICHEN.  » 

a  Boulaq,  2  marn  18(>5. 

»  Mon  cher  Monsieur  Dûmichen, 

»  A  mon  retour  de  la  Haute-Egypte,  je  trouve  dans  les 
»  journaux  l'extrait  du  Moniteur  qui  concerne  la  publica- 
»  tion  faite  à  Berlin  de  la  nouvelle  table  d'Abvdos. 

»  Mes  principes  d'urbanité  et  de  bonne  confraternité 
»  m'obligent  à  vous  écrire  spontanément  pour  vous  déclarer 
»  que,  loin  d  approuver  le  langage  du  journal  français,  je 
»  proteste,  au  contraire,  contre  tout  ce  qui  peut  s'y  trouver 
»  d'olïensant  pour  M.  Lepsius  et  pour  vous.  Quels  que 
»  soient  vos  torts  ou  quels  que  soient  les  miens  (ce  que  je 
»  n'examine  pas  en  ce  moment),  il  n'était  pas  nécessaire  de 
»  faire  de  si  grandes  phrases  et  de  présenter  la  question  au 
»  lecteur  avec  tant  d'acrimonie;  il  n'était  pas  surtout  néces- 
»  saire  de  dénaturer  les  faits  pour  en  faire  sortir  une  accu- 
»  sation  dont  je  conçois  que  vous  puissiez  être  ému. 

»  Il  est,  en  effet,  un  mot  que,  pour  votre  véracité  com- 
»  mune,  je  tiens  autant  que  vous  à  relever  :  c'est  celui  où 
»  on  laisserait  croire  que  la  table  d'Abydos  m'a  été  dérobée. 
»  Le  mot  est  des  plus  vifs;  mais  je  me  hâte  d'ajouter  que  ce 
»  n'est  point  moi  qui  l'ai  écrit.  — J'ai  pu  me  plaindre,  avec 
»  certain  droit,  de  la  publication  d'un  monument  que  j'ai 
»  découvert,  publiaition  où  mon  nom  n'est  même  pas  men- 
»  tionné;  mais  jamais,  ni  dans  mes  paroles,  ni  dans  ma 
»  correspondance,  il  ne  m'est  venu  à  l'idée  de  formuler 
»  contre  vous  un  aussi  abominable  grief.  La  vérité  est  que  la 
»  table  d'Abydos  a  été  légitimement  copiée  par  cous,  en 
»  vertu  d'un  droit  que  donne  à  tout  le  monde  le  gouverne- 


A  PROPOS  DE  LA  DÉCOUVERTE  DE  LA  TABLE  ROYALE  403 

»  ment  égyptien  (V étudier  les  monuments  qui,  par  ses  soins, 
»  sont  rendus  au  Jour. 

»  Quant  uu  fond  de  lu  question,  je  vous  en  dirai  mon 
»  avis. 

»  Le  gouvernement  égyptien  entretient,  avec  des  frais 
»  relativement  considérables,  un  service  de  fouilles,  non  pas 
»  à  son  profit,  mais  au  profit  de  la  science.  Par  conséquent, 
»  à  raisonner  logiquement,  vous  étiez  autant  dans  votre  droit 
»  en  copiant  la  table  d'Abydos  qu'à  la  rigueur  M.  Lepsius 
»  était  dans  le  sien  en  publiant  le  premier  cet  important 
»  document.  Mais,  à  côté  de  cette  ({uestion  de  droit  strict 
»  sur  laquelle  je  ne  diffère  d'opinion  avec  personne,  il  y 
»  avait  la  question  de  délicatesse  et  de  convenance  (|ue  je 
»  n'envisage  pas  de  la  même  façon  que  M.  Lepsius.  Ici  le 
»  Moniteurs  raison.  M.  Lepsius,  qui  connaît  à  fond  Tanti- 
»  quité  égyptienne,  sîiit  aussi  bien  que  personne  que  la 
»  table  d'Abydos  n  etiiit  pas  connue  il  y  a  un  an,  et  que,  si 
»  depuis  cette  époque  elle  a  vu  le  jour,  ce  n'est  pas  d'elle- 
»  même  qu'elle  est  sortie  du  fond  des  montagnes  de  décom- 
»  bres  (jui  rendaient  inaccessible  le  temple  d'Abydos.  Je 
»  n'hésite  donc  pas  à  dire  qu'en  publiant  le  premier  un 
»  monument  inédit  sîins  même  nommer  celui  à  qui  la  dé- 
»  couverte  en  est  due,  M.  Lepsius  a  mal  agi  envers  moi. 
»  Depuis  de  longues  années,  je  siicrifie  mon  temps,  mes 
»  soins,  mes  fatigues,  je  dirai  même  ma  siinté,  à  une  œuvre 
»  plus  ingrate  et  plus  difficile  qu'on  ne  pense.  A  ce  point 
»  de  vue,  je  méritais  de  la  part  de  M.  Lepsius  plus  d'égards, 
»  et  si  M.  Lepsius  avait  tenu  absolument  à  passer  par- 
»  dessus  les  convenances  en  ne  me  laissant  pas  cueillir  le 
»  premier  fruit  d'un  arbre  que  j'ai  planté,  il  eût  dû  tout  au 
»  moins  prononcer  mon  nom. 

»  Tel  est,  exempt  de  toute  passion  et  de  tout  entraîne- 
»  ment,  mon  avis  sur  la  question.  En  vous  le  donnant,  ne 
»  croyez  pas  qu'il  en  coûte  quoi  que  ce  soit  à  ma  dignité. 
»  S'il  était  vrai  que  l'article  du  Moniteur  ait  été  écrit  sous 


406  REVUE  RÉTROSPECTIVE 

»  mon  inspiration,  s'il  était  vrai  qu'un  seul  jour  j'aie  pu 
»  croire  qu'effectivement  vous  m'avez  dérobé  quelque  chose, 
»  je  mettrais  à  défendre  le  Moniteur  la  même  franchise  et 
»  le  même  empressement  spontané  que  je  mets  en  ce  mo- 
))  ment  à  le  désavouer.  Pour  ma  propre  considération,  ne 
»  m'attribuez  donc  pas  un  langage  qui  n'est  pas  dans  mes 
»  habitudes.  Comme  vous,  je  fais  métier  d'égyptologie,  et 
»  tous  deux  nous  suivons  la  même  voie.  Cultivons  en  paix 
»  notre  chère  science  :  les  satisfactions  que  donne  1  étude 
»  sont  de  celles  qui  font  oublier  les  misères  de  cette 
»  pauvre  vie. 

»  Agréez,  mon  cher  Monsieur  Dûmichen,  mes  salutations 
»  empressées. 

»  Signé:  AuG.  Mariette.  » 

«  P.-S.  —  Cette  lettre  était  écrite  et  prête  à  vous  être 
»  envoyée  quand  un  autre  égyptologue,  en  ce  moment  au 
»  Caire,  M.  Devéria,  m'a  remis  le  numéro  du  journal  Le 
»  Commerce,  qui  contient  votre  article  que  jusqu'ici  je  ne 
»  connaissais  pas.  —  Il  me  serait  facile  de  déchirer  cette 
»  lettre  et  d'en  rédiger  une  autre  dans  le  ton  même  que 
»  vous  avez  adopté.  Je  ne  le  ferai  pas.  Permettez-moi  seu- 
»  lement  une  observation.  Votre  colère  est  juste.  Mais  elle 
»  tombe  à  tort  sur  moi.  —  C'est  au  Moniteur  qu'il  faut  vous 
»  adresser.  Le  Moniteur  a  entassé  erreur  sur  erreur;  à  mon 
»  insu,  sans  m'en  prévenir,  sans  que  je  l'en  aie  chargé,  ni 
»  directement,  ni  indirectement,  sans  même  que  j'aie  pro- 
»  nonce  ou  écrit  un  seul  mot  qui  tende  à  le  pousser  dans 
»  cette  voie,  il  a  légèrement  formulé  une  accusation  indigne 
»  de  son  habituelle  gravité.  Moi,  je  n'en  suis  pas  respon- 
»  sable.  La  querelle  vient  de  lui,  et  je  ne  l'épouse  pas.  Bien 
»  plus,  j'ai  écrit  hier  même  à  M.  de  Rougé  pour  me  plaindre 
»  de  l'étrange  abus  qu'on  a  fait  de  mon  nom.  La  logique,  le 
»  bon  sens,  aussi  bien  que  l'amour  de  la  vérité,  me  poussent 
»  donc  à  ne  pas  vous  suivre  sur  le  terrain  où  vous  vous  êtes 


A  PROPOS  DE  LA  DÉCOUVERTE  DE  LA  TABLE  ROYALE  407 

»  engagé,  et,  en  vous  envoyant  ma  lettre  telle  que  je  l'ai 
»  rédigée  sous  ma  première  impression,  je  veux  vous  faire 
»  voir  que  je  me  donne  contre  vous  tout  au  moins  le  mérite 
»  de  la  modération. 

»  Pour  copie  conforme  à  l'original  : 

»  Le  C&ire,  le  6  mars  1865. 

»  Le  vice-consul  de  Prusse, 
p.  a. 
»  Frinstraler.  » 

«  En  publiant  la  lettre  ci-dessus,  que  M.  Mariette  a  bien 
»  voulu  m'adresser  quelques  jours  après  son  arrivée  de  la 
»  Haute-Egypte  au  Caire,  je  ne  peux  me  dispenser  d'y 
»  ajouter  une  remarque,  relative  à  la  prétendue  découverte 
»  de  la  table  d'Abydos  par  M.  Mariette-Bey. 

»  M.  Mariette  commence  sa  lettre,  adressée  à  M.  Desjar- 
»  dins,  par  les  mots  surprenants  :  «  J'ai  découvert  »  ;  éga- 
»  lement,  comme  dans  cette  lettre  rendue  ci-dessus,  on 
»  lit  :  «  J'ai  pu  me  plaindre  avec  certain  droit  de  la  publi- 
»  cation  d'un  monument  que  f  ai  découvert,  publication  où 
»  mon  nom  n'est  pas  mentionné.  » 

))  C'est  une  illusion.  On  fait  une  découverte  en  remar- 
»  quant  le  premier  une  chose  et  en  faisant  valoir  son  im 
»  portancc.  Les  paysans  de  la  Haute-Egypte  ayant  nettoyé, 
»  aux  frais  de  S.  A.  le  vice-roi,  non  pas  à  son  profit,  mais 
»  au  profit  de  la  science,  le  temple  d'Abydos,  M.  Mariette 
»  n  a  rien  su  de  la  présence  de  la  table  royale  en  question, 
»  et  ce  n'est  qu'après  en  avoir  vu  ma  publication  dans  un 
»  journal  scientiticiue  de  Berlin  qu'il  est  allé  à  Abydos  pour 
»  s'assurer  du  fait  au  lieu  même,  et  puis  le  communiquer 
»  dans  une  lettre  à  M.  Desjardins.  J'ai  cité  dans  ma  défense, 
»  outre  les  preuves  les  plus  évidentes,  des  témoins  les  plus 
»  hononibles.  C'est  moi  qui  ai  vu,  copié  et  publié  le  pre- 
»  inier  la  table  d'Abydos.  La  découverte,  par  conséquent,  — 


408  REVUE  RÉTROSPECTIVE 

»  si  Ton  veut  en  parler,  —  appartient  à  moi  et  nullement  a 
»  M.  Mariette.  Du  reste,  il  est  de  nulle  importance  si  c'est 
»  à  M.  Mariette-Bey  ou  à  moi  que  revient  le  mérite  d'avoir 
»  reconnu  le  premier  la  valeur  de  ladite  table  ;  la  science 
»  devra  à  jamais  et  uniquement  à  la  munificence  de  Son 
»  Altesse  le  vice-roi  un  des  plus  importants  documents  de 
»  rhistoire  d'Egypte. 

»  Au  Caire,  le  5  mars  1865. 

»  JOHANNES  DOMICHEN.   » 


IV 


Ainsi  donc,  M.  Domichen,  usant  d'un  droit  qui  appartient 
à  tous,  a  vu  et  copié  le  premier  à  Abydos,  dans  la  Haute- 
Egypte,  une  nouvelle  et  très  importante  liste  royale;  il  la 
adressée  à  Berlin,  pour  être  insérée  dans  le  journal  égypto- 
logique  que  dirige  M.  le  docteur  Lepsius,  et  cette  insertion 
a  eu  lieu  en  vertu  d'un  droit  que  M.  Mariette  veut  bien  ne 
pas  contester. 

Voilà  les  faits  dans  toute  leur  simplicité. 


M.  de  Rougé  et  M.  Mariette  invoquent  les  convenances 
et  la  délicatesse.  Sur  ce  chapitre,  quelques  réflexions  se  pré- 
sentent d'elles-mêmes  à  l'esprit.  Si  nous  avions  affaire  à  un 
explorateur  travaillant  à  ses  frais,  pour  son  propre  compte, 
la  délicatesse  exigerait  qu'aucune  publication  ne  fût  faite 
sans  son  consentement.  Mais  les  choses  sont  fort  différentes 
lorsqu'il  s'agit  d'un  service  public  de  fouilles,  payé  par  un 
gouvernement  qui  a  entrepris  ce  service,  non  pas  en  vue  des 
intérêts  particuliers  du  savant  qui  les  dirige,  mais  au  profit 
de  la  science;  elles  sont  encore  fort  différentes  si  l'on  con- 


A  PROPOS  DE  LA  DÉCOUVERTE  DE  LA  TABLE  ROYALE    409 

sidère  que,  dans  le  cas  particulier,  la  publication  porte  sur 
un  document  dont  le  directeur  des  fouilles  n'a  connu  l'exis- 
tence que  longtemps  après  sa  découverte  par  les  fellahs  em- 
ployés au  déblaiement  du  temple  d'Abydos.  La  direction 
des  fouilles  n'est  pas  uniquement  un  travail  de  dévouement, 
d'abnégation  et  de  sacrifices  :  c'est  aussi  une  fonction  fort 
enviable,  à  laquelle  sont  attachés,  à  très  juste  titre  du  reste, 
honneurs,  autorité,  émoluments;  l'œuvre  peut  être  difficile, 
mais  à  coup  sûr  elle  n'est  pas  ingrate;  le  vice-roi  n'est 
point  exposé  au  danger  de  la  voir  abandonner,  faute  de 
titulaires. 


VI 


Il  est  donc  bien  vrai  de  dire  que,  dès  l'instant  que  S.  A.  le 
vice-roi  d'Egypte,  seul  maître  des  fouilles  et  des  monu- 
ments qu'elles  produisent,  n'interdit  h  personne  le  droit 
d'étudier  ces  monuments,  de  les  copier  et  de  les  faire  servir 
au  but  général  des  fouilles,  c'est-à-dire  au  progrès  de  la 
science,  il  n'existe  aucune  considération  qui  doive  détourner 
un  explorateur  de  profiter  de  cette  faculté,  ni  l'empêcher 
d'en  faire  au  plus  tôt  profiter  tous  les  égyptologues,  alors 
surtout  qu'en  agissant  de  la  sorte  il  se  trouve  qu'on  ne  pré- 
judicie  à  aucune  publication  entreprise,  soit  par  le  gou- 
vernement égyptien,  soit  par  le  directeur  des  fouilles,  et 
qu'au  contraire  on  ne  fait  qu'arracher  des  monuments  essen- 
tiels à  l'étude,  à  une  séquestration  que  le  passé  nous  auto- 
rise k  redouter. 


VII 


Mais,  après  tout,  avons-nous  bien  entendu  le  langage 
digne  et  calme  de  l'homme  qui  réclame  contre  un  simple 
oubli  des  convenances?  Ce  vol  de  M.  Dûmichen,  cette com- 


410  REVUE  RÉTROSPECTIVE 

plîcité  de  M.  Lcpsius,  cette  indignation  de  Tlnstitut,  quelles 
passions  les  ont  improvisés  dans  les  colonnes  du  Journal 
officiel^  Qui  les  a  répétés  dans  le  journal  La  Presse^  Et, 
bien  que  la  vérité  soit  connue  depuis  longtemps,  qui  donc  a 
élevé  la  voix  en  France  pour  les  démentir  ou  même  pour 
en  atténuer  la  portée?  Qui  donc  a  averti  le  public  trompe 
que  «  le  Moniteur  a  entassé  erreur  sur  erreur;  qu'à  Tinsu 
»  de  M.  Mariette  et  sans  Ten  prévenir,  sans  en  avoir  été 
»  chargé,  ni  directement,  ni  indirectement,  sans  même  que 
»  M.  Mariette  ait  prononcé  ou  écrit  un  seul  mot  pour  le 
»  pousser  dans  cette  voie,  le  Journal  officiel  a  formulé  une 
»  accusation  indigne  de  sa  gravité  habituelle?  »  A-t-on  su 
que  0  M.  Mariette  avait  écrit  à  M.  de  Rougé  pour  se  plaindre 
»  de  l'étrange  abus  qu'on  a  fait  de  son  nom  »?  Toutes  les 
rectifications  se  sont  bornées  à  la  déclaration  que  «  la  note 
»  du  Moniteur  était  malencontreuse  !  »  Il  faudrait  étendre 
considérablement  la  signification  de  cette  expression  pour 
en  faire  découler  un  témoignage  contre  la  véracité  de  l'ar- 
ticle calomnieux  du  Journal  officiel. 

Ce  n'est  pas,  d'ailleurs,  le  seul  article  qu'ait  inspiré  le  dé- 
sappointement. On  vient  de  m'en  signaler  un  autre  qui 
montn*  toute  la  fécondité  de  l'esprit  des  mécontents.  Il 
mérite  d'être  reproduit  en  entier  dans  un  travail  destiné, 
comme  celui-ci,  à  faire  connaître  l'affaire  sous  toutes  ses 
faces;  je  l'emprunte  à  la  chronique  du  Monde  illustré  du 
25  février  1865  : 

«  Depuis  peu,  on  ne  cesse  de  crier  au  vol!  dans  le  monde 
»  intellectuel.  Romanciers,  auteurs  dramatiques,  chanson- 
»  niers  se  dénoncent  des  plagiats  quotidiens.  Les  antiquaires 
))  eux-mêmes  se  mettent  de  la  partie.  Tout  récemment,  un 
»  égyptologue  français  s'est  vu  traîtreusement  enlever  par 
»  un  Prussien  Thonneur  d'une  grande  découverte.  Il  s'agis- 
»  sait  d'une  suite  importante  d'inscriptions  permettant  d'éta- 
»  blir  un  ordre  nouveau  dans  la  suite  interminable  des 
»  dynasties  égyptiennes.  M.  Mariette  avait  fait  déblayer 


A  PROPOS  DE  LA  DÉCOUVERTE  DE  LA  TABLE  ROYALE    411 

»  ces  inscriptions  dans  le  temple  d'Abydos,  et  il  préparait  un 
»  mémoire  explicatif,  lorscju'il  se  voit  devancé  dans  un 
»  recueil  prussien.  Grande  fut  sa  stupéfaction,  car  per- 
))  sonne,  //  en  était  sûr,  n  avait  pu  marcher  ainsi  sur  ses 
»  brisées.  En  allant  aux  renseignements,  on  a  fini  par  recon- 
»  naître  l'auteur  du  méfait  en  un  Jeune  Ber^linois,  qui, 
»  après  s'être  insinué  dans  les  bonnes  grâces  de  M.  Ma- 
»  riette,  avait,  par  une  belle  nuit,  avec  Vassistance  d'un 
»  gardien  corrompu,  fait  des  estampages  qui  lui  avaient 
»  permis  plus  tard  de  tromper  son  hôte. 

»  Pour  être  bien  appréciée,  cette  indélicatesse  comporte 
»  quelques  renseignements  sur  le  personnage  (jui  en  a  été 
»  victime. 

»  Bien  que  docteur  en  droit,  bien  qu'ami  de  Daunou,  le 
»  père  de  M.  Mariette  resta  secrétaire  de  la  mairie  de  Bou- 
»  logne-sur-Mer.  Son  fils  se  contentait  du  titre  plus  mo- 
»  deste  encore  de  maître  d'études  et  de  professeur  de  dessin 
»  au  collège  de  la  ville,  lorsque  la  vue  d'un  sarcophage 
»  égyptien,  conservé  dans  le  musée  local,  décida  sa  vraie 
»  vocation.  Les  hiéroglyphes  irritèrent  sa  curiosité,  et, 
»  sans  autre  aide  qu'un  Champollion,  il  vint  à  bout  de  la 
»  satisfaire.  Son  interprétation  fut  transmise  à  Paris;  elle 
»  trahissait  des  dispositions  telles  qu'elle  intéressa  Lenor- 
»  mant.  Le  crédit  de  cet  académicien  fit  entrer  M.  Mariette 
»  comme  employé  au  Musée  du  Louvre.  En  1850,  on  l'en- 
»  voie  pour  la  première  fois  en  Egypte,  pour  acheter  des 
»  manuscrits  syriaques  que  nous  enlève  un  agent  du  Bri- 
»  tish  Muséum,  toujours  en  lice  avec  nous  dès  qu'il  s'agit 
»  d'acquisitions  de  ce  genre. 

»  Notre  hiéroglyphiste  s'en  console  noblement  par  sa 
»  grande  découverte  du  Sérapéum  de  Memphis,  qui  lui  vaut 
»  au  retour  la  croix  et  le  grade  de  sous-conservateur  du 
»  Musée  des  Antiques.  Mais,  toujours  infatigable,  il  repart. 
»  Son  énergie  et  sa  sagacité  captivent  le  vice-roi  ;  malgré 
»  une  tendresse  médiocre  pour  l'archéologie,  celui-ci  le  fait 


412  REVUE  RÉTROSPECTIVE 

»  directeur  général  de  ses  musées,  aux  appointements  de 
»  vingt-cinq  mille  francs. 

»  Il  y  avait  tout  à  créer  dans  un  pays  pauvre  en  res- 
»  sources,  M.  Mariette  sut  faire  honneur  à  sa  tâche.  Grâce 
»  à  lui,  l'Egypte  respecte  et  fait  respecter  les  ruines  gran- 
»  dioses  qui  la  rendent  célèbre. 

»  Entouré  d'une  palissade,  surveillé  par  un  gardien, 
»  chaque  monument  n'en  est  pas  moins  accessible  aux  tou- 
»  ristes.  Le  nouveau  directeur  les  protège  et  les  accom- 
»  pagne,  selon  le  cas,  dans  des  trajets  que  facilite  encore 
»  un  bateau  à  vapeur  mis  à  sa  disposition  spéciale. 

»  Par  le  seul  fait  de  leur  classement,  tous  les  débris  de 
»  cette  civilisation  primitive  ne  sont  plus  aussi  accessibles 
»  aux  convoitises  européennes.  Il  faut  que  le  vice-roi  veuille 
»  faire  réellement  acte  de  galanterie  vis-à-vis  d'un  illustre 
»  touriste  pour  lui  permettre  d'emporter  des  trophées  de  ce 
»  genre.  Aussi  dit-on  que  plus  d'un  fouilleur  avide  n'a  trouvé 
»  que  ce  qu'on  avait  bien  voulu  lui  laisser  trouver.  L'his- 
»  toire  classique  et  tout  égyptienne  du  poisson  sec  attaché 
»  au  bout  d'une  ligne  a,  plus  souvent  qu'on  ne  le  croirait, 
»  son  pendant  en  archéologie. 

»  Que  d'anecdotes  piquantes  s'offriraient  à  notre  plume 
»  si  on  ne  courait  pas  le  risque  de  froisser  de  terribles 
»  amours-propres  !  —  Les  souverains  ne  sont  pas  â  l'abri  de 
»  ces  déconvenues.  Nous  connaissons  un  roi,  aujourd'hui 
»  sans  couronne,  qui  récompensa  d'une  façon  éclatante  son 
»  cruel  mystificateur.  Celui-ci  n'avait  pas,  il  faut  le  dire  à 
»  sa  décharge,  prémédité  le  coup.  Il  fouillait  au  contraire, 
»  il  faisait  piocher  avec  ardeur  un  sol  ingrat,  lorsque  la 
»  visite  du  souverain  lui  fut  annoncée. 

»  Vite  on  court  aux  marchands  de  bric-à-brac  de  la  ville 
»  voisine,  on  achète  quelques  vases  plus  ou  moins  intacts, 
»  une  tête  de  marbre  et  une  douzaine  de  médailles;  onpro- 
»  cède  à  leur  enfouissement  nocturne  avec  le  plus  d'habileté 


A  PKOPOS  DE  LA  DÉCOUVERTE  DE  LA  TABLE  ROYALE  413 

»  possible,  et  le  lendemain  voit  une  exhumation  dont  s'émer- 
»  veille  l'Europe  savante. 

»  Le  mystificateur  était  au  pinacle,  et  tout  aurait  con- 
»  tinué  à  marcher  pour  le  mieux  s'il  eût  été  diplomate 
»  jusqu'au  bout;  mais  il  parla,  mais  il  rit  même  un  peu 
»  trop  haut  de  ses  succès,  et  il  se  vit  invité  à  les  conter 
»  plus  loin. . .  En  fait  de  médailles,  il  avait  vu  bien  d'autres 
»  revers;  son  heureuse  philosophie  n'a  pas  tardé  à  le  con- 
»  soler  de  ceux-là.  » 

VIII 

Je  serais  bien  aise  de  siivoir  ce  que  va  penser  S.  A.  le 
vice-roi  d  Egypte  des  burlescjnes  déconvenues  et  du  poisson 
sec  préparés  aux  explorateurs  scientifi(iues  de  ses  domaines, 
lorsqu'ils  ne  sont  pas  couverts  par  une  protection  que  les 
têtes  couronnées  n'obtiennent  pas  toujours.  Pour  ma  part, 
je  rirais  peut-être  de  ces  grossières  farces,  si  elles  étaient 
rapportées  dans  les  curieux  récits  du  capitaine  Speke;  mais 
lorsqu'au  lieu  des  principicules  de  l'Afrique  centrale,  il 
s'agit  du  souverain  éclairé  (jui  régénère  l'Egypte,  ces  anec- 
dotes piquantes  me  paraissent  toute  autre  chose  que  gaies. 
Liiissons  toutefois  ce  détail  ;  Ciir,  nous  rappelant  les  circons- 
tances de  la  découverte  de  la  table  royale,  nous  pourrons 
rire  tout  à  notre  aise  de  la  nouvelle  version  qu'a  prise  sous 
sa  responsabilité  le  spirituel  chroniqueur  caché  sous  le 
pseudonyme  d' Al  ter.  Ce  mémoire  de  M.  Mariette  sur  un 
monument  dont  il  ignorait  l'existence,  cet  insinuant  Berli- 
nois, cette  belle  nuit  et  ce  gardien  corrompu  sont  d'un  fan- 
tastique achevé, 

Il  est,  d'ailleurs,  bien  évident  que  ces  mensonges,  qui  l'em- 
portent en  ridicule  sur  ceux  de  l'article  du  Moniteur,  sont 
complètement  étrangers  à  l'inspiration  de  M.  Mariette.  Et 
l'on  se  tromperait  grandement  si  l'on  s'imaginait  que  les 
thuriféraires  compromettants  qui  semblent  avoir  pris  sa 


414  REVUE  KÉTROSPECTIVE 

C41USC  en  main  pcrjas  et  nefas  sont  mus,  dans  cette  violente 
croisade,  par  les  seuls  intérêts  du  savant  directeur  des 
fouilles  de  TEgypte.  L'illustration  de  M.  Mariette  est  fondée 
sur  des  titres  trop  sérieux  pour  avoir  quelque  chose  à  craindre 
de  la  divulgation  des  trésors  scientifiques  dont  Texhumation 
lui  est  due;  tout  au  contraire,  elle  ne  peut  que  s'accroître 
notablement  par  les  services  que  de  semblables  publications 
rendent  à  la  science;  le  système  du  monopole,  auquel  il  a 
eu  le  tort  de  faire  quelques  sacrifices,  lui  dira  peut-être  le 
contraire  et  cherchera  à  l'entraîner  à  des  mesures  violentes. 
Déjà  il  a  été  beaucoup  trop  fait  dans  ce  sens;  déjà  une  cer- 
taine hésitation  se  manifeste  parmi  les  égyptologues  qui 
ont  conçu  la  pensée  d'explorer  à  leur  tour  le  pays  de  leurs 
rêves.  Que  M.  Mariette  les  rassure  franchement,  ouverte- 
ment; qu'il  n'oblige  pas  la  science  à  faire  une  halte  inutile. 


IX 


Je  lis  dans  un  article  de  M.  Ch.-Km.  Ruelle,  destiné  à  an- 
noncer le  travail  à  M.  de  Rougé  sur  les  six  premières  dynas- 
ties égyptiennes,  que  la  récente  mise  en  lumière  des  tables 
de  Saqqarah  et  d'Abydos  sera  l'honneur  de  M.  Aug.  Ma- 
riette et  de  la  France.  J  ai  le  regret  de  ne  pouvoir  partager 
cette  illusion.  Séquestrée  et  tenue  cachée  pendant  plus  de 
quatre  années,  alors  que  l'ardente  curiosité  des  égypto- 
logues était  irritée  par  des  communications  pleines  de  réti- 
cences, la  liste  de  Saqqarah  n'a  vu  lo  jour  que  pour  se  perdre 
dans  Timportance  de  celle  d'Abydos;  et,  quant  à  cette  der- 
nière, je  me  demande  quelle  espèce  d'honneur  la  France  peut 
retirer  des  circonstances  qui  en  ont  accompagné  et  suivi  la 
mise  au  jour.  Heureusement  la  gloire  de  la  France  n'est 
point  solidaire  des  écarts  de  quelques  savants  déconcertés. 
Mais,  malgré  les  listes  de  Saqqarah  et  d'Abydos,  il  y  a  une 
chose  qui  demeurera  vraie,  c'est  que  M.  Mariette  est  déjà 


A  PROPOS  DE  LA  DÉCOUVERTE  DE  LA  TABLE  ROYALE  415 

et  restera  une  des  gloires  de  la  France  ;  je  n'ai  jamais  hésité 
dans  cette  appréciation.  La  génération  présente  des  égyp- 
tologues.  qui  a  vieilli  dans  l'attente  des  résultats  des  fouilles, 
passera  avant  d'avoir  pu  en  tirer  parti  ;  mais  les  générations 
qui  nous  suivront  trouveront  le  monument  tout  édifié  et 
sauront  honorer  le  nom  du  savant  qui  en  a  jeté  les  fonde- 
ments. 

Il  ne  faut  cependant  pas  s'étonner  que,  parmi  nos  con- 
temporains, il  se  rencontre  dans  l'école  de  Champollion 
beaucoup  d'impatients.  Pour  ce  qui  me  concerne,  je  confesse 
que  je  suis  de  ce  nombre,  et,  de  plus,  que  les  nouvelles  dé- 
couvertes de  M.  Mariette,  à  Assouan  et  à  Dendérah,  loin 
d'être  une  réponse  à  mes  réclamations,  ne  font  qu'accroître 
considérablement  mon  impatience.  J'ajouterai,  sîins  crainte 
d'être  démenti,  (|u'il  n'est  pas  un  seul  égyptologue  qui  ne 
soit  aussi  impatient  que  moi.  Je  dois  cependant  faire  une 
exception  à  l'égard  de  M.  le  vicomte  de  Rougé,  puisqu'il 
trouve  que  M.  Mariette  a  répondu  à  nos  plaintes,  sans  avoir, 
cependant,  encore  rien  publié  de  nouveau.  Le  savant  acadé- 
micien «  a  cru  que  la  délicatesse  l'obligeait  à  ne  point  pu- 
»  blier,  avant  M.  Mariette,  ni  la  table  de  Saqqarah  ni 
»  l'inscription  de  l'an  400  du  roi  Noubti,  quand  il  savait 
»  que  son  savant  ami  rédigeait  des  mémoires  sur  le  même 
»  sujet.  Et  il  me  demande  de  lui  permettre  de  ne  changer, 
»  sur  ce  point,  ni  de  conduite,  ni  de  manière  de  voir  ». 

Ceci  n'est  pas  mal  perfide,  surtout  pour  quiconque  n'ad- 
met pas  qu'en  manière  do  délicatesse  chacun  en  soit  juge  à 
sa  manière.  Mais  que  M.  de  Rougé  me  permette,  à  son  tour, 
de  lui  demander  où  et  quand  je  l'ai  engagé  à  violer  les  droits 
de  M.  Mariette.  C'est  de  M.  ^lariette  qu'il  tenait  ses  copies, 
et  M.  Mariette  ne  les  avait  livrées  que  sous  conditions.  Si 
je  me  plains  que  les  monuments  ne  soient  pas  publiés,  mes 
reproches  s'adressent  à  celui  qui  possède  ou  s'arroge  le  droit 
d'empêcher  cette  publication,  mais  nullement  à  celui  qui 
respecte  ou  subit  ce  droit.  M.  de  Rougé  se  trompe  s'il  croit 


\ 


f 


416  REVUE  RÉTROSPECTIVE 

être  seul  dans  cette  situation,  qu'il  faut  déplorer  sans  s'en 
faire  un  mérite. 

X 

Il  parait  que  Tinterdit  de  M.  Mariette  portait  seulement 
sur  les  textes,  mais  non  sur  l'explication  des  monuments; 
car  M.  de  Rougé  n'a  pas  senti  sa  délicatesse  engagée  lors- 
qu'il a  publié  la  traduction  de  la  stèle  de  Barkal,  l'expli- 
cation et  l'appréciation  historique  de  celle  de  l'an  400, 
appréciation  que  M.  Mariette  a  été  ensuite  obligé  de  com- 
battre, et  contre  laquelle  je  me  suis  élevé,  de  mon  côté, 
aussitôt  que  le  texte  a  été  accessible;  lorsqu'enfîn  il  a  expli- 
qué à  son  cours  la  table  royale  de  Saqqarah,  avec  des  réti- 
cences qu'un  critique  anglais  a  trouvées  regrettables,  mys- 
tificatrices même,  mais  en  ayant  bien  soin  de  constater  que 
le  savant  professeur  n'en  était  nullement  responsable.  Ces 
publications  et  ces  leçons,  que  n'accompagnaient  pas  les 
textes,  ne  se  différencient  d'ailleurs,  sous  ce  rapport,  en  au- 
cune manière,  de  quelques  autres  publications  du  même 
savant,  sur  lesquelles  ne  portait  cependant  aucune  prohibi- 
tion. Je  suis  obligé  de  relever  ce  fait  pour  contester  à  M.  de 
Rougé  le  droit  de  parler  au  nom  des  impatients,  lui  qui 
reçoit  la  communication  confidentielle  des  plus  importantes 
découvertes  de  M.  Mariette,  et  qui  les  utilise  selon  la  manière 
qui  lui  est  habituelle  pour  les  travaux  de  ce  genre.  Dans  ces 
conditions,  plus  d'un  impatient  trouverait  l'attente  suppor- 
table. Mais  je  suis  loin  de  demander  pour  moi  une  part  de 
ces  précieuses  confidences,  car  je  ne  les  accepterais  qu'avec 
l'autorisation  expresse  d'eïi  faire  immédiatement  profiter 
tous  mes  collègues  en  égyptologie. 


XI 
Oui,  M.  Mariette  est  l'une  des  gloires  de  la  France,  et  ses 


A  PROPOS  DE  LA  DÉCOUVERTE  DE  LA  TABLE  ROYALE  417 

titres  à  la  gloire  consistent  dans  le  nombre  immense  de  mo- 
numents  que  son  génie  a  su  faire  sortir  des  sables  de  TP^yptc, 
dans  lassistance  puissante  que  l'étude  de  ces  monuments, 
quand  elle  sera  possible,  apportera  aux  progrès  d'une  science 
toute  française  dans  son  origine,  mais  aujourd'hui  devenue 
universelle.  Il  ne  suffit  pas  toutefois  de  proclamer^  tardive- 
ment peut-être,  la  gloire  de  M.  Mariette,  il  fallait  s'y  asso- 
cier, il  fallait  y  associer  la  France,  qui  n'a  encore  rien  fait, 
je  lai  démontré,  pour  le  développement  de  la  découverte 
de  Champollion,  Tun  de  ses  plus  illustres  enfants.  Naguère,  et 
il  s'îigissait  alors  de  millions,  on  a  pu  dire  que  la  France 
était  assez  riche  pour  payer  sa  gloire;  serions-nous  réduits 
aujourd'hui  à  tendre  la  main  à  l'Egypte,  lorsque  quelques 
milliers  de  francs  suffiraient?  En  quoi  consistent  donc  ces 
obstacles  que  le  vice-roi  a  enfin  levés  et  qui  s'opj)osent  de- 
puis si  longtemps  à  la  publication  des  monuments?  En 
a-t-on,  par  hasard,  depuis  tant  d'années,  entretenu  nos  mi- 
nistres? Les  a-t-on  exposés  à  l'Empereur,  ce  protecteur  si 
vigilant  de  toutes  nos  gloires  nationales  ?  Qu  on  le  dise  enfin, 
et  qu'on  montre  à  M.  Mariette  que  l'on  ne  s'est  pas  contenté 
d'un  hommage  stérile  et  inactif  rendu  à  son  mérite!  Il  est 
presque  hontcnix  pour  la  France  qu'on  puisse  se  faire  une 
arme  de  la  difficulté  qu'éprouveraient  dans  notre  patrie  de 
pjireilles  publications.  Cette  difficulté,  je  la  nie.  Il  arrive 
bien  que  les  subventions  de  l'Etat  sont  absorbées  par  des 
travaux  d'une  autre  nature,  mais  cette  préférence  persis- 
tante ne  peut  résulter  (jue  de  l'appréciation  du  mérite  relatif 
des  ouvrages  recommandés.  Or,  je  le  demanderai,  depuis 
cinquante  ans,  quelle  publiciition  subventionnée  par  l'Etat 
pourrait  le  disputer  en  importance  scientifique  et  nationale 
au  recueil  dos  [Kipyrus,  inscriptions  et  monuments  de  toute 
espèce  découverts  en  Egypte  par  M.  Mariette,  depuis  treize 
années?  Il  fallait  faire  ressortir  cette  importance,  et  la  tâche 
n  était  pas  plus  difficile  que  ne  l'a  été  celle  de  décider  M.  le 
ministre  d'État  à  fournir  les  fonds  nécessaires  pour  enlever 

BlUL.   ÊGYPT.,    T.  X.  27 


418  REVUE  RÉTROSPECTIVE 

à  TAmérique  l'avantage  de  publier,  la  première,  le  fameux 
manuscrit  dans  lequel  l'abbé  Domenech  a  découvert  la 
pictographie  des  Peaux-Rouges!  Ne  calomnions  pas  la 
France,  mais  défions-nous  des  passions,  des  rivalités  et  des 
vues  intéressées,  qui  toujours  assiègent,  et  quelquefois  gas- 
pillent les  ressources  précieuses  de  TÉtat. 


XII 


M.  Mariette  n'a  pas  eu  autant  de  bonheur  que  labbc 
Domenech,  il  faut  bien  le  reconnaître.  Il  en  a  eu  moins  aussi 
que  M.  Edmond  Leblant,  dont  l'ouvrage  intitulé:  Inscrip- 
tions chrétiennes  de  la  Gaule  antérieures  au  VIII^  siècle^ 
a  été  imprimé  par  ordre  de  l'Empereur,  à  l'Imprimerie  im- 
périale, en  1856.  Cet  avantage  n'a  rien  qui  étonne  à  propos 
d'un  livre  couronné  par  l'Institut  de  France.  Mais  je  cite  ici 
cet  exemple  pour  rappeler  que  ce  recueil  comprend  les 
soixante-quatorze  inscriptions  mérovingiennes  trouvées  à  la 
chapelle  Saint-Éloi  (Eure)  par  M.  Ch.  Lenormant,  et  que 
ce  célèbre  académicien  avait  annoncées  à  l'Institut  comme 
une  découverte  rare  en  un  siècle.  Or,  cette  même  découverte 
avait  été  le  sujet  d'un  rapport  fait,  en  août  1855,  à  la  Société 
libre  d'Agriculture,  Sciences,  Arts  et  Belles-Lettres  de 
l'Eure,  par  une  commission  composée  de  Messieurs  :  le  mar- 
quis de  Blosseville,  vice-président  de  la  Société  ;  Emile  Colom- 
bel,  secrétaire  perpétuel  ;  Sauvage,  président  de  la  section  des 
Lettres  ;Dumont,  secrétaire  de  la  même  section;  Arnoux,  in- 
génieur des  ponts-et-chaussées,  secrétaire  de  la  section  d'Agri- 
culture; Lapierre,  rédacteur  en  chef  du  Courrier  de  l'Eure; 
Bourguignon,  architecte  du  département,  correspondant  de 
la  commission  des  Monuments  historiques;  Bonnin,  corres- 
pondant des  Comités  historiques  ;  l'abbé  Lebeurier,  archi- 
viste du  département,  ancien  élève  de  l'École  des  chartes, 
rapporteur.  Une  polémique  s'engagea,   et  la  Société  de 


A  PROPOS  DE  LA  DÉCOUVERTE  DE  LA  TABLE  ROYALE  419 

l'Kurc  conclut  en  ces  termes  :  «  Que  reste-t-il  de  cette  prodi- 
»  gieuse  découverte  annoncée  au  monde  avec  tant  de  bruit? 
»  Deux  fours  à  chaux  de  Tespèce  la  plus  vulgaire;  dans  leur 
»  enceinte  et  aux  alentours,  un  amas  de  moellons,  et  de  frag- 
»  ments  de  colonnes  propres  à  faire  de  la  chaux;  des  tuiles 
))  romaines  et  cpieUiues  objets  antiques;  sur  ces  fragments 
»  de  colonnes  et  sur  ces  tuiles,  des  inscriptions  dont  les  unes 
»  sont  fausses,  et  dont  les  autres  peuvent  venir  d'un  éta- 
»  blissement  voisin,  le  prieuré  de  Saint-Eloi.  Mais  il  reste 
»  invinciblement  démontré  qu'au  moyen  de  ces  inscriptions 
»  M.  Charles  Lenormant  a  bâti  un  roman  indigne  de  Sii  ré- 
))  putation  et  de  sa  science 


»  Nous  dirons  avec  plus  de  justice  que  si,  par  des  influences 
»  de  position,  M.  Charles  Lenormant  parvenait  à  détourner 
»  Tindignation  du  monde  savant  et  la  sévérité  de  l'opinion 
»  publique,  notre  travail  resterait  au  moins  comme  une  pro- 
»  testation  d'honnêtes  gens,  et  Tavenir,  il  faut  l'espérer, 
»  vengerait  la  vérité  des  complaisances  dû  présent.  » 

Notons,  en  passant,  que  la  Société  de  TF^ure  s'est  bercée, 
dans  cette  dernière  phrase,  d'une  espérance  illusoire.  Ses 
protestations  passeront,  et  les  inscriptions  de  Saint-Éloî, 
timbrées  à  raj)probation  de  Tlnstitut  de  France  dans  le 
Recueil  de  M.  Edmond  Lcblant,  demeureront  et  formeront 
titre  scientifique.  On  peut  lire,  dans  le  ciihier  de  mai  dernier 
de  la  Revue  Britannique,  une  notice  sur  les  inscriptions 
chrétiennes  publiées  par  M.  Rossi  et  par  M.  Edmond  Le- 
blant.  Au  nombre  de  celles  qui  ont  eu  l'honneur  de  la  repro- 
duction dans  cette  notice,  se  trouve  Tune  des  conquêtes  de 
M.  Lenormant  à  la  chapelle  Saint-Eloi  :  c'est  une  légende 
en  runes  germaniques,  constatant  que  Clovis  porta  réelle- 
ment le  titre  de  consul,  quoique  son  nom  ne  ligure  pas  dans 
les  Fastes.  Des  énergiques  réclamations  de  la  Société  de 
l'Eure,  des  exploits  du  faussaire  Rouillon,  pas  un  mot;  le 


420  REVUE  RÉTROSPECTIVE 

rédacteur  de  la  notice  ne  les  connaît  pas  ou  les  juge  indignes 
d'arrêter  son  attention.  Clovis  restera  donc  consul  romain, 
et  les  runes  de  M.  Lenormant  marqueront,  comme  le  dit  la 
Reoue  Britannique  à  la  suite  de  la  Revue  d'Edimbourg,  le 
cours  de  la  grande  migration  des  peuples  teutoniques  au 
rV*  et  au  V«  siècle. 

A  rencontre  de  ces  constatations  scientifiques  aussi  facile- 
ment acceptées,  il  m'est  impossible  de  ne  pas  rappeler  que 
le  même  M.  Charles  Lenormant  avait  également  enrichi  la 
science  égyptologique  d'un  très  grand  nombre  de  faits,  non 
moins  nouveaux  et  inattendus,  que  je  crois  avoir  réussi  à 
faire  disparaître  bien  définitivement  ;  s'il  existait  encore  quel- 
ques doutes  à  cet  égard,  je  suis  tout  prêt  à  reprendre  la  dis- 
cussion analytique  de  tous  les  textes  égyptiens  interprétés 
et  commentés  par  ce  savant  hardi,  et  à  montrer  qu'il  ne 
doit  rien  rester  de  ses  traductions  ni  de  ses  commentaires, 
pas  plus  en  ce  qui  touche  l'explication  du  Rituel  funéraire 
qu'à  l'égard  des  monuments  historiques  et  littéraires  de  l'an- 
cienne Egypte.  Pour  ma  part,  je  n'hésite  pas  à  penser  qu'il 
ne  doit  rien  rester  non  plus  de  ses  inscriptions  mérovin- 
giennes, mais  cela  regarde  les  sîivants  en  runes  germaniques. 
Seulement  il  s'agit  ici  de  la  question  d'affectation  des  res- 
sources de  l'Etat  à  la  publication  des  documents  originaux 
utiles  à  la  science,  et  je  m*étonne  que  les  soixante-quatorze 
inscriptions  arguées  de  faux  par  une  compagnie  de  savants 
et  d'hommes  au-dessus  de  tout  soupçon  aient  pu  trouver 
accès  dans  le  Recueil  des  Ifiscriptions  chrétiennes  de  la  Gaule, 
ouvrage  imprimé  par  ordre  de  l'Empereur,  et  cela  sans  la 
moindre  discussion  des  accusations  graves  qui  les  rendent 
si  justement  suspectes.  Qu'on  n'en  appelle  donc  pas,  je  le 
répète  encore  une  fois,  aux  lenteurs  et  aux  difficultés  qu'é- 
prouvent en  France  de  pareilles  publications;  n'est-il  pas 
manifeste  qu'il  suffit  de  la  bonne  volonté  ou  des  secrets 
désirs  d'un  savant  en  crédit,  et  que  si,  par  ce  moyen,  des 
documents  très  critiquables  ont  vu  le  jour,  à  plus  forte 


A  PROPOS  DE  LA  DÉCOUVERTE  DE  LA  TABLE  ROYALE  421 

raison  aurait-on  pu  faire  paraître  des  textes  et  des  monu- 
ments que  Ton  proclame  devoir  être  une  des  gloires  de  la 
France? 


XIII 


J'ai  dit  dans  mon  premier  article  (§  XXII)  que  la  science 
pouvait  compter  sur  la  collection  de  textes  recueillis  par 
M.  DiimiclienV  Ce  n'est  pas  que  j'aie  été,  sous  ce  rapport, 
dans  les  coniidences  de  ce  savant  ;  ce  n'est  pas  que  je  me  sois 
imaginé  qu'il  aurait,  moins  que  d'autres,  besoin  de  litho- 
graphes et  de  ressources  financières;  mais  j'étais  convaincu 
(lue  M.  Dùmichen,  envoyé  par  son  souverain  pour  pro- 
curer des  matériaux  à  la  science,  remplirait  cette  honorable 
mission  de  la  seule  manière  à  mon  avis  convenable.  Or,  en 
même  temps  que  j'exprimais  ma  conviction  à  cet  égard,  le 
jeune  égyptologue  allemand  écrivait  ces  paroles  :  «  Sans 
»  fouiller,  sans  dérober,  j'ai  trouvé  des  richesses  scienti- 
»  fiques  jusqu'alors  inconnues;  j'ai  fait  une  récolte  considé- 
»  rable,  que  je  ne  tiirderai  pas  à  mettre  sous  les  yeux  des 
»  gens  de  lettres.  » 

M.  de  Rougé  a  aussi  fait  une  récolte  considérable;  c'est 
lui  qui  nous  l'apprend  dans  son  rapport  à  M.  le  Ministre  de 
l'Instruction  publique:  Six  volumes  d'inscriptions  inédites, 
copiées  à  la  main  ;  deux  cent  vingt  planches  photographiées, 
tel  est  l'inventaire  d'une  «  mission  organisée  par  les  Minis- 
»  tères  d'État  et  de  l'Instruction  publique,  sous  l'inspiration 
»  de  Sa  Majesté  o.  Quant  aux  progrès  que  doivent  apporter 
à  la  science  ces  précieux  matériaux,  ils  sont  très  considé- 
rables, nous  dit  le  savant  académicien,  et  personne  n'en 
saurait  douter,  ne  fût-il  même  question  que  v  des  additions 
»  heureuses  et  des  corrections  importantes  aux  textes  de- 

1.  Voir  plus  haut.  p.  389-390  du  présent  volume.  —  G.  M. 


422  REVUE  RÉTROSPECTIVE 

»  venus  classiques  dans  la  science  »,  signalées  à  la  page  16 
du  Rapport. 

Je  me  suis  demandé  avec  anxiété  si  les  égyptologues 
seraient  admis  au  partage  de  ces  trésors,  dont  M.  de  Rougé 
est  loin  d'exagérer  la  haute  valeur,  ou  si  Técole  entière  de 
Champollion  devait  être  condamnée  à  se  servir  indéfiniment 
encore  de  textes  reconnus  erronés  par  un  juge  compétent. 
Je  constatais  avec  regret  que  M.  de  Rougé  se  borne  à  an- 
noncer à  Son  Excellence  «  un  rapport  plus  détaillé,  où  seront 
»  développés  les  faits  nouveaux  que  Tétude  des  inscriptions 
»  lui  auront  successivement  révélés  »  (page  24  du  Rap- 
port) . 

Une  courte  digression  est  ici  nécessaire.  Au  nombre  des 
documents  sortis  des  fouilles  de  M.  Mariette,  et  dont  nous 
devons  la  révélation  à  M.  Dûmichen.  est  une  liste  de  nomes 
où,  pour  la  première  fois,  l'on  trouve  inscrite  la  ville  de 
Soutensinen,  qui  y  figure  comme  capitale  du  XX«  nome  de 
la  Ilaute-Kgypte.  Divers  rapprochements  ingénieux  avaient 
conduit  M.  le  docteur  Brugsch  à  reconnaître  dans  Souten- 
sinen le  nom  égyptien  de  Toasis  d'Ammon,  et,  moi-même, 
j*ai  partagé  et  soutenu  les  vues  du  savant  allemand  à  la 
suite  du  déchiffrement  de  certaines  mentions  empruntées  au 
papyrus  de  Berlin  n**  2,  d  après  lesquelles  la  ville  en  ques- 
tion apparaissait  comme  voisine  d'une  contrée  dite  «  la  C4im- 
pagnede  sel  »\  En  vertu  d  autres  renseignements  dont  il 
éfciit  seul  juge,  puisque  le  texte  en  est  resté  inédit  entre  ses 
mains,  M.  de  Rougé  a  suggéré  l'idée  que  Soutensinen  devait 
correspondre  à  Héracléopolis,  et  la  publication  de  M.  DO- 
michen  donne,  selon  toute  apparence,  raison  à  cette  conjec- 
ture du  savant  académicien.  Or,  l'un  des  principaux  motifs 
qui  avaient  fait  songer  à  l'oasis  d'Ammon,  c'est  qu'un  texte 
parle  d'un  personnage  qui  s'embarqua  sur  le  Ouat-oer  pour 
aller  à  Soutensinen.  Ouat-oer  est  très  certainement  le  nom 

1.  Voir  plus  haut,  p.  304-319  du  présent  volume.  —  G.  M. 


A  PROPOS  DE  LA  DÉCOUVERTE  DE  LA  TABLE  ROYALE  423 

de  la  Méditerranée;  mais  il  n'y  a  pas  à  songer  à  cette  mer 
lorsqu'il  est  question  d'un  voyage  dans  la  Haute-Egypte.  En 
reconnaissant  que  Soutensinen  est  la  capitale  du  XX*  nome, 
il  faut  donc  aussi  reconnaître  que  la  dénomination  de  Ouat- 
oer  n'a  pas  une  signification  aussi  restreinte  qu'on  l'avait 
cru.  Autour  de  ce  point  de  difficulté  se  groupent  une  foule 
de  questions  intéressantes  que  les  monuments  se  chargeront 
quelque  jour  de  résoudre.  J'ai  vu,  il  y  a  déjà  plusieurs  an- 
nées, entre  les  mains  d'un  égyptologue  parisien,  la  copie  d'un 
magnifique  tableau  provenant  des  fouilles  de  M.  Mariette,  & 
El-Assassif .  Le  chef  de  Pount,  accompagné  de  son  fils  et  de 
son  épouse  dont  les  proportions  rappellent  l'excessive  obé- 
sité qui  constitue  la  distinction  des  femmes  chez  quelques 
tribus  de  l'Afrique  équatoriale,  viennent  rendre  hommage  au 
Pharaon  et  lui  amènent  des  présents  de  toutes  sortes,  parmi 
lesquels  on  remarque  des  singes  de  plusieurs  espèces  et 
l'animal  encore  inconnu,  nommé  tasem;  les  barques,  leur 
gréement,  leur  chargement,  sont  admirablement  figurés, 
et  Tensemblc  du  tableiiu  et  de  ses  légendes  constitue  l'un 
des  monuments  les  plus  curieux  et  les  plus  instructifs  que 
nous  ait  légués  la  vieille  Egypte.  Dans  l'une  de  ces  légendes 
on  lit  ce  qui  suit  : 

«  Navigation  sur  le  Ouat-oer,  départ  heureux  pour  le 
»  Ncter-to,  abordage  en  paix  à  Pount,  des  troupes  du  sei- 
»  gneur  du  monde  »,  etc. 

Ici  le  Ouat-oer,  qui  conduit  à  Pount  et  àNeter-to,  semble 
désigner  la  mer  Rouge.  Mais  ce  texte  précieux  n'a  pas  vu 
la  lumière.  Si  Tégyptologue  qui  le  possède  consent  à  nous 
expliquer  pourquoi  la  publication  en  a  été  entravée,  M.  de 
Rougé  ne  s'étonnera  pas  de  la  liberté  que  j'ai  prise  de  lui 
demander  s'il  n'a  été  autorisé  à  copier  que  pour  son  usage 
particulier.  C'est,  cependant,  à  propos  de  cette  question  que 
le  savant  académicien  parle  de  suppositions  étranges,  de  pa- 
roles dont  il  faut  faire  justice,  d'insinuation  qui  exige  une 
réponse  connue  partout.  Où  sont  les  suppositions?  Où  se 


424  REVUE  RÉTROSPECTIVE 

trouve  rinsînuation  ?  J'ai  demandé  à  M.  de  Rougé  s'il  avait 
Tautorisation  de  publier  ses  copies;  cette  question,  je  la 
répète  encore  et  j'en  ajoute  une  seconde  :  S'il  y  est  autorisé, 
M.  de  Rougé  fera-t-il  cette  publication?  Il  peut  répondre  : 
Ces  textes  m'appartiennent  et  je  les  garde;  que  ceux  qui 
me  les  envient  obtiennent  comme  moi  une  mission  et  des 
subventions,  et  aillent  les  chercher  en  Egypte.  Nous  nous 
résignerons  alors,  mais  non  sans  regret,  et,  comme  nous  y 
sommes  du  reste  fort  habitués,  nous  nous  tournerons  vers  les 
savants  étrangers,  vers  M.  Brugsch,  qui  annonce  la  troisième 
partie  de  son  Recueil  ;  vers  M.  Dùmichen,  qui  nous  fait  aussi 
une  promesse  à  courte  échéance. 

Que  les  lecteurs  ne  prennent  pas  le  change.  Il  ne  s'agit 
point  ici  de  l'intérêt  des  cours  de  M.  de  Rougé.  Heureux  les 
hommes  studieux  qui  peuvent  en  profiter,  surtout  si  le  savant 
professeur  a,  comme  il  l'aflSrme,  vidé  pour  eux  ses  porte- 
feuilles !  Quelques-uns  de  ces  hommes  studieux  seront  sans 
doute  un  jour  dos  égyptologues  sérieux,  et  voudront  bien 
nous  dire  alors  comment  ils  le  sont  devenus;  quant  à  présent, 
je  parle  au  nom  des  égyptologues,  et  je  réclame,  non  des 
dissertations  orales,  mais  des  textes  avec  ou  sans  disserta- 
tions écrites. 

XIV 

M.  de  Rougé  prend  la  peine  de  justifier  son  activité  scien- 
tifique et  rintérùt  de  ses  leçons  au  Collège  de  France;  c'est 
une  manière  fort  simple  de  m'attribuer  le  ridicule  de  les  avoir 
attaqués.  Le  public,  qui  a  toutes  les  pièces  en  mains,  appré- 
ciera cette  insinuation,  au  moyen  de  laquelle  l'éminent 
professeur  se  dispense  d'introduire,  dans  sa  réponse,  un 
seul  mot  relatif  aux  six  volumes  d'inscriptions  copiées  à  la 
main  qu'il  a  annoncées  et  dont  il  a  fait  pressentir  la  grande 
importance:  «  Fallait-il  subir,  ainsi  s'exprime  M.  de  Rougé, 
))  des  lenteurs  inévitables,  quand  il  s'agit  de  demander  une 


A  PROPOS  DE  LA  DÉCOUVERTE  DE  LA  TABLE  ROYALE  425 

»  subvention  spéciale;  je  ne  lai  pas  cru,  et  la  générosité  du 
»  photographe  habile  qui  m  avait  accompagné,  ainsi  que  le 
»  courage  d'un  savant  professeur,  M.  Samson,  ont  résolu  le 
))  problème.  » 

Or,  le  problème  résolu  consiste  dans  la  publication  d'un 
album  de  soixante-six  planches  contenant  cent  cinquante- 
cinq  photographies  :  «  Vues  des  temples,  statues  et  autres 
objets  d'art,  bas-reliefs  et  inscriptions,  tout  est  également 
réussi  ».  Les  inscriptions,  ainsi  que  nous  l'apprend  l'annonce 
commerciale  do  l'album,  proviennent  du  temple  d'Edfou  et 
du  Musée  du  Caire.  Les  égyptologues  qui  pourront  consîi- 
crer  quatre  cents  francs  à  cette  splendide  public>;ition,  se 
rendront  compte  du  nombre  des  textes  qu'elle  contient, 
abstraction  faite  des  monuments,  statues,  etc.;  mais,  dès  k 
présent,  je  me  demande  quel  rapport  il  peut  exister  entre 
ce  choix  limité  d'inscriptions  «  et  la  récolte  si  abondante 
»  qu'une  longue  vie  de  travail  ne  suffirait  pas  à  l'épuiser  ». 

Ce  qu'il  est  possible  de  comprendre  dans  les  explications 
fournies  par  M.  de  Rougé,  c'est  qu'il  n'a  pas  cru  devoir  sol- 
liciter une  subvention  du  Ministère,  et  qu'il  s'agissait,  dans 
tous  les  cas,  non  de  ces  copies  de  textes,  mais  des  photo- 
graphies de  M.  de  Banville.  M.  de  Banville  a  généreusement 
levé  la  difficulté  en  faisant  l'avance  des  fonds  nécessaires 
pour  la  préparation  d'un  album  dont  l'honneur  me  semble 
devoir  revenir  en  entier  à  cet  habile  photographe.  Il  est 
juste  d'applaudir  à  cette  publication,  mais  les  questions  que 
j'ai  posées  n'en  subsistent  pas  moins  dans  toute  leur  portée. 


XV 


Si  quelques  avances  d'argent,  quelques  sacrifices  môme, 
sont  indispensables  pour  des  collections  de  textes  d'une  cer- 
taine importance,  tel  n'est  pas  le  cas  quand  il  s'agit  d'un 
petit  nombre  de  planches  destinées  à  accompagner  des  mé- 


426  REVUE  RÉTROSPECTIVE 

moires  scientifiques.  Tous  mes  travaux  de  ce  genre  ont  été 
acceptés,  avec  les  planches  nécessaires  et  sans  sacrifice  de 
ma  part,  partout  où  ils  ont  été  imprimés,  et  en  particulier 
dans  la  Reçue  arc/iéolofjûjiie.  C'est  donc  à  d'autres  motifs 
qu'il  faut  attribuer  la  suppression  des  textes  dans  un  si 
grand  nombre  de  publications.  J'ai  signalé  les  inconvénients 
de  cette  suppression;  on  peut  dire,  d'ailleurs,  qu'ils  sautent 
aux  yeux.  Aussi  est-ce  un  devoir  étroit  pour  la  critique 
de  les  relever  sans  relâche,  jusqu'à  ce  qu'on  ait,  enfin,  con- 
senti à  traiter  les  hiéroglyphes  comme  on  traite  toute  autre 
langue  morte. 

Une  publication  récente  vient  de  faire  ressortir  ces  incon- 
vénients d'une  manière  tout  à  fait  frappante.  Je  veux  parler 
d'une  très  bonne  dissertation  de  M.  de  Rougé  fils  sur  les 
textes  géographiques  d'Edfou,  dont  la  première  partie  est 
imprimée  dans  le  cahier  de  mai  de  la  Revue  archéologique. 
Quoique  je  ne  partage  pas  toutes  les  vues  de  l'auteur,  je  suis 
heureux  de  rendre  justice  à  la  méthode  suivie  par  ce  nouvel 
adepte  de  la  science  égyptologique  et  d'acclamer  un  heureux 
début,  qui  n'aura  pas  à  compter  avec  les  obstacles  par  les- 
quels la  marche  de  tant  d'autres  est  entravée. 

M.  d(»  Rougé  fils  a  lu  dans  les  textes  qu'il  analyse,  mais 
dont  aucune  copie  n'accompagne  son  mémoire,  que  huit 
peuples  étrangers,  voisins  de  l'Egypte,  sont  désignés,  cha- 
cun en  particulier,  par  l'expression  bien  connue  de  Neuf 
Arcs^  et  il  en  tire  la  conséquence  que  ce  terme  qu'on  a  cru 
s'appliquer  à  un  groupe  déterminé  de  neuf  peuples,  est  tout 
simplement  une  dénomination  générale  pour  les  nations 
étrangères,  dans  laquelle  le  nombre  neuf  n'est  qu'un  pluriel 
d'excellence. 

Or,  les  mêmes  inscriptions  font  le  sujet  d'une  disserta- 
tion insérée  par  M.  Brugsch  dans  le  numéro  d'avril  du 
journal  égyptologique  de  Berlin;  c'est  une  circonstance  très 
heureuse  que  celle  qui  rapproche  ainsi,  sur  un  même  sujet, 
deux  niéinoires  4'une  véritable  valeur  et  tout  à  fait  in^é- 


A  PROPOS  DE  LA  DÉCOUVERTE  DE  LA  TABLE  ROYALE  427 

pendants  Tun  do  Tautro,  car  les  divergences  inévitables  en 
pareil  cas  sont  pres(|uo  toujours  Toccasion  de  discussions  et 
d'éclaircissements  utiles  au  progrès. 

Au  lieu  de  Texpression  Neuf  Arcs  (ju'a  vue  M.  de  Rougé 
fils,  M.  Brugsch,  d'après  une  copie  de  M.  DOmiclien,  a  lu 
celle  de  Huit  Arcs;  si  M.  Dûniichen  ne  s'est  pas  trompé,  il 
serait  bien  ac(juis  que  les  Egyptiens  nommaient  Neuf  Arcs 
un  groupe  de  neuf  peuples,  et  Huit  Arcs^  un  groupe  de  huit, 
comme  c'est  précisément  le  cas  dans  l'inscription  étudiée  par 
les  deux  savants.  Ainsi  s'évanouirait  absolument  la  signili- 
C4ition  générale  entrevue  par  M.  de  Rougé  fils. 

Dans  un  autre  passage,  le  jeune  égyptologue  trouve  la 
mention  des  «  Barbares  du  Nord,  du  pays  du  Nord,  nom 
))  qu'on  donne  aux  nations  de  Syrie  (Kharu)  ».  M.  Brugsch, 
au  contraire,  y  a  vu  :  «  le  Iluit-Peuples'  du  sud  du  pays 
»  s(îptentrional,  nom  des  Kharu  ».  La  donnée  géographicjue 
présente,  comme  on  le  voit,  une  différence  très  notable,  et 
M.  Brugsch  serait  dans  le  vrai  si  le  texte  qu'il  reproduit 
d'après  M.  Diimichen  est  exact;  mais  M.  de  Rougé  fils 
dispose  de  photographies  qui  ne  sauraient  l'avoir  égaré,  s'il 
les  a  bien  regardées.  Que  l'erreur  soit  de  son  côté  ou  qu'elle 
provienne  de  M.  Brugsch,  elle  aurait  été  évitée  si  ces  savants 
avaient  copié  leur  texte  pour  le  faire  lithographier  à  l'appui 
de  leurs  dissertations;  il  s'agit  en  effet  d'un  groupe  huit  fois 
répété,  sur  lequel  il  serait  impossible  de  se  tromper  huit  fois 
consécutives.  En  attendant  que  les  photographies  de  M.  de 
Banville  tranchent  la  question,  la  science  ne  peut  enregistrer 
ni  les  unes  ni  les  autres  des  solutions  proposées. 


XVI 


Notre  incertitude  ne  doit  pas  être  de  longue  durée  à 


1.  Comme  nous  disons  un  cent-suisse.  un  oent-garde. 


428  REVUE  RÉTROSPECTIVE 

l'égard  de  ce  que  disent  réellement  les  textes  géographiques 
d'Edfou  ;  mais  je  ne  serais  pas  embarrassé  pour  citer  un 
grand  nombre  de  cas  d'erreurs  de  vieille  date  et  dues  tou- 
jours à  la  même  cause,  c'est-à-dire  à  la  suppression  des  textes 
originaux.  Ce  sujet  sera  traité  ailleurs  d'une  manière  plus 
scientifique  et  avec  les  développements  qu'il  comporte,  mais 
je  dois,  dès  à  présent,  relever  un  mot  injuste  échappé  à 
M.  le  professeur  Munk,  dans  son  discours  d'ouverture  du 
cours  de  langue  hébraïque,  chaldaïque  et  syriaque  au  Collège 
de  France.  Ce  savant  discute  avec  beaucoup  d'autorité  l'opi- 
nion de  M.  Renan,  qui  avait  attribué  à  la  rac«  sémitique 
tout  entière  l'instinct  du  monothéisme;  il  établit  victorieu- 
sement, selon  moi,  cette  vérité,  consolante  pour  quiconque 
aime  à  sentir  la  main  de  Dieu  dans  Thumanité,  que>  «  dans 
»  le  monothéisme  d'Abraham  et  de  Moïse,  on  ne  peut  voir 
»  qu'un  fait  providentiel,  l'intervention  directe  de  la  Pro- 
»  vidence  dans  les  destinées  de  la  race  humaine  ».  M.  Munk 
dit  avec  raison  que  la  sagesse  des  prêtres  égyptiens  nous  est 
peu  connue;  mais  où  a-t-il  pris  que  le  Rituel  funéraire  n'est 
qu'un  galiinath  ias  ?  Ignorerait-il  que  les  égy ptologues  ne  sont 
pas  encore  parvenus  à  se  mettre  d'accord,  même  sur  le 
titre  général  du  Livre  funéraire,  et  qu'à  plus  forte  raison  il 
n'en  existe  aucune  partie  de  quelque  importance  dont  la 
traduction  soit  reconnue  acceptable?  La  tâche  est  rude  et 
peut  être  comparée  à  celle  qui  aurait  pour  objet  d'analyser 
un  commentaire  rabbinique  du  Maasè  merkaba,  s'il  arrivait 
que  l'hébreu  et  le  chaldéen  devinssent  des  langues  aussi 
imparfaitement  connues  que  les  hiéroglyphes.  Telle  qu'elle 
fut  exposée  à  Cambyse  par  le  restaurateur  du  temple  de 
Saïs,  la  doctrine  égyptienne  n'a  certainement  rien  de  com- 
mun avec  la  majestueuse  simplicité  de  la  révélation  sinaï- 
tique,  mais  cette  exposition  même  n'a  pas  encore  été  bien 
comprise.  Et,  faute  de  posséder  le  texte,  les  lecteurs  du 
mémoire  de  M.  de  Rougé  sur  les  inscriptions  de  la  statuette 
naophore  ont  admis  sans  suspicion  que  n  le  dieu  Soleil  est 


A  PROPOS  DE  LA  DECOUVERTE  DE  LA  TABLE  ROYALE  42Ô 

»  un  premier-né  qui  n'est  pas  engendré,  mais  seulement 
»  enfanté».  Or,  le  texte  dit,  selon  moi,  toute  autre  chose. 
Il  est  faux,  d'ailleurs,  que  les  Égyptiens  aient  cru  que  tous 
les  scarabées  étaient  mâles  et  qu'ils  aient  fait  de  cet  insecte 
le  symbole  exclusif  de  la  génération  paternelle;  il  n'est  pas 
vrai  davantage  (jue,  pour  ce  peuple  éclairé,  les  vautours 
fussent  tous  femelles  et  conçussent  en  s  exposant  au  vent. 

Je  voudrais  bien  que  les  savants  fussent  pénétrés  d'un 
grand  principe,  «  c'est  qu'il  est  périlleux  de  toucher  à  la 
»  science  égyptienne  sans  bien  connaître  les  hiéroglyphes  »  ; 
il  en  est  un  autre  non  moins  imporbmt,  qui  s'adresse  plus 
spécialement  aux  égy ptologues,  «  c'est  qu'ils  doivent  refuser 
»  toute  confiance  aux  notions  présentées  comme  résultant  de 
»  l'explication  des  textes,  aussi  longtemps  que  les  textes  leur 
»  seront  tenus  cachés  ». 


XVII 

Des  erreurs  comme  celle  que  je  signale  abondent  dans 
toutes  les  traductions;  il  n'en  saurait  être  différemment, 
puisque  nous  ne  connaissons  piis  à  beaucoup  près  la  moitié 
des  mots  de  la  langue,  et  qu'il  n'est  peut-être  aucun  terme 
égyptien  dont  toutes  les  acceptions  nous  soient  nettement 
révélées;  mais  le  progrès  est  incessant  et  découle  exclusi- 
vement de  l'étude  directe  des  textes;  l'erreur  d'aujourd'hui 
se  rectifiera  demain  peut-être,  si  le  traducteur  ne  met  pas 
les  égyptologues  dans  l'impossibilité  de  l'apercevoir.  Un 
exemple  rendra  ce  fait  très  sensible  :  lorsque  j'ai  traduit  le 
Papyrus  magique  Ilarris,  la  découverte  de  plusieurs  formes 
négatives  n'avait  pas  encore  été  faite,  et  ces  formes  étaient 
toujours  rendues  par  Taffirmatif.  Elles  sont  maintes  fois 
répétées  dans  l'écrit  magique,  et  l'on  conçoit  aisément  à 
quel  point  ma  traduction  a  dû  être  fautive  dans  les  passages 
correspondants.  Mais  un  fac-similé  du  texte  accompagnait 


430  REVUE  RÉTROSPECTIVE 

ma  publication,  et  chaque  investigateur  a  pu,  selon  la  marclie 
du  progrès  et  ses  observations  personnelles,  reconnaître  et 
rectifier  les  erreurs.  Quand  la  chance  de  se  tromper  est  en- 
core si  grande,  même  pour  les  plus  exercés,  quand  des  tra- 
ductions d^imagination  pure,  faisant  leur  chemin  dans  le 
monde  savant,  éveillent  contre  notre  science  au  moins  de 
légitimes  susceptibilités,  il  me  sera  bien  permis  de  dire 
qu'il  est  une  seule  voie  loyale  et  sûre  :  «  La  publication  des 
»  textes  originaux  avec  les  explications  qu'on  en  donne,  au 
»  moins  lorsque  ces  textes  n'ont  jxis  été  publiés  ailleurs.  » 
Cette  voie,  je  lai  constamment  suivie  et  ne  m'en  écarterai 
jamais.  Si  Ton  persiste  à  parler  de  difficultés,  je  demanderai 
tout  simplement  quelle  espèce  de  difficulté  ne  pèse  pas  sur 
moi  plus  que  sur  tout  autre  égyptologue.  Des  ouvrages  que 
j'entreprends  aujourd'hui,  d'autres  pour  lesquels  on  a  bien 
voulu  me  consulter,  prouveront  bientôt  qu'il  n'existe  en 
réalité  d'obstacles  que  dans  les  vues  particulières  des  au- 
teurs. 

XVIII 

La  belle  science  dont  le  monde  est  redevable  au  génie  de 
Champollion  n'est  le  domaine  exclusif  de  personne,  et  je 
crois  posséder,  autant  que  tout  autre,  le  droit  de  réclamer 
la  suppression  des  écluses  qui  barrent  devant  moi  le  courant 
de  l'information  scientifique;  les  hommes  studieux,  pour 
qui  la  science  est  un  but  et  non  un  moyen,  diront  si  mes 
réclamations  sont  opportunes.  Tel  n'a  pas  été  l'avis  d'un 
rédacteur  du  journal  La  Presse,  M.  Georges  Bell,  qui  s'ex- 
prime ainsi,  dans  le  numéro  du  10  avril  de  ce  journal,  à 
propos  de  ma  Revue  rétrospective  : 

«  M.  Aug.  Mariette  fait  des  fouilles  avec  privilège  exclu- 
»  sif .  Il  découvre  un  monument  très  curieux  pour  la  science. 
»  Quelqu'un  se  trouve  dans  le  voisinage,  copie  l'inscription, 
»  l'envoie  à  Berlin,  où  elle  est  publiée,  sans  même  que  le 


A  PROPOS  DE  LA  DÉCOUVERTE  DE  LA  TABLE  ROYALE  431 

»  nom  de  M.  Mariette  soit  prononcé.  Au  nom  de  lu  science, 
»  M.  F.  Chabas  excuse  ce  procède».  Elle  a  profité  de  lapubli- 
»  cation  de  Berlin.  Libre  à  lui  de  penser  ainsi;  mais  en 
»  France,  généralement,  nous  avons  d'autres  idées,  même 
»  sur  les  convenances  scientifiques.  » 

M.  Georges  Bell  s'associe  aux  rédacteurs  de  l'article  du 
Moniteur  et  du  Monde  illustré;  puis  il  s'écrie  :  «  Nous 
autres  Français  !  »  Je  lui  laisse  tout  l'avantage  de  cette 
situation,  et  j'accepte  avec  orgueil  l'ostracisme  dont  il  me 
frappe.  Mais  si  de  longs  services  civils  et  scientifiques,  qui 
ont  au  moins  le  mérite  de  n'avoir  jamais  coûté  un  seul 
centime  à  l'Ktat,  ne  portent  pas  atteinte  à  une  indiscutable 
nationalité  d'origine,  je  chercherai  une  place  parmi  les  Fran- 
çais qui  pensent  (ju'on  peut  être  juste  envers  les  savants 
étrangers  sans  compromettre  les  gloires  de  notre  patrie,  et 
qui  trouvent  la  tâche  de  concilier  les  vieilles  rancunes  inter- 
nationales plus  utile  et  plus  noble  que  celle  de  les  raviver. 


XIX 


La  presse  périodique  exerce  un  droit  légitime  lorsqu'elle 
prend  part  aux  polémiques  scientifiques;  à  mon  avis,  c'est 
même  plus  qu'un  droit,  c'est  un  devoir.  En  présence  d'une 
publicité  impiirtiale  et  sévère,  les  abus  hésiteraient  à  se  pro- 
duire, et  la  science  ne  serait  pas  aussi  souvent  compromise 
par  d'audacieuses  tentatives  ou  par  de  déplorables  erreurs. 
Afin  qu'un  chapitre  essentiel  ne  manque  pas  à  l'histoire  lit- 
téraire de  notre  époque,  je  crois  devoir  rappeler  ici  quelques 
publications  qui  ne  doivent  pas  être  oubliées.  Je  comprends 
l'enthousiasme,  l'entraînement  de  la  science,  et  j'en  absous 
volontiers  les  erreurs;  mais  c'est  à  la  condition  que  ces 
erreurs  ne  seront  pas  maintenues  et  ne  s'imposeront  pas 
peu  h  peu  comme  des  vérités  scientifiques.  A  ce  point  de 
vue,  voici  quelques  indications  bibliographiques  dont  la 


432  ilEVUE  RÉTROSPECTIVE 

critique  indépendante  ferait  bien  de  discuter  les  résultats  : 

I.  Les  Livres  ches  les  Égyptiens^  piir  M.  F.  Lenormant. 
1®'  article,  le  Correspondant,  25  février  1857. 
2*  article.  ibid,,  25  février  1858. 

II.  Le  Rituel  funéraire  des  anciens  Égyptiens,  fragments 
traduits  pour  la  première  fois  sur  les  papyrus  hiéro- 
glyphiques, par  M.  Ch.  Lenormant. 

Traduction  et  analyse  de  Tinscription  d'Ibsam- 
boul,  par  F.  Chabas  Reçue  archéologique,  t.  XV, 
p.  593  et  699  [p.  1-62  du  présent  volume]);  Sur 
les  Papyrus  hiératiques,  par  M.  C.  Wycliffe  Good- 
win  :  1^'  article,  Reçue  archéologique,  1860;  2®  ar- 
ticle, ibid.,  1860  [cf.  p.  63-106  du  présent  volume]; 
Obsercations  sur  le  chapitre  VI  du  Rituel,  par 
F.  Chabas  [cf.  p.  229-247  du  présent  volume]. 

III.  Découverte  d'un  cimetière  mérovingien,  par  M.  Ch. 

Lenormant. 

IV.  U Athenœum  français,  7  octobre  1854,  p.  937. 
V.  Le  Moniteur  universel,  7  novembre  1854. 

VI.  Le  Correspondant,  année  1854,  p.  116. 

* 

VII.  Inscriptions  chrétiennes  de  la  Gaule,  antérieures  au 

VIII^  siècle,   ouvrage  couronné  par  Tlnstitut  de 
France:  texte,  p.  186-224;  fig.  62  et  suivantes. 

Rapports  sur  la  Découverte  d'un  prétendu  cime- 
tière mérovingien,  à  la  chapelle  Saint-Éloi  (Eure), 
par  M.  Ch.  Lenormant,  insérés  dans  le  Recueil  des 
travaux  de  la  Société  libre  d'Agriculture,  Sciences, 
Arts  et  Belles-Lettres  de  VEure,  t.  IV.  Premier 
rapport,  p.  297;  deuxième  rapport,  p.  312;  un 
dernier  mot,  p.  337;  appendice,  p.  345. 

VIII.  Manuscrit  pictographique  américain,  précédé  d'une 

Notice  sur  l'idéographie  des  Peaux-Rouges,  par 
jVI.  l'abbé  Em.  Domenech.  Paris,  Gide,  1860,  in-8^ 


A  PROPOS  DE  LA  DECOUVERTE  DE  LA  TABLE  ROYALE  433 

IX.  Notice  bibliographique  sur  cet  ouvrage.  Revue  ar- 
chéologique, 1861,  p.  182. 

X.  La  Vérité  sur  le  Livre  des  Sauvages,  par  l'abbé  Em. 
Domenech.  Paris,  Dentu,  1&64. 

Galette  d'Augsbourg,  20  juin  1861  :  Einelitcra- 
rische  Mystijication  ohne  gleichen. 

Le  journal  Le  Temps,  du  6  juillet  1861  :  Cour- 
rier  de  Paris  de  l'Indépendance  belge,  etc.,  etc. 

Chalon-sur-Saône,  15  juin  1865. 


La  publication  de  ce  second  mémoire  décida  M.  de  Rougé  à 
insérer  dans  la  Revue  archéologique  une  lettre  nouvelle^  dont  roici 
le  texte  *  ; 

Monsieur, 

Une  seconde  brochure  de  M.  Chabas  m'oblige  à  vous  demander 
encore  l'insertion  d'une  courte  réponse.  Je  n'ai  plus  à  parler  de 
convenance  ou  de  délicatesse,  et  c'est  fort  heureux  pour  moi,  car 
il  parait  que  cela  me  rend  perfide!  C'est  M.  ('habas  qui  trouve 
sous  sa  plume  cette  jolie  expression,  et  l'on  doit  convenir  qu*elle 
ne  fait  pas  dissonance  avec  le  ton  général  de  sa  brochure. 
M.  Chabas  est  obligé  de  reconnaître  aujourd'hui  que  ma  rectifica- 
tion avait  été  insérée  au  Moniteur  le  9  février,  c'est-à-dire  bien 
avant  la  date  de  ses  accusations.  Mais  il  ne  Tavait  pas  lue:  on  n'a 
jamais  lu  les  rectifications,  et  c'est  là  un  des  grands  inconvénients 
des  fausses  nouvelles  !  La  conséquence  naturelle  eût  été  de  recon- 
naître loyalement  qu'on  s'était  trompé  en  me  faisant  complice  de 
M.  Mariette,  pour  dérober  au  public  pendant  un  an  la  connaissance 
d'un  monument,  qu'en  fait  nous  n'avions  vu  ni  Tun  ni  Tautre. 
Mais  M.  Chabas  l'entend  autrement,  il  parait  mùme  s'étonner  que 
la  supposition  ait  pu  me  blesser.  Après  de  nouveaux  détails  con- 
cernant M.  Mariette  et  M.  Dûmichen,  il  se  rejette  sur  MM.  Le- 

1.  Extrait  de  la  Reçue  archéologique^  2*  série,  1865.  t.  II,  p.  156-158. 
-  G.  M. 

BiBL.   1£UYI*T.,   T.  X.  28 


434  REVUE  RÉTROSPECTIVE 

normant,  Leblant,  etc.  J  ai  aussi  ma  part  de  nouvelles  allégations: 
voici  quelques  faits  qui  me  paraissent  mériter  éclaircissement,  on 
pourra  juger  facilement  si  ces  inconcevables  attaques  sont  réelle- 
ment inspirées  par  le  sentiment  qu'annoncerait  l'épigraphe  wagis 
arnica  ceritas. 

Premièrement  j'ai  publié  (c'était  en  1851)  la  traduction  des  ins- 
criptions gravées  sur  la  statuette  naophore  du  Vatican,  sans  en 
donner  le  texte  égyptien.  Or,  la  statue  est  dans  un  musée  public  où 
Champollion  et  AmpèreTont  successivement  étudiée.  Les  inscrip- 
tions ont  été  publiées  en  entier  dans  les  Miscellances  du  Musée  Pio 
Clementino  (t.  VII,  p.  90).  De  plus,  j'ai  fait  venir  de  Rome,  pour 
contrôler  les  copies,  un  moulage  de  la  figure;  je  l'ai  mis  à  la  dis 
position  de  tous  mes  confrères  dans  mon  cabinet  du  Louvre,  que, 
faute  d'une  salle  d'étude  commode,  j*ai  l'habitude  de  leur  offrir 
pour  étudier  les  papyrus.  (Il  n'en  estqu*un  seul  qui  ne  m'en  ait 
jamais  remercié,  quoiqu'il  y  ait  passé  de  longues  heures  sur  les 
planches  de  M.  Lepsius  ;  mais  il  paraît  qu'il  s'est  cru  dans  un  lieu 
public.) 

Voilà  un  texte  bien  mal  caché  !  Mais,  malgré  tous  ces  secours, 
M.  Chabas  prétend  que  les  lecteurs  ont  admis  une  erreur,  sur  ma 
parole,  et  «  faute  de  posséder  le  texte  ».  Il  oublie  que  j'ai  donné 
précisément  les  hiéroglyphes  pour  les  mots  controversés  (an  yeper 
me«),  le  commencement  de  la  phrase  étant  déjà  connu  par  le  Dic- 
tionnaire de  Champollion,  qui  avait  traduit  .sV(  mes  par  primo- 
geniius.  C'est  en  suivant  cette  première  indication  que  j'ai  traduit: 
«  Neith,  la  grande  mère  génératrice  du  soleil,  lequel  est  un  pre 
mier-né  et  qui  n'est  pas  engendré,  (mais  seulement)  enfanté.  »  Sans 
aucun  doute,  le  texte  très  important  que  je  signalais  peut  donner 
lieu  à  diverses  interprétations  :  la  matière  n'est  pas  de  celles  oi'i  le 
sens  saute  aux  yeux.  Ma  première  impression  avait  môme  été  dif- 
férente ;  je  trouve  dans  mes  notes  une  autre  traduction  pour  les 
mots  s'a  mes  an  yeper  mes,  «  elle  a  commencé  à  l'enfanter  ;  mais 
il  n'est  pas  devenu  né  »,  en  prenant  yeper  pour  le  verbe  être^  de- 
venir. Je  l'entendais  en  ce  sens  que  le  soleil,  qui  semble  naître  au 
matin,  reste  néanmoins  dans  le  sein  de  sa  mère,  la  déesse  du  ciel. 
Mais  cette  traduction  m'a  paru  se  concilier  moins  facilement  avec 
la  qualification  qui  précède  «  grande  mère  génératrice  du  soleil  ». 
D'autres  explications  seront  sans  doute  proposées,  et  je  suis  loin 


A  PROPOS  DE  LA  DÉCOUVERTE  DE  LA  TABLE  ROYALE  435 

de  croire  que  nous  ayons  pénétré  toutes  les  subtilités  du  symbo- 
lisme appliqué  par  les  prt»tres  de  cette  époque  aux  mystères  égyp- 
tiens. J*ai  seulement  voulu  rappeler  ici  que  les  savants  avalent  eu 
entre  les  mains  tous  les  éléments  nécessaires  à  la  discussion. 

Le  second  texte,  «  qui  est  resté  inédit  entre  mes  mains  »,  c'est 
rinscription  de  Pian/i-uipriamum,  Or,  j'ai  eu  soin  d'avertir,  dans 
mon  Essai  sur  ce  monument,  que  le  seul  document  à  ma  disposi- 
tion avait  été  un  dessin  fait,  par  un  Arabe,  des  fouilles,  et  que  j'ai 
rendu  à  M.  Mariette  après  m'ètre  épuisé  en  conjectures  pour  la 
restitution  des  textes.  Copie  informe  et  travail  deviné  d'un  bout 
à  l'autre,  qui  ma  laissé  dans  les  plus  cruelles  incertitudes.  Je 
n'étais  pas  même  d'accord  avec  M.  Mariette  sur  le  nom  du  prin- 
cipal personnage,  qu'il  lisait  7>{/ïa,  et  que  je  corrigeais  Ta/ne-ft.  La 
stèle  est  enfin  arrivée  au  Caire  après  mon  départ,  et  je  n'en  ai  ni 
empreinte  ni  copie;  voilà  le  texte  que  j'ai  le  tort  de  posséder  seul  ! 
On  comprendra  donc  facilement  que  personne  n'est  plus  impatient 
que  moi  devoir  les  textes  de  Barkal  arrivera  la  publicité. 

Quelques  mots  encore  pour  éclaircir  d'autres  nuages  habilement 
amenés  sur  l'horizon  :  si  j'avais  eu  le  désir  de  conserver  pour  moi 
seul  pendant  quelque  temps  nos  grands  textes  photographiés,  il 
ne  s'agissait  que  d'en  proposer  la  publication  par  les  méthodes 
ordinaires.  Ce  sont  précisément  les  retards  inévitables  en  pareil 
cas  auxquels  nous  avons  échappé.  Je  publierai  sans  aucun  doute  tout 
ce  que  mes  livres  de  voyage  contiennent  d'intéressant  et  de  la  ma- 
nière qui  me  semblera  la  plus  utile  pour  la  science  :  je  n'ai,  pour 
cela,  de  permission  à  demander  à  personne,  et  je  n'ai  pas  attendu 
les  sommations  de  M.  Chabas  pour  me  mettre  à  l'œuvre. 

Le  prix  de  l'Album  de  la  mission  l'empêchera  d'arriver  entre  les 
mains  d'un  grand  nombre  de  savants,  car  les  frais  du  tirage  restent 
toujours  considérables.  M.  Chabas  a  soin  de  le  faire  remarquer, 
mais  il  oublie  de  dire  que  j'ai  paré  de  mon  mieux  à  cet  inconvénient 
en  stipulant  que  les  feuilles  seraient  aussi  vendues  séparément.  On 
pourra  donc  se  procurer  tout  ou  partie  des  inscriptions  sans  sacri- 
fices trop  considérables.  Quelle  copie  peut  d'ailleurs  remplacer 
l'autorité  d'une  photographie^  quand  il  y  a  discussion  sur  lexacti- 
tude  d'un  passage?  M.  de  Banville  a  généreusement  donné  tous 
ses  négatifs,  produit  d'un  travail  très  pénible  et  d'un  voyage  dis- 
pendieux; il  n'a  épargné,  depuis  son  retour,  ni  son  temps,  ni  se» 


436  KEVUE  RETROSPECTIVE 

soins,  pour  diriger  notre  publication,  et  j  ai  dû  Ten  remercier.  Mais 

il  n*a  pas  eu  Toccasion  «  d  avancer  des  fonds  pour  la  publication  », 

comme  le  suppose  M.  Chabas  dans  une  intention  qui!  est  inutile 

de  rechercher.  Les  textes  se  sont  probablement  choisis  tout  seuls; 

leur  nouveauté  et  leur  intérêt  étaient  écrits  sur  chaque  muraille  en 

bon  français;  car  M.  Chabas  constate  que  «  tout  Thonneur  de  la 

publication  doit  revenir  au  photographe  ».  C'est  dans  le  même 

esprit  qu'est  conçu  tout  ce  qui  me  concerne  dans  la  nouvelle  Reçue 

rétrospective  de  M.  Chabas  ;  je  lui  laisse  la  responsabilité  de  ses 

appréciations  ;  mais  je  n*ai  pu  me  dispenser  de  rendre  aux  faits 

leur  véritable  caractère. 

Vicomte  E.  de  Rougé. 

Chabas  envoya  aussitôt  à  la  Revue  archéologique  une  lettre 
explicative  que  M.  Alexandre  Bertrand  refusa  d'insérer,  pour  les 
raisons  indiquées  sommairement  dans  la  note  suivante^  : 

Nous  avons  reçu  de  M.  Chabas  une  lettre  assez  développée, 
que  nous  croyons  inutile  de  reproduire  in  extenso,  M.  Chabas  y 
exprime  le  regret  qu'une  discussion  scientifique  et  d'un  intérêt 
général  dégénère  en  débat  personnel  entre  M.  de  Rougé  et  lui. 
Il  espérait,  dit  il,  dans  cette  campagne  qu^il  a  entreprise  en  faveur 
des  études  hiéroglyphiques,  avoir  M.  de  Rougé  pour  auxiliaire  et 
non  pour  adversaire.  Nos  lecteurs  savent  que  ce  n'est  ni  notre  faute, 
ni  celle  de  M.  de  Rougé,  si  des  attaques  personnelles,  qui  ne 
pouvaient  rester  sans  réponse,  ontenlevéaux  Revues  de  M.  Chabas 
le  caractère  purement  scientifique  qu'il  voulait  leur  donner.  Nous 
sommes  heureux  de  voir  qu'il  en  sent  l'inconvénient.  Quant  aux 
vœux  qu'il  forme  pour  que  les  papyrus  et  autres  monuments  égyp- 
tiens soient  le  plus  tôt  possible  livrés  au  public,  et  Taccès  de  ces 
trésors  rendu  pour  tous  aussi  facile  que  possible,  nous  ne  pouvons 
que  nous  y  associer  avec  tout  le  monde  savant.  —  A.  B. 

C*€stpour  répondre  à  la  seconde  lettre  de  M.  cfe  Bougé  et  à  la 
note  de  M,  Alexandre  Bertrand^  que  Chabas  adressa  à  M.  Pe- 
ladan  le  troisième  et  dernier  mémoire  dont  se  compose  cette  Revue 
rétrospective.  —  G.  M. 

!•  Extrait  de  la  Rente  archèolofjiquc,  2*  série,  1865,  t.  FI,  p.  248. 


LETTRE 

A  M.  LE  DIRECTEUR  DE  LA  FRANCE  LITTÉRAIRE 

AU   SUJKT  DES   DISCUSSIONS  SOULEVEES   PAR  LA   PUBLICATION 
DE  LA*  NOUVELLE  TABLE   ROYALE  d'aBYDOS 


Monsieur  le  Directeur, 

Dans  les  bienveillants  articles  que  vous  avez  consacrés  à 
mes  deux  Reçues  rétrospectives,  vous  avez  bien  voulu 
m'offrir  la  publicité  de  votre  estimable  journal.  Cette  oflFre 
m'a  d'autant  plus  touché  que  mes  réclamations  n'ont  ren- 
contré en  France  d'autre  écho  que  le  vôtre'.  Je  laisse  de 
côté,  bien  entendu,  les  félicitations  particulières,  qui,  n'ayant 
pas  emprunté  la  voie  des  journaux,  restent  forcément  à 
l'état  confidentiel  et  n'ont,  dès  lors,  aucune  portée  dans  lo 
débat. 

Mais,  si  aucun  organe  de  publicité  ne  m'a  soutenu,  il  s'en 
est  trouvé  un  qui  s'est  empressé  d'accueillir  les  réponses  de 
M.  de  RougéV  Certes,  je  serais  bien  loin  de  m'en  plaindre 
si  le  journal  en  question  eût  tenu  la  balance  égale,  s'il  eût 
fait  connaître  mes  articles  de  Revues,  si  tout  au  moins  il  en 
eût  expliqué  l'objet.  Mais  ses  lecteurs  n'ont  pu  lire  que  les 
notes  émanées  de  mon  adversaire,  et  ces  notes  sont  conçues 
dans  un  style  qui  ne  m'est  pas  familier;  je  le  comprends 
peut-être  mal;  les  suggestions,  les  restrictions  y  abondent; 

1.  Voir  France  littcrairo,  articles  de  M.  Adrien  Peladan  âis»  juillet, 
p.  623,  et  août  suivant,  p.  675. 

2.  Voir  Rcruo  archèoloijiquc,  avril  1865,  p.  346,  et  août  suivant, 
p.  156  [p.  392-395  et  434-436  du  présent  volumej. 


438  LETTRE  A  M.   LE  DIRECTEUR 

il  y  est  question  dejausses  nouvelles  dont  on  n'a  jamais 
lu  les  rectifications,  de  conséquences  qu'il  fallait  loyale- 
ment reconnaître,  d'intention  qu'il  est  inutile  de  rechercher. 
Ce  qui  m'apparait  de  plus  clair  dans  tout  cela,  c'est  que  les 
abonnés  de  la  Revue  archéologique,  journal  répandu  dans 
le  monde  entier,  doivent  se  trouver  aujourd'hui  fort  dis- 
posés à  me  taxer  de  mensonge  et  à  suspecter  ma  loyauté. 
C'est  là  un  résultat  fort  singulier  et  fort  inattendu;  j'en 
appelle  à  tous  les  lecteurs  désintéressés  de  mes  deux  écrits. 

Dans  cette  situation  des  choses,  un  sentiment  de  justice 
aurait  dû  faire  accueillir  par  la  Revue  archéologique  une 
réplique  de  ma  part.  C'est  ce  qui  n'a  point  eu  lieu,  et  le 
refus  d'insertion  n'a  été  expliqué  que  par  une  nouvelle 
attaque;  on  en  jugera;  voici  les  termes  de  la  chose  : 

«  Nous  avons  reçu  de  M.  Chabas  une  lettre  assez  déve- 
»  loppée,  que  nous  croyons  inutile  de  reproduire  in  extenso. 
»  M.  Chabas  y  exprime  le  regret  qu'une  discussion  scienti- 
»  fique  et  d'un  intérêt  général  dégénère  en  débat  personnel 
»  entre  M.  de  Rougé  et  lui.  Il  espérait,  dit-il,  dans  cette 
»  campagne  qu'il  a  entreprise  en  faveur  des  études  hiéro- 
»  glyphiques,  avoir  M.  de  Rougé  pour  auxiliaire  et  non 
»  pour  adversaire.  Nos  lecteurs  savent  que  ce  n'est  ni  notre 
»  faute,  ni  celle  de  M.  de  Rougé,  si  des  attaques  person- 
»  nelles,  qui  ne  pouvaient  rester  sans  réponse,  ont  enlevé 
»  aux  Revues  de  M.  Chabas  le  caractère  purement  scienti- 
»  fique  qu'il  voulait  leur  donner.  Nous  sommes  heureux  de 
»  voir  qu'il  en  sent  l'inconvénient.  Quant  aux  vœux  qu'il 
»  forme  pour  que  les  papyrus  et  autres  monuments  égyp- 
»  tiens  soient  le  plus  tôt  possible  livrés  au  public,  et  l'accès 
»  de  ces  trésors  rendu  pour  tous  aussi  facile  que  possible, 
»  nous  ne  pouvons  que  nous  y  associer  avec  tout  le  monde 
»  savant  \  » 


1.  Re^ue  archéologique,  septembre  1865,  p.  248  [p.  436  du  présent 

YOlUDie]. 


DE  LA    «   FRANCE  LITTÉRAIRE  »  439 

Tout  d  abord,  Monsieur  le  Directeur,  permettez-moi  de 
me  récrier  bien  fort  contre  lattitude  de  coupable  repentant 
que  la  note  qui  précède  réussit  à  me  donner.  M.  Alexandre 
Bertrand,  qui  la  signée  de  ses  initiales,  a  ma  correspon- 
dance en  mains  et  sait,  à  n'en  pouvoir  douter,  que  je  suis 
loin  de  me  trouver  dans  de  pareilles  dispositions.  Dictées 
par  un  profond  sentiment  dindignation  contre  d'odieuses 
calomnies,  mes  Revues  rétrospectives  me  paraissent  aujour- 
d'hui aussi  indispensables  qu'à  l'époque  de  leur  apparition, 
et  je  n  ai  rien  à  regretter  dans  cette  double  manifestation 
en  faveur  de  la  vérité  et  des  intérêts  de  la  science,  si  ce 
n'est  toutefois  d  avoir  rencontré  M.  de  Rougé  sur  mon  che- 
min et  de  constater  que,  sans  toucher  au  fond  du  débat,  il 
continue  la  discussion  uniquement  })ar  son  côté  personnel. 

M.  Alexandre  Bertrand  n'a  pas  grand  effort  à  faire  pour 
disculper  la  lievuc  archéologique  d'être  pour  quelque  chose 
dans  ce  qu'il  lui  plaît  d'appeler  des  attaques  personnelles; 
la  Revue  s'est  contentée  de  se  faire  l'écho  adouci  de  la 
fameuse  scène  qui  paraît  avoir  ou  lieu  à  llnstitut  le  20  jan- 
vier dernier,  dans  laquelle  deux  savants  étrangers  ont  été 
si  courtoisement  qualifiés,  au  nom  de  M.  Mariette.  Pour  ma 
part,  je  ne  crois  pas  (jue  des  attaques  personnelles  cessent 
d'être  des  attatiues  i)ersonnelles,  parce  qu'elles  s'adressent 
j\  d'autres  qu'à  des  savants  français.  Ce  n'est  pas  ma  faute, 
à  moi,  pour  me  servir  de  l'expression  de  la  Revue  archéo- 
logique, si  les  noms  de  M.  Mariette,  de  M.  Lepsius  et  de 
M.  Diimichen  ont  été  mis  en  évidence  pî\r  la  publicité,  et 
si  celui  de  M.  de  Rougé  y  a  été  associé,  d'une  manière 
d'ailleurs  fort  accessoire  et  sans  importance  pour  ce  qui  le 
concerne.  Ces  noms,  je  les  ai  trouvés  dans  les  documents  du 
débat,  et  j'ai  pris  part  au  débat  pour  défendre  deux  hono- 
rables égyptologues  allemands  contre  des  imputations  aussi 
odieuses  qu'inexactes.  Il  ne  s'agissait  donc  pas  de  disserta- 
tions purement  scientifiques,  comme  M.  Bertrand  feint  de  le 
penser,  mais  bien  de  questions  de  personnes,  que  je  ne 


440  LETTRE  A  M.    LE  DIRECTEUR 

pouvais  traiter  sans  citer  des  noms  propres.  Mais  voyons 
donc  de  quelle  manière  j'ai  fait  intervenir  celui  de  M.  de 
Rougé  et  quelles  sont  les  inconcevables  attaques  qu'on  me 
reproche.  M.  de  Rougé  me  Tapprend  dans  sa  note  d'août  : 

«  M.  Cliabas  est  obligé  de  reconnaître  aujourd'hui  que  ma 
»  rectification  avait  été  insérée  au  Moniteur  du  9  février, 
»  c'est-à-dire  bien  avant  la  date  de  ses  accusations.  Mais 
»  il  ne  lavait  pas  lue  :  on  n a  jamais  lu  les  rectifications, 
»  et  c'est  là  l'inconvénient  des  fausses  nouvelles!  La  consé- 
»  quence  naturelle  eût  été  de  reconnaître  loyalement  qu'on 
»  s'était  trompé  en  me  faisant  complice  de  M.  Mariette, 
»  pour  dérober  au  public,  pendant  un  an,  la  connaissance 
»  d'un  monument,  qu'en  fait  nous  n'avions  vu  ni  l'un  ni 
»  l'autre.  Mais  M.  Chabas  Tentend  autrement;  il  parait 
»  même  s'étonner  que  la  supposition  ait  pu  me  blesser  \  » 

J'ai  déjà  fait  connaissance  avec  ce  système  commode  qui 
consiste  à  créer  un  grief  imaginaire  pour  se  donner  le  facile 
plaisir  d'en  triompher,  tout  en  se  dispensant  en  même  temps 
de  s'expliquer  sur  les  griefs  sérieux,  et  déjà  j'ai  eu  l'occasion 
de  le  signaler*.  Ne  nous  lassons  pas  :  que  M.  de  Rougé 
veuille  bien  me  dire  quand  et  comment  j  ai  fait  à  M.  Ma- 
riette, ou  à  lui,  un  crime  d'avoir  caché  pendant  un  an  la 
table  d'Abydos?  Oh!  j'en  conviens,  ma  curiosité  est  ardente, 
surtout  quand  elle  est  excitée  par  des  déceptions  conti- 
nuelles; mais  un  an  d'attente  ne  serait  rien  pour  moi.  Ce 
ne  sont  point  des  retards  de  cette  nature  qui  m'ont  inspiré 
los  plaintes  et  les  réclamations  doat  le  monde  savant  a  pu 
juger  la  légitimité.  Si  M.  Mariette  avait  découvert  la  nou- 
velle table  d'Abydos  et  qu'il  l'eût  publiée  au  bout  d'une 
année,  il  n'aurait  rencontré  chez  moi  qu'entière  approba- 
tion. A  plus  forte  raison  n'aurais-je  pas  songé  à  critiquer 
M.  de  Rougé  à  propos  d'une  publication  qui  ne  dépendait 

1 .  Voir  plus  haut,  p.  433  du  présent  volume.  —  G.  M. 

2.  Reçue  rétrospective,  II,  p.  17  (p.  415  du  présent  volume]. 


DE  LA   «  FRANCE  LITTÉRAIRE  »  441 

pas  de  lui,  lors  même  qu'il  eût  été  témoin  de  la  découverte. 

Il  faut  être  bien  habile  pour  trouver  dans  mes  écrits,  soit 
contre  M.  Mariette,  soit  contre  M.  do  Rougé,  une  accusa- 
tion quelconque  à  propos  de  la  non-publication  par  Tun  ou 
par  l'autre  de  cette  liste  royale.  Encore  une  fois,  la  question 
n'est  pas  là;  il  s'agissait  uniquement  de  savoir  si  M.  Dûmi- 
chen  avait  commis  le  crime  de  vol  en  publiant  ce  même 
monument  avant  M.  Mariette,  qui  nous  était  donné  comme 
l'ayant  découvert  sous  les  yeux  de  M.  de  Rougé.  Dîins  le 
paragraphe  qui  a  excité  si  fort  les  susceptibilités  du  savant 
académicien',  j'ai  tout  simplement  cherché  à  calculer  la 
date  probable  de  cette  découverte  en  prenant  pour  base  le 
retour  en  France  de  M.  de  Rougé,  et  j'arrivais  à  conclure 
que  M.  Mariette,  s'il  avait  voulu  publier  sa  découverte, 
aurait  eu  six  mois  d'avance  sur  M.  Dûmichen  !  Tel  est  le 
crime  énorme  dont  je  me  reconnais  coupable  envers  M.  de 
Rougé,  et  c'est  à  ce  propos  que  ma  loyauté  et  ma  véracité 
sont  mises  en  suspicion  ! 

Or,  ce  calcul  était  parfaitement  inutile;  la  prétendue 
priorité,  qui  seule  eût  pu  expliquer,  non  pas  excuser,  l'étrange 
levée  de  boucliers  qui  a  suivi  l'apparition  inattendue  de  la 
lithographie  de  M.  Dûmichen,  n'existait  nullement,  puisque 
ce  fut  seulement  cette  lithographie  qui  révéla  soit  à  M.  Ma- 
riette, au  Caire,  soit  à  M.  de  Rougé,  à  Paris,  l'existence 
de  la  liste  royale  mise  au  jour  par  les  fouilleurs  d'Abydos, 
et  copiée  sur  les  lieux  mêmes  par  le  savant  allemand.  M.  de 
Rougé,  on  le  conçoit,  avait  dû  se  hâter  de  démentir  la  nou- 
velle de  sa  présence  à  une  découverte  de  M.  Mariette, 
laquelle  n'avait  pas  été  faite.  En  agissant  ainsi,  il  allait  au- 
devant  d'un  appel  que  lui  adressa  plus  fcird  M.  Dûmichen, 
à  ({ui  profite  naturellement  le  désaveu;  on  conçoit  qu'en  me 
faisant  le  défenseur  de  ce  dernier,  je  n'eusse  pas  manqué  de 
m'emparer  de  ce  désaveu  au  profit  de  ma  thèse,  s'il  fût 

1.  Reeuc  rétrospcctice,  I.  p.  13  et  14  (p.  373-374  du  présent  volume). 


442  LETTRE  A  M.   LE  DIRECTEUR 

arrivé  à  ma  connaissance  avant  Timpression  de  mon  premier 
article*.  Je  me  demande  en  vain  ce  qui  peut  en  cela  offusquer 
M.  de  Rougt\  et  pourquoi  il  constate  d'un  air  triomphant 
(|ue  je  suis  bienj'orcé  de  reconnaître  sa  rectification  insérée 
au  Moniteur  le  9  février,  comme  si  j'avais  (luelquc  intérêt 
à  nier  ce  fait  matériel  et  ofliciel,  quelque  envie  ou  quelque 
l)ossibilité  de  le  faire.  C'est  me  supposer  bien  maladroit  et 
les  lecteurs  bien  amdides.  Mais  une  autre  (|uestion  :  Com- 
ment le  siivant  académicien  a-t-il  pu  prendre  ainsi  au  sérieux 
une  accusation  de  complicité  dans  un  crime  de  ce  genre, 
lors  même  que  cette  accusation  ne  serait  pas  purement  ima- 
ginaire? S'était-il  cru  complice  de  M.  Mariette,  pour  déro- 
ber au  public,  selon  son  expression,  la  table  de  Saciqanih, 
demeurée  plus  de  quatre  ans  inaccessible  aux  égyptologues, 
malgré  leurs  réclamations?  Ne  nous  a-t-il  pas  fait  savoir, 
dans  sa  première  réponse',  que  la  délicatesse  V obligeait  à 
ne  point  publier  cette  table  avant  M.  Mariette,  quand  il 
saoait  que  son  savant  ami  préparait  un  mémoire  sur  le 
même  sujet  f  Cette  expliciition,  d'ailleurs  excellente,  pouvait 
bien  servir  deux  fois  de  suite.  Ainsi  donc,  lors  même  que 
j  eusse  reproché  à  M.  Mariette,  ce  qui  n'est  pas,  d'avoir 
dérobé  au  public  pendant  un  an  la  table  d'Abydos,  cela  ne 
regardait  en  rien  M.  de  Rougé.  Je  continue  donc  à  ne  pas 
comprendre  ce  qui  a  pu  le  blesser;  mais  je  me  sens  blessé 
moi-même  par  la  manière  dont  il  se  défend  à  ce  propos. 

Constatons  en  passant  qu'il  y  a  des  rectifications  qu'on 
ne  lit  pas,  indépendamment  de  celles  qui  échappent  à  l'œil 
dans  les  colonnes  d'un  grand  journal  :  ce  sont  celles  qu'on 
n'imprime  pas;  dans  ce  cas,  les  fausses  nouvelles  ont  tout 
leur  inconvénient.  J'ai  bien  lu  dans  le  Moniteur,  un  peu 
tard,  il  est  vrai,  car  je  ne  vois  ce  journal  que  lorsqu'il  m'est 


1.  Reçue  rétrospccticc,  II,  p.  6  [p.  403-404  du  présent  volume]. 

2.  Reçue  archéologique,  avril  1865,  p.  347  (p.  393-394  du  présent 
volume];  Reçue  rèirospectice,  II,  p.  17  [p.  415  du  présent  volume], 


DE  LA   «  FRANCE   LITTÉRAIRE  ))  443 

envoyé  par  un  ami,  la  fausse  nouvelle  que  M.  Mariette  avait 
fait  une  belle  découverte  et  (jue  M.  Dûmichen  la  lui  avait 
dérobée,  mais  je  n'ai  tu  que  dans  mes  propres  écrits  la  rec- 
tification de  cette  fausse  nouvelle;  jai  lu  encore  dans  le 
Journal  officiel  une  autre  nouvelle,  (jue  je  souhaite  vivement 
être  fausse,  c'est  que  l'indignation  de  l'Institut  a  été  excitée 
contre  la  conduite  des  deux  savants  allemands  impliqués 
dans  l'afiFaire,  cela,  à  la  suite  des  protestations  énergicjues 
de  M.  de  Rougé;/a/  bien  lu,  toujours  un  peu  tard  peut- 
être,  que  M.  deRougé  démentait,  non  pas  ses  protestations 
énergiques,  mais  seulement  le  fait  de  sa  présence  lors  de  la 
découverte  attribuée  à  M.  Mariette;  à  l'exception  d'une 
hypothèse  portant  sur  une  généralité,  c'est-à-dire  sur  la 
possibilité  pour  un  explorateur  d'apercevoir  avant  M.  Ma- 
riette un  monument  sorti  des  fouilles,  je  n'ai  lu,  dans  les 
notes  de  M.  de  Rougé,  aucune  rectification  de  nature  à 
atténuer  la  portée  de  l'article  du  Moniteur,  qu'il  se  contente 
d'appeler  une  malencontreuse  note.  J'ai  lu,  dans  le  journal 
La  Presse,  une  reproduction  abrégée  de  l'article  mensonger 
du  Journal  officiel,  puis  j'y  ai  lu  encore,  et  cela,  à  propos 
de  la  publication  de  ma  première  Revue  rétrospectice,  la 
confirmation  de  cette  reproduction  et,  de  plus,  ma  mise  au 
ban  des  savants  françîiis  !  Enfin,  fai  lu,  dans  le  Monde 
illustré,  bien  tard  sans  doute,  surtout  s'agissant  d'un  journal 
auquel  je  suis  abonné,  le  petit  roman  calomnieux  que  j'ai 
reproduit  dans  ma  dernière  Reçue,  et,  voyez  ma  maladresse! 
je  n'en  ai  pas  lu  la  rectification. 

Il  est  un  fait  malheureusement  acquis  au  débat,  et  je  le 
rappelle  ici  pour  déplorer  amèrement  l'isolement  où  Ton 
m'a  laissé,  c'est  que,  moi  seul  en  France,  j'ai  osé  prendre 
en  mains  la  défense  de  deux  savants  illustres  contre  un  grief 
articulé  au  nom  de  M.  Mariette  et  que  M.  Mariette  appelle 
lui-même  un  abominable  grief  \  J'ajouterai  que  mes  récla- 

1.  Rente  rèirosprctive^  II,  p.  7  [p.  404  du  présent  volume]. 


444  LETTRE  A  M.   LE  DIRECTEUR 

mations  sont  restées  sans  écho  dans  la  presse  parisienne,  et 
que  les  journaux  qui  s'étaient  faits  les  organes  de  la  calomnie 
ont  volontairement  fermé  les  oreilles  aux  réclamations  de  la 
vérité.  Est-ce  bien  moi  qu'il  faut  accuser  de  faillir  à  la 
devise  :  A  mie  us  Plato,  magts  arnica  veritas  f 

Toutes  les  pièces  du  procès  sont  à  la  disposition  du  public 
qui  n'aurait  pas  de  peine  à  rendre  aux  faits  leur  véritable 
caractère,  selon  l'expression  de  M.  de  Rougé.  Malheureuse- 
ment les  organes  de  la  presse  périodique  qui  ont  disséminé 
les  accusations  mensongères  possèdent  une  vaste  publicité. 
Au  regard  du  public,  en  général,  mes  notes  rectificatives, 
tirées  à  une  centaine  d'exemplaires,  restent  bien  impuis- 
santes; je  sens  que  la  partie  n'est  pas  égale;  vous  l'avez 
pensé  vous-même,  Monsieur  le  Directeur,  lorsque  vous  m'avez 
offert  l'hospitalité  dans  vos  colonnes.  Grâces  vous  en  soient 
rendues. 

Le  surplus  de  la  réclamation  de  M.  de  Rougé  porte  sur 
des  publications  égyptologiques  que  j'ai  signalées  comme 
éUitït  dépourvues  des  textes  originaux  sans  lesquels,  à  mon 
avis,  elles  ne  peuvent  être  d'aucune  utilité  pour  la  science. 
Si  l'expression  de  cette  opinion  devient  aux  yeux  du  savant 
académicien  un  reproche,  une  accusation,  je  le  regrette 
infiniment.  J'eusse  bien  préféré  ne  paraître  désagréable  à 
aucun  de  mes  collègues  dans  le  coup  d'œil  que  j'ai  eu  à  jeter 
sur  l'état  des  études  égyptiennes  en  France.  Mais  quand 
j'aperçois  un  déclin  marqué  et  progressif,  quand  je  constate 
qu'aujourd'hui  nous  arrivons  tout  au  plus  au  troisième  rang 
en  Europe  comme  force  philologique  et  que  nous  comptons 
à  peine  sous  le  rapport  des  publications  de  textes,  je  sens 
mon  amour-propre  national  humilié,  je  rougis  pour  la  patrie 
de  Champollion  et  ne  puis  m'empêcher  de  rechercher  et  de 
faire  connaître  les  causes  de  cette  décadence.  Ces  causes,  je 
les  ai  signalées  dans  ma  première  Reoue  rétrospective;  elles 
se  réduisent,  du  reste,  à  ce  fait  qu'il  n'a  été  publié  en  France 
aucune  collection  de  textes  sur  lesquels  un  égyptologue 


Dis  LA   ((  FRANCE  LITTÉRAIRE  ))  445 

puisse  s'exercer  :  tous  les  ouvrages  de  cette  nature  nous 
viennent  d'Angleterre,  d'Allemagne  et  des  Pays-Bas,  et 
ritiilie  elle-même  a  le  pas  sur  nous,  grâce  aux  travaux  de 
Rosellini  et  d'Ungarelli.  Les  Fran(;ais  n'ont  pas  l'habitude 
d'étudier  les  langues  modernes,  et  c'est  fort  regrettable;  ils 
hésitent  presque  toujours  à  acheter  des  livres  dont  les  titres 
seuls  les  épouvantent,  parce  qu'ils  ne  les  comprennent  pas. 
Aussi  arrive-t-il  qu'après  avoir  étudié  ChampoUion  et  quel- 
ques dissertations  isolées,  les  débutants  s'aperçoivent  qu'ils 
sont  acculés  dans  une  impasse  et  se  dégoûtent  de  Tétude. 
Cet  effet  est  inévitable;  je  lai  éprouvé  moi-même,  et,  après 
avoir  surmonté  la  difficulté,  j'ai  eu  le  bonheur  d'aider  plus 
d'un  débutant  à  franchir  ce  pas  périlleux. 

Ce  tableau  est-il  chargé?  Qu'on  le  discute  alors  et  que  la 
discussion  s'établisse  sur  le  point  de  savoir  si  mes  réclama- 
tions dans  l'intérêt  de  la  science  égyptologique  sont  super- 
flues. S'il  est  reconnu  (jue  j'ai  raison  et  qu'il  était  nécessaire 
de  publier  en  France  des  textes  et  des  papyrus,  comme  on  la 
fait  en  Angleterre,  en  Allemagne,  dans  les  Pays-Bas,  etc., 
il  s'élèvera  alors  une  autre  question,  celle  de  savoir  pour- 
quoi on  ne  l'a  pas  fait  et  pounjuoi  l'égyptologie  a  été  systé- 
matiquement exceptée  dans  la  distribution  des  ressources 
dont,  au  contraire,  ont  largement  profité  d'autres  branches 
de  la  science,  beaucoup  moins  importantes,  à  mon  avis. 

Eh  bien!  je  le  répète,  parce  que  j'en  sens  la  conviction 
intime,  l'école  française  de  ChampoUion  a  failli  à  sa  mis- 
sion! La  France  pouvait  et  devait  viser  à  être  le  centre  de 
l'activité  scientifique  dans  cette  nouvelle  branche  des  con- 
naissances humaines,  dont  la  clef  a  été  trouvée  par  un  de 
ses  illustres  enfants;  les  écoles  étrangères,  loin  de  nous 
disputer  cet  avantage,  s'offraient  à  nous  d'elles-mêmes  et 
regardaient  l'égyptologie  comme  une  science  française;  dans 
plusieurs  de  leurs  plus  importantes  publications,  des  savants 
allemands  et  hollandais  se  sont  servis  de  notre  langue;  les 
égyptologues  anglais  recherchaient  la  publicité  des  Revues 


446  LETTRE  A  M.   LE  DIRECTEUR 

françaises,  et,  de  mon  côté,  je  me  faisais  un  devoir,  en  même 
temps  qu'un  plaisir,  de  me  mettre  à  leur  disposition  pour 
traduire  et  faire  imprimer  leurs  dissertations.  Malheureuse- 
ment mes  vues  ne  furent  pas  du  goût  de  tout  le  monde;  on 
m'opposa  d'abord  des  délais  et  des  lenteurs  qui  ne  me  sem- 
blaient pas  justifiés;  puis,  un  beau  jour,  j'entendis  de  mes 
oreilles  ces  paroles  que  je  me  garde  d'oublier  :  Que  chacun 
imprime  chcj  soi!  Je  dus  alors  prévenir  mes  amis  d'Angle- 
terre de  ces  difficultés  inattendues  et  renoncer  à  la  publica- 
tion des  beaux  articles  de  M.  Goodwin  sur  les  papyrus 
hiératiques.  —  Mon  tour  vint  ensuite,  et  j'eus  l'occasion  de 
constater  qu'un  de  mes  manuscrits  était  sorti  des  mains  de 
l'éditeur  pour  aller  se  perdre  ailleurs  que  chez  l'imprimeur. 
On  ne  put  le  retrouver,  et,  malgré  des  promesses  réitérées, 
il  ne  me  fut  jamais  renvové. 

Remarquez  k  ce  propos,  Monsieur  le  Directeur,  que  je  ne 
conteste  nullement  au  rédacteur  en  chef  ou  au  directeur 
d'une  publicité  périodique  le  droit  de  choisir  à  son  goût  les 
articles  qui  lui  conviennent  et  d'éliminer  ceux  qui  ne  lui 
paraissent  pas  de  nature  à  intéresser  la  généralité  de  ses 
lecteurs;  ce  que  ma  dignité  ne  saurait  admettre,  c'est  que 
mes  ouvrages  soient  soumis  à  une  censure  préalable  et  n'ar- 
rivent à  la  publicité  qu'après  avoir  pu  servir  à  des  personnes 
interposées. 

Ainsi  s'évanouissait  pour  moi,  non  seulement  toute  espé- 
nmce  de  concentrer  en  France  le  mouvement  scientifique, 
mais  encore  la  possibilité  de  publier  convenablement  dans 
mon  pays  mes  propres  travaux. 

Je  ne  me  suis  pas  découragé  pourtant  :  j  ai  fait  les  frais 
de  mes  publications,  gravé  des  types,  calqué  des  planches, 
et  mes  publications  n'ont  pas  été  moins  nombreuses  qu'au- 
paravant; elles  n'ont  jamais  manqué  des  citations  textuelles, 
ni  des  discussions  philologiques  dont  j'ai  proclamé  la  néces- 
sité. Et,  d'un  autre  côté,  ces  publications  n'ont  pas  été  moins 
bien  accueillies  en  France  et  à  l'étranger,  et  mes  amis  d'An- 


DE  LA    «   FRANCE   LITTÉHAIUE  »  447 

gletorre  ne  m'ont  pas  refusé  leurs  précieuses  communicii- 
tioris,  dignes  sans  contredit  d'un  théâtre  bien  plus  élevé. 

Mais  la  force  humaine  a  des  limites,  et  Ténorme  travail 
qu'il  m'a  fallu  faire  pour  graver  des  milliers  de  mots  égyp- 
tiens était  toujours  à  recommencer;  je  l'ai  continué  juscju'à 
compromettre  ma  siinté,  puis  j'ai  cédé  et  me  suis  rejeté  sur 
Tautographie,  que  j'ai  trouvée  tout  aussi  fatigante  et  qui  ne 
donne  (jue  des  résultats  médiocres.  Après  la  publication  de 
ma  deuxième  série  de  Mclanrjcs  égyptolofjiqaesy  j'étais  défi- 
nitivement à  bout  de  courage  et  de  forces. 

C'est  alors  que  j'ai  songé  à  demander  un  petit  assortiment 
de  la  fonte  hiéroglyphique  de  l'Imprimerie  impériale;  c'était 
pour  moi  une  question  de  vie  ou  de  mort  scientifique.  Aussi, 
quoique»  je  ne  sois  pas  né  solliciteur,  je  me  suis  senti  le 
courage  de  supplier  l'Kmpereur,  de  conjurer  les  ministres. 
Vains  efforts!  On  m'opposa  la  lettre  d'un  règlement  impé- 
ratif, et  tout  fut  dit'. 

Je  dirai  ailleurs  comment  une  amitié  dout  je  suis  fier  m'a 
aidé  à  sortir  d'embarras  ;  comment,  de  la  situation  désespérée 
où  j'étais  placé,  je  me  suis  trouvé  presque  subitement  en 
position  de  n'avoir  plus  rien  à  envier  à  personne,  plus  rien 
à  demander  aux  aisiers  de  l'Imprimerie  impériale.  Mais,  sur 
ces  entrefaites,  un  savant  berlinois  fondait  un  journal  égyp- 
tologique  et  conviait  les  savants  de  tous  les  pays  à  lui  prêter 
leur  concours.  Ainsi  se  trouvait  réalisé  à  Berlin  le  plan  que 
j'avais  espéré  réaliser  à  Paris.  Le  mouvement  scientifique 
s'est  concentré  en  Allemagne,  et  aujourd'hui  les  égypto- 
logues  français  y  portent  leurs  écrits.  La  science  y  trouvera 
son  compte;  mais  je  ne  puis  m'empécher  de  regretter  la 
continuelle  abstention  de  mon  pays  et  la  décadence  progres- 
sive à  laquelle  il  semble  s'accoutumer. 

J'ai  beaucoup  parlé  de  moi-même,  Monsieur,  et  je  m'en 

1.  Voir,  sur  ce  sujet,  la  notice  biographique  de  Chabas,  par  Virey, 
p.  Lx-Lxv,  au  tome  I  de  ses  Œurrea  diverses,  —  G.  M. 


448  LËTTIIË  Â  M.   LE  bÏKECtEUk 

sens  tout  confus  ;  il  est  utile  cependant  que  Ton  sache  bien 
ce  qu'il  faut  de  courage,  de  ténacité  et  de  patience,  si  l'on 
veut  réussir  dans  l'étude  lorsqu'on  n'a  pas  l'avantage  de 
posséder  un  titre  officiel. 

En  relisant  les  considérations  que  j  ai  détaillées  dans  ma 
première  Revue  rétrospective  et  en  les  rapprochant  de  celles 
qui  précèdent,  on  s'expliquera  aisément  le  sentiment  de  dou- 
leur et  de  regret  dont  je  me  suis  senti  atteint  en  constatant 
les  colères  soulevées  par  la  publication  de  la  table  d' Abydos. 
Était-il  possible  de  ne  pas  être  frappé  par  les  rapproche- 
ments à  faire  entre  ce  bruit  scandaleux  et  la  politique 
d'abstention  en  matière  de  divulgation  des  textes,  qu'on 
peut  reprocher  à  l'école  française  d'égyptologie?  Cette  poli- 
tique, je  voulais  en  démontrer  les  regrettables  conséquences, 
même  à  l'égard  de  ceux  qui  la  mettent  en  pratique,  et 
j'espérais  déterminer  une  politique  contraire.  Telle  est  la 
pensée,  telles  sont  les  espérances  qui  m'ont  porté  à  me  per- 
mettre quelques  questions  relativement  à  l'éventualité  de  la 
publication  des  textes  rapportés  par  M.  de  Rougé.  Six 
volumes  d'inscriptions  inédites  copiées  â  la  main  par  cet 
habile  égyptologue  et  deux  cent  vingt  planches  photogra- 
phiées, c'était  une  bonne  fortune  rare,  une  occasion  unique 
pour  la  France  de  faire  enfin  un  effort  utile.  Or,  cet  effort, 
on  n'a  pas  voulu  le  tenter,  et  tout  se  borne  à  l'album  photo- 
graphique dont  j'ai  parlé  et  dont  j'ai  signalé  l'insuffisance 
et  les  inconvénients.  Je  n'ai  pas  à  revenir  sur  ce  point;  mais 
M.  de  Rougé  se  plaint  que  j'aie  attribué  au  photographe 
tout  l'honneur  de  cette  publication.  Examinons  ce  grief. 

Voici  les  paroles  de  M.  de  Rougé  dans  sa  première  ré- 
ponse : 

«  Fallait-il  donc  subir  des  lenteurs  inévitables  quand  il 
»  s'agit  de  demander  une  subvention  spéciale,  comme  on  l'a 
»  fait  pour  M.  Place?  Je  ne  l'ai  pas  cru,  et  la  générosité  du 
»  photographe  habile  qui  m'avait  accompagné,  ainsi  que  le 
»  courage  d'un  savant  professeur,  M.  Samson,  ont  résolu  le 


DE   LA   «   FRANCE  LITTÉRAIRE  »  449 

»  problème.  L'album  do  la  mission  est  en  pleine  exécution 
»  et  paraîtra  tout  entier  avant  deux  mois;  il  sera  composé 
))  de  cent  cinquante-cinq  photographies,  précédées  d'une 
»  notice  sommaire,  indiquant  le  sujet  de  chaque  planche*.  » 

M.  de  Rougé  a  ainsi  fait  la  part  de  chacun,  il  n'a  pas 
voulu  demander  de  subvention  ;  il  s'est  contenté  d'indiquer 
le  sujet  de  chaque  planche  dans  des  notices  sommaires,  et 
la  générosité  du  photographe  a  fait  le  reste  et  résolu  le 
problème. 

Pour  ma  part,  j'ai  quelque  expérience  pratique,  et  je 
déclare  que  jamais  il  ne  m'est  arrivé  de  rencontrer  plus  de 
deux  sortes  de  difficultés;  c'est  à  savoir  :  le  travail  prépa- 
ratoire et  la  question  d'argent.  Sauf  les  notices  sommaires 
sur  lesquelles  je  dirai  tout  à  l'heure  quelques  mots,  ces 
deux  difficultés  me  paraissaient,  d'après  les  explications  de 
M.  de  Rougé,  avoir  été  levées  par  le  photographe  et  par 
M.  Samson.  Mais  il  parait  que  M.  de  Banville  n'a  pas  eu  à 
avancer  de  l'argent.  On  pouvait  s'y  tromper,  et  c«  n'est  pas 
ma  faute.  Ne  nous  arrêtons  pas  toutefois,  comme  le  propose 
M.  de  Rougé,  qui  m'attribue  une  intention  qu'il  serait 
inutile  de  rechercher.  J'ai  l'habitude  de  parler  clairement. 
Si  j'avais  eu  l'honneur  d'être  investi  d'une  mission  scienti- 
fique officielle  et  le  bonheur  de  recueillir  une  riche  moisson, 
je  me  serais  considéré  comme  obligé  d'en  presser  la  publi- 
cation, et  j'aurais  tout  d'abord  demandé  une  allocation  au 
gouvernement.  Si  j'eusse  échoué,  j'aurais  avancé  six  mille 
francs  pour  faire  tirer  à  cent  cinquante  exemplaires  trois 
cents  planches  de  choix,  sur  petit  in-folio,  et  j'en  aurais  fait 
vendre  la  collection  à  raison  de  cent  francs  l'exemplaire, 
c'est-à-dire  à  trente  centimes  environ  chaque  planche. 

Ces  chiffres  sont  c^ux  qui  me  servent  de  base  à  Chalon- 
sur-Siiône  pour  dos  planches  du  même  genre.  Est-ce  un 
grand  crime  d'avoir  fait  remarquer  que  l'album  de  la  mis- 

1.  Cf.  p.  393  du  pfésent  volume.  —  G.  M. 

Bini..  ÉOYPT.,  T.  X.  29 


450  LETTRE  A   M.    LE  DIRECTEUR 

sion,  soit  pjir  son  prix,  soit  par  son  étendue,  ne  remplît  pas 
les  mêmes  conditions?  Ce  n'est,  du  reste,  pas  la  question 
d'intérêt  personnel  qui  est  ici  en  jeu;  car  la  collection  de 
textes,  telle  que  je  la  conçois,  aurait  été  une  opération  in- 
contestablement meilleure  que  celle  de  l'album. 

L'hommage  que  j'ai  rendu  au  photographe,  à  la  suite  de 
M.  de  Rougé  lui-même,  devient  pour  ce  dernier  un  sujet  de 
nouvelles  plaintes;  il  trouve  que  je  ne  rends  pas  suffisam- 
ment justice  aux  notices  sommaires  par  lesquelles  il  a  con- 
tribué k  la  publication  en  question. 

«  I^s  te.rtes,  écrit-il,  se  sont  probablement  choisis  tout 
seuls;  leur  nouveauté  et  leur  intérêt  étaient  écrits  sur 
chaque  muraille  en  bon  français\  »  A  cette  observation 
légèrement  ironicjue,  la  réponse  n'est  pas  difficile.  Personne 
plus  que  moi  n'est  convaincu  de  la  haute  valeur  de  tout  ce 
qui  sort  de  la  plume  de  M.  de  Rougé,  et,  quoique  je  ne 
considère  pas  comme  bien  difficile  pour  un  égyptologue 
quelconque  la  tâche  d'apprécier  l'intérêt  et  la  nouveauté 
d'une  inscription  égyptienne,  néanmoins  et  sans  les  con- 
naître, je  suis  persuadé  que  les  notices  sommaires  de  M.  de 
Rougé  méritent  une  sérieuse  attention.  Mais,  le  savant 
académicien  ne  Tignore  pas,  ce  ne  sont  pas  des  notices, 
mais  des  textes  en  abondance  que  la  science  réclame;  ral>- 
sence  do  notices  n'enlève  rien  au  mérite  de  l'admirable 
collection  publiée  par  M.  Lepsius  sous  le  titre  de  Denli- 
mdler  aus  ^Egypten  und  ^Ethiopien.  Si  M.  Lepsius  eût 
voulu  subordonner  cette  publication  à  la  préparation  d'ex- 
plications sur  chaque  planche,  la  science  serait  aujourd'hui 
de  quinze  îins  en  arrière.  Les  notices  fautives  de  M.  Sharpe 
n'enlèvent  rien  à  la  valeur  de  la  riche  collection  qu'il  a 
livrée  à  l'étude,  et  les  notices  sommaires  que  j'ai  ajoutées  à 
la  collection  des  papyrus  hiératiques  du  Musée  de  Leyde' 

1.  Cf.  p.  436  du  présont  volume.  —  CM. 

2.  C'est  le  mémoire  reproduit  p.  131-171  du  présent  volume.  —  O.  M. 


DE  LA   «  FRANCE  LITTÉRAIUE  »  451 

n'ajoutent   rien  à  l'utilité  de  cette  collection  précieuse. 

Nous  mettons  ici,  Monsieur  le  Directeur,  le  doigt  sur  la 
plaie  :  en  France,  les  détenteurs  des  textes  ne  consentent  à 
les  communiquer  au  public  que  lorsqu'ils  se  croient  certains 
d'en  avoir  tiré,  au  profit  de  leur  réputation  scientifique,  tout 
le  résultat  utile  possible;  ils  prétendent  ne  nous  jeter,  à 
nous,  les  ilotes  de  la  science,  que  des  os  vidés  de  moelle.  Si 
vous  voulez  bien  faire  lapplication  de  cette  remarque  à 
l'ensemble  des  faits  relevés  dans  la  discussion  que  je  conti- 
nue aujourd'hui,  vous  vous  expli(iuerez  bien  facilement 
labsence  de  toute  publication  de  textes  originaux  en  France. 
Vous  comprendrez  pourquoi  il  n'a  été  fait  d'exception  (|ue 
pour  des  textes  déjà  publiés  et  traduits  à  l'étranger;  vous 
comprendrez  aussi  ce  fait  très  singulier  qu'il  ne  s'est  formé 
chez  nous  que  trois  égyptologucs,  et  ce  sont  trois  conser- 
vateurs du  Musée  égyptien;  je  m'excepte,  parce  que  la 
science  m'est  venue  d'ailleurs,  et  j'excepte  encore  ceux  qui 
ont  reçu  de  moi  une  initiation  spéciale  ;  et  ce  ne  sont  piis  seu- 
lement les  égyptologues  qui  nous  manquent,  mais  encore  les 
lithographes  habitués  à  dessiner  les  écritures  égyptiennes, 
Ciir  M.  Mariette  s  est  trouvé  obligé  de  confier  à  un  dessi- 
nateur allemand  l'exécution  des  planches  dont  naguère  on 
nous  annonçait  la  prochaine  apparition.  Nous  a-ton  rendus 
assez  impuissants  ! 

Le  Musée  égyptien  du  Louvre  possède  une  bibliothèque 
assez  complète  d'ouvrages  d'égyptologie;  sans  bourse  délier, 
on  peut  y  consulter  toutes  les  grandes  publications  de  textes, 
et  les  conservateurs  y  ont  à  leur  disposition  un  grand  nombre 
de  papyrus  et  de  monuments  jusqu'à  présent  fort  mal 
connus.  Ceci  nous  amène  à  nous  occuper  d'un  nouveau  grief 
de  M.  de  Rouge  :  il  rappelle  qu'il  ma  laissé  étudier  dans 
son  cabinet  du  Louvre  et  ajoute,  entre  parenthèses,  que  je 
ne  Ven  ai  jamais  remercié,  quoique  j*y  aie  passé  de  longues 
heures  sur  les  planches  de  M.  Lepsius,  Il  paraît,  ajoute- 


452  LETTRE  A  M.    LE  DIRECTEUR 

t-il,  que  M.  Chabas  se  croyait  dans  un  lieu  public*! 

M.  de  Rougé  n'a  pas  la  mémoire  heureuse,  car  non  seule- 
ment je  l'ai  remercié  de  vive  voix,  mais  je  l'ai  fait  aussi  par 
écrit  en  lui  adressant  le  premier  exemplaire  de  mon  mé- 
moire sur  les  inscriptions  de  Radesiéh.  Je  suis  vraiment 
honteux  de  descendre  à  ces  misérables  détails  ;  mais  l'obser- 
vation de  M.  de  Rougé  est  un  congé  en  bonne  et  due  forme; 
je  veux  bien  l'accepter,  mais  non  pas  sans  me  défendre  de 
l'avoir  mérité  par  une  impolitesse. 

Ce  que  j'ai  étudié  au  Musée  du  Louvre,  c'est  une  splen- 
dide  publication  allemande.  Quant  aux  monuments  du 
Musée,  j'ai  été  aussi  admis  à  copier  les  inscriptions  de  ceux 
qui  sont  exposés  à  la  vue  du  public;  comme  il  n'y  a  ni 
cliaisc,  ni  Uxhle,  ni  encre,  et  qu'on  ne  doit  pas  s'appuyer  sur 
les  monuments,  c'est  une  rude  besogne  pour  quiconque  n'est 
pas  dessinateur,  et  je  suis  dans  ce  cas.  Aussi  n'a-t-il  pu 
sortir  rien  de  sérieux  de  cette  partie  de  mes  travaux  au 
Louvre,  tandis  que  mon  étude  des  planches  de  M.  Lepsius 
a  été  très  fructueuse.  Du  reste,  il  est  une  classe  de  docu- 
ments qui  a  toutes  mes  préférences.  Je  veux  parler  des  pa- 
pyrus. Ceux  du  Musée  du  Louvre  sont  entassés  dans  de 
grands  meubles  qui  garnissent  le  cabinet,  que  M.  de  Rougé 
nous  apprend  être  son  domaine  exclusif.  Je  pouvais  m'y 
tromper,  car  il  ne  m'est  pas  arrivé  de  l'y  rencontrer;  et, 
pour  moi,  ce  cabinet  représente  la  salle  la  plus  importante 
de  tout  le  Musée.  A  la  vérité,  dans  cette  appréciation,  j'en- 
visage le  contenu  des  grands  meubles  ;  mais,  hélas  !  je  ne  le 
connais  pas.  N'y  existât-il  que  des  Rituels,  ce  serait  déjà  un 
trésor  à  consulter.  En  effet,  les  égyptologues  ne  disposent 
encore  que  de  Tédition  de  Turin,  qui  a  été  publiée  à  Berlin 
par  M.  Lepsius,  sous  un  format  commode  et  pour  un  prix 
qui  ne  dépasse  pas  40  francs  à  Paris,  et  de  celle  du  Rituel 
connu  sous  le  nom  de  Rituel  Cadet,  qui  est  reproduit  dans 

1.  Cf.  p.  434  du  présent  volume.  —  G.  M. 


DE  LA    «  FRANCE  LITTÉRAIRE  »  453 

le  grand  ouvrage  de  la  Commission  d'Egypte.  La  publication 
d'une  série  de  rituels  comparés,  surtout  de  ceux  qui  re- 
montent aux  anciennes  époques,  ferait  faire  à  la  science  des 
pas  énormes.  Une  première  satisfaction  allait  être  donnée  à 
ce  besoin  des  études,  par  la  publication  d'un  bon  exemplaire 
du  Louvre,  entreprise  depuis  de  longues  années  et  terminée, 
quant  à  la  lithographie  du  texte,  depuis  de  longues  années 
aussi.  Toutefois  cette  publication,  attendue  avec  une  légi- 
time impatience,  n'a  pas  vu  le  jour,  et  la  seule  explication 
que  j'aie  pu  obtenir  sur  ce  point,  c'est  qu'il  reste  une  pré- 
face à  faire  !  Préface  ou  notice  sommaire,  toujours  le  même 
écueil  1 

Je  crois  que  les  rituels  abondent  au  Musée  du  Louvre; 
mais  je  n'ai  pas  réussi  à  m'assurer  de  leur  mérite.  A  en 
juger  par  la  réponse  qui  m'a  été  faite,  et  aussi  d'après  le 
silence  gardé  par  ceux  qui  ont  pu  les  examiner,  il  n'y  au- 
rait rien  d'intéressant;  l'avenir  le  dira  sans  doute.  Mais 
n'oublions  pas  que  le  mot  de  réserve  n'est  pas  inconnu  au 
Louvre,  et  que  si  quelqu'un  d'influent  tenait  à  empêcher 
le  public  d'étudier  certains  documents,  rien  ne  serait  plus 
facile.  Je  ne  dis  pas  que  cela  soit,  mais  je  constate  que  les 
papyrus  du  Musée  du  Louvre  sont,  quant  à  présent,  lettre 
close  ou  tout  au  moins  inutilisée. 
Le  même  cabinet  contient  un  moulage  de  la  statuette 
,  naophore,  dont  le  texte,  à  ce  que  nous  apprend  M.  de  Rougé, 
a  été  publié  en  entier  dans  les  Miscellanées  du  Musée  Pio 
Clementino\  ce  qui  n'a  pas  empêché  que  ce  beau  texte  soit 
resté  inconnu  aux  égyptologues,  en  général,  et  n'ait  pas 
contribué  à  enrichir  le  trésor  commun  de  Tinformation 
scientifique.  M.  de  Rougé  pensait  de  la  même  manière  lors- 
qu'il annonçait  à  très  bref  délai  la  publication  des  inscrip- 
tions accompagnées  d'un  commentaire  philologique;   les 
deux  hiéroglyphes  qu'il  a  insérés  dans  son  mémoire,  joints 

1.  Voir  p.  434  du  présent  volume.  —  G.  M. 

29» 


454  LETTRE  A   M.    LE  DIRECTEUR 

au  troisième  qui  n'est  pas  à  sa  place,  et  même  k  un  qua- 
trième mot  qui  se  trouverait  dans  le  Dictionnaire  de  Cham- 
pollion,  tout  cela  n'est  absolument  rien,  et  nous  tombons  ici 
fort  mal  à  propos  dans  Tinfinitésimal. 

Remarquez  bien,  Monsieur  le  Directeur,  qu'en  refusant 
mon  assentiment  à  quelques-unes  des  vues  scientifiques  de 
M.  de  Rougé,  je  suis  bien  loin  de  toute  intention  critique. 
Dans  une  science  toute  nouvelle  et  qui  marche  vite,  nous 
devons  nous  attendre  tous  à  reconnaître  tôt  ou  tard  que 
nous  nous  sommes  trompés  sur  une  foule  de  points.  Si  j'ai 
contesté  la  valeur  que  M.  de  Rougé  a  donnée  au  scarabée, 
d'après  Horapollon,  si  je  n'accepte  pas  sa  traduction  d'une 
phrase  très  importante  pour  la  mythologie \  je  n'en  persiste 
pas  moins  à  regarder  le  mémoire  de  ce  savant  égyptologue 
sur  la  statuette  naophore  comme  le  meilleur  travail  qui  ait 
encore  été  fait  sur  un  texte  historique  :  quelques  erreurs  de 
détail  ne  font  rien. à  la  chose.  M.  de  Rougé  n'aura  pas  de 
difficulté  à  en  signaler  dans  mes  propres  écrits.  Cela  me 
porte  à  un  aveu  dont  vous  ne  manquerez  d'abuser,  Monsieur 
le  Directeur,  c'est  qu'en  ma  qualité  d'égyptologue,  j'ai  pris 
vingt  fois  le  Pirée  pour  un  homme,  et  que  je  suis  tout  prêt 
k  recevoir  les  pierres  que  voudront  me  jeter  ceux  qui  n'ont 
jamais  péché. 

Que  sont  donc,  en  définitive,  mes  Reçues  rétrospectives, 
qu'on  veut  aujourd'hui  transformer  en  attaques  contre 
M.  de  Rougé?  Peut-on  s'y  tromper  et  ne  pas  y  reconnaître 
le  cri  d'un  homme  honnête,  la  légitime  réclamation  d'un 
égyptologue  découragé,  un  plaidoyer  contre  d'ignobles  ca- 
lomnies, un  regard  de  douleur  jeté  sur  l'état  de  la  science 
dans  notre  pays?  Est-ce  ma  faute  à  moi  si  l'on  ne  peut  louer 
M.  Lepsius  pour  ses  innombrables  publications  de  textes, 
ni  M.  Birch,  à  propos  des  papyrus  du  Musée  Britannique, 
ni  M.  Leemans,  pour  l'ensemble  du  Musée  de  Leyde,  sans 

1.  Voir  p.  428-429  du  présent  volume.  —  G.  M. 


DE   LA    «  FRANCE   LITTÉRAIRE  »  455 

critiquer  par  ce  seul  fait  leurs  collègues  en  France?  Fallait- 
il  se  taire,  comme  Ta  fait  tout  le  monde  savante  Fallait-il  se 
borner  in  petto  à  de  stériles  vœux  pour  que  les  papyrus  et 
autres  monuments  égyptiens  soient  le  plus  tôt  possible 
livrés  au  public,  vœux  auxquels  M.  A.  Bertrand  veut  bien 
s'associer  et  associer  tout  le  monde  savant  *  ?  C'est  un  rôle 
facile,  et  rien  n'empêche  les  porte-clefs  de  se  mêler  aux 
groupes  d'impatients,  qui  réclament  contre  les  portes  fer- 
mées I 

«  La  foi  qui  n'agit  pas ,  est-ce  une  foi  sincère?  » 

J'ai  agi,  et  je  suis  loin  de  le  regretter;  je  continuerai  à 
insister  jusqu'à  ce  que  justice  soit  faite;  jusqu'à  ce  qu'il 
soit  loisible  à  tout  le  monde  d'étudier  les  richesses  entassées 
dans  les  Musées  et  dans  les  Bibliothèques  publiques,  sans 
subir  des  faveurs  qui  laissent,  au  bout  de  douze  ans,  des 
souvenirs  si  amers  et  si  inexacts  à  ceux  qui  les  ont  consen- 
ties; jusqu'à  ce  que  l'on  ne  puisse  plus  parler  de  l'impuis- 
sance de  la  France;  jusqu'à  ce  qu'on  ait  entrepris  des  publi- 
cations, comme  il  s'en  fait  partout  ailleurs;  en  un  mot, 
jusqu'à  ce  que  l'école  égyptologique  puisse  se  recruter  chez 
nous  avec  la  même  facilité  qu'à  l'étranger,  même  parmi  les 
personnes  dépourvues  de  titres  officiels. 

Je  ne  me  le  dissimule  pas,  tout  cela,  c'est  une  montagne 
à  soulever;  mes  forces  pourront  bien  n'y  pas  suffire,  surtout 
si  je  n'ai  pour  appui  que  les  vœux  secrets  de  tout  le  monde 
savant.  M'aider,  c'est  braver  de  puissantes  inimitiés  :  Veri- 
tas odium  parit.  Il  faut  cependant  quelques  Curtius  dans  le 
gouffre  de  l'abus  I 

Au  lieu  des  vœux  du  monde  savant,  qui  ne  mèneront  à 
rien,  je  présenterais  volontiers  au  Gouvernement  un  projet 
de  loi  contenant,  entre  autres  dispositions,  les  articles  ci- 
après  : 

Article  premier.  —  Les  Bibliothèques  publiques  et  les 

1.  Voir  p.  436  du  présent  volume.  —  G.  M. 


45(i  LETTRE  A   M.    LE  DIRECTEUR 

Musées  sont  des  lieux  où  sont  déposés  et  conservés  les 
livres,  manuscrits  et  monuments  de  toute  espèce  qui  se 
recommandent  par  un  intérêt  quelconque;  le  but  de  ces 
sortes  de  collections  est  uniquement  de  favoriser  les  progrès 
des  arts,  des  lettres  et  des  sciences. 

Leur  organisation  intérieure  sera  réglée  de  telle  manière 
que  ce  but  soit  complètement  atteint,  toutefois  sans  compro- 
mettre la  bonne  conservation  des  objets  livrés  à  l'étude. 

Art.  2.  —  Les  conservateurs  et  les  bibliothécaires  sont 
chargés  de  veiller  au  maintien  de  cette  organisation  et  à 
l'observation  des  règlements.  Il  ne  leur  est  pas  interdit  de 
se  livrer  à  Tétude  des  manuscrits,  mais  ils  n'ont  droit  à 
aucune  préférence  et  ne  devront  jamais  refuser  ni  même 
différer  la  communication  d'aucun  des  objets  catalogués. 
Tous  les  fonds  dits  de  réserve  sont  supprimés.  Les  membres 
de  l'Institut  n'ont  aucun  droit  de  priorité,  non  plus  que  les 
conservateurs  ni  les  bibliothécaires. 

Dispositions  spéciales  au  Musée  égyptien 

Article  premier.  —  Deux  jours  par  semaine,  les  salles 
des  grands  monuments  seront  réservées  aux  personnes  qui 
voudront  dessiner  les  monuments  ou  copier  les  textes;  des 
tables,  des  pupitres  mobiles,  garnis  des  objets  nécessaires, 
ainsi  que  des  marche-pieds^  seront  mis  à  leur  disposition,  à 
cet  effet. 

Art.  2.  —  Il  sera  permis  de  calquer^  d'estamper  et  de 
photographier,  mais  seulement  sous  la  surveillance  des 
agents  préposés  à  cette  partie  de  service. 

Art.  3.  —  Il  sera,  par  les  soins  du  conservateur,  dressé 
un  catalogue  descriptif  de  tous  les  papyrus  du  Musée.  Ce 
catalogue  indiquera  le  sujet  des  manuscrits  et  les  divisions 
qu'ils  comportent;  s'il  s'agit  de  rituels,  les  chapitres  qui 
s'y  trouvent,  ou  la  circonstance  qu'ils  contiennent  des  cha- 
pitres nouveaux.  Les  papyrus  y  seront  classés  d'après  leurs 


DE  LA  «  FRANCE  LITTÉRAIRE  »  457 

dates  approximatives  dans  les  trois  grandes  divisions  :  An- 
cien-Empire, Nouvel-Empire  et  Basses  Époques.  Ce  cata- 
logue sera  imprimé  et  livré  à  la  publicité. 

Les  nouvelles  acquisitions  seront  annoncées  dans  le  Mo- 
niteur, par  les  soins  du  conservateur,  deux  mois  au  plus 
après  qu'elles  auront  été  faites;  tous  les  ans,  ces  mentions 
du  Moniteur  seront  imprimées  en  additions  au  catalogue, 
et  le  catalogue  sera  refondu  tous  les  six  ans. 

Art.  4.  —  Toute  personne  aura  le  droit  de  se  faire  com- 
muniquer, pour  l'étudier  et  le  copier,  tout  papyrus  men- 
tionné au  catalogue  ou  au  Moniteur.  Les  papyrus  peuvent 
aussi  être  calqués,  mais  seulement  sous  verre. 

Art.  5.  —  Tous  les  monuments  du  Musée  seront  publiés 
aux  frais  de  l'État,  à  commencer  par  les  manuscrits  et  autres 
documents  épigraphiques.  A  cet  effet,  un  dessinateur  sera 
placé  sous  les  ordres  du  conservateur  et  préparera  les  dessins 
sur  les  indications  de  ce  dernier,  qui  sera  chargé  de  la  cor- 
rection et  de  la  re vision,  ainsi  que  des  notices  sommaires. 
Il  ne  pourra  être  publié  moins  de  vingt-quatre  planches  par 
année;  une  somme  de  deux  mille  francs  sera  affectée  annuel- 
lement aux  dépenses  qu'entraînera  cette  publication,  laquelle 
sera  mise  en  vente  au  prix  de  dix  francs  chaque  livraison  de 
vingt-quatre  planches. 

Si  l'on  eût  procédé  ainsi  depuis  trente  ans,  l'État,  loin 
de  faire  un  sacrifice,  aurait  reçu  plus  d'argent  qu'il  n'en 
aurait  dépensé,  et  nous  ne  serions  pas  obligés  de  faire  sur 
nous-mêmes  un  si  triste  retour.  Aujourd'hui  que  tant  de 
temps  a  été  perdu  et  que  notre  situation  dans  la  science  est 
gravement  compromise,  on  pourrait  aller  un  peu  plus  vite  ; 
mais,  à  tout  prendre,  qu'on  s'en  tienne  là,  si  l'on  veut,  mais 
qu'enfin  l'on  fasse  quelque  chose  1 

Chalon-sur-Saône,  15  octobre  1865. 

F.  Chabas. 


TABLE  DES  MATIÈRES 


Traduction  et  analyse  de  Tinscription  hiéroglyphique 
d'Ibsamboul,  contenant  le  récit  d'un  épisode  de  la 
guerre  de  Ramsès   II  contre  la  confédération  des 

H'itas 1  61 

Sur  les  Papyrus  hiératiques,  par  C.  W.  Goodwin 63-105 

Note  sur  un  poids  égyptien  de  la  collection  de  M.  Harris, 

d'Alexandrie 107-114 

De  la  circoncision  chez  les  Égyptiens 115-118 

Le  cèdre  dans  les  hiéroglyphes 119-124 

Scène  mystique  peinte  sur  un  sarcophage  égyptien 125-130 

Notices  sommaires  des  Papyrus  hiératiques  égyptiens 
I.  343-371  du  Musée  d'antiquités   des   Pays-Pas  à 

Leyde 131-171 

Lettre  à  M.  TÉditeur  du  journal  The  Literary  Gazette 

sur  quelques  singularités  de  la  médecine  égyptienne.     173-179 
Lettre  à  M.  le  docteur  Schnepp,  secrétaire  de  l'Institut 

égyptien,  sur  la  longévité  prétendue  des  Égyptiens. . .     181-182 
Les  inscriptions  relatives  aux  mines  d'or  de  Nubie  (avec 

deux  planches) 183-230 

Observations  sur  le  chapitre  vi  du  Rituel  égyptien,  à 
propos  d'une  statuette  funéraire  du  Musée  de  Langres 

(avec  deux  planches) 231-247 

Recherches  sur  le  nom  égyptien  deThèbes,  avec  quelques 
observations  sur  l'alphabet  sémitico-égyptien  et  sur  les 
singularités  orthographiques 249-287 


46()  TABLE  DES   MATIÈRES 

Les  Papyrus  hiératiques  de  Berlin,  récits  d'il  y  a  quatre 
mille  ans,  avec  un  index  géographique  et  deux  planches 
de  fac-similé 289-364 

Revue  rétrospective  à  propos  de  la  publication  de  la 
liste  royale  d'Abydos  (premier  article) 365-395 

Revue  rétrospective  à  propos  de  la  découverte  de  la  table 
royale  d'Abydos  (deuxième  article) 397-436 

Lettre  à  M.  le  Directeur  delà  France  littéraire,  au  sujet 
des  discussions  soulevées  par  la  publication  de  la  nou- 
velle table  royale  d'Abydos 437-456 


* 


CHALON-S-S.,  IMP.  FRANÇAISE  ET  ORIENTALE  DE  L.  If  ARCEAU,  B.  BERTRAND,  SCCC' 


EKNKST  LKROUX.  ÈDlTEllt 

28,    UL'K  BOXAPARTt,   '<tH 


BIBLIOTHÈQUE  ÉGYPTOLOGIQLE 

PI  BLIKE   SOI  S    LA.   DIKECTION    DE 

G.  MASPERO 

Membre    de    l'Institut 


Tomes  I,  !I.  -  Q.   Maspero.   KTUDKS   DE  MYTHOLOGIE  ET 

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Tomes  IX,  X.  -  P.  Ghabas.  ŒUVREîi  DIVERSES,  lomes  I  et  II. 

ln-8",  ligures  et  planches.  Chaque  vol 15  fr. 

ToMLs  XI  et  XII.  -  P.  Ghabas.  ŒUVRES  DIVERSES.  Tomes  III 

et  IV.  —  (Kn  murs  tic pith/irafln/i.) 
ToMis  XIII  â  XVI.  -  ŒUVRES  DU  VICOMTE  E.  DE  ROUGÉ, 

DE  MARIETTE-IWCHA,    DE  NESTOR  LHOTE.  -    (lût  pri'pa- 

nition.) 


MÉMOIRES  PUBLIÉS  PAR  LES  MEMBRES  DE  LA 

MISSION  ÂRCHÉOLOGIQUR  FRANÇAISE  DU  CAIRE 

sous  la  direction  de  M.  G.  Maspero,  membre  de  l'Institut. 


Tomes  I  à  XIX.  Collection  de  volumes  in -4",  avec  ligures  et  planches 
en  héliogravure  et  en  chromolithographie. 

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